SPEAKER_03

Déjà, tu as ce sentiment d'échec. Tu te dis, non mais attends, tu fais une assaillie, tu es médecin, tu es en train de traverser les Carpathes. Je ne comprends pas ce qui te rend malheureuse. Et c'est pour ça que je disais que quand tu pars tout seul, il faut vraiment avoir ce truc de je consens à quand ça va mal, dire OK, ça va mal.

SPEAKER_00

Hello Hello, c'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnelles ou encore des anciens forces spéciales leur point commun la passion pour leur projet et l'audace de se lancer alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine excellente écoute à vous les frapper Eh bien, bienvenue Tiffaine sur le podcast. Merci Loïc. Je suis très très content que tu nous rejoignes ce soir pour nous partager ton parcours, tes aventures. En tout cas, je suis impatient parce qu'il y a plein de sujets dont on va parler, je pense, qui moi m'intéressent beaucoup, que ce soit cette notion d'aventure en solitaire, on va parler de médecine, on va parler de différents voyages que tu as pu faire, d'aventure à pied, à vélo, d'ours même, enfin bon, ça s'annonce intense. Mais écoute, j'en dis pas plus et je t'invite peut-être à te présenter nous dire qui

SPEAKER_03

tu es alors moi du coup je m'appelle Tiffaine j'ai 25 ans et je suis médecin j'ai grandi en France et à 18 ans je décide de partir en Roumanie de m'expatrier pour y faire mes études voilà donc j'ai passé 6 ans là-bas dont une année de césure où j'ai habité au Moyen-Orient pendant un an et du coup mon cursus à moi il a duré 7 ans et voilà aujourd'hui je fais un un peu de montagne, un peu de bateau et je commence bientôt à bosser en Suisse pour faire ma spécialité et devenir

SPEAKER_00

urgentiste. Excellent, c'est bien résumé. C'est bien résumé, mais déjà, on voit qu'il y a plein d'univers différents qui se mêlent, donc c'est parfait. Peut-être qu'on peut commencer par le commencement, la Roumanie. Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu es partie en Roumanie pour tes études et comment est-ce que ça s'est passé aussi jeune

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Du coup, ce qui s'est passé, c'est qu'en fait, j'ai Et j'ai eu mon bac. Et pendant la terminale, j'ai déjà un peu compris. J'ai participé à ce qu'on appelle une P0, c'est-à-dire des cours de médecine avant même de rentrer en médecine. Et j'ai rapidement compris que... je suis pas très scientifique mais par contre je suis assez pragmatique et j'ai assez rapidement compris que je rentrerais pas dans les couilles du système et que j'étais pas suffisamment efficiente sur ces notions là pour ce qu'on me demandait de faire et du coup je me suis renseignée sur les alternatives et j'ai trouvé la Roumanie et en fait je sais pas si tu sais comment ça marche toi les études de médecine en France mais en gros c'est un énorme concours à la fin de la première année de médecine donc par exemple tu bosses pendant un an et si jamais tu n'as pas ce concours, tu le valides pas en fait tu te retrouves avec rien derrière, t'es obligé de recommencer et donc là tu as entre guillemets perdu un an tandis qu'en Roumanie la sélection elle se fait au début de la première année donc si jamais tu passes pas la sélection tu vois t'as un peu le temps de rebondir et de te dire bon bah j'ai le temps je peux faire ça etc et il y avait aussi le fait que les critères de sélection sont ultra différents tu vois en Roumanie on te demande ce que j'estime assez nécessaire pour un gamin qui va faire des ans d'études c'est à dire une lettre de motivation on te demandait je sais pas des lettres de recommandation les expériences de stage que tu avais pu avoir avant tes 17 ans et moi j'en avais déjà pas mal c'était un système sélectif qui me ressemblait beaucoup plus et dans lequel j'y trouvais beaucoup plus de sens déjà à 18 ans tandis qu'en médecine en France c'est vrai que c'est quand même très scientifique et on te demande beaucoup de maths beaucoup de chimie beaucoup de physique et je dis pas que c'est pas important mais je dis que pour être un bon médecin il y a aussi autre chose donc voilà donc principalement sur les critères de sélection après par peur de l'échec en fait dubitablement j'avais très peur de perdre et voilà j'avais aussi ce truc de j'étais tellement certaine de vouloir être médecin que j'avais le sentiment de pas avoir le temps de perdre tu vois j'étais tellement sûre de cette vocation qu'il y avait ce truc tu vois de je peux pas perdre un an c'est pas possible tu vois je sais tellement que c'est ça qu'il y a pas moyen que ce soit autre chose quoi tu vois j'étais tellement certaine de moi et voilà et puis il y avait aussi ce désir de partir qui il y a 18 ans aussi m'animait un peu déjà et je trouvais ça cool d'aller faire ses études en Europe de l'Est voilà donc ça c'est la première des choses après le parcours il est assez différent aussi il est pratique beaucoup plus tôt tu vois moi je me rappelle de je sais pas moi mon premier cours d'anath en première année t'es devant un cadavre on est 5 et on l'ouvre quoi tu vois c'est de l'anatomie alors qu'en première année de médecine en France c'est vrai que bah déjà t'as pas de pratique et puis la dissection c'est tu vois une méthode qui arrive vachement plus tard dans les études et ouais moi je trouvais ça important de déjà tu vois en première année avoir en fait te confronter à ce que c'était vraiment que la médecine voilà après qu'est-ce que je peux te raconter d'autre oui quelque chose d'important aussi c'est qu'en fait à l'obtention de mon bac à 18 ans je suis partie en Inde à Calcutta pendant un mois et je bossais dans un centre de fin de vie qui s'appelle Caligat qui est le plus connu de Calcutta et en fait c'est en Inde que j'ai appris que j'étais prise en médecine en Roumanie et du coup c'est là-bas que je discernais donc tu vois les conditions du choix d'un point de vue contextuel et spatio-temporel ils sont déjà assez spécifiques à cette décision qui a changé ma vie j'ai pas discerné n'importe où ni dans n'importe quelle condition et puis en plus je me rappelle on s'était fait cambrioler la première nuit donc je me retrouve encore sans passeport sans fric sans portable pour prévenir qui que ce soit et du coup les nuits on avait assez peur quand même et on avait barricadé toutes les portes des dortoirs parce qu'on ne se sentait pas super safe et j'avais réussi à donner le numéro de téléphone de mes parents au mec qui dormait dans la chambre d'à côté et du coup une nuit il a tambouriné à la porte et on a tous eu trop peur et en fait il nous a dit t'as eu la roumanie t'es prise en médecine machin et bref du coup c'est dans ces conditions là que je me suis vraiment posée et je pense que c'était une période de ma vie où les choses étaient assez claires si tu veux dans toute cette misère et Et tous ces trucs difficiles qu'on a dû voir, c'était aussi pas n'importe où, ni n'importe quand. Et voilà. Donc du coup, je suis partie. C'est une ville qui s'appelle Cluj, qui est au nord-ouest de la Roumanie. Et voilà. Donc j'ai passé six ans, dont un an de césure. Donc je me suis retrouvée avec une nouvelle promo. Et voilà. Et j'ai eu mon diplôme là, il y a trois mois.

SPEAKER_00

Félicitations. Peut-être que tu as mentionné plusieurs fois le fait que la médecine, ça s'était, j'ai l'impression, presque imposé à toi. Tu n'avais pas vraiment eu... Ça n'avait pas été un choix par défaut, c'était juste une évidence. Tu penses que ça vient d'où, ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ou qu'est-ce qui t'a attiré, en tout cas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce qui fait que ça s'est imposé

SPEAKER_03

comme ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Ce qui est fou, c'est que c'est un truc que je me suis... En fait, je n'ai pas le souvenir dans ma vie d'avoir voulu être autre chose. J'ai 25 ans et je ne me souviens pas d'avoir voulu faire autre chose.

SPEAKER_00

Tu viens d'une famille de médecins ou même

SPEAKER_03

pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non, pas du tout. Mes deux parents sont profs. Et en fait, pour être tout à fait honnête avec toi, je me rappelle d'une fois où avec mes parents, ils nous avaient traînés à la messe. Et j'étais super petite, je ne saurais absolument pas te dire quelle âge j'avais. Et moi, je n'avais pas envie d'y aller, j'étais dégoûtée, donc je faisais un peu la gueule, quoi. et comme j'étais rebelle et subversive je me suis mis tout au fond tu vois genre je suis pas du tout restée avec mes parents et je me rappelle que pendant la messe le type à côté de moi a fait un arrêt cardiaque et il est tombé raide mort et en fait je sais pas là c'est peut-être la première fois de ma vie où j'étais vraiment moi en tout cas j'ai pas le souvenir d'avoir été autre chose et je sais pas tout coulait de source tu vois je me suis approchée du type j'ai enlevé sa ceinture on m'a appelé les pompiers j'ai commencé à assez, enfin c'était ultra fluide et comme si c'était un truc que j'avais toujours su faire alors que je sais pas tu vois j'avais dû le voir dans mon cul ou des trucs comme ça

SPEAKER_00

et depuis ce jour ça

SPEAKER_03

a été évident que ça serait ça et

SPEAKER_00

rien d'autre waouh ok sacrée histoire et au final pour cette personne l'issue a été positive ou

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

aucune idée c'est ça qui est incroyable en fait je n'ai même pas le souvenir de ce qui s'est passé avec ce mec mais je me rappelle juste du sentiment de bon bah j'ai trouvé c'est bon quoi

SPEAKER_00

Ok, alors tu nous parles du départ en Roumanie à 18 ans, là encore comme si c'était quelque chose d'assez commun, mais qu'est-ce qui se passe dans ta tête à 18 ans quand tu prends cette décision et que tu sais que tu pars pour au moins 6-7 ans à l'étranger

