The RegTech Pulse - Édition francophone

Le vrai visage du blanchiment d'argent

LexisNexis Risk Solutions

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Dans cet épisode de RegTech Pulse, Vincent Gaudel reçoit Quentin Mugg, commandant de police, agent de liaison à Europol et auteur d'Argent sale, la traque, pour déconstruire les idées reçues sur le blanchiment d'argent et partager une vision opérationnelle issue des enquêtes les plus sensibles menées contre la criminalité organisée. 

 Cet échange révèle que les mécanismes de blanchiment les plus utilisés sont souvent loin des schémas les plus médiatisés. Contrairement aux idées reçues, le cash reste au cœur des circuits criminels, tandis que les cryptomonnaies, bien qu'en forte progression, représentent encore une part limitée des flux observés. 

L'épisode explore le fonctionnement concret des grands réseaux criminels, le rôle central des "money brokers", les limites des approches traditionnelles de lutte contre le blanchiment, ainsi que l'importance d'une véritable approche fondée sur les risques (risk-based approach). Les intervenants reviennent également sur la complémentarité entre les professionnels de la conformité, les services d'enquête et la coopération internationale portée par Europol pour détecter et démanteler les réseaux financiers criminels.

 AVERTISSEMENT : Les informations fournies dans ce podcast le sont à titre informatif uniquement et ne sont pas destinées à et ne doivent pas être utilisées comme des conseils juridiques.  Les points de vue et les opinions exprimés dans ce podcast sont uniquement ceux des intervenants et ne reflètent pas nécessairement les points de vue ou les positions de LexisNexis Risk Solutions. LexisNexis Risk Solutions ne garantit pas que les informations fournies dans ce podcast sont exactes ou exemptes d'erreurs. 

Welcome And Guest Introduction

SPEAKER_00

Bienvenue dans ce nouvel épisode de Rectech Pulse, le podcast qui examine les dernières tendances en matière de conformité, de lutte contre la criminalité financière et de l'optimisation des paiements. Pour rappel, LexisNexis Risques Solutions est une entreprise qui aide à assurer la conformité et la sécurité des transactions des clients afin de construire un écosystème financier interconnecté et fiable.

SPEAKER_01

Bonjour à tous et bienvenue pour ce nouvel épisode du Rectec Pulse en français. Aujourd'hui, nous allons parler du vrai visage du blanchiment et démystifier certains des lieux communs et autres généralités qu'on entend souvent dans l'industrie. Je m'appelle Vincent Godel, je suis expert en lutte contre la criminalité financière et sanctions internationales chez LexisNexis et Solutions. Pour cet épisode et pour parler du vrai visage du blanchiment, je suis très honoré, très content de discuter avec Quentin Mug, commandant de police et agent de liaison chez Europol, et également auteur de Argensal, la traque. Bonjour Quentin, et bienvenue sur l'arrêt TechPulse.

SPEAKER_02

Bonjour, merci beaucoup de me recevoir.

SPEAKER_01

Alors, je pense que tu as un regard vraiment parfait, un regard opérationnel pour discuter du bilan chinois, sous l'angle opérationnel, sous l'angle pratique. Tu l'as vu au travers de ta carrière. Est-ce que tu veux nous dresser un petit peu ton parcours, rapidement, avant qu'on commence la discussion

UNKNOWN

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SPEAKER_02

Oui, avec plaisir. Là, je travaille actuellement à Europol, donc je représente la France en cette agence européenne, qui est en charge de la lutte contre le crime organisé et le terrorisme essentiellement. Et auparavant, je travaillais à la direction centrale de l'appel judiciaire et je travaillais dans un service vraiment spécialisé qui s'appelle l'OCRGDF, qui est donc l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière. Donc tu vois qu'on est dans le sujet. Et je m'occupais, j'étais le chef d'un groupe spécialisé dans le blanchiment de l'argent de la criminalité organisée, ce qui permettait en fait, tout en étant très spécialisé, d'intervenir dans des domaines criminels très variés, beaucoup de drogues bien sûr, mais aussi d'œuvres d'art.

SPEAKER_01

De nombreuses typologies. Donc, vraiment, tu as le regard vraiment parfait pour témoigner de ces phénomènes de l'intérieur. On voit d'ailleurs... les phénomènes de criminalité organisée, les affaires de blanchiment font régulièrement des gros titres. On voit fréquemment des scandales de grande ampleur dans l'une des journaux et tout le monde s'accorde sur l'ampleur du problème. Mais je te propose qu'on

UNKNOWN

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What Money Laundering Really Means

SPEAKER_01

commence peut-être par resituer un petit peu les définitions, le fonctionnement du processus. Alors, quand on apprend les grandes étapes du processus de blanchiment, on parle souvent d'un processus en trois phases. Quel est ton regard sur le phénomène Comment est-ce que toi, tu définis le blanchiment

