SPEAKER_02

au moment où on est extrait du Bataclan, on est forcé de passer devant le bar. Et si on passe devant le bar, on est obligé de passer devant la fosse du Bataclan. Et la fosse du Bataclan, c'est des centaines de personnes au début de la soirée. Et là, le contraste, il est terrible parce que nous, on était pris en otage par les terroristes qui ont commis ces meurtres. Et au moment où on arrive devant la fosse, on voit tous les corps de plus de 50 personnes qui sont enchevêtrées les uns dans les autres. Je prends ça en pleine gueule et je me dis, bon, ben voilà, toi, t'as passé plus de deux heures avec ces connards. T'es pas mort, mais eux sont morts.

SPEAKER_00

Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Il a traversé l'enfer et en est ressorti vivant, mais changé à vie. David Fritz Goplinger était au Bataclan le soir du 13 novembre 2015, lorsque les terroristes de l'Etat islamique y font irruption pour y semer la mort. Quelques minutes plus tard, il est pris en otage. Son salut, il le doit à l'intervention des hommes de la brigade de recherche et d'intervention, la BRI, une unité de la police judiciaire française. A minuit 18, l'assaut est donné les otages sont libérés, mais pour David, c'est le début d'un nouveau combat, celui de sa reconstruction. Je vous préviens, il est possible que cet échange réveille de vieux souvenirs enfouis liés à cette journée tragique. Ça a été le cas pour moi. Mais c'est justement l'essence du message de David. Il faut dealer avec ses peurs et accepter les émotions ressenties. Excellente écoute à vous. Parfait, et bien écoute, bienvenue David sur le podcast, je suis super content de te recevoir, merci beaucoup de t'être libéré pour cet

SPEAKER_02

échange. Merci à toi de

SPEAKER_00

me

SPEAKER_02

recevoir,

SPEAKER_00

je suis ravi. Et bien écoute, le plaisir est pour moi, ravi une fois de plus de te recevoir David. Ce que je te propose en guise d'introduction, c'est de nous expliquer qui tu es, ce que tu fais aujourd'hui, et surtout quel a été ton parcours jusqu'à cette soirée du 13 novembre 2015, les attentats du Bataclan. Tu t'y trouvais au Bataclan, tu as tu étais pour le coup aux premières loges et tu as également fait partie de la dizaine de personnes qui ont été prises en otage par les terroristes avant d'être libérées par les hommes de la

SPEAKER_02

BRI. David, c'est à toi. Je m'appelle David, j'ai 32 ans et je suis photographe, aujourd'hui photographe et écrivain. Avant les attentats du 13 novembre, je suis né au Chili, On est arrivé en France en 1996, et on a été sans papier pendant quelques années, puis on a acquis, non pas la nationalité, mais on a été régularisé, ce qui nous a permis, moi, mes parents et mon frère, d'avoir une vie, on va dire, normale en France, avec un travail déclaré, etc. Et ça, c'est important, parce que ça va exister dans l'après-13 novembre, c'est pour ça que j'en parle. Et ensuite, j'ai suivi une scolarité, sans doute assez normale, jusqu'à m'intéresser à la photographie fin 2007, où j'ai voulu intégrer une école... un lycée en fait photo à Paris et que j'ai intégré ensuite et puis voilà derrière je me suis lancé dans la photographie professionnelle j'ai finalement abandonné au bout d'un certain temps parce que c'était très instable économiquement et j'ai fait des petits boulots jusqu'à devenir barman et directeur d'établissement d'un bar à Paris dans le 5ème arrondissement jusqu'au 13 novembre

SPEAKER_00

Excellent le départ du Chili ça a été j'ai deux questions du coup ça a été motivé par quoi et quels souvenirs est-ce que tu en as puisque tu avais quoi 4 ans à ce moment là si j'ai bien

SPEAKER_02

compté alors ce qui est intéressant dans ce que tu dis c'est que très longtemps j'en parlais de manière assez automatique sans vraiment analyser le truc sauf que j'ai vraiment vécu un déracinement profond et je m'en rendais pas vraiment compte je m'en suis rendu compte ces 8 dernières années et non en fait ma famille a quitté le Chili à l'époque il y avait la dictature de Pinochet qui entre guillemets prenait fin mais en fait on était très pauvres on roulait clairement pas sur l'or et mon père s'est battu corps et âme pour nous acheter des billets d'avion pour pouvoir aller en France, rejoindre mes grands-parents qui étaient déjà là. Et on a fait ce qu'on appelle un regroupement familial, l'administration française appelle ça comme ça. Et on s'est regroupés ici, et puis voilà, comme j'ai expliqué tout à l'heure, on est devenus sans papier, puis au final, on a été régularisés.

SPEAKER_00

Et tu as des souvenirs de cette phase de vie sans papier en France

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ouais, ouais, j'ai des souvenirs. D'ailleurs, c'est intéressant que tu en parles, parce que j'ai même des souvenirs de moi au Chili quand j'avais 3 ans. Et ça, apparemment, c'est un truc qui est assez propre pour déraciner, ça, d'avoir... fixer des souvenirs assez marquants, assez nets. Moi, je me rappelle très bien de la petite maison où on habitait. Moi, je suis né dans le sud du Chili, dans la région des Lacs, une région qui est très campagnarde, très sauvage. Et je me rappelle très bien de ce moment-là. Je me rappelle aussi de l'avion venant en France. Je me rappelle de l'aéroport d'Orly quand on est arrivé ici. Oui, je me rappelle de plein de trucs. Et même après, ensuite, quand on est allé à la préfecture d'Evry, parce que nous, on est allé à la préfecture d'Evry, c'est dans le sud de Paris, ça. Voilà. Donc, je me rappelle très bien de ce moment-là de ma vie.

SPEAKER_00

Et aujourd'hui ta situation c'est quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tu es toujours régularisé ou tu as entrepris les démarches pour obtenir la nationalité française

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait les attentats du 13 ont un peu rebattu les cartes sur énormément d'aspects et pas seulement sur déjà le traumatisme que j'ai subi ou les choses que j'ai vues au Bataclan mais ça s'est venu interroger qui j'étais profondément en fait et dans ce qui j'étais il y avait cette binationalité, cette double racine finalement même si je suis arrivé en France quand j'avais 5 ans j'ai grandi en France, j'ai fait l'école de la République j'ai acquis les valeurs et tout et en fait moi j'ai eu un échange avec un des deux terroristes qui m'ont pris en otage et le mec me dit qu'est-ce que tu penses de François Hollande, parce qu'ils justifiaient leur attentat en disant voilà François Hollande il a largué des bombes, nous on vient ici on vous tue donc bon voilà, nous on était pas on était pas vraiment en état de dialoguer mais le mec me pose la question tout en me braquant et finalement je vais lui dis bah je pense rien quoi je pense rien et donc il insiste il me menace et je dis mais je pense rien je suis pas français et au moment où je lui dis ça je comprends que il y a un truc un peu un truc qui se déconnecte en moi où je me dis bah t'es en train de lui mytho quoi t'es en train de le mentir là pourquoi tu lui dis ça et en sortant du Bataclan par chance j'ai survécu c'est venu interroger c'est une phrase qui aujourd'hui même encore continue de me hanter et je me suis dit en sortant clairement du Bataclan je me suis dit bon je veux devenir français en fait il est hors de question que cette question reste entre guillemets un mystère et que je dise éternellement à ce terroriste dans ma tête non je suis pas français non je suis français et donc un an après j'ai demandé la nationalité enfin la naturalisation donc j'ai été aidé beaucoup par le ministère de l'intérieur par à l'époque sur le gouvernement Hollande il y avait un secrétariat d'état d'aide aux victimes qui a été dissous ensuite par Emmanuel Macron et remplacé par une sorte de comment on dit un établissement public Mais à ce moment-là, c'était le secrétaire d'État qui était rattaché au ministère d'Intérieur, qui m'a aidé à avoir la nationalité. J'ai eu une nationalité très, très vite. J'ai envoyé ma lettre au début novembre et fin... Enfin, même pas, début février, j'ai reçu le décret comme quoi j'étais devenu français. Et là où c'est intéressant, et c'est pour ça que je parlais de ces racines chiliennes, c'est que j'ai été naturalisé au Panthéon. C'est-à-dire que la cérémonie a eu lieu au Panthéon. Et... Ouais, c'est un truc de dingue. Et on était tout un panel de... qu'il y avait une personne par continent donc moi j'étais l'Amérique latine il y avait un états-unien qui était là il y avait un russe il y avait vraiment de partout dans le monde et moi j'étais là j'étais ce mec latino-américain qui était devenu français à la suite des attentats et c'est un peu long ce que je dis mais c'est important parce que au moment où je suis au Panthéon et moi je pensais pas avoir fait un discours ou quoi j'ai le préfet qui dit bon bah voilà David a vécu les attentats etc etc et en fait il m'invite à faire un discours à l'inverse de tous les gens qui avaient été naturels qui on avait remis le libraire d'accueil moi j'ai dû dire un truc et en fait et moi j'avais une pression de dingue parce que j'avais rien préparé j'étais beaucoup plus jeune j'étais impressionné et en fait ce qui est dingue c'est que moi j'ai bossé à côté de ce monument très longtemps et je suis jamais rentré dedans et la première fois que je rentre dedans c'est pour devenir français et à ce moment là je dis que souvent dans ce discours je dis que je suis enfin prêt à accepter la France dans mon coeur et c'était important pour moi de dire ça parce que en l'acceptant dans mon coeur je nie pas pour autant ma bine nationalité je nie pas mes racines chiliennes et donc c'était entre guillemets concilier les deux et donc concilier l'avant 13 novembre et l'après 13

SPEAKER_00

novembre voilà waouh c'est super intéressant comme partie de ton histoire je l'avais vu parce qu'on avait déjà échangé avant cet épisode donc et puis même dans ton témoignage dans le livre Force Spéciale Coaching tu l'évoques aussi donc on comprend bien que c'est une partie importante de ta vie mais je ne savais pas tous ces détails sur le panthéon et le fait que cette question du terroriste t'avait travaillé à ce point par la suite peut-être qu'on peut revenir ce que tu disais c'est qu'au moment où tu lui as répondu ce sentiment de rupture un peu de tu disais bah là je suis en train de lui mytho en fait tu penses que c'est quoi c'est que tu te administrativement entre guillemets t'étais pas français mais dans les faits tu l'étais dans ta chair déjà pour toi c'est un peu ça que tu

SPEAKER_02

dis ouais exactement

SPEAKER_00

en fait finalement je lui ai menti pour

SPEAKER_02

me protéger et pour dire non mec tu t'adresses pas à la bonne personne et pour autant si je lui avais dit ouais je suis français mais je pensais rien enfin tu vois j'étais quand même otage quoi qu'il arrive et le mec derrière ne m'a pas relâché il m'a pas dit ah bah excuse moi en fait c'est pas toi que je visais il m'a quand même gardé ensuite plus de deux heures et ils ont fini par se faire exposer etc donc cible ou pas cible j'ai quand même fini otage il y a des articles de journaux qui disent au Chili notamment le Chilien qui a été sauvé par sa nationalité c'est pas du tout ça Je pense que c'est juste... Le gars, il cherchait une interface. Bon, il ne l'a pas eue. Et moi, je me suis défendu comme j'ai pu en me disant« Non, je ne suis pas français. Quelque part, je n'ai pas le droit de vote. Je ne m'intéresse pas à ça.» Mais en vrai, les vraies raisons, c'est juste que je ne m'intéressais pas du tout à la politique. J'étais barman. J'étais beaucoup plus jeune. Ça ne m'intéressait pas. J'aurais dû dire ça. Non, ça ne m'intéresse

SPEAKER_00

pas. C'est une scène... Quand tu disais que cette question t'a hanté, c'est peut-être le moment... cette soirée qui t'a le plus marqué tu dirais avec du recul

SPEAKER_02

non il n'y a pas je pense que toute la alors il y a des sursauts comme ça dans la soirée qui sont hyper puissants mais je dirais en fait celui-là est particulièrement important intéressant parce qu'il a été enregistré en fait au Bataclan il y avait un mec qui enregistrait de manière illicite le concert qui au moment où les théoristes rentrent il balance le truc c'était un zoom qui enregistrait et il s'enfuit et il laisse l'appareil tourner et le truc enregistre de l'intégralité de l'attentat jusqu'à ce qu'on le trouve jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de batterie mais je crois que ça a enregistré plus de 3 heures de bande et au moment où le terrorisme pose cette question c'est enregistré et ce qui est dingue c'est que moi j'ai suivi le procès des attentats du 3 novembre méticuleusement parce que j'ai tenu un journal de bord écrit et photographique pour France Info et au procès a été diffusé ce passage notamment et ce passage en fait c'était étrange parce que j'avais c'est comme s'il y avait deux David qui parlaient en même temps donc celui du procès qui parlait qui écrit qui est actif et qui s'est dépêtré dans son statut de victime et de partie civile et le David pris en otage qui a été invoqué à l'audience et qui s'est fait entendre et c'est pour ça que je souligne vraiment ce passage-là et en effet t'as raison de dire que c'est un des passages les plus importants mais celui-là a été important parce qu'il a été enregistré donc il existe au public aujourd'hui il est dans les archives de la justice et il a été publié au débat et il a été aussi important dans ma reconstruction ensuite après la soirée Moi, je peux décortiquer seconde par seconde et tirer des fils

