SPEAKER_02

Pour la nourriture, bien sûr, j'avais cette sensation de faim, mais atroce. Atroce, pas les premiers jours, mais au bout du dixième jour, je pense que c'est là où j'ai vraiment ressenti la vraie faim, comme je n'avais jamais ressenti. Tu vois, tous les jours, dans notre vie quotidienne, on dit« j'ai faim», mais en fait, ce n'est pas de la vraie faim. La vraie faim, c'est quand vraiment tu as l'impression que ton estomac essaye de se manger lui-même. J'avais vraiment cette impression atroce.

SPEAKER_00

Salut Steve, bienvenue sur le podcast des Frappés.

SPEAKER_02

Salut Loïc, merci

SPEAKER_00

beaucoup, c'est un plaisir d'être là. Je te remercie de te rendre disponible après une journée de boulot, c'est super sympa, on enregistre un peu tard, mais bon, le plaisir de la conversation va compenser l'horreur de la conversation. Super, je suis très content de t'accueillir aujourd'hui, un passion d'échanger avec toi sur, en fait, ce que tu fais. Quand j'ai découvert ton profil, j'ai découvert l'aventurier moderne, j'ai l'impression, quelque part. L'aventurier du XXIe siècle. Donc, j'ai hâte que tu t'expliques un petit peu tout ça aux auditeurs, ce que tu fais, comment tu t'organises et peut-être que tu nous partages un petit peu quelques-uns de tes grands voyages et ce que tu en as retiré. Avec plaisir. Et peut-être que du coup, pour introduire tout ça, je te laisse... te laisse te présenter nous expliquer ce que tu fais qui tu es

SPEAKER_02

ouais avec plaisir alors du coup comment me décrire c'est une bonne question après tu m'expliqueras pourquoi tu as dit aventurier avant tu es moderne c'est la première fois qu'on

SPEAKER_00

va je te

SPEAKER_02

dirais je suis curieux non en fait comment je me décrirais je me disais simplement comme un homme ordinaire avec une vie très ordinaire qui a ressenti un moment de sa vie suite à des certains électrochocs et certains événements comme comme une urgence à vivre, à vivre j'ai envie de dire, comme une sensation de ne pas avoir assez vécu et qui depuis quelques années a fait des aménagements dans sa vie, a libéré du temps pour justement vivre plus intensément et ceci par l'aventure. Voilà comment je me

SPEAKER_00

décrirais. Top. Quand tu parles d'aménagement, comment ça se présente quand tu as aménagé

SPEAKER_02

ta vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Oui, alors en fait j'ai un job de bureau très banal je travaille dans un cabinet de conseil mais maintenant je ne le fais plus que 6 mois par an puisque j'ai libéré 6 mois dans l'année que je consacre entièrement à mes aventures à me former aussi à devenir guide de montagne et également à mes projets d'écriture puisque j'essaie d'écrire de plus en plus d'articles à la fois sur mes aventures et sur celles des autres et avec quelques projets aussi d'écriture de livres donc voilà je consacre 6 mois dans l'année purement et égoïstement à tout ce qui me rend heureux

SPEAKER_00

au contraire c'est génial parce que ça permet qu'on ait cette conversation par exemple et je suis sûr que tu en inspireras beaucoup s'il y en a qui ne t'ont pas encore découvert sur je pense notamment Outside qui est un site que je parcours pas mal et où tu as je crois au moins 3 ou 4 articles en tout cas moi il y en a un celui sur l'Islande tu nous en diras plus je pense plus tard mais qui m'a vraiment bluffé sur le format c'est une vraie invite en voyage et tout ça dans le contexte Covid sans vraiment avoir besoin de gros budgets etc donc c'est en ça pour moi que tu vois quand tu t'es présenté la première fois qu'on a eu notre conversation préenregistrement où je me suis dit l'aventurier des temps modernes parce que t'as d'un côté un job qui moi me parle beaucoup parce que c'est un job par lequel j'ai commencé dans le conseil j'étais à Paris aussi en tout cas moi j'avais pas croisé jusqu'à présent de consultants qui six mois de l'année sont des explorateurs aventuriers et bientôt guides

SPEAKER_02

de haute montagne c'est un mode de vie assez atypique et en même temps je pense que c'est quelque chose et c'est pour ça que j'ai envie de partager un peu mon histoire aussi très modestement c'est que je pense que c'est un mode de vie que tout le monde pourrait avoir en fait on a tous une je pense que dans nos vies on a tous une marge de manoeuvre elle est simplement plus étroite chez certains que d'autres donc il y a certaines personnes qui peuvent tout plaquer pour vivre par exemple de l'aventure à 100% malheureusement on n'a pas tous cette chance, on a tous des contraintes professionnelles, familiales qui nous empêchent de tout plaquer pour vivre autre chose mais je pense qu'on peut tous faire des ajustements et simplement assumer qu'on a d'autres aspirations dans notre vie d'autres projets que la carrière et c'est pour ça que j'ai envie de parler aussi de mon mode de vie, c'est que je pense que c'est quelque chose d'accessible en fait pour pas mal de gens et d'ailleurs à la suite des articles que j'ai écrits sur Outside, il y a beaucoup de jeunes qui m'ont contacté sur les réseaux sociaux qui m'ont demandé comment tu fais, comment je peux avoir aussi ce mode de vie, j'aimerais voyager tant de mois dans l'année et en fait il n'y a pas de secret, c'est à dire que le seul secret que je peux donner, le seul conseil c'est parler de vos projets personnels à vos collègues, à vos managers dites ce qui vous fait vibrer, ce qui vous grise dans la vie et en tout cas si vous êtes bon dans votre travail et que les gens vous apprécient au minimum ils feront tout pour pouvoir vous mettre en place ce type de site système, donc on ne perd rien à demander et à dire qu'on a d'autres rêves que

SPEAKER_00

notre job en fait. Complètement, c'est peut-être le premier filtre, c'est vrai que c'est un très bon point, c'est l'auto-censure en réalité, le fait de ne pas oser se lancer. Écoute, c'est vachement intéressant, est-ce qu'on peut peut-être du coup commencer par ça, comment est-ce que ça s'est présenté pour toi, comment est-ce que tu as organisé cet aménagement dans ta vie et tu évoquais tout à l'heure des déclencheurs qui à un moment donné t'ont fait te rendre compte que tu vivais peut-être pas forcément ta vie aussi pleinement que tu aurais pu donc ouais peut-être que tu peux rentrer un peu dans le détail sur la phase de lancement on va dire dans l'aventure des temps modernes