SPEAKER_02

C'est-à-dire que le problème avec la définition du blanchiment, c'est que souvent, et même dans la définition du code pénal, les gens s'arrêtent au premier alinéa, en fait. La problématique de la justification mensongère de fonds d'origine illicite. On a tendance à oublier le deuxième alinéa, qui précise que le blanchiment, c'est aussi le fait d'apporter à un concours une opération de placement, donc on retombe sur la définition en trois phases, de dissimulation ou de conversion de cet argent sale. Or, dans les faits, et pour ce qui concerne la criminalité ont été organisées, on a plus souvent affaire à ce type d'opérations, c'est-à-dire des manipulations consistant principalement à tenter d'éloigner l'argent, de l'exfiltrer, de lui faire quitter le pays, de façon à le mettre à l'abri, plus qu'une volonté de véritablement en justifier l'origine. C'est-à-dire que du point de vue des criminels qui font appel à des blanchisseurs spécialisés, c'est dans un premier temps au moins plus important d'éloigner l'argent que le tenter de le justifier, ce qui fait que, de façon un peu contre-intuitive, La sophistication qu'on prête beaucoup aux opérations de blanchiment se retrouve plutôt dans les opérations assez locales et qui concernent des faits d'une envergure moyenne, voire petite, puisque ça correspond à des gens qui ont besoin de justifier sur place de leurs fonds. Alors que de grandes organisations criminelles qui opèrent sur plusieurs pays, voire plusieurs continents, n'ont pas besoin de mettre en œuvre ces mécanismes de justification sur le lieu même de la commission de la

SPEAKER_01

fonction. Ok, donc on a quand même ces trois grandes phases pour conceptualiser le phénomène, les trois phases de placement, pilages d'intégration sont utiles pour comprendre le phénomène, mais ne se retrouvent pas nécessairement automatiquement dans tout schéma et avec la même intensité pour les différentes typologies d'activités criminelles.

SPEAKER_02

Non, et surtout, ça ne concerne pas l'intégralité des fonds. C'est-à-dire qu'en fait, dans le cas du trafic de drogue, par exemple, qui vient évidemment à l'esprit tout de suite quand on parle de blanchiment, une partie des fonds va être déjà réemployée pour perpétuer les infractions, pour racheter du produit, etc. Une bonne partie des fonds va être expédiée vers des lieux on peut parfaitement vivre un intégralement en espèces. Il faut se garder quand même de projeter nos modes de fonctionnement sur le monde entier. Ce n'est pas le cas. Il y a encore de très nombreux pays, pas forcément très loin, on peut réaliser des transactions sur des volumes très importants en espèces. Auquel cas, le besoin de planchement est quand même moins fort. Et puis après, effectivement, pour une partie des fonds, plus tard, si le besoin s'en fait sentir, des stratégies de planchement plus complexes sont mises en œuvre. Et voilà, ça ne porte pas sur l'intégralité

SPEAKER_01

des

Cash First Crypto Later

SPEAKER_01

sommes en jeu. Les espèces testent le cœur du problème une grande majorité des sommes restent en espèces. On parle quand même assez souvent du rôle de la crypto dans les schémas de l'enchaînement. Quel est ton regard sur le rôle de la crypto aujourd'hui Est-ce que c'est vraiment qu'il faut concentrer nos efforts aujourd'hui

SPEAKER_02

L'utilisation de la crypto effectivement fait couler beaucoup d'encre. En proportion de l'ensemble, ça représente encore un volume assez faible. Évidemment, en valeur absolue, c'est beaucoup puisque là, il y a des rapports baissants qui font état de 40 milliards, 80 milliards selon les sources. Mais enfin, le phénomène du blanchiment en lui-même, on entend souvent dire que c'est entre 2 et 5 % du PIB, ce qui est une évaluation un peu aux doigts mouillés et qui, en plus, date de nombreuses années, puisque ça a été évoqué, je crois, en 1998. Enfin, si on reste sur ces ordres de grandeur-là, alors le blanchiment concernerait entre 2 et 5 trillions de dollars par an. Donc, on voit que 80 milliards en proportion, c'est peu de choses. Il ne faut pas du tout s'en désintéresser, même si on le voit apparaître dans peu de dossiers, alors que l'argent liquide apparaît dans quasiment tous les dossiers, parce qu'effectivement, Effectivement, ça prend de l'ampleur et en termes d'évolution, on voit une hausse exponentielle et sans aucun doute, ça deviendra un problème extrêmement important. Il faut s'y préparer dès à présent. Maintenant, si on est vraiment sur une démarche dans le monde de la conformité qu'on appelle « risk-based », ça vaut quand même la peine de regarder ce qui constitue aujourd'hui le gros des opérations de blanchiment, les mécanismes à l'œuvre et surtout les acteurs dans le domaine de la criminalité. Ça reste quand même vraiment le cash et les phénomènes de compensation dont on va avoir l'occasion de parler in extenso. J'en suis sûr. Voilà, c'est

Sky ECC And The Scale

SPEAKER_02

que se trouve vraiment le cœur de la problématique.

