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La répression de l’antifascisme à l’échelle européenne - Avec Rexhino « Gino » Abazaj visé par un second mandat d’arrêt européen
lundisoir
En février 2023, se tenait comme chaque année à Budapest, le « jour de l’honneur », soit l’un des plus grands rassemblements néo-nazis d’Europe. Selon la justice hongroise et Victor Orban lui-même, c’est dans ce contexte que quelques nostalgiques du 3e Reich auraient été houspillés par des antifascistes. S’en est suivi une enquête judiciaire et la traque, à travers toute l’Europe de 17 militants anti-nazis, tout cela avec le concours des services de renseignement et même de l’antiterrorisme de plusieurs états membres, dont la France. Gino a été interpellé par la Sous-direction Antiterroriste à Paris en novembre 2024 pour être extradé vers la Hongrie. Après quatre mois et demi de détention à Fresnes, les juges français ont finalement refusé de l’extrader au vu du peu de garanties offertes par la Hongrie quant à l’indépendance de son système judiciaire et des conditions de détention réservées aux opposants politiques. En décembre 2025, c’est un nouveau mandat d’arrêt européen qui est émis contre le jeune antifasciste et qui reprend mot pour mot celui émis par la Hongrie deux ans plus tôt sauf que cette fois, il émane de l’Allemagne.
A nouveau la Sous-direction Antiterroriste, à nouveau la garde à vue et à nouveau la prison sauf que cette fois les juges le remettent rapidement en liberté, le temps que son pourvoi contre l’extradition soit examiné.
Certains y verront un acharnement incompréhensible pour des faits a priori bénins (rudoyer des nazis), ce qui se joue est pourtant de la plus haute importance tant ils démontrent l’existence à l’échelle européenne d’une répression conjointe et assumée de l’antifascisme. Collaboration en termes de renseignements évidemment mais aussi sur le plan judiciaire ; en Allemagne comme en Hongrie, c’est la qualification d’organisation criminelle (l’équivalent de l’association de malfaiteurs chez nous) qui autorise des moyens judiciaires ahurissants et des peines extrêmement lourdes. Maja, une militante allemande, est incarcérée en Hongrie depuis plus d’un an, avant le début de son procès 14 années de détention lui ont été proposées en échange d’un plaidé coupable qu’elle a refusé. Un militant allemand a déjà écopé de 5 ans de prison dans son pays. Ils sont 17 au total sur qui pèsent la menace de nombreuses années d’incarcération. Quant à Gino, le mandat d’arrêt hongrois le visant évoque une peine de 22 années. La première audience concernant son second refus d’être extradé se tiendra mercredi 28 janvier à la cour d’appel de Paris sur l’Île de la Cité.
Pour mieux comprendre « l’affaire Budapest » et ses enjeux, voir nos articles :
Affaire Budapest : des néo-nazis, des juges, la SDAT et Viktor Orban
La nuit sera longue - Zerocalcare
Une bande dessinée pour comprendre l’affaire « Budapest » et libérer Gino
La justice ne serait-elle plus qu’un mot en Europe ?
Eric Vuillard sur l’affaire « Gino »
Lettre de l’antifasciste Maja devant ses juges hongrois
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