Et c'est ça aussi que, en étant instructeur maintenant, j'ai envie d'apporter aux gens, c'est qu'ils se révèlent à eux-mêmes. Parce que l'apnée, c'est vraiment un sport où tu te révèles à toi-même et où tu apprends à te connaître. En mer, sur un câble, en apnée, tu vois tout de suite comment se comporte la personne. Ça révèle des choses sur soi, c'est incroyable. Les faux détendus, les faux calmes, les gros bourrins, tu vois tout.
SPEAKER_01Hello, hello, c'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnelles ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les frappés
UNKNOWN!
SPEAKER_01Eh bien, écoute, bienvenue Julien sur le
SPEAKER_00podcast. Merci Loïc, en tout cas, de m'avoir proposé de participer. C'est avec grand plaisir que je répondrai
SPEAKER_01à tes questions. En tout cas, c'est génial que tu te sois libéré aussi rapidement. On a fait ça, franchement, on a été hyper efficace. Message le samedi ou dimanche, je ne sais même plus. Enregistrement le lundi. Franchement, top. On ne pouvait pas mieux commencer. En tout cas, moi, je suis ravi que tu aies pu te libérer pour nous partager certaines de tes aventures et ton parcours en général, qui est juste... complètement fou et hyper inspirant. Donc, ce que je te propose, c'est peut-être tout simplement de commencer par nous expliquer qui est Julien et à quoi est-ce que tu as dédié une bonne partie de ton temps et de ton énergie ces dernières années.
SPEAKER_00Déjà, je m'appelle Julien Moreau. Je suis originaire d'un petit village en Bretagne qui s'appelle Cancale. C'est le pays des huîtres. C'est un petit village où j'ai grandi tout seul dans une famille monoparentale élevée par ma mère. C'est un village qui est ouvert... sur la mer. C'est un village aussi où, enfant, je me suis beaucoup ennuyé. Donc, j'ai dû apprendre à faire des activités tout seul. Et donc, à partir de là, j'ai nourri un peu des rêves dans ma tête. Et quand j'étais adolescent, je passais mon temps à nager parce que ça me permettait de capter un peu mon attention, ma concentration et de canaliser un peu ma colère et ma rage parce que j'en avais beaucoup de par mon histoire personnelle parce qu'on a tous des histoires parfois qui sont compliquées et on a tous une énergie et moi j'avais besoin de la canaliser dans la natation et donc à partir de là je m'étais mis à rêver à des projets par exemple à la nage de traverser des mers à la nage parce qu'à l'époque ça me paraissait impossible j'étais bloqué dans mon petit bassin et donc voilà déjà j'avais dans la tête des idées de projets à la nage parce que je trouvais ça très très dur et puis j'ai fait mon lycée à Saint-Malo Saint-Malo, Intraméros, la route du Rhum, les skippers, les copains, l'internat, la classe voile, ça m'a ouvert le monde aussi sur... sur l'aventure, sur l'exploration j'ai travaillé pour des skippers qui ont fait aussi le Vendée Globe donc ça faisait rêver et puis après j'ai fait des études ça a été un peu compliqué, moi j'ai redoublé mon CP parce que je ne savais pas lire et écrire j'ai redoublé ma seconde parce que je voulais avoir 6 mois de vacances parce que j'avais une moyenne assez catastrophique et que c'était assez compliqué pour moi de suivre donc j'ai fait des études dans le commerce parce que j'aime beaucoup la relation humaine et c'est ça qui m'atterrissait et puis dans l'entrepreneuriat, créer moi j'ai toujours su que je travaillerais pour moi-même et je ne travaillerais pas pour une entreprise mais en tout cas si je travaille pour quelqu'un je travaille pour quelqu'un qui m'inspire énormément et quelqu'un pour qui j'ai un respect énorme et pour qui je peux donner mon temps de vie mon intellect pour réaliser quelque chose qui a du sens pour moi donc j'ai fait un IUT Tech Deco technique de commercialisation en option entrepreneuriat pour savoir créer et déjà là je me lançais dans des aventures parce que moi, j'aimais faire la fête. Donc, j'avais créé mon statut d'auto-entrepreneur et j'organisais des gros stuff en boîte de nuit. D'ailleurs, je me suis fait un peu détester pour ça parce que je concurrençais le BDE. C'est un peu vantard de dire ça, mais d'après les responsables de boîte de nuit, j'étais plus sérieux que les BDE. Du coup, j'avais récupéré plein de dates et je faisais mon argent comme ça. Je ne travaillais pas l'été, en fait. j'organisais des soirées et je faisais de l'argent. Il y avait déjà cette énergie de créer, d'entreprendre, de faire face, parce que ce n'était pas facile. Et puis après, l'envie de voir autre chose, l'envie de s'ouvrir au monde, donc Erasmus, pour maîtriser les langues. J'ai fait un Erasmus au-dessus du cercle polaire en Norvège. Autant te dire que je n'ai pas supporté la nuit polaire insupportable. En midi, 30-13 heures, il fait nuit, il faisait froid, la vie est extrêmement chère Tu étais où en Suède exactement
UNKNOWN?
SPEAKER_00En Norvège, j'étais à Arshtal. Ah, en Norvège, pardon. C'est à 150 km au-dessus du cercle polaire. Par contre, bon, aurore boréale, la lune rousse, le système éducatif norvégien est très intelligent. C'est très bien fait. On avait des cours de maximum 45 minutes. Je n'ai jamais eu des cours qui passaient aussi vite et où mon cerveau imprimait les informations. Puis c'était international. J'ai toujours été dans un contexte international. On était avec des Russes, des Anglais, des gens du Gabon, du Togo. Enfin, il y avait nationalité et puis après je suis parti en angleterre pour faire pour le deuxième semestre à birmingham et c'était bien sympa on a vu beaucoup de bière beaucoup de guinness Et ensuite, j'avais envie d'avoir un master pour prendre ma revanche un peu sur ma scolarité qui au début était chaotique. D'avoir un bac plus 5, déjà pour moi c'était mon aventure de réussir mes études, d'atteindre le niveau maximum et d'atteindre le niveau maximum dans ma famille. D'être le plus diplômé dans ma famille aussi, ça avait du sens pour moi. Donc j'ai fait une école de management. Je suis parti à l'UM Normandie et je me suis spécialisé dans les Moi, c'était International Events Management parce que je voulais toujours être dans l'événementiel, dans l'international. Et ça a été extraordinaire. C'était vraiment une bonne école. Et à partir de ça, j'ai été amené à voyager en Inde parce que j'avais pris la présidence d'une association humanitaire qui s'appelait Soleil Indien, qui consistait à apporter l'éducation en Inde et donc à construire des salles de classe. à côté de Pondichéry dans les montagnes et l'Inde ça a été un révélateur ça a été mon voyage initiatique parce que déjà j'étais énormément attiré par ce pays par l'histoire de Gandhi Gandhi qui m'a énormément inspiré depuis tout petit parce que ma maman m'avait offert une bande dessinée sur l'histoire de Gandhi et je trouvais ça incroyable l'idée d'un homme qui renverse la colonisation via des actions non violentes c'était extrêmement inspirant pour moi et donc je m'étais dit je ferais un peu comme Gandhi je ferais ma part donc là-bas on a construit l'école Et puis après, je lisais des livres d'aventure. Sylvain Tesson, Alexandre Poussin, Mike Horn, tous ces grands noms du monde de l'aventure m'ont amené à dire au revoir au groupe, à faire mon sac à dos. Et après la lecture de 5000 kilomètres à travers l'Himalaya de Sylvain Tesson et Alexandre Poussin, je me suis dit« tiens, je pars tout seul dans l'Himalaya». euh... à Lé, L-E-H, qui est dans le Ladakh, qui est tout au nord de l'Inde, donc dans la chaîne himalayenne. Et là, je suis parti dans un délire de faire l'ascension du Stock Kangri, une montagne à 6153 mètres d'altitude, donc c'est bien plus haut que le Mont Blanc. Et en allant sur place, je rencontre un Allemand qui me raconte l'avoir fait tout seul. Moi, je ne connais rien à la montagne, je suis un gars de Kankal, je ne connais rien à la montagne. Et sur une serviette en papier, il me fait un dessin de comment grimper la montagne comment atteindre le camp de base comment traverser le glacier par où passer pour atteindre le sommet et à partir de là je me suis dit je vais faire cette ascension sans guide tout seul donc faut pas le faire faut vraiment être con et je me suis lancé et à partir de là patatras j'étais trop vite le mal aigu des montagnes j'étais terriblement malade j'avais des céphalées très fortes J'étais complètement déshydraté, un petit peu désorienté. Et c'est une guide d'Afrique du Sud qui me dit« Guys, you go down right now, you're sick, you can't stay anymore on the K-Base». Et je suis descendu tout blanc. C'était horrible, j'étais claqué. Et je me suis reposé une semaine et demie ou deux semaines. Mon corps a eu le temps de s'acclimater aux 3000 mètres d'altitude déjà de l'aile. Et à partir de là, j'ai décidé de grimper tout doucement, step by step, jusqu'à