Jean-Philippe Courtois [00:00] Bienvenue dans ce nouvel épisode du Positive Leadership Podcast, le podcast qui vous aide à grandir en tant qu'individu, en tant que leader et même en tant que citoyen du monde. Je suis Jean-Philippe Courtois. Et aujourd'hui, je reçois l'entrepreneur qui a transformé une frustration de Noël en un phénomène mondial. En 2003, il n'a tout simplement pas trouvé de place dans le train pour rentrer chez lui en Vendée. Et plutôt que de se résigner, il s'est dit: « Mais, il y a des millions de sièges vides, sur la route. Pourquoi on ne va pas On va pas les partager, ces sièges? » Alors normalien, physicien, chercheur à la NASA, pianiste de conservatoire, il avait tout pour mener une brillante carrière scientifique, mais il a choisi l'entrepreneuriat. Et après les premières années, un petit peu de galère quand même, on en, on en parlera avec lui, vingt ans plus tard, sa plateforme rassemble plus de cent millions de membres dans vingt-deux pays et a permis d'éviter déjà plus de deux virgule cinq millions de tonnes de CO₂ en un an. Mais mon invité ne s'est pas arrêté là. Après avoir bâti la première licorne française, il s'est lancé dans une deuxième très belle aventure, Dift, une plateforme qui réinvente le mécénat d'entreprise en redirigeant des budgets marketing vers des causes sociales et environnementales. Il est aussi coprésident de France Digitale, la plus grande asso de start-up en Europe, animateur de l'émission Les Pionniers sur BFM Business. Il vient tout juste de lancer d'ailleurs le Prix des citations, le Nobel de la citation sous le haut patronage du président de la République, Frédéric Mazzella. Fred, fondateur BlaBlaCar et de Dift, un très chaleureux bienvenue au Positive Leadership Podcast. Très heureux de t'accueillir.

Frédéric Mazzella [01:29] Merci Jean-Philippe.

Jean-Philippe Courtois [01:30] Alors Fred, j'aime toujours commencer par le commencement, l'enfance, les valeurs, l'enracinement profond. J'ai cru comprendre que tu avais grandi à Sérigné, un petit village de Vendée. Ton père était un prof de maths, ta mère, prof de français au collège François Viète de Fontenay-le-Comte. Un beau nom, ça.

Frédéric Mazzella [01:47] J'ai bien enseigné.

Jean-Philippe Courtois [01:48] Et en parallèle, très tôt, tu te passionnes pour la musique. Prix de piano au Conservatoire de La Rochelle, puis le Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Et tu joues d'ailleurs quatre instruments, au moins, peut-être plus depuis.

Frédéric Mazzella [02:00] Deux principalement.

Jean-Philippe Courtois [02:01] Deux principalement.

Frédéric Mazzella [02:01] J'ai deux de l'autre un peu moins bien dans la main.

Jean-Philippe Courtois [02:03] Bon, moi, ce que je trouve intéressant, c'est ce double héritage, finalement, les chiffres et les lettres. Parce qu'il y a les deux, il y a les deux: la rigueur et la créativité. Alors, qu'est-ce que cette double influence, finalement, parentale, d'un côté, je simplifie, les maths du papa, le français de la maman. Et puis cette enfance vendéenne aussi, parce que la Vendée, c'est quand même un pays en soi, quasiment, on peut dire. J'ai eu d'ailleurs un autre invité qui est originaire de Vendée, que tu dois connaître, c'est Jean-Pascal Tricoire. Et donc, trempé de ces valeurs-là aussi. D'où vient cette passion précoce aussi pour la musique? Alors, les chiffres, les lettres, la musique, la Vendée. Peins-nous le décor un petit peu.

Frédéric Mazzella [02:36] Ouais, je pense c'est un tout. Effectivement, alors les, bon les chiffres, c'est vrai qu'assez tôt, je me souviens que mon papa s'amusait à me faire compter en base deux et ça épatait beaucoup ses collègues de maths parce que je Et, je comptais très bien en base deux quand j'avais, j'ai pas, cinq, six, sept ans. Et, et non, j'ai toujours aimé, 'fin beaucoup les chiffres, les maths. Et puis, et puis le français, enfin je, la rigueur aussi à la fois de, d'une bonne expression et puis de, d'une bonne écriture.

Jean-Philippe Courtois [03:09] La lecture aussi.

Frédéric Mazzella [03:10] Et puis la lecture, évidemment, beaucoup. Donc, c'est, c'est sûr que ça a baigné, toute mon enfance. J'ai compris que c'était important de bien s'exprimer, de savoir bien compter, de, et puis la musique qui m'a apporté énormément de, d'émotionnalité, de créativité. Et donc, je pense que c'est un mix qui a développé, 'fin

Jean-Philippe Courtois [03:31] Naturellement.

Frédéric Mazzella [03:32] Aider le, mon cerveau gauche et mon cerveau droit. Parce que

Jean-Philippe Courtois [03:35] Ce qui est rare souvent.

Frédéric Mazzella [03:36] C'est à la fois, c'est à la fois rigoureux et créatif. Je pense la musique apporte beaucoup cela, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de, évidemment, d'innovation dans la, et de création et d'émotion dans la musique. Il y a aussi beaucoup de technicité. Je crois que, bon, au final, évidemment, le, les maths, le, et le français, c'est, c'est indispensable, c'est nécessaire, c'est important. Mais je pense que c'est la musique qui m'a le plus aidé, dans ce qu'elle a de, de rassemblement de toutes ces capacités-là en même temps. C'est-à-dire que quand tu joues Si la technique n'est pas parfaite

Jean-Philippe Courtois [04:12] À la hauteur, ouais

Frédéric Mazzella [04:13] Tu peux même pas espérer Déclencher de l'émotion. Donc, on se rend compte que pour arriver dans la couche artistique, dans la couche émotionnelle, qui est évidemment un énorme plaisir, et bien, il faut avant cela maîtriser parfaitement la technique. Et je pense que si je fais le parallèle avec l'entrepreneuriat C'est un peu la même chose. C'est-à-dire que pour pouvoir faire, in fine une expérience, d'utilisation d'un service ou d'un produit qui soit bonne et qui donne envie aux gens de le réutiliser, il faut que tout le, tout l'indispensable, tout le nécessaire, tout le technique soit

Jean-Philippe Courtois [04:49] Soit là. Il faut faire ses gammes, Il faut faire ses gammes.

Frédéric Mazzella [04:52] Voilà. Et quand le, quand le produit fonctionne parfaitement, après, tu peux te permettre de rentrer dans la couche du plaisir, justement, de l'utilisation. Donc, il y a plein de parallèles à faire, évidemment, autour de la rigueur et de la créativité, notamment, qui sont des caractéristiques, je trouve, communes entre la musique et l'entrepreneuriat.

Jean-Philippe Courtois [05:11] Oui, dans ces épisodes, Fred, j'ai eu des invités, qui avaient aussi des passions de jeunesse, des fois, qui semblaient d'ailleurs totalement déconnectées avec ce qu'ils ont fait ensuite, mais qui ont pu les aider. Alors toi, dans ton cas, tu as été formé comme physicien à l'École normale supérieure, évidemment, une très belle école de notre pays, avant d'aller à Stanford travailler sur la robotique chirurgicale pour la NASA. Qu'est-ce qui te captivait à un moment donné quand même de partir dans la science? Et qu'est-ce que cette formation scientifique, finalement, t'a, t'a apporté, fondamentalement dans ces premières années quoi?

Frédéric Mazzella [05:44] Je pense c'est très, Il y a un côté rassurant, je trouve, dans les sciences, parce que quand on réfléchit beaucoup, et qu'on finit par trouver une solution, il y a cette satisfaction quelque part de la, de la preuve, de la logique, de, d'avoir compris quelque chose. Quand tu, quand on comprend pourquoi le ciel est bleu et que c'est la loi d'absorption de Rayleigh en oméga quatre. Bon, on fait tous les calculs et on arrive au bout du tableau, parfois assez long et t'encadres un résultat et tu dis: « Ah ouais

Jean-Philippe Courtois [06:10] C'est beau.

Frédéric Mazzella [06:10] Et c'est pour ça que le ciel est bleu. », donc c'est, c'est Il y a un côté comprendre son environnement qui est assez satisfaisant, je trouve, quand on arrive à trouver un raisonnement logique

Jean-Philippe Courtois [06:20] De bout en bout

Frédéric Mazzella [06:21] De bout en bout. Donc ça, c'est vrai que c'est, c'est quand même une satisfaction intellectuelle très forte. Voilà peut-être de, aussi dans mon parcours, ce qui a beaucoup joué et je l'ai, je l'ai pas mentionné sur la Vendée, mais évidemment, c'est la Vendée elle-même. C'est-à-dire que, cette notion de, d'espace ouvert, de campagne. Tu sais, moi, j'ai grandi à la campagne. J'ai, j'ai, je faisais, du vélo et de, et de l'équitation.

Jean-Philippe Courtois [06:45] Et tu es arrivé ici en vélo, Je tiens à le dire. Je suis au, j'étais au enregistrement.

Frédéric Mazzella [06:49] C'est pas le même cadre, à Paris.

Jean-Philippe Courtois [06:50] Non, c'est pas la même chose.

Frédéric Mazzella [06:51] C'est, c'est sympa, mais

Jean-Philippe Courtois [06:52] C'est plus béton

Frédéric Mazzella [06:53] Je faisais beaucoup de enfin, je profitais beaucoup de la campagne autour, On avait des chevaux aussi, Donc, - On faisait des balades à cheval dans la campagne. Enfin, c'était très, très ouvert

Jean-Philippe Courtois [07:03] Très nature.

Frédéric Mazzella [07:03] Très sympa. Et c-, ça m'a, ça m'a beaucoup, influencé sur, sur la suite aussi. D'ailleurs, quand je suis arrivé à Paris au début, j'ai eu beaucoup de mal. C'est marrant parce que la première semaine

Jean-Philippe Courtois [07:11] Respirer?

Frédéric Mazzella [07:12] Ouais. La première fois que je suis arrivé à Paris pour faire, la suite de mes études, quand je suis arrivé en terminale, au bout d'une semaine, je me dis: « Tiens, il fait il a pas fait très beau cette semaine. » Au bout d'un mois, je me dis: « Bon, il a pas fait très beau, - »

Jean-Philippe Courtois [07:23] Peut-être au mois prochain, ça ira mieux.

Frédéric Mazzella [07:25] Il a pas fait très beau pendant un mois. Puis au bout de trois mois, tu dis: « Non, c'est quand

Jean-Philippe Courtois [07:28] C'est comme ça.

Frédéric Mazzella [07:29] C'est quand qu'il fait beau? », parce que c'est vrai qu'en Vendée, on a une météo qui est

Jean-Philippe Courtois [07:35] Qui est plus favorable.

Frédéric Mazzella [07:35] Qui est plus favorable avec la mer à côté, forcément, ça nettoie.

Jean-Philippe Courtois [07:38] Puis il y a des valeurs historiques vendéennes quand même très fortes. Il y a une histoire de la Vendée qui est Je sais pas si elle est toujours présente, mais

Frédéric Mazzella [07:44] Alors, bon, c'est pas cette forcément cette culture-là que je vais ressentir. C'est plus, la une forme d'honnêteté et d'intégrité intellectuelle Que je trouve très forte en Vendée. En tout cas, c'est, on fait ce qu'il y a à faire, on le fait bien. C'est une terre d'entrepreneurs aussi, la Vendée. Il y a beaucoup d'entrepreneurs qui viennent de Vendée. Donc oui, il y a, il y a ces valeurs-là, forcément, dont j'ai hérité, et qui me, qui me conviennent parfaitement. Alors pour revenir aux sciences, oui, j'étais très attiré par tous les raisonnements logiques qui nous permettent de comprendre le monde qui nous entoure. Donc j'ai fait beaucoup de c'est pour ça que j'étais plus intéressé, moi, par la physique que par les maths.

Jean-Philippe Courtois [08:19] Physique, d'accord.

Frédéric Mazzella [08:21] D'ailleurs, je me souviens une fois d'un petit échange que j'avais eu avec Cédric Villani, lui, donc plus sur les maths que sur la physique. Et je lui avais dit: « Mais Cédric, c'est toi c'est quoi pour toi la physique? » Il me dit: « La physique, c'est une branche des mathématiques. » Ouais. Je lui dis: « écoute, ouais, enfin, c'est la branche qui touche le sol quand même. » Enfin,

Jean-Philippe Courtois [08:39] Qui atterrit.

Frédéric Mazzella [08:40] Il me dit: « Tu as raison, c'est le tronc. »

Jean-Philippe Courtois [08:44] C'est une belle histoire, ça j'aime bien.

Frédéric Mazzella [08:45] Et je lui dis: « voilà. » Je dis: « Moi, j'aime bien la physique parce que c'est le tronc des mathématiques. » C'est-à-dire c'est le truc qui relie, toute la pensée, on va dire, -

Jean-Philippe Courtois [08:54] Et les modèles conceptuels aussi, ouais

Frédéric Mazzella [08:56] Conceptuels des mathématiques à la terre, c'est-à-dire ce qui nous entoure et comprendre ce qui nous entoure. Et donc les formules mathématiques comme ça, permettent d'expliquer le monde qui nous entoure. Alors, évidemment, c'est, c'est très technique aussi. C'est ça que j'aime dans la physique. C'est que, si tu te trompes sur tes, sur tes calculs, tu n'auras pas le bon résultat non plus.

Jean-Philippe Courtois [09:15] C'est clair.

Frédéric Mazzella [09:15] Et donc il faut d'abord avoir fait tes maths et après

Jean-Philippe Courtois [09:18] On passe par là.

Frédéric Mazzella [09:19] Et voilà. Et après, tu comprends le monde qui t'entoure. Voilà.

Jean-Philippe Courtois [09:21] Et tu bâtis. Alors justement, ces études, alors, tu c'était déjà en ta tête. Tu dis: « J'ai envie de résoudre des problèmes dans le monde. Donc du coup, je vais, je vais être, je vais m'armer en termes mathématiques et physiques et je vais aller dans les meilleures écoles du monde. » D'ailleurs, en France, aux USA. C'était quoi ton raisonnement?

Frédéric Mazzella [09:38] Non, le raisonnement, c'était de, d'aller plus loin que je pouvais, en me disant Si je réussis bien toutes mes études, j'aurai les portes ouvertes. C'était plus

Jean-Philippe Courtois [09:52] Point.

Frédéric Mazzella [09:52] Point.

Jean-Philippe Courtois [09:53] Plus seul.

Frédéric Mazzella [09:53] Je sais que j'aurai les portes ouvertes. Après, je sais pas quelles portes j'aurai.

Jean-Philippe Courtois [09:55] Après, je verrai. Après, je verrai. D'accord.

Frédéric Mazzella [09:58] C'est peut-être plutôt cette Cette notion-là.

Jean-Philippe Courtois [10:01] Alors après l'ENS, donc tu pars à Stanford pour un master en informatique. Tu te retrouves en pleine Silicon Valley. Je crois que c'était à la fin des années 90. Donc un moment clé quand même. Il s'est passé des choses.

Frédéric Mazzella [10:11] Ouais, juste autour des années 2000.

Jean-Philippe Courtois [10:12] Juste au moment du fameux, la fameuse bulle qui a un petit peu éclaté. Et pendant trois ans, tu travailles dans un labo de robotique affilié à la NASA sur la modélisation du corps humain, qui est un gros sujet maintenant réactualisé à l'heure de l'IA d'ailleurs. On en parlera peut-être un peu plus tard. Et puis, et puis je crois même au Japon, chez N-, chez NTT aussi.

Frédéric Mazzella [10:31] Tout à fait, ouais. Ça, c'était sur le, l'audio.

Jean-Philippe Courtois [10:33] C'était l'audio.

Frédéric Mazzella [10:34] Du signal audio, ouais.

Jean-Philippe Courtois [10:35] D'accord. Alors, qu'est-ce que ces expériences et peut-être une ou deux anecdotes, histoires, Stanford ou NASA, sur des sujets passionnants. Et puis, la manière dont tu t'es imprégné de l'Amérique, de la Silicon Valley ont laissé en toi, finalement. Et est-ce que ça semait un petit peu, ça germait, l'entrepreneuriat germait là-bas, finalement?