SPEAKER_00

intéressants de chacun des événements qui s'est passé ce soir. Oui, j'allais dire j'imagine, mais non, je pense que je ne peux pas imaginer. Mais en tout cas, je comprends intellectuellement ce que tu dis. Alors justement, sans faire une description chronologique détaillée de ce qui s'est passé le soir du 13 novembre, est-ce que tu pourrais peut-être nous redonner quelques éléments de contexte de manière générale sur cette soirée-là, ce qu'il y a eu, puisqu'on a tous en tête le Bataclan, mais il n'y a pas eu que le Bataclan. Et puis peut-être nous expliquer aussi ce que toi tu faisais là, comment tu t'es retrouvé dans une salle de concert ce

SPEAKER_02

soir-là. En fait, déjà les attentats du 13 novembre s'inscrivent dans une vague d'attentats qui a eu lieu à Paris, qui a commencé au Stade de France, et qui s'est ensuite propagée dans les rues de Paris sur plusieurs terrasses, dont le 10 et 11e arrondissement, pour, on va dire, terminer au Bataclan. C'est des attentats qu'on dit projetés par l'État islamique. Ils ont été organisés sur site, donc en zone irako-syrienne, puis emmenés et préparés techniquement parlant en Europe et plus principalement en Belgique et en France. Je pense que c'est important de rappeler ce cadre, on va dire, historique des attentats. Donc, moi, si vous voulez, pour parler de ma biographie personnelle, j'étais au Bataclan parce que c'est un ami qui m'avait offert la place et c'était mon seul jour de repos et donc je suis allé au Bataclan rejoindre mes potes on a bu un coup dans un bar à côté et tout et puis ensuite je suis rentré dans la salle avec eux on s'est vite installé au balcon et on était cinq au total et en fait il y avait dans ce groupe de cinq personnes il y avait deux filles qui sont elles allées dans la fosse et nous les trois gars on a été au balcon et donc le concert commence très très bien et en fait c'est ça qui est assez brutal c'est que le contraste avec avant c'était c'est-à-dire le moment avant, le vrai moment de concert, ou avant le surgissement de l'attentat, il est dingue, parce que c'était un super concert, on passait un super bon moment, et donc à un moment donné, je vais aux toilettes, puis j'en profite pour envoyer des messages à mon ex-copine aujourd'hui, à mon père et tout, et puis en fait j'entends des coups de feu lorsque je suis aux toilettes, et dans ma tête, je suis quelqu'un de très opérationnel, je n'ai pas fait l'art mais je ne suis pas non plus policier mais je suis très sans froid je pense que c'est lié aussi à mon histoire personnelle et j'ai très vite compris que c'était des coups de feu j'ai très vite compris qu'on était en danger pas par curiosité mais pour lever le doute je suis retourné voir mes potes au balcon et ils m'ont dit non mais c'est des pétards et moi j'y croyais pas et je me suis penché au dessus du garde-fou de la balustrade du balcon pour voir ce qu'il se passe en dessous et j'ai tout de suite vu que c'était des coups de feu j'ai vu des gens allongés comme une marée humaine comme des champs de blé un peu allonger se prendre des balles des gerbes de sang tout ça donc j'ai très très vite compris que ma vie était en danger donc je peux dire que c'est vraiment à ce moment là que je perds le contrôle déjà sur ma trajectoire et où le risque de mort est imminent et donc j'arrive à m'échapper entre guillemets très vite oui et non mais j'arrive à m'extraire du balcon tant bien que mal et je termine pendu à une fenêtre du Bataclan c'est une fenêtre qui est présente dans un tout petit passage qui s'appelle le passage Saint-Pierre à qui est perpendiculaire au boulevard Voltaire sur lequel se trouve le Bataclan et c'est des images que de nombreuses personnes ont vues c'est pour ça que je parle de ce moment là c'est qu'il y a un journaliste qui habitait en face qui a filmé en

SPEAKER_00

fait ce passage là ah punaise je me demandais j'avais lu cette partie et je me demandais si c'est ça que j'avais vu et oh punaise ok parce que vous étiez t'étais pas seul vous étiez plusieurs non pendu à cette

SPEAKER_02

fenêtre donc en fait on était trois il y avait moi j'étais le plus à droite, la pendule la plus proche du boulevard Voltaire, à ma gauche j'avais un gars qui a ensuite été pris en otage qui s'appelle Sébastien, et en dessous il y avait une femme enceinte. Et justement le propos de cette vidéo est terrible parce qu'on entend la voix de cette femme qui supplie le mec à mes côtés de l'aider parce qu'elle va lâcher et qu'elle arrive de mourir. C'est pour ça que tout à l'heure je disais que j'aurais pu décortiquer n'importe quel moment de l'attentat, c'est qu'il n'y a pas de moment plus ou moins, c'est tous très intense et c'est ça qui crée le trauma au fond. Donc moi je suis avec ce mec Sébastien descend aider la femme enceinte enfin voilà il repasse dedans il la tire voilà c'est un héros et en fait ce qui est dingue c'est qu'au lieu de la suivre pour s'enfuir il revient à mes côtés et moi je commence à lui parler je lui demande son prénom je lui demande comment il va etc je lui dis de ne pas avoir peur et je lui explique assez vite qu'il va y avoir un mec qui va passer devant nous on avait les fenêtres donc je lui disais là il y a un mec qui va passer avec une arme si jamais il nous voit tu dis n'aie pas peur et il fait surtout, fais ce qu'il te dit, quoi. Et en fait, ça ne manque pas, parce que vraiment, deux secondes après que je dis ça, il y a la porte qu'on voyait devant nous, dans ce pauvre petit couloir du Bataclan, qui s'ouvre, et on fait une calache avec un mec qui la tient, et le gars nous vise, et en fait, il nous dit de re-rentrer dans cette toute petite coursive qui fait 6 mètres de long et 1,30 mètre de large, pour retourner ensuite dans l'espace concert du Bataclan, au balcon notamment, et c'est là où la prise de tâche commence, avec cet échange sur François Hollande, sur les revendications, etc. À ce moment-là, je deviens un objet. Je ne suis plus du tout... Je n'ai plus le droit de parler, je n'ai pas le droit de regarder mon téléphone, je n'ai pas le droit de répondre, je n'ai pas le droit de regarder les terroristes, je n'ai le droit de rien. Je suis vraiment... Je suis à leur merci. Je suis vraiment un otage. Et donc ça, ça dure... Il y a plusieurs situations qui se prononcent dans le temps. Ça dure 2h47 au total. Et on passe une première partie de l'attentat dans la partie spectacle sur le balcon en superbe compagnie des deux terroristes qui continuent d'abattre des gens qui continuent de faire leurs revendications avec un autre terroriste qui lui est sur scène qui se fait lui abattre par un commissaire de la BAC qui rentre aux alentours de 22h15 dans le Bataclan donc là ça fait une demi-heure que l'attentat a commencé, nous on est pris en otage et nous on assiste à ça du balcon donc on comprend pas trop ce qui se passe, on entend des voix des tirs mais on sait pas trop qui tire sur quoi et qui parle. Puis il y a une explosion qui survient et les deux terroristes nous nous ordonnent de retourner tourner dans cette toute petite coursive de 6 mètres de long et d'un mètre 30 de large, et c'est là que se passe réellement toute la prise d'otage, avec, beaucoup plus tard, 2h47 plus tard, l'intervention de la brigade de recherche et d'intervention, et en fait, notre libération et la neutralisation des terroristes. Donc ça dure, voilà, 2h47 au total, avec des scènes qui sont plus dingues et plus, en vrai, tarées, parce que même moi, quand j'y pense, j'y crois pratiquement plus, quoi, les unes que les autres, et donc au fond, le fait que la BR y rentre et qu'ils fassent tous preuve, que tous les hommes de la colonne fassent preuve d'un professionnalisme vraiment d'élite pour nous sortir de la vie et surtout sans encombre, pas blessé ni quoi que ce soit.

UNKNOWN

Waouh!

SPEAKER_00

donc au moment où la BRI intervient c'est là où tu rencontres le fameux Ramsès

SPEAKER_02

exactement et en fait c'est drôle que tu dises ça parce que dans ce que j'ai écrit dans ce livre je crois que j'ai appelé ça la chute de Ramsès ouais parce que bon Ramsès c'est quand même un pharaon c'est il me semble un des pharaons les plus importants de l'Egypte ancienne ou l'Egypte antique voilà les historiens me jetteront des pierres désolé mais voilà je trouvais le jeu de mots intéressant parce que le bouclier Ramsès au moment où il rentre donc le bouclier Le bouclier Ramsès, pour rappeler, c'est le bouclier opérationnel de la BRI, c'est un bouclier qui est sur roue, qui pèse plus de 200 kg complètement monté, c'est-à-dire que c'est un panneau, donc comme vous pouvez imaginer un bouclier avec du Kevlar, puis ensuite on peut accrocher dessus des plaques qui vont renforcer l'ensemble de ce sarcophage. Et donc les hommes de la BRI sont planqués derrière et progressent dans le couloir, sauf que dans les plans qu'ils avaient du Bataclan, manquaient des toutes petites marches qui étaient à l'entrée de ce couloir, et donc au moment où les jeunes de la BRI rentrent et qui se font tirer dessus c'est à dire qu'il y a un des deux terroristes qui est devant moi et qui décharge son arme et qui tient 27 coups de feu sur son bouclier le numéro 1 de colonne avance avec son bouclier, fait tomber le bouclier et toute la colonne se retrouve à découvert et c'est pour ça que j'ai appelé ça la chute de Ramsès c'est que Ramsès tombe mais derrière restent ces hommes qui vont à l'avant du danger et qui vont nous c'est

SPEAKER_00

vrai qu'il est toujours exposé enfin exposé c'est la première chose que tu vois quand tu rentres dans les locaux de la BRI

SPEAKER_02

on peut dire qu'il est exposé ouais exact donc les locaux de la BRI ont été un peu refondus donc c'est au 36 qu'il y a des enfers les locaux historiques étaient ce qu'on appelle dans les combles c'était vraiment tout en haut du 36 et là aujourd'hui c'est dans un autre endroit on va dire et en effet quand on rentre dans ces nouveaux locaux il y a on peut dire qu'il est exposé il est sous verre voilà il a sa place il a son importance aussi parce que que ce soit pour les hommes de la BRI qui tous les jours passent par là et s'abreuvent finalement de la mémoire que transporte cet objet et les autres personnes c'est-à-dire que moi je fais partie des ex-otages moi j'y vais bien sûr ça me renvoie à mon histoire ça me renvoie au fait que ce bouclier il a encaissé les 27 balles que j'aurais pu me prendre ou qu'on aurait pu se prendre nous les otages et je pense aussi à ces gens qui visitent à ces autres policiers les autres services peut-être aux magistrats aux juges j'en sais rien aux avocats j'en sais rien à tous les gens de l'extérieur, finalement, qui viennent au 36, qui voient cet objet qui est lourd de sens, dans tous les sens du terme. Il est lourd parce qu'il nous a protégés, il a protégé les hommes, il a encaissé les bails, il a fait son rôle, voilà. Il transporte surtout la mémoire de cette soirée.

UNKNOWN

Voilà.