arriver au sommet. C'était très drôle, parce que le jour où je... j'étais parti pour l'assaut du sommet dans la toile de tente il y avait un Sherpa qui avait fait l'Everest une fois qui avait fait des grands sommets et puis le gars il voyait bien que j'étais un galérien et il m'expliquait comment mettre des crampons parce que moi je devais passer le classier de nuit et je savais pas mettre des crampons donc je lui ai demandé ce qu'il m'explique donc imagine un peu le gars qui veut faire un sommet pour la veille et puis en fait pour partir j'ai attendu que la météo soit là et ma technique super intelligente c'était de laisser passer trois groupes d'américains, enfin trois américains devant, de me mettre derrière et de laisser, il y avait un groupe de japonais qui était en groupe, c'était trop drôle, le matin ils se levaient, ils faisaient les étirements ensemble, ils étaient en train de se motiver dans la toile de tente, je parlais comme ça, je comprenais rien, du coup j'ai laissé passer les américains devant, moi derrière, les japonais derrière et en fait je me suis dit que pour le passage du glacier au moins si je tombais dans une crevasse les américains pourraient prévenir les japonais et peut-être au cas où me récupérer mais bon on savait que s'il y avait une chute en général elle était mortelle il y avait 15 mètres à peu près de chute dans de l'eau gelée de nuit je pense qu'en 15-20 minutes mon cas serait réglé c'est ça que j'aime aussi dans l'aventure c'est qu'on ne peut pas tricher il n'y a pas de masque on doit se voir tel qu'on est c'est de l'honnêteté pure euh Et ça, ça a du sens pour moi. C'est qu'on se voit tel que l'on est. Et puis, au final, je passais au glacier. Et puis, je double les Américains. Je ne sais pas pourquoi, je voyais le dôme de neige au sommet qui brillait. Et puis, j'ai foncé tout droit, sans suivre de chemin. Autant dire que c'était vraiment n'importe quoi. Et au final, j'ai réussi à planter le Guenadu, le drapeau de la Bretagne, au sommet. Et juste en faisant ça, il y avait une partie de la couche de neige, du manteau neigeux qui s'est effondré de l'autre côté. Alors, j'ai fait un pas en arrière. Si j'avais fait deux pas en avant, je pense qu'il n'y avait plus du et voilà ça c'était ma première grande aventure tout seul et la descente a été assez rapide parce que j'étais en pleine forme parce que je m'étais bien acclimaté j'étais chargé en oxygène et voilà à partir de là je suis jamais vraiment redescendu de cette montagne j'ai réalisé qu'on avait tous un potentiel énorme que les seules limites étaient dans sa propre tête et donc à partir de là j'ai récupéré un VTT et puis j'ai quitté l'Aie pour rejoindre New Delhi en vélo. J'ai fait une partie de la chaîne himalayenne en VTT, c'était extraordinaire. Il m'est arrivé des galères, bien sûr. Je me suis retrouvé sans nourriture, affamé à des cols, gelé par le froid, à me retrouver récupéré par des ouvriers népalais qui fabriquaient la route pour l'armée. ah oui en Inde ça a mal fini cette histoire en Inde parce qu'après que je suis arrivé à New Delhi après 14 jours de VTT je suis parti à Goa et à Goa je le raconte dans mon livre d'ailleurs c'est le chapitre qui ouvre mon livre que j'ai écrit aux éditions Hugo Doc j'ai été agressé par un gang de Mumbai qui était installé à Goa et j'ai été séquestré pendant une semaine enfin pendant 5 jours donc j'ai été séquestré Un peu tabassé, mais gentiment. Surtout menace psychologique. Et ils ont essayé de vider mes comptes en France. Et j'ai réussi à m'en sortir en leur donnant de l'argent. Ils ont pris mon vélo, mon ordinateur, mon téléphone. Ils m'ont rendu mon passeport. Ils m'ont mis dans un avion. Et je suis rentré en France comme ça, billet d'avion payé par le... Par les gars du gang, quoi. Et j'en parle dans l'art. Et donc, tu vois, j'ai vécu vraiment beaucoup de choses en Inde. Et à partir de là, j'ai vécu l'enfer et le paradis. J'ai vu la misère, j'ai vu l'humanité. Et de retour en France, je cherchais l'intensité. Donc, je me suis mis à courir parce que j'étais encore étudiant, bien sûr. Et courir, c'était pas cher. Tu prends des baskets, tu cours. Et à partir de là, je me suis dit, vas-y, on va crever qui tu es dans la course à pied donc je commence par courir des semi-marathons 21 km je m'entraîne je cours mon premier marathon incroyable marathon du mont saint-michel tout plat je termine mon premier marathon et à la fin du premier marathon je fais putain je suis encore frais et là je découvre les ultra marathon et je me suis dit tiens je vais courir 100 km je vais faire un peu mon forest gump et donc je cours les 100 km de mio et là je me suis dit mais en fait on est l'être humain le corps humain est incroyable on peut aller très loin et Et à partir de là, j'ai eu mon diplôme. J'ai fait mon stage de fin d'études au festival du film d'aventure de La Rochelle pour comprendre c'était quoi le monde des aventuriers. Comment est-ce qu'ils gagnaient leur vie pour me faire des contacts. Donc je suis allé au stage, au festival pour prendre tous les contacts. Et ça m'a été très utile par la suite. Et à partir de là, j'ai rendu mon appartement que j'avais à La Rochelle. Je suis rentré chez ma mère à 26 ou 27 ans. Je suis rentré dans ma chambre d'enfance là j'ai posé mon ordinateur j'ai posé mon cerveau et j'ai fait bon qu'est ce que je veux je veux vivre des aventures je veux me battre pour ce qui est juste je veux défendre le vivant Et je suis breton. Je suis fier d'être breton. Donc, ma première aventure, c'était de faire déjà... Pas partir à l'autre bout du monde, parce que ça, je l'avais déjà fait. Donc, faire le tour de mon pays, la Bretagne, et partir de ma porte. Et donc, je me suis dit, je vais faire le tour de la Bretagne, à pied. Et je vais aller parler aux jeunes. Parce que j'avais besoin de... de prévenir les jeunes sur la situation environnementale. Parce que ne pas le faire, j'aurais l'impression de les trahir. Donc déjà les prévenir, expliquer l'environnement, le rôle des écosystèmes, qu'est-ce qui nous fait respirer, qu'est-ce qui nous fait manger, quelles en sont les dérives, quelles sont les solutions que l'on peut apporter. À partir de là, je leur ai expliqué aussi qu'ils étaient citoyens et qu'ils pouvaient changer les choses. Et j'en étais intimement, profondément convaincu. Donc je leur ai demandé d'imaginer des propositions de loi écologiques. En leur disant, tu vois, ta boîte en CM2, ta boîte en 5e, ta boîte en 3e, tu peux faire une loi et on va le faire ensemble. Et à partir de là, je me suis lancé dans une série d'éco-aventures qui consistait à faire le tour de Bretagne à pied. Donc j'ai fait le BC Dash Tour, 68 jours, 35 écoles. Après, j'ai fait le tour en vélo, j'ai fait le tour en paddle. Et là, je pourrais te parler très longuement de... de tout ce parcours un peu aussi d'influence politique, donc de lobbying éco-citoyen, où j'ai créé autour de moi un groupe d'influence parlementaire, donc en passant par les députés. Aujourd'hui, pour faire des lois, tu peux faire des propositions de loi qui viennent des députés et qui sont discutées entre l'Assemblée nationale, là où il y a les députés, et le Sénat, là où il y a les sénateurs. Et ce sont ces deux chambres qui créent les lois et qui les votent. Soit c'est le gouvernement qui fait des projets de loi et qui les soumet à à l'Assemblée. L'idée, c'était qu'on écoute ce que les enfants ont à dire, que les députés proposent une loi et qu'on gagne. J'étais vraiment convaincu que j'avais la possibilité de faire ma propre loi. Parce qu'en même temps que j'étais rentré à Saint-Malo pour faire un peu le point sur ma vie après mes études, je m'étais rendu compte en visitant mon internat qu'ils avaient arrêté le tri sélectif. Et ce tri sélectif, c'est moi qui l'avais mis en place lorsque j'étais représentant des élèves. Et je m'étais dit, mais c'est pas possible, je vais pas aller dans les 60 000 établissements scolaires pour leur dire de faire le tri et de faire au moins un effort. Donc, on va faire une loi. Mais comme moi je suis personne, on va pas forcément m'écouter donc on va faire ça avec les enfants parce qu'un enfant c'est pur un enfant il parle de son avenir donc on va l'écouter et on doit l'écouter à mon avis en tout cas et c'est là qu'est née l'idée de faire ma loi et Et c'était fou de se dire, tiens, moi, je vais avoir une influence sur la législation française. Ça, c'était fort. C'était grand. C'était comme le stock cangris. C'était une aventure politique. Un terrain inconnu pour moi. Donc, c'était... C'est un terme. C'était une forme d'ultra-marathon. Ça a été un ultra-marathon avec un match de boxe taille tous les kilomètres. C'était vraiment très... Ça a mis trois ans. Et... On a réussi. Et cette