Frédéric Mazzella [10:53] Oui, je pense en grande partie parce que, bon déjà quand je suis arrivé à Stanford, donc j'y allais pour effectivement faire un mix entre de la physique et de l'informatique. Donc c'était le labo qui s'appelait le Stanford NASA Biocomputation Center, donc le centre de biocomputation, on va dire, de la NASA et de Stanford. Et ils recherchaient, quelqu'un qui était fort en physique, pour coder les déformations des tissus humains pour simuler le corps humain, donc, en opération. Pourquoi? Parce que c'était pour envoyer en même temps qu'un équipage que tu envoies sur Mars, de un équipage d'astronautes, envoyer un chirurgien dans l'équipe au cas où il y a un astronaute qui se blesse et qui ait besoin de le réparer, entre guillemets. Donc, comme tu peux pas le renvoyer sur Terre pour le faire opérer, il faut l'opérer, là-bas, sur place. Et donc on envoie un chirurgien. Sauf que le chirurgien est forcément, spécialisé dans, dans certaines opérations.

Jean-Philippe Courtois [11:51] Oui, pas toutes.

Frédéric Mazzella [11:52] Il y en a des centaines. Et donc nous, on construisait un outil de enfin tout un environnement de chirurgie virtuelle pour qu'un chirurgien puisse s'entraîner.

Jean-Philippe Courtois [12:01] Sur d'autres modalités d'opération,

Frédéric Mazzella [12:03] Sur un environnement virtuel avant d'opérer la vraie personne et donc avec plus de chances de réussite sur la vraie personne. Voilà.

Jean-Philippe Courtois [12:09] Intéressant. C'était pour la practice, l'entraînement.

Frédéric Mazzella [12:11] C'était pour l'entraînement des chirurgiens. Donc ça nécessitait de modéliser tout le corps humain, donc à la fois tous les tissus mous, donc les, la, évidemment la peau, les muscles, les veines, les os, les, enfin tout. Tout ce qui, tout ce qui compose le corps. Et, et donc il fallait mettre des équations physiques là-dedans, mais des équations physiques suffisamment, approximées, on va dire Pour, pour que ça soit, pour que le calcul se fasse rapidement. Et donc moi, j'étais spécialement, sur les dispositifs à retour de force parce qu'il y avait tout le, tout l'aspect vision en 3D. Puis il y avait tout l'aspect, sensation dans les mains avec des outils qu'on appelle des haptic devices qui permettent de ressentir la sensation quand tu opères. Donc, c'est là que j'ai commencé à basculer dans l'informatique parce que eux s'étaient dit, et je pense qu'ils avaient raison, qu'il valait mieux prendre quelqu'un qui était fort en physique et lui apprendre l'informatique

Jean-Philippe Courtois [13:05] Ou le contraire

Frédéric Mazzella [13:06] Que quelqu'un qui était fort en informatique et lui apprendre la physique. Parce que c'est pas la même, c'est pas les mêmes disciplines. Et donc c'est comme ça que je suis vraiment tombé dans l'informatique par l'obligation, parce qu'il fallait que je code tout ce que j'imaginais comme équation physique en code informatique. Et donc en même temps, j'ai fait un master d'informatique à Stanford. Donc je faisais à la fois la recherche en parallèle. Donc je faisais ma formation d'informatique en même temps que le côté pratique. Donc j'ai, je suis passé à l'informatique vitesse grand V, c'est-à-dire que là, c'était, c'était à la fois la théorie et la pratique. Il y a une immersion directement en master d'informatique là. Donc non, c'était superbe, mais en même temps j'ai vu dans enfin, à Stanford, je voyais des étudiants qui, faisaient des, leur master ou même un peu plus loin leur PhD et qui, mais qui finissaient pas nécessairement leurs études et qui allaient directement créer une boîte.

Jean-Philippe Courtois [13:55] Créer leur startup.

Frédéric Mazzella [13:56] Et là, je me dis, je me dis: C'est pas possible ça. On m'avait jamais dit qu'on pouvait ne pas terminer.

Jean-Philippe Courtois [14:00] Non, dans le pays, ça se fait pas.

Frédéric Mazzella [14:00] Non, ça se fait pas, ça se fait pas. Et donc, et c'était des gens qui avaient, qui étaient très intelligents, très performants. Enfin, c'est des exemples aussi études de justice. C'est marrant.

Jean-Philippe Courtois [14:08] Tu restes en relation avec certains d'entre eux de l'époque?

Frédéric Mazzella [14:10] Oui, certains. Enfin, alors, il y en a, il y en a d'autres qui sont partis aussi chez Google, qui recrutaient à fond. Parce que quand je suis arrivé, Larry Page et Sergey Brin, les deux fondateurs de Google, quittaient juste le campus. Et donc ils étaient en train de siphonner les

Jean-Philippe Courtois [14:23] En train de recruter

Frédéric Mazzella [14:24] Les, ouais, tous les talents dans le master d'informatique de Stanford. Et

Jean-Philippe Courtois [14:30] Ils t'ont pas siphonné parce que tu aurais pu avoir une histoire très différente finalement.

Frédéric Mazzella [14:33] Oui, c'est vrai, mais non, ils sont pas venus me chercher.

Jean-Philippe Courtois [14:36] À cause de l'accent français

Frédéric Mazzella [14:37] C'est ça. Mais ouais, et donc ça a, ça a planté la graine, oui, en moi, c'est sûr de, du fait que, créer une société pouvait faire partie de mon parcours. Je savais pas à quel moment, je savais pas quand, mais oui, jusqu'à présent, dans mon cursus, jamais. Enfin, dans mon

Jean-Philippe Courtois [14:58] C'était pas un futur possible.

Frédéric Mazzella [14:59] Non, on m'avait pas tellement présenté ça comme un futur possible.

Jean-Philippe Courtois [15:03] Ni tes parents, ni

Frédéric Mazzella [15:03] Pas trop. Mes parents sont profs en plus, toute la génération de mes parents dans ma famille étaient profs aussi, donc j'avais pas cet exemple en tant qu'entrepreneuriat. Et puis même dans mes études, enfin, à Normale Sup, on m'a pas dit: Ton futur, c'est créer une boîte.

Jean-Philippe Courtois [15:19] Ça change un petit peu maintenant, mais enfin, il a fallu quelques années quand même.

Frédéric Mazzella [15:21] Oui, alors c'est effectivement complètement en train de changer aujourd'hui. Et puis surtout, je trouve qu'il y a un vrai grand parallèle, moi, entre le monde de la recherche et le monde de l'entrepreneuriat. Parce qu'en entrepreneuriat, tu cherches. C'est pas, c'est pas un scoop.

Jean-Philippe Courtois [15:34] Tu commences toujours par essayer de trouver quelque chose.

Frédéric Mazzella [15:35] Et donc tout cet aspect de rechercher, d'essayer de passer à la suite, ça rejoint beaucoup, moi, je trouve, le domaine de l'expérimentation, physique aussi, parce que avant de, avant de réussir à faire quel quoi que ce soit comme expérience en physique, tu fais plein d'essais, puis il y a plein de trucs qui marchent pas. Oui, mon passage aux États-Unis, enfin, en Californie, à Stanford, a clairement planté la graine de l'entrepreneuriat en me disant: C'est une possibilité, on verra.

Jean-Philippe Courtois [16:03] Gros déclencheur. Et donc en fast forward, pas très longtemps après, en Noël 2003, j'en ai parlé un petit peu dans l'avant-propos, tu rejoins ta famille en Vendée, je sais plus si pour Noël je crois, fêter Noël. Avec ta sœur, me semble-t-il.

Frédéric Mazzella [16:18] Oui. Enfin, pour les fêtes de famille.

Jean-Philippe Courtois [16:19] Tu trouves des places dans les trains. Voilà. Donc tu te dis: on va y aller ensemble. Et puis sur l'autoroute, qu'est-ce qui se passe? Dis-nous un petit peu comment Est-ce qu'il y a un moment, aha moment, comme disent les Américains?

Frédéric Mazzella [16:33] Le aha moment. Non, c'est sur l'autoroute A dix, quand, pour ceux qui l'ont prise. Il y a un moment, on se fait doubler par les TGV.

Jean-Philippe Courtois [16:42] Oui, absolument. Je l'ai prise plusieurs fois déjà.

Frédéric Mazzella [16:45] Et là, je vois un TGV passer et je dis à ma sœur: le TGV, là, je sais que il y a plus de place dedans parce que j'ai essayé de prendre des places, il y en a plus. Et puis, et puis en même temps, je vois des dizaines de voitures, des centaines de voitures quasiment vides sur l'autoroute.

Jean-Philippe Courtois [16:59] Les conducteurs, c'est tout.

Frédéric Mazzella [17:00] Ouais. Et là, je me dis: Mais, des places pour aller en Vendée, il y en avait des milliers. Elles étaient pas, elles étaient plus dans les trains, manifestement, mais elles étaient dans les voitures. Comment est-ce qu'on fait pour aller simplement indexer toutes ces places libres dans les voitures et puis les proposer à des personnes pour qu'elles puissent, tout simplement en profiter? Parce que bon, moi, j'ai eu la chance de trouver une place vide dans la voiture de ma sœur.

Jean-Philippe Courtois [17:21] Que tu connaissais très bien. Donc la confiance familiale personnelle, on y reviendra, était là. Parce que c'est un, c'est un élément important quand même. On en reparlera dans quelques moments.

Frédéric Mazzella [17:30] Mais je l'avais pas trouvé sur un service grand public. Donc je me suis dit: Bon, il faut faire un service pour que tout le monde puisse trouver toutes les places libres et puis simplement après, faire un échange avec le conducteur en partageant les frais. Parce que

Jean-Philippe Courtois [17:42] Bien sûr.

Frédéric Mazzella [17:42] C'est ce qu'on fait.

Jean-Philippe Courtois [17:43] Mais cette idée t'est venue réellement, bon, lors de ce voyage. Tu es arrivé, tu as fêté Noël et pendant Noël, tu pensais qu'à créer ta boîte. Ou ça s'est déconté petit à petit?

Frédéric Mazzella [17:55] Non, c'est immédiatement.

Jean-Philippe Courtois [17:56] Immédiatement?

Frédéric Mazzella [17:56] Oui. Mais j'ai, j'ai trouvé, je me suis dit: Mais, si tu veux, je, quelque part, je connaissais, le covoiturage ou Carpool, on va dire, aux États-Unis, en Europe et même aux États-Unis, il y avait, il y a des voies, tu sais, des Carpool lanes. Voilà. Et moi, j'en faisais entre San Francisco et Stanford assez souvent. Enfin, j'en faisais avec des copains, On s'arrangeait pour pas prendre plusieurs voitures, mais prendre qu'une seule voiture quand on faisait les trajets le matin et le soir pour Parce que j'habitais à San Francisco un moment avec, et je travaillais à Stanford, donc je faisais le commute tous les matins. C'est, c'est cinquante minutes. Et, et donc sur ce trajet-là, on faisait du covoiturage assez facilement Et, mais, j'avais pas fait le lien avec, les capacités technologiques dont on disposait à ce moment-là, qui faisaient que c'était possible de créer tout simplement une place de marché pour, pour trouver des covoiturages. Et c'est à ce moment-là que j'ai fait le lien en me disant: Mais attends, c'est, techniquement faisable. Parce que là, pour le coup, j'avais fait beaucoup d'informatique. Donc je savais ce qui était faisable, ce qui n'était pas faisable. Donc, je savais très bien que ce truc-là était techniquement faisable. Il n'y avait pas d'obstacle. Et en même temps, je savais que, mettre plusieurs personnes dans une voiture, c'était faisable aussi. Il y avait pas, physiquement, il y avait pas d'obstacle non plus.

Jean-Philippe Courtois [19:17] Après, on parlera émotionnellement aussi et socialement, comment ça fonctionne.

Frédéric Mazzella [19:19] Et il y avait des places libres. Donc, je me dis: il y a, il y a, il y a clairement un match, il y a une opportunité. Et ce, cette, ce truc-là va arriver. Je sais pas si c'est moi qui vais réussir à le faire, mais ça va exister. Et donc j'étais persuadé que ça allait exister. Et tu sais, c'est un petit peu, j'imagine, comme quand, quand les gens qui cherchent de l'or tombent sur une pépite et la regardent dix fois en se disant: Mais est-ce que je suis en train d'arriver ou pas? Je Est-ce que c'est bien là ou pas? Et là, quand j'ai trouvé ce truc-là, je me suis dit: Mais, non, mais c'est vraiment un truc qui va marcher ça, c'est sûr. Enfin, c'est juste, il y a personne qui l'a vu ce qui s'est passé.

Jean-Philippe Courtois [19:53] Il y a personne qui l'ait vu ou il y avait déjà des modèles? Parce que

Frédéric Mazzella [19:55] Alors après, quand j'ai cherché.

Jean-Philippe Courtois [19:56] J'ai vu qu'il y avait tu as racheté, je crois, une société qui s'appelait covoiturage, je me trompe pas, point fr.

Frédéric Mazzella [20:00] J'ai racheté le site, le site internet après. J'avais commencé, moi, à coder en même temps. Et puis après aussi, j'ai découvert qu'en Allemagne, ils le faisaient, mais depuis, assez longtemps, mais par d'autres méthodes. C'était un, c'était un réseau associatif avec des cabanes, enfin des guichets, dans les gares. Et donc c'était structuré d'une autre manière, soit par téléphone, soit t'allais carrément à la gare et tu disais: la semaine prochaine, je voudrais aller je sais pas où à Francfort. Et, et un conducteur passait en disant: la semaine prochaine, je vais à Francfort. Ah ouais, c'est bon, on a vu un passager qui est passé hier et qui voulait, aussi, aller à Francfort. Je vous mets en relation. Donc ça se passait vraiment à l'ancienne et pas du tout, Internet. Enfin, c'était en train de, d'arriver sur Internet. Mais en tout cas, moi qui voyageais beaucoup, je n'avais pas croisé ce service-là. Tous les gens qui, qui voyagent aujourd'hui, enfin, quasiment tous ont entendu parler de BlaBlaCar et savent que ça existe. Moi, quand je voyageais beaucoup aussi, je n'avais jamais entendu parler d'un système qui nous perm-, qui nous permettait de nous mettre en relation. Et donc je me suis dit bon, ce truc-là, enfin, si ça existait, en tout cas à l'échelle à laquelle ça doit exister, c'est-à-dire à l'échelle d'un service de transport, enfin, de mobilité très généralisé, j'en aurais entendu parler. Et donc je me suis dit: Ça, ce truc-là, soit ça marche pas pour des raisons, des obstacles techniques ou juridiques que je n'ai pas vus, soit si ça marche, ça, c'est, c'est pour tout le monde.

Jean-Philippe Courtois [21:28] Bien sûr, ça va être massif.

Frédéric Mazzella [21:30] Voilà. Et en tout cas, à date, c'est pas pour tout le monde parce que j'en ai jamais entendu parler alors que je me déplace beaucoup. Donc c'est ça qui a aussi forgé ma conviction.

Jean-Philippe Courtois [21:39] C'est là où tu as recherché, tu as vu ce site web et tu t'es dit: je vais acheter ce nom déjà de site web, c'est ça?

Frédéric Mazzella [21:45] Non, il s'est passé plus de temps que ça, parce qu', il n'était pas encore, il était pas connu le truc. Moi, j'avais, le service, je l'avais, je l'avais appelé Comuto au début parce que ça venait de Comuto Commutare en latin, qui veut dire échanger des services. Parce que ça allait plus loin. Après, je me suis dit: Mais on peut faire ça pour beaucoup d'autres choses et pas que le covoiturage. Ça peut aussi être tout un tas de, des cours particuliers, ça peut être, bon, plein de services entre particuliers différents.

Jean-Philippe Courtois [22:09] Très holistique.

Frédéric Mazzella [22:10] Ouais. Et Comuto, c'est échange de services, en latin, par comparaison à l'échange de biens type eBay. Parce que moi, dès que j'ai commencé à avoir cette idée-là, c'était plutôt eBay le modèle que j'avais en tête. Je me dis: Tiens, ça se rapproche d'eBay, ce truc-là. Sauf que c'est pour autre chose. C'est pas pour des biens, c'est pour des services.

Jean-Philippe Courtois [22:29] Pour des services de mobilité.

Frédéric Mazzella [22:30] Donc c'était ça le, l'idée de départ. Et puis, non, après, ce qui s'est passé, c'est qu'il y avait un étudiant rennais qui avait, lui, essayé de lancer justement un service de covoiturage comme ça sur Internet et qui, qui l'a simplement revendu, qui m'a dit: si tu veux le reprendre.