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

franchement avec le recul je suis assez mitigée tu vois parce que en même temps ça m'a rendu très heureuse parce que comme t'as compris c'était vraiment mon rêve et du coup c'était un pays qui m'offrait ce rêve et j'avais l'impression d'y aller pour réaliser le but de ma vie et en même temps déjà il y a le fait qu'à 18 ans partir 6 ans c'est un tiers de ta vie donc tu vois cognitivement parlant à 18 ans te représenter 6 ans c'est déjà ultra chaud et Et puis après, il y a le fait, tu quittes tout et tu ne pars pas pour un petit Erasmus de 6 mois ou d'un an ou d'un an et demi. C'est 6 ans. Et tu dois tout quitter, ta famille, la personne qui partage ta vie, tes potes. Après, comme on dit, ça fait le tri. Mais moi, j'étais déjà à peu près... Enfin non, j'étais déjà sûre de mes amis et des gens qui allaient rester dans ma vie. Mais voilà, c'est super compliqué de dire à cet âge-là... tu vois t'as un peu ce sentiment du je pars mais je peux même pas te dire quand je vais revenir tellement ça va être long tu vois et puis voilà après par la force des choses on s'y fait c'est vrai que ça a été compliqué mais même tout au long des 6 ans et même encore aujourd'hui tu vois en fait à un moment donné il faut juste accepter que tu rentres dans la vie des gens que c'est toujours très intense parce que c'est forcément absolu et qu'en fait tu repars tu repars tout de suite parce qu'en fait j'ai pas arrêté de faire des allers-retours entre la Roumanie et la France tu vois et je sais pas je construisais des trucs en Roumanie et puis après je repartais 3 mois en France parce que je sais pas j'ai passé l'été ou des trucs comme ça et puis après je repartais pour 3 mois puis je revenais pour Noël et ça c'est cool pendant 1 ou 2 ans mais c'est vrai que pendant 6 ans je me souviens vraiment qu'à la fin j'étais vraiment fatiguée de devoir

SPEAKER_00

dire au revoir ouais ça c'est vrai que c'est une notion quand tu sais que t'arrives dans un endroit il y a d'un côté la nécessité j'imagine la volonté quand même de s'intégrer d'avoir une vie sociale mais de l'autre tu sais que des tu sais déjà à ce moment-là que tu vas repartir. Tu vois, si je repense, alors moi, je n'ai pas fait six ans, je n'ai pas fait une période aussi longue, mais quand j'étais en Amérique du Sud ou au Canada ou aux États-Unis, c'était ça à chaque fois. Tu vois, tu arrives, donc tu es tout content, tu es tout enjoué, mais tu sais déjà dans les rapports que tu as avec les autres et ils le savent aussi qu'en fait, c'est entre guillemets éphémère et que ça ne durera pas. Donc, c'est intéressant comme relation à gérer, je

SPEAKER_03

trouve. Et puis, ce qui est horrible, enfin, ce qui est horrible, non, c'est cool, mais ça rend le truc encore pire, c'est que comme tu sais que temporellement parlant, la relation est une ça rend le truc encore plus intense et d'autant plus dur et c'est valable pour tout pour les amitiés, pour les gens que tu rencontres j'avoue que ça j'en ai quand même souffert et après par la force des choses tu t'y fais en tout cas ça m'a souvent fait

SPEAKER_00

souffrir et aujourd'hui 7 ans plus tard quel conseil est-ce que tu donnerais à la Tiffaine de l'époque ou à celles et ceux qui nous écouteraient potentiellement qui hésiteraient à faire ce même parcours

SPEAKER_03

après je suis pas dans la meilleure période de ma vie pour donner des conseils sur médecine parce que je suis un peu en conflit avec cette vocation en ce moment je la déteste pas mais c'est un peu compliqué en ce moment donc je dirais juste que je pense que ça vaut le coup je crois que j'y crois encore mais c'est très long c'est très très long et voilà qu'il faut vraiment être à approcher et tu vois je fais souvent cette comparaison avec le sport où j'ai un peu l'impression que les efforts physiques que t'es capable de fournir sont assez représentatifs en tout cas chez moi de ce que je suis capable de donner au boulot et tu vois moi pendant ultra longtemps j'ai adoré les efforts très intenses très violents très limités dans le temps tu vois par exemple j'ai fait vachement de boxe et c'est que des trucs de 3 minutes tu vois et en fait en médecine moi j'ai toujours été une esprit j'adore aller vite, j'adore être la première et en fait en médecine au bout de la quatrième année je me suis rendu compte que c'est plus du tout ce qu'on me demandait on me demande d'être une traileuse on me demande de faire un marathon et du coup il faut vachement réfléchir à ça au fait que c'est long et à 18 ans même si on te dit que c'est long et que t'enregistres que c'est long il y a vraiment la réalité et factuellement c'est très long et puis je dirais que ça vaut le coup mais qu'il faut vraiment savoir pourquoi on le fait et que c'est bien beau de dire qu'on le fait et même si on en a les moyens dans les moments où ça va pas il y a vraiment que ce qu'il y a à l'intérieur de toi qui peut te faire tenir parce que c'est tellement dur qu'il faut vraiment que t'aies construit le pourquoi tu veux faire ça avant d'y

SPEAKER_00

aller

SPEAKER_03

ok

SPEAKER_00

ce qui encore une fois comme tu le disais tout à l'heure est pas évident à 18 ans tu vois tu dois faire ce choix avoir de la clarté sur où est-ce que tu veux aller pourquoi tu veux y aller quelle énergie est-ce que tu vas enfin comment est-ce que tu vas faire pour te mobiliser sur une période aussi longue et aussi

SPEAKER_03

exigeante et

SPEAKER_00

puis c'est loin

SPEAKER_03

c'est quand même 2500 bornes tu vois si t'as un petit coup de bouche tu peux pas prendre un petit

SPEAKER_00

train et revenir le week-end quoi tu vois là t'es tout seul c'est pas ta langue pas ta monnaie pas ton pays enfin tu vois ouais En tout cas, belle preuve de résilience et de détermination puisque tu es arrivé au bout. Tu nous l'as dit tout à l'heure, il y a eu une petite pause sur tes six années qui se sont transformées en sept. Quand on en avait parlé, on ne se voyait pas à ce moment-là. On a la chance de se voir en vidéo, mais j'avais ouvert de grands yeux quand tu m'avais expliqué ce que tu avais fait pendant cette année. Je serais curieux de savoir si tu pouvais nous en dire un petit peu plus ce

SPEAKER_03

soir. À la fin de ma quatrième année de j'ai 22 ans et je n'ai jamais pu expliquer pourquoi j'ai décidé de partir c'était un sentiment instinctif tellement puissant qui en fait n'a fait que grandir pendant cette quatrième année de médecine où je pense que je me suis sentie même si j'étais vraiment très entourée et qu'il y avait beaucoup de monde dans ma vie en fait je me suis sentie très seule et il y a un espèce de sentiment qui a commencé à germer et qui ouais ça qui s'est vraiment mis à grandir pendant un an et à la fin de quatrième année j'ai dit bon bah j'arrête, quoi. Mais tu vois, c'était pas j'arrête parce que j'en peux plus, parce que médecine, c'est trop dur. Tu vois, j'étais bien dans mes baskets, j'avais même des super notes à l'école. Mais c'était juste un espèce d'appel depuis la matière que j'ai jamais... Enfin, j'ai toujours pu le défendre, mais j'ai jamais su l'expliquer. Et je me retrouve à 22 ans à dire, écoute, j'ai besoin d'un an, je prends un an, je prends une pause. Et donc, quand on me demandait pourquoi est-ce que tu veux t'arrêter, c'était trop bizarre parce que j'arrivais pas à l'expliquer tu vois je me disais mais je le sens tu vois enfin il y a un truc c'est sûr et tu vois pourtant j'ai essayé de cristalliser tout ça quoi j'ai fait une retraite silencieuse au départ à l'arrivée j'ai écrit tout le monde ma quatrième année j'écrivais quasiment quotidiennement tu vois et en fait je me suis sentie mais linguistiquement complètement démunie et c'était ultra dur tu vois pour les gens qui t'aiment pour les gens qui te soutiennent pour les gens qui sont avec toi qui font partie de ta vie et j'ai dit mais Je suis désolée. C'est vraiment un appel depuis quelque part et j'ai tout lâché. Je quitte la médecine, je quitte la Roumanie, je lâche mon appart et je savais que je voulais aller au Moyen-Orient. Une fois de plus, sans aucune