SPEAKER_00

punaise par où commencer enfin par où commencer par où continuer c'est c'est un peu l'enjeu peut-être au moment où tout bascule intellectuellement par quelles étapes est-ce que tu passes est-ce que est-ce que t'as le sentiment tu vois aujourd'hui avec des années de recul j'imagine beaucoup de réflexion d'analyse etc que t'es un peu resté dans un état de sidération du début à la fin enfin globalement tu vis la scène mais sans y être tu vois ou peut-être plus totalement en possession de tes moyens ou est-ce que au contraire c'est beaucoup de recul et une analyse un peu tu disais que tu fais ton histoire t'es plutôt opérationnel donc est-ce que t'as eu une analyse assez froide rationnelle de te dire ok bon là attends là je suis pris en otage voilà ce que je fais je me mets dans un coin je fais pas de bruit enfin tu vois intellectuellement comment est-ce que tu processes un événement comme celui-ci quand quand quand tu le vis directement En

SPEAKER_02

fait, c'est une très bonne question et qu'on ne va pas souvent poser en vrai. Intellectuellement, je pense que l'intellect, ce qui est intéressant, c'est que l'intellect n'a pas vraiment sa place. C'est-à-dire que le danger imminent, qui est en fait le danger de mort, typiquement, moi j'ai été motard quand on a un accident de moto et j'ai eu des accidents de moto, on n'a pas vraiment le temps de réagir au fond. Ça va tellement vite qu'on a peur de mourir, mais ça dure une fraction de seconde. Et j'ai aussi l'expérience l'autre expérience qui fait que moi j'ai vécu un accident de moto on va dire qui a duré 2h47 avec deux motos armées face à moi c'est un peu rigolote mais quelque part ça va parler de la même chose l'affrontement avec la mort la proximité avec la mort et le danger de mort fait que nos capacités intellectuelles elles sont forcément un peu rabaissées mais surtout on est renvoyé à une forme de survie primaire qui fait que oui on est des animaux et on a des réflexes animaux, reptiliens, on va dire, pour qu'ils nous permettent de survivre. Et quand j'ai compris, donc quand j'ai vu ces gens se faire tirer dessus, moi, mon premier réflexe, ça a été de m'enfuir. Mais il a été d'enfuir le plus intelligemment possible. Ce qui est arrivé à cette toute petite coursive, puis la fenêtre. Bon, c'était pas hyper intelligent, et certains hommes de la BRI avec qui j'ai noué une amitié m'appellent le GECO, mais voilà, j'ai fait comme j'ai pu. Et finalement, on a été plusieurs à se réfugier là. On a été plusieurs ensuite à essayer de monter sur sur le toit du Bataclan se planquant sur ses fenêtres et ce que je vais expliquer par là c'est qu'il n'y a pas vraiment de rationalité il y a par contre peut-être une préparation peut-être un terrain peut-être moi je dis souvent oui je suis quelqu'un de très opérationnel j'ai un sang froid qui est assez dingue je ne sais pas d'où ça sort mais voilà j'ai l'impression d'avoir été très éveillé en fait durant ces 2h47 et notamment au moment de la prise d'otage dans le couloir dans cette seconde phase j'ai tenu une horloge interne où je comptais les minutes et au moment où on sort du couloir et je suis libre je me dis bon bah il se croit que c'est passé à environ 1h50 et en fait j'étais à 5 minutes près j'étais bon quoi et c'est comme ça que c'est ça qui m'a permis de tenir le coup c'est à dire que la position d'otage et l'objectisation comme a dit le procureur à V13 l'objectisation que ça provoque nous renvoie forcément vers une forme de léthargie on est obligé moi si j'avais je pense que si j'avais tenté de m'enfuir je me serais fait tirer dessus en fait mais mentalement et c'est là où l'intellect prend sa place mentalement il y a des processus qui se mettent en place et des méthodes de palliation bah ouais j'ai essayé de lui cette horloge à un moment donné j'avais un otage à côté de moi qui est aujourd'hui un de mes meilleurs potes qui s'appelle Stéphane que je vois ce soir d'ailleurs Stéphane moi je ne le connaissais pas à ce moment là et Stéphane je lui attrape la main en silence et je lui dis ça va aller tu vas voir et Et c'est comme ça qu'on lutte, en fait. On va lutter à travers ces toutes petites choses. Devant moi, j'avais une télé dans l'immeuble d'en face qui clignotait. Et je regardais la télé et je me disais« Bon, ben voilà, là, ça se trouve, ils sont en train de parler de nous, en fait.» Et je mentalisais comme ça. Et c'est ce qui me permettait de tenir le coup. C'est ce qui me permettait de me dire« Ouais, ok, t'es un objet. Là, maintenant, tu risques la mort. Mais quelque part, ta tête et ton mental, mais aussi ton psyché ne leur appartiendra jamais.

UNKNOWN

»

SPEAKER_00

waouh ta connaissance d'autres mécanismes comme ça tu vois de rationalisation qui ont été mis en place par les autres otages de manière complètement spontanée

SPEAKER_02

ouais je sais tous les otages on s'est rencontrés ensuite on est devenus potes aujourd'hui on s'appelle les potages et donc ça a été dans l'après 13 novembre ça a été une phase vachement importante de s'en parler de dire qui a vu quoi de comment qui a réagi comment etc etc peut-être pour faire une sorte de topographie des lieux aussi enfin des lieux géographie mais aussi une topographie mentale de chacun et par exemple Stéphane lui il dira bah moi j'ai perdu espoir quoi je pensais que j'allais crever du début à la fin j'ai eu vraiment et d'ailleurs on intervient très souvent en classe et il se moque un peu gentiment de moi en me disant bah toi t'es un peu naïf d'avoir pensé que ça irait et donc moi je lui dis bah ouais j'y ai pensé mais regarde on est là donc finalement j'avais pas si tort que ça et donc on est tous passés par des chemins un peu différents je pense à Caroline par exemple elle pensait que si elle regardait pas les terroristes ils s'intéresseraient pas à elle et etc etc donc on avait tous mis en place des méthodes pour résister finalement. Moi, mon avocat au procès, il a dit un truc vachement intéressant en disant que nous, les otages, avons participé quelque part aussi à l'arrêt et à la mise en pause de... de la propagation de la terreur dans le Bataclan. On a été là aussi, finalement, nos corps ont servi de bouclier, ben ouais, c'est le cas, c'est dur à dire, mais ouais, c'est le cas. Et nos processus mentaux et le fait qu'aucun de nous craque, c'est-à-dire qu'il n'y en a aucun de nous à un moment donné qui s'est mis à pleurer, qui a crié, qui les a invectivés, qui a tenté un truc, on est tous restés unis, en fait. Et c'est cette unité dans la terreur qui fait qu'aujourd'hui, notre amitié est aussi importante. Et je ne sais pas si ça répond vraiment à ta question, mais je pense que ce lien humain... il n'a jamais disparu en fait. Aussi parce que les processus mentaux qu'on a mis en place ont existé.

SPEAKER_00

À quel moment est-ce que tu as compris que potentiellement, vous alliez être sorti d'affaires avec l'intervention de la BRI

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que vous les avez... Enfin, il y avait des négociations, etc. Mais... Donc, je ne sais pas d'ailleurs si vous les entendiez clairement, les négo...

SPEAKER_02

Si, si, ouais. C'est une bonne question. C'est une bonne question parce qu'en fait, moi, j'écoutais tout. Et en effet, il y avait des coups de fil qui étaient passés au total. Il y a six appels qui ont été passés à travers le téléphone d'une des otages, qui s'appelle Marie. où en fait le terreau numéro 1 il passait un coup de fil au négo de la BRI et donc nous on entendait tout et la raison pour laquelle on entendait tout c'est que les terroristes étaient sourds à force d'avoir tiré comme des tarés pendant tant de temps et ils étaient complètement sourds donc ils mettaient le haut-parleur et donc on entendait le négo qui temporisait qui disait non mais écoute là on a des blessés on peut pas laisse nous 5 minutes je te rappelle vraiment ça va aller on va trouver un terrain d'entente et en fait le terroriste au fur et à mesure le rappelait et le négo disait non non mais laisse moi vraiment un peu de temps sincèrement je vais revenir vers toi t'inquiète il le rassurait à chaque fois jusqu'au moment en fait moi j'écoutais vraiment attentivement ça jusqu'au moment où il y a un écoutile qui est un peu différent je sens que le négo change d'unité temporelle je crois que d'habitude il disait je te rappelle dans 5 minutes là il dit je te rappelle dans 10 il y a un truc un peu différent dans cet appel là où je me tends et je me dis ouais il y a un truc chelou là et on entendait en fait derrière la porte du couloir qui était fermée on entend régulièrement des bruits on se disait bon ben voilà ça doit être des victimes qui sont évacuées vu que le négociateur nous disait ça et en fait au moment où le coup de fil est passé il y a un coup qui est donné dans la porte et c'est là où l'assaut est donné finalement donc ce dernier coup de fil il a servi de comment on dit en anglais c'est decoy de diversion ouais de diversion en fait pour que la BRX positionne et puisse entre guillemets attaquer et nous libérer quoi donc ouais j'ai senti ce moment là je m'en rappelle vraiment précisément je me suis tendu là j'ai senti mon dos qui s'est tu sais ready d'un coup je me suis dit ouais y'a un truc qui se prépare et en effet ça va pas louper dans la seconde j'avais

SPEAKER_00

raison oh là là et après l'intervention en soi c'est quelques secondes en fait y'a les échanges de tir et 10 secondes plus tard peut-être tout est terminé ça y est tu es tu passes de otage à victime libérée

SPEAKER_02

ouais exact en fait je crois que l'assaut dure maximum 2 minutes ça doit être un truc genre 1 minute quand même ah ouais ok ouais ouais et en vrai moi je dis quand je rencontre des élèves qui me posent des questions sur ça très souvent Précisément, je leur dis, en deux minutes, c'est le temps de rentrer à la boulangerie, d'acheter une baguette et de repartir. Et finalement, c'est tellement important de dire ça parce que pour nous, moi, quand j'y étais, on en parle souvent avec les potages, quand on y était, ça a duré ces moments de l'assaut, ça a duré une éternité. Vraiment, ça a duré une éternité. Tous les coups de feu, tous les moments. Et c'est des trucs qui sont gravés dans ma mémoire. Je me rappelle très bien, Steph, mon pote ex-otage, il dit, nous, on a essayé de rentrer dans les plaintes tellement on avait peur de se prendre une balle et par la BRI et par les terroristes. C'est-à-dire que nous, on était vraiment entre deux feux et en fait finalement l'entrée de la BRI c'était pas du tout une bonne nouvelle pour nous parce que on aurait pu très bien se faire calibrer par la BRI par erreur bien sûr ou se prendre une balle perdue peu importe mais on était en danger les deux camps et donc avec Steph on se faisait les plus petits possibles Steph il mesure 1m85 et moi 1m80 donc autant dire que c'était vraiment pas aisé et en plus on était 11 dans le couloir donc c'était vraiment c'était une situation très tendue et donc ce passage justement de homme otage à victime, malheureusement, il passe par un autre processus, c'est qu'au moment où on est extrait du Bataclan, on est forcé de passer devant le bar. Et si on passe devant le bar, on est obligé de passer devant la fosse du Bataclan. Et la fosse du Bataclan contenait des centaines de personnes au début de la soirée. Et là, le contraste, il est terrible parce que nous, on était pris en otage par les terroristes qui ont commis ces meurtres. Et au moment on arrive devant la fosse, on voit tous les corps, on voit les corps de plus de 50 personnes qui sont enchevêtrées les uns dans les autres. Et moi, je prends ça en pleine gueule et je me dis, bon, ben voilà, toi, t'as passé plus de deux heures avec ces connards, t'es pas mort, mais eux sont morts. Et donc là commence le gros problème des victimes du terrorisme qui survivent, c'est la culpabilité du survivant. C'est justement pourquoi eux, pas moi, qu'est-ce que j'ai de plus d'eux, pourquoi moi, j'ai pu leur parler, pourquoi je suis vivant, pourquoi ils ne m'ont pas tiré dessus. Enfin, c'est des questions qui sont profondément existentielles et attachées aujourd'hui à qui je suis. Et justement, j'essaie de me délester de cette mémoire quand je vais voir des élèves en écrivant, en sensibilisant, qui que ce soit, sur tout ça, en leur disant« oui, il y a des gens qui y sont restés, oui, j'ai parlé à des terroristes, et c'est important que tout le monde

SPEAKER_00

le sache.» statues on va dire le fan qui à son concert qui devient victime d'attentat qui devient otage qui devient ex-otage après quelques heures est-ce que c'est quoi ton point de vue sur tu vois justement c'est peut-être un peu un terme péjoratif mais ces étiquettes est-ce que tu vois une différence entre tu vois le terme de victime le terme de rescapé le terme de ex-otage est-ce que pour toi il y a des différences qui sont évidentes et comment est-ce que tu te considères aujourd'hui quand tu Quand on te demande, tu vois, quelle est ta relation avec le 13 novembre

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tu te présentes comment

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Victime, ex-victime, ex-otage, rescapé

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Curieux de savoir, d'un point de vue sémantique, ce qu'il en est.