Jean-Philippe Courtois [22:48] Vas-y.

Frédéric Mazzella [22:49] Voilà. Et moi, j'ai pris tout le code que j'avais développé.

Jean-Philippe Courtois [22:51] Ouais. Tout seul?

Frédéric Mazzella [22:53] Avec, non, avec Damien, avec mon copain Damien. Assez vite, on s'est mis ensemble et, je l'ai redéployé du coup, sur une, sur une autre URL, mais c'est, enfin sur un autre nom de domaine.

Jean-Philippe Courtois [23:02] Totalement, c'était, c'était

Frédéric Mazzella [23:02] Ah oui, c'était, bien sûr, ouais.

Jean-Philippe Courtois [23:04] Et c'est à cette époque que tu t'es lancé avec, tes cofondateurs Nicolas Brusson et Francis Nappez, c'est ça?

Frédéric Mazzella [23:09] Alors ouais, ça a pris un petit peu plus de temps que ça. J'ai rencontré après, Francis. Il y a aussi Nicolas Deroche qui nous avait rejoints, qui était un ancien collègue. Et puis ensuite, je suis parti à l'INSEAD. Alors là, j'avais lancé le service déjà de covoiturage. Je suis parti en MBA à l'INSEAD. Et quand

Jean-Philippe Courtois [23:25] Parce que tu te disais: J'ai pas, j'ai pas ce bagage business.

Frédéric Mazzella [23:27] Exactement, ouais. J'avais l'impression d'être trop tech. J'étais trop, enfin trop, on n'est jamais trop, mais j'étais très, tech et pas, business. Et

Jean-Philippe Courtois [23:37] Tu penses qu'aujourd'hui, tu referais ces deux écoles ou pas? Ou tu ferais l'impasse sur l'INSEAD? Par curiosité, je pose la question.

Frédéric Mazzella [23:43] Non, je referais, ouais.

Jean-Philippe Courtois [23:44] Tu referais quand même?

Frédéric Mazzella [23:45] Je referais quand même. Parce que l'INSEAD m'a apporté beaucoup plus que simplement une culture, économique. Ça m'a apporté, beaucoup de, d'outils et de compréhension sur, comment on crée une société, enfin, c'est-à-dire toutes les étapes, de l'association aux différents partenariats qu'il faut monter, à comment tu gères tout simplement. Mais aussi, ça m'a apporté, beaucoup de connaissances et de, et de personnes qui m'ont aidé.

Jean-Philippe Courtois [24:14] Un réseau aussi.

Frédéric Mazzella [24:15] Un réseau incroyable. Et aussi une forme de crédibilité, mine de rien, vis-à-, vis-à-vis des investisseurs qui se disaient: Bon, ça va, c'est pas juste un tech, entre guillemets, c'est quelqu'un qui a une formation business. Et donc j'avais le même vocabulaire qu'eux aussi. Et ça aide énormément pour pouvoir lever des sous. Donc non, ça a été très utile. Même par rapport à l'INSEAD, ce que je dis souvent, c'est que j'ai deux regrets. C'est, un, de pas l'avoir fait plus tôt.

Jean-Philippe Courtois [24:40] Vraiment.

Frédéric Mazzella [24:41] Et deux, de pas pouvoir le refaire.

Jean-Philippe Courtois [24:42] Vraiment.

Frédéric Mazzella [24:43] Parce que tu le fais qu'une fois.

Jean-Philippe Courtois [24:43] Je pense qu'ils t'accueilleront toujours. Je pense que tu vas en tant que

Frédéric Mazzella [24:46] Mais le MBA, tu le fais qu'une fois.

Jean-Philippe Courtois [24:48] Oui, exactement. Et tu vas en tant que Alors, je sais que les premières années, elles n'ont pas été si simples. D'après ce que d'après mes renseignements, six banques te refusent.

Frédéric Mazzella [24:56] Oui, c'est-à-dire pour ouvrir un compte en banque, le mot Internet faisait fuir, faisait peur.

Jean-Philippe Courtois [25:00] Oui, c'est ça. À l'époque, ça faisait peur.

Frédéric Mazzella [25:01] Ils voulaient pas. J'ai même une fois un banquier qui m'a, enfin un agent de, d'une banque qui, quand je lui ai exposé ce que je voulais faire, donc je voulais juste ouvrir un compte en banque et je voulais mettre dix mille euros sur le compte en banque. Mais même, il voulait pas m'ouvrir mon compte parce que je disais Internet. Et il y en a un qui m'a Qui m'a raccompagné à la porte en me tapant sur l'épaule en me disant: « Merci monsieur, mais Internet, on a déjà donné ».

Jean-Philippe Courtois [25:19] Ah oui, carrément. Waouh. Vous avez tout compris à l'histoire. Et ça, c'était en quelle année? Deux mille

Frédéric Mazzella [25:25] C'était deux mille six.

Jean-Philippe Courtois [25:27] Six, deux mille sept, dans ces eaux-là?

Frédéric Mazzella [25:28] Ouais, six. En deux mille six.

Jean-Philippe Courtois [25:29] Alors, je sais que pendant des années, tu n'as pas vraiment touché de salaire, en tout cas.

Frédéric Mazzella [25:33] Oui, je me suis payé pendant cinq ans au temps de Marée, c'est

Jean-Philippe Courtois [25:35] C'est toujours bon à entendre pour nos auditeurs aussi, sur les, des fois les

Frédéric Mazzella [25:39] C'est pour ça que souvent, je dis que le meilleur ami des entrepreneurs, c'est le, c'est, c'est les, c'est les pâtes. Parce que Parce que, ça nourrit et c'est, ça coûte pas cher.

Jean-Philippe Courtois [25:49] C'est pas les pizzas alors.

Frédéric Mazzella [25:50] Les pizzas, ça coûte un peu plus cher.?

Jean-Philippe Courtois [25:52] C'est vrai.

Frédéric Mazzella [25:55] Les pâtes, ça coûte moins cher que les pizzas.

Jean-Philippe Courtois [25:56] C'est vrai.

Frédéric Mazzella [25:57] Beaucoup moins cher.

Jean-Philippe Courtois [25:58] Alors Fred, il y a eu cette phrase que j'aime beaucoup, tu as dit: « Dans l'entrepreneuriat, il n'y a pas d'ascenseur, mais seulement des escaliers ». Alors, parle-nous un peu de ces escaliers.

Frédéric Mazzella [26:07] Oui, j'aime bien cette analogie parce que ce que l'on voit souvent dans l'entrepreneuriat, enfin en tout cas quand ça marche, on a l'impression que ça monte. Enfin, il y a cette image Quand tu te dis: « Ah, ça monte, ça marche ».

Jean-Philippe Courtois [26:18] La courbe exponentielle, le scale, machin.

Frédéric Mazzella [26:20] Oui, voilà. Il y a une idée de s'élever, de monter. Mais donc pour monter, qu'est-ce qu'on a inventé, nous, les humains? On a inventé deux trucs, les escaliers et les ascenseurs. Les escaliers avant les ascenseurs. Et, et, croire qu'on va s'élever comme dans un ascenseur quand on monte une boîte, c'est se tromper. Parce que quand on monte avec un ascenseur, il y a zéro effort. Quand on monte avec un escalier, on sent chaque marche. Et puis en plus, l'escalier de l'entrepreneuriat, très souvent, c'est tu montes de deux marches, tu redescends de trois, tu remontes de trois, tu redescends de deux, tu remontes de quatre. Enfin, Et, et donc cette image-là, elle fait comprendre que l'ascension, ça ne se fait pas sans effort, sans essai, sans tout ça. Et donc c'est pas magique.

Jean-Philippe Courtois [27:03] C'est pas magique.

Frédéric Mazzella [27:03] Et que un entrepreneur qui

Jean-Philippe Courtois [27:06] C'est des larmes.

Frédéric Mazzella [27:06] Beaucoup de travail, ouais. Un entrepreneur qui essayerait de enfin, qui se dirait: « Tiens, je vais créer une boîte et ça va monter tout seul » et qui cherche le bouton de l'ascenseur, il va être déçu. Enfin, moi, j'ai pas trouvé. J'ai pas trouvé de bouton.

Jean-Philippe Courtois [27:20] Non seulement t'as pas trouvé de bouton, mais je crois que tu as essayé cinq boutons différents

Frédéric Mazzella [27:23] Ah si

Jean-Philippe Courtois [27:24] Cinq modèles économiques différents, si je peux utiliser cette analogie-là encore sur l'ascenseur, mais qui était un escalier et qui n'ont pas fonctionné. Et donc, là où pas mal se seraient arrêtés, toi, tu as poursuivi. Mais explique-nous, je crois que c'est intéressant, ouais, dans parmi nos auditeurs, il y a beaucoup d'entrepreneurs, jeunes entrepreneurs, notamment Impact et autres. Quelle est la leçon que tu retires un peu de ces cinq échecs, finalement, de modèles et le conseil que tu pourrais donner sur cette fameuse itération, ce fameux pivot dont on parle à toutes les sauces?

Frédéric Mazzella [27:53] Oui, c'est une forme de, aussi, d'humilité que tu développes parce que des fois, t'as des idées des, sur la manière avec laquelle ça doit fonctionner. Et puis la réalité te rappelle que c'est elle qui décide. Que c'est pas toi. Et donc il faut que tu essayes jusqu'à ce que ça marche, mais tu n'as pas forcément toujours les bonnes méthodes, la bonne idée pour que ça fonctionne. Et donc ta seule manière de, d'y arriver, c'est d'essayer plusieurs fois. Alors après, il y a une citation d'Einstein que, qui m'accompagne tout le temps Qui dit que le signe de la folie, c'est d'essayer plusieurs fois la même chose en espérant un résultat différent.

Jean-Philippe Courtois [28:34] Ah, j'aime beaucoup.

Frédéric Mazzella [28:34] Voilà. Et donc, il faut faire attention. Il faut pas essayer toujours de la même manière.

Jean-Philippe Courtois [28:39] Toujours la même chose. Il faut, il faut varier.

Frédéric Mazzella [28:40] Il faut varier tes essais, mais ça finit par marcher à force.

Jean-Philippe Courtois [28:44] Quelle est ta recette dans cette variation? Si tu veux nous donner juste deux exemples, peut-être entre le premier modèle et le modèle où tu as eu le, où tu as craqué le modèle.

Frédéric Mazzella [28:52] Je pense que le, la base, mais c'est comme quand on construit n'importe quel produit, c'est de revenir à, au problème qu'on cherche à résoudre et de ne pas tout de suite, comment dire, passer à

Jean-Philippe Courtois [29:05] Solution

Frédéric Mazzella [29:06] La solution. Ne pas tout de suite imaginer une solution. Il faut quand alors, parce que quand on essaye de construire un produit ou un service, on essaye justement quand même de construire la solution. Mais quand ça ne marche pas, il faut pas rester dans cette solution-là.

Jean-Philippe Courtois [29:21] Faut être obstiné.

Frédéric Mazzella [29:21] Il faut revenir au problème de départ et se dire: « Attends. Pourquoi je fais ça? Qu'est-ce que je cherche à résoudre? » Tu sais, c'est comme tu recules par rapport à l'obstacle pour mieux le voir de plus loin et puis te dire: « Tiens, non, on peut passer par il y a une autre, il y a un autre passage par là-bas ».

Jean-Philippe Courtois [29:36] J'ai sous-estimé, que je

Frédéric Mazzella [29:38] Voilà. Et donc il faut se défaire de la solution qu'on a imaginée. Et, et se replacer dans la perspective de l'objectif.

Jean-Philippe Courtois [29:47] Ça, c'est dur, même au niveau émotionnel pour certains. J'ai remarqué aux entrepreneurs. Je leur dis souvent à nos jeunes entrepreneurs à Impact: « Ne tombez pas amoureux de votre solution, mais de votre problème ». Parce que c'est la chose la plus importante quoi et

Frédéric Mazzella [30:00] C'est exactement ça. Alors, il y a, il y a plusieurs difficultés là-dedans. Je pense qu'effectivement, il y a le côté, créatif, mais ça, on peut le résoudre par cette prise de recul. Il y a le côté émotionnel de l'attachement à ce que tu as construit aussi

Jean-Philippe Courtois [30:14] Bien sûr

Frédéric Mazzella [30:14] Parce que même si ça marche pas, t'as quand même fait quelque chose

Jean-Philippe Courtois [30:17] C'est clair

Frédéric Mazzella [30:17] T'as construit. Et ça, c'est alors, une autre manière de le voir, c'est les, pour moi, les seules structures qui peuvent progresser sont celles qui ont assimilé la notion de sunk cost. Tu dois être bien familier de ça. Sunk cost, alors en français, ça se traduit un peu mal, mais c'est, les coûts irrécupérables, on va dire. Et donc c'est un investissement. Enfin, tu croyais que c'était un investissement, puis, ça ne va pas te servir pour la suite.

Jean-Philippe Courtois [30:42] Oui, c'est perdu.

Frédéric Mazzella [30:43] C'est un investissement qui ne sert pas pour la suite, c'est-à-dire que c'est une perte.

Jean-Philippe Courtois [30:46] C'est une perte. C'est un write-off, comme disent les Américains.

Frédéric Mazzella [30:48] C'est un write-off, voilà. Donc, mais il faut réussir à acter Que c'est un sunk cost et ne pas se dire

Jean-Philippe Courtois [30:55] Être prêt

Frédéric Mazzella [30:56] Et être prêt, et ne pas se dire: « Non, mais il y a encore quelque chose que je peux réutiliser ». Non, -

Jean-Philippe Courtois [30:59] C'est mort

Frédéric Mazzella [31:00] Ce truc-là, c'est mort. Tu peux plus le réutiliser. Et donc, quand tu as assimilé ça, tu es capable, d'imaginer autre chose et de te débarrasser de De ce que t'avais construit précédemment, même si t'y investis beaucoup d'énergie. Et ça, c'est un peu contraire à tout ce qu'on, nous apprend très souvent, y compris évidemment dans nos études, parce que il y a un côté très, prévisible et linéaire dans tout ce qu'on apprend généralement, dans nos études. Parce que on nous apprend des choses qui marchent de manière certaine. Parce que si on nous les enseigne, c'est que il y a déjà des milliers, des dizaines de milliers, parfois des millions de personnes qui sont déjà passées sur ce chemin-là. Et on sait que ce chemin-là, il marche.

Jean-Philippe Courtois [31:46] Éprouvé, validé.

Frédéric Mazzella [31:47] Donc tout ce qu'on fait quand on nous apprend des choses dans nos études, c'est nous faire parcourir des chemins qui ont déjà été débroussaillés. Et donc le temps qu'on passe Est toujours effectivement un investissement et nous aide toujours à progresser sur ce chemin-là. À la différence de quand tu crées quelque chose, tu prends, il y a pas de chemin par définition. Et donc, des fois, tu te trompes complètement, t'es pas du tout sur une route. Et donc c'est un dead end et il faut, il faut revenir

Jean-Philippe Courtois [32:14] Il faut être capable

Frédéric Mazzella [32:15] Et changer de direction.

Jean-Philippe Courtois [32:16] D'avoir cette humilité aussi. C'est là où je pense probablement que des associés, des personnes de confiance avec lesquelles tu es capable d'avoir des discussions très directes sur, pour ne plus t'attacher à ta solution à toi Peut aider. Est-ce que ça a été le cas?

Frédéric Mazzella [32:30] Et ça, oui, ça, je pense que c'est alors, on va revenir à la musique. La musique m'a beaucoup appris pour ça. Parce que, typiquement quand tu, joues un morceau, elle m'a beaucoup appris à quoi faire, à me détacher de ce que j'ai fait pour, réfléchir de manière objective, extérieure À d'autres manières potentielles de faire mieux, et donc de ne pas être émotionnellement trop attaché à ce que j'ai construit, pour le bien de ce que je dois construire. Pour imaginer potentiellement d'autres solutions. Mais, alors pourquoi la musique? Parce que par exemple, quand tu joues un morceau de Chopin Tu joues devant des gens, alors les gens vont pouvoir apprécier ou ne pas apprécier. En tout cas, s'ils n'apprécient pas, ce qui correspond à t'as livré un produit qui ne marche pas. Quand t'as

Jean-Philippe Courtois [33:18] Tu traduis ça, oui.

