Sous les jupons de la couronne
Sous les jupons de la couronne vous fera découvrir chaque mois un personnage historique ou un événement ayant laissé sa marque dans l’histoire britannique.
Sous les jupons de la couronne
Sous les Jupons de la Couronne - Catherine Howard
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De toutes les épouses d’Henry VIII Anne Boleyn est sûrement la plus connue de par sa personnalité hors du commun et de l’impact qu’aura eu son mariage avec le Roi sur l’Angleterre et son rapport à la religion. Après son exécution en 1536, quatre autres femmes se succèderont sur le trône, l’une d’elles n’était encore qu’une enfant: Catherine Howard. Souvent décrite comme une gamine naïve et écervelée, Catherine aura surtout été une jeune fille livrée à elle même et la victime de la violence de la société patriarcale du 16eme siècle.
Bienvenue
SPEAKER_00dans ce nouvel épisode de Sous les jupons de la couronne. Divorced, beheaded, died.
UNKNOWNDivorced, beheaded, survived.
SPEAKER_00Vous ne connaissez peut-être pas cette rime, mais la plupart des britanniques la connaissent par cœur. Elle résume très rapidement le sort réservé aux infortunés six épouses du mastodonte de la monarchie britannique Henri VIII. Lors de mon tout premier podcast, je vous avais parlé de la seconde, Anne Boleyn, qui a fini décapitée seulement trois ans après son couronnement. Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter la courte vie de la cousine d'Anne Boleyn, qui comme elle, a eu le malheur de rencontrer et d'épouser Henri, Catherine Howard. Généralement, lorsque l'on évoque les six femmes d'Henri VIII, on va se focaliser sur les deux premières, car c'est son premier divorce et son remariage avec Anne Boleyn qui ont le plus façonné le règne de ce barbe bleue royal. Par conséquent, on a tendance à survoler, voire oublier, ces autres épouses qui ont pourtant toutes souffert des sautes d'humeur et de la cruauté de ce roi irascible. Après l'exécution d'Anne Boleyn en mai 1536, Henri convole pour la troisième fois avec Jane Seymour, une des dames d'honneur de sa deuxième femme. Cette dernière ne fit pas long feu et décéda des suites de son accouchement en octobre 1537. Le roi était tiraillé entre la joie d'avoir enfin un fils, Édouard, et la mort tragique de la reine qui avait été la seule à lui donner un héritier. Après deux années de veuvage, Henri épousa sa quatrième épouse, Anne de Clèves. Le mariage fut bref car le roi trouvait que sa dernière conquête ressemblait à, et je cite sa gracieuse majesté, une jument des Flandres. Heureusement pour Henri, ce mariage eut quand même un avantage, Catherine Howard. Il rencontra la jeune femme, qui n'était encore qu'une adolescente, lorsque celle-ci devint dame d'honneur d'Anne de Clèves, et il ne tarda pas à faire d'elle sa cinquième proie, enfin je veux dire épouse. Pourtant, personne n'aurait pu prédire que Catherine deviendrait un jour reine-consorte d'Angleterre. Elle n'était pas de sang royal comme Catherine d'Aragon, la première femme d'Henri, mais aussi cultivée et piquante que sa cousine Anne Boleyn. Nous savons que très peu de choses sur Catherine Howard avant son mariage avec Henri. Fille d'Edmund Howard et de Joyce Culpepper, elle serait née à Lambeth au début des années 1520. Parent de Catherine ne roulait pas sur l'or, son père avait deux frères aînés, par conséquent il n'avait pas hérité de grand chose et devait régulièrement demander de l'aide pour subvenir aux besoins de sa famille. Catherine perdit rapidement sa mère et fut par la suite envoyée chez sa grand-mère, la Duchesse de Norfolk, où elle vécut entourée de son frère et d'autres jeunes filles et garçons d'origine aristocratique, mais dont les parents ne pouvaient pas les éduquer selon leur rang. Lors de son séjour chez la Duchesse de Norfolk, Catherine étudia la musique, la lecture et l'écriture. Elle reçut une éducation catholique, mais n'a jamais été trépieuse. À peine sortie de l'enfance, Catherine fut rapidement confrontée à ce que nous appellerions aujourd'hui du harcèlement sexuel de la part de son professeur de musique, Henri Manox. Lorsque la duchesse de Norfolk apprit ce qu'il se passait sous son toit, elle rejeta la faute sur la petite Catherine, qui n'était encore qu'une enfant. Quelques années plus