SPEAKER_01

Donc, les flux que tu décris, je pense qu'on a eu un très bon cas d'école. Vous avez été capable, chez Europol et au sein de différents services de police, de vraiment le voir de l'intérieur. Je pense au craquage de Sky ici, qui a fait coller beaucoup d'encre. Je te propose de te laisser la parole là-dessus. Vous avez vraiment pu observer l'écosystème criminel fonctionnel de l'intérieur. Qu'est-ce que ça vous a révélé sur le fonctionnement des réseaux de criminalité organisés en général, et des techniques de blanchiment. Qu'est-ce que tu peux nous dire là-dessus

SPEAKER_02

Oui, en effet. Alors, il y a eu Skyis ici. Alors, juste pour resituer pour les personnes qui nous écoutent, il existait... sur le marché parallèle, des systèmes de cryptage de communication exclusivement dédiés à la criminalité organisée, c'est-à-dire qu'on ne pouvait pas les télécharger sur l'App Store ou Google Play, donc des systèmes qui leur permettaient de communiquer entre eux de manière vraiment très cryptée. Dans un certain nombre de dossiers récents, il y a eu Sky, il y en a un autre qui s'appelle EncroChat qui a précédé, et puis par la suite, il y en a eu encore d'autres, une autre solution qui s'appelait Anom, Exclu, Matrix, etc. Entre 2020 et 2024, plusieurs de ces plateformes ont pu être décryptés par les services de police, bien souvent d'ailleurs dans le cadre d'équipes communes d'enquête qui incluaient la France. Et ça a permis d'observer vraiment sous le microscope les utilisateurs qui étaient tous membres de groupes criminels. On parle de beaucoup d'utilisateurs, puisque Sky rassemblait plus de 200 000 comptes. Donc vraiment des gens en plus d'importance remarquables, puisque le coût même des appareils éloignait de fait les petits trafiquants. Ça coûtait assez cher de se procurer l'appareil et la solution. Qu'est-ce que ça nous a appris En fait, ça nous a surtout permis de quantifier, on parle des problématiques de blanchiment, quels étaient les montants, qui étaient les acteurs principaux et quels étaient les mécanismes les plus utilisés. On n'a pas appris à la faveur de ces dossiers comment les choses se passaient, mais ça nous a permis d'établir une échelle du risque. Et ce qu'il en ressort de manière extrêmement claire, c'est que, comme je l'évoquais un peu avant, plus c'est gros, plus c'est cash. C'est-à-dire que la manière de blanchir est affectée par l'importance que les acteurs ont dans le trafic lui-même. Tout le monde comprend très bien que si on prend uniquement le trafic, la problématique ne se pose pas dans les mêmes termes pour quelqu'un qui fait des importations de cocaïne de plusieurs tonnes par rapport à un dealer de rue qui revendrait au gramme. Les stratégies ne sont pas les mêmes, les ordres ne sont pas les mêmes, etc. C'est la même chose pour le blanchiment. C'est-à-dire qu'on ne blanchit pas quand on a un trafiquant à la tonne de la même manière qu'on blanchit quand on a un revendeur de quartier. Et c'est un petit peu ce que j'essayais d'évoquer au début de notre entretien en parlant un peu de l'échelle des risques dans le blanchiment. Si je suis un trafiquant le quartier, que tous mes centres d'intérêt sont dans un rayon de quelques kilomètres autour de moi. C'est que je vis, c'est que potentiellement j'ai un travail aussi, en plus de mon activité de dealer, c'est que sont ma famille, mes amis, etc. Alors je vais devoir trouver des solutions pour justifier les fonds issus de mon trafic. Si j'habite quelque part au Moyen-Orient, que mes activités s'étendent entre l'Amérique du Sud, l'Australie et l'Europe, Je n'ai pas vraiment besoin de rechercher des solutions pour justifier sur le lieu de commission de mes infractions, par exemple en France, l'origine de mes fonds. Ce dont j'ai besoin, c'est de trouver le moyen de déplacer cet argent qui a été généré dans le lieu de destination de mes exportations vers

Inside Compensation And Hawala Brokers

SPEAKER_02

un lieu moins risqué je pourrais préserver mes bénéfices. Et c'est qu'intervient le système de compensation dont les animateurs portent différents noms selon au Moyen-Orient, au Maghreb, en Amérique du Sud ou ailleurs, mais qui ont tous la même fonction, ce sont en fait des courtiers qui vont se charger de récupérer les fonds générés par le trafic et de les échanger contre une somme équivalente dans un autre

SPEAKER_01

lieu. Et ça, c'est donc un phénomène que vous avez pu observer de l'intérieur au travers du fracasse de cette messagerie-là. Est-ce que c'est quelque chose que vous avez pu éteigner Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ces schémas de compensation Parce que, bon, tu dis compensation, mais faire se rejoindre en quelque sorte des besoins différents en termes de cash, en termes d'actifs