Frédéric Mazzella [33:19] Tu traduis ça en langage entrepreneurial, c'est ça. Donc t'as joué et les gens n'aiment pas. T'as fait un produit Qui marche pas. Donc, - Mais quand tu joues un morceau de Chopin et que les gens n'aiment pas, ils vont pouvoir critiquer ton interprétation, différentes choses, mais ils vont pas dire, Chopin est nul. Ils vont pas dire, parce que, parce que Chopin n'est pas nul. Chopin est un des meilleurs, enfin même peut-être le meilleur, compositeur de piano que je connaisse. Mais, en revanche, donc quand toi, tu as composé un morceau Voire même t'es allé plus loin, t'as mis des paroles

Jean-Philippe Courtois [33:55] Oui, c'est, c'est ton œuvre

Frédéric Mazzella [33:57] Et t'as chanté et tu es en train de tout faire.

Jean-Philippe Courtois [33:59] C'est ton œuvre.

Frédéric Mazzella [33:59] T'es en train de jouer, de chanter, de, ton texte et là tu joues ton morceau et là, les gens n'aiment pas.

Jean-Philippe Courtois [34:04] Ah, ça fait mal.

Frédéric Mazzella [34:05] Ouais, ça fait très mal.

Jean-Philippe Courtois [34:07] Ça fait très mal.

Frédéric Mazzella [34:07] Parce que t'as l'impression là pour le coup que tout, que tout, qu'on, qu'on rejette

Jean-Philippe Courtois [34:11] Que c'est toi

Frédéric Mazzella [34:11] Que c'est toi.

Jean-Philippe Courtois [34:11] C'est toi qui rejette.

Frédéric Mazzella [34:11] On rejette toute ta personnalité parce que tu y as mis toutes tes tripes dans ce, dans ce morceau, et dans ton interprétation. Et donc là, quand les gens n'aiment pas, ça t'apprend à te détacher. C'est, c'est, c'est, - C'est nécessaire, parce que sinon, enfin, c'est même vital. Si tu te détaches pas de ce que t'as fait

Jean-Philippe Courtois [34:27] T'es mort.

Frédéric Mazzella [34:28] Parce que t'as l'impression que les gens te jugent toi en entier. Et donc ça, comme ça m'est arrivé pas mal de fois, de jouer des trucs, de composer des trucs et que ça soit pas forcément, accueilli avec la plus grande ferveur. Ça m'a appris à me détacher, de ce que je fais, de ce que j'ai créé, à le regarder sous un autre angle Y compris sous l'angle de la personne qui le critique ou qui explique pourquoi il l'aime pas, il l'aime pas, et à pouvoir réessayer autrement, à refaire et à retourner.

Jean-Philippe Courtois [34:58] Et ça, c'est une vraie force, Fred. Je souris parce que il se trouve que hier, j'ai enregistré un autre podcast. Là, j'en fais plusieurs en série à distance avec l'auteur de Chatter. Je sais pas si tu connais Ethan Kross. C'était un livre qui a eu beaucoup de succès il y a quelques années. Il en a écrit un deuxième. Qui est Chatter, c'est cette petite voix qu'on a en nous et qui nous dit: « Jean-Philippe, mais t'as été nul. T'es en dessous de tout. Fred, sur ce Chopin, là, c'est, c'est, c'est, c'est horrible ce que t'as fait. » Et, Chatter, bon, je vais pas, je vais pas spoiler l'épisode, qui sera d'ailleurs peut-être pas sorti au moment où on aura le nôtre qui sera sorti, Fred. C'est, c'est apprendre justement à monter un peu au balcon et à se voir, lui, Fred, c'est toi la première personne qui parle de lui, et d'arriver justement à prendre cette élévation et cette distance par rapport à soi, aux accomplissements, aux actions qu'on fait et d'arriver à manager ses émotions finalement de différentes manières. Et je trouve et ça, je trouve dans le cœur de ce qui est notre sujet du leadership positif, c'est une, c'est une vertu extrêmement importante et pour plein de scénarios, pas simplement entrepreneuriaux d'ailleurs.

Frédéric Mazzella [36:06] Oui, parce que, la difficulté, alors il y a, il y a la difficulté par rapport à soi, par, par rapport quelque part à une forme d'amour propre qu'on peut avoir. Et de fierté qu'on a envie de, de ressentir. Donc de constater qu'on s'est trompé, c'est toujours, délicat par rapport à soi-même, mais après, il y a aussi le regard des autres.

Jean-Philippe Courtois [36:23] Complètement.

Frédéric Mazzella [36:24] C'est-à-dire qu'on se dit: « qu'est-ce qu'ils vont penser? » Alors bon, il faut essayer au maximum de s'en défaire de ça, parce que si, si le regard des autres nous empêche de nous améliorer, on a raté quelque chose.

Jean-Philippe Courtois [36:35] On a vraiment raté beaucoup.

Frédéric Mazzella [36:36] Voilà. Donc c'est là où c'est important effectivement d'avoir, quand même autour de soi une forme de bienveillance parce que Et que les gens ne nous en tiennent pas rigueur quand on se trompe. Ils se disent: « Ça va, je t'aime quand même, Fred. ».

Jean-Philippe Courtois [36:46] Bienveillant, mais qui sache te dire aussi que tu t'es planté. Que ce soit pas

Frédéric Mazzella [36:50] Oui, non, pas complaisant. Non, c'est pas pareil. Effectivement.

Jean-Philippe Courtois [36:53] Très différent.

Frédéric Mazzella [36:54] Bienveillant, mais pas complaisant. Bien sûr. Et donc Comprendre que oui, le, l'échec, l'erreur fait partie du parcours. Mais ça, alors pour le coup C'est ce que tu comprends aussi, en faisant de la recherche. Alors, il y a un épisode qui m'a marqué aussi par rapport à ça, puisque Normale Sup, c'est une école pour te former en tant que chercheur. Je me souviendrai toute ma vie de cette, première journée à Normale Sup où la directrice nous avait reçus dans l'amphi. Alors, ce que c'est les épreuves de Normale Sup? C'est quand même assez compliqué.

Jean-Philippe Courtois [37:23] Je les ai jamais passées, à titre personnel. Mais j'imagine

Frédéric Mazzella [37:25] T'as des épreuves de dix heures, qui sont assez, quand même, complexes. Et puis, très souvent, tu finis pas parce que c'est vraiment très long. Et donc tu finis, tu te dis: « Je sais pas, j'ai, j'ai fait vingt-cinq ou trente pour cent de l'exam, ça va pas marcher. » Puis finalement, tu te retrouves avec quatorze, quinze ou dix-neuf et, et tu te dis: « Ah oui, mais donc c'était pas fait pour, on pou on ne pouvait pas finir. »

Jean-Philippe Courtois [37:47] C'était mission impossible.

Frédéric Mazzella [37:48] C'était, c'était pour trois jours, c'était pratiquement impossible. Et, et donc elle nous reçoit dans l'amphi. Et puis alors le taux de c'est, c'est, c'est à peine un pour cent, je crois, des gens qui, -

Jean-Philippe Courtois [37:59] Qui sont, qui sont admis

Frédéric Mazzella [38:00] Qui sont admis par rapport au, des milliers à se présenter. Puis moi, en physique, y avait vingt-trois places, si tu veux, donc c'est

Jean-Philippe Courtois [38:05] Ouah.

Frédéric Mazzella [38:06] C'est pas beaucoup. Et donc t'as quand même l'impression d'avoir, - Franchi une, -

Jean-Philippe Courtois [38:10] Ah c'est clair

Frédéric Mazzella [38:11] Une vraie barrière, quand tu rentres. Et là, elle nous dit, « Bonjour à tous, bravo, vous êtes rentrés à Normale Sup, vous savez remplir un QCM. » Je fais: « Ouais, ton QCM, quand même, il était

Jean-Philippe Courtois [38:24] Il était un peu chaud

Frédéric Mazzella [38:25] Il était un petit peu chaud. », elle dit: « Mais oui, parce qu'il faut bien que vous sach vous compreniez que toutes les questions auxquelles vous avez répondu D'autres se les sont posées. » « Vous n'avez fait que répondre à un stimuli, enfin un stimulus. Et, maintenant, ensemble, on va apprendre à se poser les questions. »

Jean-Philippe Courtois [38:44] Ouah. Et ça, c'est

Frédéric Mazzella [38:45] Et là, tu dis: « Ah oui, d'accord, c'est ça. » Donc là, j'ai passé la barrière, c'était le, c'était le bac à sable. Je sais, je sais faire trois fois quatre, douze. Et, et là maintenant, on va se servir de, quelque part, de cette agilité nouvelle qu'on a, cette dextérité, cette facilité de calcul, puisqu'on parle aussi de ça Typiquement, pour, aller beaucoup plus loin et se poser des nouvelles questions. Et ensuite, on est équipé normalement pour aller débroussailler beaucoup plus vite sur des nouvelles problématiques. Et ça a été, ouais, ça a, ça a été transformateur pour moi de vraiment me dire: « Bon, d'accord, OK, maintenant, ça va, j'ai les bases. Je sais compter, je sais, je sais lire, je sais écrire. Et, et maintenant, je peux, je peux chercher. »

Jean-Philippe Courtois [39:27] Je peux chercher.

Frédéric Mazzella [39:28] Je peux créer, je suis prêt.

Jean-Philippe Courtois [39:29] Et notamment, je peux poser des questions. Et des questions pertinentes. C'est tellement vrai ce que tu dis. Et j'ai eu un superbe épisode avec quelqu'un qui, que, pour lequel j'ai beaucoup de respect et qui est, qui est un master coach, un gourou coach, qui a écrit l'un des deux best-sellers Coaching Habits. Et il a développé tout un modèle de coaching autour de sept questions fondamentales. Alors, il y a toute une batterie et tu peux aller beaucoup plus loin que ces sept. Mais tu t'aperçois, et tu le sais comme moi, quand tu as des relations, que ce soit personnelles, amicales, familiales, mais surtout aussi professionnelles, des salariés, des employés et autres, que la capacité à rentrer dans une relation qui sera forte au niveau de la confiance et ensuite au niveau aussi de ce qu'on peut accomplir ensemble, ça suppose tellement de la curiosité que tu peux avoir vis-à-vis de l'autre. Et l'art de poser des questions avec une certaine curiosité, tout en respectant la personne, permet d'aller beaucoup plus loin, dans la, dans la capacité de créer des choses ensemble. Voilà.

Frédéric Mazzella [40:26] Ça fait un lien, ouais.

Jean-Philippe Courtois [40:27] Je ferme la parenthèse, mais je suis tellement convaincu que, la différence entre deux questions, entre deux personnes peut créer une telle différence dans peut-être la recherche d'une solution, d'un produit ou d'autre chose d'ailleurs, en fonction de ces questions posées. Donc merci de le rappeler parce que je trouve que c'est, c'est très puissant, l'art de la question. C'est, c'est pas Alors maintenant, j'aimerais qu'on passe à ce modèle de confiance. Moi, ce qui m'a, ce qui, si finalement, ce qui me fascine le plus dans le modèle BlaBlaCar, c'est que tu mets des personnes ou des millions de personnes qui se connaissent pas et qui vont, par une approche quand même que tu as définie, je tiens à le dire, alors, tu en parleras mieux que moi. Tu as formalisé un framework, le modèle s'appelle DREAMS. Voilà. Avec la NYU Stern School Business et étudié aussi Harvard, INSEAD, Warwick. Et c'est un modèle qui a montré que les membres BlaBlaCar, avec un profil complet, étaient considérés finalement plus dignes de confiance que des collègues de travail, voire même des voisins. Et ça, je trouve ça assez incroyable. Et donc, explique-nous comment tu as construit cette mécanique de confiance et comment tu as été sensibilisé à ça. Parce que finalement, c'est peut-être pas immédiat, là aussi, comme trouvaille.

Frédéric Mazzella [41:32] Alors, merci beaucoup de, d'amener ce sujet-là, parce que si tu veux, si je prends du recul Par rapport à tout ce que j'ai pu, découvrir, et faire de, jusqu'à aujourd'hui. Je pense que ça C'est le truc le plus dingue Le plus fondamental que j'ai découvert. C'est, si tu me, si tu me demandes vraiment aujourd'hui qu'est-ce qui est le truc le plus important que tu as fait ou découvert, c'est la création de ce modèle de confiance-là. Parce que, Alors, comment je me suis intéressé au sujet, déjà? Par nécessité, puisque, on en a, on l'a évoqué brièvement tout à l'heure, mais quand tu vas faire un covoiturage, t'as envie de savoir avec qui, enfin, t'as envie d'avoir confiance dans la personne avec qui tu vas faire du covoiturage.

Jean-Philippe Courtois [42:14] C'est clair.

Frédéric Mazzella [42:15] Et donc, le, tu te poses la question de l'origine de la confiance. Et, aujourd'hui, dans notre société, enfin, dans la manière avec laquelle tout est structuré, la manière avec laquelle on crée de la confiance, c'est alors, historiquement, c'est par de la proximité. On se connaît, on s'est rencontrés plein de fois. Donc on habite un peu, enfin, on habite un peu au même endroit.

Jean-Philippe Courtois [42:38] Un lieu un peu commun, ouais, c'est ça.

Frédéric Mazzella [42:39] On se connaît, on s'est vus plein de fois. Et donc, on base notre, confiance dans le futur. Parce que quand on parle de confiance, c'est toujours, - Une projection future.

Jean-Philippe Courtois [42:50] Oui. C'est ce qu'on peut faire ensemble, ouais.

Frédéric Mazzella [42:51] Sur la base de données passées. Donc non seulement c'est sur la base de données passées, mais c'est aussi sur la base de données de proximité. C'est-à-dire que, je, c'est pas parce que je rencontre, enfin, je sais pas, si j'ai vingt-cinq ans, que je rencontre quelqu'un qui a vingt-cinq ans mais qui a grandi à l'autre bout de la planète. On a vécu en même temps, mais on a, comme on se connaît pas, on n'a pas développé de confiance.

Jean-Philippe Courtois [43:09] De contexte commun.

Frédéric Mazzella [43:10] Par contre, si c'est quelqu'un qui, même si j'ai une différence d'âge de trente ou cinquante ans avec l'autre, mais que je le connais, là, je peux avoir une confiance. Donc y a pas que la notion de passé. Y a la notion de passé Commun et d'interaction commune comme passé. Bon bref. Là, grâce à la technologie, on fait sauter ces barrières-là. C'est-à-dire qu'on est capable, quand j'ai une interaction avec toi, avec quelqu'un d'autre, avec douze personnes, si tu laisses par exemple un avis positif sur moi, quand quelqu'un d'autre va arriver, il va voir mon profil et il va voir les douze avis positifs de douze autres personnes qui ont interagi avec moi. Il va se dire: Ah donc, cette personne-là a l'air d'être une personne de confiance parce qu'il y a douze avis positifs. Et ça, c'est une rupture complète de la manière avec laquelle on peut construire notre confiance, parce qu'on est maintenant capable de quelque part télécharger la confiance de quelqu'un. On n'est pas obligé d'avoir eu, douze interactions avec cette personne-là sur les deux dernières années. Si c'est d'autres personnes qui ont eu ces douze interactions-là et qu'elles ont fait état du fait que leur relation s'est bien placée, eh bien, je suis capable de télécharger cette confiance instantanément. Et ça, c'est une rupture. C'est, c'est une, c'est une rupture dans la manière de construire la confiance, de la même manière que le, si tu veux, le réseau téléphonique était une rupture dans la manière de communiquer. C'est-à-dire qu'au lieu de communiquer avant, on pouvait communiquer qu'avec une personne qui était à quelques centimètres ou mètres de soi ou dizaines de mètres si on crie, mais c'est tout.

Jean-Philippe Courtois [44:43] Oui. On a changé de paradigme ensuite.

Frédéric Mazzella [44:45] On est capable de communiquer avec des gens qui sont à des dizaines de milliers de kilomètres. Et donc là, de la même manière, tu dis: Mais, là, on est maintenant capable de créer de la confiance, envers des personnes qui ne sont pas là, avec qui je n'ai pas interagi. Alors qu'avant, il fallait que, ce que, qu'on, qu'on ait, qu'on se soit rencontrés, par le passé et qu'on soit au même endroit. Donc ça, c'est, c'est ça la rupture que la technologie a pu amener. Alors donc évidemment, je me suis dit: Bon ça, c'est la première, premier constat de rupture. Et derrière, comment tu la construis? Donc là, je me suis posé la question de tout ce qu'on pouvait, télécharger comme

Jean-Philippe Courtois [45:23] Agrégé comme information, enfin comme data.