SPEAKER_00

raison. Et ça, c'était en quelle année

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'était en 2018, un truc comme ça. Non, peut-être après, 2019, il y a quelques années, il y a 2-3 ans. Et donc, je pars au Liban. Je me débrouille pour avoir un stage à l'hôpital. Parce qu'en fait, si tu veux, ce qui est tout à fait normal, ma famille me disait... Déjà, on a du mal à te suivre. Et puis ensuite, OK, mais il faut que tu nous dises qu'est-ce que tu vas faire. Il faut qu'il y ait un fil rouge, quelque chose, machin. Moi, j'ai dû un peu articuler, construire, si tu veux, un... une espèce de ligne conductrice qui guiderait mon année. Mais c'était très superficiel. Je te dis, on me demandait d'expliquer quelque chose que je n'étais même pas capable d'expliquer moi-même. Je disais, j'ai qu'à faire ça, mais c'était quand même très superficiel. Je trouve un stage à l'Hôtel Dieu, qui est l'hôpital principal de Beyrouth, au Liban. J'arrive à Beyrouth, je me trouve une coloc, je vais à l'hôpital, je m'aperçois tout de suite que ce n'est pas du tout là où j'ai envie d'être. en fait j'avais un coloc qui était photojournaliste de guerre et qui un jour me propose de venir avec lui à Tripoli je le suis j'arrive à Tripoli et j'ai vraiment eu ce sentiment qui est tellement rare dans la vie et je me sens tellement chanceuse de l'avoir vécu tu sais t'arrives quelque part t'es face à une scène et tu te dis c'est ça tout ce que je cherchais c'est là tu vois j'ai trouvé quoi et donc en fait c'était une asso qui bossait dans la construction sur la ligne de démarcation entre les affrontements sunnites et halawites donc à la frontière libano-syrie et donc tout de suite j'ai tout lâché ma coloc à Beyrouth, l'hôpital le stage, j'ai tout quitté et j'ai bossé avec cet assaut pendant plusieurs mois et en fait on reconstruisait des murs, tout était détruit et ouais c'est ça, on construisait des murs on faisait un peu du social mais en fait on faisait, si tu veux, on bossait dans les deux camps qui étaient en train de s'affronter ça qui était super intéressant tu vois c'est qu'on bossait autant chez les sunnites que chez les à Lawit, donc on reconstruisait des deux côtés tous les immeubles qui avaient été détruits par les bombardements puis il y avait quand même encore vachement de tirs quand je me souviens et en fait ce qui s'est passé c'est que l'assaut est parti au bout de 4 mois donc je travaille avec cet assaut pendant 4 mois je m'éclate enfin ça avait vraiment beaucoup de sens ce que j'étais en train de faire et j'étais super heureuse parce que c'est unique, t'as vraiment ce sentiment d'être là où il faut au moment où il faut et de faire exactement ce que tu dois faire et en fait au bout de 4 mois l'assaut part parce que les conflits reprennent et que ça devient trop dangereux et en fait ce qui s'est passé c'est que ils ont organisé des trucs pour les gamins et il y a un jour ils ont organisé une espèce de petite colo de 5 jours pour les enfants qui vivaient là-bas et moi c'était trop marrant tu vois donc je construisais mes murs toute la journée et on me dit écoute Yves il manque quelqu'un est-ce que tu peux venir nous aider pour cette colo de 5 jours avec les enfants et en fait inconsciemment je pense que je savais déjà ce qu'allait m'arriver si j'y allais et j'avais pas envie tu vois j'ai dit non non moi les gamins ça me saoule je préfère construire mes murs ça me va très bien etc et on m'a dit non non mais là vraiment on a vraiment besoin de quelqu'un donc si tu viens pas la colo se fait pas quoi donc j'ai dit bon bah ok donc j'y vais à reculons et là évidemment bah arrive ce qu'il doit Je tisse des liens tellement puissants avec les enfants en cinq jours que c'était trop tard. On était en train de commencer à s'aimer. Le lien vraiment se construit, prend sens, etc. Et donc, quand l'assaut part, j'ai dit« moi, je reste». c'était trop tard, quoi, je veux dire, là, le lien était tellement fort, et il s'est construit de manière tellement puissante, quoi, que j'ai pas pu partir avec l'assaut, quoi. Et donc, je me retrouve toute seule à Tripoli, où pour le coup, c'était chaud, parce que, bah, deux ans, les conflits avaient repris, et puis de deux, quoi, j'étais plus du tout encadrée, quoi, tu vois, donc tous les trajets, fallait que je change de trajet tous les matins, j'y allais avec une capuche, enfin, tu sais, à Tripoli, tu vois, il n'y a pas un touriste, il n'y a pas un chrétien quand j'y étais c'était la guerre et donc là j'y reste pendant je crois deux mois je fais vachement de social il y avait une amie à moi que j'ai rencontrée au Liban qui s'appelle Nour et qui me rejoignait les week-ends puisqu'elle bossait la semaine et en fait avec Nour on a monté un film un documentaire qui n'a pas été diffusée pour des raisons politiques, parce que ce que les gens livraient pouvait...

SPEAKER_00

les mettre en danger

SPEAKER_03

potentiellement et c'était incroyable on avait sur la ligne de démarcation il y avait un immeuble qui était complètement en ruine et en fait on a invité les hommes et les femmes ce qui est absolument incroyable des deux camps qui venaient chacun à leur tour témoigner pour nous parce qu'ils nous aimaient ils ont accepté de faire ça c'était ouf et quand on faisait ça les combats cessaient il n'y avait plus aucune balle dehors donc on a fait ça ça nous a bien occupé et puis on a aussi monté une pièce de théâtre qui s'appelle 16 heures où je ne sais plus comment vivre et ouais où les protagonistes étaient assez représentatifs de qui il y avait bref on a un peu articulé tout ça avec l'art et moi ça m'a vraiment permis de survivre parce que je pense que j'aurais pas été capable de m'en tirer sans ça et voilà donc pendant deux mois je suis là je filme, j'écris je fais du social je vais acheter des médicaments j'essaie de me débrouiller un peu comme je peux mais c'est super compliqué parce que je parlais pas très bien arabe non plus écoute, je fais ça pendant deux mois, et au bout de deux mois, ça devient trop dangereux pour moi, parce que c'était quand même deux clans ennemis, c'était quand même la guerre, et à partir du moment où, ce qui est normal, les gens t'aiment trop fort, quand tu passes du temps aussi chez l'ennemi, ça devient trop compliqué de t'aimer, parce qu'ils veulent te protéger, et en même temps, je pense qu'il y a aussi une forme de jalousie, de pourquoi tu vas chez l'ennemi si on s'aime, c'est rapidement devenu assez compliqué pour moi donc je prends la décision de partir et je vais me réfugier en Jordanie donc là j'arrive en Jordanie et je suis complètement paumée je suis à peine en train de réaliser ce qui s'est passé pendant 8 mois et je fais du whooshing ça n'a pas de sens dans un truc de construction écologique où je reste quand même 4 ou 5 semaines et donc c'était trop stylé on construisait des maisons mais avec que de la boue c'était super long c'était ultra dur physiquement moi j'étais vidée de tout ce qui s'était passé avec les Syriens et les Libanais pendant tous ces mois

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Et puis, je me rends compte qu'il faut que je parte aussi. Et je me dis, je vais aller voir le désert un petit peu. Et puis après, je rentre en France. Je m'étais dit ça comme ça. J'avais conscience que ça n'allait pas trop. Je faisais des cauchemars. Je ne me rappelais plus trop de ma famille. J'étais complètement... J'étais à l'ouest. J'étais en mode post-traumatique. J'arrive dans le désert. Et en fait, tout de suite, je rencontre Zidane, qui est un bédouin, qui avait un camp à Wadi Rum. qui est le grand désert de Jordanie et en fait dans ce désert je suis restée 15 semaines je me mets à bosser pour Zidane parce qu'il voulait construire un nouveau camp touristique et comme j'avais cette skill de je sais construire des murs je commence à je bosse pour lui je fais son ciment je construis les infrastructures qu'il voulait et en échange il m'héberge dans le désert Et en fait, ce qui est cool, c'est que je suis devenue assez rapidement autonome. Et Et ouais, tu vois, j'ai pu vivre vraiment toute seule pendant 15 semaines. Je m'étais construite, j'avais soudé un lit avec du métal pour que les scorpions ne viennent pas dessus. Et je l'avais mis en haut d'une montagne. À Wadi Rum, c'est connu pour ses roches. C'est pour les grimpeurs. Du coup, j'avais mis mon lit en haut d'une espèce de colline de rocher qui était quand même à 30 mètres de hauteur, tu vois. Et j'allais dormir dessus toutes les nuits à la belle étoile pendant... pendant 15 semaines et puis je savais me repérer parfaitement avec les étoiles je connaissais toutes les constellations par coeur et du coup je pouvais marcher la nuit en sachant que si j'allais au nord-ouest à 5h de marche il y avait tel camp après j'allais rencontrer tel truc je pouvais avec la trace des serpents dans le sable je pouvais savoir lequel était mortel lequel était venimeux avec le bruit des scorpions je savais lequel c'était c'était dingue et donc je reste 15 semaines là-bas et pendant ce séjour dans le désert je construis un peu ce projet de j'ai pas envie de rentrer en avion parce que trop brutal et je décide de rentrer en vélo et donc là j'appelle mon meilleur ami qui est très athlète et je lui dis bah Antoine t'as pas un vélo je crois que je vais rentrer en vélo quoi Et du coup il m'a... J'ai récupéré un de ses vélos. Et je ne suis pas

SPEAKER_00

partie. Tu l'as fait expédier du coup en Jordanie

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non, c'est plus compliqué que ça. En fait, il est médecin aussi. Et on faisait nos études ensemble en Roumanie. Et donc, en fait, je suis allée chercher le vélo en Roumanie. Je l'ai amené en Turquie. Parce qu'en fait, rentrer en vélo depuis la Jordanie, ce n'était pas possible. Parce qu'il fallait que je traverse la

SPEAKER_00

Syrie.

SPEAKER_03

Donc, ce n'était pas possible. Donc, j'ai dû partir de Turquie, qui est le pays juste à côté. En l'occurrence, je suis partie d'Istanbul. Et voilà, j'ai

SPEAKER_00

fait Istanbul-Marseille

SPEAKER_03

comme

SPEAKER_00

ça. Ok. Alors peut-être qu'avant qu'on rentre dans le détail du trip à vélo, tu parlais de cette phase où tu t'es rendu compte que tu étais un petit peu complètement perdu et que tu avais besoin à nouveau de changer d'air. Aujourd'hui, avec du recul, tu dirais que c'était dû à quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

En fait, quand j'étais sur le front, je n'avais pas tous ces moments où je pouvais me remémorer ce qui se passait. Pendant huit mois, ça a été de l'action qui a été violente, brutale, intense, avec beaucoup d'amour et en même temps beaucoup de départ parce que... Tu vois, quand j'y repense, c'est vrai qu'il y a quand même des gamins qui sont morts dans mes bras, quoi, tu vois. En fait, tu te rends pas compte, tu vois, t'as pas le temps de le soir te dire« Ah, va commencer à passer ma journée», tu vois. En fait, t'es tout le temps dans le feu. Et après, il y a eu ce départ où, quand tu quittes les gens que t'aimes, il y a aussi ce truc de tu prends conscience aussi de... Même si, quand t'étais avec eux, ça te rendait heureux, tu prends conscience aussi, à ce moment-là, de ce qu'ils ont pu t'apporter et, en fait, ce qu'ils représentaient.