SPEAKER_02

En fait, il y a plusieurs qualificatifs qui sont liés aux gens qui sortent d'un événement violent. Et pas seulement, ça peut être un événement violent collectif ou individuel. Ces mots, ces qualificatifs, sont liés aussi à leur statut juridique. Par exemple, dans une affaire judiciaire, il y a des parties civiles, généralement c'est un camp où des individus qui ont été lésés et dont le préjudice est suffisamment important pour être porté devant la justice celui de victime du terrorisme c'est celui le plus dans mon cas qui est le plus important dans le sens qui a occupé le plus d'espace après le 13 novembre je dirais que ça a été transitoire c'est à dire que j'ai été victime pendant un certain temps et ce statut de victime il s'est un peu effrité au moment de ma déposition devant la cour d'assises c'était 19 octobre 2021, donc le procès des attentats il a duré de septembre à juin, donc c'était lent et au milieu de tout ça il y a des parties civiles qui ont déposé, dont moi et le lendemain de ma déposition je me suis dit mais il y a un truc qui a changé j'ai l'impression de que j'ai l'impression que je suis victime, et je dis à ma femme je me rappelle je suis très bien, je suis dans le lit et je dis à ma femme putain est-ce que tu penses que je suis encore victime

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

et est-ce que je suis encore victime

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

et au fond moi j'ai envie de dire que toutes les victimes du monde peuvent trouver leur place propre définition de leur propre statut de victime. On est victime, je pense, toute sa vie, mais on décide d'en faire quelque chose. Et moi, j'ai décidé d'en faire quelque chose. Et que ce soit victime, rescapé, survivant, voilà, on va souvent qualifier plein de noms. Je pense que je serai avant tout ex-otage, parce que j'ai été pris en otage et que la déstructuration que ça a provoqué dans mon existence, elle est telle que c'est un qualificatif qui va rester dans ma vie. Pour autant, je ne me considère plus du tout comme victime et donc maintenant, aujourd'hui, quand je voilà quand je me présente en interview ou que je me présente dans ce cadre là dans le cadre on devrait dire professionnel même si je suis pas une victime professionnelle je dis voilà j'ai été victime de ouais j'ai été victime d'un attentat à un moment donné aujourd'hui j'en suis plus je peux en parler j'écris je me saisis du truc mais je me considère plus comme victime ni comme rescapé en vrai parce que je alors oui la société peut dire ouais David a été rescapé mais pour autant c'est pas un truc c'est pas un mot auquel je m'accroche voilà

SPEAKER_00

ok C'est fascinant ce que tu expliques. Et tu penses que... Qu'est-ce qui fait que t'as eu ce sentiment à un moment donné

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Enfin, ce que tu viens de partager, les paroles que t'as prononcées à ta femme concernant ton statut de victime, qu'est-ce qui fait à un moment donné, tu penses, qu'il y a eu ce déclic et que tu t'es dit, bah, je le suis plus, en

SPEAKER_02

fait

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, jusque-là, on avait été, que ce soit les potages ou moi ou toutes les victimes des attentats du 13 novembre qui avaient été entendues, c'est-à-dire soit par la société civile, soit par la presse, à travers la société civile etc. Jusque-là, en fait, les récipiendaires de nos narrations étaient uniquement des gens en dehors de la justice. C'est-à-dire que moi, j'ai été entendu du 13 au 14 novembre par un officier de police judiciaire, et ensuite j'ai eu un avocat, etc. Mais jamais des juges ou des avocats ou des procureurs ne s'étaient penchés sur la totalité, sur la globalité de l'histoire judiciaire des attentats du 13 novembre. Et au moment où moi, je suis devant la cour d'assises, et je me rappelle bien, parce qu'il y a une des magistrates qui est là, de la cour, qui me dit vous attendez quoi du procès

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Et je lui dis, je ne sais pas. Moi, j'attends de voir ce que le procès va être, ce qu'il va faire en moi et dans la société. On verra. Et en vrai, c'est ça le truc. C'est que moi, quand je suis en allant au procès, je ne m'attendais à rien. Mais quand je prononce ces mots et que je fais ma déposition, et moi, je fais une déposition comme un flic ferait, c'est-à-dire que j'avais un powerpoint, j'avais un laser et j'expliquais tout, minute par minute et tout, parce que je voulais que la totalité de ce qui s'était passé dans le couloir et ces 2h47 soient expliquées à la justice pour que elle puisse rendre justice le plus équitablement possible et c'est au moment où je donne ces mots à la justice que je me dis ok maintenant que je l'ai fait finalement il ne me reste plus qu'à faire moi ce que je veux de toute ma narration de toute ma biographie personnelle et l'un des trucs qui m'a entre guillemets rendu justice mais qui m'a permis d'encore plus le réaliser c'est qu'au moment de à la fin du procès au moment des comment on dit lorsque les procureurs des réquisitions donc c'est vraiment au moment où le parquet, le ministère public dit, nous, société, voilà ce qu'on recommande à la cour comme peine pour les accusés ici présents. Le procureur me cite, dit, David a dit à quel point il se sentait objectisé par les terroristes. Et là, je me dis, OK, c'est bon. Mes mots ont fait partie du processus de justice. J'ai fait mon rôle. Aujourd'hui, je ne suis plus victime. Mon statut de parti civil a pris fin au moment du délibéré au mois de juin 2022. Et puis aujourd'hui, je suis David, photographe, auteur. qui a vécu un attentat et qui continue à en parler oui mais je suis plus du tout dans le statut de victime

SPEAKER_00

ouais ouais un peu comme si t'avais passé un relais un bâton de relais radioactif tu vois un peu nocif mais le projet a été fait quoi ouais c'est très bien dit ouais c'est exactement ça ok je serais curieux de savoir peut-être le bon on va pas trop on pourrait faire un podcast je pense qui dure deux jours sur l'expérience enfin sur tout ce qui s'est passé sur lors de cette soirée l'événement en tant que tel mais tout de suite après comment ça se passe en fait ta prise en charge parce que ça devait être un tel bazar absolument partout des gens blessés des des des morts à évacuer de l'information qui tombe de tous les côtés tu le disais des attentats en fait il y a eu plusieurs sites où ça s'est produit donc je suppose que la situation devait être absolument chaotique du côté des forces de l'ordre du côté des secours, etc. Toi, vous êtes secouru, tu sors du Bataclan, il se passe quoi en fait

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Il y a quelqu'un qui s'occupe de vous en particulier, qui tout de suite prend des informations, vous interroge, vous demande comment ça va, etc. Ou c'est un petit peu

SPEAKER_02

fou, justement

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, nous, la chance qu'on a eue, c'est d'arriver en fin de soirée, c'est-à-dire qu'on n'a pas vraiment eu affaire au chaos que les premières victimes sortant du Bataclan ont pu assister. Nous, on a été très vite parqués dans une cour d'immeubles rue Aubert-Camp. Donc, la rue Aubert-Camp, c'est encore une rue qui croise le boulevard Voltaire, qui est perpendiculaire au boulevard Voltaire. Et dans cette cour, il y avait plein d'autres victimes dans le Bataclan. Et donc, on comprend qu'il y a des gens... Moi, par exemple, c'est là où je retrouve la trace de mes potes avec qui j'étais plus tôt. Donc, moi, j'apprends que tous mes potes sont en vie. Donc, je suis soulagé déjà. Et ensuite, très vite on est là moi je me rappelle j'avais arrêté de fumer je refumais une clope on boit de l'eau parce qu'il y a de l'eau à disposition qui a été mis à disposition par des voisins des voisins tirent des câbles avec des multiprises pour que chacun puisse charger son téléphone il y avait toute une espèce d'élan de solidarité populaire et en même temps de la société et en même temps des policiers et de la protection civile qui était là et ça ça dure environ une demi-heure donc il doit être minuit et demi minuit 45 au moment où un flic rentre dans la cour et il crie donc il dit si alors c'est tout tout le monde fait chiii et c'était un moment vachement cinématographique parce que c'était en pleine nuit et on était plein plein plein et ce policier dit bon bah va falloir vous mettre en rang parce que là on va prendre vos dépositions et moi en fait je sais et finalement je sais pas trop comment je sais mais je sais que je dois dire le plus vite possible ce que j'ai vu et donc là je grille tout le monde dans la queue je vais tout devant et je dis au mec voilà je m'appelle David j'étais avec les terroristes et il me dit mais il rigole gentiment il rigole il me dit mais tout le monde était avec les terroristes je lui dis non non j'ai passé plus de deux heures avec des terroristes armés et j'ai été otage il me dit quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

je lui dis bah ouais ouais et il me dit ok donc là il me sort de la cour il me dit tu vas là-bas et en fait il me pointe du doigt un bar qui faisait langue à l'époque il s'appelait le baromètre et en fait c'était le QG opérationnel de la préfecture de police et notamment pas de la BRI mais de tous les services de sécurité qui étaient en lien avec ce qui se passait au Bataclan et donc je vais là-bas avec mes potes et je me rappelle bien parce que j'avais froid et je rentre dans ce bar et je dis bah j'ai ce policier là-bas qui m'a dit de venir parce que j'étais otage il me dit mais pourquoi c'est une femme qui me ressemble et je lui dis bah je sais pas il m'a dit que je devais venir et la dame me dit bah il y a un bus là juste derrière vous c'est un bus RATP à fretter exprès pour le transport des victimes vous prenez ce bus là et il va vous emmener au 36 et c'est là-bas que vous serez auditionné et donc là je prends mes potes je vais dans le bus et dans le bus c'est enfin c'est un bus comment dire comment dire qu'il atteindra jamais son terminus ce bus quoi il est il est chargé de victimes il est il est voilà, il y a du sang sur les vêtements, je me rappelle bien du regard du chauffeur qui est là, et qui comprend à peine ce qu'il fait là, et en fait, ce bus nous emmène au 36 Quai des Orfèvres, et arrivé au 36 Quai des Orfèvres, je retourne voir un policier en me disant, ben voilà, j'ai ça, et donc à chaque fois j'ai des yeux ronds qui sont affichés quand j'annonce un peu ce que j'ai vécu, et toujours au milieu de centaines de victimes, vraiment, mais c'était un chaos organisé, il y avait une espèce de... c'était rangé, on pouvait, on avait des interlocuteurs, moi j'ai pas senti ce truc de panique c'était vraiment on avait nos interlocuteurs et en fait on est arrivé au 36 j'ai quelqu'un qui me dit ok on va vous emmener quelqu'un va venir vous chercher et là en fait j'ai un OPJ qui vient et je me rappelle très bien de ce moment parce que cet OPJ il était marqué il avait vraiment une tronche de flic un peu comme dans les films avec des traits tirés une odeur de cigarette de café et il me dit c'est moi qui vais vous auditionner au monde donc là on emprunte les marches historiques du 36K des Orfèvres et il m'emmène dans son bureau et il m'auditionne pendant près de 3 heures je pense, où en fait je raconte tout dans les moindres détails tout tout tout tout vraiment et à la fin il me dit voilà il faut signer donc il me fait signer et il me met sur une chaise c'est un peu absurde parce qu'il me dit il me met sur une chaise il me dit bon attendez là je reviens et en fait j'attends une demi-heure et le mec revient pas et je le recroise je lui dis mais pourquoi on m'a demandé d'attendre, il me fait non non en fait vous pouvez y aller, du coup j'ai attendu là je pense que j'ai dû quitter le 36 vers 4h30, 5h du matin, après avoir tout déposé de ce que j'avais à dire, et en fait, ensuite, bon, après, si je continue un peu dans la chronologie, après ça, donc moi, le lendemain, je rentre chez mes parents, je suis complètement sidéré, à ce moment-là, je suis vraiment détruit, et je commence à donner des interviews, enfin voilà, c'est un peu long, jusqu'à aller à la crise, à la cellule de crise, pardon, qui était mise en place à l'école militaire à ce moment-là, et la cellule de crise, on me dit, bon, va falloir vous mettre dans un travail psy sérieux, parce que là nous on est là pour pallier à la crise mais à un moment donné on va plus être là donc il va falloir trouver un spécialiste et donc je vais voir un premier psychologue qui malheureusement est un peu choqué par ce que je lui ai dit et limite se met à pleurer et me dit voilà je vais pas pouvoir vous recevoir en fait j'ai pas du tout les compétences pour ça et à ce moment là j'ai concomitant à ce moment j'avais rencontré les hommes de la BRI qui m'ont dit bah nous on travaille avec une psychologue et peut-être que tu pourrais la voir quoi et donc ils m'ont donné la demande enfin ils m'ont donné son numéro et en fait je l'ai contacté et c'est devenu ma psy jusqu'à ce jour je continue de l'avoir et c'est elle qui m'a grâce aussi à moi m'a remis un peu d'équerre et m'a appris à vivre avec ce statut de victime et à être l'homme que je suis aussi aujourd'hui

SPEAKER_00

donc t'es rentré chez tes parents le lendemain enfin le lendemain, quelques heures après être sorti du Bataclan en ayant c'est hallucinant

SPEAKER_02

ouais c'est un truc de dingue en fait ce moment il est ouf parce que moi je suis mes parents habitent encore dans une cité de l'Essonne et donc je prends ma voiture pour prendre ma voiture elle était garée pas loin du Bataclan donc les parents de mon pote chez qui j'ai dormi ont dû m'accompagner pas loin du Bataclan j'ai dû repasser devant le Bataclan avec la flotte de journalistes qui étaient là et j'ai pris ma bagnole j'avais pas de téléphone j'avais plus rien j'avais tout abandonné au Bataclan et donc je prends ma bagnole je vais chez mes parents me gare et je me dis putain mais je suis plus du tout du tout la même personne que j'étais hier quand je suis parti

SPEAKER_00

tu t'es dit ça en arrivant chez tes

SPEAKER_02

parents

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

complètement et en fait c'était d'autant plus grave que j'avais l'impression d'avoir fait une connerie et donc au moment où je suis dans l'entrée de mes parents au rez-de-chaussée, mes parents habitent au deuxième ma mère elle avait cette habitude elle a toujours d'ailleurs d'appeler la famille au Chili pour donner des nouvelles et là forcément elle était au téléphone et elle parlait en espagnol et je l'entendais du rez-de-chaussée parler en espagnol et je me dis Putain, je vais me faire engueuler, quoi. Alors que pas du tout. Ils étaient inquiets à crever, quoi. Et... Et au moment où je passe la porte de chez mes parents, c'est mon père qui m'ouvre. Parce que ma mère était téléphone, logique. Et en fait, je m'effondre dans les bras de mon père. Et c'est un moment qui... C'est vraiment à ce moment-là que je me dis, OK, ça y est, là, je suis en sécurité, je peux enfin respirer, je peux enfin... Ça va aller, quoi, en fait. J'ai attendu pratiquement 24 heures pour enfin souffler et me dire, c'est bon, c'est fini,