Frédéric Mazzella [45:25] Composante de confiance.

Jean-Philippe Courtois [45:26] Composante, ouais.

Frédéric Mazzella [45:28] Pour la construire. C'est là où, donc j'ai, j'ai développé le modèle D.R.E.A.M.S.. Le modèle D.R.E.A.M.S., c'est les six piliers, je l'ai appelé comme ça, les six piliers de la confiance. Et D.R.E.A.M.S., c'est un acronyme, donc c'est, c'est six lettres. Et donc le D, c'est pour les informations qui sont déclarées. C'est-à-dire, par exemple, je m'appelle, je sais pas, Albert et puis j'aime les maths et la physique. Et puis, j'aimais la musique et puis, et puis je suis né en telle année. Et voilà. Puis donc, des informations déclaratives, y compris la photo. Le R de D.R.E.A.M.S., c'est pour les ratings, donc c'est toutes les notations. On en a parlé, c'est-à-dire les expériences positives. Le E, c'est pour l'engagement. Alors l'engagement sur une plateforme technologique qui va être, c'est, c'est, c'est un paramètre qui va être tourné vers le futur, nécessairement. Et donc comment on matérialise l'engagement, sur une plateforme technologique comme ça? C'est par simplement, par exemple, un passager qui va payer à l'avance en disant: oui, je viens, après-demain à dix-huit heures trente, parce que regarde d'ailleurs, j'ai déjà payé, j'ai déjà payé mes vingt-cinq euros. Je suis engagé. Et ça, tu peux le, tu peux le passer en digital aussi. Ensuite, le A, c'est pour l'activité. C'est-à-dire, est-ce que tu t'es inscrit hier sur la plateforme ou est-ce que tu t'es inscrit il y a trois ans et que tu as déjà utilisé cent douze, cent douze fois la plateforme. Donc ça, c'est pareil, c'est un facteur de construction de confiance. Le M, c'est pour la modération. Donc ça, c'est le travail de la plateforme, qui vérifie que les échanges sont bien cordiaux et avec un but de covoiturage uniquement pour nous. Et puis le S, c'est pour social. C'est la possibilité, quand tu as un profil social sur un autre réseau, quel qu'il soit, de pouvoir le connecter à celui de BlaBlaCar. Et donc, quand tu donc ça, c'est, c'est six paramètres de construction de confiance que tu peux déployer technologiquement.

Jean-Philippe Courtois [47:23] Tu as un brevet là-dessus ou?

Frédéric Mazzella [47:24] Non, il n'y a pas de brevet.

Jean-Philippe Courtois [47:25] Il y a pas de brevet. Parce que c'est juste un framework, mais après, il y a un modèle de data, il y a un data graph qui est derrière, qui va

Frédéric Mazzella [47:31] Et donc, pendant des mois, des années, on s'est attelé à être sûr de déployer chaque composante, chaque pilier pour construire la confiance. Et alors après, évidemment, vient la question de, moi, je voulais une preuve, derrière cette théorie. On rejoint le domaine de la recherche là. Je me disais: Bon c'est bien, t'as imaginé ce truc-là, tu l'as développé. Maintenant, est-ce que ça marche? Et donc je voulais aller calculer un degré de confiance. Et alors, en m'intéressant donc à ce sujet de confiance, je me suis rendu compte qu'il y a pas beaucoup d'experts de la confiance au niveau mondial. J'étais très étonné. C'est un sujet qui, paradoxalement, en tout cas en tant que tel, n'est pas très étudié. Il y a d'autres manières, détournées d'aller parler de, du sujet de confiance, mais le sujet lui-même de ce qu'est la confiance et comment l'humain, s'en sert pour agir, il est, il est pas très, pas très développé. J'ai trouvé quelques chercheurs. Alors, il y avait, il y a Arun Sundararajan aux États-Unis, à NYU Stern. Il y a Rachel Botsman en Australie. En France, il y a, il y a Yann Algan. Bon, il y a quelques experts comme ça qui s'intéressent à la confiance, mais franchement, il y en a pas tant, pas tant que ça.

Jean-Philippe Courtois [48:36] Pas tant que ça, ouais.

Frédéric Mazzella [48:36] Et, alors, je me suis dit: comment on va faire? On va les mesurer, on va poser une question. Et donc on a pris des gens de notre réseau et puis des gens pas de notre réseau, mais on est allé poser des questions à, alors, on avait quasiment vingt mille répondants, je crois, sur notre enquête et on va leur demander sur différents, pays, quel est le degré de confiance qu'ils apportent à différentes catégories de personnes.

Jean-Philippe Courtois [48:57] C'est intéressant aussi le côté, le critère national/pays, parce que ça peut changer beaucoup de choses.

Frédéric Mazzella [49:01] Exactement. Et donc, ce qu'on a vu, c'est que, on demandait aux gens sur une échelle de un à cinq: Quel est votre degré de confiance par rapport à telle catégorie de personnes? Les catégories de personnes, tu vas avoir les voisins, les collègues, les gens qui te suivent sur les réseaux sociaux, ta famille, voilà. Et puis bon, au milieu de tout ça, on dit: Et un covoiturage. Quelqu'un qui est sur, quelqu'un qui fait du covoiturage. Avec BlaBlaCar. Et alors là, et qui a un profil complet, justement. Parce qu'il faut quand même, on va pas prendre un profil justement vierge, on va prendre un profil de, ', de quelqu'un qui a quand même un profil complet, donc qui respecte le modèle D.R.E.A.M.S.. Donc il y a un peu toutes les caractéristiques. Et là, oui, énorme surprise parce que, les, sur, le critère, c'était qui donne quatre ou cinq sur cinq à telle ou telle catégorie. Donc on comptait le pourcentage. Et donc sur quelqu'un qui te suit sur les réseaux sociaux, le pourcentage de gens qui donnent quatre ou cinq sur cinq en confiance, il est moins de, moins de 16 %.

Jean-Philippe Courtois [49:58] Ouais. Ça me surprend pas.

Frédéric Mazzella [49:59] Sur, les voisins et les collègues, on est entre 48 et 52 % qui donnent quatre ou cinq sur cinq en niveau de confiance. Sur, les gens de la famille, on est entre 92 et 94 % en termes de confiance, quatre ou cinq sur cinq. Et la grosse question, c'était: où est-ce que se situe

Jean-Philippe Courtois [50:17] Se situe

Frédéric Mazzella [50:17] Les membres BlaBlaCar, avec un modèle D.R.E.A.M.S.. Et là, on est à 88 %.

Jean-Philippe Courtois [50:21] Waouh! C'est incroyable.

Frédéric Mazzella [50:22] C'est un truc de fou.

Jean-Philippe Courtois [50:23] C'est dingue.

Frédéric Mazzella [50:23] C'est-à-dire que tu avais les amis, la fam alors, en gros, on était sur le podium.

Jean-Philippe Courtois [50:28] On a confiance

Frédéric Mazzella [50:28] On avait les amis, la famille en premier.

Jean-Philippe Courtois [50:30] La famille, t'es très proche,

Frédéric Mazzella [50:31] La famille d'abord, les amis après. Et le, -

Jean-Philippe Courtois [50:33] Après, la communauté BlaBlaCar.

Frédéric Mazzella [50:34] Et communauté BlaBlaCar juste après.

Jean-Philippe Courtois [50:36] C'est fou.

Frédéric Mazzella [50:36] Complètement fou parce qu'on est les seuls Justement, où il y a pas eu d'interaction. Les gens ne se sont pas rencontrés. Mais par contre, ils voient le profil, ils se disent: « oui, je peux lui faire confiance. » Pourquoi? Parce que j'ai tous les avis de tout le monde, parce que il y a des choses qui ont été checkées. Après, en termes de modération, nous, on peut aller vérifier les pièces d'identité aussi, des choses comme ça. Et donc ça, ouais, c'était, c'était une révolution pour moi de constater ça. Et donc c'était la preuve qu'effectivement, on est capable de construire un réseau de confiance, à distance entre des millions de personnes. Et c'était surtout pour nous la clé du scaling.

Jean-Philippe Courtois [51:06] Bien sûr.

Frédéric Mazzella [51:06] Parce que tu peux pas faire grandir une communauté de millions de personnes si tu n'as pas établi, évidemment, un, une forte confiance par rapport au service que tu livres.

Jean-Philippe Courtois [51:13] C'est une base fondamentale. Non, c'est, je trouve ça assez fascinant, franchement. Et il y a plein d'épisodes où on a parlé de la confiance aussi avec des auteurs de neurosciences, de psychologie positive, donc d'un domaine très différent, au niveau humain, de comment on capte et une crée une confiance. Et je trouve que c'est super que tu aies, que tu aies pu, dans ton produit, finalement, modéliser ça, noter ça bien plus loin que le rating qu'on a avec notre chauffeur Uber ou autre, qui est quand même très limité dans ce que ça représente et l'authenticité, je trouve, même du rating que l'on donne d'ailleurs à la fin. Et donc je trouve ça super. On va changer de sujet, toujours autour de BlaBlaCar et plus largement, finalement, aussi, Fred, c'est sur l'environnement, parce que tu n'as jamais encore prononcé le mot environnement, finalement, depuis qu'on est là ensemble.

Frédéric Mazzella [51:53] C'est vrai.

Jean-Philippe Courtois [51:53] Ce qui est assez intéressant. Et même quand tu parlais de ton enfance, tu parlais de la nature. Tu as parlé de tout ça, finalement, sans utiliser le terme. Je regardais des chiffres d'une invitée que j'ai eue dans le podcast qui s'appelle Hannah Ritchie, je sais pas si tu la connais, qui est une data scientist qui est très pointue sur l'environnement. Et elle est, elle est, elle a, elle a un blog qui est super, qui s'appelle Our World in Data. Et donc elle a, j'ai pris quelques données qu'elle, qu'elle a parce qu'elle va loin dans l'analyse des données après, pour essayer de faire parler la réalité, le vrai et le faux de chiffres. Ce qu'elle dit, c'est que 24 % des émissions mondiales de CO2, finalement, se, c'est ce que représente le secteur des transports dans le monde et que le transport routier en représente les trois quarts, donc 45 % pour les véhicules de passagers. Et en France, la situation, elle semble encore plus frappante puisque les transports sont le premier secteur émetteur responsable de 32 % des émissions totales du pays, soit 130 millions de tonnes de CO2, équivalent. Le transport routier compte pour 94 % de ces émissions sectorielles et chaque siège vide dans une voiture, bien sûr, c'est une opportunité manquée de réduire cette empreinte. Et je crois qu'un chiffre que tu as diffusé, il doit être mis à jour, je pense, depuis, était de 2,5 millions de tonnes de CO2 évitées en 2024.

Frédéric Mazzella [53:05] Ouais, qui l'était par an, ouais.

Jean-Philippe Courtois [53:07] Ouais, ce qui est déjà colossal, Ce qui est colossal. Tu vas nous donner une perspective pour, ce que ça représente. Et finalement, j'ai envie, au-delà de cet acquis qui est déjà super, moi, je trouve, je dis chapeau, c'est énorme, que tu nous, que tu projettes dans les années qui viennent. Je sais pas si c'est les cinq, dix années qui viennent. Bon, parce qu'il y a l'électrification quand même des véhicules. Il y a, il y a les voitures autonomes. Bon, quand t'es à Silicon Valley, on prend Waymo ou autre, on s'interroge, mais ça va arriver chez nous, ça va arriver aussi, même si c'est un peu plus loin avec les politiques publiques. Comment tu imagines l'évolution de ta plateforme, finalement, pour maximiser cet impact climatique? Et en quoi cet objectif est très important, fondamental pour toi, autant finalement que la confiance et que le succès économique et financier de BlaBlaCar?

Frédéric Mazzella [53:49] Oui, alors il y a beaucoup de questions.

Jean-Philippe Courtois [53:50] Je sais.

Frédéric Mazzella [53:50] Elle est longue, celle-là.

Jean-Philippe Courtois [53:51] C'est une question qui est parce qu'on avance beaucoup dans le temps, malheureusement, et je suis obligé de

Frédéric Mazzella [53:55] Alors, comment y répondre de manière succincte? Alors oui, BlaBlaCar aujourd'hui permet l'économie de 2 500 000 tonnes de CO2 par an. Alors, en termes de pourcentage, c'est alors effectivement, tu parlais des pourcentages du transport routier, ', des voitures dans le, dans les émissions, notamment en France où c'est plus élevé. Ce qu'il faut voir, c'est que la raison pour laquelle c'est plus élevé en France, c'est aussi parce que notre mix énergétique en France, il est, pas mal nucléaire.

Jean-Philippe Courtois [54:23] C'est sûr.

Frédéric Mazzella [54:23] Et que donc du coup, il, il pollue moins. Et donc effectivement, la voiture prend plus de place à ce moment-là, puisque les autres sources d'énergie sont moins polluantes. Donc, c'est pas qu'on est un mauvais élève.

Jean-Philippe Courtois [54:34] Oui, c'est que C'est une déformation du modèle.

Frédéric Mazzella [54:36] Mais, donc 2 500 000 tonnes de CO2, c'est à peu près, 0,5 % des émissions

Jean-Philippe Courtois [54:46] Ouah

Frédéric Mazzella [54:46] De, d'un pays comme la France, puisque la France émet à peu près 500 millions de tonnes de CO2 par an. C'est aussi, deux fois plus que les émissions de CO2 du trafic routier, d'une ville comme Paris. Et donc c'est juste pour donner un

Jean-Philippe Courtois [55:03] Oui, c'est bien. Tu ramènes à la réalité très concrète des Ouais.

Frédéric Mazzella [55:07] Donc pourquoi? Juste par quelque chose de simple, c'est que il vaut mieux deux passagers par voiture que deux voitures par passager. ', c'est deux voitures par personne, évidemment. Donc, on optimise le taux de remplissage des véhicules et à ce moment-là, on génère des économies de CO2 par rapport à l'existant. Il faut voir qu'on part d'une base effectivement où il y a beaucoup De gâchis. Je sais pas. Alors, je peux, je peux donner des chiffres. Je sais pas si, je peux donner quelques chiffres.

Jean-Philippe Courtois [55:36] Un ou deux, un ou deux de plus.

Frédéric Mazzella [55:36] Un ou deux? J'en ai plusieurs là.

Jean-Philippe Courtois [55:38] Vas-y.

Frédéric Mazzella [55:39] Alors, comment dire. Bon, une voiture passe quasiment 95 % de son temps arrêtée. Quand elle roule trois fois sur quatre, y a qu'un passager, y a qu'une personne à bord.

Jean-Philippe Courtois [55:47] Une personne à bord, ouais.

Frédéric Mazzella [55:48] Et après, tu mets ça en regard de, aussi d'ailleurs, le temps effectif où elle roule, parce que y a, alors c'est 0,5 % de sa vie qu'elle passe à chercher une place de parking pour se garer, 0,5 % de sa vie qu'elle passe coincée dans les bouchons. Enfin bon, y a différents trucs comme ça qui font que Fine, le temps où elle roule, c'est très peu.

Jean-Philippe Courtois [56:06] C'est très peu.

Frédéric Mazzella [56:07] Et en plus, quand elle roule, elle roule quasiment à vide. À côté de ça, tu mets ça en regard du, de l'enjeu financier qu'il y a en face. Une voiture, ça coûte à peu près 6 000 euros par an à l'entretien.

Jean-Philippe Courtois [56:18] Entretien.

Frédéric Mazzella [56:18] Quand tu comptes tout, c'est-à-dire dépréciation du véhicule, voilà.

Jean-Philippe Courtois [56:23] Réparation, etc.

Frédéric Mazzella [56:23] Parking, réparation, assurance, péage, tout ce que tu veux. Et donc si tu multiplies ça par le nombre de véhicules en France, y a à peu près 38 millions de véhicules. Tu dépasses les 200 milliards, t'es à 220, 230.

Jean-Philippe Courtois [56:36] 220 milliards.

Frédéric Mazzella [56:36] 230 milliards. Et c'est-à-dire que

Jean-Philippe Courtois [56:39] Ce serait une belle source d'économie pour notre premier ministre.