SPEAKER_02

ouais carrément en fait ça a commencé à mes 25 ans donc en fait jusqu'à mes 25 ans moi j'étais vraiment un jeune homme un jeune diplômé qui était vraiment qui avait des aspirations professionnelles un peu des mots démesuré, j'étais vraiment carriériste je me suis lancé sur le monde du travail avec cette volonté de bâtir une carrière d'avoir un CDI, d'acheter un appartement j'ai intégré un grand groupe du CAC 40 qui est le leader mondial des cosmétiques pour ne pas le nommer et une fois que j'ai eu tout ça une fois que j'avais eu mon CDI, mon job très bien payé, mon appartement à Paris je me suis rendu compte et il y a un moment dans ma vie où je me suis dit projette toi 15 ans plus tard si tu continues ta vie comme ça à passer tout ton temps au travail pour faire très simple est-ce que tu seras heureux est-ce que tu seras content de la vie que tu vas raconter aux autres et à tes enfants et en fait je me suis projeté comme ça 15 ans plus tard et j'ai envie de dire que j'ai fait ma crise de la quarantaine en fait par anticipation tout simplement j'aime bien dire ça parce qu'en fait j'ai l'impression d'avoir sauvé 15 années de ma vie et au moins de mon rencontre maintenant d'avoir projeté mes regrets que je pourrais avoir plus tard de me dire ouais ok j'ai sauvé 15 ans de ma vie et aujourd'hui je suis un peu plus épanoui et il y a eu un vrai événement donc il y a eu toute cette réflexion d'abord sur le monde du travail, sur mon rapport au travail j'étais pas vraiment en rejet de mon job ce qu'il faut comprendre c'est que j'étais vraiment en rejet de moi la place que je mettais dans ma vie pour le travail et il y a eu un événement qui sont les attentats du 13 novembre 2015 je pense qui ont vraiment marqué pas seulement moi mais toute une génération, toute la génération de mon âge et même toute une génération en général et en fait c'est très idiot mais je me suis rendu compte à 25 ans que j'étais pas immortel et que moi aussi je pouvais mourir du jour au lendemain et c'est là où je me suis dit ouais ok il faut quand même que tu fasses quelque chose il faut que tu te hâtes à vivre et en fait j'ai démissionné de mon job dans cette grande entreprise je savais pas vraiment ce que je voulais faire et comme tous les jeunes un peu perdus qui savent pas ce qu'ils veulent faire je suis parti voyager parce que souvent c'est la réponse on va voyager pour voir un peu ce qui se fait ailleurs et ce qu'on est capable de faire une fois libéré de toute toutes nos contraintes je suis parti en Nouvelle-Zélande et c'est là où j'ai vraiment découvert mon amour pour la nature alors que moi j'étais complètement parisien et la nature c'était vraiment quelque chose qui m'intéressait pas à la base je suis parti en Nouvelle-Zélande, j'ai acheté une voiture juste avec 500$ et j'ai parcouru comme ça pendant 5 mois alors à la fin la voiture elle est morte elle avait déjà 360 000 au compteur quand je l'ai acheté, c'était une Toyota Starlet je sais pas si tu vois c'est quoi comme voiture c'est la taille d'une clio en fait tu peux même pas dormir à l'intérieur donc j'avais ma tente j'ai acheté une tente là-bas sur place et j'ai parcouru comme ça les deux îles au début j'allais seulement sur des alors d'abord j'allais seulement de ville en ville parce que je n'étais pas forcément attiré par la nature puis après je me suis mis à aller parcourir des petits sentiers balisés parce qu'on a des très belles randonnées en Nouvelle-Zélande et après j'ai rencontré deux allemands avec qui j'ai fait la route pendant 3-4 semaines et qui eux étaient vraiment des fous d'aventure et allaient s'engager dans des dans des sentiers pas du tout balisés et vraiment dans la nature sauvage et c'est là où j'ai vraiment découvert des choses incroyables des sensations incroyables, des paysages qui m'émerveillaient j'ai découvert mon amour de l'aventure et de la nature comme ça et quand je suis revenu en France parce qu'il fallait bien que je revienne un jour j'avais plus d'argent, j'avais démissionné j'avais pas de chômage, j'avais rien fallait bien que je retravaille donc j'ai réintégré ce cabinet de conseil dans lequel je travaille aujourd'hui mais j'avais toujours dans ma tête ce désespoir désir de libérer plus de temps. Je me suis dit, OK, je vais reprendre un CDI, je vais reprendre un job de bureau. Mais par contre, un an et demi plus tard, je savais déjà en tête que j'allais leur demander ce rythme mi-temps pour pouvoir faire mes propres aventures et pouvoir vivre plus pleinement cet amour qui était né en

SPEAKER_00

Nouvelle-Zélande. Génial. Et donc, tu dis, pour toi, c'était très clair déjà dès le début que tu allais finir par leur demander un aménagement. Quand tu l'a fait, tu y croyais, c'était clair pour toi qu'ils allaient forcément accepter ou c'était quand même une grosse prise de risque, tu le ressentais comme une prise de risque à ce

SPEAKER_02

moment là

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ouais c'était une grosse prise de risque et d'ailleurs pour être très honnête c'est pas moi qui ai eu cette idée de l'aménagement en fait je suis allé voir mon boss et je lui ai dit très clairement voilà j'adore ce que je fais, j'adore mon métier, j'adore être avec vous et c'est très sincère, j'adore travailler dans cette entreprise avec cette équipe mais par contre je lui ai dit, j'ai déjeuné avec lui, je lui ai dit par contre j'ai d'autres projets dans ma vie, j'ai d'autres choses qui qui me passionne, il y a d'autres choses que je veux faire d'autres projets, donc je lui ai raconté un peu la montagne les aventures, l'écriture et je lui ai dit bah voilà j'ai pas d'autre choix en fait parce que je suis vraiment poussé par ça, j'ai pas d'autre choix que de démissionner donc je suis prêt à quitter un poste qui me satisfait pour aller vivre ça et il m'a dit mais pourquoi tu veux démissionner en fait on peut trouver une solution très très simple et on peut très bien t'accorder un mi-temps et voilà tu travailles avec nous tel mois et telle période et le reste du temps voilà tu es libre de faire ce que tu veux et en fait ça c'est fait comme ça en une après-midi tout

SPEAKER_00

le monde était

SPEAKER_02

d'accord et aujourd'hui c'est un système qui est satisfaisant en fait pour tout le monde

SPEAKER_00

waouh ouais comme quoi c'est vraiment le fait de demander ouais parce que qu'est-ce qui se serait passé si t'avais pas si t'avais pas fait ce pas là où est-ce que t'en serais aujourd'hui tu penses si tu te reprojettes tu vois ou t'avais pas eu du coup l'occasion de travailler en mi-temps de te consacrer à ces projets Ce serait qui le Steve d'aujourd'hui

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Je pense que j'aurais démissionné malgré tout parce que j'étais prêt à le faire et à continuer mon métier, ce métier que j'aime et qui me fait vivre malgré tout de manière un peu plus précaire, peut-être par des CDD et par des missions un peu plus courtes pour toujours avoir cette liberté d'accorder du temps à ce que je veux faire

SPEAKER_00

par ailleurs. Ok. Beau message. Lancez-vous à ceux qui nous écoutent comme quoi. et surtout

SPEAKER_02

oser demander en fait surtout dans le milieu du conseil c'est un milieu hyper rigide normalement et pour le coup j'ai découvert que mes managers étaient des gens très ouverts d'esprit qui eux-mêmes avaient d'autres rêves et je pense que c'est le cas dans toutes les entreprises on a plein de personnes qui ont d'autres aspirations et d'autres rêves personnels en fait je pense qu'il n'y a aucun enfant qui lève la main et qui dit plus tard je vais être DRH comptable chef de projet marketing j'en sais rien tu vois on a tous des rêves enfouis au plus profond de nous donc on perd en fait on perd rien à en parler aux autres autour de nous et voilà ça peut marcher

SPEAKER_00

complètement complètement donc là ça y est tu donc ça c'était en 2000 tu disais en 2015 t'es parti en Nouvelle-Zélande

SPEAKER_02

ouais en 2015 je suis parti en Nouvelle-Zélande j'ai non je suis parti en 2016 en Nouvelle-Zélande j'ai repris le monde du travail en 2017 et en 2018 j'ai eu ce rythme à temps plein qui me permettait d'aller faire mes aventures 6 mois dans

SPEAKER_00

l'année ok Et donc une fois le temps partiel en poche, sur quel projet est-ce que tu as commencé par te lancer

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Je suis d'abord parti en Amérique du Sud avec un pote. On est parti d'Argentine, de Buenos Aires, on est descendu jusqu'à Ushuaïa et après on a remonté par le Chili, la Bolivie et le Pérou. Ça, c'était un voyage juste incroyable, une expérience phénoménale. Et c'est là aussi où j'ai fait mes premiers pas d'Andinisme, du coup, dans la Cordillère des Andes, et où j'ai fait mes premiers sommets, et c'est là où j'ai vraiment découvert l'amour de la montagne et de l'alpinisme.

SPEAKER_00

Les sommets, tu les as faits où, dans la Cordillère Blanche

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Dans la Cordillère Royale, oui, en Bolivie. Ah, en Bolivie, ok. Donc j'ai fait trois sommets de 6000, et... deux ou trois sommets de plus de 5000 ah ouais pour un début ouais alors il y a des sommets de 6000 qui sont assez faciles il y a un sommet à 6300 qui s'appelle le Paris Nakota qui est plutôt accessible qui n'est pas techniquement difficile c'est surtout de la marche avec un piolet mais qui est juste grandiose au niveau de la vue et d'être à 6300 c'est quand même assez incroyable au niveau des sensations et puis en plus il faisait hyper froid il y avait des rafales de vent je crois que je n'ai jamais eu aussi froid de ma vie vie, c'était assez impressionnant et par contre il y avait d'autres sommets dont un qui s'appelle le Kondoriri, j'ai écrit un article là-dessus sur Outside d'ailleurs, qui est à 5 648 et celui-là c'est un sommet qui est techniquement très difficile et d'ailleurs je ne le savais pas avant de le faire si j'avais su qu'il était aussi difficile je ne me serais pas lancé dessus et j'ai eu des sacrés frayeurs à la fin il y a une arête sommitale qui est sans fin, qui est hyper aérienne avec des précipices de chaque côté de 600 mètres et on marche et vraiment avec mon guide bolivien qui avait 23 ans donc qui était hyper jeune mais hyper expérimenté ça a été une super expérience et donc on était deux sur cette arête sommitale moi je savais pas trop quoi faire j'avais pas toutes les techniques donc lui il m'a montré sur le tas en fait comment m'assurer comment sécuriser et c'était une expérience vraiment incroyable mais j'ai vraiment eu peur je me suis vraiment du compte que si un jour je voulais faire de l'alpinisme il allait falloir que j'acquière une technicité et des connaissances que pour l'instant j'avais pas Au revoir.