SPEAKER_02

bancarisés. Oui, c'est exactement ça. Alors en fait, ce système-là, on le connaît de longue date. L'enseignement vraiment de Sky et les autres plateformes, c'est que c'est vraiment le moyen par lequel l'essentiel des fonds transitent pour des sommes absolument astronomiques parce que certains d'entre eux déplacent plusieurs milliards par an en espèces. Donc des sommes absolument colossales. Et en fait, c'est tout l'écosystème qui est très intéressant à observer parce que ça renverse un certain nombre d'idées préconçues. Par exemple, les trafiquants n'ont dans ce système-là, sont moins considérés comme des clients que comme des fournisseurs. C'est-à-dire qu'ils vont fournir la matière première, les espèces, à un opérateur international, le courtier, lequel dispose effectivement lui-même d'une clientèle susceptible d'acheter cet argent liquide. Et c'est que ça devient très intéressant pour les gens qui parlent de la conformité, parce que la question se pose de savoir qui sont ces gens qui ont besoin d'espèces. En fait, ça peut être une clientèle très variée, qui va d'ailleurs payer une commission assez importante pour acquérir ces espèces. Autant le fournisseur, le trafiquant dans mon exemple, va payer une commission assez faible, ça va de 0 à 5-6%, autant le client qui va racheter les espèces, lui, va payer plus cher. On va trouver parmi la clientèle d'autres trafiquants qui ont besoin qu'on leur mette à disposition des sommes dans les lieux de leurs propres infractions, mais aussi toute une population de gens qui viennent... d'univers différents et notamment des fraudeurs fiscaux, des escrocs. En fin de compte, tout un univers qu'on rattache habituellement plutôt à la délinquance en col blanc. Et donc, c'est extrêmement intéressant puisque d'une part, ça nous indique que la criminalité ne fonctionne pas en silo du tout. Quand bien même le trafiquant ne rencontrera jamais le client du broker qui finalement récupérera son argent, ils sont néanmoins en contact au travers de cet intermédiaire. Surtout, tout ça paraît assez logique puisque des activités qui produisent énormément d'argent aussi en face du trafic de drogue, à la même fois, c'est la fraude fiscale, dans des proportions d'ailleurs supérieures. Et donc, on voit comme ça comment peut s'organiser une synergie entre des infractions dont on pourrait penser au premier rapport qu'elles sont déconnectées des trafics les plus crapulesux.

SPEAKER_01

Et donc, au milieu de ces intérêts qui se rencontrent, il y a donc la figure clé. Finalement, c'est un intermédiaire financier, le money broker, le SARAF, le système d'avoir là. C'est ce rôle d'intermédiaire financier entre ces deux mondes.

SPEAKER_02

C'est ça, en fait. C'est intéressant parce qu'au départ, on le concevait vraiment comme cet intermédiaire, c'est-à-dire quelqu'un qui arrive un petit peu à la fin des opérations criminelles, qu'on contacte parce qu'on a de l'argent, en lui demandant pour les uns de bien vouloir le mettre à disposition sous une autre forme ailleurs, à l'abri, et puis pour les autres de mettre à disposition de l'argent parce qu'ils en avaient besoin pour leurs propres affaires. Or, ce qu'on voit, c'est que son rôle dépasse de loin, en fait, cette simple mise en relation de besoins contraires et complémentaires, puisque bien souvent dans les dossiers, on s'est aperçu que c'était le saraf lui-même, donc le broker. On va l'appeler courtier une fois pour toutes comme ça. C'est le courtier lui-même qui, bien souvent, met en relation notamment les acheteurs et les vendeurs en ce qui concerne la drogue. C'est-à-dire qu'on évolue quand même dans un monde qui est organisé la confiance ne règne quand même pas en maître. Et le courtier, du coup, apporte cette dose de confiance nécessaire finalement à toute transaction commerciale, qu'elle soit licite ou illicite. C'est-à-dire qu'on a besoin de savoir quand on est le client qu'on va être effectivement livré. Et on a besoin de savoir, quand on est le fournisseur, qu'on va être effectivement payé. Le meilleur moyen d'y parvenir, c'est d'intercaler entre l'acheteur et le vendeur un tiers de confiance qui va garantir que les fonds existent et qu'ils seront remis en temps et en heure. Ma foi, c'est le courtier qui fait ça. Donc, c'est assez intéressant de voir cette fonction particulière dans le trafic lui-même, ce qui d'ailleurs pose la question de son incrimination. C'est-à-dire que ce n'est pas simplement un professionnel ou un expert qui va apporter un concours. Non, il est souvent à l'origine même des trafics en ce qui concerne la drogue Mais ce qui est intéressant, c'est qu'ils ne se spécialisent pas non plus dans une filière en particulier. C'est vrai que la drogue représente une part écrasante des sommes qui y circulent, mais on s'est aperçu que les mêmes courtiers interviennent dans des domaines très variés puisqu'on les retrouve dans le trafic de migrants. Puisque là, on se trouve avec une problématique très similaire. Si vous avez quelqu'un qui souhaite arriver en Europe, il est préférable qu'il ne paye pas directement le pilote du bateau sur lequel il envisage embarquer parce qu'il y a de fortes chances que le bateau parte sans lui et avec son argent. Donc, ce qu'il va faire, c'est qu'il va payer à l'intérieur fermé hier, même chose, en disant, ben voilà, le contrat, c'est qu'on me dépose dans tel pays, bon, très bien, voici la somme convenue et alors que j'arriverai, vous pourrez payer le passeur. Voilà, et c'est les mêmes individus qui, d'ailleurs, n'hésitent même pas à faire transiter des fonds parfaitement légaux, vous voyez, ils n'ont même pas de prédilection pour l'argent sale, ils sont pour les commissions, voilà. Donc, toute somme à faire transiter est bonne à prendre pour eux, et donc, c'est vraiment ce qu'on a pu observer de manière industrielle, avec, en plus, une notion de hiérarchie entre les différents courtiers les plus importants, imposant finalement une forme de régulation, et notamment une régulation sur les