Frédéric Mazzella [56:41] Ouais, c'est, c'est 8 % du PIB. Et qui passe dans une ressource qu'on utilise un quart de, -

Jean-Philippe Courtois [56:46] C'est fou, ouais

Frédéric Mazzella [56:47] De, 2 % de son, de sa valeur. Donc bref, y a un gros gâchis à ce niveau-là. Et en plus, quand tu regardes l'énergie principale qui est utilisée, évidemment, c'est de l'énergie d'origine pe-, de, pétrole. Quand une voiture de, d'une tonne cinq se déplace avec seulement, un conducteur à bord Tu as 95 % de l'énergie dépensée qui sert à déplacer la tôle.

Jean-Philippe Courtois [57:06] C'est fou.

Frédéric Mazzella [57:06] Et donc seulement, voilà. Donc, et c'est de l'énergie fossile. Donc, 95 % de l'énergie fossile qu'on a extrait ne sert pas à tra À déplacer les gens.

Jean-Philippe Courtois [57:13] C'est juste la tôle.

Frédéric Mazzella [57:13] Ça sert à déplacer la, le, la tôle. Donc nous, on, ce qu'on fait, c'est qu'on optimise le taux de remplissage pour essayer de baisser cet immense, gâchis, tout simplement. Et ça, c'est valable non seulement pour, les voitures, mais aussi pour tous les véhicules.

Jean-Philippe Courtois [57:26] Tout à fait.

Frédéric Mazzella [57:27] Alors, il y a des véhicules qui sont déjà structurés.

Jean-Philippe Courtois [57:29] Multimodale, maintenant aussi, d'ailleurs.

Frédéric Mazzella [57:30] Voilà. Donc aujourd'hui, sur BlaBlaCar, tu trouves du covoiturage, du bus et du train. Et donc, si tu veux, quand tu prends le train ou même quand tu prends l'avion, en général, justement pour des raisons de coût, ils ont déjà optimisé leur usage. Comme c'est des entreprises qui gèrent Ces véhicules-là, ils cherchent évidemment à optimiser le taux de remplissage parce qu'économiquement, c'est, c'est, c'est

Jean-Philippe Courtois [57:51] Ça fait sens, ouais

Frédéric Mazzella [57:51] Ça fait sens. Par contre, au niveau de l'usage particulier des voitures, y a pas cette optimisation générique Qui est faite par une entreprise et qui dirait: « Attends, c'est pas possible, toi, t'as, mais t'as trois places dans ta voiture. Pourquoi tu roules tout seul? » excuse, c'est comme ça. Mais, et donc nous, on arrive avec une solution pour remplir et intéresser évidemment le conducteur dans l'équation, en lui disant: «, tu vas récupérer de l'argent si tu prends quelqu'un dans ta voiture. » Donc nous, notre mission globale, en général, c'est, d'aller optimiser les taux de remplissage de tous les véhicules, que ce soit des voitures, des bus, des trains, enfin tout ce qu'on peut, dans la mesure où, évidemment, ça diminue les émissions de CO2 par personne transportée, tout simplement. C'est, c'est ça la mission.

Jean-Philippe Courtois [58:30] BlaBlaCar n'est pas une entreprise à mission.

Frédéric Mazzella [58:32] Non, on n'a pas fait le switch. Ça existait pas, de toute façon, quand on s'est créé en tant que

Jean-Philippe Courtois [58:35] Je suis surpris parce que Tout ce que tu décris, c'est fondamentalement, je suis aussi président de comité de mission d'une boîte que j'aime beaucoup, parce que le fondateur que tu dois connaître, qui est OpenClassrooms. Et donc parce que le sujet de, d'entreprise à mission

Frédéric Mazzella [58:46] Donc ils ont fait la démarche pour changer le

Jean-Philippe Courtois [58:47] Oui, ils sont nés comme ça. Donc ils sont B Corp. Ils sont nés entreprise à mission. Enfin, quelques années plus tard. Ils sont nés, ils avaient treize et dix-sept ans quand ils ont fait la boîte. Mais du coup

Frédéric Mazzella [58:58] Non, par contre, oui, c'était une entreprise à mission. Parce que justement, quand on, quand on est

Jean-Philippe Courtois [59:00] On va en parler littéralement

Frédéric Mazzella [59:02] Quand on s'est créé

Jean-Philippe Courtois [59:02] Suite après, mais, ça peut être une très bonne transition, si tu veux, Fred, là-dessus. C'est que moi, je trouve que c'est, c'est remarquable. C'est, tu es, tu es, tu es le cœur et l'expression même de ce qu'on appelle une entreprise à mission, qui a pour objectif statutaire, effectivement, d'avoir une raison d'être, qui montre qu'elle a un impact sociétal, social, environnemental, et pas seulement économique et financier pour ses actionnaires. Et que effectivement, chaque euro, finalement, que tu, que tu peux investir en développement de cette entreprise et ce que tu as fait, et chaque euro de revenus qu'ils rendent va avoir un équivalent en tonnes de CO2 économisées. Et ça, c'est, c'est très fort, surtout quand on arrive à le mettre, à l'échelle planétaire aussi, ce que tu fais.

Frédéric Mazzella [59:40] Ouais, si on, si on prend une équation, ce qui est marrant, sur BlaBlaCar, on a compté parce que, bon, on sait que ça fait des générations de, d'économies de CO2. Mais tu sais, y a toujours des gens qui disent: « Ah oui, mais c'est de l'informatique, ça coûte cher. » Enfin, c'est-à-dire ça pollue, machin, Et donc on a fait le calcul. On a compté tout ce que, la structure Technique BlaBlaCar émet, à la fois par les machines, par les gens, par les locaux.

Jean-Philippe Courtois [60:04] Oui, toute ton empreinte carbone.

Frédéric Mazzella [60:06] Toute l'empreinte. Et on a comparé cette empreinte-là à ce qu'on permet d'économiser. Y a un facteur sept cent.

Jean-Philippe Courtois [60:13] Sept cent.

Frédéric Mazzella [60:13] C'est-à-dire pour un kilo de CO2 émis par la, par l'ensemble.

Jean-Philippe Courtois [60:19] L'ensemble des opérations BlaBlaCar.

Frédéric Mazzella [60:20] L'ensemble des opérations.

Jean-Philippe Courtois [60:20] Ouais, bien sûr.

Frédéric Mazzella [60:20] On économise sept cent kilos de CO2 dans l'atmosphère. Donc, plus

Jean-Philippe Courtois [60:24] La plus belle démonstration qui soit.

Frédéric Mazzella [60:25] Plus BlaBlaCar se développe, plus ça diminue les émissions de CO2.

Jean-Philippe Courtois [60:29] Alors, on va shifter parce que je sais que ton temps est compté et je voudrais surtout pas finir cette émission, on a encore un peu de temps, sans parler de ton nouveau, nouvelle, ton nouveau développement que j'a-j'aime beaucoup. En 2022, tu repars de zéro avec un autre projet qui s'appelle Captain Cause à l'époque. Voilà. Tu me rappelles du lancement d'ailleurs. Parce que je suis un peu dans cet environnement associatif et philanthropique depuis pas mal d'années aussi, qui est devenu Dift. Et tu dis d'ailleurs que ce, le déclic, c'est l'éco-anxiété de la jeune génération. Soixante-quinze pour cent de la génération Z terrorisée par l'avenir. Et ce slogan lors d'une manifestation climat qui te hante, dont tu as parlé: « Quand je serai grand, je voudrais être vivant. » Voilà. Alors qu'est-ce qui t'a convaincu, finalement, de te relancer dans l'entrepreneuriat après le succès BlaBlaCar? Sachant que je crois que tu es chairman président maintenant et tu as eu la sagesse Il y a déjà plus de dix ans de donner la main à un directeur général. Et bravo pour ça, parce que tous les fondateurs ne le font pas nécessairement au bon moment. Et donc, qu'est-ce qui t'a amené à Dift finalement et à ce projet?

Frédéric Mazzella [61:30] Alors, la, je crois que c'est toujours la même chose. D'une part, c'est l'envie d'être utile, tout simplement. Comme tant que je suis vivant, je ferai des trucs. Donc oui, il y a cette, moi, ce qui me motive véritablement, ce qui me satisfait, on va dire, c'est, de, d'être utile à une problé enfin un problème. Et alors si je pousse même un cran plus loin, c'est marrant, c'est assez récent que j'ai, j'ai analysé ça comme ça. Ce qui me motive le plus, c'est quand quelqu'un me dit merci. Quand quel, quand quelqu'un me dit merci, il me donne une énergie

Jean-Philippe Courtois [62:01] Motivation incroyable. Je suis comme toi.

Frédéric Mazzella [62:03] Et donc, si tu veux, j'ai, j'ai, j'ai cette, j'ai ça en moi de, d'être capable de me projeter assez loin en me disant: Je suis capable de travailler énormément, même si le merci, il vient dans dix, quinze, vingt ans. C'est pas grave.

Jean-Philippe Courtois [62:21] Tu es patient.

Frédéric Mazzella [62:21] C'est pas grave. Mais je sais que si je vais sur cette voie-là et que je construis ça, au bout, il y a un merci. Et donc c'est, c'est ça la magie. Il y a pas besoin de me dire merci tout de suite. Même si on me dit merci dans quinze ans, ça me donne de l'énergie aujourd'hui. Donc -

Jean-Philippe Courtois [62:33] Ça, c'est fort.

Frédéric Mazzella [62:35] Et donc ça m'aide à trouver des ressources et de l'énergie pour le faire. Et puis surtout, ça m'aide à être heureux dans ce que je fais parce que j'ai l'impression de construire quelque chose d'utile. Donc, quand tu, quand des jeunes défiler avec un panneau qui dit: Quand je serai grand, je voudrais être vivant. Enfin d'abord, les, au début, tu peux être scotché, les bras t'en tombent, tu te dis: Zut, la nouvelle génération n'a pas d'espoir. Donc quand même, la situation est compliquée, même si tu le sais. Par ailleurs, de manière rationnelle que la situation est effectivement compliquée. Si tu regardes toutes les courbes de changement climatique et compagnie, que c'est pas parti dans le bon sens. Donc, bon, par contre, je sais aussi que la réponse, c'est pas l'inaction, c'est au contraire l'action. Et donc pour deux raisons. D'une part parce que si tu agis, tu as des chances de changer le cours des choses. D'autre part, quand tu agis, tu n'as justement pas l'impression d'être passif et donc tu es plus heureux dans l'action que dans l'inaction. Donc dans tous les cas, tout nous pousse à aller plutôt agir que regarder. Et donc évidemment, moi, je me dis mais qu'est-ce que je peux faire pour ça? Ça me préoccupe moi. Mais en plus, je vois qu'évidemment, je suis largement pas le seul. Qu'est-ce que je peux faire pour aider ça? Et en tant qu'entrepreneur, je me dis bon, moi, je sais faire quoi? Je sais créer des projets avec un peu de technique, et utiliser les outils contemporains pour répondre à des problèmes contemporains. Quand les outils changent, t'as des nouvelles solutions qui se créent. Forcément, t'as des nouvelles possibilités pour résoudre des problèmes qui peut-être ne pouvaient pas être résolus avant.

Jean-Philippe Courtois [64:03] Et quel était, quel était, excuse-moi de t'interrompre, Fred, quelle était ta définition du problème par rapport à ce slogan qui s'est levé?

Frédéric Mazzella [64:10] C'est vrai qu'au début, je me suis dit

Jean-Philippe Courtois [64:11] Comment tu le définis, Fred? Parce qu'il est, il est énorme.

Frédéric Mazzella [64:13] Il y a deux alors ouais, je vais prendre une autre analogie. Tu sais, quand un bateau coule, enfin quand un bateau a la coque percée, on va dire, il est pas encore coulé.

Jean-Philippe Courtois [64:24] Espoir encore.

Frédéric Mazzella [64:25] T'as deux manières pour éviter qu'il coule. Soit tu écopes, soit tu, soit tu bouches le trou.

Jean-Philippe Courtois [64:30] Ou écoper plus vite qu'eux ou tu bouches le trou.

Frédéric Mazzella [64:33] Voilà. En général, il faut faire les deux.

Jean-Philippe Courtois [64:34] Oui, il faut essayer de

Frédéric Mazzella [64:35] Alors t'as l'urgence qui est écoper. Et puis après t'as, faut réparer quand même à un moment, parce qu'on ne va pas

Jean-Philippe Courtois [64:41] Sinon on va finir par y aller quoi au fond.

Frédéric Mazzella [64:43] Donc, à ce niveau-là, par rapport notamment au changement climatique, tu dis bon, faut écoper et puis il faut boucher le trou. Donc, c'était soit je crée un projet pour boucher le trou, soit je crée un projet pour écoper. Le problème c'est que j'ai pas beaucoup de manettes pour boucher le trou. C'est beaucoup plus compliqué de boucher le trou que d'écoper. Donc

Jean-Philippe Courtois [65:03] Il faudra que tu nous expliques toi aussi l'ampleur du trou tout à l'heure, dans quelques secondes. Vas-y.

Frédéric Mazzella [65:07] Mais donc non. Donc j'ai, j'ai pris la voie d'aller plutôt écoper, c'est-à-dire, aller aider tous les gens qui se, qui se battent sur le terrain contre tous les effets, de, du changement climatique. Mais pas seulement. Alors, ça peut toucher la biodiversité, ça peut toucher le plastique dans les océans, ça peut toucher tout ce que tu veux.

Jean-Philippe Courtois [65:23] Le social également, je crois.

Frédéric Mazzella [65:24] Et on a évidemment aussi le côté social de tout notre développement économique qui laisse sur le bord de la route tout un tas de personnes avec des conditions sociales qui sont pas, pas acceptables en 2026. Et donc je me suis dit: je vais aller aider tous ces gens-là. Qu'est-ce que je peux faire pour les aider?

Jean-Philippe Courtois [65:43] Tu dis ces gens, c'est qui ces gens?

Frédéric Mazzella [65:45] Mais c'est toutes, c'est tous les gens formidables qui sont dans les associations et qui font

Jean-Philippe Courtois [65:48] Le monde associatif.

Frédéric Mazzella [65:49] Tout le monde associatif.

Jean-Philippe Courtois [65:50] Tu n'as pas encore dit qui c'est

Frédéric Mazzella [65:51] Oui pardon. Non. Oui, voilà.

Jean-Philippe Courtois [65:52] Pour parler du sujet.

Frédéric Mazzella [65:53] Ouais, c'est des gens qui se fixent des missions extrêmement nobles, extrêmement ambitieuses et qui manquent de manière chronique de moyens. Parce qu'ils ont, ils ont des missions, des buts parmi les plus beaux qu'on puisse avoir, mais ils n'ont pas de modèle économique. Donc c'est affreux. C'est des situations très complexes. Donc moi, je me suis dit comment, qu'est-ce que je peux faire pour quelque part donner les moyens de, des ambitions, contribuer à ça? Et donc on a créé, c'est pour ça, j'ai commencé à rassembler des gens autour de moi. J'ai pris des jeunes, des très jeunes qui ont vingt ans de moins que moi, qui sont des gens super aussi parce que, c'est

Jean-Philippe Courtois [66:32] C'est cette génération-là.

Frédéric Mazzella [66:33] Ils sont directement, eux, convaincus. Il n'y a pas besoin d'aller les convaincre qu'il faut faire quelque chose.

Jean-Philippe Courtois [66:37] C'est pour eux.

Frédéric Mazzella [66:37] Et donc, c'est comme ça qu'est né Captain Cause, puis Dift, enfin qui s'appelle aujourd'hui Dift. Alors Dift, ça veut dire don plus gift. C'est un, c'est un néologisme qui est la fusion du mot don. Ou alors en anglais, c'est donation as a gift. Donc c'est si tu veux un don que tu offres en cadeau.

Jean-Philippe Courtois [66:54] Et donc comment ça marche?

Frédéric Mazzella [66:55] Comment ça marche? Alors il y a plusieurs modes de fonctionnement. Les entreprises, tu en as parlé, elles peuvent distribuer des difts parce qu'en plus c'est un nom commun et c'est même un verbe. Tu peux difter aussi.

Jean-Philippe Courtois [67:03] Ah oui, difter carrément ok.

