Le piège, c'est qu'on a tendance à prendre la confiance en tant qu'être humain, à se dire, les premiers jours, on est sur le qui-vive, en mode, oh là là, je suis dans la zone au crocodile, il faut vraiment que je fasse très attention. Et puis en fait, les jours passent, et puis on voit que les crocodiles s'échappent. Et c'est là où il faut garder sa vigilance. Après, pour la traversée des cours d'eau, je n'ai jamais pris la confiance lorsque je traversais un cours d'eau. Je savais que c'était dangereux.
Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants C'est parti. Eh bien, écoute, bienvenue à nouveau, Martin, au micro défrappé pour le deuxième épisode, la suite des aventures, la suite des grandes aventures de Martin en Océanie, dans le Pacifique, etc. Eh bien, merci. Sur le dernier épisode, du coup, on s'était quitté après. On avait parlé dans les grandes lignes de ton enfance, de ta découverte de l'aventure, etc. Et puis, on avait commencé cette grande périgrination en Tasmanie. On on était partis sur la Nouvelle-Zélande et on s'était quittés après tu as traversé des îles Fidji voilà donc si il y en a qui ont raté cet épisode il faut aller l'écouter d'abord le lien est en description Martin la suite du coup une fois que tu t'apprêtes à partir des îles Fidji alors pour rappel pour rafraîchir un peu la mémoire de ceux qui ont écouté l'épisode mais qui ne l'ont peut-être plus en tête la fin des îles Fidji Fidji, tu n'étais pas forcément dans les meilleures prédispositions, un petit peu compliqué d'un point de vue logistique, administratif, etc. J'étais un
Martinpeu pris de court dans tous les sens. C'était un peu plus difficile
de repartir de Fidji.
LoïcÀ ce moment-là, en tout cas initialement, avant que tu te rendes compte que la situation devenait... Enfin, que tu avais un peu des apératifs à gérer, on va dire. Il y avait un plan à ce stade-là ? Tu savais où est-ce que tu voulais aller par la suite ou pas forcément ?
MartinCe dont j'étais sûr, c'était qu'il fallait que je revienne en Australie, puisque j'avais ma deuxième année de visa qui s'était réactivée. Je pouvais revenir sur le territoire australien. Et pour finir ma traversée du continent, il fallait que je traverse le pays le plus grand, quoi. Donc mon objectif, c'était vraiment de revenir en Australie, n'importe où, tant que c'était par bateau, et ensuite de traverser le pays.
LoïcVoilà, de traverser le pays, sachant que le pays, d'un point de vue géographique, alors je n'ai pas les distances en tête, mais visuellement, c'est plus gros que l'Europe, je
Martinpense. C'est ça. Oui, c'est la taille de l'Europe de l'Ouest. Ah, pas plus gros
Loïc? J'aurais dit, tu vois, j'aurais peut-être... Je
Martinne sais pas si c'est vraiment comparable, mais oui, c'est un continent à lui tout seul. Ce n'est pas une île, finalement.
LoïcOui.
MartinBien. Donc ça, c'était le plan. Qu'est-ce qui s'est passé dans les faits
Loïc?
Martinpas prospecté les bateaux dans la marina. Et aussi, il y avait mon... Mon passeport, les pages s'étaient décollées, c'était décousu. J'avais des pages volantes, donc techniquement, je ne pouvais pas aller en Australie. Donc, c'était un petit peu compliqué. Mais j'ai finalement trouvé par les sites, il me semble que c'était sur Croubet ou un truc comme ça, un capitaine australien qui rentrait à Brisbane et qui passait par la Nouvelle Calédonie et du coup j'ai pu monter à bord de son bateau et on est rapidement parti du coup en direction de la Nouvelle-Calédonie donc on était trois à bord il y avait aussi une Bolognaise et du coup là j'ai pu entre guillemets fuir le pays comme ça quoi en fait j'avais le lien j'avais un lien qui me permettait de voir où était mon ancien capitaine et il fallait pas que je le croise quoi Il avait l'air bien chaud pour... Je ne sais pas pour quoi faire, en fait, parce qu'il a toujours... Il a voulu me poser plein de problèmes quand je suis parti du bateau. Et après, il était toujours dans le secteur. Donc, je voyais qu'il était dans les baies aux alentours. Donc, il ne fallait pas le croiser à la marina à ce moment-là. Donc, bon, on est partis comme ça. Et puis, on a fait une bonne semaine de navigation, peut-être une semaine de navigation. Et on est arrivés à Nouméa, juste après les révoltes kanaks.
C'était un peu étrange de voir la ville qui avait été... bien brûlé il y avait pas mal d'endroits qui avaient brûlé parce qu'il me semble que toi t'étais passé par la Nouvelle-Calédonie
Loïcaussi
Martinouais moi j'y ai vécu il y a longtemps mais ouais j'y ai vécu et ce capitaine était vachement sympa puisqu'en fait il a totalement compris mon projet et du coup une fois qu'on a fait les démarches administratives à Nouméa lui avait quelques papiers à faire pour son travail et du coup on a remonté le vent jusqu'à l'extrême est de l'île il s'est posé dans la baie avec son bateau moi je suis allé à terre et j'ai marché pendant quelques jours pour rejoindre Nouméa pour rejoindre Nouméa d'ailleurs J'ai recroisé des amis que j'avais rencontrés en Nouvelle-Zélande. Je leur fais une bise, Swazik et Bertrand, qui m'avaient accueilli chez eux en Nouvelle-Zélande dans l'île du Sud. Et après, ils m'ont accueilli de nouveau à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. C'était vraiment trop sympa de les recroiser. Et voilà, donc après, une fois que j'étais de nouveau à Nouméa, le capitaine m'a récupéré au port et on a filé en direction de l'Australie.
LoïcExcellent ! Est-ce que si tu avais eu plus de temps, tu aurais fait une traversée, tu penses, sud-nord ou nord-sud de la Nouvelle-Calédonie ?
Martinoui oui j'aurais pu après là le contexte avait l'air un peu chaud il y a eu des endroits même j'ai fait que 3 ou 4 jours de marche j'ai fait que 100 km mais il y a eu des endroits où pendant ces 3 jours là j'ai croisé personne j'ai croisé un ranger et qui m'a bien expliqué qu'il y avait eu je crois que c'était Saint Louis au sud où il ne fallait vraiment pas que je passe Et du coup, ça aurait été un petit peu... Il y avait plein d'endroits, si j'avais traversé toute la Nouvelle-Calédonie, dans lesquels je n'aurais pas pu passer, je pense que ce n'était pas le meilleur moment. Et en plus de ça, la saison cyclonique avançait. Donc, en fait, je serais juste resté bloqué en Nouvelle-Calédonie si je ne continuais pas en voilier. Donc, voilà. Moi, ma priorité, quand j'étais au Fidji, c'était vraiment de repasser par l'Australie donc de faire un crochet par la Nouvelle-Calédonie comme ça c'était une sorte de bonus donc
Loïcc'était pas plus mal et donc tu disais clairement dans Nouméa tu voyais les traces du conflit des révoltes etc
Martinoui oui il y avait pas mal de de bâtiments qui avaient pris feu en fait des tags de révolte il me rappelle que c'était une ambiance c'était une ambiance assez particulière après sur place tout le monde était super sympa mais voilà comme c'était qu'une petite parenthèse j'ai pas pu vraiment voir ou constater ce qui s'était passé j'ai juste vu que la ville avait bien pris feu et que c'était assez particulier mais bon c'était la France donc moi je retrouvais la France ça faisait un moment et Et voilà, de parler français, bonjour, comment ça va, etc. Ça, c'était sympa. J'ai bien aimé les gens sur place, c'était vachement cool. Et c'était bien de reparler un peu français, de retrouver un petit peu son pays de cette manière-là.
Arrivé en Australie, donc Brisbane, s'il y en a qui ne l'ont pas en tête, Brisbane, on va dire que c'est à peu près côte est de l'Australie et à peu près au milieu, à peu près à équidistance, on va dire, du point le plus au nord, point le plus au sud de l'Australie.
MartinLà, tu... l'arrivée était un peu compliquée parce que du coup la mère du capitaine était en train de mourir et elle était en soins palliatifs et du coup il fallait donc via il me semble que c'était via Starlink du coup il l'apprend pendant qu'on est en mer donc là il fallait tracer en bateau pour qu'il la voit une dernière fois et du coup en plus le temps n'était pas ouf Du coup, on remonte la rivière Brisbane avec le voilier. Là, c'était magnifique. Remonter la rivière, arriver dans le centre-ville en voilier, passer sous les ponts, c'était exceptionnel. Mais moi, j'avais toujours mon passeport qui était fichu. Le souci, c'est que l'immigration n'a pas du tout apprécié ça, parce que normalement, quand on a un passeport dans cet état-là, on ne peut pas rentrer dans l'avion qui nous emmène en Australie. Mais moi, j'étais déjà sur le territoire. Donc, ils étaient bloqués.
LoïcIls ne pouvaient pas vraiment te renvoyer avec le bateau de retour.
MartinC'est ça. Ils ne pouvaient pas me refuser l'accès. J'étais déjà sur place. Donc, tout ça, je l'avais anticipé. Je savais que de toute manière, je ne pouvais pas revenir en Australie, mis à part en bateau, parce que par avion, ça ne l'aurait pas fait. Et pour refaire le passeport en Nouvelle-Caïdonie, avec les révoltes qu'il y avait eues, et le fait que ce soit loin de la métropole, ça aurait été vraiment très long. En fait, la saison cyclonique serait arrivée avant. Du coup, mon projet serait tombé à l'eau si je n'arrivais pas en voilier. Donc, au moment où je vois l'immigration, forcément, ils me disent ça, ce n'est pas du tout OK, blablabla. Donc, l'atmosphère est un peu tendue parce que du coup, le capitaine trépigne pour aller voir sa mère. Moi, j'avais anticipé en Nouvelle-Calédonie de prendre un rendez-vous au consulat de Brisbane. C'était la seule carte que j'avais dans mon jeu en mode bon bah j'ai ok mon passeport il est fichu mais j'ai un rendez-vous pour le faire refaire au consulat avec le justificatif etc donc eux ils m'ont dit bah non c'est pas comme ça que ça se passe pour venir en Australie il vous faut un passeport un vrai passeport et un visa etc le visa je l'avais heureusement donc ils ont appelé ils ont fait tout un tas d'appels ça a duré bon peut-être 20-30 minutes où c'était un petit peu chaud et finalement finalement, ils me disaient que potentiellement, ils pouvaient me renvoyer en métropole, à mes frais. Ah ouais, carrément
Loïc?