SPEAKER_00

quoi. Aujourd'hui... comment est-ce qu'on tourne la page sur un événement à plus long terme tu vois là tu viens de nous parler le moment dans les bras de ton père que t'évoques c'était finalement immédiatement après mais est-ce qu'on peut tourner la page d'un truc comme ça complètement

SPEAKER_02

non je pense que c'est pour ça que je dis souvent que je suis victime je suis plus

SPEAKER_00

victime mais en même temps je

SPEAKER_02

continue de manipuler un peu l'objet je pense qu'on peut pas vraiment passer à autre chose les gens qui diront

SPEAKER_00

ouais je suis

SPEAKER_02

passé à autre chose c'est pas vrai ce serait nier une partie de la même Moi, ce serait nier une partie de son traumatisme, ce serait nier... Mais après, on a tous une manière complètement différente et bien à soi de trouver les choses qui nous réparent, les choses qui nous emmènent sur d'autres rivages, etc. Moi, il a été nécessaire d'embrasser l'histoire du 13 novembre pour comprendre qui j'étais, pour comprendre ce que ça tirait en moi, pour comprendre qui j'étais devenu, pour comprendre pourquoi, quand je suis arrivé le lendemain, j'avais peur d'entrer chez mes parents, par exemple. Et si je n'étais pas passé par ces endroits-là, je pense qu'aujourd'hui, j'en chierais encore pas mal, quoi. après je vais être honnête il y a des moments de ma vie là en ce moment ça va on va dire par rapport au PTSD tout ça ça va mais en novembre dernier peu avant la date anniversaire des attentats j'ai fait un concert j'ai fait une crise d'angoisse de dingue dedans comme je l'avais pas fait depuis très longtemps alors qu'on était 8 ans après quoi et c'est pour ça que pour moi dire passer à autre chose ce serait dire ouais je suis passé à autre chose plus jamais il m'arrivera ça sauf que moi je te demande pas au moment où je te parle je te décris ça bah j'y repense avant j'y repensais il y a j'y repensais la veille aussi le soir en me couchant j'y repense des fois je suis à un dîner avec des amis bah j'y repense etc et donc si je dis ouais je suis passé à autre chose ça dit aussi que j'y repense pas ce qui est faux là où en fait la différence c'est que j'y repense mais ça a plus du tout la même intensité ni le même sens dans mon quotidien c'est ça la différence en fait c'est quel sens je donne à ces pensées c'est quel sens je donne à mon statut de victime et aujourd'hui mon statut de victime il est porté vers les autres vers les élèves que je rencontre vers les actions que je fais vers les écrits que je mène et les photographies si je fais et malheureusement je suis obligé de dealer avec donc ma vie a trempé

SPEAKER_00

dans ça aujourd'hui je suis obligé de dealer avec ça on va parler de ce que tu fais aujourd'hui mais juste avant ça je serais curieux de savoir tu parlais de que finalement c'est ce qui t'a permis de te poser des questions existentielles sur qui tu es ton parcours jusqu'à ce 13 novembre 2015 etc tu dirais que ça a été quoi les plus grands apprentissages que t'as fait sur toi même du fait tu vois de ce que tu as pu vivre

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Je pense que l'un des premiers grands gifs que je me suis pris, en fait, il y en a eu plusieurs, mais ma rencontre avec Stéphane, elle a été... elle a été hyper puissante parce que Steph, c'est le mec qui était à côté de moi, à qui j'ai chopé la main pendant la prise d'otage. Steph, le truc de dingue, c'est que lui, on a une histoire commune sans le savoir, c'est que lui, il a trois filles. Il a une fille qui a mon âge, une qui est un tout petit peu plus jeune et une qui est un peu plus âgée. Et ces trois filles sont chiliennes parce que son ex-femme est chilienne. Et au moment où moi, je suis dans la prise d'otage et que le mec me dit t'es d'où, machin et tout, je lui dis je suis chilien, lui il est à côté de moi et il se dit mais c'est quoi ce bordel quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, je comprends pas. Et d'autant qu'en fait, si tu veux, c'est d'autant plus dingue que ton ex-beau-père lui disait souvent mais tu verras Steph où que tu sois dans le monde tu soulèves un caillou il y aura un chilien en dessous et en fait le chilien c'était WAM et après les attentats c'est lui il est venu me chercher il a remué ciel et terre à tel point que Interpol m'a appelé quelques jours après en disant est-ce que c'est vous David Friedhopinger et j'ai dit bah oui et il me dit bah il y a quelqu'un qui vous cherche qui est passé par le consul du Chili à Paris et cette personne vous cherche parce qu'elle a été prise en otage et tout un type de dingue et le mec me dit appelez ce numéro c'est l'ex-femme de cette personne donc j'appelle le numéro c'est une chilienne qui me répond il s'est là et il s'est là il me dit ouais c'est mon c'est en français il me dit ouais c'est mon ex-mari il s'appelle Steph il a été pris en otage avec toi il cherche et donc ensuite je prends contact avec lui etc on se voit dans un café à Paris et dans ce café là c'est là que commence pour moi une des amitiés les plus puissantes qui m'a été donnée d'avoir dans ma vie d'après c'est ce mec à l'âge de mon père avec qui je n'entretiens pas du tout un rapport père-fils tu vois c'est vraiment un pote quoi, avec qui j'ai traversé la mort et avec qui j'en suis sorti et avec qui je me suis reconstruit et aujourd'hui c'est, je reviens à aujourd'hui mais aujourd'hui quand je vais en classe c'est avec lui que je vais et ça c'est un des trucs mais j'en ai plein d'autres mais l'autre je dirais c'est aussi un rapport avec le Chili, c'est en février 2016 donc on est à 3 mois après les attentats, j'avais prévu un trek en Patagonie et donc moi à ce moment là je me sentais hyper puissant tu vois, je me sentais hyper fort je me dis ouais c'est bon je suis sorti du Bataclan, c'est bon maintenant je suis un survie vivant, sur espace vivant. Je suis un super héros quelque part. Je me sentais hyper galvanisé. Et je vais là-bas en me disant, ouais, ça va aller et tout. Sauf que la Patagonie, c'est à 14 000 kilomètres de Paris. Moi, j'avais laissé ma copine, qui est aujourd'hui ma femme, à Paris. Et j'arrive là-bas et je me sens seul et je me sens mal. En fait, je commence à faire des crises d'angoisse sur crise d'angoisse et je me dis, ouais, je suis dans la merde. Et donc, j'ai dû tout abandonner. J'ai dû être rapatrié à la capitale chilienne où mes parents m'attendaient parce qu'ils ont voyagé en même temps que moi et en fait j'ai passé deux semaines au Chili absolument effroyable à me shooter à la Tarax à faire en sorte que que ça aille sauf que ça allait pas du tout et j'étais genre en fait toute mon histoire m'avait rattrapé quoi donc il a fallu que je voyage jusqu'au Chili à plus de 15 000 bornes de Paris pour comprendre que en fait j'étais atteinte de stress post-traumatique que j'avais vécu un attentat historique etc etc etc donc ça ça a été vraiment le début entre guillemets le début des emmerdes mais aussi le début du mieux parce que c'est à partir de ce moment là que j'ai commencé à vraiment s'insérer voir ma psy et lui dire tout n'importe quoi pour réussir à comprendre comment j'étais transformé.

SPEAKER_00

Le fameux PTSD. c'est un terme tu en avais entendu parler avant avant que ça te

SPEAKER_02

concerne ouais j'en avais entendu parler mais plus justement et ça parle de plus ou moins de ça dans le livre dont on parle depuis tout à l'heure dans Force spéciale l'unité d'élite mais c'était un terme qui était davantage raccroché aux forces armées ou en tout cas aux personnes qui avaient été exposées à la guerre et si tu veux ce qui est intéressant c'est que nous victimes du terrorisme on a un double statut aux yeux de la république aux yeux de l'état c'est qu'on est aussi victimes victimes civiles de guerre. Et ça, ça nous affilie automatiquement à l'Office national des anciens combattants. Et donc voilà, si tu veux, avant, oui, je l'avais entendu, notamment dans des films américains sur le Vietnam. En fait, il me semble que c'est à partir de ce moment-là que ce syndrome a été caractérisé auprès des revenants de la guerre et des atrocités qu'ils ont vues là-bas.

SPEAKER_00

Aujourd'hui, tu parlais de photos, de sensibilisation. Visiblement, tu te rends régulièrement auprès d'enfants, d'élèves. Qu'est-ce qui a pris

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

de quoi est-ce qu'elle est constituée ta vie aujourd'hui

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Comment est-ce que tu t'occupes

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce qui te donne de l'énergie

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce qui te fait vibrer émotionnellement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

À quoi ça ressemble aujourd'hui la vie de David

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'est marrant comme question. C'est marrant parce que je suis touché. En fait, la vie de David aujourd'hui, je suis photographe pour des sociétés, pour des entreprises privées, mais notamment une assez prolifique, c'est la société Gérard Bertrand qui est basée à Narbonne, qui fait du en fait c'est un vigneron le gars et c'est quelqu'un qui me fait confiance depuis plusieurs années pour photographier des événements qu'il organise à Paris et dans le sud de la France donc dans la région Occitanie et donc très régulièrement je suis à Narbonne dans les vignes à faire des photos à mettre en valeur son travail de vigneron etc donc il y a tout un aspect marketing qui est hyper intéressant un aspect aussi art de vivre mais à côté de ça je fais aussi pas mal de shootings à Paris pour des avocats pour d'autres sociétés privées par exemple en janvier dernier j'ai fait des photos d'une campagne d'appel de dons pour vaincre la mucoviscidose donc c'est des choses qui ont du sens pour moi et en même temps ça me fait malheureusement ça me fait payer mes factures donc ça a du sens et professionnellement et intimement et à côté de ça aussi je fais des concerts je fais des photos de concerts en ce moment je suis activement deux artistes le premier c'est Ben l'oncle soul que je pense pas mal connaissent c'est un mec qui fait de la soul music qui est français et donc lui voilà on s'est lié d'amitié d'ailleurs grâce à ce vigneron parce qu'il a fait un concert dans un événement qu'il organisait dans lequel j'étais photographe et donc on est lié on est devenus potes ensuite aujourd'hui je me suis sur quelques-unes de ses dates et voilà je fais un travail de fond sur lui plus intime dans les loges dans des moments un peu dont les spectateurs n'ont pas vraiment accès pour proposer peut-être un jour un livre ou peut-être juste un documentaire un reportage voilà c'est un travail de fond que je mène et l'autre que je mène c'est sur un autre groupe que là c'est un acte c'est un groupe de hardcore plus spécifiquement de masscore qui est composé d'amis en fait qui s'appelle Lugosi et eux jouent dans des toutes petites salles parisiennes un peu obscures et qui en même temps colportent des valeurs qui sont très très puissantes de non-violence d'acceptation de prendre une sorte de fin de la haine c'est pas parce qu'on écoute de la musique qui peut paraître violente qu'on doit participer à de la violence et c'est ça qui m'intéresse et notamment parce qu'ils ont été c'est des amis de longue date et ils ont été aussi marqués par les attentats du 13 novembre parce que ils connaissaient tous quelqu'un qui y était et moi et d'autres donc ça marque aussi leur façon d'exprimer la musique donc voilà je gravite un peu partout en même temps là je fais une confession mais j'ai recommencé à écrire donc on peut dire que je suis en train d'écrire la suite de mon premier livre qui s'appelle Un jour dans notre vie qui a été publié aux éditions Pygmalion j'allais dire Flammarion parce que c'est le même groupe et donc voilà je commence à écrire enfin j'ai commencé bien sans raison parce que là j'ai pas mal entamé le manuscrit et l'idée c'est de revenir sur le procès sur quelques dates clés du procès pour tirer un fil et comprendre à quel point le procès m'a réparé et a fait du bien dans mon existence on va dire donc voilà ma vie aujourd'hui c'est ça j'écris j'organise des rencontres aussi auprès de l'élève avec une association qui s'appelle l'association française des victimes du terrorisme et donc voilà on va en classe avec mon pote Stéphane on rencontre on raconte nos histoires j'invite des fois les élèves au palais de justice il y a un article aujourd'hui qui est paru dans Libération qui parle de ça justement d'une grande rencontre que j'ai

SPEAKER_00

organisée ils ont quel âge ces élèves

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

c'est tout panel on va jusqu'au collège mais on évite parce qu'ils sont très jeunes mais on fait généralement bac, BTS parfois jusqu'à l'université il m'est arrivé d'intervenir à l'université mais c'était C'était dans un cadre un peu différent. Mais ouais, c'est jeune, quoi. Je dirais que le maximum, c'est 21 ans qu'on

SPEAKER_00

est. Ok. Et du coup, c'est quoi le message que vous essayez de leur faire passer avec Stéphane

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, il y a deux aspects. C'est-à-dire qu'au début, quand on faisait ça avec Stéphane, c'était davantage raconter l'attentat pour, entre guillemets, raconter l'attentat. Et du coup, colporter une mémoire collective sur les faits. C'est-à-dire, voilà, nous, on a vécu ça le 13 novembre. Vous étiez contemporain de ces événements. Et en même temps... vos parents aussi et donc aujourd'hui vous subissez quelque part peut-être des mesures de sécurité qui sont liées à ces événements là mais voilà ce qui s'est passé pour les victimes c'est toujours la victime au centre et aujourd'hui en fait le twist que j'ai proposé à l'association française des victimes du terrorisme c'est d'apporter le truchement de la justice en fait en disant bah voilà il y a eu le procès d'Yves Vétrez qui nous concernait nous qui a révolutionné un peu les procès aux assises parce que la place de la victime et la parole de la victime a été largement entendue et placée centralement dans le processus de justice, là où les autres procès qui avaient eu lieu précédemment, c'était différent. Et donc, proposer ça aux élèves, c'est aussi proposer une manière de dire, voilà, vous pouvez croire en la justice parce que nous, victimes, avons été réparées, parce que nous, victimes, avons été entendues. Et c'est aussi dans un travail de contradictoire, de dire aux élèves, oui, il y a des avocats de la défense, il y a des gens qui défendent c'est méchant, et c'est important qu'il soit défendu. Nous, victimes, on voulait que ces gens soient défendus pour que le processus de justice soit le plus équitable. Là où nous, lorsqu'on a été pris en otage, lorsqu'on a été mis en danger, on n'a pas eu le choix, en fait. Nous, on laisse le choix aux gens, et la justice est là pour ça.