SPEAKER_00

Oui, j'imagine qu'une fois qu'il se retrouve au sommet, sur passage engagé, le retour à la réalité peut être un peu violent. C'est sûr. Si tu n'as pas l'expérience précédente. Tu disais que ça avait été des expériences, que tu es tombé amoureux de la montagne grâce à l'ascension de ces sommets. C'est quoi exactement qui t'en a mis plein les yeux et qui t'a donné envie de te lancer dedans, même professionnellement

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

c'est dur de répondre à cette question sans tomber dans des clichés mais malheureusement c'est la meilleure façon de le décrire et c'est très sincère c'est d'abord l'émerveillement face à la nature à atteindre grâce à l'effort des vues que tu ne pourrais jamais avoir si tu n'avais pas exploité toutes tes facultés physiques si tu n'étais pas dans l'effort pour les atteindre et après c'est tout ce que tu en fait c'est le double combat que tu mènes à la fois face à la nature parce que la nature en fait elle te facilite pas forcément la tâche c'est à toi de braver un peu les obstacles et aussi du double combat avec toi-même en fait et sentir tes limites qui se rappellent à toi sentir ton corps dans l'effort ouais c'est vraiment toutes ces notions d'ailleurs que tu parles beaucoup dans ton podcast de dépassement de soi-même et cette sensation de se sentir vivant en fait j'aime bien cette expression parce que c'est hyper dur à décrire mais tout le monde la comprend quand on dit se sentir vivant moi c'est ce que je ressens quand je suis en montagne ou quand je fais une aventure c'est ouais j'ai l'impression d'être là j'ai l'impression d'exploiter toute ma condition physique d'être sur le moment présent c'est éprouver des émotions tellement intenses que tu peux pas avoir par ailleurs

SPEAKER_00

autrement notamment à la défense dans une tour c'est ça ouais ouais ça me parle carrément tu vois surtout cet aspect de découvrir au fur et à mesure que tu montes des paysages sur lesquels tu n'aurais jamais pu poser les yeux autrement. Cet émerveillement face aux grandioses de la nature, ça peut peut-être faire cliché, mais moi, ça me parle complètement. C'est très intéressant ce que tu as dit sur le dépassement parce que je me suis rendu compte qu'à travers le retour des auditeurs et même les invités que j'essayais d'approcher, Souvent, on peut avoir tendance à penser que dépassement, résilience, détermination, les termes qu'on évoque, il faut avoir un champion olympique, champion du monde, un entrepreneur d'une boîte qui vaut 300 millions pour que la conversation soit intéressante. Mais en réalité, le dépassement, c'est très subjectif, c'est propre à chacun. Peut-être que j'ai un invité qui nous disait ça, Jacques Aubin, qui sera sorti d'ici à ce que ton épisode soit diffusé. qui a perdu plus de 100 kilos en un an et qui fait maintenant des semi-marathons, marathons Ironman et qui disait que lui a beaucoup de respect même pour les gens qui font un 5 km parce que peut-être qu'un 5 km pour ton voisin c'est le défi d'une vie pour des raisons x ou y donc ça m'intéresse vachement de savoir comment toi ça s'est passé si tu te replonges dans le moment où t'es arrivé sur cette arête et que tu t'es rendu compte avec ton guide de 23 ans que techniquement il allait falloir apprendre vite et dans l'instant comment t'as fait ça a été quoi peut-être tes premières réactions contrôlées ou pas et comment t'as fait pour te reprendre rester dans l'instant rester concentré et pas complètement flipper t'arrêter t'asseoir ou

SPEAKER_02

redescendre bah en fait ouais tu l'as dit la clé c'est dans ces moments là c'est tu peux pas tu peux pas divaguer en fait il faut que tu sois absolument dans le moment présent tu dois te concentrer Tu dois mesurer ce que tu es en train de faire. Tu dois mesurer les risques aussi. Tu les vois, même si tu n'es pas un alpiniste aguerri. Tu vois très bien les risques. Tu vois très bien que tu peux décrocher à tout moment si tu ne fais pas attention. Et c'est cette faculté, je pense, d'être hyper consacré, d'être à fond dans ce que tu fais sur le moment. A la fois pour toi-même, mais aussi de comprendre que cette corde qui te relie à ton guide, ce n'est pas seulement lui qui prend soin de ta sécurité. C'est aussi toi qui as sa vie entre tes mains. tes mains parce qu'en fait la corde c'est un lien moral entre vous deux c'est à dire que lui il faut pas qu'il dévisse et toi non plus en fait donc tu t'es hyper concentré sur le moment tu reprends tes esprits tu divagues pas et ouais tu tu tu tu tu Tu vois ce qu'il... Tu t'écoutes ce qu'il faut faire, parce que c'est lui le guide, en tout cas. Il te dit ce qu'il faut faire. Et toi, tu te permets pas de... C'est pas le moment de tenter des expériences personnelles, en fait, et de voir ce qui va arriver en marchant à droite plutôt qu'à gauche. Ouais, c'est cette faculté d'hyperconcentration, je pense, qui est importante.

SPEAKER_00

En quoi est-ce que ça t'a servi, cette expérience, dans ton métier par la suite, dans ton métier de consultant

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ça m'a servi dans le sens où... Ça m'a permis déjà de relativiser. Relativiser parfois quand tu travailles dans une entreprise, tu bosses sur des projets et tu te rends compte qu'il y a des choses qui ne sont pas si graves. Pour refaire un peu l'histoire de ce sommet, cette année-là, la semaine après notre ascension sur le Condoriri, il y a une cordée espagnole aussi qui est montée et qui a dévissé. Il y a un des deux alpinistes qui est décédé et l'autre qui était dans un état assez grave. Ça te permet de relativiser ce que tu fais fait dans ton quotidien. Et c'est aussi une belle métaphore sur le travail d'équipe. C'est-à-dire que dans le monde de l'entreprise, tu as des chefs de projet, tu as des managers. Souvent, tu te rattaches à eux, tu suis leur direction, mais toi aussi, tu as un rôle à jouer. Dans une cordée, le suiveur, ce n'est pas seulement quelqu'un qui suit comme un mouton et qui se contente de suivre le leader, mais il a aussi une responsabilité.

SPEAKER_00

C'est intéressant. Tu as eu l'occasion à ton retour d'animer, je ne sais pas, des ateliers, des workshops, des conférences au sein de ta boîte par rapport à cette expérience. Est-ce que tu as en retiré les parallèles que tu faisais avec le monde du conseil

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Non, pas du tout, mais c'est une

SPEAKER_00

bonne idée. J'aimerais bien. Je me posais la question. Tu vois, si je me replonge dans ma période de consulting, j'aurais trouvé ça juste passionnant parce que c'est vrai comme tu dis c'est plutôt le mindset par défaut qu'on trouve dans le conseil c'est plutôt un état d'esprit plus rigide que hyper flexible et ouvert sur tu vois sur ce qui se fait en dehors du conseil donc je je trouve que enfin ouais moi ça me parlerait carrément je trouverais ça hyper intéressant en travaillant dans un cabinet de conseil de voir que j'ai un collègue dans l'équipe qui qui a ce genre d'expérience et je pense que ça apporterait une richesse un Je

SPEAKER_02

pense que tu as raison, il y a beaucoup de parallèles à faire dans le monde de l'entreprise et par rapport à tout ce qu'on peut vivre dans la nature et pas seulement en montagne. Après, je suis quelqu'un d'assez réservé sur ce que je fais et assez timide. Je suis plutôt dans l'écriture, j'adore écrire. Les podcasts, pour moi, c'est aussi une forme d'écriture parce qu'on travaille avec les mots aussi. On essaie de trouver les mots juste pour transmettre les émotions et ce qu'on a vécu. Je ne suis pas très dans parler de ce que j'ai

SPEAKER_00

pu faire. Ça fait déjà une sacrée première expérience pour un début dans l'aventure. Ça a l'air d'être du costaud.

SPEAKER_02

Ça m'a bien mis

SPEAKER_00

dans le bain, c'est clair. Suite à ça, si je ne me trompe pas, ça a été une aventure, un défi en France cette fois-ci.