idée, c'est... idée de loi qu'on a réussi à faire voter, c'était tout simplement une idée qui venait de Adèle, Mathilde et Clémence qui étaient en CM2 à Logona d'Aoula, c'est un petit village dans le Finistère, et avec ces élèves on organise des nettoyages de plage. Qui dit nettoyage de plage dit récolte de déchets plastiques, qui dit plastique dans les océans dit bouteilles en plastique et on regarde c'est quoi, bouteilles d'eau plate en plastique. Donc l'idée consistait à mettre fin à l'utilisation des bouteilles d'eau plates en plastique dans les cantines scolaires et tout simplement utiliser l'eau du robinet lorsque l'agence régionale de santé établit que l'eau du robinet est propre à la consommation et là ça a été toute une aventure parce qu'on a fait face à des gens qui étaient contre parce que si tu vends moins de bouteilles tu fais moins d'argent donc potentiellement tu détruis des emplois donc à l'assemblée on a réussi à le présenter deux ans après en 2018 C'est quelqu'un de la République En Marche qui l'a présenté. C'était Mathieu Orphelin, l'ancien porte-parole de la Fondation pour la Nature et l'Homme. Et il présente cette idée« avis défavorable du gouvernement» par le ministre Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture, dit« avis défavorable». Il explique que cette législation ne doit pas s'appliquer en France, que ça doit être au niveau européen, blablabla. Donc logiquement, la majorité aurait dû suivre l'avis défavorable du gouvernement, la République En Marche doit suivre. Et bien incroyable, ils ont dit« fuck», ils ont dit« on s'en fout de ce que tu dis Stéphane». Ils ont voté pour. Et ça, c'était déjà... Alors déjà, la première victoire, c'est qu'on présente notre amendement, parce que c'était un amendement d'appel, c'est-à-dire que c'était un rajout au texte de loi sur la loi EGalim 2018. Avis défavorable, ils votent pour. Ça part au Sénat, amendement de suppression, ils le dégagent. Alors là, je peux t'assurer que j'étais en PLS, j'avais envie de pleurer. Ça repart à l'Assemblée, ils le réintègrent. Ça part en... EMP, Commission Mixed Paritaire, c'est la dernière étape lorsqu'il y a un texte de loi qui est débattu dans les assemblées. Et là, il s'est adopté, parce qu'on avait une des députés qu'on avait convaincue qui était présente. Je peux t'assurer que j'ai passé des heures au téléphone, j'ai passé des heures à faire des mails, j'ai eu des stagiaires, et on a réussi vraiment à influencer pas mal de monde. Et là, il y avait des gens qui n'étaient pas d'accord, ce sont les sénateurs, souvent des hommes, vieux, riches, qui ont dit que cet amendement n'était pas constitutionnel. Ça veut dire que l'idée d'Adèle Mathilde Clémence était considérée anticonstitutionnelle par certains sénateurs. Et donc, l'amendement est parti devant le Conseil constitutionnel. Tu te rends compte
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ah ouais, carrément. Et le Conseil constitutionnel a validé notre amendement. Donc ça veut dire juste pour dire« ça serait cool d'arrêter les bouteilles d'eau plate en plastique dans les cantines scolaires et qu'on prenne l'eau du robinet», on a dû aller jusqu'au Conseil constitutionnel. Donc aujourd'hui, quand on voit des gens qui se battent et qui n'y arrivent pas, je peux comprendre parce que c'était horrible. Et je n'ai jamais autant fondu en larmes que lorsque nous avons réussi à faire voter cet amendement. c'est
SPEAKER_01incroyable comme histoire je te disais avant qu'on enregistre on parle de résilience souvent sur le podcast et de détermination mais je ne la connaissais pas cette histoire je n'ai pas encore eu le plaisir de lire ton livre donc j'imagine que tu en parles un petit peu mais c'est juste complètement fou de voir ce que vous avez dû mettre en place pour quelque chose effectivement qui a l'air déjà d'une part logique et puis
SPEAKER_00tout simple donc le monde je le connais un peu. D'ailleurs, une des raisons qui m'a amené à quitter la Bretagne, à quitter Saint-Malo, c'est que je me suis longtemps posé la question moi-même si je n'allais pas m'engager, si je n'allais pas m'engager dans une députation ou si je n'allais pas créer une liste pour prendre la tête de la mairie. J'en étais à ce point-là. Rien ne m'arrêtait. J'aurais très bien pu imaginer prochain maire de Saint-Malo ou député. À partir du moment où quelqu'un se bat pour le vivant et que sa démarche est sincère, il est crédible. Voilà. Donc, tout était possible. Donc, voilà, là, je t'ai raconté l'histoire législative. Je ne t'ai pas raconté en 2018 quand j'ai tenté de battre le record du monde du plus long
SPEAKER_01triathlon. Ok. Alors, ça ressemblait à
SPEAKER_00quoi, ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Départ de Paris jusqu'à Marseille en vélo, mais en passant par Strasbourg, Lille, Brest, Bayonne, ça faisait 4550 kilomètres de vélo. Donc, ça, c'est facile. Ça, c'est c'est vraiment facile. Tout le monde peut le faire. Tu montes sur ton vélo, tu pédales. Mais en même temps, bien sûr, je vais dans les écoles, les collèges, les lycées, les universités, les écoles de commerce pour parler à ces jeunes et les sensibiliser, les éduquer et les amener à passer à l'action en modifiant leur établissement. Et à partir du moment où il y a une bonne pratique dans un établissement, c'est peut-être une pratique que l'on peut légiférer. C'est ça ma stratégie. Changer le terrain, changer les textes de loi. On ne peut faire que des lois qui concernent une réalité du terrain. Donc cette réalité du terrain, il faut la créer donc des gamins enfin des jeunes j'en ai vu pendant ce tour de France en 2018 je crois que c'était 4500 bref c'était énorme 51 conférences c'était énorme et donc après ce tour de France déjà en vélo je suis arrivé à Marseille à Marseille j'ai sauté à l'eau seul avec une planche que je traînais derrière moi c'est une pulka un peu une pulka des mers dans laquelle j'avais ma nourriture j'avais ma toile tentes, j'avais mes vêtements et je suis parti à la nage jusqu'à Monaco. Ça a duré 29 jours de nage, 290 km. Ça a été extrêmement dur psychologiquement parce que quand tu nages, tu es tout seul, tu ne peux pas écouter de musique. Ça a été plus dur que ma traversée de la Manche parce que j'ai oublié de te dire, mais j'ai traversé la Manche aussi en 2016 où j'ai fait Jersey-Saint-Malo. D'ailleurs, je suis très fier parce que je suis le premier Français à l'avoir fait. Et c'était un malouin qui l'a fait, ça me tenait à cœur. Donc des projets à la nage, j'en avais déjà fait, mais là c'était long quand même. Et pendant cette traversée, on a ramassé par exemple des filets fantômes, des filets qui étaient abandonnés au fond. Donc on a fait ça avec des pêcheurs que je trouvais sur la route. J'ai été amené à dormir à Monaco, j'ai été invité à dormir dans un yacht. J'ai été arrêté par la police. J'ai passé des caps, le cap Maubois, c'est des calanques où il y avait un courant, un contre-courant, et je nageais et j'avançais peut-être 40 cm par 40 cm, je me suis effondré en larmes, ça m'a épuisé, ça m'a tout pris. J'ai été quand même un petit peu accompagnée. J'ai été accompagnée par les filles de WeOcean, qui faisaient un documentaire sur la Méditerranée et des gens qui essaient de la protéger. Donc ça, ça faisait du bien au moral. Surtout que je venais de me faire larguer. Parce qu'au niveau sentimental, moi, j'étais célibataire. Et puis, le jour de mon départ à Paris, je me sentais tellement seul. Tu sais ce que j'ai fait
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai téléchargé Tinder. je me sentais tellement seul parce que j'ai passé ma vie à courir à droite à gauche j'avais pas de copine tu vois et j'étais mis à le truc à 1 km et puis je sais pas je me suis mis à parler à une fille tu vois elle était extra puis elle m'a rejoint plusieurs fois pendant le voyage à vélo et moi laisse moi dire j'étais tombé sous le charme j'étais vraiment genre in love et quelques jours après mon départ à la nage elle me dit c'est fini tu vois Et je devais continuer à nager en sachant que ça me déchirait le cœur, qu'en même temps, physiquement, c'était extrêmement dur. Mais en même temps, je ne sais pas, j'ai une forme de foi. J'ai la foi en moi. J'avais la foi qu'on pouvait réussir à faire voter cet amendement. Et je ne me vois pas comme un sportif. Tu vois, si je me disais que Julien, c'est un sportif, je me sentirais un peu bafoué. Je me vois plus comme un performeur, comme un artiste de la longue distance, comme un étendard de l'abnégation, comme un... comme regarder. C'est dur, c'est long, On ne sait pas si on va y arriver. Mais juste l'idée de ne pas abandonner, elle est tellement
SPEAKER_02belle. Et c'est
SPEAKER_00tellement un message fort pour nos jeunes, pour tout le monde.