UNKNOWN

Et...

SPEAKER_03

et ouais voilà dans ce camp là de construction écologique en Jordanie en fait déjà physiquement c'était hyper dur et en fait je me rendais compte que je tenais pas la route tu vois pourtant je suis assez sportive en fait on me demandait de faire des trucs toute la journée de 8h à 20h et en fait c'est mon corps tu vois qui m'a dit mais t'es plus capable de faire ça t'es plus capable de porter aussi lourd de pleuver aussi tôt de dormir aussi peu tu vois en fait c'est ça c'est physiquement je me suis sentie tout à coup hyper fatiguée et puis ouais après il y avait les liens avec les gens que j'avais tu vois je sais pas j'arrivais à appeler ma famille quand même un petit peu et puis ouais mes amis tu vois personne comprenait trop ce qui se passait parce qu'en même temps j'en disais pas beaucoup quand j'étais à Tripoli parce que je voulais déjà j'avais pas beaucoup de moments de communiquer et puis quand je communiquais j'avais envie d'inquiéter personne et ouais tu vois c'est donc les gens que t'aimes qui te disent mais attends je comprends pas tu fais quoi là c'est quoi ce truc etc il y a la fatigue physique et puis euh et puis je fais jamais de cauchemar et là j'avoue j'en ai beaucoup fait quoi et donc c'est à ce moment là où je me suis dit bon attends là il faut que tu fasses un truc un peu un peu chill tu vas dans le désert une semaine tu trouves un bédouin tu fais une semaine de trek et tu rentres évidemment ça c'est absolument pas passé comme ça mais tu vois l'intention en fait partait de

SPEAKER_00

SPEAKER_03

quoi d'accord

SPEAKER_00

Wow, ok. Donc après cette semaine qui s'est transformée en 15, vient le temps du retour en France à vélo. La distance sur le papier, c'était quoi avant que tu prennes le

SPEAKER_01

départ

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

4000. Pour faire Istanbul-Marseille, 4000

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui. Wow, ok. Et tu avais déjà fait du vélo avant ou c'était une première

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Jamais. Ok, un classique. Excellent. Ok, donc tu décides de partir Ah ouais quand

SPEAKER_03

même Donc au début, je ne faisais pas beaucoup, mais je suis quand même rapidement montée à 100, 120, 150 par voiture. Après, c'était un vol de route. Ça veut dire que j'étais hyper légère.

UNKNOWN

Euh...

SPEAKER_03

j'étais pas du tout chargée j'avais rien en fait comme il me restait en fait pour financer cette année de césure j'ai fait un prêt étudiant parce que je voyais pas pourquoi c'était mes parents qui avaient financé ça quoi et en fait j'ai rien dépensé pendant 8 mois mais genre rien je sais même pas te dire comment je bouffais j'ai rien dépensé et du coup je me suis dit bah écoute tu prends pas de tente et tu dors comme t'es sur un vélo de route tu vas toujours suivre une route donc tu dormiras chez l'habitant dans des auberges de jeunesse, machin. Et en fait, je me suis quasiment tout de suite fait voler comme d'hab tout. Donc, passeport, argent, enfin, ma petite... mon petit portefeuille quoi tu vois c'était même pas un portefeuille j'avais tout dans un petit sac étanche c'est tout ce mythe et je me suis fait voler ce truc je sais plus en Albanie ou au Kosovo un truc comme ça donc je me retrouve au milieu des Balkans sans papier sans argent et surtout sans tente parce que du coup j'étais super légère, donc j'avais vraiment un t-shirt, un kawaii, je crois que j'avais pas de pantalon, une paire de chaussures, un pull, et c'est tout. J'avais rien pour faire la bouffe, rien pour dormir, j'avais rien quoi, tu vois. Et donc tout le reste du trip, je me suis fait héberger, je me suis fait héberger toutes les nuits, bon j'ai dû dormir je sais pas 5 ou 6 fois dehors mais ça reste quand même assez négligeable sur ces 27 nuits mais par contre du coup quand je te dis dehors c'est par terre la tête sur le vélo, pas de sac de couchage pas de tapis de sol genre rien quoi et en fait les gens me donnaient de l'argent quand même et voilà Ouais, après, c'était chaud de passer les frontières sans papier. Ça, j'avoue. Mais bon, j'ai un

SPEAKER_00

peu... Mais comment t'as fait,

SPEAKER_03

du coup

UNKNOWN

? Ben...

SPEAKER_03

C'est dur, persuader, convaincre. Je veux dire, il n'y a que ça. Tu te dis, je suis isolée, je n'ai rien, je rentre chez moi, je n'ai pas de papier. Et c'est passé pour toutes les frontières. En fait, on me demandait, si tu veux, d'aller faire un passeport provisoire. Donc, il fallait que je fasse un détour de 400 kilomètres. Je leur disais, non, attendez, moi, j'en ai déjà encore 2000 à faire, là, ça va. Voilà. Et il s'est passé à chaque fois. Donc, j'ai clairement joué de mes privilèges d'être française. Si j'avais été noire ou arabe, ça n'aurait pas été la même chose, c'est clair. Et voilà. J'en ai joué un peu consciemment.

UNKNOWN

J'avoue.

SPEAKER_00

Wow. Moi, ce qui m'impressionne, c'est le fait que tu te sois lancé comme ça, tu vois, et surtout la façon dont tu l'as fait. Enfin, je vois, tu vois, je suis en train de planifier deux, trois projets, là, dont un qui serait de faire une traversée de l'Islande. Donc, oui, il n'y a rien vraiment, enfin, c'est exotique, mais il n'y a rien de comparable avec ce que tu as fait en termes de dangerosité, de galère, etc. Et pourtant, tu vois, j'ai l'impression que, enfin, je me sentirais pas d'y aller comme ça je suis en train de regarder je fais l'itinéraire je réfléchis au matériel que j'emmène la bouffe comment je vais faire j'ai l'impression que toi ça a été j'écoute mon intuition j'y vais et elles viennent que pour eux je trouve ça hyper impressionnant donc est-ce que c'est quelque chose que t'as forcé c'est à dire est-ce que t'avais peur quand même au moment d'y aller ou est-ce que c'était pour toi là encore la chose à faire à ce moment

SPEAKER_03

là ouais non c'est marrant mais je doute de moi sur plein de trucs Merci. mais ça je m'en sens tout de suite capable alors évidemment j'en suis pas capable d'ailleurs tu vois j'en ressors toujours avec des séquelles typiquement sur le vélo je me suis fait deux canals carpiens en fait tu vois sur un vélo de course t'as les mains à 90 je suis arrivée à Marseille je ne pouvais plus écrire je pouvais plus ouvrir la porte de chez moi avec des clés je pouvais plus me servir de mes mains comme médecin c'est quand même un peu à chaque fois que je pars en expé en fait comme je suis pas préparée pour la dose Si tu veux de... de kilométrage ou de ce que tu veux je termine toujours avec des séquelles et ce qui est fou c'est que maintenant en grandissant tu vois je commence à aimer cette phase justement du avant départ où tu prépares ton expédition mais ouais au départ ouais non c'était ça et puis je me disais on verra après si tu veux je me disais pas je ferais 150 km par

SPEAKER_02

jour

SPEAKER_03

je me disais juste j'y vais et mon problème c'est que bah en fait quand je suis seule et que je fais une expédition qui a un rapport avec le sport j'ai très rapidement ce désir de performance qui en fait alimente quelque chose de super cool parce que t'es efficiente et en même temps quelque chose d'assez malsain où ton corps n'est pas préparé à ce que tu lui demandes et pourtant tu le fais quand même

SPEAKER_00

du coup par rapport à ce que tu dis comment est-ce que tes expéditions ont évolué au fur et à mesure

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

parce que après en fait Typiquement par la marche. Maintenant, je sais combien de kilomètres je peux faire avant d'être dans le rouge. Je sais ce qu'il faut que je mange. Je sais combien de temps à peu près je peux tenir sans dormir.

UNKNOWN

Euh...

SPEAKER_03

Après, la solitude, c'est encore un autre débat, mais globalement, je pensais savoir jusqu'à combien de temps je pouvais tenir sans parler à personne ni sans croiser personne. C'est aussi avec toute l'expérience que tu accumules. Après, tu as plein de petites rubriques que tu commences à connaître et tu fais des petits tiroirs et tu te dis ça, c'est OK. À partir de là, je suis dans le mal et un peu ça pour tout. Mais le vélo, c'est vrai que je ne me connaissais pas très bien. Surtout en vélo parce que je n'en avais jamais fait et je pense c'est hyper dur le vélo c'est

SPEAKER_00

hyper dur ouais surtout quand tu pars pour 2000 km avec un vélo qui est pas le tien et sur une route que tu connais pas forcément c'est 4000 4000 ouais 4000 4000 oh punaise ok alors j'ai une autre question qui me vient tu t'as beaucoup parlé de dans visiblement ce qui t'a marqué de façon positive et pas particulièrement intense sur cette année de césure, ça a été les rencontres. Tu parlais de tous les gens que tu as pu rencontrer, de l'amour que tu as ressenti et dont tu as pu bénéficier. Mais d'un autre côté, tu l'as dit, ça t'arrive apparemment fréquemment de te faire voler des trucs. Donc moi, je me pose la question, tu vois, comment est-ce que tu arrives à... Alors, je ne sais pas si c'était une question un peu futile, mais comment est-ce que tu arrives à garder cette confiance à te dire tu vois je viens de me faire piquer toutes mes affaires mais c'est pas grave demain je vais quand même essayer de trouver quelqu'un qui acceptera de m'héberger