SPEAKER_01

prix. Du coup, c'est plus qu'un courtier, on parle vraiment d'une infrastructure centrale, d'un facilitateur des activités criminelles. Quelle est la finesse de connaissance que vous avez au sein des services de police de ces réseaux, et à quel point est-ce que c'est une priorité pour vous de les mettre à bas, de les combattre en priorité

SPEAKER_02

C'est évidemment une des principales priorités, pour une raison d'ailleurs assez simple à appréhender, c'est que le mobile, c'est l'argent. C'est-à-dire que si c'est trafiqué en trafic, Ce n'est pas par amour exclusif du produit, c'est bien pour gagner de l'argent. Donc, en s'attaquant à l'argent, on s'attaque au mobile du crime. Maintenant, une fois qu'on a dit ça, il ne faut pas non plus sous-estimer les difficultés puisque, comme je viens de le décrire, ce sont des réseaux qui, d'abord, sont extrêmement volatiles. L'argent ne circule pas. Ce qui circule, c'est la valeur. On est bien sur des opérations de compensation avec de multiples acteurs dans de multiples pays et souvent plusieurs continents. Et qu'en fait, du coup, un des autres slogans du blanchiment qui est « follow the money », « suivre l'argent devient extrêmement difficile à mettre en œuvre dans les faits, sauf quand on a la chance d'avoir accès aux données de Sky, ici, ou en Crochat, c'est quand même pas la règle, puisqu'en fait, il n'y a rien à suivre, puisque l'argent ne circule pas dans le système formel. Je crois que c'est surtout ça qu'il faut retenir dans le cadre du crime organisé. En tout cas, sur un des termes de l'équation, qui est l'origine des fonds d'espèces, il s'agit vraiment d'argent liquide qui n'a pas vocation du tout à rentrer dans le système financier, il va rester en espèces, puisqu'en fait, il va être acheté et revendu comme une matière première. Et en fait, par qui va-t-il être acheté Et c'est que c'est intéressant parce que ça rejoint votre question du début sur la sophistication. Pour bien comprendre se trouve la sophistication qu'on constate dans les opérations de blanchiment, il faut en comprendre le fonctionnement. Les trafiquants cherchent à se débarrasser du cash. Ils vont donc le confier à un courtier. Le courtier, lui, doit avoir dans sa clientèle d'acheteurs suffisamment de profils variés et notamment des gens qui sont issus plutôt du monde de la délinquance en col blanc. Prenons l'exemple d'un entrepreneur indélicat qui aurait, au fil des ans, détourné une partie des fonds de sa société, se créant des faux fournisseurs, justifiant des transactions, des fausses factures, etc. pour avoir mis à l'abri une somme importante dans un lieu protégé. Cette personne-là décide d'utiliser une partie de ses fonds. Il va avoir du mal à faire un virement, sans quoi il faudra à nouveau qu'il justifie les motifs de cette transaction. Il sera tenté d'acheter de l'argent liquide au travers d'un de ses courtiers. et de l'acheter au moyen des fonds qui sont déjà placés. Et c'est qu'en fait, on peut avoir le sentiment d'une complexité extrême des systèmes de blanchiment mis en œuvre par les trafiquants eux-mêmes et en fait, c'est un faux semblant puisqu'ils vont acquérir avec du cash des fonds blanchis de longue date par des gens qui eux-mêmes, dans le cadre de leur infraction à eux, ont mis en place toute une ingénierie financière complexe visant à justifier les fonds qui sont entreposés ils sont. Donc du coup, c'est vraiment gagnant-gagnant pour tout le monde puisque le trafiquant hérite deux fonds justifiés de longue date. Le délinquant Colblanc, lui, peut disposer de sommes en espèces qu'il n'aura pas eu besoin d'extraire d'aucun de ses comptes. Et c'est ainsi que des millions et des millions peuvent être déplacés. On en a d'ailleurs fait la démonstration dans un dossier devenu assez célèbre qui s'appelle Virus, qui est l'objet du livre que j'ai fait paraître chez Fayard et qui raconte bien comment des sommes importantes, puisqu'on avait tracé un milliard d'euros quand même, ont pu être compensées de cette manière par toute une série de gens, la plupart des notables qu'on n'associerait pas volontiers au trafic de drogue international. Et pourtant, c'était le cas. Puisqu'évidemment, il se garde bien de demander d'où vient l'argent liquide. Il préfère ne pas le savoir.