UNKNOWNQue...
SPEAKER_00que ça m'inspirait moi-même, tu vois
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est un truc de débile, tu vois
UNKNOWN?
SPEAKER_00Se dire, je vais faire voter une loi, je vais faire un 6 000 dans l'Himalaya tout seul, je vais être le premier à faire gerzer Saint-Malo-la-Nage. Et là, avec mes nouveaux projets, je vis toujours très haut. Parce que même si on n'y arrive pas, on arrive toujours plus haut que ce qu'on avait imaginé. Donc voilà, Alana, je me vois comme un performeur. Ça m'inspire énormément. C'est un message un peu aux jeunes d'abnégation, de ne jamais abandonner. Jamais, jamais abandonner.
SPEAKER_01c'est un super message du coup j'ai plein de questions qui me viennent mais je vais peut-être aussi finir sur le triathlon parce que tu nous as parlé du vélo de la nage donc il y a la course quand même à un moment donné
SPEAKER_00et bah oui une fois que je suis arrivé à Monaco j'ai terminé en course à pied et donc j'ai fait Monaco Paris en courant et donc là bien sûr je continuais à être dans les étapes et comme j'avais pas eu le temps de tout organiser parce qu'à côté c'est des mois et des mois de préparation pour trouver des partenaires trouver les écoles et des fois j'étais tellement épuisé que je finissais pas mes étapes je dormais dans les abribus j'ai dormi dans la rue j'ai dormi je me suis perdu dans la montagne un jour j'ai passé une nuit comme un j'avais rien en plus j'avais tout enlevé j'avais enlevé ma toile de tente j'avais enlevé tout pour être le plus léger possible euh Et puis ça a fini en beauté à Paris avec mon partenaire ISTA, BWT. On a été une cinquantaine à courir. Et voilà, je venais de réaliser un truc complètement fou. Enfin, les journalistes disent toujours le défi fou de Junien Mouraud, mais...
SPEAKER_01Ouais, je pense qu'un triathlon à travers la France, on peut y attacher... 150, vas-y, dis.
SPEAKER_00161 jours sur la
SPEAKER_01route. 161 jours.
SPEAKER_00C'est énorme. 51 conférences, 4000 ou 4500 élèves rencontrés, un amendement voté, des rencontres avec des députés. J'ai dormi aussi chez des députés par exemple la députée de Bayonne j'ai dormi chez elle et je lui montrais les vidéos des poussins broyés je lui ai dit mais regarde les poussins broyés toi t'es députée pourquoi demain tu proposes pas un amendement qui mette fin au broyage des poussins et elle voulait pas regarder la vidéo et moi je considère que c'était mon devoir de ces gens d'aller chez eux d'aller parler à leur coeur tu vois il y a plein d'activistes avec les politiques ils attaquent frontalement mais ça marche pas il faut aller prendre leur coeur Et c'est ce que j'essaie de faire en parlant aux enfants. Tu arrives à prendre le cœur d'un enfant, il va venir dans la famille et il va parler dans sa famille et peut-être qu'on va influencer les choses. Donc ça peut être un peu naïf dit comme ça, mais c'était ma manière de faire les choses, en tout cas à l'époque, parce qu'aujourd'hui, c'est moins comme ça. et puis après ce Tour de France j'ai voulu faire un Tour de France en catamaran je voulais voir si j'étais un marin donc j'ai un catamaran de sport que j'ai mis aux couleurs du projet qui était mon école écologique parce que l'objectif quand même dans le terrain et dans la législation c'est de créer des écoles écologiques de créer des écoles qui réfléchissent à la gestion de l'eau, des déchets leur alimentation et tous ces sujets importants
SPEAKER_01ça c'était en quelle année le tour de France en catamaran
UNKNOWN?
SPEAKER_002019, juste après. Et là, j'ai eu une avarie. En fait, ça faisait 13 jours que j'étais parti. Ça faisait 3 jours que je naviguais tout seul. Et au large de Saint-Valérianco, ça veut dire en face des falaises, des grandes falaises normandes, la mer est montée, la houle est montée, le vent commençait à forcir. Et à un moment, j'étais vent arrière, grand largue. Le catamaran avançait bien. Moi, j'étais serein. J'étais dans ma en train de dire bravo julien ça y était en train de devenir un marin voilà c'est super je me voyais déjà faire la mini transat la route du rhum et la rafale je lance l'écoute de SPIE. Le SPIE, c'est une très grande voile à l'avant du bateau qui donne beaucoup de puissance au bateau. C'est comme si j'avais le pied sur l'accélérateur. Là, je lâche cette écoute et cette écoute vient s'enrouler autour des haubans. Les haubans, ce sont des câbles en acier qui tiennent le mât pour ne pas qu'ils tombent. Et là, en fait, ça fait un nœud autour du hauban et c'est comme si mon pied était enfoncé sur l'accélérateur. Et là, le bateau commence à se retourner parce que c'est un catamaran, ce n'est pas un monocoque. Je J'essaie de choquer la grand voile. Et là, c'était tellement violent que le bateau se retourne. J'ai glissé. Je n'ai pas pu choquer la grand voile. Et en l'espace de 3 ou 4 secondes, je passe de tout va bien à mon bateau complètement reversé. C'est-à-dire que le mât n'est pas posé sur l'eau. Le mât est enfoncé vers les profondeurs. Ça s'appelle un chapeautage. À partir de là, je passe en mode naufragé. C'est-à-dire que j'ai un problème. Je préviens le cross-greener. Oui, bonjour. Il connaissait mon projet. j'ai chapeauté je tente de ressaler le navire donc là à partir de là je mets tout en place je rentre le foc je rentre le spi je déploie ma barre de ressalage c'est une barre en acier qui c'est un peu comme un mât mais dans l'autre sens et là je remplis un sac d'eau de mer pour faire comme s'il y avait un deuxième coéquipier avec moi pour faire du poids et là je me suspends à la barre pour essayer de ressaler le bateau impossible impossible je peux t'assurer que je suis quand même costaud et quand je fais quelque chose je suis bien vénère et j'y vais et le mât c'était rempli d'eau
SPEAKER_01ah ouais d'accord
SPEAKER_00donc c'était impossible ça te faisait une
SPEAKER_01quille en fait c'est
SPEAKER_00ça ça faisait une quille t'as trop bien résumé on me l'avait jamais dit comme ça ça faisait une quille donc là j'ai un voilier qui a quitté le port de Dieppe qui avait entendu mon message sur la VHF qui vient m'aider même avec un bateau et un marin d'exception, René du bateau l'a pensé, on n'a pas réussi à le ressaler. Donc autant dire que ce n'est pas un problème humain, ce n'est pas un problème de connaissance, c'était vraiment technique. Et donc là, la SNSM arrive, on remorque le bateau, les gars de la SNSM sont super, ce sont des gens qui sauvent des vies, il n'y a rien à dire, mais ils ne connaissaient rien au bateau à voile, donc ils disent, vas-y, on ne va même pas essayer de le ressaler, et ils l'ont tracté sur sur 15 ou 20 kilomètres à l'envers et donc là ils ont le mât cassé le mât faisait 7 mètres ou mieux donc le bateau était détruit moi j'arrive au port de Dieppe en état d'adrénaline extrême et un peu choqué et un peu démoralisé et puis là physiquement je commençais déjà à être épuisé parce que je m'étais jamais reposé j'avais pas de chez moi j'avais pas d'appartement je Je passais mon temps à courir. En plus, j'avais écrit mon livre. C'était un peu un rythme effréné. Je ne voyais pas beaucoup mes amis. Je passais beaucoup de temps à la radio, sur les plateaux de télé, à écrire un livre, dans les écoles, soit à courir, à nager. Et à partir de là, je sentais que le corps a commencé à lâcher. Et puis le bateau, il ne pouvait plus avancer. Donc j'ai commencé à aller en vélo. Et heureusement, les jeunes, ils me donnaient beaucoup d'énergie. Mais ça a été très dur après. Ça a été très dur parce que c'est dur de tenir un mental quand le physique est moins là. Et puis perdre un bateau, c'est un peu perdre comme un... Ça a une âme, un bateau. J'ai l'impression d'avoir perdu quelqu'un, d'avoir perdu un ami. Et puis, bien sûr, je m'en voulais de ne pas avoir réussi ce défi. En fait, c'était la première fois que je ratais. C'est mon premier échec.