MartinOuais, par avion, avec une amende, etc. Mais l'agent d'immigration a bien négocié pour moi auprès de sa hiérarchie, a bien expliqué que j'avais le rendez-vous sur le consulat et tout, et a passé un moment. Après, ça a été OK sous certaines conditions, des papiers que J'ai dû envoyer plus tard tout un tas de choses, mais j'étais officiellement de retour sur le territoire australien. Et voilà, le plan s'est déroulé parfaitement. Il y a eu des embûches, mais c'était attendu, forcément. Donc là, j'étais très heureux. C'était le 22 novembre 2024. le début du projet a commencé le 21 août 2023 quand je suis parti de Tasmanie en Nouvelle-Zélande et là c'était un peu plus d'un an plus tard je revenais en Australie voilà
LoïcLa suite du coup, quand est-ce que tu as pu, une fois ces petites galères administratives passées, comment est-ce que tu as préparé la grande traversée ?
Du coup, c'était fin novembre, le début de l'été austral. et j'avais deux finalement deux problèmes qui en faisaient zéro puisque c'était le début de l'été donc il était inenvisageable de traverser l'Australie à pied puisque les températures sont trop importantes quoi et j'avais plus d'argent puisque ça faisait j'avais pas travaillé du coup depuis j'avais pas travaillé sur ma route jusqu'à présent et du coup je me suis dit que je pouvais travailler à Brisbane pendant pendant les trois mois de l'été comme ça je renflouais les caisses et je pouvais partir à la fin de l'été austral dans les meilleures conditions et ça me permettait aussi de préparer mon parcours savoir par où je voulais passer pour traverser l'Australie quelle aurait été l'idée du projet et voilà toutes ces choses
Loïcmarquer un petit temps de pause pour mieux repartir du coup t'as travaillé
Martindans quoi
Loïc?
Martinj'ai travaillé dans un hôtel restaurant je faisais un peu tout tout sur place, l'objectif c'était vraiment de faire un maximum d'heures un maximum d'heures pour faire un maximum d'argent possible dans ces 3 mois là donc voilà et je fais une bise aussi à Martine chez qui il y avait un studio en bas de chez elle et que j'ai pu être j'ai pu loger là-bas, c'était au bord de la plage, c'était vraiment magnifique et du coup c'est une dame qui a beaucoup compté pour cette traversée australienne puisque ça a été un socle un peu d'habiter là-bas sur place pas loin du travail et de pouvoir mettre de l'argent de côté pour la suite
Loïcquoi Excellent la suite du coup c'est marrant parce que finalement ton temps de pause ta petite parenthèse dans tout ce grand grand voyage c'est finalement plus long que la plupart des voyages que les gens pensant partir au long cours c'était une petite pause de 3 mois pour enchaîner ça ressemblait à quoi du coup la suite alors là je suis vraiment ultra curieux parce que des traversées de l'Australie j'ai déjà échangé avec quelques personnes qui ont fait des traversées notamment Rémi Camus bien sûr
Martinje l'ai
eu au téléphone du coup ah c'est vrai excellent pour préparer ça bah oui parce que du coup j'avais écouté ton podcast avec lui enfin il y en a deux même et il y en a un qui porte sur l'Australie et du coup, je l'ai contacté. Ah, incroyable
Loïc!
MartinIl était super sympa de me répondre et puis on a bien discuté au téléphone et il m'a donné des premières indications pour anticiper un petit peu les problèmes que je pouvais avoir le long de ma
Loïctraversée. Génial, je ne savais pas du tout. Tu lui avais dit que tu avais écouté l'épisode ? Bien sûr, bien sûr. Ah, excellent. Un peu de teasing, Rémi va revenir sur le pod très bientôt pour un troisième épisode. Bref, j'allais te dire que j'avais, avec des gens comme Rémi qui ont fait des traversées en Australie, je trouve que c'est toujours des récits qui sont ultra impressionnants parce qu'en fait, on ne s'en rend pas bien compte. Moi, je ne suis jamais allé en Australie, mais de ce que je comprends, il y a quand même une frange côtière qui est relativement peuplée, mais au milieu, c'est le grand désert et des conditions qui peuvent être pour coup, véritablement désertiques. Donc, je suis assez curieux de savoir quel itinéraire est-ce que toi, tu as choisi de prendre et avant que tu prennes le départ, quels étaient les points sur lesquels tu étais particulièrement vigilant ou sur lesquels tu t'es concentré pour la préparation ? Est-ce que c'était le ravitaillement en eau, le ravitaillement tout court, l'itinéraire pour éviter certaines zones particulièrement isolées ?
MartinOui, c'est vrai que quand on regarde la carte de l'Australie, ça se représente comme un gros défi. C'est un peu le boss final de la traversée. Donc c'est bien que ça arrive à la fin. C'est qu'avec toute l'expérience accumulée jusqu'à présent, ça me permettait d'envisager cette nouvelle traversée. Et puis, comme j'arrivais de la mer, pour moi la mer, c'est un endroit très hostile. Du coup, on est en confiance. Dès qu'on revient sur Terre et qu'on vient de la mer, on est en confiance. Je n'avais pas plus peur de ça que ça de m'engager dans la traversée de ce pays là et je suis parti du principe que il fallait que j'aille j'avais mon point de départ qui était Brisbane puisque j'étais arrivé à Brisbane en voilier et mon point d'arrivée devait être Darwin parce que je devais quitter le continent aussi en voilier pour aller en direction de l'Asie du Sud-Est donc j'avais un point de départ un point d'arrivée Donc, quand on regarde la carte, il y a différentes voies qui sont possibles.
LoïcDonc, Darwin, s'il y en a qui ne l'ont pas en tête, Brisbane, c'est, on va dire, milieu de l'Australie, mais sur la côte est. Darwin, c'est milieu de l'Australie, mais sur la côte nord.
MartinC'est ça. Et du coup, il y a différentes voies possibles, mais moi, j'avais anticipé, j'avais prévu de faire une traversée de plus ou moins six mois et l'Australie est un pays désertique, comme tu l'as dit, et je trouvais ça dommage de, par exemple, longer la côte et de ne pas aller me frotter au désert. L'Australie est un pays désertique, il faut aller dans le désert. Donc, mon itinéraire, j'ai décidé dans un premier temps d'aller à Ali Springs, Ah oui, en plein milieu pour le coup. Voilà, au cœur de l'Australie. Ça, c'était l'étape 1. L'étape B, du coup, c'était de quitter Alice Springs et de traverser un autre désert qui s'appelle le désert de Tanami. Donc, aller au nord-ouest à la frontière avec l'Australie occidentale. Donc là, il n'y a pas de ville, il n'y a que dalle. parce qu'en fait une fois qu'on est à Lee Springs et qu'on veut aller à Darwin moi j'allais pas marcher le long de
Loïcla de la route
Martindonc il fallait se sortir de là et du coup j'ai décidé d'aller nord-ouest dans le désert de Tanami et ensuite tracer plein nord ou nord-est jusqu'à Darwin en traversant la zone subtropicale Donc ça, c'était le plan. C'était le
Loïcplan. Et Rémi, par rapport à ça, je suis curieux, il t'avait donné des conseils sur l'itinéraire aussi ou c'était plutôt sur d'autres sujets
?
MartinNon, c'était plutôt sur d'autres sujets. Je me rappelle qu'il avait beaucoup insisté sur les bestioles, sur les animaux que je pouvais éventuellement croiser et qui étaient potentiellement dangereux. Il avait bien insisté sur les serpents. Il m'avait aussi beaucoup parlé de l'eau parce que lui en a énormément souffert.
LoïcOui.
MartinDonc, par rapport à l'eau, comment gérer son eau, comment la... comment gérer son eau au quotidien. Et puis après, c'était beaucoup sur... Moi, j'avais beaucoup de questions sur le paysage, la géographie, un peu anticiper ce qui allait pouvoir m'arriver. Après, la grosse différence, c'est que lui, il l'a fait en été. Je ne sais pas comment il l'a fait. Il l'a fait en été. C'est-à-dire qu'il faisait des temps délirante alors que aller dans le centre de l'Australie en été c'est vraiment c'est vraiment hard je pense moi j'essayais de gérer cette saisonnalité dans le sens où je quittais Brisbane à la fin de l'été et du coup plus je m'enfonçais dans le centre plus l'hiver s'avançait, moins les températures étaient aberrantes. Il y avait cette
Loïcdifférence-là. Les serpents, vu ton background, j'imagine que tu n'as pas dû découvrir grand-chose par rapport à ce qu'il t'a dit et tu ne devais pas être particulièrement inquiet,
Martinj'imagine
Loïc?
MartinNon, non, non. Les animaux australiens, avec ma première année, je les connaissais. Je savais un peu à quoi m'attendre. Je savais qu'avec les serpents, ce qui pouvait arriver, ce sont les accidents. Ce ne sont pas du tout des animaux agressifs. Ce ne sont pas des animaux dans l'absolu dangereux. Si on n'a pas d'accident avec, c'est-à-dire poser le pied dessus ou quand on range la tente, qu'il y en ait en dessous tant qu'on ne les dérange pas tant qu'on n'est pas menaçant avec eux ils ne sont pas agressifs c'est pas comme par exemple pour le coup les crocodiles qui eux sont dangereux sont agressifs et qui viennent à nous pour nous attraper les crocodiles marins dans le nord qui j'ai eu à faire là c'est assez différent là pour le coup c'est un animal dangereux mais le serpent si on n'est pas si on ne se retrouve pas dans une situation accidentelle, ce n'est pas un problème.
LoïcEt les dromadaires, parce que j'avais lu, je crois que c'est Sarah Marquis qui en parle dans un de ses livres, quand elle fait la traversée de l'Australie. Il me semble que c'est elle où elle explique que pendant la saison des reproductions, quand les femelles sont en chaleur, les dromadaires, les mâles, sont ultra agressifs. agressif et qu'en fait il y a tous les ans des accidents mortels de randonneurs qui se prennent apparemment les dromadaires ils mettent des coups de la manière dont ils attaquent c'est qu'ils mettent des coups de tête ah ouais ok face aux girafes quoi ouais exactement sauf qu'un coup de tête de dromadaire qui doit peser 50 kilos ça peut ça peut être mortel visiblement
Martinok bah moi j'avais vu beaucoup de dromadaires des fois ils me couraient après mais pas pour m'attaquer. Au début, je pensais que c'était pour m'attaquer et j'avais peur. Mais en fait, non, c'est juste qu'ils sont curieux. Je pense que ce n'était pas pendant la saison du rut. Ils n'étaient pas du tout agressifs avec moi. Non, ils n'ont pas été menaçants. Bon, tant mieux. Par contre, ce qu'il a été, c'est un animal qui n'est pas australien, qui a été introduit dans le nord, dans la partie subtropicale. C'est le buffle. Ils ont introduit des buffles. Et ça, pour le coup, je ne sais pas si tu l'as déjà fait charger par un buffle. Non. C'est vraiment très impressionnant. C'est un animal, je ne sais pas combien ça peut peser, peut-être 500 ou 600 kilos. Et il y en avait vraiment de partout. Ils chargeaient
Loïc?
