UNKNOWN

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Dans cet épisode, j'interview Aurélie Boussmar, 27 ans, pompier professionnel et habitant Grenoble. Sur l'édition 2024 de l'Alpsman Extreme, elle avait le dossard numéro 38. Elle était soutenue par son compagnon Jean-Baptiste le jour de la course. Aurélie pratique le triathlon depuis maintenant deux ans, mais avant même de s'y mettre, elle était fascinée par le Norseman et par l'Alpsman. Elle devait commencer sa préparation en novembre 2023, mais elle a été malade tout l'hiver et n'a pu commencer sérieusement les entraînements que début mars 2024, trois mois avant l'épreuve. Avec un chrono final de 15h55, elle fait partie des top finishers sur cette édition de l'Alpsman.

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Alors, comment je vais ce matin

UNKNOWN

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C'est un peu dur quand même après tout cet effort. Mal aux cuisses. Là, je viens de faire une séance de cryothérapie, donc ça va un peu mieux. J'ai repris un peu du poil de la bête, mais fatiguée

SPEAKER_01

quand même. Est-ce que tu peux nous parler de ta journée d'hier dans les grandes lignes

UNKNOWN

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SPEAKER_01

Le chrono, ce qui s'est passé, les éléments marquants

UNKNOWN

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SPEAKER_02

Alors, ma journée d'hier, comme prévu, ça a taqué très tôt en ce temps du bateau à 5h30. La natation se passe plutôt bien ce que je disais c'est compliqué de rester focus sur une distance aussi longue sur sa technique de nage plus un peu le monde donc en chrono en natation je fais 1h23 ce qui est pas terrible mais ce qui me convient bien j'avais prévu de monter sur le vélo avant 7h je suis montée sur le vélo à 7h pile poil donc au moment de monter sur le vélo je suis sereine je me dis je suis je

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suis dans les temps. Et après derrière le vélo

UNKNOWN

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Après derrière le vélo, je me mets tout de suite dans le rythme. Le but c'était de faire une belle montée l'échaud Semnose pour se mettre dans le rythme et prendre une bonne dynamique de course. Ce que je fais, ça se passe bien, je m'alimente bien, ça se passe bien contente. Une belle descente du Semnose, il n'avait pas plu donc j'ai bien pu envoyer à la descente. Et puis par la suite, les boucles se passe. Moi, sur le vélo, je suis très volubile, je discute avec tout le monde, c'est la fête. Donc voilà, le vélo, bien passé. Le vélo, bien passé. Voilà. Mais quand même, je sens que j'y laisse du jus et d'autant plus dès que je passe les 3000 mètres de dénivelé, je sens que ça commence à devenir un peu dur, je commence à être un peu dans le jus et c'est tout à fait cohérent parce qu'à l'entraînement, j'allais jusqu'à 3000 mètres de dénivelé, donc quand j'ai dépassé ce stade bah ouais ça a commencé à tirer un peu alors l'objectif c'était de faire moins de 8 heures le vélo je le pose alors très exactement 8 heures une minute et 20 secondes donc pas contrat rempli mais si allez c'est bon contrat rempli contrat rempli le vélo est posé à 15 heures et je savais que c'était voilà la limite il fallait se garder quand même deux heures et demie pour la course à pied voilà donc je pars à la course à pied évidemment je pars tout feu tout flamme parce que dans dans l'excitation de la course, de se dire, cette cloche, elle est possible. Je crois que mon cardio, les 4 premiers kilomètres, il n'est pas descendu sous les 190. J'étais très haut dans les tours. Je pars très fort. Après le premier ravitaillement, je me dis, il va falloir poser un peu les choses parce qu'on ne va pas rester aussi haut dans le cardio sur plus d'un semi-marathon. Donc ça va, j'arrive à me mettre au seuil. Donc c'était très dur, surtout qu'il commençait à faire lourd et chaud à ce moment-là. Et j'avais pris une bouteille d'eau avec moi, elle n'a servi qu'à m'arroser. Et donc après la course à pied, je vois que je rentre le tour en 47, 48 minutes. Deuxième tour pareil, et il est resté 50 minutes pour le dernier tour. Donc là, là mentalement, là c'était que du mental. Parce que même autour de moi, j'entendais d'autres gars qui disaient« ça passera pas, je laisse tomber, machin». et moi j'ai gardé cet espoir de me dire, il y a l'espoir, j'ai pas fait tout ça pour rien, le dernier tour ça a été, mentalement ça a été, j'ai pas fait tout ça pour rien, j'ai pas fait tout ça pour rien, et j'en remettais, j'en remettais, j'en remettais, j'ai divisé entière, il y avait un ravito toutes les 3 kilomètres à peu près, donc je me disais, il y a 3 fois 3 à faire, et il faut envoyer ces 3 fois 3, 3 kilomètres c'est rien, il faut y aller. Et donc voilà, dernière partie, je vois ma meilleure amie d'enfance qui était là, qui n'était pas sûr de venir et puis qui est là pile au bon moment. Donc ça c'était super et puis du coup j'ai pu foncer vers l'arrivée et sonner la cloche une minute trente avant la fermeture du tournant. Au moment où je sonne la cloche, de l'émotion forcément mais je crois que j'étais tellement dans le speed de me dire faut que je finisse à temps que j'étais pas dans l'effusion de larmes etc. Et puis surtout le après quoi. après que j'avais anticipé mais à la fois c'était une épreuve après l'autre et et ouais ouais au moment de partir de partir à pied quand même début de crampes pas bien je dis bon bah là faut faire top finisher va falloir gérer cette montée coûte que coûte et se poser pour pour pour arriver au bout