SPEAKER_01Mon premier vrai échec. J'allais te la poser, cette question, parce que c'est vrai que toutes les aventures que tu évoquais, quand on parle, on sent que tu es quelqu'un qui est dans l'action, qui est fonceur, qui entreprend plus que... simplement se poser des questions mais ça donne vraiment l'impression du coup que c'était assez quelque part que tout s'est passé de manière fluide même si tu l'as dit tu vois il y a eu des challenges ça a pris plus de temps que prévu mais jusque là moi ce que je retenais c'est qu'à chaque fois tu y étais arrivé et donc là c'est intéressant de voir comment est-ce que ça s'est passé ce premier échec entre guillemets ou en tout cas cette aventure qui n'allait pas au bout comme tu l'avais prévu
SPEAKER_00et bah on parle souvent des échecs les échecs c'est apprendre les échecs ça rend plus fort moi cet échec il m'a vachement atteint Il m'a vachement blessé. Il m'a affaibli. Il m'a affaibli dans ma confiance. Il m'a affaibli aussi au niveau de mes partenaires. Et j'ai mis du temps à m'en remettre. Et puis en même temps, j'étais fatigué un peu de... de cet engagement écologique qui était très prenant, psychologiquement. Il y avait aussi cette angoisse au niveau de la destruction du vivant. On parle de soltalogie, je ne sais plus comment on appelle ça. C'est le matin, je me réveillais et je pensais à la destruction du vivant, à la destruction de nos biens communs, la disparition des espèces. J'y pensais tous les jours, ça me bouffait, ça me bouffait. J'agissais de tout mon être pour essayer de faire changer les choses et je voyais bien que ça marchait pas donc ça me tuais je voyais mon bateau qui était détruit ça me ça me plomber l'âme et à partir de là je me suis dit je vais faire quelque chose d'encore plus concret que des lois que de la sensibilisation de l'éducation que des actions terrain dans les établissements scolaires je vais planter des arbres j'avais besoin de mettre les mains dans la terre Donc là, en 2020, mon projet, c'était de planter 1000 arbres. Il fallait trouver un terrain, il fallait trouver les finances. J'ai réussi à tout faire. Et on a planté 1000 arbres en février 2020, un mois avant le confinement. Donc moi, c'était un peu mon éco-aventure finale. C'était un peu pour me soigner, en fait, de cette perte du bateau, de cet échec. Et puis, planter des arbres avec des enfants, c'est un acte d'amour. C'est un acte d'espoir. C'est beau. Et c'est concret, quoi. On améliore la qualité de l'air. Ça mange du carbone. Ça améliore la qualité de l'eau. Pour la biodiversité, ça fait des habitats, ça fait des ressources. Donc, c'était parfait. Et puis, moi, après cette action, j'avais besoin de prendre du temps pour moi. Et du coup, j'avais décidé de partir au Pays Basque pour faire une petite pause. Donc, je suis parti dans mon van. Et là, le confinement a été annoncé. Et j'avais réussi à trouver un appartement quelques jours avant. Et j'ai fait mon confinement tout seul dans mon appartement. Et là, ça a été aussi très dur quand même. De la solitude. Parce que du coup, j'étais au Pays-Bas, j'avais pas mes copains à côté. Et ouais, là, ça a été un peu une phase de démotivation, une perte de sens. Je devais proposer des nouveaux projets à mes partenaires, mais avec le Covid, ça nous a tués. Il parlait devant des enfants masqués. Je ne me voyais pas. Je n'avais plus la foi. Je me suis concentré sur moi. J'ai rencontré quelqu'un. Hélas, on n'est plus ensemble.
UNKNOWNMais...
SPEAKER_00je me suis reconcentré sur moi sur le sport et je me suis ouvert à d'autres activités donc je surfais déjà beaucoup et j'avais besoin de reprendre un peu confiance en moi après mon échec du bateau donc je surf depuis mes saisons et je me suis mis au surf de groupe essayer de surfer des grosses vagues des vagues puissantes des vagues sur lesquelles tu te sens vraiment vivant et t'as des sensations extrêmes donc moi j'arrive à surfer 3 mètres j'arrive à prendre des vagues ah quand même ouais les basques surfeurs ça les fait rire mais c'est pas énorme mais par contre je me suis entraîné à Athlet Factory dans les Landes où ils font de l'apnée dynamique pour les surfeurs pour survivre dans les grosses vagues et il y a une session où je suis allé il y avait 5 mètres de vague j'ai pas réussi à partir parce que ça me faisait extrêmement peur quand t'es en train de partir sur une vague qui fait 5 mètres de haut waouh laisse moi dire que c'est ultra impressionnant Je n'ai pas osé partir. Et ça veut dire que je ne suis pas parti, mais j'ai pris la série derrière sur la tête. Donc, j'ai pris des vagues de 5 mètres sur la tête. Et ça s'est bien passé parce que je m'étais entraîné, parce que j'avais un gilet d'impact, un gilet de flottaison qui me fait remonter à la surface.
UNKNOWNEt...
SPEAKER_00Et qu'est-ce que c'est l'apnée dynamique alors
UNKNOWN?
SPEAKER_00Tu fais des séances d'apnée, mais en nageant, sous l'eau, sur l'eau, en faisant monter le BPM pour simuler des chutes dans les vagues.
SPEAKER_01tu pourrais rester sous l'eau dans des rouleaux assez longtemps
SPEAKER_00voilà c'est ça et donc moi j'ai kiffé tu vois mais je peux t'assurer que c'est tellement impressionnant des vagues de 5 mètres qui t'arrivent sur la tête et c'est ça que j'aime bien on retourne dans l'aventure parce qu'on peut pas mentir on peut pas tricher quand t'es tout seul dans l'eau et qu'il y a une vague de 5 mètres et puis qu'il y a 2 puis il y a 3 vagues qui arrivent et c'est ça que j'aime dans l'aventure c'est l'honnêteté c'est la sincérité et puis t'apprends à te connaître et donc j'ai jamais réussi à prendre une vague de 4 ou 5 mètres juste du 3 et encore je m'étais fait pulvériser mais ça a permis de reprendre un peu confiance en moi en tout cas dans ma relation à l'océan j'avais un peu le sentiment que l'océan m'avait trahi je me disais tiens je me bats pour te protéger et tu m'as trahi et là je renouais avec lui et l'océan m'a soigner, tu vois, au contact en surfant, que ce soit des grosses vagues ou juste des sessions en longboard à la Côte des Basques, même des sessions de nuit que j'ai faites à la Fitenia avec un ami. Voilà, c'était la manière de me soigner. Et à force de faire du surf et faire des entraînements d'apnée, je me suis rendu compte que j'adorais l'apnée. Et j'en fais aussi depuis longtemps. Et pendant des vacances en Espagne, à la Costa Brava, j'ai J'ai remis monopalme parce que quand j'étais adolescent, je faisais beaucoup de natation et je faisais aussi de la nage avec palme. Ma spécialité, c'était le 50 mètres en apnée en sprint. D'ailleurs, j'avais participé au championnat de France 2006. J'étais un tout gamin. Et là, je m'amusais avec monopalme à descendre en Espagne, en profondeur. Je ne sais pas, j'étais peut-être à 10, 15 mètres. Et là, je me disais, mais Julien, c'est une évidence. En fait, ton film préféré, c'est quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est le grand bleu. Tu sais nager. T'adores être dans l'eau. Donc tu nages. Tu fais du bateau. T'étais un peu frustré parce que t'étais sur l'eau et t'étais pas dans l'eau. D'ailleurs, ça c'est vrai, quand j'étais sur mon bateau, ça me faisait chier parce que j'avais toujours envie de sauter dans l'eau. Et donc cet été, j'ai pris la décision de me consacrer à l'apnée. L'apnée, ça serait mon nouveau sport. Donc, comme je fais toujours tout à fond, je fais tout à fond. Je rentre de vacances. Je vais à Hendaye, à Planète Océan. Et là, je passe la formation. Je passe mes niveaux de Paddy Freediver. Donc, première plongée, je vais à 20 mètres et ainsi de suite. Je vais à 25, je vais à 30 mètres. Je passe les niveaux, j'apprends à sauver les gens en profondeur. Et là, je deviens instructeur d'apnée Paddy. Wow, trop bien. Mais pour moi... Pas dit, ce n'est pas les meilleurs. Il faut que je devienne instructeur AIDA. AIDA, c'est l'Association Internationale de Développement de l'Apnée. C'est une référence dans le monde de l'apnée. Ça a été créé par des Français, mais maintenant, c'est une référence mondiale. Et puis, un instructeur d'apnée AIDA, il descend à 40 mètres. Tu imagines, 40 mètres, ça me paraît énorme. Et moi, je ne descendais qu'à 32 mètres, déjà à Randaï. Donc, je pars en Méditerranée. Je rejoins l'école Abyss Garden, Et puis là, je m'entraîne pour essayer d'aller à 40 mètres en poids constant. En poids constant, ça veut dire que tu pars, par exemple, j'ai une combinaison de 5 mm d'épaisseur, je mets 4 kg et je dois descendre avec 4 kg et remonter avec 4 kg. Ça n'a pas
SPEAKER_01d'aide pour la descente ou la montée.