SPEAKER_02

Tu veux parler du GR c'est vrai que là on a fait un peu l'historique dans le désordre GR20 c'était après ma traversée en solitaire de l'Islande c'était juste à la suite c'était deux jours après mon retour d'Islande en fait après ma période off quand je suis libre c'est entre avril et août et malheureusement l'année dernière il y a eu le confinement c'est à dire qu'avril mai j'étais comme tout le monde chez moi à Paris confiné et après il ne me restait plus trois mois pour aller faire plein d'aventures et c'est comme ça que j'ai eu l'idée de partir en Islande faire la traversée en solitaire du point le plus au nord au point le plus au sud parce que c'était un des rares pays qui acceptait encore des touristes français et c'est un pays que je connaissais bien parce que c'était ma cinquième fois en Islande et juste après en fait j'avais programmé un GR20 avec un pote et donc on est parti deux jours après mon retour d'Islande donc ça m'a fait deux mois vraiment à fond où j'ai fait que de marcher des dizaines

SPEAKER_00

de kilomètres par jour tu devais avoir une condition physique d'enfer en attaquant le

SPEAKER_02

GR20 ouais mais en commençant l'Islande c'était pas le cas parce que j'ai pas eu l'occasion de m'entraîner pendant le confinement donc c'était un peu dur on aura l'occasion d'en parler mais les premiers jours étaient juste affreusement douloureux

SPEAKER_00

alors justement ce voyage en Islande moi c'est celui qui me enfin tous tes voyages m'ont vachement intéressé, mais l'Islande, la particularité de le faire, je fais un petit peu de spoil, tant pis, mais en autonomie complète et sans ravitaillement, j'ai trouvé ça juste hallucinant. Est-ce que tu peux peut-être, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas trop l'Islande, nous rappeler la distance que ça représente, la traversée nord-sud, le temps que ça t'a pris et peut-être qu'on commence à rentrer dans le détail de la réalité d'un point de vue logistique, ce que ça a demandé comme organisation, le poids que tu portais

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui,

SPEAKER_02

carrément. Alors du coup, je suis parti du point le plus au nord de l'île principale qui s'appelle Rif Tangui, qui est situé à 2,5 km du cercle polaire arctique. Et j'ai marché en traversant les hauteurs d'Islande en contournant le Vatnajökull, le plus grand glacier d'Islande et d'Europe par l'ouest. Et je suis descendu jusqu'au point le plus au sud qui est Kotlutangi, jusqu'au littoral sud. Et donc ça faisait 620 km en marchant en autonomie totale donc avec un sac de 26 kg au départ, j'avais prévu 26 kg pour 22 jours d'autonomie, finalement j'en ai mis 20 dont un jour d'arrêt forcé à cause d'une tempête et donc au final sur les 620, j'ai marché 595 km parce qu'à cause de cette tempête j'ai dû être rapatrié en 4x4 via le refuge le plus proche et donc j'ai marché pendant jours, 595 kilomètres à pied en autonomie totale.

SPEAKER_00

D'accord. Donc ça, c'était après mai, c'est ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'était en juillet, ouais. En

SPEAKER_00

juillet, ok. Donc même au cœur de l'été, tu as des conditions qui peuvent être extrêmes en

SPEAKER_02

Islande. Ah oui, oui, totalement. L'Islande, c'est vraiment le pays où tu peux avoir 4 saisons dans une journée, tu peux avoir la pluie, tu peux avoir même de la neige à cette époque de l'année, tu peux avoir des rafales de vent qui sont... Là, c'était une tempête avec des rafales de vent à plus 120 km heure donc autant te dire quand t'es tout seul sur un plateau où t'as vraiment aucun endroit pour t'abriter où t'es juste avec ta tante en fait t'as juste aucune chance donc tu vas pas affronter comme ça bêtement les forces de la nature qu'il faut être face à ça et en fait t'as pas d'autre choix que d'aller t'abriter tout

SPEAKER_00

simplement et là comment ça s'est passé t'avais un téléphone satellite t'as déclenché une balise comment t'as fait pour l'évacuation

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

j'avais un téléphone, enfin c'est un GPS satellite, qui est le Garmin Inrich Explorer, qui te permet d'avoir la météo, et donc j'avais aussi ma copine qui me monitorait depuis Paris, qui me suivait un peu et qui pouvait m'envoyer les alertes météo, et c'est comme ça que je me suis rendu compte qu'il y avait une tempête qui arrivait quelques heures plus tard, à ce moment-là j'étais dans les hautes terres d'Islande, j'avais vraiment aucun endroit où m'abriter, donc du coup je ne savais pas trop quoi faire de cette information, j'ai contacté les services de secours islandais qui sont hyper efficaces hyper accessibles et à qui j'avais envoyé mon itinéraire aussi donc ils me suivaient je leur ai demandé un peu leur avis ils m'ont dit qu'effectivement là où j'étais positionné en ce moment il fallait mieux que je sois rapatrié soit je faisais appel à des rangers du parc national du Vatnajokull qui pouvaient passer me prendre soit j'essayais de faire du stop alors il n'y avait vraiment personne à ce moment là donc je me suis dit je vais accepter l'imprévu je ne vais pas demander les rangers je vais attendre qu'une voiture passe si jamais une voiture passe et dans ce cas là si si elle veut me prendre ça sera le signe du destin qu'il faut que je que je sois rapatrié donc j'ai marché ce jour-là 38 km et au bout du way du 38e km il ya une 4,4 de suisse de randonneurs suisse qui est passé et c'est eux mêmes qui se sont arrêtés qui m'ont dit il ya une tempête qui approche on peut pas te laisser là en fait monte avec nous et donc ils m'ont ramené 25 km plus loin dans le refuge du lendemain de la gare et donc je suis resté un jour dans ce refuge et j'ai bien fait parce que tout le monde a été rapatrié dans ce refuge là il y avait même des personnes qui étaient en tente dont la tente s'était envolée donc qui était arrivée en urgence au refuge c'était assez impressionnant et pour la petite histoire c'est la même tempête qui a immobilisé aussi Mike Horn quand il était en expédition pour aller rejoindre le Groenland il a été immobilisé par la même tempête en Islande ça c'est juste pour dire à quel point la tempête était était énorme parce que même si Mike Hunt s'arrête c'est que c'est du

SPEAKER_00

long c'est clair et qu'est-ce qui t'a motivé qu'est-ce qui a motivé le choix de l'autonomie complète

SPEAKER_02

en fait ce que j'aime dans la nature moi c'est tout faire par mes propres moyens c'était vraiment pas l'idée de faire un exploit physique ou un record ou quoi que ce soit ça c'est pas vraiment des trucs qui m'importent mais c'était d'affronter la nature tout simplement par tes propres moyens tout

SPEAKER_01

simplement

SPEAKER_02

et c'est toujours plus sympa aussi de se dire que t'as pas à tout organiser en termes de logistique des points de ravitaillement qui auraient été hyper compliqués à organiser en plein confinement donc je me suis dit voilà il faut que je me fasse une aventure en solitaire je connais bien l'Islande même si là j'ai découvert des coins que je connaissais pas du tout donc je suis parti avec mon sac et je me suis dit au moins tu vas en autonomie complète, tu dois rien à personne t'as pas d'étape à être tel jour pour avoir ton ravitaillement c'est une vraie liberté

SPEAKER_00

pour le coup d'être dans la nature comme ça et comment ça s'est passé d'un point de vue pour la planification comment est-ce que t'as réussi à prévoir enfin je pense surtout à la nourriture parce que autant côté équipement bon voilà j'imagine que si tu sais que tu pars sur une certaine période bah t'emmènes à peu près tout ce dont tu peux avoir besoin mais la nourriture l'eau comment ouais Comment ça s'est organisé

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Au niveau de la nourriture, j'avais prévu 22 jours d'autonomie. J'avais préparé mes plats chez moi. J'ai ce qu'on appelle un déshydrateur. C'est un vrai conseil pour ceux qui font souvent des aventures d'autonomie. Achetez-vous un déshydrateur, c'est super. Vous pouvez déshydrater tous vos légumes et après vous faire des plats maison avec des pâtes, du riz, du boulgour, des graines, mélanger des légumes déshydratés. Ça tient hyper longtemps et c'est plus savoureux et c'est moins cher en plus que les plats industriels donc j'avais prévu comme ça 22 jours d'autonomie j'avais prévu bien sûr tout ce qui est snacks, fruits secs pour la journée, des flocons d'avoine le matin malgré tout bien évidemment j'avais pas de je dépensais beaucoup plus de calories que ce que je pouvais manger et à la fin du parcours d'ailleurs j'ai perdu 6 kilos ce qui représentait 9% de mon poids de départ j'avais emporté aussi une petite flasque en inox avec 250 ml d'huile d'olive pour ajouter des calories dans mes plats mais bien sûr ça suffisait pas je dépensais beaucoup trop d'énergie et je suis pas encore assez technicien sur tout ce qui est diététique pour savoir combien de calories j'avais dans chaque plat j'ai vraiment fait ça un peu à l'arrache mais après je connais assez bien mon corps et je savais ce qui allait être suffisant au moins pour durer 22 jours

SPEAKER_00

ça allait être ma prochaine question en fait parce que sur bon là c'est une question un peu égoïste mais sur mes expés j'ai toujours du mal à savoir exactement combien de calories prévoir par rapport à l'effort l'altitude, la durée, le dénivelé c'est un paramètre c'est tout bête mais ça peut faire une énorme différence sur 20 jours 9% de ton poids c'est