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quoi bah je pense que déjà j'étais plus stressé qu'elle elle m'a fait transpiré alors que j'ai pas fait grand chose bizarrement je la retrouve quand même bien encore lucide sauf sur le dernier tour où la fin ça se jouait à pas grand chose donc fallait pas traîner mais une super gestion de sa course à pied vraiment solide mentalement et elle s'est pas démobilisée elle a vraiment bien géré autant physiquement que mentalement surtout que comme elle a dit avait la chaleur à prendre en compte et ça mine de rien voilà ça joue sur sur la performance faut bien s'alimenter et s'hydrater donc voilà et puis après la montée finale elle a quand même pareil bien géré parce qu'on a remonté au moins 40 places donc marche rapide mais marche rapide quand même enfin moi je savais à quoi m'attendre donc voilà de s'appuyer sur moi et puis voilà de l'encourager d'être avec elle et de toute façon moi je savais que ça allait le faire

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ouais la montée finale je pense que sans partenaire sans accompagnant c'est vraiment dur et vraiment long et là le soutien moral il est plus qu'indispensable il y en a qui montaient en solo on essaie toujours d'avoir un petit mot pour eux parce que là vraiment

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monter en solo c'est dur on sent vraiment qu'il y a une après course il y a vraiment cette première semi et après la montée au semnoz où les corps moi d'un visu spectateur ils sont meurtris les gens ils ont pas lourd ils sont à la limite de la crampe il y a vraiment deux courses dans ce marathon mais ouais ce rôle là de soutien et après des moments je la laissais devant faire son train toute seule des moments en côte à côte on discutait et du coup ça faisait des paliers où il y a des kilomètres qui passaient plus vite que d'autres mais elle a bien géré cette fin de cette montée au

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semnoz au passage de la nuit d'arrivée il faisait presque nuit on avait pas eu besoin de toute façon

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je t'ai dit qu'on allait On a dit qu'on

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n'allumait pas la frontale, donc on n'a pas allumé la frontale. C'est passé, il faisait encore jour, entre chien et loup. Oui, il y avait encore pas mal de monde sur la ligne d'arrivée, du monde qui arrivait encore. Et alors, l'émotion

