Et donc ce qui était incroyable dans ce voyage en Antarctique, c'est que tu es deux mois sur un voilier. C'est une espèce de paradoxe avec un sentiment de confinement, d'enfermement et de tout le monde les uns sur les autres et en même temps une immensité tellement belle autour de toi. Tu ne sais plus où donner de la tête et tu es complètement déconnecté.
SPEAKER_00Bienvenue sur Les Frappés, le podcast sur le dépassement de soi et l'aventure. Je suis Loïc Blanchard, entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. J'ai été pendant plusieurs années sportif de haut niveau en judo avant de quitter les tatamis pour me consacrer à des sports de plein air comme le triathlon ou partir m'évader sur des treks engagés. Récemment, je suis devenu finisheur de la PTL, un ultra trail de 340 km autour du Mont Blanc organisé par l'UTMB. Depuis la création des Frappés en 2020, j'ai deux objectifs. Le premier, c'est de vous faire découvrir des univers fascinants qui font rêver avec mes invités on ira naviguer sur toutes les mers du monde on participera à des expéditions dans les régions polaires ou en himalaya on découvrira l'envers du décor de l'entrepreneuriat et du sport de haut niveau et on partira en mission avec des membres des forces spéciales le deuxième c'est de vous aider à croire en vos propres rêves et à passer à l'action grâce au partage de ses invités exceptionnels on sous-estime largement ce dont on est capable physiquement ou mentalement et je suis convaincu qu'une personne petite conversation peut déboucher sur de grands changements. On a en moyenne 4000 semaines à vivre sur Terre, alors autant les vivre à fond
UNKNOWN!
SPEAKER_00Salut Ingrid
UNKNOWN!
SPEAKER_00Bonjour Loïc
UNKNOWN!
SPEAKER_00Ravi de te recevoir sur le podcast. Il y a tellement de sujets dont on va pouvoir parler, je ne sais pas si notre heure, heure et demie va suffire, mais bon écoute, on verra. En tout cas, je suis très très content d'accueillir quelqu'un qui a un parcours aussi riche et varié que le tien. Hâte que tu nous racontes tout ça. Et puis, écoute, peut-être qu'en introduction, ce qu'on pourrait faire, c'est commencer par, dans les grandes lignes, dresser le tableau, qui est Ingrid.
SPEAKER_02Merci beaucoup Loïc. Je m'appelle Ingrid Vanné, j'ai 34 ans et j'ai travaillé 10 ans dans le secteur privé, à des postes assez variés, plutôt dans des entreprises en lien avec les enjeux environnementaux, énergétiques, économie circulaire. J'ai créé une start-up aussi quand je suis sortie d'école. Avant ça, j'avais fait une école de commerce, donc un parcours assez classique. Et l'année dernière, j'ai décidé de me consacrer, pendant pendant un an, à un sujet qui me tenait vraiment à cœur depuis un moment que je n'avais pas forcément réussi à formaliser, à conceptualiser, qui était notre rapport au sauvage et plus particulièrement à la faune sauvage, essentiellement en France. Et donc, j'ai décidé de quitter l'emploi que j'occupais à ce moment-là et de prendre un an pour aller rencontrer tout un tas de personnes assez passionnantes sur le sujet de la faune sauvage. Et c'est ce que j'ai fait pendant une grosse année. Donc ça, c'est grosso modo le... le tableau et sinon au niveau de mes activités, j'allais dire extra-scolaires, extra-professionnelles, je fais un peu de sport aussi, je pratique la course à pied depuis la prépa et le trail depuis quelques années, je fais un petit peu de rando, un petit peu de vélo et j'ai été aussi engagée dans différentes associations au cours des dernières années, associations en lien avec l'environnement et aussi un peu plus, j'allais exotiques en lien avec l'armée puisque j'étais réserviste dans la marine nationale il y a quelques années que j'ai présidé une association sur ces thématiques. Voilà le tableau en long, en large et en travers.
SPEAKER_00Excellent, excellent. Alors peut-être t'évoquer tes études. Moi, je n'avais pas forcément prévu de creuser ce sujet-là, mais comme on est quand même sur le podcast du dépassement de soi, de la détermination, de la résilience et que ton parcours dans les études supérieures a été à HEC, donc la meilleure école de commerce en France, une des meilleures au monde. Je suis quand même curieux de savoir, tu vois, si on peut peut-être commencer par une petite parenthèse dans le parcours, qu'est-ce que ça t'a demandé, toi, en termes d'effort
UNKNOWN?
SPEAKER_00Visiblement, tu as fait une prépa, puisque tu disais que c'est à ce moment-là que tu t'es mise à la course, mais à quel point est-ce que ça a été difficile, compliqué de rejoindre une école de ce standing
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je pense que ça dépend vraiment des profils, à la fois des compétences et même des personnalités. Pour moi, ça a été très difficile parce que déjà, j'ai quitté mon cocon familial. Je viens du nord de la France et donc je suis montée à Paris, comme on dit, pour ma prépa. Donc, j'ai été un peu déracinée. J'ai laissé tous mes amis, ma famille, etc. Dernier mois pour me consacrer pendant deux ans aux études. Quand tu arrives dans une prépa parisienne et que tu viens de province, on te le fait remarquer. ou bien tu le remarques tout seul parce que t'as pas les codes, t'as pas la culture, t'as pas les références aussi que des jeunes de 18 ans ont quand ils ont... étaient dans un parcours d'élite dès leur plus jeune âge. Donc ça, ça a été assez dur les premiers mois. Et ensuite, très rapidement, je me suis dit, OK, j'ai tout quitté pour être ici, donc autant tout donner, parce qu'il est hors de question que je fasse une troisième année. Et donc, peu importe l'école que j'aurai, et si je n'ai pas d'école, rien à faire, j'irai en fac, j'irai, je ne sais pas, j'ai des chefs dans le Larzac, peu importe, mais en tout cas, je ne ferai pas plus de deux ans en classe préparatoire. Donc, ça a été assez particulier comme période. Mais paradoxalement, j'avais des amis, j'avais des plutôt bonnes notes, mais c'était vraiment l'expérience en tant que telle de l'exigence. Et je pense que je me mettais énormément de pression aussi. Forcément, en prépa, on te met de la pression, mais tu t'en mets beaucoup. En tout cas, moi, j'avais une personnalité, j'ai une personnalité qui m'impose beaucoup de pression. Peu importe ce que je fais, j'ai tendance à être très trop exigeante envers moi-même et certainement aussi envers les autres. Et donc, ça a été une période qui était assez difficile pendant deux ans. Et au bout de deux ans, finalement, j'ai réussi à intégrer HEC qui est en effet une bonne école de commerce. Mais pour être tout à fait honnête, peu importe l'école que j'aurais eu, je l'aurais acceptée, j'aurais sauté de joie et ça aurait été
SPEAKER_00formidable. Excellent. Et maintenant, avec un petit peu de recul, tu dirais que la qualité du cursus, la qualité de la formation que tu as pu recevoir à HEC
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce que c'était au niveau de tes attentes, de ce que tu attendais, ou en tout cas, est-ce que ça semble justifier, entre guillemets, la dureté de la sélection
UNKNOWN? On a un...
SPEAKER_02Un système en France avec la classe préparatoire et ensuite la grande école, que ce soit de commerce ou d'ingé, qui est assez particulière. Je n'ai pas forcément fait un benchmark dans d'autres pays, mais c'est assez étrange. Je pense qu'il y a des avantages et des inconvénients. Comme tout système de sélection, il a ses travers. Le fait de passer par un concours, ce n'est pas parce qu'on est brillant pendant deux ans que on est forcément bon durant la semaine de concours. Et inversement, on peut être assez moyen pendant deux ans et cartonner au concours. Donc, il y a tout un tas de travers. Moi, ce que j'ai... ce que j'ai aimé a posteriori tout ça je l'ai conceptualisé sur le moment c'était très difficile mais a posteriori ce que j'ai trouvé très intéressant et en en discutant avec des anciens de prépa ou d'école c'est que en fait pendant deux ans de prépa où tu travailles beaucoup tu apprends à apprendre. Tu apprends à te dépasser, tu apprends à aller au-delà de ce que tu pensais. C'est tout un tas de choses après dont on peut parler quand on parle du sport, du dépassement de soi, etc. Mais c'est une manière de fonctionner qui est poussée à l'extrême et ensuite, quand tu arrives en école, je pense que c'est poussé dans un extrême inverse. Tu apprends à faire beaucoup la fête et à beaucoup t'amuser et à beaucoup t'investir en association. Mais j'ai un peu l'impression que ça permet de... pas forcément de délimiter le cadre, parce que bien sûr, tu peux sortir du cadre, mais tu te rends compte jusqu'où tu peux aller en matière de charge de travail, en matière d'apprentissage, qui est quelque chose d'assez intéressant pour... se connaître. Après, ce que je regrette, et les écoles de commerce aujourd'hui changent à ce niveau-là, c'est qu'à mon époque, j'ai 34 ans, mais ça fait quand même déjà 10 ans que je suis sortie, donc ça a eu l'occasion d'évoluer. À mon époque, on parlait très peu de développement personnel, de comment être heureux dans son travail, comment choisir la carrière qui nous convient. On nous disait, voilà, l'excellence, c'est ça. L'excellence, c'est, bon, tu parlais de HEC, l'excellence, c'est travailler dans la l'excellence c'est faire du conseil pour McKinsey voilà ça c'était les objectifs ce qui n'est pas du tout viable pour 300 étudiants qui sortent d'une promo et ce qui ne te correspond pas forcément à toi en tant qu'individu et donc tout le travail quand tu sors d'une école en tout cas à mon époque c'est ensuite de déconstruire ça et de dire ok tu as une certaine capacité de travail tu as aussi des envies tu as une sensibilité tu as tout ça qu'est-ce que tu veux faire de tout ce potentiel-là, et à toi de le construire. Et ça, c'est quelque chose qu'on ne nous apprenait pas à l'école, à l'époque, qui, je pense, commence à entrer un peu plus dans la culture, dans les mœurs, mais qui nous a mis du temps à nous, cette génération-là, à intégrer, et puis au bout d'un job, deux jobs, on se dit« mince, je ne suis pas à ma place», là tu commences à prendre du recul et tu te dis« mais en fait, c'est quoi ma place
UNKNOWN?