What Compliance Teams Can Detect

SPEAKER_02

Il n'y a pas d'énormes formes de KYC non plus de la part des

SPEAKER_01

groupiers. C'est très intéressant, mais je m'interroge quand même. Du coup, il y a bien une partie sophistiquée pour soustraire ces sommes qui sont bancarisées, qui sont au sein du système financier. On va avoir des typologies d'opérations qui vont laisser des traces je m'interroge vraiment en fait du point de vue de notre audience quels vont être les signaux qui vont être à la portée en fait des professionnels de la conformité sur quoi est-ce qu'il

SPEAKER_02

faut zoomer En fait toutes les opérations atypiques tout ce qui déclenche couramment des déclarations de soupçons c'est-à-dire des incohérences de flux une absence de logique économique enfin tout ce que les spécialistes de la conformité connaissent et déclarent parfaitement en fait il y a un petit hiatus qui peut même parfois décourager dans le monde de la conformité c'est que ces déclarations de soupçons, qui sont de plus en plus nombreuses, servent souvent, dans le cadre des enquêtes de police, à venir éclairer une partie du phénomène que nous-mêmes ne voyons pas et s'inscrivent dans un schéma plus global dont le responsable de conformité n'a pas connaissance lui aussi. C'est-à-dire que c'est la mise en relation des informations glanées par les enquêtes de police au moyen des méthodes d'enquête qui sont les nôtres, couplées aux informations que vous détenez et que vous dénoncez dans le cadre de ces déclarations de soupçons, qui va permettre d'avoir une vision globale Je prends un cas concret. On a une personne à Paris, c'est amusant, c'était une élue d'ailleurs, qui a fait appel à ce système. Cette personne se fait remettre une somme très importante en espèces, 250 000, 300 000 euros. On la lui livre sous la forme de liasses de 50 euros dans un sac de sport le soir tard à son domicile. Très bien. L'argent vient de la drogue. En échange de cet argent, des fonds qu'elle détient, en Suisse en l'occurrence, sont mis à disposition du trafiquant via le c'est-à-dire que l'argent va être débité du compte bancaire sous un faux prétexte, partir sur des comptes taxi, etc. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais en gros, finira sur un compte bancaire offshore détenu par le trafiquant qui est à l'origine de la remise d'espèces. Le trafiquant ignore tout de la personne qui a récupéré les espèces. Tout ce qu'il connaît, lui, c'est son courtier. C'est le courtier qui a le lien entre le trafiquant et le client. Et du coup, une enquête qui se baserait exclusivement sur les flux bancaires arriverait péniblement à remonter les différents rebonds depuis le compte du trafiquant, et en l'occurrence un investissement qui avait été fait dans l'immobilier, et pourrait tracer comme ça un flux jusqu'au fraudeur fiscal qui a reçu l'argent liquide. Et on conclurait que cet investissement immobilier est le résultat d'une ingénierie complexe bancaire menant à terme à un gros investissement immobilier. Alors qu'en fait, pas du tout. Cette personne a tout simplement vendu des fonds déjà bancarisées, contre du cash. Le bénéficiaire final, c'est le trafiquant, qui lui n'apparaît finalement nulle part, puisqu'il vit dans une économie différente.

SPEAKER_01

Là, on voit une certaine complémentarité entre ce que va révéler le travail d'enquête sur le terrain, la vue que vous, en tant que service de police, avez sur les flux en espèces, et ce qui va être plus dans le périmètre de dispositifs de surveillance, de détection d'opérations atypiques et de déclarations de souplesse. Il y a vraiment cette complémentarité entre déclarations de souplesse Oui, parce qu'en

SPEAKER_02

fait, si vous voulez, toutes les déclarations de soupçons servent en fait de matière première. Ce n'est pas nécessairement la déclaration de soupçons qui va être la clé de l'énigme, mais ce sera certainement un élément du puzzle qui, mis au regard d'autres informations issues d'autres sources, permettent parfois, souvent même, de comprendre quels sont les mécanismes à l'heure. Ça, c'est dans le cas il y a une volonté, si vous voulez, de bancarisation des fonds de la part des trafiquants. Mais encore une fois, ce n'est pas la règle.