UNKNOWN

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Une belle émotion, oui. Le tee-shirt finisher, de top finisher, je l'ai répété toute la montée, C'était mon rêve, c'est mon rêve d'être top finisher, même avant que je commence le triathlon. Donc voilà, belle émotion quand on y arrive. Alors heureusement que je n'ai pas eu de difficultés, parce que sinon en timing ça ne passait pas. De toute façon, je crois que je l'avais dit avant de m'engager sur cette course, si ça passe, ça passera tout pile. Et c'est exactement ce qui s'est passé. C'est passé tout pile et il ne fallait pas une embûche sur le parcours pas une crevaison pas de problème gastrique donc ça s'est plutôt bien passé problème gastrique un peu sans plus je vais pas trop m'étendre dessus mais voilà ça s'est quand même ça s'est bien géré et jusqu'à la course à pied ça a été quand même beaucoup beaucoup de plaisir franchement la nage en lac le matin une atmosphère magique, se lever de saut du bateau, lever du soleil, longer la berge, les montagnes autour. L'eau, la température, elle était idéale. Moi, je trouve que 18 degrés en combinaison, c'est pile poil ce qu'il faut parce qu'on n'a pas froid aux extrémités et à la fois, on n'a pas trop chaud dans la combi. Donc ça, c'était impeccable. Derrière le vélo, pareil, on s'est pris un peu de pluie, mais du coup, ça donnait une atmosphère assez tempérée qui permettait de pouvoir envoyer quand même sereinement. Je regardais mes pneus tout le temps. Je disais, crève pas, crève pas, crève pas. C'est bon, c'est passé, ça n'a pas crevé. Si je crois que j'ai déraillé une fois, ça ne m'a pas pris longtemps. Ça n'a pas été un gros problème. Et puis, par la suite, la course à pied, là, on était moins dans le plaisir. Je savais que je n'avais pas de marge. Là, ça a été de la lutte. Je trouve que c'est un peu le biais du triathlon. C'est quand même assez individualiste comme sport. Et d'autant plus dans les règles qui contraignent en plus à avoir très peu de solidarité entre coureurs sur le

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drafting

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par exemple sur le drafting et puis moi je vois des scènes terribles où il y en a un qui a crevé il avait tout son liquide de tubeless sur la route et il y a deux organisateurs qui sont là et puis qui le regardent les bras croisés en disant que personne ne l'aide à réparer moi je trouve ça assez difficile quand même sur un sport de se dire il y a autant de règles autant de contraintes alors c'est pour l'équité mais je dois avouer que personnellement j'ai beaucoup de mal avec ça mais bon c'est les règles du triathlon c'est le sport que j'ai choisi donc je m'y conforme c'est comme ça et dans tout ça les gens ça reste les gens ils sont sympas en fait donc si on discute avec eux souvent s'ils sont pas trop dans le dur ils te répondent et puis on fait de belles rencontres j'ai discuté avec pas mal de gens on se double on se recroise on machin Au bout de 4-5 fois où on se croise, on devient un team. En triathlon, c'est déjà pas mal.

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Alors moi, en tant que spectateur, déjà une très belle organisation. C'est à niveau logistique, les parcours proposés, les bénévoles. C'est une très belle course et c'est bien organisé. Après, d'un point de vue spectateur, c'est... Je pense, je l'ai dit, mais aussi stressant que le coureur. La journée, elle est longue, mais elle est longue aussi pour les accompagnants. Et d'autant plus quand on a fait un format équivalent, donc on sait à quoi s'attendre. Moi, le matin, quand je l'ai posé à 3h30, j'étais autant stressé qu'elle. L'attente sur le bateau. Donc voilà, une journée éprouvante, mais pour les deux parties, je pense. Mais en tout cas, super course, puis finir au Semnos, c'est quand même... Je pense que les Ironman, pas toute la fin de la course à pied finit comme ça. Ça donne une dimension quand même bien relevée à ce triathlon qui est beau et qui, j'espère, perdurera.

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Pour moi, ce que je retiendrai, tout pareil sur l'organisation, c'est une très belle organisation. Les bateaux le matin, ça rajoute vraiment une dimension magique à la course et puis je retiendrai la cloche forcément cette cloche que j'ai tant espéré et que j'ai réussi à sonner ça restera l'événement marquant pas d'une vie mais pas loin quand

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même pas loin est-ce qu'il y a un dernier message que vous voudriez faire passer quelque chose qu'on n'a pas

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évoqué

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faites du sport

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c'est la base et ouais c'est juste pour revenir sur ce côté un peu règles du tri tout ça c'est individuel certes mais il y a quand même des belles rencontres et c'est dommage que dans les règles en fait on puisse pas aider comme elle le disait le petit copain qui fait une hypo et on a une pâte de fruits on peut pas lui donner ou celui qui crève on peut pas lui donner une cartouche et ça c'est vrai que ça ternit un peu l'image du sport et l'essence même quand même du sport c'est la cohésion, l'entraide des valeurs de camaraderie et dans ces règles-là, en triathlon, on se perd

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un peu des fois. Oser. Oser y aller parce que on ne croit jamais assez en soi et puis finalement, en perdurant un peu, ça passe, tout passe.