tard, Catherine rencontra Francis d'Eriam, qui vivait comme elle chez la Duchesse et était son secrétaire particulier. Les témoignages de ces colocataires ne laissent aucun doute sur la nature de leur relation. Catherine elle-même s'exprima bien plus tard qu'elle savait très bien comment éviter de tomber enceinte, ce qui prouve qu'elle était déjà très expérimentée malgré son très jeune âge. Peut-être est-ce cette expérience couplée à sa jeunesse ainsi qu'à sa beauté qui a décidé Thomas Howard, le duc de Norfolk, et donc l'oncle de Catherine ainsi que d'Anne Boleyn, d'utiliser sa nièce pour s'attirer les bonnes grâces d'Henri VIII. La petite Catherine fut donc intégrée au service d'Anne de Clèves en mars 1539. Peut-être que Thomas Howard espérait que l'histoire se répète et qu'Henri tombe amoureux de Catherine comme il tomba amoureux d'Anne Boleyn quelques années auparavant. Un peu plus d'un an plus tard, en juin 1540, Henri VIII était totalement subjugué par Catherine Howard et plus personne à la cour n'ignorait ce nouveau caprice et son intérêt grandissant pour une jeune adolescente d'environ 30 ans saccadette. La princesse Marie, sa fille, était même plus âgée que Catherine Howard, c'est-à-dire. Rapidement, Henri s'affaira à obtenir son troisième divorce et il l'obtint en à peine un mois. Catherine Howard devint sa cinquième épouse et la reine d'Angleterre le 28 juillet 1540. Pour fêter ce nouveau mariage, Henri fit exécuter son ministre, le légendaire Thomas Cromwell, qui s'était acharné à marier le roi avec Anne de Clèves pour renforcer l'alliance entre l'Angleterre et la Ligue protestante. En devenant la nouvelle reine, Catherine adopta la devise suivante « Non autre vent loté que la sienne ». Une devise parfaite pour l'épouse du roi le plus tyrannique, qui ne supportait pas d'être contrariée et qui décapitait quiconque dont le comportement lui déplaisait. Le début du mariage de Catherine fut, semble-t-il, heureux. Henri VIII adorait sa nouvelle femme et ne le cachait absolument pas. Il la surnommait « sa rose sans épines » et la couvrait de cadeaux. Aujourd'hui, nous dirions qu'il est en quelque sorte son sugar daddy. Catherine était aussi adorée par son époux qu'elle était haïe de sa belle-fille, la princesse Marie, qui considérait qu'elle n'avait rien d'une reine d'Angleterre. Heureusement pour Catherine Howard, ses relations avec les deux autres enfants d'Henri, Elisabeth et Édouard, étaient bien plus harmonieuses. La jeune reine aurait même offert des bijoux à Elisabeth. Lorsque Catherine épousa Henri, le but était bien entendu qu'elle mette au monde d'autres héritiers. En effet, le roi n'avait qu'un seul fils et à l'époque il n'était pas rare de mourir jeune. Par conséquent, pour sécuriser la succession, un roi doit produire un héritier mâle ainsi qu'un suppléant au cas où l'aîné viendrait à décéder. Cette problématique a marqué le règne d'Henri VIII, mais l'a également placé sur le trône quand Arthur, son frère aîné, mourut à 15 ans. Il était donc vital que Catherine tombe enceinte rapidement, et étant donné son jeune âge, ça semblait jouer d'avance. Cependant, Henri n'avait plus rien du jeune homme séduisant et athlétique qu'il était au début de son règne. Sa blessure à la jambe et son régime alimentaire plus que calorique ont eu raison de sa silhouette, et possiblement de sa capacité à consommer son mariage et à engendrer un autre fils. L'état de santé et l'obésité croissante de son mari sont peut-être l'origine des événements qui suivirent et qui eurent des conséquences tragiques pour Catherine, entre autres. Peu de temps après son accession au trône, bien qu'elle n'a jamais été officiellement couronnée, Catherine fut confrontée à l'arrivée à la cour de Francis d'Eriam, qui lui demanda de lui confier un poste, et ne tarda pas à se vanter, à qui voulait bien l'entendre, qu'il avait les faveurs de la nouvelle reine. C'est aussi à ce moment-là que Thomas Culpepper, un gentil homme au service du roi dans ses appartements privés, commence à faire des avances à Catherine. Thomas Culpepper et Catherine avaient des liens de parenté du côté de la mère de la jeune reine. Cependant, le jeune homme était tout sauf un prince charmant, il aurait violé la femme d'un garde-chasse et commis un meurtre. Quel gentleman
UNKNOWN!