SPEAKER_00Exactement. Ce n'est pas comme dans le grand bleu, on appelle ça du dos limite. Tu descends avec une gueuse et tu remontes avec une bulle d'air ou du poids variable. Là, tu ne sais vraiment que la force humaine.
UNKNOWNEt puis...
SPEAKER_00Et puis bien sûr, il m'arrive des galères, parce que ce n'est pas facile. Sur une petite plongée, je me blesse, ça veut dire que je remonte et je crache du sang. Parce qu'en plongée, en apnée, ce n'est pas comme en bouteille où on respire et on a les poumons qui font la même taille en profondeur qu'à la surface. Là, les poumons sont comprimés, comme des petites oranges. Et le problème, c'est qu'on peut se blesser, parce que des poumons qui sont écrasés, si tu fais un geste trop brusque sur la cage thoracique, tu peux t'arracher des alvéoles. Si t'as un réflexe, une contraction respiratoire, genre tu sais quand tu fais de l'apnée, des fois t'as des... ça ça peut t'arracher des alvéoles aussi si tu fais du bruit quand t'envoies de l'air dans les oreilles quand tu fais une compensation ça peut aussi arracher des alvéoles et là je m'étais un peu blessé et je crachais du sang donc ça veut dire stop faut laisser le corps se reposer j'étais arrivé que à 34 ou 35 mètres donc bon merde je suis pas instructeur AIDA j'y arrive pas et là je vais aux urgences quand même faire un scanner pour vérifier l'état de mes poumons voir si si j'ai pas une hémorragie quand même parce que je crachais du sang et il voit rien donc pas d'hémorragie et là je pars à Nice voir Carl William Carl William c'est le médecin qui gère le service de tu sais quand t'as les gros bâtiments où ils mettent de la pression dedans les caissons hyperbares il gère les caissons hyperbares et puis c'est le médecin référent de la fédération et je lui passe du coup mon scanner des poumons pour qu'il analyse et il regarde il me dit il n'y a rien il n'y a pas d'œdème pulmonaire donc là je suis rassuré donc il faut qu'on comprenne d'où vient le sang et là je vais voir un ORL qui me met une caméra dans le nez et qui l'enfonce c'est pire qu'un test PCR il m'enfonce enfonce et en fait il me montre toute ma trachée mes cordes vocales quand je parlais je voyais mes cordes vocales qui parlaient c'était trop bizarre et il me disait que j'avais une hypercapillarité et que sûrement le sang viendrait de cette zone là donc je repars tout content, il me dit que je peux replonger et là j'observais un peu les vidéos comment font les champions pour aller profond et moi à l'époque je plongeais avec un masque donc je me dis j'enlève mon masque et je prends juste un pince-nez parce que je vais pas avoir besoin d'envoyer de l'air dans le masque parce que ça gêne énormément donc je plonge uniquement les yeux ouverts dans l'eau avec un pince-nez et à partir de là ça m'a vachement libéré parce que j'ai pu me relâcher et au bout d'un moment j'ai réussi à aller à 36 mètres puis à 38 et puis à 39 jusqu'à arriver à 40 et 41 et et en fait tout n'est qu'une question de relaxation de relâchement l'apnée en profondeur tu peux pas le faire en force tu peux pas être un fantassin des profondeurs il faut vraiment être malléable laisser vraiment la pression te prendre et c'est comme un gros câlin puis tu sais il y a cette phase de chute libre au début tu pars en monopalme 15 mètres, là je remplis ma bouche d'air parce que je vais plus avoir assez d'air dans les poumons en profondeur ça s'appelle le mouse feel, la bouche pleine à 23 mètres ça y est je suis en chute libre c'est à dire que je coule à 1 mètre seconde et là c'est un free fall c'est incroyable tu chutes dans les profondeurs jusqu'à 40 mètres comme ça les sensations sont dingues et puis pareil comme en surf comme dans la montagne tu peux pas mentir tu peux pas tricher t'es dans l'instant présent t'es à 40 mètres de profondeur Et c'est beau. C'est beau et je me sens bien. Qu'est-ce qui fait
SPEAKER_01que tu passes à une certaine profondeur, tu es en free fall
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que tu n'as plus la poussée d'Archimède. D'accord. La poussée d'Archimède est négative. Par exemple, toi, juste en slip et à partir de 30 mètres, ton corps écoulerait.
SPEAKER_02et comme moi
SPEAKER_00j'ai une combinaison et je mets du poids c'est à partir de 23 enfin à partir de 15 mètres je suis en point neutre et pour vraiment avoir une bonne vitesse on fait point neutre plus 10 mètres enfin plus à peu près 10 mètres donc moi à partir de 23 mètres j'ai une alarme j'ai une montre en fait qui indique ma profondeur et cette montre je la mets dans ma combinaison et je la mets derrière ma nuque et il y a une alarme donc ça fait bip 15 mètres je remplis ma bouche bip 23 mètres je j'enlève mes bras devant ma tête et là je me laisse couler Et j'ai plus qu'à gérer ma compensation. Donc envoyer de l'air dans les trompes de stache, dans l'oreille moyenne, pour que les tympans n'implosent pas. Sinon les tympans sont écrasés par le poids de l'eau et ils pourraient imploser. Et là ce serait une douleur extrême et une blessure grave. Et puis tu me connais, je suis un peu ambitieux tout ça. Donc moi l'hiver c'est une période qui me déprime. J'ai réussi à devenir instructeur Padi. J'ai réussi à devenir instructeur Aïda. Super. Mais ce n'est pas assez pour moi. Ce n'est pas assez. Donc, qu'est-ce que je fais
UNKNOWN?
SPEAKER_00Là, je suis arrivé hier. Je suis parti cinq semaines dans les Canaries, sur l'île de Lanzarote, pour m'entraîner avec une question très simple. Est-ce que moi, Julien Moreau, grand rêveur, j'aurais la capacité
UNKNOWN?
SPEAKER_00de participer au championnat du monde. Tu vois le délire un peu
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je continue à pousser le truc. Donc, je pars au Canary. Je suis sur la bouée à Lanzarote avec Franck Daouben, qui est un mec qui écrit des bouquins. Je suis logé dans l'appartement de Christian Vogler, qui est l'entraîneur de l'équipe de France Apnée Elite. Et ça, c'est un truc que j'ai toujours fait. Quand j'ai un objectif, je vais voir les gens qui connaissent. Je vais voir les meilleurs. Sur Instagram, je parle aux champions. Je n'ai pas peur de poser des questions. Je n'ai pas peur de passer pour un idiot et j'y vais toujours à 100% et je m'entraîne je m'entraîne donc j'essaie de faire du 40 mètres une zone de confort donc les deux premières semaines je plongeais à 40 et puis 45 puis 47 incroyable 47 et puis il fallait que je passe cette porte des 50 mètres et donc on met la bouée mon coach me dit c'est bon t'es prêt j'ai le temps d'apnée j'ai la relaxation j'ai la compensation je pars pour 50 mètres 50 mètres c'est la hauteur de l'arc de triomphe ah ah ah ah Donc quand tu réfléchis comme ça, tu te dis que c'est quand même
SPEAKER_02énorme.
SPEAKER_00Mais il ne faut pas voir l'apnée en temps, l'apnée en profondeur. C'est un concours de décontraction et de relâchement. Donc je pars sur ce 50. Ça a été la plongée la plus agréable de ma vie. La chute libre était longue, était bonne. J'ai mis une minute pour arriver à 50 mètres. Et en fait, j'arrive à 50 mètres. Et la remontée, je remonte tout doucement. Tout doucement. C'est un kiff. C'est un voyage dans l'élément premier, dans la mer. Et en profondeur, je me sens bien. Je me sens un peu en sécurité. Là où, naturellement, tu te dis« Putain, mais mec, c'est pas ta place, tu dois remonter.
UNKNOWN»
SPEAKER_00Je prends un kiff total. J'arrive à la bouée. Respiration de récupération. I am OK. Tout va bien. Je regarde la montre. Le câble, en fait, c'était étendu. Et je n'étais pas à 50. Je me suis retrouvé à 52,2 mètres. J'étais à 52 mètres de profondeur. C'est-à-dire que j'étais à 6,2 barres de pression.
UNKNOWNVoilà.