SPEAKER_01

Quel est cet aspect complémentarité entre services de police et professionnels d'assurance il y a aussi l'aspect cross-border. Tu l'as évoqué au travers de tes explications. Ces typologies de branchement vont traverser plusieurs frontières, faire appel à différentes juridictions. Donc il y a cet aspect coopération internationale qui est absolument essentiel si on veut rassembler toutes les pièces du puzzle. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu du rôle d'Europol dans cette coopération

How Europol Enables Cross Border Cases

SPEAKER_01

internationale au niveau européen Qu'est-ce qui fait la force d'Europol aujourd'hui pour justement résoudre ces typologies cross-border

SPEAKER_02

Oui, en effet, la coopération internationale En fait, c'est souvent à l'occasion des conférences et des colloques sur le blanchiment ou des réunions d'experts. Il est rare que ces réunions ne se terminent pas par un appel à plus de coopération internationale. Alors là, j'ai une bonne nouvelle. La coopération internationale a lieu. Elle est en forme et elle est intense. Europol est vraiment le hub qui permet à tous les services répressifs européens et au-delà, puisqu'en fait, l'agence Europol regroupe évidemment les États membres de l'UE européenne, mais aussi une foule d'autres États avec lesquels des accords de coopération opérationnelle ont été signés. Je peux citer les États-Unis, le Canada, l'Australie, la Colombie, il y a une liste assez longue, et les organisations internationales telles qu'Interpol, etc. Et donc, tous ces membres échangent quotidiennement des milliers de messages sur une foule de sujets différents, dont le blanchiment, de manière à accélérer, faciliter et coordonner les activités dans chacun des pays, les enquêtes en cours, avec en plus de ça, une capacité de l'agence elle-même à apporter un soutien en analyse criminelle à ces dossiers, en expertise, mais aussi un soutien financier, de permettre aux gens de se rencontrer, de voyager, d'organiser des journées d'action. Il y en a organisées littéralement toutes les semaines, sur une foule de sujets. Et Europol, en fait, constitue de ce point de vue-là une agence tout à fait unique, parce qu'elle accueille également en son sein une population d'offices de liaison, dont je fais partie, représentant leurs états, et qui collectivement représente plus de 2000 services de de police, gendarmerie, douane, dans le monde. Et qui sont tous en résidence sur le même lieu. Ce qui fait que moi, par exemple, lorsque j'ai besoin de demander quelque chose à mon collègue ukrainien ou polonais, j'ai simplement à traverser le pouvoir pour aller le rencontrer, lui expliquer ma problématique et tenter de trouver avec lui des solutions qui, bien souvent, sont des solutions qui vont avoir à devenir judiciaires. Et là, nous avons juste de l'autre côté de la rue, à l'aile également, une autre agence européenne qui s'appelle Eurojust et qui, elle, regroupe, en fait, des représentants de l'autorité judiciaire, de la justice, des magistrats, encore des États membres européens et d'une série d'autres partenaires internationaux. Et donc, la coopération, la coordination qui est rendue possible à la fois par Europol et Eurojust aboutit à des succès vraiment flamboyants. Sky, ici, en gros tchat dont on parlait un peu avant, en sont deux excellents exemples puisque dans Sky, par exemple, on a associé plus de 30 pays à l'exploitation et à à l'utilisation des données collectées, lesquelles données représentaient quand même 1,5 milliard de messages interceptés, ce qui représente 37 ans si on passe une seconde à lire chacun des messages en exploitation. Vous comprenez que là, on a besoin de capacités analytiques pour pouvoir plonger dans cette donnée et en faire quelque chose. Quel cas, puisqu'on compte maintenant les arrestations par milliers dans ce dossier-là. Plus de 1 000 tonnes de drogues ont été saisies, plus d'un milliard d'euros, etc. C'est un succès phénoménaux entièrement coordonnées à Europol avec le soutien d'Auguste. Pour revenir sur Sky, en fait, au-delà de l'aspect massif de tout ça, ça nous a donné surtout un échantillon statistique. C'est-à-dire qu'il y a un avant et un après Sky dans la compréhension de l'échelle des risques. Et on comprend vraiment, après Sky, Encrochat et les autres plateformes, que vraiment, les opérations de compensation et le cash sont tout en haut de l'échelle. On ne retrouve pas nécessairement dans la compréhension générale du blanchiment notamment par le secteur réglementé, on ne retrouve pas toujours cette échelle de risque. C'est-à-dire que finalement, ces opérations cash, awala, on s'appelle du awala, la compensation, souvent sont prêtées un peu comme quelque chose de folklorique ou de local, ou une sorte de résurgence, de mécanisme ancien, etc. Il n'en est rien. C'est vraiment la méthode la plus employée. Et c'est vrai qu'il y a une tendance, dans le milieu de l'anti-blanchiment, à rechercher toujours de nouvelles tendances. C'est ce qu'on appelle les trends, parce qu'on est

