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Le sacrifice du ciel. Une autre histoire de la raison - Mohamed Amer Meziane
Sep 21, 2026
lundimatin
Le philosophe Mohamed Amer Meziane publie son troisième livre, Le Sacrifice du ciel. Une autre histoire de la raison, qui vient rouvrir, reprendre et poursuivre le cycle ouvert par Des empires sous la terre (2021) et Au bord des mondes (2023).
Le thème du « sacrifice du ciel » fait écho à ceux de la sécularisation, de la mort de Dieu et du « désenchantement du monde ». Ces lieux communs, au sein de l’attirail des pensées critiques, ressemblent à des enjeux à la fois familiers et méconnus.
Les « statuaires de la pensée », expression du livre renvoyant au panthéon fatigué des « grands auteurs » européens, ne nous ont légué que peu d’outils pour y faire face. Il se pourrait, en plus, que ces thèmes « biens connus » (c’est-à-dire peut-être totalement impensés) aient obscurci la compréhension qu’on a de ces grands auteurs eux-mêmes. C’est la conséquence d’un des points principaux du livre : l’orientalisme, sous la forme de la critique historique des textes sacrés, a joué un rôle matriciel pour la production du savoir occidentalisé.
À partir de là, l’enquête donne lieu à une autre histoire de la philosophie : au prisme de l’orientalisme, Spinoza, Kant et Hegel apparaissent sous un autre jour. Leurs façons de penser la religion, ses rapports à la pensée et à la politique, est très loin cependant de s’être cantonnée au seul domaine de la philosophie. Elles participent de mouvements qui les précèdent et leur survivent, et qui constituent le sol sur lequel se sont déployées les sciences humaines et sociales « modernes ». Un ensemble de mythes vivaces s’ancrent dans cette histoire : le christianisme comme seule religion de la sortie de la religion, le protestantisme comme religion du monde moderne, le monothéisme comme origine de la violence, le fanatisme comme caractéristique des « religions de la Loi »…
Le Sacrifice du ciel se présente comme une critique des savoirs, une « histoire souterraine » de la connaissance. Celle-ci ne se contente pas d’en exhumer les marges, mais entend ressaisir l’héritage d’un centre occulté en montrant que la raison n’est pas « occidentale ». Se pose alors une question simple, mais trop souvent ignorée (y compris par la critique décoloniale) : comment les « orientaux » ont-ils eux-mêmes pensé l’orientalisme ? La philosophie d’Afghāni et la « métaphysique insurrectionnelle » de l’émir Abdelkader ont été les lieux d’une résistance formulée au nom du savoir et d’une « critique traditionnelle de la tradition », et deviennent ici ceux de l’élaboration d’une « pensée-autre » (comme le disait Abdelkébir Khatibi, en partant de Fanon).
« La tâche de cet anti-impérialisme philosophique a surtout été de montrer la profonde irrationalité de tout ce système militaro-fossile qui, avec un fracas et une morgue confinant à la folie, s’est targué d’être la seule Raison qui soit. »
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