SPEAKER_02Mais en fait, c'est quoi réussir
UNKNOWN?
SPEAKER_02Mais en fait, c'est quoi réussir pour moi
UNKNOWN?
SPEAKER_02Qu'est-ce que je veux faire de ma vie
UNKNOWN?
SPEAKER_02Comment je m'appelle
UNKNOWN?
SPEAKER_02Qui suis-je
UNKNOWN?
SPEAKER_02Où vais-je
UNKNOWN?
SPEAKER_02» Et c'est là où ça devient un
SPEAKER_00Super intéressant. Tu as utilisé un terme« déconstruire». C'est vraiment mon ressenti. Je ne sais pas… Moi, j'ai fait une école de commerce, mais pas du tout du niveau de la tienne. Quand je prends un peu de recul, que je regarde mon parcours, le parcours de mes amis de cette école ou même d'autres écoles, bref, des gens de ma génération qui ont fait à peu près le même parcours, il y a vraiment cette notion, j'ai l'impression, qu'on a besoin de 10 ans à peu près pour déconstruire ce qu'on nous a appris. Et finalement… Commencer à s'écouter autour de 30, 32, 33. Et là, commencer vraiment à bâtir, tu vois, les expériences qui nous ressemblent vraiment, avec lesquelles on est parfaitement alignés. Donc, c'est intéressant de te l'entendre dire et que finalement, même au sommet, entre guillemets, on
SPEAKER_02retrouve ça. Oui, et aussi, ce que j'ai pu constater, c'est que j'ai un certain nombre d'amis qui ont fait des switch de carrière vraiment radicaux. mais qui n'ont jamais regretté le fait d'avoir fait une école, que ce soit de commerce ou une formation assez généraliste et souvent exigeante, parce qu'ils se sont toujours dit« Au moins, je savais que j'étais capable de faire ça, et ensuite, je pouvais faire ce que je voulais.» Et si j'avais directement été... Je pense à un ami brillantissime qui a d'abord monté une start-up et qui ensuite a fait une formation pour être ouvrier agricole, qui me disait« Si... Si en fait, j'étais directement partie pour travailler dans l'agriculture, peut-être que je me serais toujours posé la question, mais est-ce que c'est vraiment ce que je veux faire
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que je ne peux pas faire mieux
UNKNOWN?
SPEAKER_02Parce que dans notre société, on a un côté très élitiste de toujours montrer qu'on peut mieux faire. Et en fait, j'ai coché la case de... de ce qui est prestigieux. Le monde, la société, la France sait que je sais faire et maintenant, je peux faire ce que je veux. L'idéal, c'est de ne même pas avoir besoin de cocher cette case-là, mais quand on a besoin et qu'on le fait assez tôt dans sa petite carrière ou dans sa formation, après, on peut passer à la suite. Et ce que je vois, moi, parce que je continue à être investie dans des associations d'anciens d'école, c'est que les nouvelles générations ont de moins en moins besoin de cet aspect-là, de dire, voilà, j'ai montré à la société que j'étais capable, que j'avais l'intelligence, que j'avais l'esprit critique, que j'avais je ne sais pas quoi pour me développer. Maintenant, je pouvais faire ce que je voulais et ça, c'est sûr que c'est
SPEAKER_00encore
SPEAKER_02mieux.
UNKNOWNOui, c'est clair.
SPEAKER_00C'est clair. Excellent. Donc, une fois diplômé d'HEC, tu le disais, dix ans dans la sphère privée, en start-up, grande entreprise, PME à mission.
UNKNOWNOui,
SPEAKER_00Comment est-ce que tu synthétiserais ces 10 années
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'il y a eu une évolution vers justement ces entreprises à mission
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ou est-ce que dès le début, c'était assez clair pour toi que tu voulais ce type d'expérience
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce que l'éveil, entre guillemets, jusqu'à ce que tu arrives à ce moment où tu te dis je prends un an pour creuser le sujet de la connexion vivante, est-ce que ça a été quelque chose de progressif ou qui s'est fait de manière un peu plus soudaine
UNKNOWN?
SPEAKER_02J'ai toujours voulu travailler sur des sujets qui me parlaient et qui étaient liés à l'environnement. Au début, on ne parlait pas forcément d'environnement. En tout cas, ce qui était... Ce qui se rapprochait le plus des thématiques environnementales, mais qui faisait quand même suffisamment sérieux pour ne pas avoir l'air d'être complètement décalé, c'était les thématiques énergétiques. Parler de l'énergie, parler de l'efficacité énergétique, des énergies renouvelables. Donc, c'est d'abord par cet angle-là que j'ai commencé un petit peu le cheminement, ma carrière à me spécialiser sur les sujets énergétiques. Et j'ai toujours voulu... comme beaucoup de personnes avoir un impact le fameux impact sauver la planète et avoir le plus d'impact et je me souviens très bien à chacun de mes entretiens d'embauche je disais mais moi ce que je veux c'est avoir un impact et ça me fait beaucoup rire parce que tout le monde partout veut avoir un impact je suis beaucoup revenue sur ce sujet d'avoir un impact j'ai de plus en plus de mal avec ce concept d'avoir un impact mais on pourra en reparler et donc ça c'est toujours ça a toujours été latent dans mes choix dans mon parcours et dans les jobs que j'ai pris au cours des dernières années. Après, le sujet du vivant en tant que tel, c'est plus récent. En tout cas, je ne l'avais pas formulé de cette manière-là. J'avais besoin, dans mon parcours professionnel, de sentir que je servais à quelque chose et que je servais à une cause qui me semblait juste, donc liée à la préservation de l'environnement. Et en parallèle de mon parcours professionnel qui était très exigeant, je je travaillais beaucoup, beaucoup, beaucoup, souvent très, très déconnectée des thématiques du vivant et d'environnement vivant. Et donc, en parallèle de ça, j'avais besoin d'aller dehors, j'avais besoin de nature, j'avais besoin de courir, j'avais besoin de voyager, j'avais tout ça. Et donc, en fait, c'est au fur et à mesure, il y a eu certainement quelques expériences où je me suis dit, mais en fait, ce que tu essayes de... de défendre et de vendre en entreprise. C'est une espèce de concept que tu as complètement décorrélé de la réalité qui est ce qui te permet de t'épanouir aujourd'hui. Et en fait, ce dont tu parles, c'est le vivant, c'est la biodiversité, c'est le sauvage, c'est l'animal. Et est-ce qu'il y a un moment moyen de rassembler tout ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ça a été un questionnement qui est venu au fur et à mesure du temps et qui a été certainement exacerbé avec... un certain nombre d'expériences et de voyages que j'ai pu
SPEAKER_00faire. Et la décision du coup de tout arrêter pour prendre le temps justement, est-ce que tu peux nous en parler
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment est-ce que tout ça s'est mis en place
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'imagine qu'il y avait des doutes, des craintes certainement. On parlait un peu plus tôt du regard de la société par rapport à la notion de réussite. Peut-être qu'il y avait une notion de pression aussi quand tu as fait HEC, déjà 10 ans de parcours très successful. de dire« j'arrête pour aller me consacrer au vivant». Comment ça s'est passé, cette transition
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je n'ai pas senti de pression autour de moi. J'ai juste décidé à un moment de m'écouter. C'est tout bête et… Et ça m'insupporte quand les gens me disent« mais t'inquiète, écoute, quand t'entends pas ce qui se passe au fond de toi et que les gens te disent« mais écoute-toi, je ne sais pas, j'en ai aucune idée», je trouve ça très embêtant. Donc je vais essayer de trouver une autre manière de formaliser la chose. Mais en fait, je m'étais posé une question il y a... deux ou trois ans, qui revenaient assez fréquemment, qui étaient« Si tu pouvais faire ce que tu voulais de ta vie, qu'est-ce que tu ferais
UNKNOWN?
SPEAKER_02» Qui est une question… assez absurde, parce qu'on ne peut jamais faire ce qu'on veut de sa vie, parce qu'on a plein de contraintes, parce qu'on a des engagements qui soient affectifs, financiers, parce qu'on peut avoir des enfants, parce qu'on peut avoir de la famille, enfin bref. Mais je trouvais intéressant, tu sais, c'est comme quand on dit, il faut viser, je ne sais pas quoi, la lune, et comme ça, tu atteins les sommets. Au moins, tu atteins les sommets, et c'est quand même déjà pas mal. Et là, je me disais, qu'est-ce qui fait de toi quelqu'un qui a les yeux qui pétillent
UNKNOWN?
SPEAKER_02Qu'est-ce qui te fait rayonner
UNKNOWN?
SPEAKER_02Qu'est-ce qui te met en joie
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et après, tu rajouteras toutes tes contraintes parce que tu as un être de contrainte, parce que tu vis dans un environnement contraint et parce que c'est OK. Mais au moins, savoir quel est ton rêve. Avant de mourir, c'est quand même cool de savoir quel est son rêve. C'est un peu la base. Et en fait, je n'arrivais pas du tout à répondre à cette question, ce que je trouve très perturbant et très frustrant. Je demandais autour de moi à pas mal de personnes ce qu'ils en pensent quels étaient eux leurs propres rêves s'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient et que personne ne sait répondre beaucoup de personnes se plaignent de leur quotidien mais quand tu leur demandes ok mais alors qu'est-ce que tu ferais là maintenant tout de suite qu'est-ce que tu ferais il y a une espèce de blanc de bah franchement je sais pas je partirais voyager ok souvent c'est je partirais voyager ok c'est un bon début mais après tu vois t'essayes de creuser et bref moi je me suis rendu compte que ce qui me ce qui me rendait vraiment heureuse et et entière c'était deux choses c'était deux choses en fait c'était soit euh soit d'être dans une de lire dans une et d'entrer dans une librairie donc soit tu prends notes si tu voulais faire ce que tu voulais de ta vie qu'est-ce que tu ferais tu lirais dans une librairie c'est très ambitieux tu vois là on sent bien la nana qui a fait qui a fait haute une grande école de commerce et le deuxième sujet tout aussi ambitieux c'est d'être dehors et de regarder les animaux autour de moi et après quand je quand je suis ressortie de cette introspection avec ces deux informations là, je me suis dit, bon, la lecture, c'est très bien, tu peux continuer à faire ça, ça t'épanouit, c'est formidable. Et être dehors avec les animaux, est-ce qu'il n'y a pas quelque chose à creuser sur ces sujets
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et en même temps, c'était un milieu professionnel que je ne connaissais absolument pas. Je ne suis pas naturaliste, je ne suis pas biologiste, je ne suis pas éthologue, mais que j'avais envie de découvrir. Et pour une fois, j'avais envie de découvrir... d'une manière très empirique, parce que j'ai un parcours et un profil plutôt dans la réflexion, dans la stratégie, dans l'intellect. Et je me suis dit, en fait, le sujet du vivant, si tu l'abordes de cette manière-là, en lisant et en fichant des bouquins, tu vas passer complètement à côté de ton sujet. Et donc, petit à petit, est venue l'envie de rencontrer des gens, parce que j'adore rencontrer des gens, des parcours de vie, des profils variés, et d'aller sur le terrain, d'aller dehors, pour découvrir un petit peu ce qu'était le sujet de la préservation de la faune en France, et surtout, moi, l'angle qui m'intéressait, c'était pas juste l'animal pour l'animal, même si c'est une cause tout à fait noble, mais quelle Qu'est-ce que notre rapport à l'animal sauvage dit de nous
UNKNOWN?
