Pura Vida

Il était une fois plusieurs mètres linéaires de boîtes en carton // Épisode 4

October 12, 2022 Les Podcasts du Grütli Season 1 Episode 4
Pura Vida
Il était une fois plusieurs mètres linéaires de boîtes en carton // Épisode 4
Show Notes

Pura vida, c’est un récit en quatre épisodes qui tente de comprendre l’expérience de la création au cœur de son émergence. Dans ce podcast, Carla Demierre documente la première phase d’écriture d’un roman tout en se laissant dériver loin de son projet, empruntant des chemins de traverse. Pour cette expérience, elle est accompagnée de l’artiste sonore Clara Alloing. Elles ont mis leurs oreilles en commun pour fabriquer une fiction sonore qui réunit en une seule longue tresse du documentaire, de la poésie et de la narration.
Dans cet épisode, les événements se sont mélangés comme dans un gâteau marbré. Le présent a dégouliné dans le passé qui tombe au goutte à goutte – à l’heure où vous lisez ces lignes – dans le futur.
Carla retrouve Clara dans son studio pour monter le quatrième épisode de Pura vida. Elle a apporté une boîte qui contient des matériaux de travail. Une collection disparate de trucs déposés là depuis le premier épisode. Un dé à coudre, un journal intime, une photographie, un livre de Valeria Luiselli. C’est un ensemble de choses, pas tout à fait hors d’usage, rassemblées et conservées dans le but d’écrire. Des archives orientées vers l’avenir ?
La semaine précédente, Carla était allée visiter les Archives de la vie privée, une association fondée en 1994 à Genève dans le but de conserver, sauvegarder et valoriser des archives un peu particulière. Aux AVP, on trouve des journaux intimes, des lettres, des photographies, des documents appartenant à des femmes et des hommes ordinaires, considérés par la société et l’histoire comme des personnages secondaires. Carla a discuté de tout ça avec l’historienne Sabine Lorenz et l’archiviste François Bos dans une longue pièce remplie de compactus, ces rayonnages qu’on fait coulisser en actionnant une grosse manivelle.
Il y a des choses plus compliquées à transmettre et plus difficiles à recevoir qu’un dé à coudre. Les journaux intimes par exemple. C’est parfois une épreuve de mettre son nez dans les écrits de ses parents. Qu’on se fiche carrément de leur vie intérieure ou qu’on redoute de tomber sur des secrets de famille, on est souvent tenté de tout jeter pour voyager plus léger. En plus, les journaux intimes sont réputés ennuyeux à lire. On ne fait souvent que nommer les choses, noter les faits, compter les jours. Ce qui est écrit n’a pas toujours de l’importance. Mais en tenant un journal intime, on donne à sa vie un tempo propre. On se fabrique une pulsation à soi.
C’est ce battement que Carla essaie d’attraper. Elle cherche le moyen de le déposer dans un texte de fiction comme dans une boîte d’archives. Mais elle ne sait pas comment se termine son histoire. Va-t-elle retrouver les carnets de la médiume Elise Müller ? Est-ce qu’elle arrivera a sauvegarder les écrits de sa grand-mère Georgette ?
Ce serait bien que la fin soit optimiste. Quelque chose comme : Elles vécurent heureuses, eurent beaucoup de livres et leurs écrits remplirent plusieurs mètres linéaires de boîtes en carton.

Avec le soutien de la Fondation Jan Michalski