Frédéric Mazzella [67:06] Carrément. Et donc les entreprises, elles vont distribuer des difts en, soit dans des programmes de fidélité, soit en récompense à différentes choses à leurs clients, mais aussi à leurs collaborateurs, ce qui donne aussi un sens additionnel. Parce que tu sais pourquoi tu travailles, tu sais, tu aides aussi des projets en faveur du bien commun. Et, donc ça, c'est un modèle. Par exemple, chez Accor, dans le programme All, Accor Live Limitless, tu peux, tes points de fidélité, tu peux les changer en dons à des associations, tu peux les, tu peux les envoyer et donc ça envoie des centaines de milliers d'euros vers des associations. Donc c'est, c'est super. On a plein de, plein de partenaires comme ça, entreprises. On a une douzaine de sociétés du CAC 40 et puis, quatre cents entreprises qui, qui, comme ça participent au programme, ce qui nous a permis d'aiguiller déjà plus de vingt millions d'euros vers trois cents associations.

Jean-Philippe Courtois [67:52] C'est le premier contributeur, le, l'entreprise, de ton modèle.

Frédéric Mazzella [67:56] Aujourd'hui, oui.

Jean-Philippe Courtois [67:57] Aujourd'hui.

Frédéric Mazzella [67:57] Et là, plus récemment, on a développé un autre modèle qui sont les collectes solidaires. On aide les associations à aller mobiliser leur réseau, pour collecter. Non seulement collecter auprès des gens qui te connaissent, -

Jean-Philippe Courtois [68:09] De la communauté

Frédéric Mazzella [68:10] Tous leurs bénévoles, leurs communautés de donateurs, mais aussi maintenant aller au niveau deux en permettant aux associations d'aller mobiliser le réseau de leur réseau.

Jean-Philippe Courtois [68:19] Le réseau de leur réseau, absolument.

Frédéric Mazzella [68:20] Voilà. Et donc, c'est beaucoup plus puissant et ça nous permet de faire, là, il y a quelques je regarde il y a quelques jours, on a eu une levée par une association de deux cent mille euros en soixante-douze heures. Par le réseau de réseaux, comme ça. Donc ça permet de, aux associations de se donner des nouvelles sources de financement.

Jean-Philippe Courtois [68:38] Bien sûr.

Frédéric Mazzella [68:38] Et aussi, au-delà du financement, des gens impliqués à leur côté, qui les soutiennent de différentes manières, qui peuvent devenir des donateurs

Jean-Philippe Courtois [68:46] Aussi, ouais.

Frédéric Mazzella [68:47] Long terme, mais qui peuvent aussi, tout simplement venir les aider, parfois, en tant que bénévoles. Donc ça permet de sensibiliser, de se faire connaître et d'avoir plus de moyens. Donc ça, les associations, pour ça, elles adorent Dift parce que ça leur permet de

Jean-Philippe Courtois [69:00] C'est, c'est énorme, surtout qu'à l'heure actuelle, je connais un peu le contexte. Depuis pas mal d'années, avec une association, j'ai le plaisir d'être le président cofondateur Live for Good. Eh, il y a, il y a un peu un bain de sang associatif, comme tu sais, du fait de financements qui ont été réduits au plan public de manière dramatique. Les associations essaient de collecter et se battent toutes les unes contre les autres, quelque part, pour aller, pour aller faire des levées de fonds de dix mille, vingt mille, trente mille euros d'une manière, héroïque, mais malheureusement pas durable. Donc c'est un, c'est un, c'est un profond, il y a, il y a un profond problème. Je tiens à rappeler que les dons en France, c'est à peu près, je crois, huit virgule cinq milliards d'euros. Contre cinq cent milliards aux US, pour donner un ordre d'idée également. La part des subventions dans le budget des assos, des associations a chuté de quarante et un pour cent en vingt ans aussi. Ça, c'est pas inintéressant de se rendre compte un petit peu, un petit peu de ça. Comment tu as cette vision de Dift? Parce que tu en es au début, tu as déjà plusieurs itérations, Captain Cause, ton modèle, etc. Comment dans le futur, non pas pour remplacer l'État, sûrement pas, je pense pas, j'ai appris à dire ça. Mais tu parlais tout à l'heure, je trouvais ça très intéressant de se dire, finalement, ces assos n'ont pas de modèle économique. Est-ce que ton ambition, c'est vraiment de leur donner un modèle économique?

Frédéric Mazzella [70:14] C'est de trouver des sources de financement. Ça, c'est, c'est pas exactement la même chose que de trouver un modèle économique. Mais, non, oui, c'est de, je pense qu'il y a, on en parlait tout à l'heure, il y a le côté, émotion. On est, on a fait sortir peut-être, enfin, je pense que c'est une erreur, mais on a fait sortir, beaucoup de, d'émotion de nos, de nos activités, économiques. Avec, un axe assez, à la fois simple, et, mais peut-être stérile, d'optimisation, financière. Et je pense que là, ce qu'on a en face de nous, c'est la démonstration que le monde n'a pas besoin de plus d'argent. Mais il a besoin de plus de, d'entraide et de, d'amour. Et je pense qu'il faut que les, aussi, justement, les entreprises, avec la chance qu'on a, c'est qu'au cœur des entreprises, il y a des cœurs, il y a plein de gens.

Jean-Philippe Courtois [71:26] Il y en a beaucoup.

Frédéric Mazzella [71:27] Il y a beaucoup de gens. Tout le monde a un cœur. Et donc il faut trouver la manière de faire en sorte que cette, cette production, notamment économique, serve à réparer le monde qui nous entoure plutôt qu'à aller continuer à empiler de l'argent je ne sais où. Donc c'est un peu ça, la mission

Jean-Philippe Courtois [71:46] C'est un énorme sujet, là, que. Tu en es conscient parce que Ça serait quelque part, on n'aura pas le temps de le traiter, malheureusement, j'aurais beaucoup aimé, serait transformer tout le monde dans l'entreprise en ce qu'on appelle les entreprises à mission, qui, statutairement, vont effectivement à la fois récompenser leurs actionnaires, mais réparer et récompenser la société aussi.

Frédéric Mazzella [72:06] Oui, parce qu'en plus, c'est une prise de conscience et une humilité de la part de n'importe quelle entreprise de se rendre compte qu'elle ne pourrait pas fonctionner si l'environnement autour d'elle ne fonctionne pas. Enfin, tu fonctionnes parce que, alors déjà, t'as la terre qui te fournit généralement ta matière première et elle te fait pas payer pour ça. Et d'ailleurs, c'est, ça, c'est, il y a des économistes qui pensent ça aussi, c'est dans le sens peut-être que l'erreur du tout, c'est de ne pas avoir, mis un prix sur les matières premières au moment où elles sortent de la terre, directement. C'est-à-dire extraire tant de la, de la terre, ça coûte tant.

Jean-Philippe Courtois [72:39] Ça a un coût, oui.

Frédéric Mazzella [72:40] Parce que ça nous donnerait des leviers pour justement aiguiller dans le bon sens. Alors que là, on est sur un modèle où, si tu as, si tu possèdes le terrain avec la mine en dessous de cette ressource en matière première, tu as la matière première, entre guillemets, gratuitement, au coût d'extraction près. Mais tu ne, mais on ne peut pas modéler notre production ou notre volonté d'aiguillage de telle ou telle, matière première par les, par un, par un levier financier initial. On l'a pas.

Jean-Philippe Courtois [73:15] Malheureusement, non, il aurait fallu réinitialiser le système. Ou faire un CV, c'est un petit peu tard.

Frédéric Mazzella [73:20] Là, on est en train de lever des sujets qui sont, -

Jean-Philippe Courtois [73:22] Qui sont, qui sont énormes. Alors, comme le temps nous est très compté, malheureusement, d'abord, pour tous nos auditeurs, allez sur la plateforme Dift et engagez-vous, que ce soit au niveau de vos entreprises et vous, parce que je pense que c'est super.

Frédéric Mazzella [73:32] Oui, même ça marche aussi pour, tu sais, quand t'as un anniversaire ou un Noël ou.

Jean-Philippe Courtois [73:35] Absolument. D'offrir un

Frédéric Mazzella [73:35] Tu peux faire une cagnotte Dift. Et tu dis: « moi, j'ai pas besoin de cadeaux. Si vous voulez plutôt me faire plaisir, et bien, soutenez telle association. »

Jean-Philippe Courtois [73:43] Soutenir telle asso et on fait directement.

Frédéric Mazzella [73:44] On peut le faire sur Dift aussi, ouais.

Jean-Philippe Courtois [73:46] Alors, je passe à un autre sujet, un autre prix, enfin, un autre, une autre entreprise, entre guillemets, c'est le Prix des citations. Que tu, que tu es en train de lancer, littéralement au moment où on enregistre. Alors, moi je trouve que c'est un projet qui dit beaucoup de toi. On a parlé tout à l'heure en tout début d'épisode, le fils d'un, une prof de français qui croit au pouvoir des mots. Le fondateur de BlaBlaCar, donc un nom lui-même qui est une trouvaille linguistique quand même, BlaBlaCar, blabla. Et l'inventeur du mot dift, là, il y a des mots qui sont des, un fil rouge partout dans ta vie. Alors pourquoi ce prix des citations?

Frédéric Mazzella [74:18] Alors, le déclencheur, on va dire, c'est, l'été dernier, j'étais au musée des prix Nobel. C'est très inspirant d'ailleurs d'aller Au musée des prix Nobel parce que c'est, tu, -

Jean-Philippe Courtois [74:29] À Oslo?

Frédéric Mazzella [74:29] Non, à Stockholm.

Jean-Philippe Courtois [74:30] À Stockholm. Parce qu'il y a une autre, il y a une autre Tu as un autre bâtiment aussi là-dessus à Oslo. Mais c'est Stockholm. Ok.

Frédéric Mazzella [74:39] Et, et donc, bon parce que tu découvres toutes les, toutes les découvertes, les inventions, le génie de, des prix Nobel. Et puis à la sortie, je feuilletais des livres de prix Nobel et puis, des livres de citations de prix Nobel.

Jean-Philippe Courtois [74:54] Mmmh.

Frédéric Mazzella [74:54] C'est très inspirant. Puis je me suis dit: «, il y a quand même pas que les prix Nobel qui font des belles citations ». Et, et donc je me suis dit: « Tiens, est-ce qu'il existe un prix des citations? », et donc c'est là que j'ai fait l'association d'idées. J'ai commencé à chercher. Je me suis rendu compte qu'il y avait pas de prix ci-, prix des citations en France. Puis je me suis même rendu compte qu'il y en a pas dans le monde. Il y en a pers-, il y en a nulle part. Et, et moi, je trouve ça utile parce que les, si tu veux, les citations m'accompagnent énormément. J'ai plusieurs centaines de citations en tête qui m'a

Jean-Philippe Courtois [75:23] Plusieurs centaines?

Frédéric Mazzella [75:24] Ah oui, je pense. Suivant les citations. Oui, suivant les moments, t'as des citations qui te viennent en tête.

Jean-Philippe Courtois [75:29] Oui, bien sûr.

Frédéric Mazzella [75:30] Très souvent. Enfin moi, je sais que ça m'aiguille énormément pour synthétiser quelque part des pensées un petit peu complexes et comprendre dans quelle direction il faut aller, quel est le bon sens à appliquer. Je me sers très souvent de formules. Il y en a beaucoup d'Einstein.

Jean-Philippe Courtois [75:44] Est-ce qu'il y a un repository?

Frédéric Mazzella [75:45] Non, j'ai pas de repository.

Jean-Philippe Courtois [75:45] Sur Notion ou je sais pas, sur Ekatia Toi?

Frédéric Mazzella [75:48] Non, j'ai, non, j'ai pas.

Jean-Philippe Courtois [75:51] Dans ta tête.

Frédéric Mazzella [75:52] Ouais, il y en a. Et celle que je préfère, c'est celle de Galilée qui dit, « Je n'ai jamais rencontré d'homme si ignorant qu'il n'y ait rien à m'apprendre ».

Jean-Philippe Courtois [75:58] Oui, ça, c'est c'est le démarrage de tout.

Frédéric Mazzella [76:02] Ouais. Et bon, enfin, donc j'ai beaucoup de citations comme ça où, ou celle de Victor Hugo qui dit: « Rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu ».

Jean-Philippe Courtois [76:09] Oui, celle-là, je la connaissais. Très belle.

Frédéric Mazzella [76:11] C'est, c'est, c'est très fort aussi, ça, donc, et elles accompagnent ma vie depuis maintenant très longtemps quand même, les citations. Elles m'aident, elles m'aident, elles m'aident à décider. Et je me suis dit: «, c'est dommage de pas les récompenser », et de trouver les phrases peut-être aussi contemporaines qui peuvent, nous aiguiller dans cette période assez, incertaine ou chaotique. Et bon, comme je suis entrepreneur, je me dis: « ça, je sais faire. Créer un truc qui n'existe pas, je sais faire ». Donc c'est parti.

Jean-Philippe Courtois [76:40] Donc ça va être le premier prix.

Frédéric Mazzella [76:41] Ça va être le premier, oui.

Jean-Philippe Courtois [76:42] Et il y aura des lauréats là aussi, -

Frédéric Mazzella [76:44] Ouais, alors je me suis creusé la tête pour

Jean-Philippe Courtois [76:46] Pour des créations de citations ou pour aller référencer des citations existantes, récentes, mais peu connues?

Frédéric Mazzella [76:50] Alors, je me suis dit: « Bon, il faut aller chercher des citations contemporaines quand même ». Donc, je de, je vais sélectionner des citations plutôt, dites ou écrites en 2025-2026. Donc juste à peu près maintenant. L'idée étant d'aller, suivant les catégories, mettre en avant des phrases, pertinentes, enfin des phrases qui nous font réfléchir. Donc il y a plein de catégories. T'as éducation et transmission, littérature et médias, économie et entreprise, sport et aventure

Jean-Philippe Courtois [77:21] Comme domaines

Frédéric Mazzella [77:22] Culture et art de vivre. T'as même des catégories pensées éternelles. J'ai mis une catégorie perle de rire parce que quand même, on va rigoler. Et donc bon, il y a un petit peu toutes ces catégories-là. Et je me suis bien creusé la tête sur le process. Donc là, j'ai fait une grande, un grand appel à collection de citations. Donc on a collecté des centaines et des centaines de citations. Et puis après, j'ai se-, j'ai mis en place un comité de sélection avec une trentaine de personnalités. Donc c'est des personnalités, ça va de Philippe Aghion à Tony Estanguet, en passant par Stéphane Bern, Violette Dorange et puis, - Je sais pas, Heidi Sevestre et Arthur Aubœuf. Donc, c'est, c'est très

Jean-Philippe Courtois [77:59] Belle brochette

Frédéric Mazzella [77:59] Très vaste. Et donc ces personnes-là vont nous permettre d'a-d'atteindre cinq citations par catégorie. Et puis lors de la cérémonie Du prix des citations, eh bien, toutes les personnes présentes voteront pour aller passer de cinq citations à une par catégorie.

Jean-Philippe Courtois [78:18] Par catégorie, wow.

Frédéric Mazzella [78:19] Donc on va avoir une quinzaine de phrases qui vont sortir cette année

Jean-Philippe Courtois [78:22] Et que tu vas publier après

Frédéric Mazzella [78:22] Dont la citation de l'année qu'on va publier après.

Jean-Philippe Courtois [78:25] J'adore. J'adore. Très impatient de connaître, de révéler ces citations.

Frédéric Mazzella [78:29] Moi aussi.

Jean-Philippe Courtois [78:29] Mais toute dernière question malheureusement, Fred, parce que le temps passe. Je trouve que c'était un épisode passionnant parce que de la révolution de la confiance BlaBlaCar que tu as créée, tu as parlé extrêmement précisément de ce modèle de confiance. À la réinvention de la générosité d'entreprise avec Dift et envers le monde associatif qui en a tellement besoin. La trajectoire incarne finalement la conviction que le rôle de l'entrepreneuriat est fondamentalement d'améliorer. D'ailleurs, tu as dit que le rôle de l'entrepreneur est d'améliorer la société. C'est une citation là que j'ai notée de toi.

Frédéric Mazzella [79:02] Ouais, enfin, c'est ma vision en tout cas, parce que enfin, c'est ça qui me motive.

Jean-Philippe Courtois [79:04] Et j'aime, j'aime beaucoup. Et donc après deux, après près de deux décennies finalement à bâtir des entreprises, qu'as-tu appris sur le leadership, sur ce qu'il faut vraiment pour mener les gens vers quelque chose qui a du sens?