MartinAlors, 9 fois sur 10, ils avaient peur de moi et ils se tiraient. Mais le 1 sur 10 où ils chargent, c'est très impressionnant. Il faut... Enfin, je pensais que j'étais complètement épuisé et que je n'avais plus d'énergie. En fait, j'avais énormément d'énergie en
Loïcstock. Excellent. Se faire charger par un buffle. OK. Et la réintroduction, c'est quoi en tant que naturaliste ? Tu as creusé un peu ? C'est quoi le sujet ? C'est pour... Alors, ce n'est pas une réintroduction, c'est vraiment
Martinune introduction qui a été faite pour la chasse. Ah, pour la chasse. Pour la chasse. Et en fait, ben, il s'est développé un peu de partout dans cette région là sans prédateur
Loïc?
Martinsans prédateur il y a probablement le crocodile marin qui peut s'y attaquer notamment aux plus jeunes j'imagine mais ouais ça fait comme des troupeaux des petits troupeaux alors des fois il y en a qui sont seuls ils sont dans les flaques de boue et puis avec leur pelage noir dans cette région qui est un peu plus fort En fait, on les voit un peu au dernier moment. La plupart du temps, ils avaient peur. Simplement, quand ils décident de charger, c'est vraiment très impressionnant. C'est immense. Au final, je pense que c'est l'animal qui m'a posé le plus de problèmes, le buffle. Il n'est même pas de là. Oui, c'est inattendu.
LoïcJe pensais que tu allais nous dire. Les crocodiles, tu disais que tu as eu faire attention ou tu as eu des mauvaises rencontres
aussi
Loïc?
MartinEn fait les crocodiles du coup mon problème ça a été dans cette partie là le nord je suivais les cours d'eau puisque les cours d'eau me servaient de guide déjà parce qu'ils allaient en direction du nord et moi aussi et en plus de ça ça me garantissait de ne jamais manquer d'eau donc là ce qu'il fallait faire attention c'est déjà pour récupérer mon eau Tu sais, dans les reportages animaliers, on voit souvent les zèbres qui lapent l'eau tranquillement et puis voilà, ils se font attraper par un crocodile d'une île. Moi, je me sentais un peu comme le zèbre avec un crocodile marin. J'ai inventé un truc que j'ai appelé la canne à gourde. C'est genre une canne à pêche avec ma gourde au fond, au bout, avec ma paracorde et puis ma ficelle de tente. Et comme ça, je pouvais prendre de la distance par rapport au cours d'eau, me mettre un peu en surplomb, balancer ma gourde, la remplir d'eau, la tirer et puis remplir mes stocks, mon autonomie en eau, mes poches d'eau, comme ça. Comme ça, les crocodiles ne pouvaient pas me sauter
Loïcdessus. Mais parce que du coup, les cours d'eau, quand tu arrivais au bord des côtes, l'eau n'était pas somâtre ? Tu arrivais à avoir de l'eau douce, propre ?
MartinOui, parce que c'est dans le nord, mais il y a quand même beaucoup de distance. On va dire que c'était dans cette région-là, c'était à vol d'oiseau, c'était à 500 kilomètres. Jusqu'au bout, j'ai eu de l'eau claire. Pour ça, pour récupérer l'eau, les crocodiles étaient en danger. Il ne fallait jamais prendre la confiance. Après, c'était pour traverser du cours d'eau. Forcément, il y a beaucoup de cours d'eau. Lors des traversées, il faut vraiment... pas déconner parce que ça peut être très dangereux. Là, c'est pas par chance, mais j'y vais dans le bouche depuis déjà 4 mois et demi, 5 mois. Donc, je ne sais pas comment expliquer, mais j'arrivais bien à... Plus rien ne m'était étranger, et comme je longeais les cours d'eau, je vivais au bord de ces cours d'eau, donc j'arrivais à voir quelle espèce de crocodile il y avait, parce qu'il y a deux espèces de crocodiles, le crocodile marin qui lui est potentiellement mangeur d'hommes, et après il y a le crocodile de John Stone, qui est un plus petit crocodile, qui lui est uniquement un féodé à l'eau douce, et qui peut occasionner des blessures, mais il n'attaque pas, il est Il est plus petit. Voilà, il ne faut pas le provoquer. Mais en tout cas, il n'y a pas de danger comme un crocodile
Loïcmarin.
MartinEt du coup, j'arrivais à voir quelle espèce de crocodile il y avait. J'arrivais à voir... Du coup, pour traverser les cours d'eau, les endroits les moins profonds, comme j'étais souvent en surplomb, je voyais les crocodiles au fond. Je pouvais leur balancer des trucs ou faire
Loïcdu bruit pour qu'ils s'évadent. Oh, l'horreur ! ok parce que en fait là j'ai une image en tête je sais pas si les crocodiles marins du coup en Australie enfin si c'est une technique propre à tous les crocodiles mais ce qu'on voit dans les reportages animaliers ou leur manière de découper enfin d'arracher des membres pour se nourrir c'est abominable ce truc donc en fait s'il y en a qui n'ont jamais vu ils attrapent une patte un membre enfin peu importe et ils et tu me dis si je me trompe en tant que naturaliste je sais pas si t'as étudié en particulier les crocodiles mais de ce que j'avais vu une fois qu'ils ont attrapé une patte un membre quoi que ce soit ils se mettent à tourner sur eux-mêmes pour tout arracher en fait et pouvoir gober la patte en question
Martinquoi oui alors en fait c'est pour désorienter la proie du coup ils tournent sur eux-mêmes
Loïcah c'est d'abord pour désorienter plus que pour déchiqueter
Martinouais non en fait alors pour déchiqueter donc c'est Tu as raison. Les crocodiles, comme tous les reptiles, ils ne mastiquent pas. Nous, on a des molaires, donc on peut mastiquer. Mais eux, ils avalent tout rond et toutes leurs dents servent à arracher. Du coup, ils tournent sur eux-mêmes, désorienter la proie et la noyer pour ne pas qu'elle s'échappe. Après, souvent, ils la posent à faisander sous un tronc dans l'eau. et puis après du coup la viande devient plus tendre et puis ils peuvent l'arracher plus facilement pour l'avaler tout
Loïcrond ok je pensais que la technique c'était d'arracher en tout avant mais c'est plutôt pour désorienter en tout cas merveilleux si tu te fais attraper
Martinje pense que tu sens pas grand chose ça doit peut-être arriver très vite je sais pas trop je pense que en tout
Loïccas j'imagine que si ouais Enfin, je veux dire, avoir ça en tête, tu vois, en termes de points de vigilance, devoir être vigilant sur un animal comme le crocodile marin que tu vois potentiellement régulièrement si tu suis les cours d'eau et avant chaque traversée d'une rivière, ça doit commencer à peser au bout d'un moment. Oui,
Martinaprès, c'est plutôt l'inverse. C'est ça qui est le piège, c'est qu'on a tendance à prendre la confiance en tant qu'être humain, à se dire, les premiers jours, on est sur le qui-vive, en mode, oh là là, je suis dans la zone au crocodile, il faut vraiment que... je fasse très attention. Et puis, en fait, les jours passent et puis on voit que les crocos s'échappent. On voit que ça va. Et c'est là où il faut garder sa vigilance parce que c'est avec la fatigue, plus de nourriture. Et puis, voilà, ça fait plusieurs mois que je marchais et qu'il faut récupérer l'eau. On a... J'aurais pu me dire, tiens, je vais vite faire récupérer de l'eau rapidement sans faire tout attacher pour... Attacher toutes mes cordes pour... pour ne pas prendre de risques. Et c'est ça qu'il ne faut pas faire. Il ne faut jamais prendre la confiance et jamais se dire que c'est OK, qu'il n'y a pas de danger parce qu'on peut ne pas s'en rendre compte. Après, pour la traversée des cours d'eau, je n'ai jamais pris la confiance lorsque je traversais un cours d'eau. Je savais que c'était dangereux et qu'il fallait vraiment que je fasse très attention.
LoïcParce que, du coup, tu as porté ton pack-raft de Brisbane à Darwin en
Martinpassant par Alice Spring
?
MartinNon, alors, ah oui, ça, mon Packraft, du coup, quand je suis retourné en Australie à Brisbane, je me suis dit, bon, je vais traverser l'Australie, je ne vais pas avoir besoin de Packraft. Je l'ai revendu. Et je l'ai revendu pour acheter, du coup, une sorte de charrette. Parce qu'au début, j'ai utilisé une charrette que j'ai rapidement abandonnée. Mais en fait, c'était pas vraiment une charrette, c'était une une poussette pour enfants, là. Une poussette pour enfants un peu sportive. Je ne sais pas comment... Avec trois roues
Loïc?
MartinOui, voilà, avec trois roues, exactement. Pour trimballer mon eau, puisque tout le monde me disait que j'allais beaucoup, beaucoup manquer d'eau, que ça allait être le point principal. Et du coup, je me suis dit, OK, je prends cette charrette-là pour trimballer de l'eau et puis ma nourriture et puis mon matériel. Mais en fait, très rapidement, cette charrette m'a posé beaucoup de problèmes puisque déjà, j'étais lié copiste. Je ne pouvais pas aller dans le bush. Donc, j'avais les mêmes problématiques qu'en vélo. Et puis, en fait, il y avait eu... des très, très grosses inondations, ce qui arrive assez régulièrement à la fin de l'été dans le Queensland. Mais là, elles étaient vraiment des inondations très, très importantes. Donc, pour traverser les cours d'eau avec une charrette, c'est vraiment galère. Un jour, on m'a prêté un kayak pendant une semaine pour descendre une rivière pendant un peu plus de 200 kilomètres. Enfin, un kayak pour enfants, quoi. et du coup la charrette je pouvais pas la mettre sur le kayak donc j'ai trouvé quelqu'un dans le village qui a pu me redéposer la charrette dans le village d'après où j'allais mais c'était un peu à chaque fois cette charrette me posait des problèmes une autre fois j'ai dû traverser une rivière et j'ai trouvé un abreuvoir à vache en plastique qui était cassé que j'ai pu réparer pour traverser la rivière comme ça mais à chaque fois elle me mettait un peu des Et je trouvais ça ridicule de me trimballer de l'eau et que ce soit cette même eau qui m'empêche d'avancer. Et du coup, j'ai abandonné cette charrette au bout de six semaines pour continuer qu'en sac à dos, loin des pistes, vivre la vie. la liberté absolue dans le bouche et profiter du coup de cette période d'inondation pour traquer mon eau parce que là pour le coup ça devenait beaucoup plus compliqué pour l'eau sans trop de réserve
Loïcvoilà. Parce que tu penses que tu avais, une fois que tu as lâché la poussette charrette tu avais combien sur le dos ? Alors ça
Martinvarie beaucoup puisque sur certaines zones, je pense sur certaines zones je pouvais avoir jusqu'à 30 kilos mais après c'est à relativiser dans le sens où 30 kilos avec plein d'eau donc 10 litres mais 10 litres d'eau en une journée on en consomme 3-4 Donc, ça fait déjà 4 kilos en moins. Après, la nourriture, je mangeais en général peut-être 500 grammes de nourriture par jour quand c'était plutôt OK. 500-600 grammes. Donc, ça descend en fait. C'est 30 kilos, on va dire, le premier jour. Et après, jour après jour, ça redescend, ça redescend, ça redescend. Mais en gros, je sais qu'en poids de base de matériel, j'avais 7,5 kilos. Et après, du coup, il faut compter 10 litres d'eau au max. Et après, entre 10 et... potentiellement
Loïc14-15 kilos de nourriture. Alors, attends, j'ai plein de questions. Le fait que tu sois à pied, forcément, ça a un énorme impact sur la durée puisque tu couvres beaucoup moins de distance, même si tu peux aller sortir des pistes et j'imagine peut-être aller au plus droit à certains moments, mais bon, tu passes quand même beaucoup de temps. Tu disais lâcher la charrette, ça t'a permis de découvrir la vraie liberté dans le bouche, mais je suppose que du coup, ça voulait dire aussi beaucoup plus d'isolement si tu t'éloignais des pistes. Donc, Comment tu as fait ? Parce que 10 litres d'eau, il faut quand même les trouver, 10 litres d'eau propre à la conso. Comment tu faisais pour te ravitailler en eau et en nourriture ?