SPEAKER_00

Et généralement, tu as quelle réaction avec un public jeune comme

SPEAKER_02

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Alors, ce qui est intéressant, c'est que c'est très disparate selon l'établissement dans lequel on est. Tu vois, je suis allé dans un collège qui s'appelle Sainte-Marie-Delven, c'est près de Vannes. Et là-bas, c'était des jeunes qui étaient fils de gendarmes, de policiers, avec une force à coïncidence pour la sécurité. Et là-bas, c'était« Ah, ok, moi, je suis…» encore plus à devenir gendarme à devenir avocat à devenir juge à devenir voilà et parce que ça les touche et ça donne envie et surtout ça rentre dans leur trajectoire personnelle biographique là où j'ai à Paris récemment c'est des questions peut-être davantage peut-être plus ancrées dans le réel c'est-à-dire que c'est des élèves qui passent régulièrement dans le 10e et 11e arrondissement et qui disent ah ben voilà je me demandais parce que j'ai vu une plaque je me demandais pour moi le 13 novembre c'était que le bataille C'est des rapports beaucoup plus précis sur l'événement. Et c'est ça qui est intéressant, c'est que là où on va en France, on va se confronter à une place de la mémoire collective qui est différente. Et moi, par exemple, j'adorerais aller, j'en sais rien, aller... à l'étranger je sais pas à Berlin moi j'adore Berlin j'adore cette vie j'aimerais aller à Berlin pour raconter ce qui s'est passé pour voir aussi et entendre à quel point bah jusqu'où va la mémoire collective en Europe par exemple ouais donc voilà je sais pas si ça répond à ta question mais je pense que oui si ouais

SPEAKER_00

clairement clairement c'est intéressant ce que tu dis sur le la résonance de l'événement là je te fais un je fais un petit partage perso j'en avais jamais parlé mais donc moi j'étais à Paris quand il y a eu quand c'est arrivé et je travaillais chez App et il y a plusieurs choses qui m'avaient vraiment marqué suite aux attentats c'était un tous les messages qu'on avait reçu en interne d'autres gens chez Apple vraiment des trucs incroyables des messages du Japon, des équipes des Etats-Unis, du Mexique d'Espagne, absolument partout donc ça faisait chaud au coeur de voir à quel point les gens se mobilisaient pour ne serait-ce que soutenir avec des mots gentils ce qui s'est suite à ce qui s'était passé en France et après un autre aspect qui m'avait marqué je viens d'y repenser quand tu as dit finalement la mémoire collective elle est pas tout à fait la même selon où les gens se trouvent géographiquement et moi c'est vraiment un truc qui m'avait marqué parce que ma famille est pas du tout je vivais à Paris mais ma famille est pas du tout de Paris et on a clairement pas vécu les mêmes choses post attentat tu vois moi je travaillais en plein centre j'étais à Opéra et alors je me rappelle plus exactement enfin je pense que t'es si je dis une bêtise désolé mais t'es bien plus calé que moi sur je pense tu vois les aspects sécuritaires tout de suite au lendemain des attentats mais si j'ai bonne mémoire enfin ce dont je me rappelle c'est qu'il y avait des zones qui avaient été des zones dans Paris qui avaient été en gros définies comme des zones hautement sensibles dont tout le coin de l'Opéra tu vois avec les galeries Lafayette les grosses boutiques etc et donc où il y avait en gros c'était étonnamment je sais toujours pas pourquoi aujourd'hui ça a été le cas mais les magasins étaient ouverts donc moi j'étais basé à l'Apple Store d'Opéra les magasins étaient ouverts donc c'était abominable parce qu'on avait pas mal de gens qui venaient nous voir avec des téléphones de victimes des attentats et qui nous demandaient de les déverrouiller ah ouais et en fait et nous enfin tu vois enfin je veux absolument pas me placer en statut tu vois de ah c'était difficile ce qu'on a vécu etc mais en fait c'est un truc que personne n'y avait pensé, tu vois. Personne n'y avait pensé. Et en fait, on accueillait des gens, des épouses, des copines, des copains, des parents, mais je ne te parle pas de 2-3 personnes, tu vois. On a dû en voir une vingtaine en deux semaines. Et qui étaient complètement désemparés parce qu'ils voulaient juste accéder au contenu des téléphones qu'ils avaient récupérés, de gens qui étaient morts pour la plupart des cas. Et nous, on avait, tu vois, Sophie, l'étudiante de 18 ans qui travaille à l'Apple Store pour payer ses études et qui n'a jamais... Comment tu gères un truc comme ça humainement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tu ne peux pas déverrouiller un téléphone. Il faut des papiers, etc. Et en l'occurrence, légalement, quand il s'agit d'une personne décédée, il faut que tu aies un certificat de décès. Donc, vas-y, va expliquer à ton employé de 18 ans ou même à ton manager qui n'a jamais été préparé à ça qu'en fait, tu n'as pas le choix. Il faut demander un certificat de décès à quelqu'un qui vient te voir parce qu'il a perdu sa copine, qui s'est pris une balle au bataille. Et on vivait des trucs comme ça. Donc, tu te prends un peu ça en pleine tête. et je me rappelle que tout le coin de l'opéra en fait t'avais interdiction de stationner donc tu pouvais pas te mettre en double fil descendre rapido c'est aller acheter un câble ou je sais pas quoi dans un magasin ou un t-shirt et en fait il y avait des flics en civil absolument partout armés et on s'en était rendu compte parce qu'il y avait un bon là je te fais un long partage mais bon je sais pas j'en avais jamais parlé je me dis que c'est le moment on avait un il y a un gars qui s'était mis en double fil devant tu vois où il est l'Apple Store de l'opéra

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

oui bien sûr ouais donc vraiment devant l'Apple Store enfin pas en double fil warning tu vois qui était rentré pour acheter je sais pas ce qu'il avait besoin d'un câble ou d'une coque ou j'en sais rien et en fait mais en littéralement et ça devait être je sais pas 2-3 jours après les attentats et en littéralement moins de 2 minutes il y avait 4-5 flics tu vois brassards police orange fluo enfilés à la manche armés dans la rue en train de regarder ce qui se passait dans la voiture et ils sont venus le chercher dans le magasin tu vois et en fait tout ça des histoires comme ça il y en a plein ça crée un espèce de climat de tension qui est important en fait et je pense que ça quand t'étais pas à Paris après les attentats peut-être que tu le ressens moins tu vois pendant le métro tu vois il y a des flics partout, les gyrophares c'était quand même très particulier et je finis avec ça et en fait je me suis rendu compte c'est à dire qu'encore une fois moi je connais personne directement qui a été au Bataclan ou ou ailleurs d'ailleurs à part moi maintenant voilà à part toi mais t'entends quand même des histoires tu vois le cousin d'une amie un gars de mon village je viens d'un village dans le sud de la France il y a 5000 habitants tu vois bon bah il y avait un gars qui était au Bataclan que j'avais pas vu enfin je peux pas vraiment dire que c'était un ami tu vois qu'on s'était croisé etc quand on était petit mais bah il y est resté tu vois et en fait t'entends des histoires comme ça t'es dans un contexte tu vois t'entends les gyrophares tu vois des policiers en civil etc et en fait je me suis vraiment rendu compte de l'impact que ça pouvait avoir alors encore une fois que j'étais assez distant quand même par rapport aux événements, j'ai pas été touché directement j'avais rendez-vous chez le dentiste vers l'opéra et je tombe sur un journal et je sais plus lequel c'était qui qui en fait avait publié alors ça devait être sur je sais pas, il devait y avoir 4 pages les photos photos, nom, prénom, âge et activité c'était le monde et Putain, je te jure, tout allait bien. À aucun moment, je m'étais dit que ce truc, ça m'impactait émotionnellement à ce point. J'ouvre ce truc, je lis 3-4 portraits et je ne sais pas, de voir les visages, les noms et l'âge, alors il n'y avait pas leurs histoires, il n'y avait pas juste photos, noms et âge, je me suis effondré dans la salle d'attente. tu vois et c'est là en fait que ça m'a ça m'a un peu c'était un peu la claque tu vois je me suis dit ah ouais non mais en fait enfin c'est chaud quoi il s'est quand même passé un truc en termes de mémoire collective pour reprendre le terme que tu utilisais il s'est passé un truc phénoménal quand même là enfin d'un point de vue négatif tu vois mais donc faut pas le c'est intéressant c'est pour ça que je te demandais le message que tu veux faire passer à ces enfants à ces jeunes que vous rencontrez etc parce que voilà c'est quand même historique ce qui s'est passé et Et je pense qu'il ne faut pas minimiser l'impact que ça a pu avoir, même parfois si on ne s'en rend pas trop compte, tu vois, que c'est dans l'inconscient, etc. Mais collectivement, c'est quand même massif, ces attentats. Ça a changé plein de choses d'un point de vue sociétal. Tu vois, peut-être des parcours de vie, des jeunes qui étaient jeunes à ce moment-là et qui ont décidé de s'engager alors qu'ils n'avaient peut-être pas forcément vocation avant ça. Enfin bon, bref, voilà. Un long partage. Je suis désolé, mais ce n'était pas prévu. Non, non, c'est intéressant. Ça a déclenché ça. c'est

SPEAKER_02

hyper intéressant que tu dises il y a plein de choses que tu as dit qui sont très intéressantes et notamment ton expérience de vendeur à l'Apple Store si tu veux ce qui est dingue c'est que personne n'était prêt et donc cette non préparation elle est normale nous on vit dans une société qui vit sous l'égide de la sécurité aujourd'hui en France on peut dire qu'on est en sécurité on peut se balader sans risquer de mourir c'est là où je dis je parle de sécurité et donc au moment où les attentats surviennent ça remet en question un truc qui est jusque là qui n'a jamais été remis en question vraiment purement et durement c'est que tout le monde aurait pu y être et ce truc là il est bien sûr comme on dit caractérisé par le nombre de sites mais aussi le nombre le panel de victimes il y a des gens qui étaient il y a des gens de tout âge il y a des gens de toute nationalité de toute croyance voilà de toute couleur j'ai envie de dire voilà voilà Et donc, si tu veux, ça, c'était nouveau dans le paysage des attentats français. Alors que, par exemple, pour revenir, vu qu'on parle de mémoire, pour revenir aux attentats de janvier 2015, c'était Charlie Hebdo, c'était l'hypercachère, et c'était l'imprimante de Damartin Anguel, parce que les terroristes n'avaient plus quoi faire. Et donc, si on regarde de plus près, c'était une rédaction satirique, d'un journal satirique, et de l'autre côté, c'était une population cible. Et si on pousse encore plus loin dans l'histoire, Mohamed Merah, pareil. etc. Les attentats du 13 novembre, ça ramène une forme de globalité. Tout le monde peut y passer dans un attentat. Et ça, pour la société française, ça a été, entre guillemets, destructeur. Et je pense que c'est même pas entre guillemets, ça l'a été parce que des gens se sont dit, putain, j'aurais pu y être. D'autant que j'ai un pote qui y était, ou j'ai un pote de pote qui y était, ou je connais une nana qui est décédée, ou je connais un parent de proche qui est décédé, etc. Tout le monde y était, tout le monde connaît quelqu'un qui Et cet impact sur la mémoire collective parisienne et française, il est indéniable. Il y a des chercheurs qui bossent dessus, aux archives nationales en ce moment même, sur justement comment les cercles, ils ont des cercles, cercle numéro 1, cercle numéro 2, cercle numéro 3, ils interviewent des gens et ils leur disent, bon, vous, apparemment, vous n'étiez pas du tout au courant qu'il y avait eu des attentats le 13 novembre, le 100 même, qu'est-ce que vous faisiez, pourquoi, etc., à quel moment vous en avez entendu parler, comment vous en avez entendu parler, qu'est-ce que ça vous a fait, etc. Et donc ça, dans ce que tu dis, ça me... mais ça me touche, ça me fait vibrer parce que ça me ramène à un récit qui, moi, m'intéresse. C'est comment les autres ont vécu ce que moi, j'ai vécu l'intérieur. Qu'est-ce qui se passait à l'histoire