SPEAKER_03

je crois qu'en fait t'as répondu à la question j'ai une j'ai une confiance en la vie qui est absolument dingue et je me dis Bah, sur le coup, ouais, c'est clair, c'est relou, quoi, tu vois. Et encore, j'avais mon portable. À vélo, j'avais mon portable, tu vois. Donc... Mais ouais, non, je me dis... Je sais pas, je me dis, bah voilà, écoute, c'est trop relou, c'est du matos... tu vas bosser t'en rachèteras mais par contre les gens que je vais rencontrer c'est

SPEAKER_00

vrai que je fais hyper rapidement confiance à ceux que je croise sur mon chemin ok j'essaie de me rappeler de ça non mais c'est tout bête tu vois c'est un truc moi je sais que j'ai beaucoup de mal avec cette notion de confiance par exemple selon où je

SPEAKER_01

voyage avec les autres

SPEAKER_00

tu veux dire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

avec les autres ouais selon où je voyage en fait tu vois alors je sais pas si c'est je sais pas exactement d'où ça vient mais j'ai plutôt tendance si je repense à l'Amérique du Sud très souvent à moins que je sente vraiment qu'il y a un feeling avec la personne je me dis cette personne là c'est sûr je peux lui faire confiance mais sinon j'ai plutôt une tendance à me dire comment est-ce qu'ils vont essayer de m'arnaquer comment est-ce qu'ils vont essayer de me rouler mais c'est super intéressant ce que tu dis parce que j'en arrive au fil des ans j'en suis arrivé à me demander si en fait c'est pas moi qui du coup crée les conditions tu vois ce que je veux dire les conditions du relation dans laquelle il y a peu de

SPEAKER_01

confiance

SPEAKER_00

et c'est pour ça que je te posais cette question de comment est-ce que tu fais pour à chaque fois rebondir parce que en réalité quand j'analyse un petit peu tu vois il y a plusieurs fois où j'ai fait des où j'ai été un peu déçu par des personnes en qui j'avais confiance dans des voyages tu vois des guides en montagne qui au milieu de nulle part à 4 jours de marche d'un village nous font un truc un peu pas terrible terrible tu vois et ce genre de choses tu vois où des copains des copines qui se font complètement dépouillés en plein jour par des chauffeurs de taxi avec qui ils travaillaient depuis quelques jours et qui en fait s'avéraient des faux chauffeurs de taxi tu vois je pense qu'il y a toute une série d'histoires que j'ai engrangées et qui au bout d'un moment m'ont fait passer en mode attention mais j'ai l'impression que toi c'est pas du tout le cas donc c'est pour ça que je te posais

SPEAKER_03

cette

SPEAKER_00

question tout à l'heure et en plus moi c'est

SPEAKER_03

super particulier enfin non c'est pas particulier mais c'est différent de toi à moi parce que je suis une femme et je suis très souvent toute seule dans toutes mes expéditions et du coup tu vois genre là dans la traversée des Carpathes quand j'étais en forêt j'avais peur des ours et dès que je dormais près d'un village j'avais peur des hommes et en fait même aujourd'hui je sais pas te dire de qui j'avais le plus peur et ouais non en tant que nana toute seule c'est vrai que je sais pas en fait j'arrive spontanément j'ai un smile énorme puis j'ai un peu la tchatche et en fait en quelques minutes j'ai ce truc de je le sens je le sens pas mais c'est vrai que par contre j'ai pas beaucoup de limites en fait dans la vie de manière générale vu que j'ai pas beaucoup d'attaches dès qu'il m'arrive un truc je me dis 1 est-ce que tu le sens et 2 est-ce que t'en as envie et si les deux réponses sont oui c'est feu c'est tes indicateurs ça ouais c'est ça tu vois et quand je rentre dans une famille ou je sais pas je vois quelqu'un machin j'arrive avec le smile je fais est-ce que t'en as envie est-ce que tu le sens bon bah go ou pas tu vois mais ça m'est déjà arrivé qu'on me dépose dans des endroits et qu'on me dise ah mais attends mais dors là ça va être trop bien tu vas être hyper bien etc et en fait j'arrive dans l'endroit je me pose deux secondes et je le sens pas tu vois et je me dis bah non non en fait je vais pas du tout dormir ici quoi et je reprends mes clics et mes claques et je vais ailleurs quoi une fois de plus je crois que je laisse un pourcentage de place à l'instinct dans ma vie qui est quand même très grand voire peut-être trop je pense que 10% en plus de structure ça serait pas mal mais ouais j'avoue que c'est l'instinct mais je suis d'accord avec toi que les conditions que tu donnes à la rencontre sont assez déterminantes pour le reste

SPEAKER_00

bon ça me rassure un peu de voir que c'est de l'approche qui est différente c'est pas juste que j'ai eu pas de bol c'est plus une question j'ai l'impression aussi de comment est-ce que tu t'écoutes comment est-ce que tu sens les

SPEAKER_03

choses

SPEAKER_00

et la confiance en la vie tu vois je pense

SPEAKER_03

aussi tu vois si tu pars de principe que ça va mal se passer je pense qu'il y a plus de chance la probabilité pour que ça se passe mal est quand même plus grande que si tu te dis vas-y ça va

SPEAKER_00

être cool quoi alors tu nous parlais de si je me trompe pas de la dernière des expéditions en date qui a été pour le coup plutôt plutôt longue là encore et ça a été une marche à travers les Carpathes donc là t'as aussi décidé si si Si je me souviens bien, une fois que tu as eu ton diplôme en poche, de revenir en France, mais l'avion, le train, c'était trop simple, donc tu l'as fait à pied, c'est ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est ça. Et donc là, comment est-ce que tu nous résumerais un peu cette aventure

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Comment est-ce que l'idée est née et à quoi est-ce que ça

SPEAKER_03

ressemblait

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Alors en fait, l'été d'avant, j'avais traversé les Alpes. Donc c'est le GR5 ou la GTA, Grande Traversée des Alpes, qui fait du Léman à la Méditerranée. et du coup cette année là la traversée des Carpathes c'était en fait la seconde partie de ce retour qui s'est fait à pied et le projet il est né après mon année de césure où rapidement je me suis dit que j'avais envie de donner du sens à ce retour et puis moi de manière générale j'aime bien les traversées j'aime bien partir d'un point A aller à un point B et que les deux points A et B aient du sens et que tu les relis par fort, ça c'est un truc qui me plaît j'aime bien voyager comme ça et ouais donc les Carpathes c'est la plus grande chaîne de montagne d'Europe c'est aussi la plus grande réserve naturelle d'ours d'Europe c'est

SPEAKER_00

un détail

SPEAKER_03

important carrément et du coup normalement ça part de Serbie et moi du coup je suis partie de Roumanie puisque c'était là où j'étais et Voilà, c'était un sentiment, je crois que tu ne peux même pas t'imaginer. Donc, j'ai envoyé toutes mes affaires par Atlasible, qui est la poste clandestine roumaine. Je les ai toutes envoyées à Marseille. Et genre, voilà quoi, j'ai pris mon sac de rando, j'ai fermé mon appart, j'ai fermé la clé, j'ai rendu les clés. Et je dis bon, ben voilà, ciao quoi. Je rentre après.

UNKNOWN

C'est vraiment incroyable. Et...

SPEAKER_03

Je me suis retrouvée en Ukraine assez rapidement. J'ai eu de la chance. Il y a un mec qui avait traversé l'Ukraine avant moi. par ce chemin, qui est la Traverse des Carpathes, ou ils appellent ça là-bas le Chemin Européen de l'Endurance. Et en fait, il avait écrit un topo. Et j'ai de la chance, il était français, que pour l'Ukraine, mais ça m'a déjà vachement aidée. Donc en fait, j'ai trouvé ce type sur Internet, j'ai acheté son livre, qui devait faire, je sais pas, ouais, tu vois, 30 pages, quoi. Et en fait, dans ce livre, il y avait des cartes, papier, et je suis partie avec ce truc. et j'avais lu des trucs un peu sur l'Ukraine et c'est vrai que c'était dit partout que c'était la frontière européenne enfin de l'Europe à l'Ukraine qui était la plus compliquée à passer quoi c'était dit partout que tu vas voir tu sens tout de suite à l'instant où tu mets les pieds que t'es plus en Europe quoi et donc effectivement je passe cette frontière assez rapidement et ouais c'était une hostilité mais déstabilisante Ah ouais, tout de suite. Et j'avais vachement de chance parce que je parle roumain. Et après la guerre de 1945, les pays du nord de la Roumanie ont été divisés. Et les premiers villages ukrainiens sont habités par des Roumains. Donc la première nuit, j'ai réussi à me faire héberger par des Roumains qui habitaient là. Et ça m'a sauvée parce que je me sentais... Pourtant, pour que je ne me sente pas en sécurité, je crois qu'il m'en faut quand même pas mal. Tant là, c'est peut-être que je ne me sentais pas... Tu vois, la nuit commençait à tomber. Les gens ne parlaient pas un mot d'anglais. Et puis, enfin... je sentais que je pouvais pas mettre ma tente, tu vois, genre, on me disait, non, non, mais t'as pas compris, genre, là, devant la forêt, là, c'est vraiment très dangereux, il y a des gens qui font la teuf, enfin, genre, c'est connu pour vraiment pas être safe, tu vois, genre, parce que c'était avant que je, parce que quand je suis arrivée en Ukraine, j'ai dû, j'étais pas tout de suite sur le chemin de la rando, tu vois, il y a eu comme deux jours où j'ai dû un peu chercher avant de m'y mettre, quoi, tu vois, et donc, en fait, c'est ces deux jours qui étaient compliqués, où, justement, je te parlais, je dormais à côté des villages, et, en fait, tu sens pas safe. Et du coup, je me suis fait héberger par une famille de Roumains et j'ai fini par trouver le départ du sentier. Et ouais, c'était trop marrant. C'est une immense porte en bois au milieu de nulle part. Tu passes dessous et c'est genre l'entrée dans les carpettes. Et ouais, tous les gens te regardent. Enfin, Avant que je rentre dans ce sentier, déjà, il y avait des espèces de... Je sais pas, des gens qui étaient là et qui me regardaient. Enfin... Tu vois, tout le monde a l'air de dire« Mais qu'est-ce que tu fais

