Le musicien stratégique

Épisode 1 - Pourquoi?

Mathieu Boucher Season 1 Episode 1

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Pourquoi travaille-t-on notre instrument? Pour s'améliorer? Pour "performer"? Pour apprendre? Pour préparer une prestation? Ce sont toutes de bonnes raisons, et cet épisode vous présentera une explication scientifique de la raison qui nous amène à travailler notre instrument. Mais d'abord, dans la 1re partie de l'épisode, je vous parle de mon parcours de musicien,  chercheur et enseignant de pédagogie instrumentale et de travail instrumental.

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Site Web Le musicien stratégique : https://musicienstrategique.com/

Postproduction des épisodes : Vonpti Productions : https://www.vonpti.com/ 

Affiches Le musicien stratégique pour votre studio de travail

Affiches Le petit musicien stratégique pour votre studio d’enseignement

Affichettes Le petit musicien stratégique pour le cahier de vos élèves

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Bonjour, je m'appelle Mathieu et je veux aider les musiciens. Bonjour tout le monde, mon nom est Mathieu Boucher et je suis très heureux d'être avec vous pour entreprendre aujourd'hui cette nouvelle aventure, une nouvelle aventure en fait sous la forme d'un balado pour démystifier ce que la science peut apporter aux musiciens en formation et aux musiciens accomplis lorsqu'il est question d'efficacité du travail instrumental. Je vous avertis tout de suite, sur les très nombreux épisodes que j'ai prévus, un seul va porter sur la fameuse question combien de temps il faut travailler. Et tout le reste va plutôt porter sur comment il faut travailler pour être efficace et au final, comment bien se préparer à bien jouer lorsque vient le temps de partager sa musique. Pour ce premier épisode, j'ai pensé commencer tout de suite par une question fondamentale qui est dans notre tête depuis la nuit des temps, une question très adolescente, mais qui est tout le temps dans notre esprit. Pourquoi? Pourquoi on doit répéter quel est réellement le but de cette activité? Mais d'abord, un autre pourquoi. Pourquoi suis-je là à vous parler? Donc, quelques minutes sur mon parcours de jeune guitariste jusqu'à chercheur et enseignant de pédagogie et de travail instrumental. J'ai l'impression que mon parcours de musicien risque de résonner avec le vôtre ou ce que vous êtes peut-être même en train de vivre à ce moment-ci. J'ai fait mes heures de travail comme on me le demandait pendant mes études, mais je demeurais toujours plutôt déçu de mes prestations. On dirait en fait que la moitié de mon travail ne comptait jamais lorsque je me présentais sur scène. Évidemment, ça occasionnait un cercle vicieux de déceptions qui causait ensuite de la nervosité, qui occasionne des déceptions, qui recose de la nervosité, qui recose des déceptions, et ainsi de suite. Lorsque j'ai terminé mes études en interprétation, je dois avouer que les commentaires que j'ai reçus lors de mon examen final m'ont brisé le cœur pendant un certain temps. En fait, j'avais fait ce qu'on me demandait, j'ai fait les heures de travail, mes exercices techniques, j'ai assisté à des classes de maître et tout, mais je me préoccupais surtout du nombre de temps que je devais travailler, beaucoup plus que comment je devais travailler. Avant de parler plus en détail de mon parcours de pédagogue et de chercheur, je peux vous dire que j'ai expérimenté pleinement et malheureusement très négativement un principe fondamental du travail instrumental, c'est-à-dire qu'une fois sur scène, notre cerveau nous redonne ce à quoi on l'a préparé. J'étais juste un peu trop bête à l'époque pour me rendre compte que de répéter, répéter, répéter, répéter, répéter toujours les mêmes mouvements avec des tensions musculaires et le cerveau tout le temps dans la lune me préparait parfaitement bien à faire des prestations tendues et déconcentrées. Je voulais être détendu et concentré une fois sur scène, mais mon cerveau devait probablement me dire« tu m'as jamais demandé ça». Moi, je fais comme d'habitude, on tend les épaules, on serre la mâchoire et on pense à ce qu'on va faire en fin de semaine pendant qu'on joue. Peut-être que ça peut déjà vous donner matière à réflexion, mais je peux vous dire d'emblée que les problèmes que vous expérimentez lorsque vous êtes sur scène sont les résultats de ce que vous avez fait comme travail, comme préparation. Donc finalement, encore une fois, fois notre cerveau lorsqu'on est sur scène nous redonne ce qu'on lui a donné pendant qu'on travaillait Il y a donc là matière à réflexion probablement pour vous pour examiner un peu en quoi vos prestations vous déçoivent souvent et ce sera probablement intéressant au fil des épisodes de découvrir comment malheureusement vous préparez votre cerveau à accomplir ce qu'il fait lorsque vous êtes déçu de quelque chose dans vos prestations. Après mes études en interprétation, donc je n'ai pas abandonné, j'ai continué, j'ai poursuivi des études en pédagogie en parallèle avec la poursuite de la vie de musicien, donc des concerts, des des musiques d'ambiance, et ainsi de suite, et surtout plusieurs élèves par semaine. L'enseignement donc m'intéressait beaucoup et donc après avoir fait mes études au conservatoire, je me suis dirigé à l'université pour aller faire une maîtrise en didactique instrumentale, donc en pédagogie, et ensuite faire un doctorat justement dans ce même sujet-là. Mes études doctorales ont donc été une espèce de révélation pour moi, une explosion de découvertes de ce que la recherche pouvait offrir aux musiciens, donc l'apport de ce que le savoir empirique, comme on dit, peut apporter aux musiciens. Ma propre recherche doctorale, dont je vous entretiendrai lors d'un prochain épisode, consistait à vérifier en quoi l'utilisation de