Frédéric Mazzella [79:17] Alors, il y a plein de choses. Mais alors déjà, je pense qu'il y a une histoire de, d'être soi-même convaincu par ce qu'on fait pour être convaincant. À partir du moment où tu es convaincant, tu attires, tu fédères et tu crées de l'énergie Chez toutes les personnes qui

Jean-Philippe Courtois [79:33] Positives, je rajouterais

Frédéric Mazzella [79:34] Positives qui t'entourent, ouais, et collectives. Avec la volonté des gens de travailler vraiment ensemble sur une même mission. Donc déjà, il faut être clair sur la mission. Il faut être cohérent, soi-même, c'est-à-dire que ça nous correspond. On n'est pas en train de s'inventer, c'est pas un rôle. Enfin, j'ai envie de dire. Quand on dit le rôle de l'entrepreneur, l'entrepr-, l'entrepreneur, quand il a alors, on a tous des rôles, mais ce que, c'est que c'est, c'est pas un rôle de composition. Quand t'es entrepreneur et que t'emmènes une équipe, c'est, c'est vraiment ce qui te, ce qui te meut, c'est-à-dire ce qui te Ce qui te motive Qui fait que tu agis, qui aussi est une énergie contagieuse qui va emmener tout le monde. Donc tu n'es pas en train de jouer un rôle, tu es en train de jouer, ton rôle. C'est très différent. Donc déjà y a, y a cette forme de cohérence, d'intégrité, par rapport à la mission que tu mènes. Et que ce soit un but qui, qui du coup parle à tout le monde. Après, il y a créer les conditions, pour que chacun puisse avoir l'autonomie et la liberté de, décider de la bonne manière de faire sur son périmètre. C'est complètement différent de, aller expliquer à quelqu'un comment il doit faire. C'est enfin moi, je suis plus de l'école qui va être, expliquer, enfin, quand il faut Pourquoi on fait les choses.

Jean-Philippe Courtois [81:00] Le pourquoi, le contexte et toujours le

Frédéric Mazzella [81:02] Voilà. On fait

Jean-Philippe Courtois [81:03] La direction.

Frédéric Mazzella [81:03] On fait ces choses-là. Pour cela, maintenant, sur la méthode, c'est toi de ton poste qui vois la meilleure manière de faire. C'est pour ça aussi que chez BlaBlaCar, on a beaucoup Développé des principes plutôt que des, des process. Parce que les principes, c'est beaucoup plus Libérant Que les process.

Jean-Philippe Courtois [81:24] Qui enferment.

Frédéric Mazzella [81:25] Voilà. Parce que quand tu, quand t'as un principe, par exemple, je vais prendre, je sais pas, fail, learn, succeed. Donc tu échoues ou tu essayes, on va dire, tu apprends et tu réussis. Dans une, dans une ça donne quoi dans une structure? Ça donne le fait que les gens se disent: je peux essayer, puis je peux puis après, je vais apprendre, puis après, je vais réussir. C'est-à-dire que déjà, tu crées une culture dans laquelle l'échec n'est pas, n'est pas blâmé. Tu dis: non, on se trompait, ça fait partie du parcours. Donc tu te trompes, t'apprends, puis tu, après, tu réussis. Et donc là, tu libères beaucoup l'action. Parce que les parce que très souvent, quand on n'agit pas, c'est qu'on a peur.

Jean-Philippe Courtois [82:05] On est inhibé, on a peur, on a une crainte.

Frédéric Mazzella [82:06] On a peur de se tromper, puis on a peur que l'erreur ait des conséquences néfastes.

Jean-Philippe Courtois [82:10] Bien sûr.

Frédéric Mazzella [82:11] Là, si on te dit non, tu as le droit alors évidemment, fais pas des énormes conneries, mais t'as le droit, t'as le droit de, t'as le droit de te planter quand t'essayes. Essaie de pas faire la même plusieurs fois, parce que sinon, ça va faire fail. Et puis là, ça devient, ça devient pesant. Mais, donc, c'est, c'est créer les conditions, pour moi, dans lesquelles chacun va pouvoir, en autonomie, décider sur son périmètre. Ça donne plein d'effets positifs. D'une part, tu libères l'énergie de chacun.

Jean-Philippe Courtois [82:36] Complètement.

Frédéric Mazzella [82:37] D'autre part, tu responsabilises chacun parce que Comme chacun prend les décisions par rapport à son périmètre Eh bien, il va se sentir investi et, et responsable des décisions qui en découlent. Et le bonus, c'est que si jamais ça ne marche pas, il va être tellement responsabilisé qu'il va réparer tout seul.

Jean-Philippe Courtois [82:57] Absolument. Il va apprendre de son échec, il va rebondir.

Frédéric Mazzella [82:59] Voilà. Alors que si tu passes en mode process ou en mode management, il y a une grosse différence entre leadership et management. Ça, je te fais pas un dessin, tu le connais. Mais si tu passes en mode pur management, le moment où ça ne marche pas, tu vas avoir la personne qui était censée le faire, qui dit: « attends, j'ai fait comme tu m'as dit. Enfin, excuse-moi, là, j'attends maintenant. T'as, t'as une autre solution? T'as une autre piste? »

Jean-Philippe Courtois [83:17] T'as une version deux.

Frédéric Mazzella [83:18] C'est paradoxalement beaucoup plus fatigant pour le leader s'il passe en mode management que s'il reste en mode inspirationnel. Si tu veux que ça, que ça vole et que ça monte, il vaut mieux, créer le vent et l'inspiration que d'aller faire du micro management partout. Donc moi, ma vision, c'est, déjà faire quelque chose qui résonne en moi tellement

Jean-Philippe Courtois [83:40] Bien sûr.

Frédéric Mazzella [83:40] Que j'ai pas besoin je me force pas. Je me dis, c'est je fais ça parce que je

Jean-Philippe Courtois [83:44] Passion qui

Frédéric Mazzella [83:44] J'en suis convaincu. Donc ça, c'est déjà, ça attire, ça fédère, parce que c'est intègre, parce que c'est honnête.

Jean-Philippe Courtois [83:51] Ensuite, tu diffuses de l'énergie aux autres.

Frédéric Mazzella [83:52] Tu diffuses de l'énergie et tu crées les conditions.

Jean-Philippe Courtois [83:54] Tu crées conditions pour libérer le potentiel de chacun, finalement. Et pas les enfermer dans des machines, des process, des trucs.

Frédéric Mazzella [84:01] Non. Mais ça implique aussi de se mettre dans une situation où tu es très facilement et très souvent challengé par les gens avec qui tu bosses.

Jean-Philippe Courtois [84:10] Tu acceptes de le faire.

Frédéric Mazzella [84:10] Et tu acceptes de le faire. Et très souvent

Jean-Philippe Courtois [84:13] C'est pas le cas de tous les patrons.

Frédéric Mazzella [84:13] Exactement. Et alors, et plein de fois, tu vas avoir des gens qui t'expliquent pourquoi t'as tort. Alors, des fois, ils ont tort, mais des fois, ils ont raison.

Jean-Philippe Courtois [84:21] Des fois, ils ont raison.

Frédéric Mazzella [84:21] Et, il faut le, faut accepter.

Jean-Philippe Courtois [84:23] Dire merci à ce moment-là.

Frédéric Mazzella [84:24] Et à ce moment-là, on se refocalise sur le sujet, parce que de toute manière, il y a pas d'histoire de qui a dit, ou qui a tort ou a raison. Ce qui compte, c'est-ce que ça marche ou est-ce que ça marche pas. Ça, c'est la physique aussi qui m'a appris ça. C'est ça que j'aime bien aussi dans les sciences dures comme ça, les maths ou la physique. Il y a pas quelqu'un qui a raison ou quelqu'un qui a tort. C'est, c'est ça marche ou ça marche pas. Ça, c'est logique ou c'est pas logique. Ça tient ou ça tient pas. Le

Jean-Philippe Courtois [84:46] C'est clair. Non, j'aime bien qu'on, qu'on conclue. Alors moi, c'est mes dernières questions. Tu vas m'engueuler parce qu'on est en retard là du coup.

Frédéric Mazzella [84:51] On est vraiment en retard pour une fois.

Jean-Philippe Courtois [84:52] Oui, c'est ma dernière question. Voilà. S'il fallait donner deux ou trois conseils concrets à quelqu'un qui nous écoute en ce moment et qui veut construire quelque chose qui crée à la fois de la valeur économique et un impact social, environnemental positif, qu'est-ce que tu lui dirais?

Frédéric Mazzella [85:06] Ah, je commencerais par ouais, je dirais qu'il faut se focaliser sur l'impact social et environnemental positif initialement et puis ensuite, on trouvera le modèle ou l'équilibre économique.

Jean-Philippe Courtois [85:15] D'accord. On démarre par ça.

Frédéric Mazzella [85:16] Ouais, il faut démarrer par ça, par ça. Parce que des modèles, des équilibres économiques, il en existe des dizaines et des dizaines. Il en existe vraiment beaucoup. Et c'est des tricks quelque part pour faire marcher ce qu'on a envie de faire marcher. Mais il faut pas se Vaut mieux faire ça que l'inverse, Enfin, d'ailleurs, je sais même pas comment ça marcherait trop l'inverse. Tu vas te focaliser sur le modèle économique et puis tu vas changer ton objectif. C'est, c'est un peu, c'est un peu bizarre.

Jean-Philippe Courtois [85:45] Ouais, c'est clair. Non, j'aime beaucoup la façon tu fais de l'impact by design et au démarrage, l'initiatio-initialisation de ton modèle, finalement. Et effectivement

Frédéric Mazzella [85:56] Et surtout bien réfléchir à ce que ce soit très motivant pour soi Parce que il va falloir beaucoup d'énergie.

Jean-Philippe Courtois [86:01] Oui, pendant toutes ces années de galère.

Frédéric Mazzella [86:03] Exactement. Et si on ne, si on n'est pas extrêmement convaincu et motivé par l'objectif, à un moment, on va abandonner, parce qu'on est tous humains et on n'arrive pas à

Jean-Philippe Courtois [86:12] C'est clair

Frédéric Mazzella [86:12] Passer tous les obstacles.

Jean-Philippe Courtois [86:14] Ma toute dernière question, Fred: si le leadership positif, qui est évidemment quelque chose en lequel on croit beaucoup dans ce podcast, comme tu, comme tu as pu le comprendre et ce que j'essaie de diffuser aussi. Si le leadership positif, donc fondé sur la confiance, l'empathie, la raison d'être, le bien-être, devenait le modèle de leadership dominant dans le monde demain, qu'est-ce qui changerait selon toi?

Frédéric Mazzella [86:34] Déjà, je pense que ce que, ce que ça changerait, c'est que la plupart des gens seraient, vraiment heureux de leur travail. Et de ce qu'ils font. Parce qu', la de leur vie, oui, tout simplement parce que, une énorme source de satisfaction quand même dans la vie, c'est, de faire quelque chose qu'on a envie de faire. Donc c'est de s'aligner. La problématique dans laquelle on se retrouve assez, ', dans nos sociétés assez souvent, c'est qu'il y a des personnes qui font un travail qu'ils n'ont pas vraiment envie de faire.

Jean-Philippe Courtois [87:05] C'est clair.

Frédéric Mazzella [87:05] Ils le font pour des raisons, économiques et alimentaires, mais c'est pas exactement ce qu'ils ont envie de faire. Alors, il y a des métiers qui sont plus durs que d'autres, c'est pas la question, mais enfin, quand on sait pourquoi on fait un métier, même les métiers difficiles, t'arrives à, t'arrives à les, à les faire parce que tu sais pourquoi tu le fais. Et donc c'est cet alignement entre ce qu'on a envie de faire et ce qu'on fait qui est extrêmement important pour le bonheur individuel. Et donc, avec toutes les caractéristiques du leadership que tu as mentionné, je pense que ça crée les conditions, justement, pour que chacun trouve

Jean-Philippe Courtois [87:35] Se réalise

Frédéric Mazzella [87:36] Se réalise et trouve la place qui lui convient. Et ne soit pas bloqué par des, soit des, soit des peurs de ne pas retrouver un travail quand on change, parce qu'il y a ça aussi. ', il faut plus de il faut que ce soit possible de changer facilement de travail quand on s'est trompé. Ça, tout le monde se trompe, tout le monde peut se tromper. Donc, quand on n'est pas dans la bonne case, il faut qu'on puisse trou aller trouver vite une autre case. Il faut sortir de la situation, mais du coup, faut que ce soit assez simple de changer de travail. Il y a aussi cette, aussi cette composante-là.

Jean-Philippe Courtois [88:08] Oui, la composante de pouvoir rebondir et être capable de

Frédéric Mazzella [88:11] Et typiquement, aujourd'hui, bon, on a, on a, dans notre, dans le système tel qu'on l'a mis en place en France, il est très protecteur quand tu as un travail, mais en même temps, il est inhibiteur quand tu veux changer.

Jean-Philippe Courtois [88:21] Quand tu veux changer de trajectoire.

Frédéric Mazzella [88:22] Donc, il y a peut-être des choses à assouplir dans cette direction-là.

Jean-Philippe Courtois [88:25] Alors, le mot de la, c'est toi qui dois l'avoir. Quelle est la citation? Parce que tu en connais des centaines. Tu nous as déjà distillé des merveilles. Donc, je te donne le temps un peu d'y réfléchir. Mais qui collerait le plus à cette discussion qu'on vient d'avoir sur le leadership positif, finalement? Si tu devais nous trouver une citation qui, pour toi, en tout cas dans ton propre état d'esprit, incarne par les mots cette philosophie de vie et de leadership, ça serait quoi? C'est dur parce que je sais que tu as un grand répertoire. Tu nous as déjà cité des magnifiques de Galilée, d'Einstein. Moi, je parlais de Mark Twain tout à l'heure au début.

Frédéric Mazzella [88:59] Je vais prendre une citation de Peter Drucker. Qui est, « Culture eats strategy for breakfast. »

Jean-Philippe Courtois [89:08] Oui, j'aime beaucoup celle-là. Je la connaissais. On va la traduire pour tous nos auditeurs.

Frédéric Mazzella [89:12] « And technology for lunch. »

Jean-Philippe Courtois [89:13] Oui, que la culture, effectivement, est, est la stratégie au p-au petit déjeuner.

Frédéric Mazzella [89:20] ', que la culture mange la stratégie au petit déjeuner.

Jean-Philippe Courtois [89:23] Mange la stratégie, eats.

Frédéric Mazzella [89:24] Parce que, c'est ça qui est le plus important.

Jean-Philippe Courtois [89:28] Dans ce qui reste.

Frédéric Mazzella [89:28] Et, ça rejoint beaucoup le, tout ce qui est leadership positif. Un leadership positif, ça crée justement la culture. Et la culture, c'est ce qui crée la résilience, ce qui crée aussi le, l'envie, et la performance. Et donc c'est, c'est au-dessus, c'est beaucoup plus important que la stratégie. Si t'as une bonne culture, tu arriveras toujours à avoir une entreprise qui grandit, qui survit. Si tu, si tu ne réussis pas bien la culture, ta structure est très fragile et au moindre soubresaut, ça risque d'exploser.

Jean-Philippe Courtois [90:04] C'est une magnifique conclusion, Fred. Magnifique parce que pour moi, la culture, c'est profondément humain, c'est l'homme dans le sens le plus noble du terme. Et c'est lui redonner justement ses lettres de noblesse. Et merci pour ton inspiration, pour tout ce que tu fais déjà depuis plusieurs décennies maintenant Dans BlaBlaCar, dans Dift et tes autres projets comme Le Prix de la citation. Pour tous les auditeurs, n'hésitez pas à laisser des commentaires, ça fait toujours plaisir. Cinq étoiles même, c'est mon système de confiance à moi, de rating aussi.

Frédéric Mazzella [90:33] Et à soumettre des citations d'ailleurs aussi sur prixdescitations.com. Oui, parce que j'en ai besoin, je collecte des citations.

Jean-Philippe Courtois [90:37] Si encore soumettre des citations, ça risque d'être plus tard, malheureusement, que la diffusion de

Frédéric Mazzella [90:41] Oui, mais ça servira pour l'année prochaine.

Jean-Philippe Courtois [90:42] Ça servira pour l'année prochaine.

Frédéric Mazzella [90:43] C'est un réflexe à développer sur prixdescitations.com.

Jean-Philippe Courtois [90:45] En tout cas, merci pour votre écoute. Merci à vous pour tous vos feedbacks et prenez soin de vous et à très bientôt. Un immense merci, Fred, pour ce très bel épisode.

Frédéric Mazzella [90:52] Merci Jean-Philippe.