SPEAKER_02de nous en tant qu'humains, en tant que société, en tant que membres d'une communauté et qu'est-ce que ça peut nous apporter aussi dans nos relations quotidiennes avec nos proches, avec nos collègues, avec des inconnus et comment est-ce qu'on peut déjà l'observer, continuer à retrouver l'émerveillement qu'on a certainement perdu dans le lien avec l'autre au sens large et utiliser en fait ce canal qu'est la rencontre avec l'animal sauvage pour parler de nous en tant qu'humains, en tant que société. C'était ça qui m'intéressait parce que, en fait, quand tu parles, peu importe la personne, son grade, son poste, etc., quand tu parles à quelqu'un des animaux, il y a plusieurs choses qui s'opèrent. Il y a déjà une espèce de retour en enfance, tu vois, de dire« Ah, mais oui, moi, quand j'étais petite, j'avais un petit lapin» ou bien« Ah, mais oui, ma grand-mère, elle m'amenait en forêt». Donc, il y a une espèce de retour à l'émotion et au sens. qu'on a beaucoup perdu dans nos sociétés où on est très dans le rationnel ou dans la performance. Et il y a souvent une envie ou un désir d'expérimenter cette rencontre, de la vivre pour de vrai. Et je trouve aussi que dans nos sociétés, on oublie un petit peu de vivre pour de vrai et donc d'entrer par le canal de« mais tu n'as pas envie d'aller dehors, d'aller dormir dehors, d'aller faire un affût, d'aller tout ça». enfouie chez les gens que je trouvais très belle et que j'avais envie de creuser d'une manière ou d'une
SPEAKER_00autre. Je me pose juste une question parce que tu évoquais les associations, le fait que tu as été réserviste dans la marine. Quelle est la place de cet univers-là par rapport à ce que tu viens déjà de nous expliquer par rapport à tout le reste, ton attrait pour l'environnement, le vivant, le fait d'avoir un sens à ce que tu fais, etc.
SPEAKER_02Alors, le milieu militaire, c'est un milieu que j'ai découvert un peu par hasard. Justement, en stage d'intégration en école, on avait un partenariat avec Saint-Cyr, qui est l'école de... l'armée de terre et donc on avait un stage d'intégration de mini aguerrissement mais vraiment gentil, très très gentil qui nous a permis de découvrir l'enjeu c'était de parler du lien ou des différences entre le commandement et le management et la position que tu devais adopter quand tu étais soit à la tête d'un groupe, soit quand tu étais membre d'un groupe et que tu devais suivre des ordres, donc c'est hyper intéressante de voir la manière dont l'armée travaillait sur ces sujets et enseignait à ses futurs commandants parce que l'école de Saint-Cyr c'est une école d'élite pour l'armée de terre versus les étudiants d'écoles de commerce qui étaient dans une approche beaucoup plus démocratique ou quand t'es dans un groupe et que t'es censé être soldat et te taire et suivre des ordres t'es toujours quelqu'un qui dit oui mais est-ce que vous pensez que c'est vraiment la bonne solution parce que moi à mon avis je pense que et là c'était très drôle de constater ces différences-là. Et donc, c'est un petit peu... Donc, c'est via ce canal-là que j'ai commencé à entre-ouvrir la porte de l'institution militaire. J'ai trouvé intéressante aussi du fait de... la pluralité et la variété des parcours des personnes qui en faisaient partie. C'est un milieu que, comme je disais, je ne connaissais pas. Il y a des profils vraiment qui viennent de partout, que ce soit de France ou de l'étranger, qui se sont tous engagés à un moment ou à un autre, souvent pour des raisons assez variées, mais quand même la plupart du temps parce qu'il y a une volonté de contribuer à quelque chose qui les dépasse. que je trouvais très intéressante et que je pense, moi, c'était un moment de ma vie où je cherchais un peu quelle est la cause qui nous dépasse, la cause, le Graal, ce pour quoi on veut se battre ou contre quoi on veut se battre. Et je trouvais que ce qui se tramait autour de l'institution militaire m'apportait des réponses dans ce sens, le côté comment tu fais communauté, comment tu arrives à créer des liens avec des personnes qui viennent d'environnements différents. Comment tu arrives aussi à... continuer à faire fonctionner une institution dont l'objectif est de ne jamais être utilisée. C'est ça qui est quand même assez particulier, parce que les militaires s'entraînent pendant des mois, des années, mais l'objectif est quand même, si possible, de ne pas être en guerre. C'est très particulier, ou bien parfois d'aller dans certains autres pays, mais l'objectif initial est de défendre le territoire national et en même temps, on croise les doigts pour que cela n'arrive jamais. Il y a plein de thématiques qui se recroisaient. C'était une période où j'étais en start-up et le lien entre le leadership, le management, le commandement, l'holacratie, donc le fait de n'avoir aucune hiérarchie versus l'institution militaire qui est très hiérarchique. Il y avait à la fois des ponts et des oppositions que je trouvais très intéressantes. Et en fait, comme moi, je me suis toujours nourrie de rencontres avec des gens qui n'avaient rien à voir avec mon milieu et avec la manière avec laquelle je pouvais penser, parce qu'avec certains militaires, j'ai aussi eu un certain nombre de discussions sur des sujets sur lesquels je n'étais pas forcément en accord. Ça fait partie des briques, je pense, qui m'ont construite au cours des dernières années et qui m'ont permis aussi de voir quelle était à la fois la force d'un collectif et la difficulté parfois à... à rameuter des personnes autour d'une cause qui était si peu tangible que la préservation d'un espace de souveraineté qui était quand même assez peu mis en danger au niveau des frontières terrestres.
SPEAKER_00Excellent. J'ai découvert l'association que tu as présidée qui est les jeunes de l'IHEDN. Comment tu résumerais la mission de l'association de manière
SPEAKER_02synthétique
UNKNOWN?
SPEAKER_02C'est une association qui est rattachée au service du Premier ministre, basée à l'école militaire, qui a pour vocation de sensibiliser les jeunes, donc c'est moins de 30 ans, aux questions de défense, de sécurité et de souveraineté nationale. Et qui travaille beaucoup sur le lien qu'on appelle le lien armée-nation. Donc comment est-ce que tu fais en sorte que la société civile connaisse mieux son armée et que les militaires connaissent mieux les... les gens et les causes qu'ils défendent de par leur engagement. Donc, c'est une association qui organise beaucoup d'événements, de conférences, de visites, qui a un podcast maintenant, qui écrit tout un tas d'articles et qui est souvent sollicité par, que ce soit le ministère des Armées ou le ministère de l'Intérieur, pour travailler un petit peu sur le lien entre la jeunesse et l'engagement en tant que Français.
SPEAKER_00Excellent. Super. Si il y en a qui veulent aller voir, je mettrai le lien en description de l'épisode. Excellent. Ok. Donc, si on en revient du coup à cette transition que tu as opérée, c'est assez clair, je pense, sur la mission, en tout cas l'objectif que tu avais en tête ou les grandes thématiques qui t'animaient. Concrètement, comment est-ce que ça s'est organisé
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment est-ce que ça s'est concrétisé
UNKNOWN?
SPEAKER_02Concrètement, j'ai fait ce que j'avais appris à faire au cours de mes dix années passées en entreprise quand je recherchais un boulot. Je suis allée sur LinkedIn et j'ai contacté des gens en disant« Bonjour, je ne connais rien à ce que vous faites, mais ça m'intéresserait vachement de passer du temps avec vous. Est-ce que vous seriez disponible
UNKNOWN?
SPEAKER_02» Sauf qu'au lieu de demander« Est-ce que vous seriez disponible pour prendre un café en bas de votre tour à la Défense
UNKNOWN?
SPEAKER_02» Je disais« Est-ce que vous seriez disponible pour que je vienne dans votre réserve naturelle
UNKNOWN?