la reprise vidéo, donc comme Molière appelait, du vidéo feedback, peut aider les musiciens en formation à travailler plus efficacement. Mais avant d'entreprendre cette recherche-là, donc avant de tenter de démontrer en quoi l'utilisation de la caméra peut aider les musiciens à être plus efficaces, il fallait d'abord définir ce qu'est une séance de travail efficace, mais selon la recherche, pas selon mon expérience personnelle, pas selon les très bons professeurs que j'ai eus, pas selon les articles, les blogs ou les entrevues trouvées sur Internet avec des grands musiciens. Tout ceci est valable, évidemment, mais ça concerne surtout ce qui a fonctionné pour eux. Ça n'implique pas automatiquement ce qui serait valide pour nous ou ce qui va fonctionner pour la plupart des gens. Tout le monde peut avoir ses préférences en matière d'apprentissage, en matière de stratégie pour travailler son instrument, mais nos cerveaux ont beaucoup plus de points en commun que de différences lorsqu'il est question de la façon d'apprendre la musique. La recherche vise justement à identifier ce qui fonctionne pour la plupart des gens, donc Un de mes prochains épisodes sera justement sur la recherche pour vous permettre de bien situer et interpréter ce qui va être transmis dans ces épisodes. L'expérience du balado est un tout nouveau projet pour moi, un tout nouveau projet très motivant, mais c'est loin d'être la première fois que je transmets ces savoirs-là issus de la recherche scientifique aux musiciens. Je le partage en fait avec les musiciens depuis 2010. Lorsque j'ai commencé, donc si je fais un petit retour en arrière, lorsque j'ai commencé mes études doctorales et j'ai commencé à fouiller ce que la recherche avait à offrir aux musiciens, mon premier réflexe, évidemment, ça a été, j'aurais donc aimé ça, savoir ça, être conscient de ça lorsque j'étais en interprétation et que j'avais le temps de travailler. Le deuxième réflexe qui a suivi, c'est« il faut que ce soit transmis». La littérature scientifique sur le sujet du travail instrumental et en fait la pédagogie en général et en fait la littérature scientifique tout court est essentiellement en anglais. Mais il n'y avait presque rien qui avait été fait en français en se basant sur la recherche scientifique comme je le fais. À ce jour, depuis 2010, j'ai fait probablement autour de 200 présentations, 200 ateliers ou conférences à des musiciens de tous niveaux. J'ai partagé ce savoir-là avec des musiciens professionnels jusqu'à des un souvenir inoubliable avec des enfants de 5 ans dans un camp de jour pour mini-musiciens, des enseignants, des parents d'élèves non-musiciens. J'ai aussi eu à transformer tout ceci en un cours universitaire de 45 heures que je donne depuis plusieurs années avec un grand plaisir. Lors de chacune de ces plusieurs dizaines, presque centaines de présentations de l'atelier dont je vous parle, un atelier qui s'appelait justement le musicien stratégique, lors des cours universitaires que j'ai eu à donner, lors des rencontres individuelles que je faisais avec des musiciens pour les aider et que je fais encore, chaque rencontre, chaque présentation comportait son lot de« oui, mais» auquel je devais répondre. Donc,« oui, mais» entre guillemets.« Oui, mais moi, je ne suis pas sûr que ça s'applique à moi pour telle ou telle raison.» Et ça, c'était très intéressant dans mes cours universitaires, des étudiants universitaires qui avaient essayé une stratégie pendant la semaine et qui l'avaient adaptée d'une façon super intéressante ou qui n'avaient absolument rien compris. Et je réalisais à ce moment-là que ma façon de l'expliquer pouvait porter à confusion. Donc tous ces oui-mais, tous ces exemples d'adaptation que les musiciens me ramenaient d'une semaine à l'autre, mes étudiants me ramenaient d'une semaine à l'autre, tout ça m'a amené à mieux expliquer et à mieux appliquer dans différentes situations les principes et les stratégies dont ils vont être questions dans ces épisodes-là. La tentation d'écrire quelque chose de publiable a toujours été là et la question revenait souvent après les présentations. Est-ce que vous allez écrire quelque chose un jour? Mais je pense aujourd'hui que ça aurait probablement été une grosse erreur d'écrire un livre trop tôt. Je me suis contenté pendant plusieurs années de publier des petits trucs ici et là sur une page Facebook. Mais la suite logique était donc ce podcast qui est un médium que j'adore. J'ai hâte d'avoir vos réactions face à ce que vous allez essayer dans les prochaines semaines et peut-être même dans les prochains mois ou les prochaines années. Un aspect que j'aime beaucoup de l'enseignement universitaire, donc le fait de devoir donner un cours à chaque semaine à des étudiants, c'est que bon, lors des conférences, j'avais l'habitude de donner beaucoup d'informations, que ce soit aux musiciens, aux parents ou aux professeurs, donc beaucoup d'informations en deux, trois heures. Donc tout ça en pas de temps et pas nécessairement de suivi. Par après, sauf des gens qui me disent qu'ils m'ont vu à telle ou telle place et que telle ou telle stratégie les avait vraiment interpellés. Donc avec le cours universitaire, ce qui est intéressant, c'est la possibilité de transmettre graduellement la matière, que les stratégies soient expérimentées et que les musiciens avec qui je dialogue dans ces cours-là reviennent la semaine suivante pour le cours suivant et qu'ils me disent ça, ça a fonctionné, ça, je ne suis pas sûr, ainsi de suite. Donc c'est un peu la même chose que je vous propose pour ce podcast. Je vous promets environ un épisode par deux semaines, ce qui va justement permettre d'expérimenter de votre côté certains des éléments pour ensuite revenir avec la suite deux semaines après. Musique Musique Musique Musique Après la question« Pourquoi je suis là