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

» C'est quand tu dis que... Dans un anglais que personne ne comprend, que tu vas faire ça. Enfin, personne ne te comprend. Personne ne te croit. Les gens disent que c'est pas une bonne idée. Tout le monde te dit non de la tête. Enfin, tu vois, t'as vraiment l'impression d'être un extraterrestre, quoi. Et donc là, je rentre dans les Carpathes. Et tout de suite, tu te sens... c'est hyper particulier quoi j'ai je crois que j'ai jamais rien fait d'aussi sauvage c'est en plus j'ai commencé par par de la forêt et mes 5 premiers jours ça a été 5 jours de forêt mais tu sais la forêt euh dont la beauté est anxiogène tu sais tu sais c'est vraiment la beauté qui fait peur euh forêt super noire super dense tu avances puis t'as l'impression qu'elle se resserre autour de toi aucune visibilité euh voilà il y avait pas mal de panneaux donc en ukrainien donc évidemment je comprenais rien c'est pas même alphabet avec la seule chose que je pouvais piger c'était qu'il y avait des pictogrammes d'ours partout et au bout de deux jours je crois que je finis par trouver un panneau en anglais qui dit un truc horrible genre 1 ne soyez jamais seul 2 connaissez vos limites 3 soyez prêts aux situations d'urgence 4 soyez prêts aux températures extrêmes enfin tu vois genre le des trucs où t'as pas du tout, t'as pas du tout envie de dire ce genre de bails quand t'es dedans, quoi, tu vois. Et ouais, tu vois, le départ du GR5 pour la traversée des Alpes, c'était genre, oubliez pas de prendre trois laits d'eau, mangez bien cinq fruits et légumes, tu vois. Là, c'était vraiment genre, voilà. Et ouais, donc les débuts ont été assez durs parce que j'avais pas tout à fait compris, en fait, la... Ouais, la réalité de ce que j'étais en train de faire, quoi. Tu vois, moi, dans ma tête, c'était juste je rentre à pied. Et puis là, ça devenait vraiment... Là, t'es au milieu des Carpathes. C'est hyper déconseillé d'être tout seul. Et t'y es, quoi, tu vois. Enfin, voilà, quoi. Et les premières nuits ont été assez compliquées aussi. Tu vois, je me rappelle très bien de ma première nuit où je vois une espèce de... donc chemin évidemment bien évidemment super mal indiqué tu vois parfois il y avait des centaines de mètres où il y avait des troncs d'arbres tombés et en fait je devais enlever mon sac qui faisait quand même quasiment 17-18 kilos et je devais le porter à travers les troncs d'arbres tu vois en même temps c'était super parce que j'avais vraiment ce sentiment que ça faisait tellement d'années que l'homme était jamais venu tellement que la montagne l'avait oublié tu avais vraiment ce sentiment de il y a personne et moi je suis là tu vois c'était dingue quoi et ouais les premières nuits ouais donc les premières nuits je dormais j'ai trouvé des espèces de refuges donc c'est des espèces de cabanes mais ouvertes tu sais il y a que 3 murs enfin 3 murs de bois quoi avec un toit et ouais les premières nuits c'était super dur quoi parce que bah J'entendais des bruits, mais ce n'est pas des bruits, le petit sanglier, c'est des bruits genre des troncs d'arbres qui tombent, la griffe sur le bois qui s'entend de manière tellement claire dans le silence. Les bruits d'un truc de 500 kilos. Et tant... J'adore... Comment dire

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

quand on me dit que je fais quelque chose de déraisonnable, j'adore ça, ça m'excite. Tant là, j'avais vraiment l'impression d'être à la frontière du« c'est déraisonnable et ça m'excite» et« c'est dangereux» et en fait, j'ai peur. Et en fait, pendant toutes ces nuits, j'avais vraiment l'impression d'être à la frontière du« je me demande si je suis pas en train de faire une connerie». et voilà après c'est dit partout qu'il faut faire vachement de bruit qu'il faut vachement parler pour les ours et sauf que quand t'es tout seul tu parles de eux le reste se passe dans ma tête ou dans mon coeur et et du coup ouais je sais pas le matin je crois je mettais de la musique et puis ce qui était fou c'était que c'est vraiment la première fois de ma vie où même en plein jour tu vois à 14h tu peux en fait juste en traversant une forêt enfin même à 14h je me sentais pas safe quoi tu vois en plein jour quand il y avait le soleil qui tapait en fait la forêt elle se resserre tellement autour de toi et j'ai pas croisé quelqu'un pendant je sais pas une semaine quoi tu vois waouh

SPEAKER_00

comment t'as géré ça parce que tu parlais un peu plus tôt du fait que t'as tes indicateurs tu vois sur combien de kilomètres tu peux marcher au bout de combien de jours est-ce qu'il faut que tu parles à quelqu'un avant de devenir complètement tu vois à cran là pour le coup t'avais pas trop le choix si je comprends bien t'étais pour le coup solo solo donc comment est-ce que t'as

SPEAKER_03

géré ça en plus j'avais pas de réseau du tout du tout du tout et comment j'ai géré ça bah en fait un truc que tu vois que j'ai appris pendant ce cet expé C'était que je savais qu'en moyenne, comme j'aime beaucoup marcher, 35, c'est bien pour moi. 35 kilomètres par jour, c'est bien. Et en fait, je n'avais pas anticipé les nuits blanches. Je n'avais pas anticipé que je n'allais pas dormir parce que j'avais peur. Et du coup, tu es plus fatiguée. Après, je n'ai eu aucun moment pendant les 40 jours où je me suis dit... je suis foutue J'ai eu tellement peur à m'en dire que là, c'était trop tard. Mais il y a bien une petite dizaine de fois où j'ai eu peur pour ma vie. Et franchement, avoir peur pour sa vie, c'est exténuant. Ça dure peut-être 10 secondes, mais en fait, pendant les 6 heures d'après, t'es mort. Tellement t'as eu peur. J'avais pas anticipé que j'allais pas dormir. Je savais pas trop ce que c'était que la peur. Qu'avoir vraiment peur. C'était pas forcément que par rapport aux ours tu vois c'était aussi je sais pas ouais sur le topo il dit qu'il y a une source et t'arrives à la source en fait elle est asséchée et du coup bah tu fais quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

t'as plus d'eau pendant je sais pas combien de kilomètres enfin comment tu fais

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

du coup ça veut dire que tu peux plus faire de bouffe tu peux pas manger le soir enfin à part tu vois j'avais des barres de céréales mais moi en fait ce que je fais c'est que je mange pas la journée de repas en fait je préviens l'hypoglycémie et en fait tu peux boire à la demande mais manger à la demande en fait quand t'as faim t'es déjà en hypo donc si tu manges le temps que l'hypo remonte tu vois tu perds un peu du temps quoi et du coup moi ce que je fais c'est que bah je mange une demi barre de céréales toutes les 45 minutes ou toutes les heures et du coup je maintiens mon niveau de sucre dans le sang toujours un peu au taquet quoi et le soir par contre je mange beaucoup enfin je sais pas de la semoule des mousses chinoises enfin le genre de trucs qu'on mange je contenais un rando et ouais là t'as plus d'eau tu vas pas gaspiller ce qu'il te reste pour manger et voilà il y avait de l'eau après je me suis perdue plusieurs fois parce que c'est très mal en fait il n'y a pas d'indication en Ukraine il n'y a pas du tout d'indication les chemins ne sont pas du tout indiqués et comme ça fait tellement d'années que quelqu'un n'est pas passé en fait il y a des endroits où il n'y a plus de chemin que tu dois faire tu fais qu'avec ta boussole en l'occurrence je n'en avais pas donc je faisais avec le soleil avec le soleil, et ça m'a vachement servi d'ailleurs. Et ouais, une fois en Ukraine, je prends une mauvaise décision. En fait, je m'aperçois que je suis perdue, que j'ai plus de... donc ouais en fait c'est pas ça c'est le topo dit à cet endroit là vous rentrez dans la forêt et il vous reste 4h de marche avant le prochain village j'arrive à l'entrée de la forêt j'ai plus d'eau et je me dis bon écoute c'est 4h c'est que de la descente t'arrives au village dans 4h je sais que je peux tenir c'est bon tu vois et je commence dans la forêt et en fait il y a un moment donné où je m'aperçois que je suis perdue tu vois qu'il y a plus de chemin quoi et je me dis bon bah je vais faire chemin arrière donc je vais remonter dans la forêt et je vais finir par à retomber sur le chemin, tu vois. Et en fait, je commence à remonter et là, tout de suite, je sens que j'ai soif, j'ai la tête qui tourne. Et tu vois, en fait, quand t'es tout seul, c'est tout con, mais tu tombes dans les pommes et personne n'arrête de chercher, quoi. Et du coup, je me dis, bon, il faut être pragmatique, je suis pas capable de remonter, tu vois. Je peux plus monter, je suis à bout physiquement, je viens de faire 30 bornes, ça fait des semaines que je marche, je peux plus remonter. Et du coup, je prends la décision de... je sais pas si c'était la bonne ou la mauvaise mais en tout cas je prends la décision de couper à travers la forêt puisque tout descendait je me dis bon bah tu vas faire que descendre et il y a bien un moment donné où tu vas arriver en bas évidemment c'était une connerie et là ouais tu sais que enfin ouais c'est Platon qui dit l'instant des décisions c'est une folie et tu vois c'est tellement vrai quoi en un clin de doigt tu vois genre tu choisis et tout bascule quoi et ça j'adore j'adore mais tu vois là en l'occurrence je prends cette décision je fais 10 pas et je me dis tout de suite que c'était une connerie et que c'était trop tard j'avais choisi je pouvais plus changer d'avis et donc là évidemment c'est l'enchaînement de tout ce qu'il faut pas arriver il se met à pleuvoir je tombe, je m'ouvre le tibia j'ai galéré pendant 5 heures et là ça fait partie d'une des fois où je me suis dit là si je réagis pas rapidement je vais y passer et au final je m'en suis sortie mais j'ai vraiment galéré, je suis tombée plein de fois j'avais du sang partout, j'avais soif du coup j'ai dû boire dans des flaques complètement noires il pleuvait tellement que j'arrêtais pas de glisser la pente était tellement abrupte que j'arrêtais pas de tomber elle était tellement abrupte que je devais me raccrocher aux arbres et quasiment désescalader la forêt et du coup t'as 20 kilos sur le dos quand même l'équilibre il est pas le même il pleut donc ça glisse Franchement, en Ukraine, j'ai quand même galéré plusieurs