MartinAlors,
là, c'était le gros souci. Ça a été déjà, dans le premier temps, l'eau. Donc, l'eau, ça a été un combo de plusieurs choses. C'est déjà...
LoïcMerci.
MartinBeaucoup de... Déjà, c'est de l'eau pourrie qu'on trouve dans le désert. C'est souvent de l'eau ensablée, c'est des trous d'eau, c'est des trous de boue. C'est de l'eau stagnante. C'est de l'eau stagnante. C'est vraiment... C'est de l'eau à la boue. Et en plus de ça, forcément, j'avais un filtre à eau, mais le filtre à eau ne fonctionne pas puisqu'il se bouche. Et pour nettoyer, il faut de l'eau. Donc, ça ne fonctionne pas. Donc, il fallait... Du coup, j'utilisais comme des pastilles, des pastilles de bactéricides, virucides, ce qui rend l'eau potable, mais ça n'enlève pas la boue.
LoïcEt puis ça lui donne un goût infect, surtout. Moi, celle que j'ai utilisée, je ne sais pas si c'est toutes les pastilles comme ça, mais j'ai toujours trouvé que ça donnait un goût métallique hyper bizarre à
Martinl'eau. Oui, oui. Après, tant que l'eau était bonne pour moi, bonne à la consommation, je sentais bien que le goût n'était pas incroyable, mais bon, c'était... Pour cuisiner, du coup, j'avais de la soupe avec des plaques de boue qui remontaient dedans, donc j'essayais de virer un peu à la cuillère, mais il y avait toujours... Je sentais que je mangeais vraiment purement de la boue, parce que des fois, c'était de l'eau à presser, en fait, issue d'une flaque, mais une flaque avec très peu de... très peu d'eau dedans, donc il fallait presser la boue. Après, il y a eu plus plusieurs fois où en fait en Australie sur certaines zones que je traversais c'est des immenses zones de fermes qui peuvent faire la taille de pays il y avait une ferme que j'ai traversée qui faisait la taille de la Belgique ou quasiment de la Belgique quelque chose comme ça une ferme et là-bas c'est commun que les fermes soient immenses et en fait du coup il y a des vaches et du coup les vaches ont besoin d'eau et du coup elles se rassemblent sur des petites flaques du coup elles marchent dedans elles chient dedans etc et du coup moi aussi j'étais lié à ces points d'eau là et du coup je me rappelle avoir bu de la bouse de vache pressée parce que avec le goût de la le goût du foin digéré quoi après ça devait être riche en plein de choses mais probablement mais il y avait un goût qui était vraiment j'avais vraiment l'impression de boire du caca quoi c'était mais j'ai pas mais paradoxalement j'étais heureux en fait j'étais très soulagé de trouver cette eau puisque j'avais un peu en fait j'avais peur j'avais cette épée de Damoclès en mode si tu trouves pas d'eau ton projet il va très vite s'arrêter et j'avais j'avais
Loïcpeur même une eau pourrie
Martinplus que le projet ouais oui après pour je pense pas que j'aurais pu faillir mourir puisque j'avais une balise de détresse quand même ok je pense que Comme la mort par déshydratation n'arrive pas instantanément, ce n'est pas comme un accident rapide, comme une attaque de crocodile. Je pense que j'aurais pu voir les choses venir et j'aurais pu déclencher ma balise et potentiellement être secouru. Sur ça, j'avais quand même la sensation de vivre cette aventure en filet de sécurité, à ce niveau-là, je pense. c'est
Loïcvraiment extrême ce que tu es en train de décrire sur l'eau moi qui suis un peu un flippé de l'eau maintenant je le fais moins mais même avant une sortie vélo de quelques heures ça me mettait un peu en panique de ne pas savoir où j'allais trouver de l'eau en
MartinFrance le manque d'eau pour le corps c'est traumatisant mais ce qui était intéressant c'est que du coup comme j'avais cette pression là, j'étais très très attentif à mon environnement. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai fait cette traversée sans téléphone. J'avais laissé mon téléphone à Brisbane, qu'on m'a renvoyé une fois que je suis arrivé à Darwin. Et en fait, comme ça, je n'avais pas l'occasion d'écouter de musique, de podcast ou quoi que ce soit. Et en fait, ça m'a beaucoup servi puisque des fois, c'était très fugace mais il y avait des petits oiseaux au bec rouge qui s'appellent des diamants australiens et en fait dès que eux je les voyais ils me survolaient c'était des petits bancs de 4-5 oiseaux et là je me disais ah là il y a de l'eau quelque part à quelques kilomètres aux alentours de moi donc ce que je faisais dès que j'entendais ces oiseaux que je les voyais passer j'essayais de trouver un endroit en surplomb mettons une dune ou n'importe quoi et avec mes jumelles je scrutais aux alentours pour essayer de voir quelque chose de bizarre dans le paysage mettons un petit peu plus de végétation ou un petit repli ou n'importe quoi qui pouvait donner signe d'eau et ces oiseaux là m'ont vraiment beaucoup beaucoup aidé dans la région du nord du Simpson du désert de Simpson parce que vraiment c'était une indication vraiment ça faisait mouche à chaque fois sur chaque point d'eau j'en voyais sur le bord en train de batifoler faire leur truc d'oiseau et après quand ils me survolaient c'était vraiment une grosse indication les dingo des fois je voyais des dingo mais je J'imagine qu'ils font trop de distance, ce n'était pas forcément une grosse source d'impact. Les zingos, c'est des genres de coyotes, c'est ça
Loïc?
MartinOui, c'est les chiens sauvages qui ont été apportés par les premiers aborigènes, qui sont des animaux féraux, qui ont retrouvé leur statut libre. Mais eux, souvent, étaient... était au point d'eau parce que du coup dès que je trouvais un point d'eau j'essayais de le rentabiliser au maximum c'est à dire même s'il était que 16-17 heures et que je pouvais marcher encore 2 heures en fait je dormais au point d'eau comme ça j'avais eau illimitée pour le soir eau illimitée pour le lendemain matin et je repartais full en
Loïceau
Martinalors que si je pars je récupère mon eau et je pars bah en fait le soir je vais consommer de l'eau le lendemain aussi et ça va être donc il fallait vraiment être stressé stratégique à ce niveau-là. C'était un combo de plusieurs choses, comme une sorte d'équation avec mes cartes. Ce sont des cartes pas du tout précises. Ce n'est pas de bêtise, c'était du 1,250 millième. Les indications
Loïcsont pauvres. S'il y en a qui ne s'en parlent pas, les cartes de randonnée classique IGN Topo 25, c'est 1,25 mille. C'est une carte routière limitée.
MartinC'était une carte routière. On ne voit pas grand-chose. Ça dégrossit et ça peut donner des indications sur potentiellement des cours d'eau temporaires qui se forment ou pas. Après, quand on s'éloigne vraiment des pistes, il n'y a plus d'indications. Sur le terrain, en avançant, on apprend beaucoup comment Je vivais dans la nature et du coup, j'ai beaucoup appris au fur et à mesure. C'est pour ça qu'au début, ce n'était pas plus mal d'avoir la charrette parce que j'ai pu un peu appréhender tout cet environnement, me quitter la civilisation petit à petit et puis apprendre sur mon chemin. Je me suis endurci au fil des kilomètres et j'ai appris à vivre dans cet environnement qui finalement n'était pas... que je n'ai pas du tout ressenti comme hostile sous certaines conditions qui étaient... savoir trouver son eau pas prendre de risques ne pas hésiter mettons à faire des crochets pour aller chercher son eau sur son cap et puis se protéger du soleil évidemment le soleil était la plus grosse source de danger je pense c'est même sûr parce que là une insolation c'est bête une insolation mais ça aurait été ça aurait mis fin au projet aussi donc Voilà.
LoïcEt question très pragmatique, tes pastilles, ça ne t'a pas causé de complications parce que tu en as utilisé du début à la fin quasiment de cette traversée pendant plusieurs mois ? Oui, oui, oui. Et pas de problèmes rénaux ou ce genre de
Martinchoses
Loïc?
MartinAlors, non. En fait, les problèmes rénaux, les problèmes
Loïcliés à l'os... Oui, c'était peut-être plus lié à la bouse de vache que
Martintu buvais, quoi. Non, même pas. La bouse de vache, c'était OK parce que c'était C'était de l'eau pure. Enfin, c'était de l'eau claire. Mais en fait, en Australie, il y a des couches de sel qui sont sous le... qui sont dans le sol. Et en fait, la pyro que je pouvais avoir, ce n'était pas l'eau à la boue, ce n'était pas l'eau au sable, ce n'était pas l'eau à la bouse de vache. C'était de l'eau qui était claire, mais qui était imbibée de... Comment on appelle ça
Loïc?
MartinDe minéraux. Donc, je crois que c'est sodium, potassium, tout ça. Et en fait, qui était comme salé. C'était pas vraiment le goût de l'eau de mer, mais c'était... Et ça, vraiment, pas... Dans
Loïcle nord du désert de Simpson, je voyais des lacs qui s'appellent Salt Lake. Je me disais, c'est quand même bizarre. Comment ça se fait qu'il y a plusieurs petits lacs qui s'appellent Salt Lake ou Salt Creek au beau milieu de l'Australie ? J'imagine que c'est lié à ce que tu dis. C'est exactement
Martinça. Ça, ça a été un gros souci. Et pour la nourriture
?