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ça, c'est un truc qui m'a longtemps, longtemps happé. Et ce qui est drôle, c'est que j'ai une histoire qui est assez similaire à la tienne, sauf que moi, elle a lieu le lundi 14, 15, 16, juste après. Moi, je n'avais plus de téléphone et il a fallu que j'aille au SFR du coin, expliquer au mec que je n'avais plus mon téléphone. Et au moment où le mec me dit« Il est où

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

» je lui dis bah on me l'a volé il me dit mais qui vous l'a volé et je lui dis bah en fait c'est un terroriste et je me rappelle la gueule du mec quoi et en fait il m'a dit bon bah en fait il faut la plainte et moi j'avais pas la plainte sur moi c'est tout un truc et donc c'est délicat en fait mais au fond ça dit aussi qu'on était impréparé et en même temps comment se préparer à un tel truc c'est ça le pendant et juste pour rebondir sur ce que tu dis sur tes parents tes proches qui

SPEAKER_01

sont

SPEAKER_02

qui ont eu un impact différent il y a un sociologue je pense qui lui... théorisent la chose en disant, voilà, quand il y a un attentat à Bagdad, alors on le lit en France, il y a des journaux qui le relaient, mais personne ne s'y intéresse. Parce que, et il a théorisé ça, il dit, voilà, il y a ce qu'on appelle les morts par kilomètre. Plus l'attentat est loin, plus l'événement collectif est loin, moins la trajectoire personnelle des personnes qui sont au courant de cet événement est marquée. Et les attentats du 13, comme les attentats de janvier 2015, comme les attentats de Mohamed Merah et d'autres, et ceux de, par exemple, de juillet 2016 à Nice, il vient interroger ça. Ça se passe en France. Là, récemment, il y a des profs. Il y a un prof qui s'est fait assassiner. Ça met le pâtis en vent, etc. Ça arrive, en fait. Et c'est dans notre quotidien. Et aujourd'hui, la société civile doit se saisir de ces thèmes. Et moi, en tant que victime du terrorisme, je me dois, quelque part, c'est une mission que je me donne, de sensibiliser les jeunes sur ça. Pour dire, voilà, il y a des victimes, il y a des gens qui souffrent, il y a des avocats qui défendent, il y a des juges qui jugent, il y a une société qui se réveille et qui veut pallier à ça. Alors, les pouvoirs publics ne nous suivent pas. Emmanuel Macron, moi, au début, j'en voulais beaucoup d'avoir dissous le secrétariat d'État des bouts victimes, par exemple. Mais il y a d'autres actions derrière qui ont été mises en place. Mais voilà, je pense que c'est hyper important ce que tu dis, parce que ça parle de la place de la société, en fait, par rapport à ces événements, et comment l'événement entre dans leur trajectoire. C'est justement tout le propos de ce que j'essaie d'apporter aux élèves. Voilà ce que c'est que la société, les gars. Maintenant, il faut dealer avec ça. Et c'est comme ça

SPEAKER_00

qu'on deal avec. Tu t'évoquais les actions, en tout cas ton implication dans les procès. C'est quelque chose que tu as initié toi, c'est-à-dire le fait d'écrire sur le sujet, de le documenter. C'est un projet que tu avais imaginé qui te tenait à cœur ou est-ce que ça a été une opportunité et on t'a

SPEAKER_02

contacté

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, on m'a contacté en janvier 2021. C'est une journaliste qui s'appelle Gaëlle Joly qui bosse pour le service politique de France Info Radio qui m'a dit voilà nous moi en fait j'aimerais bien collaborer avec une victime voilà on a ça on sait que t'es photographe on sait que que tu sais écrire est-ce qu'on peut pas imaginer un truc ensemble et je lui ai dit bah ok et tout donc on a fait des rendez-vous et c'est drôle parce que je l'écrivais il y a peu et on a fait des rendez-vous à la radio etc m'a présenté des gens et en fait j'ai proposé cette grâce à elle aussi j'ai proposé cette idée de journal de bord en ligne qui retrace qui retracerait le parcours d'une personne partie civile au procès donc la partie civile c'est moi avec une photo par jour et un texte par jour et donc au début la radio m'a dit ouais c'est super génial et ils m'ont proposé ensuite de collaborer avec eux sur des photos, sur des portraits de podcasts qui sont toujours présents sur le site de France Info qui vont parler en fait d'acteurs au procès des attentats donc des proches de victimes des policiers qui ont eu à un moment donné une importance dans le dossier ce qu'on appelle V13 qui était qui est le dossier des attentats du 13 novembre. Et donc, si tu veux, j'ai tenu ce journal de bord du 8 septembre 2021 à la fin de l'audience, donc fin juin 2022. Et au début, ce n'était pas sûr que je le fasse quotidiennement. Et au final, j'ai été happé par le truc. J'y suis allé tous les jours. J'ai suivi le procès. J'ai raté 7 jours, je crois. J'ai écrit 145 chroniques et il y a eu 152 jours d'audience. C'est l'attentat le plus long, mais c'est aussi le procès le plus long de l'histoire de France.

SPEAKER_00

Qu'est-ce que ça t'a fait, du coup, de vivre ce procès de l'intérieur, de le documenter, de le partager, de le faire découvrir au plus grand nombre. Et deuxième question dans la question, est-ce que tu as appris des choses sur... sur le déroulé des événements tu l'avais vécu de l'intérieur mais finalement il s'est peut-être passé plein d'autres choses à côté donc il y a eu des découvertes pour

SPEAKER_02

toi

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

La procédure je la connaissais assez bien finalement j'avais bien lu plus d'un an avant on avait reçu ce qu'on appelle l'OMA c'est l'ordonnance de mise en accusation qui est une sorte de résumé de 300 pages de la procédure donc ça je l'avais lu je connaissais bien l'histoire des attentats je m'étais vraiment bien bien renseigné mais là où j'ai appris c'est davantage sur moi en fait sur mon obstination sur ma motivation sur ma capacité d'adaptation, ma capacité d'apprendre, ma capacité à analyser ce qui se passait devant moi, etc. Finalement, ça a été une démarche sans le vouloir, vraiment sans le vouloir, parce que je ne le voyais pas du tout comme ça, une démarche résiliente. Je n'aime pas du tout ce terme. Je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Mais ça a participé à ma réparation, comme le procès aussi a participé. Donc c'est vraiment la conjugaison des deux qui a fait que ça m'a transformé

SPEAKER_00

finalement. Pourquoi est-ce que tu dis que tu n'es pas d'accord avec cette notion de résilience

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ce n'est pas que je ne suis pas d'accord, mais en fait, il y a une forme, la société aujourd'hui dit souvent, accroche le terme résilience à des notions de choses qui ne sont pas forcément mauvaises, en fait. Je pense qu'il n'y a pas de... Aujourd'hui, il y a une topographie de victimes, des gens aujourd'hui qui sont encore en hôpital psychiatrique parce qu'ils ont vécu les attentats du 13 novembre, il y a des gens qui se suicident, il y a des gens qui galèrent encore. Moi, bien sûr que de là où je suis, de dire, bon, David, il est photographe, il fait tout un tas de trucs, il écrit, il connaît des rock Rockstar, c'est dingue, c'est très résilient. Mais au fond, la résilience, c'est beaucoup moins noble que ça, en fait. C'est beaucoup moins, peut-être moins pur. S'inscrire en résilience quand on est victime, dans un état victimaire, c'est un effort titanesque, en fait. et dire oui je suis résilient c'est peut-être omettre toutes les parties où on en a chié et qui mettent à mal la résilience en fait et souvent ce qui est dingue c'est que ce qui est dingue vraiment moi j'ai jamais entendu une victime dire ouais il faut être résilient j'ai jamais entendu une victime dire ça et les victimes j'en ai rencontré beaucoup et même d'autres attentats et même d'autres personnes qui ont été qui ont subi des événements violents dans leur vie et j'ai jamais entendu quelqu'un me dire ouais mais tu vois nous les victimes on est résilients non par contre ce que j'ai entendu dire c'est ouais nous les victimes on en chie ouais nous on a du mal à payer nos factures. Nous, on a des crises d'angoisse. Nous, on ne peut plus aller en concert. Nous, on fait ci, nous, on fait ça. Et s'inscrire en résilience, c'est nier ça. C'est tout ça. C'est tout le mal. Alors, ouais, c'est important d'être résilient. Mais pour moi, la résilience, ça doit être quelque chose de plus collectif. Et c'est ce que j'essaie de dire depuis tout à l'heure. C'est s'inscrire en résilience collectivement. Dire aux élèves, voilà, c'était ça. Dire aux pouvoirs publics, les victimes du terrorisme, les victimes de manière générale, la justice de manière générale, voilà ce qu'elle doit faire, voilà ce que ça qui a été bien fait voilà ce qu'on peut faire sociétalement parlant pour avancer en résilience pour moi ça devient presque une injonction des fois des fois en fait quand je vais à la FNAC ou quand je vais dans des librairies je vois des livres la résilience c'est un mot valise qui regroupe trop de notions pour être utilisé tel quel

SPEAKER_00

pour doucement se rapprocher de la conclusion au moment où le verdict est rendu donc 10 mois d'audience si j'ai bonne mémoire c'est ça 10 mois Ouais. Total. Est-ce que tu peux peut-être nous parler de ce moment-là

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Où est-ce que t'étais

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce que t'as ressenti

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce qui s'est passé dans la salle

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, c'est un beau moment parce que je... C'est un moment qui était très puissant parce que je n'étais pas prêt. Je ne voulais pas que le procès s'arrête. Je ne voulais pas que tout ça s'arrête. Je ne voulais pas abandonner ma tribune quotidienne auprès de France Info. Je ne voulais pas tout ça. Et en même temps, il fallait que ça arrive. Donc, il a fallu que je fasse un deuil rétro-plané. C'est-à-dire qu'un mois avant, j'ai commencé à me préparer au fait que ça allait se finir, ça allait s'arrêter. Et au moment où le procès s'ouvre, où le dernier jour d'audience s'ouvre, je me suis assis au fond de la salle où il y a tout un passage que je ne décris pas où j'ai eu du mal à rentrer dans la salle parce que la salle était pleine il y a des détails qui ne sont pas forcément importants pour ce que j'ai à dire mais je suis assis au fond de la salle avec un de mes meilleurs amis qui s'appelle Arthur Desnouveaux et ma femme et on est tous les trois assis au fond et en fait les trois jugent Je commence à lire le verdict et je comprends qu'en fait, c'est fini. Que tout ce que j'avais fait jusque-là, la porte va se fermer. Et donc, ça fait un peu comme dans les films, c'est quand il y a des astronautes qui rentrent dans des sas, ça fait une espèce de bruit dans ma tête. Mentalement, c'est un peu ça qui se passe. Le verdict est prononcé. La salle est pleine. Et je sors de la salle, on s'embrasse avec ma femme. Et en fait, je ne rentre plus jamais dans la salle après ça, jusqu'à très récemment. Et c'est fini. Et donc, je réponds à deux, trois interviews. Le soir, on va boire un coup avec ma femme et des potes. Et puis, on fait la fête. Et le lendemain, il n'y a plus de V13. Il n'y a plus de journal de bord. Et puis, voilà. Là, il faut passer à autre chose. Tu vois la différence

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'est que tu... vivre dix mois d'audience et travailler sur tout le travail que j'ai fourni, c'était un événement que j'ai décidé, tu vois. Et là, j'ai le pouvoir de dire, ouais, je peux passer à autre chose sur le procès des attentats. Je peux avancer sur ça. Même si là, tu vois, par exemple, j'ai recommencé à écrire. Mais j'ai recommencé à écrire deux ans après, quoi. Donc, voilà. C'était un moment qui était vraiment puissant et je sais que je ne suis pas le seul à le dire. Toutes les victimes qui ont participé, qui ont vu ce moment d'écrit, c'était un moment qui était... qui

SPEAKER_00

était ultime en fait et ben punaise merci énormément David pour tous ces partages c'est à toi c'était super intéressant à la fois très intéressant, inspirant, fascinant je ne m'y attendais pas trop mais ça a réveillé quelques souvenirs de cette période je te parlais de L'histoire avec le... Du coup, merci, parce que j'avais oublié que c'était le monde. Avec le monde, tu vois, et les quadruples pages, les portraits, ça rêvait quelques trucs. Mais en tout cas, très intéressante, tes réflexions sur la mémoire collective et cette résilience, finalement, sociétale, plus qu'individuelle. Individuelle. Ouais. Méga intéressant. Est-ce que toi, t'aurais, en guise de conclusion... Attends, non. Est-ce que t'as encore... 5 minutes parce que j'aurais une petite question quand même que je me suis posé tout à l'heure en fait c'est par rapport à tu l'as évoqué assez rapidement le fait que t'as lié des liens d'amitié avec certains hommes de la BRI donc c'était des gars qui étaient dans la colonne pour le coup ceux-là ouais ouais ouais qu'est-ce que t'as appris finalement au contact de ces personnes-là tu vois on parlait au tout début quand on évoquait Ramsès enfin moi ça m'a fait penser tu vois la notion d'engagement total finalement bon il y a Ramsès mais au-delà de ces plaques de Kevla les gars ils sont rentrés en sachant qu'ils allaient se prendre des balles et puis j'imagine que le rapport est peut-être un peu particulier parce que ils ont risqué leur vie pour sauver les vôtres donc qu'est-ce que t'as appris qu'est-ce que t'as découvert dans ces liens d'amitié qui sont créés avec ces hommes-là enfin d'ailleurs je dis ces hommes-là mais je crois pas qu'il