SPEAKER_02» dans votre parc national, dans votre ONG pour passer un jour, trois jours, une semaine et écouter ce que vous avez à me dire et vivre un peu à vos côtés pour comprendre de quoi il est
SPEAKER_00question. Et donc là, tu avais une idée de quelque chose que tu voulais produire suite à ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce que tu savais déjà que tu allais, je ne sais pas, récolter des témoignages, faire de la photo
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'il y avait quelque chose derrière la simple conversation entre guillemets
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, pas vraiment. En fait, je m'étais dit, pour essayer de cadrer un petit peu le sujet, je m'étais dit que je me donnais un an pour pas vraiment pour réfléchir pour rencontrer des gens qui travaillaient sur le lien entre l'homme et la faune sauvage essentiellement en France et que après on verrait bien et en fait c'était une vraie volonté de ma part de ne pas partir et c'était très difficile pour quelqu'un comme moi qui a tendance à vouloir tout cadrer etc et ne pas partir avec un objectif prédéfini parce qu'en fait la beauté de ce sujet qui est le vivant et la rencontre c'est son caractère complètement imprévisible et que si tu pars d'emblée en disant je vais interviewer telle personne et je vais faire un bouquin et je vais faire un site et je vais faire etc bah en fait t'as déjà cassé toute la matière de ton sujet qui est que en fait tu sais pas ce qui va se passer et ces rencontres te transforment et ces expériences en nature parce qu'il y a bien sûr des rencontres avec des gens des humains et puis il y a aussi beaucoup de moments que j'ai passé dehors toute seule ou à plusieurs, mais souvent toute seule. Et ces expériences-là te font évoluer dans ta réflexion, dans ta manière d'appréhender le lien que tu peux avoir avec avec ton entourage, dans une entreprise, etc. Et c'est ça que je trouvais intéressant. Donc, volontairement, je me suis imposée le fait pendant au moins les six premiers mois de voir ce que ça allait donner, de rencontrer des personnes en fonction de ce qui m'inspirait ou des conseils qu'on me donnait ou de ce que je sentais. Et après, de commencer à tisser une toile. Et en fait, ce qui est très drôle, c'est que quand tu laisses un peu... Alors, je ne dis pas pour tous les sujets dans la vie, mais en tout cas pour celui-là... Le fait de planter juste une graine et d'accepter de voir si elle allait pousser, comment elle allait pousser, si c'était une mauvaise herbe, si le truc allait partir dans tous les sens, etc. C'était aussi donner de la place à un sujet vivant que, de toute façon, tu ne maîtrises pas. Et je trouve que dans nos vies qui sont toujours, et je parle beaucoup aussi de ma vie, très... ordonnées, timées, organisées, optimisées, le fait d'avoir ce champ de liberté-là, c'était ce qui a permis de rendre l'expérience la plus belle et la plus féconde.
SPEAKER_00Génial
UNKNOWN!
SPEAKER_00Tu dirais qu'il y a des rencontres en particulier qui t'ont marqué pendant cette expérience
UNKNOWN?
SPEAKER_00Tu vois vraiment représentatif justement de ce que tu cherchais en termes de... Tu as parlé de transformation, que c'est des rencontres qui marquent. Est-ce qu'il y en a une ou deux pour toi qui représentent vraiment
SPEAKER_02ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, il y en a plusieurs. Je... Il y a des rencontres. Alors, dans les rencontres humaines, auxquelles je pense assez naturellement, il y en a quelques-unes... Il y en a quelques-unes dans les Pyrénées. L'été dernier, on était deux à traverser les Pyrénées en randonnée par le chemin de la Haute Route, qui est un itinéraire assez exceptionnel, pendant un mois. Et là, on a rencontré pas mal de bergers avec leurs brebis. Et le fait de passer du temps avec ces personnes-là, dans leur bergerie, d'aller participer à la traite, de discuter un petit peu de leur quotidien du lien qu'ils ont avec les bêtes de la peur de l'ours souvent dans les Pyrénées, c'est plutôt la peur de l'ours. Dans les Alpes, c'est plutôt la peur du loup, même si loup arrive aussi dans les Pyrénées. Mais d'échanger avec eux sur le rapport qu'ils peuvent entretenir avec cette faune sauvage, ce prédateur, ou tout un tas de folklore autour du sauvage, de la faune, etc. C'était des moments assez forts, je trouvais très chouettes. Dans le Mercantour, j'ai eu des super moments avec avec des responsables du parc national du Mercantour, avec un pisteur loup aussi avec qui j'ai passé quelques jours. En fait, toutes les personnes avec qui j'ai passé du temps étaient d'une générosité assez exceptionnelle. Et je pense que c'est parce que tout le monde se fout un peu, qu'on se le dise, du sujet du lien avec la faune sauvage en France. Et donc, quand t'arrives, que tu débarques et que tu dis« Bonjour, j'ai rien à à vous vendre j'ai rien à vous acheter non plus mais je m'intéresse à ce que vous êtes et qui vous êtes et ce que vous faites est-ce qu'on peut passer un moment et est-ce que vous pouvez me parler un peu de votre expérience tout de suite t'as un écho tu sens que les gens sont très réceptifs et à l'inverse enfin là je te parle de personnes avec qui je partageais un certain nombre de convictions et à l'inverse il y a d'autres profils avec qui j'avais très peu de choses en commun et qui ont été aussi des superbes rencontre j'ai passé à peu près une semaine dans les Ardennes avec un groupe de chasseurs et c'était une expérience passionnante pour quelqu'un qui est assez naturellement pas forcément tout à fait favorable à la chasse en France j'ai trouvé ça vraiment très enrichissant très intéressant parce que à chaque fois c'était des échanges qui étaient vrais et parce que dans un sens ou dans l'autre on n'était pas là pour juger. En fait, moi, j'avais mis depuis longtemps mes postures, mes convictions, mes tout ça de côté et j'étais juste là pour absorber et pour comprendre un peu l'environnement dans lequel la thématique de l'animal était traitée aujourd'hui en France. Et donc, après, tu vois, tu peux mettre ta casquette militante, ta casquette politique, etc., en disant je suis d'accord, je suis pas d'accord. Mais en fait, avant tout, il faut comprendre quelles sont les forces en présence, comment ça fonctionne aujourd'hui et comment est-ce qu'on peut faire pour réussir à travailler ensemble. Et la réflexion autour de l'altérité que représente l'animal est assez... est assez intéressante à creuser parce que tout ce que tu retrouves dans la difficulté d'approcher un animal, de le rencontrer pour de vrai, de l'accepter même si tu ne le comprends pas, tu le retrouves avec des profils de gens avec qui tu n'as rien en commun et avec qui tu dois faire société. C'est ça aussi que je trouve intéressant. Quand tu te retrouves face... Là, je te parle des rencontres humaines, mais quand tu te retrouves nez à nez à te mettre de toi avec un gros bouquetin, que tu es toute seule et que tu dis« Merde
UNKNOWN!
SPEAKER_02» qu'est-ce qu'il pense, comment je gère cette situation. Après, tu te rappelles que le bouquin est plutôt inoffensif, que tu ne risques pas grand-chose, mais quand même, il a quand même des sacrés cornes et tu n'es quand même pas très rassuré. Et en fait, tu te retrouves face à une situation où tu n'as aucun moyen de communiquer avec l'individu en face de toi. Enfin, tu peux lui parler parce que toi, ça te rassure, mais tu n'es pas sûr que le message passe. Et tu dois gérer cette différence, cette altérité qui n'est pas forcément une confrontation mais où chacun doit s'accepter et réussir à cohabiter dans un espace où tout le monde n'a pas forcément les mêmes envies, les mêmes besoins, les mêmes manières de vivre. Et c'est ça qui est assez... intéressant à creuser aussi dans les rencontres humaines que tu peux avoir dans ta vie de tous les jours avec des gens avec qui tu n'es absolument pas
SPEAKER_00d'accord. Tu dirais que c'est un peu finalement la synthèse de cette expérience à la rencontre de gens qui sont impliqués sur les sujets du vivant, etc. C'est un petit peu ce que tu retiens de toute cette rencontre que tu as pu faire
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, complètement. C'est à la fois la notion d'altérité, il y a aussi un sujet dont on dont on ne parle pas suffisamment, je trouve, sur lequel on n'arrive pas suffisamment à se concentrer, c'est accepter de laisser de la place à l'autre, que ce soit l'animal sauvage ou l'autre que toi, pour s'épanouir, pour vivre, pour évoluer. Il a besoin d'un espace, que ce soit un espace physique ou un espace mental. Donc voilà, comment tu fais pour laisser de la place à l'autre
UNKNOWN?
SPEAKER_02Comment tu fais pour prendre le temps
UNKNOWN?
SPEAKER_02aujourd'hui on veut toujours tous très vite faire les choses et en fait la nature a besoin de temps pour évoluer pour grandir pour tout ça donc comment est-ce que tu fais pour penser tes actions dans le temps long comment est-ce que tu fais pour avoir le moins d'impact possible on revient sur le sujet de l'impact parce qu'en fait l'idéal quand même c'est comme en bivouac quand tu pars de ton bivouac l'objectif c'est de ne laisser aucune trace et nous en fait même dans notre vocabulaire dans notre société tout le monde veut avoir un impact tout le monde veut faire des choses et en même temps quand tu regardes la nature l'idée c'est de faire en sorte que ton passage sur terre ne détériore pas l'environnement et la nature alors il y en a de plus en plus on dit non mais c'est avoir un impact pour réparer ce qu'on a pu faire de mal et je comprends tout à fait cette logique je suis volontairement un peu provocante quand je parle de de l'absurdité d'avoir un impact parce que bien sûr avoir un impact pour mieux faire les choses ça se comprend mais en fait notre volonté individuelle et collective de marquer du saut de notre existence, la planète Terre, c'est peut-être un peu la raison pour laquelle les choses foutent un peu le camp aujourd'hui. Et tout ça, en fait, c'est dans notre inconscient collectif, dans notre imaginaire, de dire on veut montrer qu'on a fait quelque chose. Oui, mais attention, parce que quel est le travers de ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02C'est qu'à force de vouloir montrer qu'on a fait quelque chose, l'espace de vie naturelle est de plus en plus fade et de moins en moins riche, parce qu'on a voulu mettre de l'artificiel et de l'humanité un peu partout, et qu'on n'a pas forcément laissé suffisamment de place à
SPEAKER_00l'autre. Vaste sujet
UNKNOWN!