MartinAlors, pour la nourriture, du coup, il y a eu... Pour les ravitaillements, j'avais trois endroits. donc il y avait soit les villages classiques soit les communautés aborigènes soit les du coup les fameuses fermes qui sont au milieu de nulle part il y a ce qui s'appelle c'est la ouais c'est une station quoi c'est ils sont les gens qui y travaillent sont basés là donc c'est une petite maison au milieu de nulle part et du coup je pouvais passer par là pour me ravitailler et du coup c'était des choses extrêmement simples comme le mieux c'était la farine en fait c'est extrêmement extrêmement compacte. Je prenais deux packs de 2 kilos. Et avec ça, on peut tenir pendant plusieurs semaines pour me faire du coup... Et puis, ça ne consommait pas beaucoup d'eau. En fond d'eau, je mettais un petit peu de bouillon de cube que je mélangeais avec l'eau. Et après, je rajoutais la farine et ça me faisait un petit comme un pain que je mettais au feu, que je faisais cuire au feu. Après, j'avais beaucoup de café soluble et lait en poudre. Et du sucre
Loïc?
MartinComme ça, le café, c'était super. J'avais flocons d'avoine. Flocons d'avoine, ça ne nécessitait pas d'eau. Flocons d'avoine, sucre, lait en poudre. Ça faisait une espèce de bar que je mangeais. C'était un peu pâteux, mais ça m'apportait beaucoup d'énergie. Après, j'avais des pâtes, des spaghettis. Souvent, ça, je trouvais des spaghettis 3 minutes ou des noodles. Donc ça, c'était sous condition que j'avais de l'eau, soit que je dormais en point d'eau, soit que j'étais large en eau pour pouvoir... Parce que bon, ne pas manger, c'est OK, ça affaiblit, mais je préférais ne pas manger que ne pas boire. On ne peut pas négocier avec le fait de ne pas boire. Donc, c'était... J'ajustais. Après, il y a eu des moments, mais... Ça, je ne sais pas trop... Ça me déprimait beaucoup. J'avais un lance-pierre pour les situations où je me retrouvais à avoir vraiment très faim et j'ai dû chasser quelques fois pour manger des perruches. Mais en fait, c'est quelque chose qui... En fait, qui me minait le moral. J'avais vraiment l'impression de... Déjà, je vivais seul dans ces endroits-là. Et les seuls êtres vivants que je croisais, je les tuais. J'avais l'impression que... C'était quelque chose qui ne me mettait pas bien. Et du coup, je n'ai pas... Et puis, il y a d'autres animaux que je n'ai jamais réussi à tuer. Je les ai attrapés, les bogonas, les lézards australiens. Mais je me disais, tiens, si tu ne le manges pas, est-ce que tu vas vraiment mourir
Loïc?
MartinEt la réponse était toujours non, je ne vais pas mourir. Je vais juste continuer à avoir super faim. Et je voyais la tête de ces lézards et je les laissais s'échapper. Et après, les perruches, c'est extrêmement difficile de chasser au lance-pierre. Il faut être à droit. C'est toujours la même chose. Il fallait que je me pose à un point d'eau Souvent, les oiseaux viennent. Du coup, je tirais à plusieurs reprises en les manquant. Et puis, à un moment, à force qu'ils reviennent, je les touchais. Forcément, ils ne meurent pas sur le coup. Je ne suis pas chasseur, donc c'est un peu horrible à faire. Ils tombent, ils piaillent. Il faut leur mettre un coup de bâton sur la tête et les cuisiner. À chaque fois, j'étais tout seul et tout. ça me mettait vraiment mal et j'ai fini par arrêter parce que ce n'était pas comme ça que je voyais l'aventure. Donc, j'ai un peu arrêté.
LoïcTu n'as pas tenté sur les
Martinbuffles
Loïc?
MartinNon. Il m'aurait fallu un sacré fusil pour les buffles. J'aurais eu à manger
Loïcpendant
Martinun moment.
LoïcUn lance-pierre géant. Ok. Alors attends, plusieurs questions pour toi. La première, tu as évoqué rapidement les villages, les communautés aborigènes.
Comment ça se passe ? Là aussi, j'ai lu des récits, j'ai cru comprendre, je suppose que ce n'est pas toutes les communautés, mais il y a quand même une notion très importante de territoire et que, en tout cas pour certaines communautés, il faut leur aval avant de pouvoir traverser C'est un lieu chargé d'histoire, et pas que d'histoire d'ailleurs, où il y a une très forte valeur spirituelle. Toi, ça a été le cas. Ça a été quoi ton expérience au contact des aborigènes en Australie ? En fait,
Martindans l'état du territoire du Nord, c'est principalement des territoires aborigènes. Parce que du coup, en Australie, tu as les zones de fermes qui sont immenses, tu as les zones de parcs nationaux et tu as les territoires aborigènes. Et dans l'État, le territoire du Nord, c'est principalement ça. Et du coup, oui, tu as raison, il faut des permis pour rentrer dans les communautés et pour traverser ces territoires-là. Donc, bon, moi, je n'avais pas de permis. En fait, les permis, c'est... c'est lié aux voitures il faut avoir une voiture avec des dates d'entrée des dates de sortie des immatriculations des choses comme ça et moi j'arrivais à pied donc je m'étais renseigné sur tout ça à Brisbane et j'en avais conclu que en fait j'en sais rien quand est-ce que je vais arriver tout ça est trop complexe pour ma situation et du coup et du coup moi j'arrivais comme ça et j'ai été toujours accueilli d'une manière exceptionnelle j'ai été accueilli en fait j'ai été accueilli en héros et ça c'était c'était magique puisque en fait les communautés il n'y a pas énormément de monde donc l'information tournait rapidement et à deux reprises en deux communautés il y a le old man donc on va dire le boss quoi et c'est quelqu'un de très comment dire cliché genre très très ancien avec ses longs cheveux blancs et sa longue barbe et qui se déplace à 0,5 km par heure et qui venait me saluer et qui me disait je suis très surpris que tu aies traversé le désert de Tanami comme ça et qui en fait qui me il n'y avait pas du tout cette question de est-ce que j'avais le droit est-ce que j'avais pas le droit est-ce que t'as ton permis ou quoi c'était genre en mode waouh de là où tu viens c'est félicitations je suis surpris etc et ça dans toutes les communautés par lesquelles je suis passé. Mon permis, c'était d'arriver à pied, de les surprendre. Sur ça, c'était trop bien. Et après, dans les communautés, c'est lunaire. C'est un autre monde.
Loïcc'est ouais comment ils vivent est-ce qu'ils vivent vraiment ça ressemble à quoi je suis ultra curieux parce que tu sais jamais j'ai jamais fait ces rencontres là mais quand tu lis des articles ou que tu vois certains reportages c'est toujours difficile de vraiment comprendre tu vois objectivement quelle est la situation est-ce qu'ils vivent vraiment dans leur culture qu'ils font vivre qu'ils préservent ou est-ce que tu as tu vois la entre guillemets la pseudo modernité qui vient quand même un peu pourrir le tout parce qu'il y a de l'alcool qui arrive là il y a tu vois les internet, etc. Je suis assez curieux de savoir à quoi ça ressemblait ce que tu as
Martinvu. Déjà, ce que je vais dire, c'est à prendre avec des pincettes parce que je ne suis pas resté longtemps dans les communautés. C'était, on va dire, un échange de bons procédés. Moi, je venais pour me ravitailler en nourriture et je repartais. Donc, ça a été très succinct ce que j'ai vu. Donc, moi, je suis passé, la première communauté par laquelle je suis passé, c'est avec une communauté de Yandoumou. Donc, une grosse communauté où il y a la tribu des Walpiris. Et du coup, c'est... C'est comme un petit village de maisons en tôle préfabriquée, un petit peu... Enfin, au milieu du désert, quoi. Et du coup, l'ambiance est assez particulière. Et... L'alcool, en fait, est interdit sur place. Après, il y a d'autres communautés où j'ai pu boire avec eux ou fumer aussi dans un petit endroit aussi. Ils sont pas mal fumeurs aussi. En fait, oui, il y a les vices occidentaux qui les touchent de plein fouet. Vraiment, ça, c'est ce que j'ai senti. Après, Après, je ne sais pas trop... Ouais, trop quoi en dire puisque je n'ai pas été très très longtemps avec eux. Je me rappelle juste avoir passé des super moments extrêmement simples. Il y a eu une communauté où... Enfin, ce n'était même pas une communauté, elle n'était pas sur les cartes. C'était en fait une ancienne station, une ancienne ferme où il y avait 10 aborigènes qui y vivaient puisqu'ils avaient été exclus de leur communauté puisqu'ils étaient... alcooliques ou toxicomanes. Et chez eux, en fait, on a bien rigolé, parce qu'on a mis une grosse marmite dans le feu, on a fumé leur herbe toute la soirée, et on a fait un gros repas comme ça. Mais bon, c'était très... très simple, quoi. On ne parlait pas... Moi, je ne suis pas anthropologue, donc je ne sais pas que ça ne m'intéressait pas leur culture ou poser trop de questions, mais on parlait d'autres choses plus simples. On pouvait parler aussi d'animaux, on parlait de la vie sur place, des choses pas plus... plus simple. Après, à Yandoumou, il est arrivé un truc assez fou à Yandoumou, c'est que c'était la première vraie communauté par laquelle je passais et qui est réputée un peu comme très dangereuse parce que souvent, il y a des faits divers sur place, il y a des bagarres interfamilles et du coup... il y a souvent des accidents qui se battent en fait entre eux et du coup quand j'étais à Alice Springs on m'a dit oula tu vas à Yandoumou c'est chaud mais va voir Wendy Wendy elle est cool du coup je garde ce prénom en tête donc je quitte Alice Springs et 18 jours plus tard j'arrive à Yandoumou Et je me mets à chercher Wendy, donc je demande à un gars dans la communauté, il me dit « Wendy est dans le bouche ». Je me dis « Ok, qu'est-ce que fait Wendy dans le bouche
Loïc?