SPEAKER_00

fois. Et au final, ces ours, au-delà de cette aventure, celle qui avait l'air super sympa dont tu viens de nous parler, ces ours, tu as eu la chance, d'ailleurs, je ne sais pas si tu considérais ça comme une chance, mais tu en as vu ou tu as réussi à les

SPEAKER_03

esquiver

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non, j'en ai vu deux fois. J'en ai vu deux fois à la fin du voyage et... pas dressés devant moi, mais les ours, tu vois, deux fois, des gros trucs qui passent loin, rapides, et voilà, quoi. Aperçu. Mais ce qu'il y avait de assez anxiogène aussi, c'était, je voyais les traces, en fait. Tout le long du voyage, j'ai vu les traces d'ours dans le sol. Tu sais, ça, c'est vraiment... C'est ce truc dont je te parlais. C'est vraiment la beauté qui fait peur. Tu vois,

SPEAKER_02

c'est...

SPEAKER_03

Tu sais, c'est vraiment... Ça me fait vachement penser... En tout cas, ça m'a évoqué les rapports à la beauté de Kant. Tu sais qu'il dit que tu as le joli, le beau et le sublime. Et donc, dans le joli, tu as ce sentiment assez confortable du... C'est beau et tu vois, c'est gratifiant. Le beau, ça fait pareil, tu vois. Tu es face à quelque chose qui te fait ressentir des trucs et à la fois, tu te sens super confortable. Et le sublime, c'est ce que tu peux aussi rencontrer en alpinisme. ou dans des grandes voies qui gazent vachement et là j'ai vraiment eu ce sentiment là ça me fait ressentir quelque chose mais il y a vraiment un sentiment d'effroi et donc quand tu marches et que t'es démuni de mots et de penser tellement t'es face à quelque chose qui est beau et sauvage et je sais pas tu vois passer un tu vois plusieurs fois j'ai rencontré des troupeaux de chevaux sauvages qui sortent de nulle part c'est absolument sublime et en même temps là bam tu vois une trace de pattes d'ours et en fait C'est de l'effroi. C'est la beauté qui est tellement belle que tu en as peur.

SPEAKER_00

Qu'est-ce que tu avais comme exutoire pour faire sortir toutes ces émotions, sachant que tu étais

SPEAKER_03

seule

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

J'avais l'écriture. J'ai écrit quand même tout le long.

UNKNOWN

Et... Ouais, je me...

SPEAKER_03

Je ne sais pas si c'est l'autosuffisance, mais c'est vrai que je ne fais jamais le tour de moi-même. C'est très rare où je me dis« là, c'est bon, tu as tourné 20 fois autour du truc, tu as fait le tour». Je ne me lasse pas de réexaminer la connaissance. Et ce qui parfois peut être dangereux, du moins chez moi, parce qu'en fait, je me suis aperçue que dans la performance, j'ai un peu ce truc, je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu feras attention quand tu marches dans la rue et que tu penses à un souvenir qui est doux, qui est... qui est agréable qui était calme etc en fait tu vas ralentir le pas spontanément et si tu penches ça à quelque chose qui te révolte qui te met en colère en fait tu vas marcher plus vite et chez moi ce qui est dangereux quand je suis seule et quand j'ai ce désir d'efficience c'est que marcher en pensant à quelque chose qui me révolte me fait avancer plus vite et tu vas plusieurs fois dans le voyage et tu me dis non mais attends là stop en fait pourquoi tu penses ça ça te met en colère et en fait voilà quoi je crois que pour partir tout seul aussi longtemps il faut vraiment accepter qu'il faut avoir un consentement assez profond avec l'échec et il vaut mieux consentir à ces moments de down en te disant bon bah voilà ça représente moins de kilomètres mais voilà je pense à quelque chose qui me fait plaisir et je pense aussi que pour partir dans ces conditions sur l'art aussi longtemps il faut être dans une période de sa vie ça je l'avais clairement pas anticipé où où t'es en accord avec ce que t'es en train de faire quand tu pars dans un truc aussi gros je pense qu'il faut être vraiment dans un moment où tu te dis là c'est cool je fais ça et je suis hyper en accord avec ça dans un moment où tout est pas forcément cadré mais où t'es bien et moi je suis partie dans le feu et ça je l'avais pas anticipé j'avais un contexte familial qui était un peu compliqué j'avais ces études de médecine qui me causent qui me font un peu souffrir en ce moment et je suis de moins en moins d'accord avec ce qui se passe à l'hôpital je sortais d'une histoire d'amour où je m'étais encore brûlée les ailes et en fait tout ça je ne l'avais pas anticipé et en fait typiquement de J17 à J20 je n'ai pas arrêté de pleurer je ne pouvais pas m'arrêter de pleurer Et j'ai passé 3 jours, 4 jours, là, comme ça, à pleurer non-stop, quoi, tu vois. Et je savais pas quoi faire pour m'arrêter de pleurer. Et tu sais, c'était horrible. T'étais tout seul et tu te lèves, tu pleures, la nuit, tu pleures. Et en fait, ce qui est chaud quand tu pars tout seul, tu vois, c'est que, bah, moi, je suis ni sponsorisée, y a personne qui me suit. Enfin, tu vois, je fais ça, s'il y a un truc qui va mal, du coup, je peux m'en prendre vraiment qu'à moi-même, tu vois. Et... Et ouais, je suis vraiment passée par ces étapes psychiques un peu borderline, quoi. Après, bah, j'ai lu vachement de trucs qui disent que, bah, quand tu marres, aussi autant de kilomètres pendant autant de semaines en fait tu peux atteindre des états un peu de de transe Et moi, je ne peux pas l'associer à la transe. Je pense que le fait d'enchaîner les lues blanches et de marcher autant et d'avoir aussi peur et aussi soif, ça a accentué tout ce que je pouvais ressentir. Mais il y a vraiment 4 jours où je me suis retrouvée face à moi-même. Et en fait, c'était vraiment pas agréable. Mais en même temps, je suis vraiment contente de l'avoir fait. En fait, c'était comme si tous les événements auxquels je pensais étaient à devant moi de manière purement factuelle. En fait, il n'y avait plus aucun espace pour cacher quelque chose. Tu vois, c'était là et c'était, écoute, il s'est passé ça, tu as ressenti ça,

SPEAKER_02

point.

SPEAKER_03

Tu vois, il n'y avait pas de, non, mais à ce moment-là, il s'est passé ça, donc ça peut expliquer, tu vois. En fait, tout était ultra scientifique avec une lumière hyper crue. Tu sais, tu vois, c'est plein de petits événements qui supportent super mal la lumière du jour de manière générale et que tu prends toujours soin un peu de dissimuler dans ton inconscient. Et là, tout a jailli, mais de manière, ouais, c'est ça, vraiment hyper clair, quoi. et ouais ça ça a été hyper compliqué à gérer quoi hyper hyper compliqué à gérer bah déjà t'as ce sentiment d'échec tu vois tu t'es dit non mais attends ça y est t'es médecin t'es en train de traverser les Carpathes je comprends pas ce qui te rend malheureuse quoi tu vois et c'est pour ça que je disais que quand tu pars tout seul faut vraiment avoir ce truc de je consens à quand ça va mal dire ok ça va mal tu vois

SPEAKER_02

ça

SPEAKER_03

ça m'était jamais arrivé en partant même en partant plus longtemps toute seule en faisant des trucs plus durs ça ça m'était jamais arrivé donc je pense que c'est aussi contextuelle, tu vois

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

ouais c'est super intéressant cette notion de relation à l'échec en tout cas c'est quelque chose j'ai vraiment l'impression que c'est peut-être générationnel ou peut-être justement parce que j'y prête plus attention qu'auparavant mais j'ai l'impression que de l'entendre beaucoup plus en tout cas autour de moi le fait que voilà quand tu pars au long cours t'as forcément ce type de phase à gérer et donc je trouve c'est vachement enfin ça rend humble de voir que voilà relativement jeune quand même bah toi t'as eu entre guillemets à la fois l'expérience terrible et la chance incroyable de te retrouver pendant ces quelques jours face à toi-même comme tu disais où il n'y a plus vraiment grand chose que tu peux cacher

SPEAKER_03

ça ne m'étonne pas que tu as l'impression de ne pas en avoir beaucoup entendu parler parce que je crois que ce n'est pas facile à dire et c'est encore moins facile de le témoigner parce que déjà ça demande un dispositif de parole qui est quand même je crois assez compliqué parce qu'en fait il faut avoir avoir conscience de ce qui s'est passé et puis ouais tu vois moi je vivais ça comme un échec tu vois je me disais enfin tu vois quand on me disait ouais alors c'est comment ton truc machin en fait j'avais du mal à pas dire bah c'est trop cool tu vois en fait faut dire bah non là c'est dur je suis dans le rouge depuis 3 jours j'arrive pas à m'en sortir je sais pas comment faire enfin tu vois faut être enfin je sais pas comment t'expliquer mais ouais c'est presque de la honte tu vois alors que c'est stupide parce que j'avais quand même cette impression de faire quelque chose d'exceptionnel mais ouais je crois que c'est compliqué quoi tu vois et en fait j'ai eu vachement de temps à réussir à dire que ce qui se passait c'est qu'en fait j'étais assiégée par toutes les vérités qui m'habitaient dont j'avais visiblement conscience mais que j'avais choisi