SPEAKER_00Cette notion de finalement dire, est-ce que l'objectif en réalité, ce ne serait pas de faire la surface d'un lac, de ne pas venir la perturber, qu'il n'y ait aucune ride, aucune onde, que le passage soit le moins marquant, le moins impactant possible pour déranger un minimum de choses. Moi, j'ai découvert ton parcours, je crois que c'était sur LinkedIn. Je ne sais pas si tu communiquais avant quand tu étais dans ta grande carrière successful en entreprise sur des sujets business ou autre mais en tout cas moi j'ai commencé à avoir des posts sur LinkedIn que tu faisais j'imagine je ne sais pas combien de temps c'était après que tu as fait ta transition mais sur le sujet du vivant tu partageais d'ailleurs des infos hyper intéressantes j'ai découvert par exemple que j'avais toujours du mal à me rappeler Antarctique, Arctique et je n'arrivais pas à trouver de moyens mnémotechniques de comment me rappeler lequel et quoi et donc j'ai vu un de tes posts avec un ours polaire en image où t'expliquais le petit tips pour s'en rappeler mais voilà le premier je crois que le gros post que j'avais vu c'était celui où t'annonçais que tu partais donc en Antarctique je me trompe pas hein
SPEAKER_01Oui,
SPEAKER_00c'est tout à fait ça. Arctos, ça veut dire ours. Et donc, en Antarctique, l'anti-arctos, il n'y a pas d'ours. Donc, le pôle sud, il n'y a pas d'ours. Mais bref, c'est là que j'ai découvert ton parcours. À quel moment est-ce que... Déjà, si tu es OK, j'aimerais bien qu'on discute un petit peu de cette expédition, puisque pour le coup, c'était un gros projet. Mais peut-être avant qu'on parle de l'expédition en tant que telle, à quel moment est-ce que tu as formulé ce projet
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment tout ça s'est présenté
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et surtout, à quel moment de cette coupure de un an
UNKNOWN?
SPEAKER_00Déjà, est-ce que c'était vraiment dans la coupure de un an
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ça fait partie de la coupure. Oui,
SPEAKER_01tout à
SPEAKER_00fait. Et donc, comment est-ce qu'on en arrive à se dire« je pars en Antarctique pour observer le vivant
SPEAKER_02là-bas»
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, pour répondre à ta question, oui, ça a clôturé… en beauté, mon année de réflexion et d'expérience autour du vivant, que j'avais vraiment concentrée sur la France métropolitaine et j'ai eu cette chance incroyable de passer deux mois sur un voilier en Antarctique en janvier-février 2023. Oui, tout à fait, 2023. Donc voilà, ça a permis de clôturer cette année en donnant un regard assez différent de ce que j'avais pu voir expérimenté en France. Comment on en vient là
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, moi, j'ai eu énormément de chance et beaucoup, voire que de la chance. J'ai été là au bon moment, au bon endroit, parce que c'était une expédition qui devait avoir lieu il y a quelques années, qui, du fait du Covid, a été décalée de deux ans. Un membre de l'expédition, pour des raisons personnelles, n'a pas pu annoncer en septembre de l'année précédente qu'il ne pouvait plus se joindre à ce projet. C'était un gros projet, parce que c'était partir de moi, aller jusqu'au qu'en Baie-Marguerite, qui est un endroit assez isolé où très peu de voiliers vont pour pouvoir prendre le temps, aller voir les animaux passer du temps. Il y avait tout un partenariat qui a été monté avec une fondation pour travailler avec les scolaires sur les enjeux polaires, etc. Donc c'était un gros projet. Et donc cette personne, pour des raisons personnelles, a dû se retirer de l'expédition. Et moi, j'étais là au bon moment, au bon endroit. Et j'ai dit, moi, moi ça m'intéresse c'est complètement sur mes sujets on parle de biodiversité, on parle de temps long, on parle de nature, de liens qu'on a avec la faune sauvage, de transmission aux jeunes et en plus je suis dans mon année consacrée aux vivants donc j'ai le temps et donc j'ai pu intégrer cette expédition donc ça a été énormément de chance pour moi et en amont en fait tout l'équipage avait travaillé sur ce projet qui devait partir déjà dès 2020, voire 2021, j'ai un
SPEAKER_00trou. Et donc là, tu es partie avec la casquette Ingrid Solo ou avec la casquette Fonds de dotation Paul-Émile Victor
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce qu'on ne m'a pas encore parlé, mais c'est ton activité aujourd'hui, c'est ça,
SPEAKER_02principale
UNKNOWN?
SPEAKER_02L'activité d'administratrice du Fonds de dotation Paul-Émile Victor, c'est une activité bénévole que je fais en plus de tout le reste. Là, j'étais vraiment partie avec la casquette Ingrid Solo, Ingrid et les petits animaux. Découvrons un peu ces sujets-là et continuons la réflexion sur notre lien à la faune sauvage. Et la particularité, moi, ce qui m'intéressait dans l'expérience en Antarctique, au-delà du caractère fabuleux, esthétique, etc., c'est que en Antarctique, ce qui est très étrange, c'est que la biodiversité est très pauvre, dans le sens où elle est absolument incroyable, il y a des baleines, il y a des phoques, il y a des manchots, mais il y a très peu d'espèces. Je pense... vraiment, j'en suis quasiment persuadée, qu'il y a plus de biodiversité, en tout cas d'espèces différentes à Paris, et je ne parle pas de la France, je parle de Paris, que en Antarctique. Mais c'est juste que ce sont des espèces qui sont tellement emblématiques et tellement imposantes que ça nous fait briller les yeux. Et donc, ça m'intéressait aussi de jouer sur ce sujet-là, de dire, mais attendez, vous, quand vous pensez Antarctique, vous pensez les animaux, mais pourquoi quand vous pensez Paris, vous ne pensez pas les animaux
UNKNOWN?
SPEAKER_02Parce qu'il y a plein d'animaux, vous avez vu tous les insectes, vous avez vu tous les oiseaux. Ce sujet-là m'amusait beaucoup. Ce que je trouvais aussi intéressant, c'est que la raison pour laquelle on est comme des gamins quand on est en Antarctique, c'est parce que les animaux, on parvient à les approcher sans faire beaucoup d'efforts. En France, tu peux les approcher si tu restes pendant trois heures dans ton affût, que tu ne fais pas de bruit et qu'ils ne te voient pas. Donc ça nécessite un effort, un engagement, etc. En Antarctique, les animaux, tu peux les approcher beaucoup plus facilement. Il y a bien sûr tout un tas de distances de sécurité, évidemment, pour ne pas leur transmettre maladie, mais le contact se fait beaucoup plus facilement. La raison évidente à ça, c'est parce qu'on ne les chasse pas. Tout simplement. Évidemment, un chevreuil, il te voit, le premier truc qu'il fait, c'est qu'il part le plus vite possible, parce que humain égale chasse égale tu vas mourir. En Antarctique, ça fait des dizaines d'années qu'on ne chasse plus la baleine, donc il maintenant revient et c'est super. Le phoque a été chassé dans les premières expéditions d'explorateurs polaires l'air, mais ça fait aussi très longtemps qu'il n'est plus chassé. Et donc, tu as un rapport à l'animal qui n'est pas d'égal à égal parce qu'on est tous différents, mais qui est de« Ah tiens, il y a un truc qui débarque sur mon territoire et c'est ok parce que de toute façon, c'est un truc de plus ou de moins.» Et donc, l'animal est chez lui et toi, tu lui rends visite. Toi, tu es un visiteur qui est toléré pour un certain temps dans un espace donné. À l'inverse de la France, où nous, humains, on a l'impression qu'on on est sur notre territoire, et de temps en temps, quand on essaye de voir les animaux, il faut faire beaucoup d'efforts, parce que les animaux ont tellement l'habitude de se retrouver accueillis à coup de fusil ou autre, ou bien d'être dégagés, parce qu'en fait, on prend de plus en plus de place avec nos sports, nos sports d'outdoor. Moi, je pratique le trail, la rando, le vélo, tout ça. Oui, mais en fait, le parapente, ça prend de l'espace sur un espace de nature qui, jusqu'à maintenant, était réservé aux animaux. Donc, c'est génial, on veut tous aller dehors, et moi la première, sauf que comment est-ce que t'arrives à cohabiter
UNKNOWN?
SPEAKER_02Comment est-ce que tu fais pour équiper des voies d'escalade quand, en fait, t'as des oiseaux nicheurs et qui, maintenant, ne peuvent plus accéder à leur nid ou bien sont dérangés par les grimpeurs
UNKNOWN?
SPEAKER_02Donc, cette cohabitation-là, qu'on n'a pas forcément l'habitude d'appréhender de cette manière-là en France, quand t'es en Antarctique, comme c'est toi qui es l'intrus, tu la constates vraiment parce que tu n'as rien à faire là, t'es juste un visiteur qui est est accepté pour quelques heures, quelques jours, et qui après repart. Donc ça crée un rapport à l'animal qui est assez intéressant et très différent de ce que tu peux avoir... dans ton
SPEAKER_00quotidien en France. Super intéressant. Ça, du coup, au moment du départ, tu avais... Tu expliquais un peu plus tôt qu'habituellement, tu étais plutôt quelqu'un de rationnel, qui aime bien organiser les choses, structurer, etc. C'est ce que tu avais essayé d'éviter, en tout cas, au début de ta coupure. Est-ce que là, pour le coup, par contre, pour l'Antarctique, tu avais une sorte de protocole, d'éléments que tu voulais absolument observer, qui t'ont permis de tirer les conclusions que tu viens de nous présenter
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ou ça a été vraiment... Tu fais ça de manière un peu empirique. Maintenant, tu as digéré
SPEAKER_02l'expérience. Non, je n'avais rien formalisé
SPEAKER_01dans mon approche.