Martin» Je ne sais pas. Et il me montre où c'est qu'elle habite, je vais quand même toquer chez elle, et je rencontre son mari, qui est très sympa, avec qui je discute… toute la fin d'après-midi, toute l'après-midi, et puis il est 18, 19, 20h, il fait nuit, et Wendy ne revient pas. Et là, il dit, bon, elle est coincée dans le bouche, elle est... Elle avait pris la voiture, et il disait, elle s'est bloquée dans... Elle s'est bloquée sur... Elle s'est bloquée dans le bouche, elle s'est embourbée sur un site sacré. Donc là, il y a leur fils qui sort de nulle part que j'avais pas vu de l'après-midi mais qui avait une cinquantaine d'années et qui dit bon allez on va chercher maman donc on prend une voiture douteuse comme c'est pas permis et on va chercher leur mère enfin on va chercher la mère du gars et du coup la femme sa femme et donc là il n'y a pas beaucoup de pistes mais à chaque intersection de pistes du coup ils mettaient les phares les phares en grand il sortait de la voiture son fils et il regardait les traces de pneus de de sa mère et c'était quelque chose de commun en fait de connaître les traces de pneus des gens de sa famille parce que c'est commun en fait de se perdre dans le bouche donc à chaque intersection il sortait il regardait il dit elle est partie par là elle est partie par là elle est partie par là donc les pistes étaient de plus en plus petites et et après il n'y avait plus de pistes il y avait c'était genre dans le bouche et il a retrouvé sa mère comme ça Mais on a fait une heure et demie de route, donc sans borne, et il a retrouvé sa mère comme ça. Sur un site sacré pour femmes. Elle était avec quatre autres aborigènes. Du coup, je me suis retrouvé, il était 23h30, sur un site sacré aborigène pour femmes, en pleine nuit. Ils m'ont vu arriver, ils
Loïcont halluciné. Qu'est-ce qu'il fout là ?
MartinEt moi, j'étais là, bon, salut Wendy, je suis Martin, on va parler de toi. On désembourbe la voiture et à la fin, genre, c'était une situation un peu à dormir
Loïcdebout, quoi. Oh là là, ok. Et au final, Yandoumou, c'est comme ça que tu le prononces ? Je suis dessus sur la carte. T'as eu, oui, qui a l'air quand même d'être une grosse communauté. Il y a une piste pour avion qui est bétonnée, il y a visiblement un espèce de champ de panneaux solaires un peu plus au nord et peut-être une cinquantaine de maisons ?
MartinOui,
Loïcpeut-être quelque chose comme ça. Et ça a été au final, au-delà de cette arrivée, j'avoue, assez inhabituelle, tu as eu des problèmes, non ? Tu as trouvé des gens tout à fait accueillants ?
MartinOui, bien sûr, super sympa
Loïc!
MartinEt puis, pas mal de données d'indications pour traverser le Tanami, les potentiels points d'eau, etc. Donc, c'était top.
LoïcUn peu plus tôt, tu évoquais les animaux, le fait que ces petits oiseaux te servaient de point de repère pour trouver les points d'eau. Je t'avais posé la question, je crois, en Nouvelle-Zélande sur les rencontres avec la faune qui t'avait le plus marqué. Là, en Australie, tu dirais que ça a été quoi ? Soit des espèces complètement inattendues, soit au contraire, parce que tu en as parlé un peu rapidement, mais j'ai souvenir aussi que tu... dans tout ton périple, tu te servais aussi de ce voyage pour aller à la rencontre d'espèces qui, toi, t'intéressaient. Donc, je serais curieux de savoir, tu vois, soit des rencontres déclenchées, soit des rencontres complètement fortuites que tu as pu faire qui t'ont vraiment marqué.
Eh bien, c'est une bonne question. En fait, il y a eu... Pendant cette traversée, en fait, il y a eu un moment où, après les premières semaines... Tu sais, les animaux nécessitent qu'on les cherche, qu'on prospecte. Et souvent, en Australie, ça se fait beaucoup de nuit. Et en fait, là, lors de cette traversée, j'étais tellement, comment dire, un peu épuisé. J'ai vraiment tapé dans... dans mes ressources. J'allais au plus profond de ce que j'avais à donner et du coup, je n'avais pas l'énergie nécessaire j'avais pas la force la nuit d'aller prospecter il fallait que je dorme j'étais vraiment très concentré sur la traversée et pas sur la recherche en fait d'animaux après il y a des choses qui m'ont régalé à voir déjà les deux espèces de crocodiles c'est super vivre avec les dingo tu vois les dingo me suivaient et puis on avait un peu la même écologie on restait proche des points d'eau vivre vivre avec ces dingos-là, c'était super. Les émeux aussi, c'est des animaux qui me font beaucoup trop rire, ces espèces de grosses autruches avec les yeux rouges, je les ai adorés. Après, il y a eu pas mal d'espèces de serpents qui ont été... sympa à observer. Les serpents à ventre rouge au début du périple. Après, il y a eu le serpent brun. Il y a des grenouilles dans le désert
Loïc?
MartinIl y a des grenouilles qui sortent qu'à certaines périodes de l'année, quand il pleut. Juste avant de rentrer dans le désert, dans une zone semi-désertique, j'ai rencontré la crucifixion Crucifix Spadefug Frog. Je ne sais pas si tu peux la taper sur Internet. Elle, pour le coup, m'a bien marqué Crucifix Spadefug Frog. Je vais essayer de retrouver son nom scientifique parce qu'elle, c'est vraiment un animal particulier.
LoïcAh oui, Nota
MartinDen Benetti. Oui, on dirait une boule un peu...
LoïcUne boule de pâte à modeler mi-cuite dans le four qui est un peu cramée. C'est
Martinça. Et celle-ci, je l'ai trouvée et elle sort que quand il y a eu des fortes pluies. Une fois que j'avais posé mon kayak, une fois que j'avais fini ma partie avec mon kayak et que j'étais reparti à pied, il y en avait pas mal qui étaient sortis et ça, c'était une super observation.
LoïcJe suis sûr, j'en avais déjà parlé au premier épisode de ton compte Instagram, que je trouvais... Les photos sont absolument hallucinantes. Tu disais très humblement que c'était juste des portraits animaliers. Moi, je trouve qu'ils sont complètement folles. Il y en a qui ils sont assez rigolotes. Tu as photographié une grenouille, alors je ne sais pas, oui, si c'était en Australie, une grenouille qui a une queue de scorpion qui sort de la gueule, qu'elle vient de croquer. Assez étonnant. Et tu as des photos d'araignées dignes du Seigneur des Anneaux. Il y en a une en particulier, on est d'accord, elle a genre 200 petits sur le dos.
MartinOui, voilà. Elle a ses gamins sur le dos. Elle les trimballait.
LoïcÇa, c'est trop...
Martinparce que du coup ça c'est des photos qui sont issues de ma première année en Australie puisque là la deuxième je considérais que je ne pouvais pas en fait j'ai revendu mon appareil photo parce que je ne pouvais pas le trimballer je me disais que c'était mieux de se trimballer 2 kilos d'eau que 2 kilos d'appareil photo ok
Loïcdonc tu n'avais pas de téléphone pas d'appareil photo juste ta balise GPS en appareil électronique et basta
Martinet j'avais une GoPro du coup J'avais une GoPro et j'avais une liseuse. J'ai lu pas mal de bouquins.
Loïcouais ok donc assez peu de choses
Martinfinalement ouais c'était assez rustique mais c'est ce que je cherchais aussi une certaine rusticité dans ce voyage quoi un petit peu faire au plus simple
Loïct'avais une lampe frontale quand même ou de quoi t'expliquer ? ah oui oui j'avais la frontale aussi ok waouh ok dernière question sur l'Australie et j'imagine que la réponse va être longue parce que ça a été in fine combien de temps de traversée de Brisbane
à Darwin ? 6
Martinmois. Je suis parti le 11 mars et je suis arrivé le 12 septembre à Darwin.
LoïcIncroyable. Ça a été quoi les différents paysages par lesquels tu es passé ? Le désert, je pense que le bouche, ça parlera à peu près à tout le monde, mais je serais quand même curieux que tu nous le décrives avec tes
Martintermes. Alors, il y a eu au tout début, en fait, entre Brisbane et la Cordillère australienne, c'est une chaîne de montagne à l'est de l'Australie, où là, c'est... Oui, c'est très... En plus, comme il y avait eu un cyclone juste avant que je parte, il y a eu beaucoup d'eau, donc c'était très verdoyant. C'était... C'est une zone subtropicale, mais très, très verdoyante, très liée aussi au climat océanique. Après, une fois que j'ai passé la cordillère, donc très rapidement la cordillère, je l'ai passée au bout de la première semaine, et là, petit à petit, en fait, on... On s'enfonce de plus en plus dans le désert. Donc, le paysage devient de plus en plus aride, la végétation se fait de plus en plus rare et la terre devient de plus en plus rouge, en fait. Et donc, ça, ça se fait... petit à petit et au centre de l'Australie il y a un milieu déjà les déserts sont assez particuliers il y en a différents le premier que j'ai traversé c'est le Sturstony Desert et là c'est beaucoup de plaines rocailleuses très rares pas de végétation ou très peu des petits buissons à droite à gauche des plaines de rocailles après le Simpson c'est des dunes donc là c'est magnifique parce que c'est des immenses dunes rouges et entre chaque dune il y a un milieu naturel différent ça peut être encore de la plaine rocailleuse ou ça peut être de la zone humide ça peut être même des petites zones de bosquets ça peut être des zones à spinifex chaque c'était très très varié et Et ensuite, au centre de l'Australie, il y a la chaîne des McDowell, qui est une grosse chaîne de montagne dans le centre, qui ne monte pas très haut, je ne me rappelle plus très bien. Je crois que le sommet, je suis passé au pied du sommet, c'était 1800, je crois, ou 1900. Mais là, ça fait encore un milieu totalement différent de montagne australienne, en fait. Mais toujours très rouge, c'est ça
Loïc?
MartinToujours très rouge. Et puis... Ouais, une végétation qui change, quoi. C'est un peu plus arboré. Et puis là, il faisait bien froid, quand même. Parce que du coup, j'étais en plein hiver. Et du coup, bah... Le climat désertique en hiver, tu vois, il faisait moins de la nuit. Oui, quand même. Là, il faisait plutôt froid et chaud la journée. Après, le désert de Tanami, c'était un désert... Il était un peu redondant, celui-là. Un désert de... Mouais
Loïc!
Martinune végétation, je ne saurais pas trop dire, une végétation rase, beaucoup de termitières. Et après, la dernière zone, c'est la zone subtropicale de l'extrême nord, qui est beaucoup irriguée par des rivières. Donc là, c'est plus forestier, plus que ce que j'avais connu au début, mais dans le nord, avec des crocodiles dans
les rivières.
LoïcIncroyable, cette traversée de l'Australie sur six mois du coup. Tu dirais que tu as appris quoi sur cette traversée-là en particulier ?
MartinÀ
Loïcpropos de... En fait, tu vois que ce soit des choses toutes bêtes, mais tu t'expliquais ce que tu as appris, ce que tu as commencé à mettre en place avec ta gourde, le fait d'observer les oiseaux. Est-ce que tu dirais qu'il y a un peu un fil rouge comme ça, ou en tout cas une constante en termes d'apprentissage ? Est-ce que c'était beaucoup de choses autour de trouver de l'eau, filtrer de l'eau, s'orienter ? Ou est-ce que ça a été par rapport plutôt à la solitude ?