SPEAKER_00

d'oublier

SPEAKER_03

waouh

SPEAKER_00

Comment est-ce que tu digères une aventure comme ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tu disais que tu es revenu il y a peu de temps. Parce qu'il y a la prise de conscience dans l'instant, je suppose, avec toute la dure réalité de ce à quoi tu étais confronté, le fait d'être seul, les conditions, la géographie, le terrain qui n'est pas évident, la météo, la peur. Il y a ce que tu vis à l'instant T, mais après coup, une fois que c'est terminé, comment est-ce que tu fais en sorte de digérer ces prises de conscience

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

parce que je crois que dans le voyage en solitaire il y a de manière plus ou moins consciente la construction de plein de trucs qui sont en train de se faire et qui chez moi passent par un désir de communion donc tu vois enfin c'est aussi ce que dit Kant on dit toujours c'est beau on dit pas je trouve ça beau alors que pourtant j'étais toute seule mais spontanément je me disais c'est beau donc moi j'ai ce désir de communion et qui passe par l'écriture et et en fait ouais c'est la construction de tous ces petits projets qui sont plus ou moins grands et la prise de parole de ce soir en fait partie clairement et ouais il y a la relecture des textes après il y a le partage des textes et voilà après il y a ce désir de quel interlocuteur tu choisis pour t'aider juste pour en parler est-ce que tu as envie de témoigner et puis après voilà il y a comment tu as envie de témoigner et moi c'est vrai que j'ai vraiment ce désir de... j'ai pas trop encore réussi à comprendre pourquoi de laisser des traces tu vois moi j'aime bien mais même pas forcément pour les autres tu vois par exemple le documentaire à Tripoli personne ne le verra jamais tu vois ou la pièce de théâtre en fait personne ne le verra jamais mais tu vois c'est plutôt à titre personnel en l'occurrence ce soir j'avais envie de parler mais mais ouais j'ai vraiment ce désir de me dire bon écoute ça a existé tu vois parce que parfois c'est tellement fort qu'en fait des années après moi j'ai jamais ce truc du j'ai peur d'oublier ce qui s'est passé et mais par contre j'ai peur de plus pouvoir me rappeler de à quel point ça a été fort et je trouve que avec les traces que tu choisis de laisser en fait il n'y a pas grand chose que tu fais au hasard et je pense que c'est un bon reflet de ce que tu as pu

SPEAKER_00

ressentir chaque question les réponses tu vois vite à la réflexion je suis un peu bouche bée là donc je pense que j'aurais il faudrait que je réécoute l'épisode aussi pour moi le digérer mais bah écoute tu parlais de partage et de laisser une trace si je me trompe pas tu avais peut-être préparé quelques-uns des écrits que tu avais« pondus» sur les Carpathes. Est-ce que tu voudrais en

SPEAKER_03

partager un

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Alors, attends, je vais y ressortir. Alors, peut-être pas sur les Carpathes, mais cette année, j'ai remonté la mer Rouge en bateau à voile et j'ai écrit quelque chose la veille de mes 25 ans que je voudrais peut-être lire.

SPEAKER_00

C'était avec Pierre Lary d'ailleurs

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Non,

SPEAKER_03

c'était sur la course aux équipiers avec un type super qui s'appelle Bernard. J'avais vachement envie de parler de médecine à ce moment-là. Le conflit avait déjà commencé, c'était il y a quelques mois.

UNKNOWN

Alors...

SPEAKER_03

25 ans demain, et je repense aussi à cette vocation qui parfois ressurgit des profondeurs, celle de soigner le monde. Cet appel qui se joue souvent de moi et à qui je reste pourtant toujours fidèle, qui dispose de mon corps et de ma vie comme bon lui chante, lui sans qui je ne pourrais vivre, qui me colle à la peau et qui ne me laisse pas tranquille. Lui que je voudrais haïr, mais qui dans les moments de grâce, épuise en une seconde tout le sens de ma vie. J'essaye souvent d'imaginer qui j'aurais été si elle m'avait quittée. 25 ans demain, au tournant de cette vie déjà remplie de mémoires denses et je me demande toujours et encore la même chose à propos du monde que peut-il voir en moi j'ai si souvent cherché refuge n'importe où dans le ventre des montagnes où à 3000 je m'y sens comme chez moi et comme si j'avais habité la terre depuis toujours dans les paroles des amis qui sauvent dans les mots qui restent et sur la poussière des gestes quand on se dit au revoir ou dans les bras du dernier homme que j'ai aimé j'ai si souvent construit les mondes pour apprendre à prendre la fuite tous ces abris qui guérissent mais qu'il faut pourtant apprendre à quitter je me demande aussi si aux 25 ans de demain on finit par trouver un refuge où on peut rester je m'imagine le prochain mais pour l'instant

SPEAKER_00

il est ici merci Tiffaine

SPEAKER_03

donc tu vois j'avais déjà ce truc tu vois il y a quelques mois je pense que c'est aussi vachement lié à la Roumanie ou ce truc dont je t'expliquais où en fait quand tu pars aussi longtemps tu jongles entre les trucs que tu construis tu pars tout le temps etc et Et tu vois, je pense aussi vachement à ce départ dans les Carpathes qui, je te disais, a été assez contextuellement chaotique. Et en fait, je me suis aperçue que tous mes départs, en fait, que j'ai pu faire en expé, que ce soit pour la traversée des Alpes, le vélo du Moyen-Orient, même là, en fait, c'est souvent motivé par un chagrin. et je me suis dit que ça serait cool de partir parce qu'on est heureux tu vois mais après je me demande est-ce qu'on a vraiment envie de quitter les choses ou les gens quand c'est précisément eux qui nous

SPEAKER_00

rendent heureux ouais ouais c'est une bonne question une bonne question d'un autre côté est-ce que enfin tu vois c'est toujours difficile à dire parce que je pense que c'est très personnel mais c'est clair que la question se pose tu vois quand tu lis les récits de certains aventuriers qui disent que globalement en fait tout allait très bien mais mais qu'il y avait cet appel et qu'ils étaient conscients de laisser derrière eux des tu vois je pense à qui m'a fait je sais pas si tu as lu tu connais ouais tu connais qui a fait je crois qu'il a fait que deux bouquins mais mais absolument hallucinant. Et le deuxième, quand il a fait deux ans de voyage en kayak avec son chien, il expliquait qu'en fait, il était dans une situation, tout était très bien, il avait un job, situation stable, etc. Mais il a eu cet appel. Donc, il est parti en connaissance de cause en sachant qu'il verrait plus sa famille, plus ses amis. Donc, je ne sais pas. Mais en tout cas, c'est clair que la question se pose

SPEAKER_03

tu vois mais ouais puis tu vois c'est le dispositif dont je te parlais c'est aussi hyper compliqué d'expliquer aux gens bah ouais tout va bien mais tu vois et on me demande souvent mais enfin c'est cool là pourquoi tu pars

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

pourquoi tu vas faire ça on pourrait le faire ensemble tu vois et en fait ouais c'est super compliqué de déjà de comprendre pourquoi tu veux le faire et après la transmission du sentiment elle est aussi elle est aussi vachement complexe quoi hum

SPEAKER_00

super intéressant en tout cas comme conversation et peut-être pour conclure on a parlé de toutes ces aventures complètement folles que tu t'es autorisé à vivre quand même super jeune et qui visiblement étaient hyper riches mais quelle est la suite pour toi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

la suite pour moi demain je fais un convoyage j'amène un bateau j'amène un bateau en Corse excellent je vais faire ça pendant 20 jours à peu près et après je commence à bosser chez toi en Suisse j'ai trouvé un contrat d'un an aux urgences Donc, je pense que ça va être principalement des urgences de montagne ou de petits villages. Je vais construire ma vie dans les montagnes pendant un an. Et après, le projet, c'est de m'arrêter. En fait, je me suis aperçue pendant les Carpathes que j'avais besoin de trois patrons dans ma vie pour être pleinement épanouie. Donc, un... un rapport avec le soin quel qu'il soit. Là, ça va passer par l'hôpital et par les urgences. Une entreprise créative, quelle qu'elle soit aussi. Ça peut être un atelier d'écriture, une psychanalyse, un entretien comme ce soir. Elle peut passer par un cours de dessin, n'importe quoi. Et la construction de projets sportifs. Tu vois

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

j'aime beaucoup faire du sport de manière hyper régulière je sais rien faire mais par contre je touche un peu à tout et j'en ai vraiment besoin pour entretenir mon corps et pour avoir les idées claires mais j'ai vraiment besoin de ce truc du tu vas monter un projet et tu vas faire et donc là je sais pas encore quelle va être la prochaine aventure j'ai déjà plein d'idées mais là il faut que je me calme et que j'augmente le pourcentage de structure par rapport au pourcentage d'instinct un bon médecin c'est sur chance aujourd'hui en Suisse

SPEAKER_00

voilà c'est ça la suite excellent bah écoute du coup on se donne rendez-vous pour échanger sur les conclusions de cette prochaine grande aventure

SPEAKER_03

à dans

SPEAKER_00

un an ça marche bah écoute Tiffaine un grand merci pour ton temps pour ce superbe partage tout le meilleur pour ton convoyage d'abord puis l'installation en Suisse surtout après et puis écoute je plaisante pas à dans un an pour le débrief

SPEAKER_03

Merci Loïc.