SPEAKER_02

énorme en fait c'est beaucoup trop en fait mais à la fois je pense que j'avais pas trop le choix sinon je serais parti à 30, 30 de kilos ça aurait été impossible ça aurait été la moitié de mon poids après la chance que j'avais c'est qu'en Islande il y a de l'eau partout c'est à dire que la majorité des journées j'avais juste une gourde d'un litre d'eau dans mon sac et par contre dans le désert le grand désert dans les hauteurs de l'Islande qui s'appelle Lodadaron les Islandais pardonneront ma prononciation en 3 jours j'ai dû transporter une réserve d'eau de 5 litres parce qu'il n'y avait pas de source d'eau mais c'était au moment de l'aventure où j'avais déjà diminué mon sac d'un certain poids au niveau de la nourriture donc je pouvais porter cette réserve d'eau mais sinon le résultat effectivement j'avais pas trop d'eau à porter et pour la nourriture bien sûr j'avais cette sensation de faim mais atroce atroce pas les premiers jours mais au bout du du dixième jour je pense que c'est là où j'ai vraiment ressenti la vraie faim comme j'avais jamais ressenti enfin tu vois tous les jours dans notre vie quotidienne on dit j'ai faim mais en fait ça c'est pas de la vraie faim, la vraie faim c'est quand vraiment t'as l'impression que ton estomac essaye de se manger lui-même, j'avais vraiment cette impression atroce et quand j'ai terminé cette aventure j'avais perdu 6 kilos et après j'ai fait de l'hyperfagie quand je suis retourné à mon quotidien, c'est à dire que je mangeais tout et n'importe quoi et dans des quantités et j'étais jamais rassasié donc effectivement je pense qu'il y a une meilleure et je pense que sur mes prochaines expéditions je vais prendre un peu plus de connaissances diététiques pour mieux préparer mon alimentation parce que j'ai plus envie de revivre ces sensations sensation.

SPEAKER_00

Et peut-être, dernière question sur l'aspect nourriture, pour celles et ceux à qui ça parlera, en termes de volume, au départ de l'expédition, la nourriture, ça représentait combien dans ton sac à peu

SPEAKER_02

près

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'était un peu plus de la moitié de mon sac, puisque tout le matériel sans nourriture et sans consommables, donc sans les bouteilles de gaz, j'étais à maximum 12 kilos, juste en équipement. J'avais vraiment rien en équipement, j'avais ma tente, j'avais une tenue pour le jour, une tenue pour la nuit, une paire de chaussettes de rechange, un caleçon de rechange, une doudoune. Je n'avais vraiment pas

SPEAKER_00

grand-chose. D'accord. Et tu avais un sac de 70 litres, quelque chose comme

SPEAKER_02

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'était un sac de

SPEAKER_00

60 litres. 60 litres, ok. Donc la nourriture, c'était vraiment... Tu parlais tout à l'heure du GPS que tu avais. Quelle mesure est-ce que tu prends

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors là, c'est pour la traversée de l'Islande, mais j'imagine que pour le GR20 ou tes expéditions à venir, tu fais ça aussi. Comment tu planifies l'aspect sécurité sur un itinéraire aussi

SPEAKER_02

long

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Déjà avec le GPS, ça permet à tes proches de te suivre, donc ça c'est plutôt cool. Moi j'avais dit à ma copine que j'allais l'avertir à chaque fois que je faisais une pause, et que si elle ne voyait pas mon petit point bouger pendant 30 minutes sans que je l'aie prévenu que je faisais une pause, c'est qu'il m'était arrivé quelque chose, donc elle a suivi ça quand même de près. Elle n'était pas tout le temps sur son ordi bien sûr, mais ça Ça permettait de pouvoir alerter les secours si besoin. Il faut savoir que juste avant de partir en Islande, il y avait les autorités islandaises qui avertissaient sur l'éruption imminente du volcan Gridsvon sur le Vatnajokull. C'est un volcan que j'allais contourner à quelques dizaines de kilomètres. J'ai vécu avec une

SPEAKER_01

petite angoisse

SPEAKER_02

d'attente tout le long de mon aventure. Quand je me rapprochais de cette zone, à chaque fois, je disais bien à ma copine« Avertis-moi, surtout si tu vois quelque chose aux infos.

UNKNOWN

»

SPEAKER_02

Il s'avère qu'il n'est jamais rentré en éruption, mais ça n'a rien enlevé à

SPEAKER_00

l'angoisse.

SPEAKER_02

Après, ce qui est rassurant en Islande, c'est un pays qui est super pour les expéditions sauvages et vraiment loin de tout parce qu'on a vraiment cet isolement qui a son paroxysme. Par contre, on a toujours la certitude derrière qu'on a des services de secours qui sont très efficaces. C'est des volontaires islandais qui gèrent tout ça. Il y a un site internet qui s'appelle safetravel.is où tu peux mettre ton itinéraire et donc au moins s'il y a un volcan qui rentre en éruption ou quoi que ce soit, eux peuvent regarder qui est dans la zone et peuvent aller te chercher. Donc ça, c'est quand même hyper assurant de savoir

SPEAKER_00

qu'on

SPEAKER_02

a cette possibilité-là derrière d'avoir des

SPEAKER_00

échappatoires. Ok. Clairement, c'est sûr que ça fait une grosse différence. Mais ce n'est pas la première fois que je l'entends. J'ai mon copain Yvan que je salue, avec qui on a fait un trek au Népal, qui avait tenté une hivernale, une traversée de l'Islande, ouest-est de mon en Poulka ski de rando Poulka qui a dû être secouru pour une tempête aussi et c'est ce qu'il expliquait que c'est des volontaires mais apparemment l'hiver ce qui est encore plus impressionnant c'est qu'ils viennent te chercher même au beau milieu de l'Islande ils ont des 4x4 qui sont spécialement équipés chenillés etc donc visiblement ils ne plaisantent pas en Islande avec le secours ce qui n'est pas plus mal pour les aventuriers ah oui c'est

SPEAKER_02

clair Mais en fait, il faut savoir que même de nos jours, il y a encore des accidents, il y a encore des touristes qui meurent parce qu'ils ne sont pas suffisamment équipés. Il y a quelques années, il y a un touriste israélien qui a été pris par une tempête sur le Logavégur, qui est pourtant le trek le plus connu d'Islande et balisé. Et pourtant, les conditions météo peuvent tellement changer. Et si on n'est pas préparé un minimum, ça peut être vraiment désastreux. Il y a même des Islandais qui se font encore avoir lors de la dernière éruption les Yafiatayukuk, tu sais ce volcan qui est rentré en éruption en 2010 il y a des Islandais qui sont allés voir sur le glacier l'éruption et qui sont morts de froid donc effectivement il faut vraiment être préparé et il faut toujours se rappeler que partout que ce soit en Islande, en France, même sur des sentiers balisés, il y a toujours un danger, il faut toujours faire attention à la nature il y a des risques partout et il faut toujours être sur ses gardes

SPEAKER_00

c'est un super bon point et je pense qu'on en parlera pour quand on va commencer à évoquer ta prochaine expédition sur le GR20, c'est pareil. Moi, je l'ai fait deux fois et les deux fois en plein été et les deux fois, il y a eu des morts et des morts de froid, tu vois, ou pris dans des tempêtes, dans le cirque de la solitude. Oui, chaque année. Chaque année. Chaque année. Et c'est vrai que c'est un très, très bon point. Il faut absolument être préparé. Ce n'est pas parce qu'il y a des centaines de gens, des milliers de gens qui font le circuit tous les ans qu'il n'y a aucun danger.

UNKNOWN

C'est clair.

SPEAKER_00

Ok, donc tu disais 20 jours au lieu des 22, 28 kilos au départ, t'as perdu 6 kilos, c'est

SPEAKER_02

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ouais, 26 kilos au départ et j'ai perdu 6 kilos dans un jour d'arrêt forcé, donc une moyenne effectivement de 30 kilomètres par jour. Un jour je marchais plutôt 15 kilomètres et je crois que le jour le plus long c'était 42 kilomètres.

SPEAKER_00

Ah quand

SPEAKER_02

même

UNKNOWN

!

SPEAKER_02

Ouais, c'était dur

UNKNOWN

!

SPEAKER_00

Sachant qu'il faisait jour en permanence à

SPEAKER_02

cette époque. Oui, exactement. C'est le gros avantage, c'est que tu peux vraiment avaler du kilomètre toute la journée et marcher 10-12 heures par jour. En fait, il ne fait jamais nuit, donc c'est plutôt cool. Tu n'es pas obligé de rentrer, de poser ta tente à une certaine heure, parce qu'après sinon, il y a la nuit qui arrive. Donc ça, c'était plutôt sympa.