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», on pourrait commencer par se demander ensuite pourquoi on pratique. Donc, je sais, je suis parfaitement conscient que le mot« pratiquer» est un anglicisme que je vais essayer d'utiliser le moins souvent possible, mais ce que le dictionnaire nous dit comme terme de remplacement, c'est le terme« répéter», qui est un très mauvais terme selon moi. On va voir pourquoi. J'aime beaucoup mieux le terme« travailler», donc je vais parler de travail instrumental, de travailler son instrument, parce que le fait de répéter, le fait de travailler Ça demande une organisation et il y a justement plusieurs moyens de rendre ce travail-là plus stimulant et plus motivant. Deux chercheuses, Nancy Barry et Suzanne Allam, ont émis la définition que je vais vous donner dans quelques secondes, une définition de pourquoi on travaille, que j'aime beaucoup, et qui va en fait être un peu l'espèce de socle sur lequel tous les épisodes vont être bâtis. Donc, selon ces deux auteurs-là, Nancy Barry et Suzanne Allam, le but du travail instrumental est de permettre à des tâches cognitives, musicales et physiques d'être exécutées avec le moins de contrôle conscient possible, libérant ainsi la capacité cognitive de l'instrument pour se concentrer sur d'autres tâches plus complexes comme l'interprétation. Donc, on va reprendre ces éléments-là un à un. Donc d'abord, le but du travail instrumental est de permettre à des tâches cognitives, musicales et physiques. Daniel Levitin, dans son excellent livre« This is your brain on music», rapporte que la musique sollicite toutes les ondes du cerveau et toutes les connexions neuronales connues par la science. C'est donc une super tâche pour le cerveau. C'est en fait une des tâches les plus complexes à demander à un cerveau humain. Donc, le premier élément de la définition, le but du travail instrumental, est de permettre à des tâches cognitives, musicales et physiques. Une tâche cognitive, c'est tout simplement se dire, un menuet, ça a trois temps, une blanche, ça a deux temps. Si je dis les notes do, mi, sol, c'est un accord de do majeur. Le fait de savoir ces informations-là, c'est une tâche cognitive. Il y a des tâches musicales aussi, évidemment, tout ce qui est le rythme, le phrasé, ainsi de suite, l'émotion qu'on va mettre dans la musique. Et évidemment, vous le savez aussi, jouer d'un instrument de musique, c'est extrêmement demandant, sur le plan physique, il faut être très, très précis. On est une des rares tâches humaines où un millimètre à gauche ou un millimètre à droite peut vouloir dire une erreur. Donc, le but du travail instrumental est de permettre à des tâches cognitives, musicales et physiques, et je poursuis, d'être exécuté avec le moins de contrôle conscient possible. Ça, ça veut dire être à l'aise, être en confiance que ça nécessite peu d'attention, de concentration ou d'énergie, le fait de jouer. Donc, finalement, c'est d'être confortable quand on joue. Gérer plein de tâches, gérer de multiples tâches en étant le plus à l'aise possible. Et pourquoi? Pour pouvoir se concentrer sur d'autres tâches comme l'interprétation. Donc, finalement, c'est d'être le plus à l'aise possible pour se concentrer sur ce qui compte vraiment. Ce qui compte vraiment comme faire de la musique, jouer de la musique vraiment, s'exprimer, gérer son track aussi, souvent, communiquer avec le public, être attentif aux autres musiciens, aux chefs, improviser librement ou le jeu scénique pour les chanteurs et les chanteuses. J'aime donc beaucoup cette définition parce qu'elle transcende les instruments, les contextes et le niveau d'avancement. C'est la même chose pour tout le monde. Qu'on soit un concertiste classique, une musicienne d'orchestre, un improvisateur, un membre d'un band de rock, une chanteuse d'opéra, il faut que les apprentissages qui ont été acquis en répétant, en travaillant au fil des années et plus récemment, s'exécutent aisément pour que vous soyez en mesure de« performer» au meilleur de vos capacités tout en profitant du moment. En terminant, il y a plusieurs avantages à la démarche que je vous propose. Donc, le fait de se préoccuper beaucoup d'efficacité du travail instrumental, d'abord, plus on est préparé, plus on a de chances de diminuer notre anxiété une fois rentré sur scène. Vous avez peut-être déjà même vécu pleinement la différence entre entrer sur scène et vous dire« Bon, cette pièce-là, je la joue parfaitement bien depuis des mois, pourquoi ça irait mal aujourd'hui?» Ça, c'est l'option numéro un. L'option numéro deux, qu'on a parfois vécu aussi, c'est d'entrer sur scène en se disant« Ce passage-là ne fonctionnait pas hier soir.