SPEAKER_00Nous ne savons pas grand-chose de la relation de Thomas et Catherine. Leur aventure aurait commencé avant le 50e anniversaire d'Henri VIII, le 28 juin 1541. Le couple se serait retrouvé en secret régulièrement durant l'été, lorsque le roi et la cour voyagèrent à travers le pays, aidés par Lady Rochefort, plus connue sous le nom de Jane Boleyn, la femme de George, et donc la belle-sœur d'Anne Boleyn. Cependant, la liaison fut de courte durée, car à l'automne 1541, le roi fut informé par l'archevêque de Canterbury que la reine lui était infidèle avec l'un de ses serviteurs les plus proches. La première réaction d'Henri fut d'ordonner une enquête, mais il semblerait qu'il ne prenait pas au sérieux cette accusation envers sa rose sans épines. Il dut rapidement se rendre à l'évidence que cette rumeur était bien fondée lorsqu'une lettre écrite par la reine et à son amant fut découverte. Catherine y déclarait qu'elle souffrait à l'idée de ne pas pouvoir être toujours dans ses bras et qu'elle lui appartenait jusqu'à sa mort. Qui plus est, Jane Boleyn fut interrogée et admis avoir aidé le couple à se retrouver discrètement. Pauvre Henri, encore trahi par une vilaine femme aux mœurs légères. Le roi entra dans une de ses rages légendaires. Il comptait bien faire payer à Catherine sa trahison, comme il avait fait payer Anne Boleyn pour la sienne. Bien qu'il n'existe aucune preuve qu'Anne l'ait trahi, tout porte plutôt à croire qu'elle fut la victime d'un complot. Le 8 novembre, la reine avoua non seulement son aventure avec Culpepper, mais également avoir eu des rapports avec Francis Derriam, qui, selon ses dires, l'utilisa comme un homme utilise son épouse. Catherine confessa aussi avoir fréquenté Henri Manox, son professeur de musique. Selon la légende, lorsque les gardes vinrent l'arrêter, Catherine parvint à s'échapper et courut vers la chapelle du palais de Hampton Court où le roi était en prière pour le supplier de l'épargner. Le couloir dans lequel elle se précipita se trouve toujours à Hampton Court et est appelé la Galerie Hantée. Certains pensent que le fantôme de Catherine Howard hante toujours les lieux. Pour avoir visité le palais et marché dans cette galerie, bien que je n'ai pas eu l'honneur de croiser Catherine, j'ai eu un frisson dans le dos en imaginant cette petite reine encore adolescente courant aussi vite que possible pour supplier son bourreau de l'épargner. Catherine Howard fut emmenée dans le monastère de Sion, aujourd'hui disparue, le 14 novembre 1541, et une semaine plus tard, fut déchue de son titre de reine d'Angleterre. Thomas Culpepper et Francis Derriam furent jugés pour avoir connu charnellement la reine. Lors de son interrogatoire, Culpepper n'admit pas avoir eu des relations avec Catherine, uniquement qu'il en avait l'intention, tout comme elle. Bien entendu, le verdict était déjà certain avant même que le procès ait eu lieu, et les deux hommes furent jugés coupables et condamnés bien évidemment à mort. Culpeper eut la chance d'être décapité et donc de ne pas souffrir et d'avoir une mort rapide. Ce ne fut pas le cas de Dereham. Francis Dereham subit l'une des méthodes d'exécution les plus barbares qui soient. Il fut pendu, écartelé et éviscéré à Tyburn avant d'avoir la tête tranchée. Le tout bien sûr devant une foule venue spécialement pour assister à la mort des prêtres. Leur tête fut ensuite installée sur des piques sur le London Bridge et laissée là à pourrir pour rappeler à tous le sort réservé aux traîtres. Ce fut donc la vision qui s'offrit à Catherine lorsqu'elle fut déplacée à la Tour de Londres pour attendre sa propre exécution, après avoir été condamnée à mort le 21 janvier 1542 par une bulle