SPEAKER_00

C'est vachement intéressant ça, parce que physiologiquement, comment tu gères l'adaptation

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

la façon dont tu dors, ou pas du tout, t'es juste tellement crevé que t'as dormi

SPEAKER_02

normalement. Ouais, c'est ça en fait, j'étais tellement crevé en fin de journée que tu t'endors, et même s'il fait jour, alors même si t'as pas une tente qui est occultante, t'es tellement crevé que tu dors, et même le matin, j'arrivais à dormir jusqu'à parfois 10, 11 heures, je partais tard, et j'arrivais tard le soir, mais ouais, t'as aucun souci pour t'endormir. D'accord.

SPEAKER_00

C'est bon à savoir, c'est tout bête, mais tu vois, Je me suis toujours dit que ça pouvait peut-être avoir un impact. Ok, super. Si on prend un petit peu de hauteur, qu'on s'extrait de tous les sujets opérationnels très intéressants qu'on vient d'évoquer, c'est quoi, toi, que tu as retenu de ce voyage en termes d'émotion, en termes d'expérience

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Si tu devais décrire en quelques mots ce que tu en retires.

SPEAKER_02

Ce que j'ai retenu, c'est déjà la solitude. En fait, moi, je suis quelqu'un qui suis plutôt solide. et malgré tout vivre la solitude à ce point parce qu'en fait il n'y avait vraiment personne à ce moment-là en Islande et dans les Hauts-de-Terre c'est vraiment la région la plus désolée d'Europe je pense et c'est là où t'as pas de civilisation autour de toi t'es vraiment tout seul c'était hyper dur d'être seul toute la journée comme ça et tout ce qui peut te passer par la tête en fait les 10 premiers kilomètres sont assez sympas parce que tu commences ta journée tu t'émerveilles du paysage t'es en pleine forme donc Après les premiers 10 km, tu refais 10 km, mais le paysage ne bouge pas beaucoup parce qu'à pied, tu es quand même plus lent. Donc là, tu commences un peu à te lasser, un peu à souffrir aussi. Tu as des grosses douleurs. Et puis les derniers, parce que tu as un but à atteindre, tu as cette moyenne à atteindre quand même pour remplir ton objectif, jusqu'à 30 et puis au-delà de 30 km, c'est hyper dur quand tu es tout seul. Moi, je me parlais à moi-même. Tu es obligé en fait à perdre. à personne à qui parler donc je commentais le paysage je me dis ah ouais ça c'est pas mal etc je commençais à écrire parce que moi j'aime beaucoup écrire sur mes aventures j'ai écrit des articles sur Outside sur cette aventure d'ailleurs donc je commençais à écrire des textes à m'enregistrer au dictaphone et vivre cette solitude et surtout dans un pays aussi magnifique bah derrière dans ton dernier podcast il y a cette citation c'est l'aventure est plus belle lorsqu'elle est partagée et moi c'est vraiment ce que j'ai ressenti c'était ma cinquième fois en Islande je suis complètement amoureux de ce pays et de ses paysages et j'étais Je trouvais ça dommage d'être seul. La plus belle expérience que j'ai faite lors de cette aventure, c'est la traversée de l'Askia, qui est une caldéra volcanique à l'est du pays, juste au-dessus du Vatnajökull, que j'ai traversée d'ouest en est directement sur la caldéra. Il n'y avait personne, la neige était vierge, j'étais tout seul. C'est un des paysages les plus magnifiques que j'ai vus de ma vie. C'est juste surréaliste. C'est un paysage impressionnant. Je n'ai pas encore partagé les photos sur mon Instagram, et là, je vais les mettre, parce que je mets tout en retard, mais c'est juste, cette expérience était juste incroyable, et je me dis, je suis tout seul, et il n'y a personne d'autre pour voir ça, et j'aurais voulu que mes potes, que ma copine puissent voir ça, partager ce moment, et en fait, quand tu es tout seul, et c'est pour ça que j'aime écrire sur mes aventures derrière, c'est que ça me permet aussi de le partager à d'autres personnes, que ça existe aussi pour d'autres, la solitude, c'était juste hyper dur, c'était hyper dur d'être là, tout seul, et parfois, j'avais envie d'abandonner aux quatre jour, j'avais envie d'abandonner déjà. Ah oui, dès le quatrième jour sur les

SPEAKER_00

22

SPEAKER_02

prévus. Oui, parce qu'en fait, le sac est hyper lourd. Au début, au nord de l'Islande, c'est super parce que c'est un endroit vraiment sympa à voir. C'est quasiment de la toundra arctique. Ça te donne vraiment un aperçu de ce que veut dire vivre en Arctique, aux confins de l'Arctique. Ce ne sont pas des paysages extraordinaires. Ça veut dire que c'est assez plat, il n'y a pas de relief donc au début tu passes vraiment 4 jours avec ton sac au plus lourd à pas forcément t'émerveiller des plus belles beautés de l'Islande donc là tu te dis qu'est-ce que je suis en train de faire et en fait il y a un moment au 4ème jour je me suis dit mais pourquoi tu t'es lancé là-dedans qu'est-ce que tu cherches à prouver, est-ce que tu veux te lancer un défi physique, qu'est-ce que tu es venu chercher et ouais alors il faut savoir que j'ai fait une grosse erreur et ça c'est en termes d'organisation c'est un vrai truc à retenir, pourtant je suis très très bon en préparation je prépare tout, je note tout et j'oublie jamais rien et la seule chose que j'ai oublié là c'est que j'avais pas vérifié les semelles de mes chaussures en fait c'est des chaussures de randonnée des chaussures montantes que j'ai depuis 3 ans maintenant et donc j'ai fait beaucoup de randonnées avec, beaucoup de pays et en fait mes semelles étaient trouées donc en fait j'avais juste aucun amorti et je m'en suis rendu compte en fait au 4ème jour j'ai regardé mes semelles, j'avais des trous dedans et ce qui fait que j'ai eu des douleurs à mon tendon d'Achille mais qui étaient juste horribles J'avais envie qu'il éclate et abandonner ce projet de folie. Et c'était la seule chose que j'avais oublié de vérifier et qui est peut-être le plus important, c'est juste les conditions de tes chaussures.

SPEAKER_00

Oui, quand tu te lances sur 620 kilomètres, c'est vrai que ça peut faire la différence. Et qu'est-ce qui fait que tu as tenu, peut-être pour finir là-dessus, sur l'aventure de l'Islande, qu'est-ce qui fait que tu as tenu 16 jours de plus

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

En fait, il y avait vraiment ces endroits en Islande dont la caldera d'Azkia, le désert de Maïlifelsandur aussi au sud, c'était vraiment des endroits qui me faisaient rêver, que j'avais toujours voulu visiter. Donc ça, ça m'a fait tenir, parce que je me suis dit, je suis venu pour ça, il faut que j'aille les voir. Tout le reste, la traversée du nord au sud, c'était un peu accessoire, mais ce que je voulais vraiment voir, c'était la caldera d'Azkia, et je n'ai pas été déçu. En fait, ce qui est beau aussi, c'est que quand tu te lances dans un défi comme ça, peu importe que tu sois au pôle nord, en Antarctique, au Groenland, ou en Islande, où pourtant, tu as plein d'échappatoires, tu as plein de plans B si jamais tu as envie d'abandonner. Mais quand tu te lances, quand tu t'es mis un défi, tu t'es mis en tête comme ça, d'aller à ce point-là, c'est ça qui est beau, c'est qu'en fait, il n'y a pas d'autre solution si tu veux rentrer chez toi que de remplir ton défi, ce que tu t'es imposé. Et en fait, j'étais poussé par cette volonté de m'en tenir à ce que je m'étais imposé, tout simplement. C'est dur à expliquer, mais une fois que tu te lances dans un truc, et je pense que tout le monde peut le comprendre, tous les gens qui écoutent ton podcast, je pense, se sont déjà lancés dans des défis ça que ce soit des sentiers balisé une fois que tu t'es mis en tête que tu devais le faire tu n'as pas d'autre choix que de le faire à part un groupe est pas imprévu comme les forces de la nature ou là vraiment il faut il faut que tu sois humble par rapport à ça c'est pas toi qui décide mais sinon tu remplis ton contrat en fait

SPEAKER_00

avec toi j'aime bien le concept et donc non content d'avoir d'avoir rempli ton contrat avec toi même sur ses 620 km tu enchaînes deux jours plus tard avec le GR20. Tu parlais de la solitude comme étant le point que tu retiens, en tout cas le point difficile à gérer, si j'ai bien compris, de l'expé. Là, ça a dû te changer le GR20 en planété quand même, non