SPEAKER_02Jusqu'au bout, j'ai été en freestyle. Oui, tu as raison. Je n'avais absolument rien formalisé. Mon objectif était de me laisser surprendre. Et donc, de continuer dans cette découverte de soi. Il y a le côté... tu te laisses surprendre par les rencontres que tu fais et tu vois ce que ça provoque en toi comme sentiment comme émotion etc et donc ce qui était incroyable dans ce voyage en Antarctique c'est que donc t'es deux mois sur un voilier avec six autres personnes sur un petit voilier de 15 mètres c'est pas très grand t'es pas vraiment confiné parce que quand t'es à l'intérieur t'as l'impression d'être confiné mais en fait dès que t'es dehors sur le pont t'as l'immensité autour de toi Et puis, dès qu'on était au mouillage, on pouvait accoster et se balader un petit peu, même si c'était toujours des régions où il fallait faire attention. On avait toujours une radio, etc. Donc, c'est une espèce de paradoxe avec un sentiment de confinement, d'enfermement et de tout le monde les uns sur les autres et en même temps, une immensité tellement belle autour de toi que tu ne sais plus où donner de la tête. Et ce qui était dingue aussi, c'est que pendant deux mois, tu es complètement... En fait, bien sûr, on n'avait pas accès à Internet, à nos réseaux sociaux, à tout ça. On avait juste une adresse mail satellite qui nous permettait, donc moi, qui nous permettait d'envoyer un ou deux mails par semaine, mais c'était du one-way. De temps en temps, il y avait une personne qui me répondait, mais envoyer une image, ça prenait une demi-heure tellement c'était galère. Donc, tu vois, je pense que je devais envoyer un mail par semaine et en fait, tu ne reçois aucune information de l'extérieur. Donc, en fait, tu es dans ta petite bulle où... où rien n'a de prise sur toi où t'es juste dans le moment présent mais c'est un moment présent qui dure pendant deux mois donc c'est assez exceptionnel où comme tu ne sais pas naviguer parce que je ne savais pas naviguer il faut le préciser en fait t'as un capitaine qui prend les décisions et toi t'es un soldat en fait toi t'exécutes les ordres donc tu commences pas à dire oui mais est-ce que tu penses que ce mouillage là c'est vachement bien non juste tu fermes ta gueule il te dit de gérer les amarres la grand voile le machin t'exécute et en fait tu n'as pas de décision à prendre quand c'est ton tour pour faire la popote ou faire la vaisselle tu fais la vaisselle le ménage etc et t'es juste là et t'es juste là pour profiter sans aucune contrainte et sans aucune charge mentale de gestion de l'itinéraire parce que tout dépendait de la météo donc tu pouvais rien prévoir de gestion de l'après parce que de toute façon comme t'as pas accès à internet ou à tes amis ou à tout ça tu peux rien prévoir donc en fait ça te coupe complètement de ton quotidien. Et ça, je ne l'avais pas du tout anticipé. Tu vois, je m'attendais beaucoup au beau, à l'esthétique, à la rencontre avec l'animal, etc. Mais cette expérience de faille spatio-temporelle dans notre vie quotidienne sur-organisée, elle m'a complètement scotché. Et pourtant, j'avais eu déjà des expériences de rando long, je te parlais des Pyrénées, d'autres moments comme ça où pendant quelques jours, tu es déconnecté, mais pendant deux mois, c'est la
SPEAKER_00folie. Oui, et puis même sur des randos longs, pour en avoir aussi fait quelques-unes, tu as quand même, le lien est toujours là, tu vois, tu aperçois toujours un village au loin, tu sais qu'il ne s'en va pas, tu as toujours un lien en fait, tu peux avoir du réseau régulièrement, tu c'est qu'il ne s'en va pas, on peut venir te chercher, dans le pire des cas, tu te fais, tu vois, PGHM te récupère, mais je trouve que d'un point de vue, tu vois, espace-temps, en fait, même si tu peux être un peu déconnecté, tu restes dans un cadre habité, humanisé, enfin, tu vois, où finalement, tu es quand même globalement en sécurité, tu fais partie de la civilisation. Là, comme tu dis, enfin, je ne sais pas, vous étiez à combien d'heures de vol s'il y avait une urgence, tu vois, d'hélico ou d'avion, je ne sais même pas si vous étiez accessible par les secours
SPEAKER_02quand tu pars en Antarctique tu pars du principe que si t'arrives une merde c'est à toi
SPEAKER_01de gérer après
SPEAKER_02tu vois si t'as la chance d'avoir un bateau qui passe pas très loin tu peux faire un appel mais sinon y'a pas de service de secours
SPEAKER_00t'as rien du tout ouais donc voilà c'est quand même un paramètre mais spontanément j'avais envie de te dire punaise quel luxe parce que pour des gens tu vois comme nous qui vivons dans une société hyper connectée etc dans quel contexte est-ce que tu peux tu peux te retrouver comme ça finalement forcé à être dans l'un instant présent et tu n'as pas le choix en fait, il n'y a que ça. Tu dirais que ça a été finalement avec un peu de recul, tu as réussi à l'apprécier ça quand même ou pas forcément dans l'instant
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ah si, je pense que je l'ai vraiment vécu à 300% et je l'ai apprécié pleinement et ce qui est étonnant c'est que c'est Alors, en rentrant, ça a été assez difficile. Je suis restée après trois semaines en Patagonie pour randonner toute seule parce que je pense que j'avais besoin d'un sas de décompression. Et en fait, en rentrant, j'ai pas mal d'amis qui tout de suite m'ont sollicité en me demandant« Et alors
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et cet été
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et ce week-end-là
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce qu'on l'organise
UNKNOWN?
SPEAKER_02» Et tout ça. Et je me suis sentie complètement oppressée par toutes ces demandes-là. Moi qui, pendant trois mois, n'avais rien dû gérer, d'un coup, J'ai eu l'impression d'une espèce de vague qui m'engloutissait de sollicitations du monde extérieur. Et je me disais, mais je ne sais pas gérer, tu vois, une espèce de prise de panique. Alors que je suis quand même quelqu'un, encore une fois, de très organisé et qui gère tout bien à l'avance. Donc ça, c'était très étonnant. Je me suis rendu compte après. Des sollicitations pour des podcasts. Bref, ça n'arrêtait pas. Exactement. Mais ça, c'était la gloire, tu vois. La relation de la gloire, évidemment. Le deuxième point,
SPEAKER_00forcément, je l'ai oublié, mais ça reviendra. J'imagine que le retour, même avec le sas de décompression de la Patagonie, ça doit être compliqué. Est-ce qu'il y a des habitudes que tu as mises en place, des choses que tu as changées dans ton rapport au temps, à la connexion avec les réseaux, la fréquence à laquelle tu es connecté aux autres
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'il y a eu des impacts durables de ce voyage
UNKNOWN?
SPEAKER_00de cette
SPEAKER_02expédition
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui. Déjà, je me mets très souvent en mode ne pas déranger sur mon téléphone, ce qui peut avoir tendance à énerver mes proches qui ne peuvent plus me contacter aussi facilement. Mais oui, ça m'arrive maintenant d'avoir quasiment toute une journée, ou en tout cas les week-ends, de laisser mon téléphone dans un coin et de me mettre en mode ne pas déranger. des choses toutes bêtes, mais de partir pour toute une journée et de laisser mon téléphone chez moi et d'aller faire des courses et de laisser mon téléphone chez moi. Et ça se passe bien. La probabilité de se perdre dans Paris est quand même assez limitée ou au pire, on arrive à trouver quelqu'un qui nous réoriente. C'est des choses toutes bêtes, mais on a tellement l'habitude d'être tout le temps connecté à ce qui... enfin oui, à notre téléphone, que rien que le fait de laisser son téléphone chez soi, c'est pas qu'on l'oublie, c'est une démarche volontaire et vraiment réfléchie de se dire, oui, là ça va, je vais aller acheter du pain, je peux laisser mon téléphone, ça va bien se passer. Donc c'est que des petites choses comme ça qui me font rire et en même temps, quand j'embête mes amis avec ça, je me rends bien compte qu'on vit aussi dans une époque et dans dans un mode de communication où c'est assez simple de se laisser dépasser par les sollicitations. Donc, je pense que c'est ça. Et puis aussi, je continue à m'octroyer du temps toute seule dehors, à aller marcher toute seule, à aller courir toute seule, à partir plusieurs jours comme ça, juste pour moi, parce que je me rends compte qu'à Paris, je me perds un peu. Je m'oublie. Je suis toujours, comme tu dis, dans la réponse à des... des sollicitations, et donc le fait de se retrouver seule avec soi-même et d'aller courir et de mettre son cerveau de côté, ça fait beaucoup de bien. Donc ça aussi, c'est des moments que je continue à m'accorder et qui sont vraiment
SPEAKER_00salvateurs. Excellent. Peut-être dernière question sur l'expédition avant qu'on parle de la suite, puisque j'imagine qu'il va y avoir une suite, mais comment ça se passe, puisque tu disais que tu t'es greffée sur l'expédition, si j'ai bien compris, plutôt sur le tard. Le reste de l'équipe se connaissait déjà, eux, pour le coup
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce qu'ils avaient préparé cette expédition ou pas nécessairement
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, on avait un chef d'expédition qui avait monté le projet et l'équipe, et donc qui connaissait tout le monde, qui était un ancien hivernant de base antarctique, passionné par la région. Et ensuite, tous les membres ne se connaissaient pas. J'estime ne pas trop être arrivé comme un cheveu sur la soupe, parce que ça faisait n'avaient pas déjà des années, qui se connaissaient, qui travaillaient ensemble, etc. Donc ça s'est bien, en termes d'intégration, ça s'est bien passé. Mais on avait vraiment le noyau dur, c'était le chef d'exposition, le capitaine qui avait navigué dans ces eaux pendant dix ans et qui connaissait très bien la région et qui était un marin exceptionnel. Et puis ensuite, des personnalités qui soit étaient liées avec l'Antarctique ou avec les environnements plutôt marins, nature, etc., et qui voulait découvrir aussi la région.
SPEAKER_00Excellent. Et comment est-ce que du coup, on apprend à vivre pendant deux mois avec des gens qu'on ne connaissait pas forcément très bien avant de partir, quand on est dans une bulle loin de tout de 15 mètres, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Vous aviez une cabine partagée, j'imagine, en étant le nombre que vous
SPEAKER_02étiez
UNKNOWN?
SPEAKER_02On n'avait pas vraiment... Non, on n'avait pas de cabine. On avait des couchettes qui étaient... Enfin, trois couchettes qui étaient séparées par un rideau après un espace de vie et pareil au fond du bateau, trois couchettes qui était séparée par un rideau et le capitaine qui dormait dans l'espace de vie. Donc oui, c'est sûr qu'en termes d'intimité, de moments pour soi, de tout ça, on ne dit pas trop. Comment on apprend à vivre avec des gens
UNKNOWN?
SPEAKER_02C'est une excellente question. En fait, je pense que quand tu es dans un endroit que tu veux vraiment découvrir ou quand tu es à un... à un moment que tu veux vraiment vivre
UNKNOWN?