SPEAKER_00Je suis trop content. On fait des photos avec le coach. J'ai réussi à passer les 50 mètres. Ça n'a jamais été aussi facile de ma vie.
SPEAKER_01C'est incroyable.
SPEAKER_00Les sélections pour participer aux championnats du monde AIDA, c'est 70 mètres. Ça veut dire qu'aujourd'hui, je suis à 18 mètres d'une éventuelle sélection pour les championnats du monde. Hélas, parce que ça serait trop facile, 10 minutes après la plongée, qu'est-ce qui se passe
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je crache du sang. Mais là, je crache du sang, genre des beaux gros glaires de sang. Et donc, pour moi, on n'en est pas sûr, mais ça ressemble à un œdème pulmonaire. C'est-à-dire que les poumons, ils n'ont pas dû supporter cette nouvelle pression. Ça a été trop d'un coup. Parce que d'habitude, on fait du plus deux. Et là, à cause de... J'étais parti déjà pour un plus trois. Mais comme le câble s'est étendu, ça fait un plus cinq. donc c'est à dire que j'ai eu pour la première fois un temps d'exposition à six barres de pression un peu trop long pour les poumons donc le temps de succion a été trop fort et donc on crache du sang c'est très commun Enfin, il ne faut pas le banaliser, mais ça arrive très souvent dans un apnée. Je n'ai pas eu de problème respiratoire après, mais quand même, c'est une blessure. Donc, ça veut dire que l'apnée, là, moi, j'ai le mental et j'ai le physique pour aller très profond. Il aurait mis 60 mètres, c'était pareil. Je sais que j'y arrivais très bien. Mais le problème, c'est qu'il faut préparer la fibre pulmonaire. Donc, je vais devoir reprendre, là, petit à petit, l'apnée en profondeur et laisser le corps se préparer. Il faut être une tortue, il ne faut pas être un lièvre. Donc aujourd'hui, on est en 2022, et je vais passer mon brevet professionnel pour pouvoir donner des cours aux gens en France. Et puis je vais continuer à m'entraîner avec cet objectif qui paraît fou, qui paraît impossible. d'atteindre un niveau mondial et de participer aux championnats du monde. Et ça, ça me guide. Ça, ça me redonne du sens parce que j'ai l'impression de vivre un rêve éveillé. Et puis l'apnée en profondeur m'apporte quelque chose au quotidien. Il y a une forme de sérénité qui s'est installée. Et puis, you know, we say that good life make good dive. Donc, il faut avoir une vie saine. Il faut être équilibré dans sa tête pour aller en profondeur. Et puis... Et j'ai l'impression de vivre
SPEAKER_01mon grand bleu. Mais je n'ai pas l'intention de finir comme Jacques Mayol ou Enzo Ma. Excellent. Funès, quel parcours, quelle histoire. C'est incroyable. C'est vraiment fascinant de voir. Quelque part, j'ai l'impression que la boucle est bouclée. Tu vois, ça a commencé par de la natation quand tu étais encore à Cancale. Et là, l'espèce de renaissance, entre guillemets, après la période d'engagement très, très fort pour l'écologie. Elle se fait aussi dans l'eau et plus forcément sur l'eau comme avec le bateau donc déjà je trouve super intéressant comme parcours et cet univers tu sais ça fait longtemps que j'ai essayé d'avoir des invités apnéistes sur le podcast parce que j'ai jamais moi pratiqué tu vois mon expérience de l'apnée ça se résume à ce que tu fais c'est du masque palme tuba c'est à peu près ce que je faisais quand j'allais chercher des galets au fond de l'eau des trucs comme ça j'ai vu le grand bleu etc mais je trouve que tous les récits d'apnéistes que j'ai pu lire ou entendre il y a une espèce de dimension spirituelle d'introspection qui est hyper forte et surtout d'un point de vue émotionnel des choses qui sont décrites qui sont enfin j'ai l'impression qui sont très difficiles à comprendre si t'es pas dans cet univers donc c'est juste génial que toi tu puisses nous en parler
SPEAKER_00là et tu sais quoi tu sais je lisais beaucoup de trucs sur Guillaume Neri sur les grands apnistes et
SPEAKER_01je pensais je pensais savoir de
SPEAKER_00quoi il parlait ah ok d'accord. Et encore, moi, je connais pas la narcose. La narcose, c'est un peu comme une espèce de défonce qui peut ramener ton subconscient à avoir des rêves ou des cauchemars. Ça, je l'ai pas encore eu. Parfois, j'ai entendu deux fois des voix. Donc ça fait un peu bizarre. Je entendais un mec qui me parlait à ma gauche. Pendant la
SPEAKER_01plongée.
SPEAKER_00Pendant la plongée, j'ai entendu deux fois quelqu'un qui me parlait. Donc ça, c'est très bizarre. Et sinon, je t'ai pas raconté. J'ai oublié parce que je suis bête. Mais... truc de ouf, pendant mes entraînements à Handaï, j'ai eu la chance incroyable de faire de la monopalme dans un groupe de dauphins. Ah ouais
UNKNOWN?
SPEAKER_00Il y avait des grands dauphins qui sont venus dans la baie de Ondaïa, à la frontière avec Handaï, à Fontarabie, et ils étaient dans la baie, et en fait les adultes apprenaient aux petits à chasser les sardines, parce qu'il y avait plein de petites sardines, et ils tournaient en cercle dans la baie, et donc j'ai sauté à l'eau et je demande à Olivier Cressac on peut y aller là ou quoi est-ce qu'on peut y aller il me fait bon ok là j'enfile ma monopale et je saute dans l'eau et j'ai réussi à nager avec des dauphins hélas la visibilité était pas terrible du coup je voyais les dauphins apparaître peut-être à 3-4 mètres même moins ils étaient tout proches de moi et c'était extrêmement touchant parce que t'entendais leur chant et un chant de dauphin, mais c'est un truc qui te prend au bide, c'est magnifique. Et il y a un moment, il y en a un, il s'est mis en dessous de moi, sur le flanc, et j'ai pu voir son œil, il me regardait, tu vois. Et c'est le genre de rencontre incroyable qu'on peut faire grâce à l'apnée, tu vois. Et quand je suis dans l'eau, moi je suis heureux, et c'est là où est ma place, et je trouve que c'est là où j'ai la meilleure version de moi-même, et c'est là où je suis le plus heureux, c'est là où je suis le plus gentil avec les gens c'est là où j'ai le plus de patience donc je sais qu'aujourd'hui il y a une partie de ma vie qui va se passer un peu en apnée en profondeur puis l'apnée c'est aussi apprendre à respirer l'apnée c'est pas retenir son souffle c'est vraiment apprendre à respirer donc c'est apprendre à se décontracter enfin bref
SPEAKER_01donc voilà l'anecdote avec les dauphins ça me parle carrément parce que j'ai fait une plongée il y a pas très longtemps vers chez moi dans le sud dans la baie de la Fiota et et il y avait un groupe de dauphins alors on n'a pas pu nager avec eux mais ils étaient je ne sais pas une quinzaine avec des petits qui sont passés à je ne sais pas peut-être 3 mètres du bateau au moment où on allait se mettre à l'eau non 3 mètres j'exagère je fais chez Mont-Marseille peut-être 10 mètres et c'était fou tu vois de les voir dans leur environnement naturel nager comme ça librement il y avait deux autres bateaux sur l'eau donc il n'y avait vraiment pas beaucoup on était très peu nombreux très espacés donc on les avait vraiment là devant nous dans leur habitat c'était incroyable donc j'imagine que nager avec eux en apnée ça a dû être quelque chose de
SPEAKER_00fou et puis j'étais en monopale c'est à dire que je faisais
SPEAKER_01le même mouvement
SPEAKER_00qu'eux mais laisse moi te dire
SPEAKER_01qu'ils vont à une vitesse je ne
SPEAKER_00faisais que
SPEAKER_01doubler excellent il y a un autre aspect que je trouve fascinant dans l'apnée c'est un peu ce paradoxe j'ai l'impression entre l'objectif pour descendre profond qui est d'être super détendu et en fait la réalité qui est en tout cas moi c'est ma lecture peut-être que je me trompe complètement mais qui est plus tu descends plus c'est dangereux en fait donc pour descendre profond il faut être de plus en plus détendu potentiellement mettre un peu en sourdine enfin tu vois ignorer un peu certaines alertes liées à la profondeur de la qualité enfin tu vois ce que je veux dire c'est à dire qu'il faut être d'autant plus détendu et peut-être un peu moins en état de vigilance si tu veux descendre profond mais plus tu descends profond plus le risque en réalité il augmente
SPEAKER_00c'est une bonne idée Lise que tu as là, c'est un truc qu'on parle avec les instructeurs, c'est qu'il faut être totalement relâché, mais en même temps, il faut être alerte. Ça veut dire que s'il y a un seul signe, c'est stop, c'est terminé. Et peut-être que moi, lors de ma descente à 52 mètres, j'étais tellement relâché que peut-être qu'il y a une alerte que je n'ai pas vue. Tu vois, c'était de ça. Donc, il faut trouver le bon compromis entre écouter son corps et complètement s'abandonner. Et le kiff, c'est quand tu es tellement bien comme ça, parce que tu es liché, en fait, tu as le câble, Et tu t'attaches au câble. Et donc, tu es tenu. Et quand tu arrives au plomb, au fond, en fait, tu as le bras qui se tend. Parce que tu arrives au fond et tu te réveilles comme ça. Le réveil du plomb, c'est extrêmement agréable. Mais tu as raison, il faut quand même être conscient de ce qui se passe et s'écouter. Et plus on descend profond, plus c'est dangereux, c'est vrai. Mais j'ai envie de dire que l'apnée, bien encadrée, ce n'est pas dangereux. Il n'y a pas de mort... en apnée sur câble en compétition, il y a quelques morts, bien sûr. C'est rare. Là où il y a des morts en apnée, c'est les chasseurs. Parce que les chasseurs, souvent, ils sont surplombés pour descendre plus facilement et rester au fond en agachon ou à l'indienne. Et ils sont tout seuls. Et puis, ils plongent longtemps. Et puis, quand ils voient un poisson, ils ne veulent pas le lâcher. Donc, ils font durer l'apnée. Et souvent, les syncopes arrivent là. Et donc, la majorité des accidents en apnée, c'est en chasse parce qu'ils plongent tout seuls, qu'ils sont surlestés. Et l'apnée, c'est très impressionnant. Mais c'est un sport bien encadré qui reste ouvert à tout le monde et tout le monde peut avoir son par exemple ma plongée à 50 il y a des gens ils vont ressentir la même chose en allant juste à 25 ou 20 mètres et c'est ça aussi que en étant instructeur maintenant j'ai envie d'apporter aux gens c'est qu'ils se révèlent à eux-mêmes parce que l'apnée c'est vraiment un sport où tu te révèles à toi-même et où t'apprends à te connaître en mer sur un câble en apnée tu vois tout de suite comment se comporte la personne. Ça révèle des choses sur soi, c'est incroyable. Les faux détendus, les faux calmes, les gros bourrins, tu vois tout.