MartinJe pense qu'en fait, j'ai appris à... En fait, j'ai appris à vivre dans le bouche et à y vivre plus ou moins confortablement dans le sens où quand je suis arrivé au début, quand j'ai commencé ma traversée, j'étais avec ma charrette, je n'étais pas trop en confiance, je ne savais pas trop... jamais j'aurais pu imaginer que j'allais pouvoir survivre avec du coup avec un petit sac à dos de 45 litres pour et de survivre pendant plusieurs mois dans des dans ces zones là et du coup ouais après J'ai appris à vivre dans le bouche de manière pas trop mal, ni confortable, ni inconfortable, à apprécier ce qu'il me donnait et surtout à trouver les choses qui me permettaient d'y vivre. J'ai appris beaucoup aussi à... comment dire, un peu comme ce dont j'avais parlé dans l'ancien épisode en Nouvelle-Zélande, c'est un espèce de rentrée dans un espèce de flot de... La nature t'amène quelque part et genre, t'y vas, faut se laisser porter un petit peu dans le sens où... Ouais, il faut pas aller à contre-courant, quoi. Voilà.
LoïcC'est...
Martinet puis d'être dans un milieu d'être dans un endroit pendant très longtemps nous permet d'y être adapté. Je n'aurais jamais pu traverser l'extrême nord de l'Australie avec tous les potentiels dangers qu'il y avait. Dès ma première semaine ou dès mon premier mois, il m'a fallu quatre ou cinq mois dans le bouche à rouler ma bosse avant d'arriver là et d'être à l'aise et d'arriver un peu à profiter et de ne pas me mettre en... trop en danger c'était vraiment j'ai appris l'adaptation l'être humain s'adapte s'adapte étonnamment bien
LoïcVous avez rééchangé avec Rémi depuis que tu as fait ta traversée ?
MartinNon, même pas. Il faudrait que je le rappelle. Il faudrait que s'il écoute cet épisode, ce serait cool de se rediscuter.
LoïcJe l'enverrai. Ultra intéressant. Donc, arrivé à Darwin, tu as perdu du poids. Alors, c'est une question ultra détail, mais je suis quand même curieux parce que pendant six mois, ce que tu racontes, c'est que tu as quand même, j'ai l'impression que tu as eu faim assez souvent. t'as bu de l'eau certes qui était propre à la conso mais bon plus souvent de la boue à l'eau qu'autre chose de ce que tu expliques aussi donc physiquement et mentalement d'ailleurs à la fin de cette traversée t'es dans quel état ?
Martinje suis physiquement je fais 53 kilos donc j'ai j'ai perdu 11 kilos après ça je m'étais reposé deux jours après être arrivé donc probablement que j'étais un peu plus... J'étais un peu... j'étais affaibli je me sentais bien sur les dernières semaines c'était vertige constant ah oui ouais sur vraiment les derniers moments j'avais plus en fait j'avais que de la farine donc parce qu'il y a eu un moment où j'ai pas trop pu me ravitailler en fait il y a une station une ferme sur laquelle je comptais pour me ravitailler Et je n'ai pas été très bien accueilli. Je n'ai pas pu me ravitailler tant que ça. Après, j'étais reparti pour plus d'une semaine ou dix jours sans trop à manger. Je suis arrivé bien affaibli. En fait, psychologiquement... Mon arrivée, en fait, quelques jours avant, j'en profite. Tu sais, dans le dernier épisode, on parlait de mes grands-parents qui m'avaient inspiré du voyage. Et ma grand-mère est décédée, en fait, quelques jours avant mon arrivée. Ma mère m'a envoyé un message satellite pour m'en informer. Et du coup, j'avais envie de... Ce qui était dur, c'est que je ne pouvais pas participer à l'enterrement. J'étais trop loin et du coup mon but c'était d'arriver assez rapidement à Darwin trouver une librairie écrire en texte pour ces funérailles l'envoyer à ma sœur qui pouvait le lire comme ça je pouvais participer d'une certaine manière à ça et du coup psychologiquement entre ça et puis l'arrivée ça fait très bizarre d'arriver dans une ville après avoir passé autant de temps en nature je me rappelle que le premier soir j'ai voulu dormir dans une auberge de jeunesse et je m'y suis senti très très mal j'ai pas été Et... ça a été un peu trop d'un coup en fait de revoir tant de monde d'autres voyageurs et du coup les nuits qui ont suivi en fait j'ai dormi en fait j'ai dormi sur la plage je traînais un peu pas mal avec les aborigènes dans la rue ils venaient en fait à droite à gauche il y avait des walpiris qui venaient de communautés par lesquelles j'étais passé il y en avait d'autres qui était insulaire. Il y a eu deux ou trois jours où j'étais un peu à la masse, un peu perdu. Je errais un peu. Mais après, petit à petit, c'est allé mieux. J'ai pu... J'ai pu me remettre, mais les premiers jours d'arriver, ça a été un peu un trop gros choc, je pense. Je m'attendais... Parce que d'une heure à une autre, en fait, l'aventure est finie. Oui, oui. Surtout que pour arriver à Darwin, du coup, pour éviter les routes, éviter de faire le maximum de hors-sentier possible, je suis arrivé sur la petite péninsule qu'il y a face à Darwin, donc Mandora. Et du coup, j'ai pris le ferry, un petit ferry qui fait... qui part de cette presqu'île et qui arrive à Darwin. Donc là, vraiment, c'était d'un instant à un autre, je suis arrivé en ville, c'est fini. Je suis allé jusqu'à l'université Charles Darwin pour... Voilà, c'était mon point de... juste en point d'arriver et puis boum bah voilà c'est la fin et là c'est vrai que c'était rude c'était un peu
Loïcrude quoi et est-ce que tu sentais après 6 mois dans le bouche j'imagine que physiquement ton aspect avait dû changer aussi tu sentais que t'attirais les regards ou pas plus que ça ?
Martinoui oui carrément bah ça du bouche et que t'arrives en ville c'est ouais c'est Ouais, ouais. Moi, quelqu'un qui... Parce que du coup, il y a tout qui est... Les chaussures, ça, j'en ai pas parlé, mais tu sais, il n'y a pas de magasin de chaussures. Du coup, j'ai fait 5000 kilomètres et j'ai dû faire avec deux paires et une que j'ai rachetée à... Tu vois, à Lee Springs. Mais du coup, entre Brisbane et Lee Springs, il y avait 3000 bornes. Il a fallu faire avec une paire. Ouais, donc
Loïcj'ose pas imaginer l'état de la paire à
Martinl'arrivée... il n'y a plus de paire j'ai dû les réparer ça m'est réarrivé avec la deuxième paire où j'ai fait 2000 bornes c'est en fait le sou de la chaussure en fait est trop et parce que c'est des chaussures de trail
Loïcah oui d'accord parce qu'au
Martindébut comme je pars de Brisbane en me disant que j'ai une charrette etc donc je ne prends pas des grosses chaussures de rando et du coup j'ai des chaussures de trail donc elles sont explosées je suis obligé de prendre les matelas en mousse alvéolée où je me refabrique la chaussure avec. Parce qu'en jour, je suis à, je me rappelle très bien, 435 kilomètres à vol d'oiseau de Halley Springs et je n'ai plus de chaussure. Je suis dans le bush australien où je marche, je ne sais pas si c'était une racine ou quoi, et ça déchire le dessous de ma chaussure. Et donc, il y a tout qui pique sur le sol. Et du coup, il a fallu refabriquer une chaussure avec ce que j'avais sur moi, c'est-à-dire mon matelas en mousse alvéolée et ça ça m'est arrivé aussi dans la deuxième partie où ce matelas devenait de plus en plus court parce que je réparais je refabriquais des chaussures avec donc quand t'arrives en ville en matelas en tant que chaussure ta chemise délavée au dernier degré tout qui est déchiré
Loïcton teint buriné c'est ça dans le désert, même en hiver, je pense que tu devais être complètement cramé.
MartinC'est ça. C'est sûr que là, j'ai attiré les... Regarde, ce qui était marrant, c'est que du coup, il y a un matin, comme Madégane parlait d'elle-même, il y a des gars qui faisaient, ça arrive souvent, c'est en Australie, qui faisaient un petit déjeuner. C'était le petit déjeuner des hommes de Darwin. Et en fait, il y avait un gars qui tenait une radio, qui faisait un truc de radio et du coup il m'a fait une petite interview pour la radio de Darwin du coup ils m'ont vu arriver ils m'ont dit mais viens et tout et j'ai commencé à ils m'ont dit mais qu'est-ce que tu fais là pourquoi tu ressembles à ça et j'ai expliqué mon histoire et après il m'a dit ah mais tiens ce serait bien que je t'interviewe pour
Loïcla radio etc incroyable c'était drôle ok ouais donc une arrivée forcément qui implique de se réadapter tu passes combien de temps au final à Darwin avant de repartir ? je passe quasiment un mois Et là, tu sens que tu es requinqué au bout d'un mois, tu as repris du poids, tu t'es réacclimaté entre guillemets à la société ?
MartinOui, plus ou moins. En fait, ce qui s'est passé, c'est quand je suis arrivé au bout, avant d'arriver à Darwin, au bout de la péninsule, je suis passé par un petit village et en fait, les gens sur place étaient trop sympas et il y a un gars qui m'a dit « Ah, mais tu peux venir chez moi, tu peux rester dormir chez moi en échange de deux trois bricoles au jardin. Et du coup, je suis allé chez lui et je prenais le ferry tous les jours pour aller au port pour chercher un voilier. Donc ça, ça me permettait d'économiser beaucoup d'argent. Et parce que du coup, quand je me suis déplacé en Australie, je n'ai rien dépensé. Mais quand on est en ville, ça va beaucoup plus vite. Donc là, c'était une occasion aussi de se regarder quinquais, tu vois, de loger dans un lit, d'avoir accès à une cuisine pour pouvoir manger. Et au bout d'un mois, j'étais, oui, physiquement, de toute façon, il suffit de manger un ou deux repas et puis c'est bon, on n'a plus les vertiges, on est bien. J'étais requinquais, je n'allais pas repartir pour six mois dans le bouche, mais j'étais bien, j'étais mieux.
LoïcLa suite
? Parce que ce n'est
Martinpas fini, messieurs, dames. Ça n'est pas fini. La suite, il fallait simplement que je quitte le continent. Donc, au bout de trois semaines, j'ai trouvé un voilier, un capitaine italien qui faisait le tour du monde de Rome et qui avait bien le sang chaud. Et on est allé au Timor-Leste. On est allé au Timor-Leste à... à Dili, à la capitale du Timor-Leste. On a fait quoi
Loïc?