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, exactement. C'était

SPEAKER_02

plutôt cool. Du coup, je suis parti avec un pote. C'était sympa de ne plus être tout seul. Il y avait du monde aussi sur le GR20. Après, il y avait beaucoup moins de monde que les années précédentes dues au confinement. Je pensais que ce serait l'inverse que qu'il y aurait une surfréquentation du sentier, mais en fait c'était l'opposé, il y avait peu de personnes, donc on voyait tout le temps la même quinzaine de personnes tous les jours. Et là l'objectif du GR20 c'était de le faire vraiment, alors c'était les 50 ans du GR20, et je m'étais dit, parce qu'en fait le sentier il a commencé à être balisé en 1970, et je me suis dit ok je vais faire un kiff, et j'ai embarqué mon pote là-dessus qui lui ne s'attendait pas du tout à vivre ça en fait, et je l'adore pour ça parce qu'à chaque fois que je lui propose un défis il me dit ok il se rend vraiment pas compte du truc que ça va être et donc on s'est lancé en quasi autonomie totale puisqu'en fait on avait un seul ravitaillement à Visavona qui est le départ du GR20 Sud donc on est parti le premier jour avec 9 jours d'autonomie en nourriture avec notre tente bien évidemment et après on avait un ravitaillement à Visavona pour les 7 jours restants et là c'était vraiment une approche différente du sentier parce qu'aujourd'hui c'est un sentier qui est vraiment en passe de devenir un un sentier de trail, de vitesse, où tout le monde veut le faire en moins de jours possible, c'est vraiment ça l'approche du généralement aujourd'hui, et nous on était à l'inverse, avec un gros sac de 20 kilos, avec notre tente, hyper lent, on mettait beaucoup plus de temps chaque jour que les temps indiqués sur le topo de la Fédération Française de Randonnée, et on passait vraiment pour des aliens avec mon pote, tout le monde nous demandait pourquoi vous faites ça avec vos gros sacs, les refuges sont hyper bien aménagés, vous avez des épiceries et donc pourquoi vous transportez votre nourriture et c'était vraiment une approche très différente et revenir un peu aux sources de ce qu'avaient vécu les pionniers dans les années 70 sur ce sentier

SPEAKER_00

c'est intéressant d'entendre que ce que t'as vécu c'était, enfin en tout cas l'état d'esprit que t'as retrouvé sur le GR20 c'était plutôt celui de la rapidité, de la vitesse moi ça fait un moment que j'ai plus mis les pieds mais la dernière fois que je l'ai fait on avait essayé de le faire le plus rapidement possible donc on l'a fait en jours en doublant toutes les étapes et en triplant sur une journée et c'était plutôt nous les aliens tu vois à ce moment là où les gens enfin moi je me rappelle plutôt avoir entendu des gens nous dire mais vous profitez pas vous voyez pas le paysage donc c'est marrant de voir qu'aujourd'hui c'est ça a changé

SPEAKER_02

ouais c'est je pense que je pense que c'est très récent c'est vraiment je sais pas en quelle année tu l'as fait mais je pense que ça s'est vraiment amplifié cette approche de la vitesse dernièrement avec les records les tentatives tu vois un peu partout et et je sais pas si t'as moi à mon retour du GR20 en fait à chaque fois que j'ai fait le GR20 tout le monde me demandait en combien de temps c'est la première question et je te jure j'exagère pas c'est la première question que tout le monde me pose c'est pour ça qu'après j'ai écrit cet article sur Outside c'est parti de ce constat là c'est tout le monde me disait mais en combien de temps je sais pas si toi on t'a posé cette question aussi ouais aussi ouais c'est la première question que tout le monde pose c'est assez flagrant en fait de l'état d'esprit maintenant du GR20 et j'ai vraiment rien contre les gens qui font de la vitesse etc heureusement que les sentiers font que ça attire public aussi divers et que tout le monde y trouve son compte. Il n'y a pas de souci là-dessus. J'ai eu envie d'écrire cet article et de faire avec cette approche-là parce que je pense que c'est intéressant aussi de revenir à l'état d'esprit originel du GR20 qui était surtout de montrer la beauté de la nature corse et des montagnes corses. Et même ce qui était assez flagrant sur le sentier, c'est que même ce ceux qui n'avaient pas prévu de doubler, ressentaient comme une obligation à doubler des étapes. Dès qu'ils avaient une étape qui était un peu courte, de 4h à journée, ils se posaient tous la question, est-ce qu'on ne devrait pas la doubler

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'était assez flagrant. Et nous, on aimait bien être un peu à contre-temps de tout ça. Et ça nous arrangeait aussi, parce qu'on n'était pas aussi en forme que les autres. Ça m'arrangeait d'être un peu dans la lenteur, parce que de toute façon, je serais incapable de le faire comme toi, par exemple, en 7 jours. Ce n'est pas possible.

SPEAKER_00

Après, c'est vrai que tout est différent. La première fois que je l'ai fait, j'avais un sac qui faisait... J'étais extrêmement mal préparé. C'était mon premier GR. Je crois que j'avais un sac qui faisait 24 ou 25 kilos. La deuxième fois, quand on l'a fait en 7 jours avec mon pote Yann, je crois que j'étais à 10, 11, quelque chose comme ça. Forcément, on dormait le moins et on dormait en tente. Et chacun notre tente. Mais on avait des tentes sarcophages qui pèsent... je ne sais plus, les tentes camp, elles doivent peser 300 grammes, quelque chose comme ça. Après, c'est vrai que l'approche, tout est très différent, du coup. Ok, donc vous l'avez fait en 16 jours, du coup, j'imagine

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

On va quand même parler

SPEAKER_02

du temps. On a suivi les étapes du topo de la Fédération française. Donc, le nouveau itinéraire, parce que maintenant, à l'époque, c'était 15 étapes. Je ne me souviens plus, c'est Matalza, je crois, c'est le refuge de Matalza qui a été rajouté donc ils ont coupé une étape en deux et on n'est pas passé par contre par le cirque de la solitude on aurait bien voulu mais ça demande un équipement à transporter supplémentaire il est fermé non

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

alors tu peux t'y engager avec ton propre matériel d'accord mais je crois qu'ils ont enlevé effectivement les comment ça s'appelle pas les cordes fixes mais les chaînes exactement tout ce qui peut t'aider

SPEAKER_00

à passer par sans les chaînes ça peut être un peu sportif surtout si t'as 20 kilos sur le dos donc 16 jours en quasi en tout cas en autonomie avec un ravitaillement au milieu vous l'avez fait dans le sens nord-sud du coup si j'ai bien compris

SPEAKER_02

on a fait la difficulté d'abord et après on s'est reposé sur le sud c'était un beau parcours franchement j'aime bien que tu me poser la question, je pensais pas parler du GR20 mais je suis content que t'en aies parlé parce que il y a un truc qui est assez flagrant aujourd'hui dans le monde de l'aventure, c'est que les aventures qui sont les plus médiatisées et dont on parle, c'est celles qui se parlent au pôle nord, au pôle sud sur les vrais, sur les plus hauts sommets, etc et en fait, moi j'ai une conviction profonde, c'est que l'aventure elle est partout et que tu peux ressentir des aventures aussi fortes, même sur des petits sentiers balisés, et c'est bien je trouve d'en parler, même de parler de GR20 qui est peut-être le sentier de grande randonnée le plus connu en France parce qu'en fait il faut dire aux gens que si vous voulez vivre des aventures vous n'avez pas besoin de partir à l'autre extrémité du globe dans des endroits complètement inaccessibles qui sont d'ailleurs inaccessibles surtout pour des raisons monétaires maintenant aujourd'hui mais qu'il y a plein de belles choses même en France il y a plein de beaux sentiers et on peut vivre des émotions aussi fortes qu'une traversée du pôle nord dans des sentiers de randonnée en France ou en Islande ou plus proche de chez nous en fait donc c'est c'est bien aussi qu'on dise qu'on peut faire des vraies aventures plus proches. Et qu'on ne parle pas seulement des aventuriers qui font des super exploits physiques ou qui battent des records du monde.

SPEAKER_00

Oui, complètement. Et c'est vrai que, surtout en France, toi qui as pas mal voyagé, je ne sais pas ce que tu en penses, mais j'ai fait pas mal de pays aussi, l'Amérique du Sud, la Nouvelle-Zélande, pas mal en Europe, etc. En fait, Moi, j'ai l'impression qu'en France, il y a une diversité de paysages qui est juste incroyable entre les littoraux, les Alpes. C'est juste dingue. Tu prends un parc des Écrins, la traversée des Pyrénées, les sentiers du littoral en Bretagne. Tu peux en prendre plein la vue en France sans, comme tu dis, avoir besoin de prendre l'avion et faire 15 heures de vol, 12 heures de décalage horaire pour vivre

SPEAKER_02

l'aventure. Exactement. Et d'ailleurs, si si par exemple, on a un rêve en tête, je ne sais pas, c'est de faire une traversée en ski-poulka dans un milieu polaire, faire la traversée du Vercors par exemple, quelque chose dans lequel je vais me lancer bientôt parce que ça serait vraiment un super kiff de faire ça, ça recrée les mêmes conditions et c'est des paysages juste grandioses et hyper sauvages. On a plein de belles choses à faire à côté de chez nous. Complètement.