SPEAKER_01et qu'est-ce que t'as appris toi sur toi même du
SPEAKER_00coup moi je dois apprendre à contrôler mon impatience de la profondeur je suis un lièvre et je dois apprendre à devenir une tortue la patience et j'ai appris que c'est un sport où j'ai l'impression que tu recommences tout à zéro à chaque fois Par exemple, si je fais une pause de deux mois, retourner à 30 mètres, ça ne pourrait pas être facile. Mais en fait, non. Il faut se remettre dedans. Et apprendre à être patient. Et accepter que tu ne peux pas arriver et dire« Ouais, ça va, moi je plonge à 50 mètres, faire le ouf.» Tu ne peux pas faire ça. Il faut rester vachement humble par rapport à soi, par rapport à son corps. Il faut vachement se respecter. Et apprendre à être patient. Et je parlais avec Dimitri Chavas, qui est un mec qui plonge à très profond, qui participe au championnat du monde. Et il me disait que ma progression en six mois, c'était génial. Et qu'il faut que j'apprenne à être patient et laisser mon temps à mon corps de s'adapter à la pression. D'accepter ces six barres de pression à 50 mètres. Et je suis trop content parce qu'il croit vachement en moi. Et Franck Daouben aussi me dit, mais tu vas y arriver les 60 me dit tu vas y arriver donc en moi il y a quelque chose un peu qui est apaisé je suis moins en mode course il faut que j'apprenne vraiment à devenir une tortue et patient et je peux t'assurer qu'on se reverra ou qu'on se refera un podcast si j'arrive à aller au championnat du monde ça serait je serais je pense extrêmement comblé dans ma vie d'avoir réussi à faire ça en tout cas sur l'aspect sportif aujourd'hui que ça soit course à pied que ça soit nage je me suis vachement réalisé mais si aujourd'hui dans l'apnée en profondeur j'arrivais à un tel niveau Ça sera mon
SPEAKER_01prochain livre. Écoute, en tout cas, ça tombe très bien que tu proposes puisque j'allais te le dire, de toute façon, on se refait un épisode dès que tu as participé aux championnats du monde. Mais écoute, vraiment, franchement, un grand, grand, grand merci pour tout ce que tu as bien voulu partager sur ton parcours, ce que tu nous as révélé sur le monde de l'apnée. Je t'ai dit, moi, ça faisait longtemps que j'attendais des témoignages de gens qui pratiquent parce que je trouve que c'est une univers fascinant je crois que tu m'as peut-être convaincu de tenter
SPEAKER_00il faut que tu viennes on ira
SPEAKER_01plonger ensemble à la Ciotat allez on fait ça c'est parti et puis maintenant que c'est annoncé du coup il n'y a pas le choix c'est parfait on va faire une séance ensemble génial écoute on va faire ça Julien vraiment un grand grand merci je ne sais pas toi qu'est-ce que tu aurais envie de partager peut-être pour conclure cet échange sur ce que toi tu as appris, toutes ces expériences que tu as pu engranger dans les différentes disciplines que tu as menées, les projets que tu es allé
SPEAKER_00défendre
UNKNOWN?
SPEAKER_00Que parfois pour réussir, il faut être en déséquilibre, c'est-à-dire qu'il faut être vraiment à fond et parfois peut-être oublier ou effacer des choses pour soi, comme les histoires d'amour ou la famille ou l'amitié. et être un peu trop à fond pour réussir. Mais sur le long terme, si on veut être heureux et réussir sur le long terme, il faut savoir trouver l'équilibre. Et trouver l'équilibre, c'est quelque chose de compliqué. Mais trouver l'équilibre et réussir à atteindre ses objectifs en étant à fond, ce serait un peu ce que je cherche à avoir. Et moi, j'ai toujours fonctionné en too much. J'étais en vacances avec des copains, ils me disaient« Julien, c'est too much is not enough.» Trouver l'équilibre. Et l'apnée, c'est en train de m'apporter ça.
UNKNOWNSuper.
SPEAKER_00Et puis ici, il y a autre chose que j'aimerais dire, c'est au niveau de l'engagement environnemental, c'est quelque chose qui est extrêmement anxiogène, qui peut créer énormément de colère. Donc moi, pour réussir à passer outre ça, je me suis déconnecté de tous les réseaux au niveau source d'informations et je me suis réancré dans la réalité, dans ma réalité quotidienne et ma relation à l'océan. Et c'est là où j'ai retrouvé un peu la paix pour continuer à agir pour mes rêves Et demain, je l'espère pour mes convictions. Tu vois, juste avant que tu m'appelles, j'étais en train de faire un fichier Excel et je mettais les contacts d'école de Bayonne pour retourner parler aux enfants. Parce que quand j'étais trop à fond dans l'engagement écologique, ça m'a trop démoralisé et j'avais laissé trop de côté mes rêves. Et là, en retrouvant mes rêves, je retrouve de la puissance pour mes convictions et retourner voir les jeunes. Et puis tu sais, quand je parle dans les écoles, je parle un peu aux gamins que j'étais. Et donner de la force aux enfants, parce que les enfants, putain, mais qu'est-ce qu'ils peuvent vivre des merdes des fois
UNKNOWN?
SPEAKER_00donner de la force aux enfants du courage ça m'apporte énormément donc je vais essayer de faire ça cette fois en partageant mon expérience de l'apnée et au niveau des actions écologiques pour l'instant je ne sais plus quoi faire je ne sais plus comment faire cette période de Covid m'a vachement perturbé je vois énormément d'activistes autour de moi qui craquent et il faut que déjà je me retrouve moi-même je refonce vers un nouveau rêve et dans les mois à venir l'année à venir, redéfinir une action écologique. Comme j'ai eu le projet de loi, comme j'ai eu la plantation d'arbres, il faut que je retrouve une action écologique dans laquelle je crois et auquel je peux me donner un
SPEAKER_01fond.
UNKNOWNGénial!
SPEAKER_01super et bah écoute tu parlais de donner de la force et d'inspirer moi je suis sûr qu'en tout cas cette conversation ce sera peut-être pas des enfants parce que je sais pas si on a des enfants qui écoutent le podcast je pense pas mais en tout cas des adultes très certainement et du coup je voulais te remercier une fois de plus te souhaiter bon vent pour tes aventures jusqu'au championnat du monde on rediscute juste après une fois que c'est fait et puis de toute façon on se voit à la Ciotat pour mon initiation à l'apnée alors si j'ai bien
SPEAKER_00compris bah le rendez-vous est donné
SPEAKER_01Loïc merci en tout cas
SPEAKER_00Et à bientôt.
SPEAKER_01A très bientôt. Salut Julien.