MartinCinq jours de navigation.
LoïcAlors là, je n'y suis jamais allé. Mais quand j'entends Timor-Leste et les récits que j'ai pu en lire, là, pour moi, c'est l'aventure des temps modernes. Je ne sais pas pourquoi. Je me dis, le territoire, c'est complètement improbable de se retrouver au Timor-Leste. Un peu comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou des endroits comme ça. Ah
Martinoui, qui sont méconnus, en fait.
LoïcOui, mais connu, oui. En tout cas, je n'ai pas l'impression qu'il y ait du tourisme de masse là-bas. Pour y aller, il faut vraiment vouloir y aller.
MartinC'est ça. Moi, ça m'a fait trop plaisir. C'était mon premier pays d'Asie. J'y arrivais en voilier et c'était le Timor-Leste. C'était vraiment les coches parfaites de découvrir comme ça. Après, c'était une simple escale. On n'est resté que trois jours parce Parce que le capitaine était tout seul à bord. Et moi, je m'étais engagé pour aller avec lui jusqu'en Indonésie. Donc, on a passé quelques jours au Timor-Leste. Mais je n'ai pas pu traverser le pays. C'était une simple halte. Après, on est reparti. Là, on a eu de nombreux problèmes ensuite en Indonésie. Puisque du coup... on a... remonter la mer de Savoie pour aller... Moi, je voulais m'arrêter à l'île de Flores. Là, pour le coup, c'est l'Indonésie. Et le capitaine voulait aussi s'arrêter à l'île de Flores parce que c'est de là où on peut voir les varans, les dragons de Komodo. Et en fait, on ne s'était pas du tout renseigné sur les modalités d'entrée en Indonésie qui sont plus complexes que dans les autres pays. Et en fait, quand on s'est ancré dans la baie, on est allé à terre, on est allé au bureau d'immigration, et là, l'immigration nous a dit « Vous avez fait une entrée illégale sur le territoire. Ici n'est pas un port officiel. » Donc, ils nous ont confisqué nos
Loïcpasseports.
MartinAh oui, carrément, d'accord. Du coup, on leur a dit « Ok, pas de problème, on va dans un port officiel. » Et ils nous ont dit, non, non, mais là, vous êtes déjà sur le territoire. Donc, ça ne le fait pas du tout. Du coup,
ils nous réclamaient beaucoup d'argent. Il fallait qu'on paye, je ne sais plus combien, mais quelque chose d'aberrant, genre 800 euros chacun pour des sponsors qui nous faisaient les papiers pour pouvoir rester sur le territoire, blablabla. Donc, nous, avec le capitaine, c'était hors de question de céder à ce ce chantage là quoi du coup on est resté une journée entière dans ce truc à essayer de négocier et le capitaine a fait quelque chose de très très malin il a dit ok on va payer du coup les gens à qui on devait payer ça étaient venus sur place c'est une agence de sponsoring c'est assez lugubre comment ça fonctionne mais le capitaine a dit ok on va payer on va aller avec eux mais par contre on ne se déplace pas sans nos passeports et donc là forcément il nous disent, le gars de l'immigration, c'était en jeune, il a une vingtaine d'années, il dit, non, non, non, c'est mort, vous retrouverez vos passeports lorsque vous aurez payé. Et le capitaine dit, non, non, non, c'est mort, donc ça dure encore du temps, et finalement, il craque, on nous rend nos passeports. Et là, le capitaine, il dit, ok, on fuit en Malaisie. Donc là, on va, on sort du truc, on voit les deux gars de l'agence de sponsoring, et on revient, on revient, hop, on monte sur le premier scooter qui nous fait tracer au bateau. On prend le bateau et le capitaine nous dit, allez, on va en Malaisie. Et le truc, c'est que la Malaisie, on ne se rend pas compte, mais c'est super, super loin. J'ai envie
Loïcde
Martinte
Loïcdire, c'est quoi ? 3000
Martinbornes plus loin, non
Loïc?
MartinC'était genre peut-être 15 jours de navigation et vraiment au bout de même pas 24 heures, on se rend compte qu'on n'a pas assez d'eau, pas assez de nourriture, pas assez de gaz. En fait, on n'a rien pour aller en Malaisie. On ne peut pas. On a juste fui. Fui en se disant on va dans un autre pays, on oublie toute cette histoire. Mais en fait, ce n'est pas possible. Techniquement, ce n'est pas possible. On n'a aucune ressource. On n'a pas les ressources. On a juste fui sans... et on s'est dit ok on va dans un port officiel en espérant que les bureaux d'immigration ne soient pas en contact les uns avec les autres. De toute façon, c'est notre seule option là. On ne peut pas retourner au Timor-Leste. Donc, on est allé à Denpasar, du coup, sur l'île de Bali. On s'ancre, on va à terre, on va au bureau d'immigration. Bon, le gars ne nous dit rien de spécial. Il nous dit, par contre, vous êtes ancré où
Loïc?
MartinParce que la douane doit venir sur le bateau. Donc, on montre où c'est qu'on est ancré. Il nous dit, ah non, il faut s'ancrer de l'autre côté de la presqu'île. Et on dit, ok, pas de problème. Nous, on était tellement sous stress qu'il n'y a pas de problème. On retourne au bateau, on fait le tour de la presqu'île et il n'y a pas de problème. Et en fait, on retourne sur le bateau, on essaye de démarrer le bateau, le bateau ne démarre pas. Et on se retrouve bloqué. Donc là, ça prend du temps parce qu'il faut trouver un mécano. Après, le mécano, il vient voir. Après, il manque une pièce. Après, c'est jour de cérémonie. Blablabla. Donc, ça dure... Une semaine. Donc là, en tout, ça fait 13 jours qu'on est sur le territoire indonésien sans visa. En espérant, du coup, nous, on allait à terre pour manger, etc. En espérant ne pas se faire contrôler. Et après, au bout de... Quand le bateau a été réparé, on a pu s'ancrer au bon endroit. on a pu s'ancrer au bon endroit et faire les démarches et c'est passé c'était un autre gars au bureau d'immigration je ne sais pas comment il s'organisait mais ils ont dit vous êtes arrivé quand
Loïc?
Martinon a dit on est arrivé la veille ça faisait quasiment deux semaines qu'on était
Loïcsur le territoire donc une arrivée en Indonésie une fois de plus inhabituelle et sportive ça a été quoi du coup la fin de l'aventure
?
Martinla fin ça a été le 7 novembre 2025 du coup j'ai débarqué à Denpasar et donc au bout des un peu plus de 20 000 kilomètres et un peu plus de deux ans de voyage et c'était je considérais que c'était la fin ouais c'était l'arrivée puisque voilà c'était un nouveau continent je me suis dit que je me suis dit que c'était le moment de rentrer puisque j'avais vu ni famille ni amis de même avant que le projet débute, avec la première année en Australie. Donc, ça faisait trois ans et trois mois. Et je pensais qu'il fallait retrouver comme une forme de normalité, puisque en fait, ça devenait normal de trouver un voilier, d'aller d'une île à une île, de traverser un pays, etc. Et non pas que j'y perdais goût, mais il fallait que je sorte de ma zone de confort. C'est paradoxal de dire ça, mais en essayant de me frotter à la vie à une vie à une vie ouais en en métropole pendant quelques temps avant de repartir pour essayer d'avoir ce contraste, toujours chercher ce contraste pour m'adapter dans une autre jungle qui est la ville finalement.
LoïcEt c'est peut-être là d'ailleurs que tu apprécies tous les bénéfices de l'un et de l'autre de ces deux univers. Parce que tu sors de la ville, j'imagine que tu apprécies énormément tout ce temps que tu as passé en nature et après trois ans en nature, tu as peut-être apprécié retrouver certaines formes de confort, pas avoir à compacter de la boue pour boire de l'eau, de ne plus avoir le goût de la bouche de vache dans ton verre. C'est vrai. Incroyable. Franchement, un immense merci, Martin, pour ce récit complètement hallucinant. Je ne pense pas me tromper en disant que tu es le premier invité que je reçois qui nous fait le récit d'une aventure aussi longue, ou en tout cas où il y a autant de solitude et d'isolement et de débrouille, j'ai envie de dire. Donc, extrêmement intéressant. Donc là, ça fait quoi ? Ça fait six
Martinmois
Loïcque tu es rentré ?
MartinJe suis rentré pour Noël. Je
Loïcsuis rentré pour Noël. Donc, ça fait trois mois. Et là, la sortie de ta zone de confort, pour le moment, ça se passe bien ?
MartinÇa se passe. Il faut lutter.
LoïcIl faut lutter. Ça
Martinça demande du temps c'est comme tout c'est une aventure comme une autre
Loïctu penses qu'il y aura un prochain voyage au long cours sur un autre continent ?
Martinoui j'ai eu mon visa pour le Canada donc je pense que probablement que je réfléchis à traverser le
LoïcCanada alors est-ce que tu as entendu parler de Kim Afez ? ah non pas du tout alors je te recommande absolument la lecture de son livre qui m'affaise je t'enverrai les références c'est K-I-M-H-A-F-E-Z ok qui a écrit qui a écrit qui a écrit alors deux livres mais c'est surtout le premier qu'il faut absolument que tu lises qui s'appelle Oungalak ok je te l'enverrai aussi U-N-G-H-A-L-A-K Oungalak aux éditions de Transboréal c'est un alors c'est un gars qui n'est pas du tout en tout cas que j'ai jamais trouvé sur les réseaux ou qui fait pas d'interview qui est ultra discret qui est un ancien alors qui est un ingénieur passé par la légion étrangère ok et qui a tout arrêté pour devenir aventurier mais aventurier encore une fois tu vois discret ok et qui a traversé les territoires du grand nord canadien en mode débrouille absolue en canot etc et le récit est... hallucinant donc je je te recommande très fortement
Martinah bah carrément en ce moment c'est ça je lis vachement des choses à ce niveau là pour essayer d'anticiper le milieu subarctique
Loïcquoi pour voir à quoi ça ressemble ah bah là vraiment franchement à lire absolument merci bien vraiment ça c'est cool excellent bah écoute ça nous fera un prochain épisode à n'en pas douter merci beaucoup Martin une fois de plus c'était absolument passionnant s'il y a des gens qui veulent entrer en contact avec toi pour te poser des questions, on apprend plus sur la suite, sur ce que tu as fait en Australie, sur creuser certains sujets. Le mieux, c'est quoi ? C'est Instagram ?
MartinOui, je pense
Loïcque c'est le plus simple. Fabuleux. Merci une fois de plus, Martin. Très bonne réacclimatation, si tu es encore dedans. Et à une prochaine pour le récit du Canada. Merci beaucoup, Loïc. Salut, Martin.