SPEAKER_02tu fais des compromis. Tu te dis que rien ne pourra gâcher ce moment d'exception. Et je pense qu'on était tous dans cet état-là. On savait tous qu'on avait une chance exceptionnelle. On savait tous que c'était certainement la première et la dernière fois qu'on serait sur un bateau pendant aussi longtemps pour découvrir, pour prendre le temps, etc. Et donc, je pense que tout le monde est venu avec sa personnalité, mais aussi avec sa capacité d'adaptation et en faisant en sorte que ça se passe bien. Et comme il n'y avait pas de caractériel ou de gens qu'on avait envie de jeter par-dessus bord, ça s'est bien passé. On a fait en sorte de vivre en société comme des êtres responsables et ça
SPEAKER_00s'est très bien passé. Excellent. Est-ce que le moment où tu as vu l'Antarctique pour la première fois, est-ce que ça a déclenché quelque chose
UNKNOWN?
SPEAKER_00Est-ce que ça reste un moment fort ou finalement, c'est plus le voyage au global qui a été exceptionnel pour
SPEAKER_02toi
UNKNOWN?
SPEAKER_02Ah si, ça a été le moment où on a vu pour la première fois une espèce de sommet. En fait, on ne savait pas trop si c'était au loin un gros iceberg ou un sommet qui était... ou même un nuage. Enfin, c'était pas très clair, il y avait une espèce de brume, etc. Et là, c'est un moment où tu te dis« Oh, ça y est
UNKNOWN!
SPEAKER_02» Enfin, genre, ça y est, on y est. Et ce qui est marrant, c'est que, en fait, avant d'arriver en Antarctique, donc le bateau part d'Ushuaïa, et il y a un passage qui s'appelle le passage du Drake, entre Ushuaïa et le début, le haut de la péninsule antarctique, qui est une espèce de... J'allais dire de... Ouais, d'enfer sur... C'est même pas enfer sur terre parce que c'est enfer sur mer mais pendant 3 ou 4 jours tu navigues non-stop dans des eaux qui sont assez dangereuses, t'as en gros l'océan Atlantique d'un côté qui rencontre l'océan Pacifique de l'autre qui rencontre l'océan Austral encore de l'autre côté et donc ça crée une espèce de machine à laver géante avec souvent énormément de vent et donc quand on est arrivé à Ushuaïa et qu'on est parti en bateau on était plus stressé par ce passage là parce qu'on se disait mon dieu est-ce que je vais être malade est-ce que ça va bien se passer est-ce qu'on va pas tous mourir etc parce que forcément les gens qui étaient déjà passés par là tu sais t'as toujours le côté un peu tu vas voir ça va être horrible le côté un peu grande gueule et tout ça donc tu sais que tu vas prendre cher et donc tout le monde était un peu stressé par ce moment là et donc on voyait pas encore on projetait pas encore une arrivée en Antarctique enfin en tout cas moi je projetais pas l'arrivée en Antarctique l'objectif était, je caricature mais c'était de survivre à ce passage du Drake et après l'Antarctique et donc quand l'Antarctique est arrivé tu te dis déjà un, trop bien j'ai survécu et puis deux, ça y est c'est l'exceptionnel qui avait déjà un peu débuté se présente à toi et ça c'est assez fou comme sentiment et puis après c'est comme tout Toutes les expériences de nature que tu sais finalement cadrer dans le temps, tu te dis, mais chaque journée est exceptionnelle. Chaque journée est une découverte. Et donc, quand tu te couches le soir, tu te dis, mon Dieu, mais il s'est passé tellement de choses. Et c'est toujours très frustrant parce que quand tu es dans ton quotidien à Paris et que tu arrives le vendredi soir et tu te dis, mais je n'ai pas vu la semaine passée, j'ai eu l'impression d'être dans un tunnel. Alors que quand tu randonnes pendant une semaine, tu te dis, oh là là, mais c'est fou, en une semaine, j'ai eu l'impression d'avoir vécu mille vies. Et tout l'enjeu est de dire comment est-ce que t'arrives à recréer cet émerveillement et cet état de conscience dans tout ce que tu fais au quotidien, même les trucs qui te paraissent parfois les plus chiants ou parfois les moins intéressants, de dire comment t'arrives à recréer ça pour pas que le vendredi soir tu te réveilles en disant mon dieu mais j'ai pas vu la semaine passée, c'est horrible comme
SPEAKER_00sensation. Ouais, clairement ouais. Clairement. Le passage de Drake, ça me fait penser à l'histoire de Shackleton. Quand tu penses qu'il y a des hommes qui ont traversé ce passage sur... La chaloupe n'était plus vraiment ouverte parce qu'ils avaient mis un espèce de pont. Ils avaient fabriqué un espèce de ponton. Enfin, de pont pour la chaloupe. Mais je crois qu'ils tenaient à peine assis à l'intérieur. De penser qu'il y a des gens qui ont traversé ce passage absolument horrible dans une chaloupe tu devais faire je sais plus 6 ou 7 mètres en 1915 ou 16 tu vois tu te dis mais avec une carte et un compas comme seul instrument de navigation tu te dis bon ça c'était
SPEAKER_02d'exploration ah oui les premiers quand tu regardes un petit peu les récits des premiers explorateurs polaires alors Shackleton c'est quelque chose parce que c'est surtout tout le récit d'un sauvetage dingue mais même charcot aussi. Il y en a beaucoup... énormément de récits comme ça de voyages et c'était très drôle parce que dans la bibliothèque du bateau le capitaine avait beaucoup de soit de biographies d'explorateurs ou bien de récits d'explorateurs polaires et ce qui était fascinant alors c'est déjà tu te rends compte bien sûr de la différence de matériel de conditions de vie qui n'ont absolument rien à voir surtout les gars quand ils partaient hiverner c'était quand même pas la même mais moi ce que j'ai trouvé très étonnant c'est notamment dans les récits de voyages de Charcot donc l'explorateur polaire français Charcot qui décrivait les manchots qu'ils rencontraient et les comportements des manchots sur les rochers, sur la glace, etc. Et ce que j'ai trouvé fascinant et en même temps évident, c'est qu'on aurait pu décrire exactement la même chose. C'est-à-dire que 100 ans après, plus de 100 ans après, les comportements de ces manchots n'avaient pas du tout changé. Ils évoluaient toujours de la même manière, ils ressemblaient toujours à ce à quoi ils ressemblaient il y a plus de 100 ans, leur fonctionnement, leur nid, leur manière de de se mettre à l'eau. Et en fait, c'était drôle de se rendre compte à quel point nous, en 100 ans, quand tu regardes les récits justement de gens qui vivaient il y a 100 ans, à quel point notre vie n'a rien à voir et à quel point leur vie à eux est exactement la même. Alors, bien sûr, après, tu rajoutes toutes les contraintes liées au dérèglement climatique et tout ça, mais ce que je veux dire, c'est qu'en tant qu'espèce, leur manière de vivre et d'évoluer n'a pas changé. Et c'est très drôle de lire des récits d'il y a... il y a 100 ans du siècle dernier, qui décrivent quelque chose que toi, tu vois directement et qui n'a pas
SPEAKER_00évolué. Oui, fascinant. Fascinant. Donc là, le retour de ton expédition, ça s'est fait quand
UNKNOWN?
SPEAKER_00Il y a quelques semaines, un mois et quelques, c'est ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, il y a un mois, c'est ça. Un mois, ok. Quand on avait échangé en off pour préparer l'interview, j'avais cru comprendre que ça clôturait cette année, mais que finalement, c'était peut-être la première étape vers d'autres projets derrière. Donc, est-ce que c'est le cas
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et si c'est le cas, est-ce que tu peux nous en parler
UNKNOWN? Alors, c'est sûr qu'après avoir…
SPEAKER_02travailler pendant un an sur les sujets liés aux vivants et à la biodiversité, c'est très difficile de clôturer et de dire bon, maintenant, on va retourner travailler à la défense, même s'il y a plein de choses à faire à la défense en matière de biodiversité. Mais oui, ce sont des sujets que j'ai envie de continuer à creuser. Alors, je continue, tu parlais des petits articles sur LinkedIn, je continue à écrire, à poster de temps en temps sur LinkedIn et puis à écrire un peu plus pour pour d'autres projets par la suite et je vais continuer, enfin, je pense que ça sera certainement plus clair dans les prochaines semaines mais je vais continuer à m'engager sur ces sujets. En fait, pendant un an, j'ai beaucoup été dans l'observation parce que ça me semblait important avant d'arriver avec mes gros bras et de dire je vais sauver la planète, je vais révolutionner la manière de traiter le vivant et la faune sauvage en France, je me suis dit bon, vas-y avec un peu d'humilité, essaye de comprendre de ce qui se passe et vois si toi tu peux y apporter quelque chose. Donc j'ai été vraiment pendant un an dans une logique plus d'absorption d'informations, d'émotions, de tout ça. Et là, je rentre dans une phase où j'ai envie de faire des choses sur ces sujets. Souvent, ce qui est bien, c'est que la réflexion et le vécu précèdent l'action, donc c'est déjà pas mal. Et donc là, je suis dans cette phase-là et dans les prochaines semaines, il va y avoir des choses qui vont se de concrétiser pour s'engager un petit peu sur ces thématiques de biodiversité et de vivant, notamment en France, parce qu'on parle beaucoup de biodiversité qui nous fait rêver de pays exceptionnels, mais on a beaucoup de choses aussi à faire en France et j'aimerais bien y consacrer un peu de mon
SPEAKER_00énergie. Génial.
UNKNOWNGénial. Bon, stay tuned.