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Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, les muses n'ont jamais retourné mes appels quand j'avais besoin d'elles pour réussir parfaitement un passage que je n'avais jamais réussi. Donc, on est laissé à nous-mêmes sur scène et on ne peut compter que sur notre préparation pour bien performer. C'est pourquoi plus on se sent prêt, plus on a de chances d'être moins anxieux. Évidemment, il y a peut-être d'autres facteurs qui vont entrer en ligne de compte, mais certainement pas la préparation. Outre l'avantage de diminuer l'anxiété Donc, être bien préparé. En fait, travailler efficacement va vous offrir deux avantages possibles. Et vous avez le choix entre les deux. Soit atteindre des résultats similaires à ce que vous obtenez généralement, mais en prenant moins de temps pour y arriver. Soit atteindre des résultats plus intéressants avec le temps que vous consacrez déjà à répéter. En guise de conclusion de cet épisode, je vous propose une petite réflexion peut-être pour commencer déjà à être efficace et une préparation efficace à la prestation. Ça commence par l'étape numéro 1. L'étape numéro 1, c'est le choix du répertoire. On verra dans un, en fait, non pas dans un, dans plusieurs prochains épisodes à venir, les effets dévastateurs que peuvent avoir sur l'apprentissage le fait de prendre une pièce trop difficile pour nous. Si vous découvrez cette balado, si vous écoutez cet épisode en début d'année scolaire ou en début de session, donc à un moment où on choisit notre répertoire, je vous invite à vous poser les deux questions suivantes. La première question, croyez-vous pouvoir jouer cette pièce à mi-chemin du parcours vers votre première prestation? Et deuxième question, si vous identifiez rapidement les passages difficiles de cette pièce-là, êtes-vous en mesure, dès le départ, d'enchaîner au moins quelques notes du passage difficile deux par deux à pleine vitesse? Si vous avez répondu« je n'en suis pas certain» ou« pas certaine» à une de ces deux questions, il est possible que les prochains épisodes vous aident donc à mieux travailler pour pouvoir atteindre la réussite de cette pièce-là. Et si vous avez répondu« pas du tout», bien là, évidemment, c'est probablement une pièce qui est un peu trop difficile pour vous. Et faites attention à prendre une pièce trop difficile et appelez ça un« beau défi». Je vous remercie d'avoir été avec moi pour ce premier épisode du Musicien stratégique et je vous invite évidemment à découvrir les prochains épisodes à venir pour complètement rénover votre façon de travailler votre instrument. Bon travail et prenez soin de vous.