stipulant que toute reine ayant omis de faire part de son passé sexuel serait coupable de trahison. Selon certaines sources, l'ex-crène d'Angleterre aurait demandé à ce qu'on lui apporte le billot à la tour de Londres afin de s'entraîner à y poser sa tête. Quelques jours plus tard, le 13 février 1542, Catherine quitta sa cellule et se dirigea vers l'échafaud comme Anne Boleyn le fit six ans plus tôt. Elle aurait eu besoin d'aide pour monter les marches de l'échafaud avant de prendre la parole une dernière fois pour confesser qu'elle méritait le sort qui lui était réservé avant de s'agenouiller. Certains témoins jurèrent que les derniers mots de la jeune fille furent « Je meurs en reine, mais j'aurais préféré mourir en épouse de Thomas Culpepper ». Or, Catherine ne prononça rien de tel. Quelques instants plus tard, la hache du bourreau trancha pour la seconde fois la tête d'une reine-consort d'Angleterre. La cruauté d'Henri ne s'arrêta pas là. Il fit également exécuter Jane Boleyn pour avoir aidé Catherine et Thomas. Cependant, légalement, le roi n'avait pas le droit d'ordonner la mort de cette dernière, car elle fit une pression nerveuse après avoir été emprisonnée dans la tour de Londres. Jane se souvint sûrement de ce qui arriva à son époux et à sa belle-sœur lorsque ces derniers furent eux-mêmes prisonniers. Afin de se venger de Jane et du rôle qu'elle joua dans la trahison de la reine, Henri changea la loi qui empêchait de condamner les fous à mort et Jane fut décapitée seulement quelques minutes après Catherine. Les deux femmes furent traitées de la même manière qu'Anne Boleyn, aucune cérémonie ne fut organisée et on les enterra dans la chapelle de Saint-Pierre-aux-Liens, au sein même de la tour de Londres, juste à côté de la tombe d'Anne et de Georges Boleyn. Des siècles plus tard, la reine Victoria ordonna que la chapelle fût rénovée et pendant les travaux, des restes humains furent retrouvés. Ceux d'Anne Boleyn furent identifiés avec une quasi-certitude. En revanche, en raison de son jeune âge au moment de sa mort, les restes de Catherine se sont dégradés beaucoup plus vite. Il ne restait donc plus rien de la rose sans épines d'Henri VIII. Si les restes de Catherine ont disparu depuis bien longtemps, la jeune reine n'a jamais été totalement oubliée. Alors oui, elle n'a pas marqué l'histoire comme Catherine d'Aragon ou Anne Boleyn l'ont fait, mais elle a été représentée dans la célèbre série The Tudors par Tamsin Merchant. Catherine apparaît dans la saison 3 et 4 de la série et sa représentation pose selon moi problème. Elle apparaît à l'écran pour la première fois allongée sur son lit avec un regard sensuel lorsqu'un courtisan du roi cherche une jeune femme qu'il pourrait mettre dans le lit de son maître. Les épisodes suivants la montrent régulièrement nue avec une libido en feu. La caméra se focalise dans la plupart de ses scènes sur sa poitrine ou bien ses fesses. Soyons honnêtes, Catherine est un objet sexuel et sa représentation est totalement basée sur ce que nous appelons le « male gaze », c'est-à-dire que le personnage est vu à travers la perspective d'un homme cisgenre hétérosexuel. En résumé, Catherine Howard est représentée dans les années 2000 de la même manière qu'elle était vue et traitée au XVIe siècle, comme un objet au service des hommes. C'est pourquoi il me semble important de préciser que Catherine Howard est une victime du patriarcat, mais aussi d'agressions sexuelles, de harcèlement sexuel, potentiellement de viol, et pour finir, de féminicide, à l'heure qu'elle n'avait même pas 20 ans. Merci à tous d'avoir écouté ce podcast, et à bientôt pour un prochain épisode de Sous
SPEAKER_01les Jupons de la Couronne.