SPEAKER_00

Tu vois, le Vercors, c'est marrant que tu en parles parce que j'allais le citer, j'ai fait un stage de kayak de mer en Bretagne il n'y a pas très longtemps pour préparer un tour de Corse en kayak et j'ai rencontré une guide polaire française qui travaille pour Explorer Project qui est une entreprise qu'on commence à bien connaître sur le podcast et elle me disait justement qu'une des meilleures préparations pour les grandes expéditions dans le grand froid c'est la traversée du Vercors en pulka ça ne m'étonne pas j'en avais pas entendu parler avant ça mais visiblement il y a beaucoup d'engagement tu as des questions de navigation il faut quand même faire pas mal de planification parce que tu as des zones crevassées avec des espèces de trous naturels c'est juste à côté mais visiblement un excellent terrain d'entraînement

SPEAKER_02

c'est clair on peut faire plein d'expéditions hyper engagées juste à côté de chez nous c'est ça qui est beau et c'est peut-être quelque chose que nous a apporté comme anciennement le conflit c'est qu'il y a plein de personnes qui ont dû rester en France et redécouvrir la France et qui se sont rendu compte qu'on pouvait faire des super expéditions juste à côté de chez nous. C'est ce qu'on aura appris en

SPEAKER_00

2020 et c'est pas mal. C'est vrai. On va voir ce que 2021 donne. Ça a l'air de repartir sur la même tendance. Du coup, sur la suite, comment est-ce que toi tu te projettes

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Quelles sont les prochaines aventures

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Si je ne me trompe pas, tu vas bientôt arriver dans ta période où tu vas enfiler tes chaussures d'aventurier et laisser la cravate de consultant au placard

SPEAKER_02

c'est ça alors pour tout te dire je suis encore dans la réflexion déjà parce qu'on sait pas trop où on pourra aller en 2021 ce qui est sûr c'est que je vais faire pas mal d'alpinisme dans les Alpes ça c'est une certitude donc là je vais passer beaucoup de week-end dans tous les massifs qui sont à côté de chez moi parce que là actuellement je suis à Lyon Et après, dans les autres expéditions, je ne saurais pas te dire, j'ai plein de rêves. J'ai un petit carnet dans lequel je note tout ce que je veux faire dans ma vie, tous les sommets que je veux gravir. J'aimerais bien gravir mon premier 7000 mètres. J'aimerais bien faire des traversées en ski pulka. J'ai un délire en ce moment, j'ai envie d'aller dans la grande sabana au Venezuela. Je ne sais pas si tu connais, c'est un endroit qui n'est pas très connu. Et en fait, là-bas, tu as c'est un immense plateau tropical en fait et c'est là où se trouve la plus grande cascade du monde la Salto Angel qui fait je crois 990 mètres de hauteur donc c'est la plus grande cascade du monde d'accord et l'idée ça serait de marcher 15 jours jusqu'à la cascade à travers la forêt tropicale et la descendre en rappel donc ça c'est un truc qui me

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plairait

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ah ouais j'ai eu cette idée parce que ma copine est vénézuélienne déjà et aussi parce qu'il y a un écrivain franco-vénézuélien alors que je recommande vraiment aux gens de lire qui s'appelle Miguel Bonnefoy il a été en liste pour le concours pour son roman pour son roman héritage il n'a pas gagné mais par contre il a fait un autre roman qui s'appelle Jungle où il raconte justement cette expédition c'est un roman très court et qui est super à lire parce qu'il a une super écriture et c'est très poétique et en fait il raconte c'est 15 jours pour marcher jusqu'à la Salto Enrel et la descente en rappel et ça donne juste trop envie d'y aller pourtant moi je suis quelqu'un qui est plutôt attiré par le froid et les milieux polaires. Mais là, j'ai juste envie d'aller là-bas et de

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descendre en rappel cette cascade de

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900 mètres.

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Ça fait rêver. Je suis en train de regarder les photos. Je crois bien que j'avais vu des documentaires sur une expédition, une des premières expéditions, je crois, qui était montée sur le plateau. Je ne sais pas si c'est exactement celui-là, mais je crois qu'il y a une région au Venezuela où c'est assez typique. Il y a des plateaux comme s'ils avaient été posés là, en fait, avec des falaises extrêmement

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verticales ça fait rêver c'est des endroits comme ça qui sont pas très connus dans le monde parce qu'on connait un peu la situation politique au Venezuela donc c'est pas vraiment le moment d'aller faire du tourisme mais on a des beaux coins comme ça qui gardent des trésors et qui serait vraiment pas mal de mettre plus en lumière donc ça c'est un peu un de mes prochains défis je pense dans les deux années à venir ça serait cool Super.

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Super. Écoute, Steve, un grand, grand merci. On arrive déjà sur la fin. Si tu avais quelque chose que tu aurais envie de partager avec celles et ceux qui nous écoutent, qui, tu vois, dans la morosité ambiante, tous les doutes qu'on a autour du Covid, etc., peut-être un message d'espoir, qu'est-ce que ce serait

UNKNOWN

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ça serait et je pense que ça a encore plus de sens avec ce qu'on vient de vivre avec le confinement et on pouvait pas on avait nos libertés qui étaient un peu entravées on pouvait pas faire tout ce qu'on voulait et ça serait plutôt de se dire que en fait dans la vie le temps il file déjà sans qu'on puisse rien y faire en fait et on peut pas le freiner le temps et si en plus on choisit pas ce qu'on fait si on choisit pas quoi faire de ce temps en fait pour nous c'est une double peine et donc Ce que j'ai envie de dire, c'est juste prenez cette liberté de faire vraiment ce que vous avez envie. Je vais enfiler des clichés, mais la vie est très courte. Faites aucun compromis sur vos rêves et sur tous les projets que vous avez envie de partager. C'est une phrase de Sénèque que j'aime beaucoup qui dit« Pour qui c'est l'employé, la vie est assez longue». Ça veut tout

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dire. Je ne l'avais jamais entendue, mais elle est belle, effectivement. super un grand grand merci encore une fois Steve pour nous avoir écoute moi j'ai adoré aussi je vais j'avais pas forcément l'Islande en tête tu vois sur ma liste enfin je l'avais sur ma liste de pays à visiter mais pas forcément sur ma liste d'expéditions en solo à faire mais bon là tu m'as donné tu m'as vraiment vraiment donné envie donc je vais aller regarder ton article je crois que t'en as fait un sur comment réussir son expédition en Islande sa traversée de l'Islande

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donc c'est parfait sur la outside ouais vas-y n'hésitez pas alors c'est des articles qui sont réservés aux abonnés mais en ce moment je crois que Outside ils font un offre de 30 jours offert donc voilà vous pouvez vous abonner gratuitement lire les articles et d'autres parce qu'il y a des super articles aussi et donc voilà n'hésitez pas et oui effectivement l'Islande j'encourage tout le monde à aller visiter ce pays qui est juste démentiel et qui est un livre de géologie à ciel ouvert et j'ai jamais vu de pourtant j'ai pas mal voyagé et j'ai jamais vu de pays et une nature aussi belle et dans son état de bruit qu'en

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Islande donc allez-y on sent la parole du passionné l'amoureux de l'Islande écoute je mettrais merci beaucoup je mettrais tous les liens vers Outside ton compte Instagram j'imagine qu'on peut aussi

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le suivre je poste tout avec 3 mois de retard donc là je suis encore en train de poster mes photos du GR20 et après je vais mettre l'Islande mais oui si des personnes veulent voir un peu les photos c'est ce que je fais qu'ils n'hésitent pas à aller voir mon Instagram je pense que tu le mettras

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en lien comme ça ça m'évite de l'épeler absolument absolument je mettrai tout en description de l'épisode et on taguera tout ça au moment où ton épisode sortira donc il n'y a aucun souci encore une fois merci Steve tout le meilleur pour la suite on te souhaite plein de belles expéditions sur 2021 qui sait on reste peut-être en contact on ne sait jamais ce qui peut se passer une expédition en commun pourquoi

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pas carrément mais papa David je

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suis plus trop dans le délire de finir GR20 en moins de 5 jours donc ça ira très bien encore un grand merci Steve tout le meilleur pour la suite et écoute à très bientôt

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également

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allez à bientôt Merci d'avoir écouté cet épisode du podcast Les Frappés jusqu'au bout. J'espère qu'il vous aura intéressé, même inspiré pour vos différents projets, qu'ils soient pros ou persos. Je vous invite à nous faire parvenir vos commentaires, vos feedbacks, vos suggestions d'invités également, directement par e-mail à contact.lesfrappés.com Et enfin, si vous souhaitez nous soutenir dans cette aventure, n'hésitez pas à nous laisser une note sur les différentes plateformes d'écoute que vous utilisez, ainsi qu'à Et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao

UNKNOWN

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