SPEAKER_00On va suivre les annonces dans les semaines qui viennent. Et peut-être en conclusion, Ingrid, donc tu t'es donné les moyens de vivre des expériences extrêmement riches pendant un an donc moi j'ai une question pour toi l'objectif du podcast c'est aussi d'inciter tu vois les gens à passer à l'action en tout cas de les inspirer à se lancer à leur propre niveau dans leurs univers dans leurs disciplines à oser entreprendre viser leurs objectifs même s'ils paraissent complètement fous aux autres mais souvent il y a on est bloqué très souvent par des éléments qui sont propres à nous, des peurs qu'on a, des craintes on en avait un petit peu parlé, je crois que t'avais fait un post notamment sur le sujet par rapport au bivouac il me semble fait que t'en avais un peu marre quand on te dise mais comment tu vas dormir toute seule la nuit t'es une femme, c'est méga dangereux machin donc peut-être qu'on pourrait parler de ça mais est-ce que globalement il y a des réalisations que t'as eues, des prises de conscience que t'as eues par rapport à ce que t'es capable de faire pas nécessairement en tant que femme mais en tant qu'individu, en tant qu'Ingrid, que tu ne pensais pas nécessairement possible avant d'entreprendre toutes ces expériences
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, complètement. En fait, c'est assez marrant parce que ce dont on parle, c'est le sujet de la confiance en soi. Et on n'est pas tous égaux
SPEAKER_01face à la confiance
SPEAKER_02en soi. Il y en a qui naissent avec une capacité à se faire confiance qui est exceptionnelle et tu en as d'autres chez qui c'est moins le cas. Et donc, tout le travail est de se dire pour ces personnes-là, comment tu vas step by step
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que c'est quelque chose qui se construit un peu au fur et à mesure. Et une fois que tu as acquis un certain niveau de confiance en toi, tu te dis, est-ce que je ne pourrais pas faire juste un petit peu plus, juste un petit peu mieux
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et en fait, c'est des toutes petites marches qui, au fur et à mesure, quand tu les gravis tranquillement, l'air de rien, tu te rends compte que tu arrives à faire des choses assez chouettes. Moi, j'ai une recette miracle. Non, ce n'est pas une recette miracle, mais un truc qui fonctionne assez bien chez moi et qui qui est assez absurde. Je ne sais pas si je suis la seule à fonctionner de cette manière-là, mais quand j'ai des... Je sens que j'ai des défis professionnels qui sont complexes ou que j'ai un... une espèce de manque de confiance en moi je m'inscris à des courses que je trouve complètement folles et beaucoup trop dures pour le niveau que j'estime avoir et une fois que j'ai passé la ligne d'arrivée je me dis non mais attends Ingrid si t'es capable de faire ça mais t'es capable de tout faire et donc en fait c'est un peu comme ça que je fonctionne c'est assez bizarre parce que c'est complètement irrationnel parce que c'est pas parce que t'es capable de courir 100 kilomètres que t'es capable de changer de job ou bien de prendre ta vie en main ou bien je sais pas quoi mais en fait ça crée enfin en tout cas chez moi ça crée une espèce de de satisfaction et de fierté que je ne dois qu'à moi, et donc qui me permet d'être hyper confiante dans mes capacités, quelles qu'elles soient. Et c'est comme ça, je pense, que j'appréhende le sport, ce qui est assez bizarre. C'est à la fois parce que ça me permet d'être dehors et parce que c'est génial, et aussi parce que ça permet chez moi de déclencher un truc... qui, dans d'autres niveaux, m'aident à me dépasser. Et en fait, à mon avis, cette année que je me suis octroyée, elle a été rendue possible parce que je me suis octroyée un peu le bénéfice du doute en me disant« Est-ce que tu vas réussir à en faire quelque chose
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que tu n'es pas complètement en train de te perdre
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que tu as vraiment fait HEC pour passer un an à aller regarder des animaux
UNKNOWN?
SPEAKER_02Est-ce que tu es sûre
UNKNOWN?
SPEAKER_02» En même temps, tu as vu tout ce que tu arrives à faire à côté. Rien à voir, mais quand même, c'est quand même balèze. Je reste une amateur de chez amateur dans tous les sports que je pratique, mais peu importe. L'important, c'est de se sentir fière de soi et qui, au fur et à mesure, te permet de faire des choses que tu ne te pensais pas capable d'accomplir. C'est un peu comme ça que je fonctionne, de mon côté.
SPEAKER_00Excellent. Je viens de finir le livre de David Goggins. Je ne sais pas si tu connais.
UNKNOWNNon.
SPEAKER_00Un Américain qui a été, je crois, le 36e Navy SEALs noir aux États-Unis. Donc, autant dire, ça ne fait pas beaucoup sur des milliers. C'est très Américain, mais qui est souvent décrit par des Joe Rogan, des gens qui fréquentent souvent ce qu'on appelle des high achievers, qui est un peu décrit comme l'homme au mental le plus... Comment dire
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je n'ai pas le terme qui vient, mais l'homme au mental le plus costaud, si tu veux, au monde. Il fait des trucs vraiment hallucinants. Et en fait, il a un peu le même schéma. Enfin, il a exactement le même schéma que toi. Il dit, chaque fois qu'il est confronté à une difficulté, en fait, il va piocher dans ce qu'il appelle sa cookie jar, donc son espèce de boîte à cookies, tu vois. Et à chacune de ses épreuves auxquelles il a participé, qu'il a terminé, etc., c'est un cookie, en fait. Donc, chaque fois qu'il en termine une, il met ça dans sa boîte à cookies. Et quand il est face à une difficulté, en fait, il va piocher dedans en se disant, tu as déjà été capable de faire ça, c'était bien plus dur que l'épreuve à laquelle tu fais face maintenant, donc tu vas y arriver, vas-y, etc. Donc super intéressant de voir qu'il y a des schémas qu'on retrouve qui semblent fonctionner. Et par curiosité, c'était quoi la dernière grosse épreuve qui te faisait peur à laquelle tu t'es inscrite
UNKNOWN?
SPEAKER_02Alors, déjà, partir pendant deux mois sur un voilier sans savoir naviguer, ça me faisait un peu peur, pour être tout à fait honnête. Mais bon, ça, ce n'était pas particulièrement sportif. Non, moi, c'était l'été dernier, j'ai fait le Grand Raid des Pyrénées en août dernier. Et c'était costaud. Moi, je viens du plat pays. Je viens du nord de la France. Donc, le dénivelé, on ne le connaît pas. Le dénivelé, c'est les escaliers qu'on monte pour aller en course et tout. Donc, passer du plat pays au Grand Raid des Pyrénées, c'était costaud. Et c'était hyper intéressant. C'était des très belles expériences. Alors, c'était censé être 120 kilomètres, c'était 127 kilomètres. On aime beaucoup les organisateurs de course qui rajoutent toujours des petits kilomètres en basique à la fin. Et c'est très beau, c'est dur, et tu rencontres des gens géniaux, et tu manges bien, et tu te marres bien, et tu te passe et tu te demandes à peu près toutes les trois heures ce que tu fous là et puis après tu te dis mais non mais c'est pas grave ça va bien se passer ouais c'est des moments sympas mais ce que je veux dire c'est que on n'a pas besoin de faire 300 kilomètres juste tu vois dormir dehors c'est déjà tellement énorme pour un certain nombre de personnes que rien que ça si t'es si t'es capable de te lancer un défi peu importe ce que la société te dit si c'est dur si c'est pas dur etc mais qui toi te semble insurmontable et que et que t'arrives à l'accomplir mais c'est enfin après tu te ouais tu te sens capable de négocier une augmentation auprès de ton patron en fait enfin tu vois ça n'a aucun lien mais t'as une espèce de sentiment de dire bah ouais moi j'ai fait ça je pensais pas que j'étais capable de faire ça bah franchement je l'ai fait donc balèze ça
SPEAKER_00c'est cool carrément carrément Tu dirais que c'est peut-être le message que tu ferais passer après un an consacré à des projets qui n'avaient rien à voir avec ta formation, avec ton début de carrière, etc. Ce serait peut-être ça que tu voudrais
SPEAKER_02dire
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, de se faire confiance et puis d'accepter de voir. de ne pas tout planifier en fait, de ne pas savoir à l'avance ce que ça va donner, est-ce que ça va être un succès, est-ce que ça va être un échec, de se laisser aussi le bénéfice du doute, d'être un peu indulgent envers soi-même et envers ses choix. Et si tu n'arrives pas à expliquer au dernier dîner mondain ce que tu fais et pourquoi tu le fais et ce que ça va donner, ce n'est pas très grave et en vrai, tu t'en fous un peu. Tu vois, c'est le côté ça va bien se passer, on ne sait pas trop ce que ça va donner, mais on verra. Mais au bout du bout, t'en sors forcément quelque chose et c'est ça qui est très
SPEAKER_00chouette
SPEAKER_02Excellent
SPEAKER_00Excellent. Eh bien, écoute Ingrid, un grand, grand merci. C'était juste passionnant, hyper inspirant et franchement, moi, ça me fait poser pas mal de questions sur des projets peut-être que je reporte où je me dis non, mais je n'ai pas fait tout ça pour prendre quelques mois et me consacrer à du sport ou non, mais il faudrait que je retrouve un job parce que je suis en phase de transition. Et je trouve que c'est hyper intéressant, très rafraîchissant et finalement, tu incarnes le fait que tu vois cette notion de la réussite d'un point de vue social image et puis en fait réussite d'un point de vue alignement avec soi-même avec ses valeurs avec ce qui est vraiment cher à soi et j'ai un peu l'impression que c'est ça que t'es en train de mettre en place chez toi et je trouve ça juste génial donc merci beaucoup d'être venu nous raconter tout ça et puis bah on stay tuned pour les annonces tu vas faire des annonces du coup dans les semaines qui viennent
SPEAKER_02ça va être un peu officiel je vais faire des grosses annonces là je pense parfait ça va faire un buzz
SPEAKER_00exceptionnel la lune du monde ah ah ah
SPEAKER_02Au
SPEAKER_00moins, au moins. Yes. Écoute, un grand, grand merci Ingrid. Et peut-être un prochain épisode pour le débrief des prochains projets, qui
SPEAKER_02sait
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui, avec plaisir.
UNKNOWNMerci beaucoup Loïc.
SPEAKER_00Merci d'avoir écouté l'épisode dans son intégralité. J'espère que vous avez pris autant de plaisir que ce que j'en ai eu à l'enregistrer. Si vous avez des feedbacks, vous pouvez me contacter sur le compte Instagram du podcast lesfrappés.podcast ou par email à hello.lesfrappés.com Je fais mon maximum pour que vous viviez de superbes expériences audio avec mes invités. Chaque épisode demande beaucoup de temps et d'énergie. Si vous appréciez mon travail, la meilleure façon de me soutenir, c'est de partager cet épisode à au moins 3 personnes qui aiment se dépasser. Si vous écoutez le podcast sur Apple Podcast ou Spotify, prenez quelques secondes de votre temps maintenant pour m'y laisser une note 5 étoiles et un commentaire. Merci beaucoup pour votre fidélité. A la semaine prochaine pour un nouvel invité.