SPEAKER_02

y ait de femmes à la BRI non

UNKNOWN

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SPEAKER_02

à la BRI il n'y a pas de femmes je crois qu'aujourd'hui il y a une nana qui travaille mais je connais pas sa place dans la hiérarchie en fait chronologiquement juste rapidement en gros moi donc j'ai laissé mon sac au Bataclan je le récupère mais en fait je suis convoqué à la deuxième DPJ qui à l'époque était à la porte de Saint-Ouen à Paris et je vais là-bas je récupère mon sac je parle bien avec l'OPJ qui me reçoit il est très cool il a une guitare dans son bureau je joue un peu de guitare c'est un bon moment il me restitue mon sac et à la fin je lui dis vous savez quoi je rêverais de rencontrer les hommes du raid et il me regarde un peu avec des yeux ronds il me dit mais pourquoi je lui dis parce qu'ils m'ont sauvé Et il me dit, mais ce n'est pas l'arrêt qui vous a sorti du couloir. Je lui dis, mais ah bon

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Et il me dit, bah oui, c'est la BRI. Et moi, en fait, c'est à ce moment-là que j'apprends l'existence de la brigade de recherche et d'intervention. Et donc, il se moque gentiment. Il me dit, mais vous savez, ces gens, on ne les approche pas comme ça. C'est un peu l'élite. On n'est pas censé les rencontrer. Et je lui dis, moi, j'ai vraiment envie de les voir pour leur serrer la main et leur dire merci. Il me dit, ok, je reviens. Et donc, il va voir son chef. Et il me dit... je reviens, je vais voir s'il est d'accord et donc il va voir son chef et il revient avec son chef et donc là pareil j'ai un espèce d'archétype de flic parisien qui vient avec un Marcel le pistolet dans le holster ça m'a marqué cette image c'était rassurant et il me dit le numéro du standard de la BRI vous appelez, si ça répond pas vous laissez un message et ensuite vous détruisez ce numéro et donc j'avais ce truc là un peu c'est pas l'inspecteur Gadget, je crois, quand il reçoit une mission, il y a le truc qui saute au détail, c'est un peu ça, quoi, et donc je sors de ce rendez-vous hyper vite, et j'appelle, et je dis qui je suis, et pourquoi j'appelle, etc., et on me rappelle, je crois que deux heures après, en me disant, bah oui, oui, tout le monde veut vous rencontrer, venez, vous voulez venir quel jour, et je crois que j'ai pris rendez-vous quelques jours après, et puis je vais là-bas, tu vois, et je me rends compte que bah, c'est, en fait, c'est drôle, parce que la porte s'ouvre, et j'ai une trentaine d'hommes qui me regardent et ils sont tous en noir ils ont pas armé ni rien mais ils sont tous en noir ils ont une combi quoi et tout le monde est curieux en fait et donc moi je suis curieux et en fait quelque part si on avait été 30 mois on se serait tous regardés pareil je pense et puis il y a un truc un moment lunaire où je serre une main puis une autre et puis en fait et puis en fait il y en a certains qui me disent mais putain je me rappelle de toi mais putain mais oui c'est toi machin et là en fait c'est là où c'est intéressant c'est que nos histoires histoires se sont entrechoquées à ce moment-là. C'est-à-dire que moi, je leur ai donné le récit de ce qui s'est passé dans le couloir avant qu'ils rentrent, et eux m'ont donné le récit de ce qui se passait dehors avant qu'ils rentrent dans le couloir où j'étais. Et c'était intéressant, parce que, comme je t'ai dit tout à l'heure, pour moi, c'était important de comprendre ce qui se passait à l'extérieur. Au moment où j'étais otage, au moment où j'étais objet, de savoir qu'autour de nous, il y avait tout un pays qui se démenait pour nous délivrer, quoi. Et donc, eux, ils me disaient, bah oui, nous, à ce moment-là, on était dans le Bataclan, on faisait ci, ça, machin, on se positionnait là, et tout, parce que tu vois, machin. Et en fait, on est devenus potes. Je suis arrivé à 10h du matin, je suis parti du service, il était 17h, on a bouffé ensemble, on a laissé tomber. Et derrière, j'ai pris des numéros et machin, on s'est revus, on a bouffé ensemble, on s'est revus ensuite plusieurs fois, je suis passé. À la fin, le numéro 1 de la BR, il n'en pouvait plus parce que j'étais tout le temps là. J'étais tout le temps là et ça me faisait du bien d'être avec eux et j'ose croire que ça leur faisait du bien aussi. Après, avec le temps, voilà, on ne s'est pas éloigné. on a avancé tous, et il y a certains effectifs qui sont partis, d'autres qui ont pris leur retraite, et voilà, jusqu'au jour où, par exemple, j'ai un gars de la Béry qui m'appelle et qui me dit, il y a un gars qui s'appelle Teddy Palassi qui fait un bouquin sur l'effort spécial, est-ce que tu veux faire la préface

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ah bah ouais, grave. Ah bah là, il veut sortir la suite avec des récits, tu veux participer

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ah bah bien sûr, c'est un exemple, tu vois, mais je pense que cette relation avec les gars, elle est... Enfin, moi, c'est mes frangins, quoi, tu vois, moi, quand je rencontre des policiers en dehors de dans ce cadre, je dis, vous savez, moi, j'ai des frangins à la police. C'est la BRI. Tout de suite, ça marque. Et ça fascine quelque part. Et donc, si tu veux, pour donner la place et pour donner l'aide de noblesse à cette relation, je pense que c'est ça. C'est une relation qui est profondément fraternelle aujourd'hui. Il y a quelques mois, j'étais à la brigade. J'en ramenais des chocolats. J'en ai distribué. On a rigolé. Voilà. C'est des potes. C'est des camarades. Et même si je ne suis pas policier, je sais que c'est que j'aurai toujours mon petit mug labellisé 36 BRI. Ce n'est pas la mascotte, mais j'ai ce lien fraternel profond avec eux. Génial.

SPEAKER_00

David, un immense merci pour ton temps, pour tout ce que tu as bien voulu partager avec nous. Je te l'ai déjà dit, mais je te le redis, c'était fascinant, extrêmement intéressant et particulièrement intéressant inspirant est-ce qu'il y aurait peut-être un message que tu souhaiterais faire passer pour conclure on a parlé quand même de pas mal de choses mais voilà je te le disais en intro ce podcast l'objectif pour moi c'est de mettre en lumière des parcours de vie qui sont qui sont riches ou en tout cas atypiques clairement tu vois que ce soit à travers des choix ou à travers des événements comme toi t'as pu vivre qui se sont un peu imposés et donc j'ai J'aime bien assez régulièrement quand même aller explorer l'envers du décor, les parties immergées de l'iceberg dans le sport de haut niveau, par exemple, comprendre ce qu'il y a derrière. Bref, aller au-delà de juste les paillettes et les façades qu'on peut voir parfois dans certains parcours. C'est pour ça que quand j'ai introduit l'épisode tout à l'heure, je parlais de résilience parce que moi, c'est vraiment le terme. Tu m'as dit que tu avais une vision un peu différente, mais moi, c'est vraiment le terme qui me venait à l'esprit plus je lisais sur ton parcours, plus ça ressortait assez fortement. Bref, tout ça pour te dire, est-ce qu'il y aurait peut-être un message que tu voudrais faire passer à toutes celles et ceux qui nous écoutent, qui sont friands de parcours comme le tien, d'hommes et de femmes qui se relèvent, qui trébuchent, mais qui se relèvent

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce que tu voudrais leur dire à tous ceux-là

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, pour moi, c'est important de... de pouvoir s'écouter, de savoir s'entendre, dans le sens où quand on vit un événement comme celui-là, il y a des gens qui sont traumatisés à vie par une agression violente dans la rue, par exemple. Des gens qui sont ensuite incapables de prendre les transports en commun, fréquenter certains lieux, qui n'osent plus sortir à certaines heures. Et aujourd'hui, on est dans une société où, malgré la sécurité, il y a des événements comme ceux-là qui peuvent se produire J'ai envie de dire que ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on reste la même personne, mais qu'il faut réussir à dealer avec ses peurs. En dealant avec ses peurs, on apprend qui on est. Un jour, j'ai eu une amie qui avait dont je ne connaissais pas l'histoire, qui me voyait pleurer. J'étais en pleine crise d'angoisse. Et elle m'a dit, mais David, qu'est-ce qui se passe

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Et j'ai dit, ben voilà, moi, tu sais, j'ai été pris en otage. Et je pleurais, je pleurais, je pleurais. Et elle m'a dit, mais tu sais quoi, David

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Un jour, ça va aller mieux. Et je ne la croyais pas. Je lui ai dit, mais ce n'est pas vrai. Je lui ai dit, ce n'est pas vrai, je ne te crois pas. Et elle me dit, mais si, si, je te jure qu'un jour, ça va aller mieux. Et je vais t'expliquer pourquoi. Et en fait, elle m'a expliqué qu'elle avait été prise en otage. Pas du tout dans un contexte terroriste. Et en fait, ce que je veux dire par et pas forcément d'être inscrit dans un truc de résilience ou quoi que ce soit, mais il y a une simplicité dans le fait d'accepter la vie comme elle est, qui n'est pas une fatalité en fait, juste voir la vie telle qu'elle est, voir ses proches, accepter l'amour, accepter le plaisir, accepter la tristesse, accepter la haine parfois, accepter la colère, et pouvoir réussir à recycler toutes ces émotions pour en faire quelque chose, ça peut être de l'écrit, ça peut être des projets, ça peut être des rencontres avec des élèves par exemple, ça peut être des interviews, ça peut être tout un tas de choses qui vont faire exister le mal en dehors de nous. C'est ça que j'ai envie de transmettre, c'est parler, parler, parler entre vous, communiquer. Vous vous êtes fait agresser, vous vous êtes fait violer, vous vous êtes fait violer, vous avez été violé. témoigner, expliquer, dire les choses. Ne vous enfermez pas, en fait. C'est ça, le truc. Il ne faut pas s'enfermer. Il faut parler, il faut témoigner, il faut nourrir. Et pas seulement, moi, dans mon cas, c'est la mémoire collective. Tout le monde m'a vu frôler la mort. Mais dans les cas des gens qui sont seuls, qui sont isolés, c'est important de leur faire comprendre qu'ils ne le sont pas, finalement. Et c'est ça que j'avais envie de dire. On n'est jamais vraiment seul. Et je sais qu'autour de nous, il y a des gens, autour de moi, il y a des gens qui m'ont entendu et qui m'écoutent encore. On n'est jamais vraiment seul en fait

SPEAKER_00

Merci énormément David. S'il y en a qui veulent pourquoi pas entrer en contact ou en tout cas creuser ton histoire, donc tu nous parlais de ton livre, édition Pygmalion, c'est ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ouais, Un jour dans notre vie. Un jour dans notre vie, yes. Donc avec une suite qui arrive bientôt, il y a eu le teasing, ça y est, tu l'as annoncé. Mais est-ce qu'il y a d'autres moyens du coup de te

SPEAKER_02

suivre

UNKNOWN

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SPEAKER_02

Oui, je suis sur Instagram. Sur Instagram, ouais, c'est défritesgwep et sur Twitter, enfin sur X maintenant, sur Twitter, donc je parle souvent des actions que je mène, des projets que je Je mène aussi tant professionnellement, c'est-à-dire sur la photographie et l'écriture, que les actions que je mène auprès des jeunes. Instagram, c'est plus sur mon travail de photographe. Mais voilà, de temps en temps, j'ai quelques passages où je parle de tout ça. Mais voilà, je suis très bavard. C'est aussi pour ça que mon message porte sur ça. Je suis très bavard. Je pense qu'on peut apprendre de

SPEAKER_00

tous. Génial. Écoute, il y aura les liens en description de l'épisode. Merci une fois de plus, David. C'était absolument génial. Et je te souhaite une excellente continuation pour la suite. Merci beaucoup à toi. Merci d'avoir écouté cet échange jusqu'au bout. Quel épisode

UNKNOWN

!

SPEAKER_00

S'il vous a plu, pensez à le partager autour de vous. Et de manière générale, si vous appréciez les frappés et que vous souhaitez soutenir le podcast, il y a plusieurs manières de le faire. La première, c'est tout simplement de vous abonner, de laisser une note et un commentaire sur votre plateforme d'écoute. Et vous pouvez également rejoindre le groupe des Tipeurs, les auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1€par mois. Le lien est en description. Vous pouvez enfin tout simplement parler à à fond des frappés autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer. Merci pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode avec une combattante de MMA.