The Trend Is No Trend

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très friands d'anglicisme dans le milieu. Un des grands enseignements de Sky, c'est ça, c'est que la trend, c'est qu'il n'y a pas de trend. C'est-à-dire qu'en fait, le gros des opérations, encore une fois pour le crime organisé, fonctionnent avec des systèmes qui sont utilisés depuis très longtemps, depuis des dizaines d'années. Je n'ose pas dire des centaines d'années, puisque le mécanisme employé, en fait, en réalité, a vu le lourd au Moyen-Âge. Pas pour du trafic de drogue à l'époque, mais tout simplement pour permettre des échanges internationaux sans se promener avec de l'argent. sur soi et se faire attaquer sur les routes donc il fallait donc être capable de consigner une somme dans un pays donné pour lorsqu'on arrive dans le pays de destination récupérer une somme identique dans le cadre d'un réseau commercial et on retrouve exactement la même chose aujourd'hui dans le cadre des transactions criminelles puisque la dimension commerciale apparaît elle aussi puisque les différents courtiers on comprend bien qu'il y en a un qui va récupérer de l'argent beaucoup et puis un autre du même réseau qui va devoir en donner il faut bien que les comptes s'équilibrent Et là, je ne voudrais pas ouvrir un chapitre qui nous prendrait encore une heure ou deux pour en faire le tour, mais en gros, une bonne partie des opérations dites de blanchiment par opération commerciale, le fameux trade-based money laundering, est le fait, en réalité, non pas des trafiquants ou des criminels, mais des blanchisseurs eux-mêmes, des courtiers, qui le mettent en œuvre pour leurs propres besoins, à la fois pour équilibrer leurs comptes, mais aussi pour prépositionner des fonds dans différents pays qui pourront être mis à disposition et parfois mis à disposition tout propre, puisqu'ils seront au résultat d'opérations commerciales qu'on pourra documenter.

SPEAKER_01

Mais alors, la question que je me pose en tenant tes explications, c'est alors, est-ce que c'est parce que le système financier traditionnel, les assujettis, sont trop efficaces dans la réalisation des obligations de vigilance, dans leur contrôle, que les groupes de primétaires organisés restent en dehors Ou est-ce que c'est au contraire que finalement il n'a jamais été nécessaire pour eux de se réinventer puisque, comme tu le disais, les vieux schémas continuent de fonctionner

SPEAKER_02

Les deux, parce que, déjà, il faut quand même, une fois pour toutes, arriver à se convaincre qu'à la fois les criminels et les blanchisseurs, auxquels ils font appel, sont quand même des individus rationnels. C'est-à-dire que si vous claironnez à longueur de journée que tout est surveillé, que la moindre transaction fera l'objet d'une déclaration de soupçon, etc., etc., et que vous rendez, en fait, effectivement très difficile l'utilisation des canaux formels, les chances qu'ils se jettent tête baissée sont quand même faibles. Les chances qu'ils s'assoient par terre en se disant « Mon Dieu, c'est vraiment trop compliqué, le formulaire KYC est vraiment trop dur, j'abandonne la criminalité et son aussi assez faibles, puisqu'évidemment, si on se fixe comme objectif la fin du blanchiment, il faut se fixer pour objectif la fin de la criminalité, puisque le blanchiment n'en est que la conséquence. Or, on entend parfois un discours quand même très flamboyant, très guerrier, qui vise la disparition du blanchiment. Ce serait effectivement une excellente chose, mais ça suppose la disparition de la criminalité elle-même. Donc, c'est un programme quand même ambitieux. On leur complique la vie, et c'est très bien. Je crois qu'une des principales missions de la réglementation, ou évidemment, ce que je décrivais, c'est-à-dire permettre de détecter un certain nombre de de mouvements qui, isolément, ne sont pas nécessairement très parlants, mais inclus dans un ensemble le plus important dans le cadre dans lequel les judiciaires prennent tout leur sens. Ça sert aussi beaucoup à protéger l'institution elle-même. On le voit bien, on protège le système formel. Bon, il passe effectivement à côté. Il passe d'autant plus à côté qu'encore une fois, les moyens pour le faire préexistaient même à la Banque de Suède. Donc, ce n'est pas quelque chose qui a été inventé pour trouver une parade. C'était déjà là, c'est toujours là. Et d'ailleurs, ces réseaux de compensation internationaux font transiter des sommes très importantes provenant d'activités parfaitement légales

Derisking And Financial Exclusion

SPEAKER_02

et qui d'ailleurs de manière assez ironique sont même amplifiées encore par la lutte anti-blanchiment elle-même puisque ça génère du dérisking qui va finalement empêcher un certain nombre de gens d'accéder au système financier alors même qu'ils auraient pu y accéder puisqu'ils ne sont pas trafiquants du tout et qui ont des besoins notamment de transfert de fonds etc. qui sont là, qui existent et donc il y a tout un tas de gens. Si vous êtes en Afghanistan aujourd'hui ou dans des pays réputés à juste titre à risque, alors c'est beaucoup plus difficile pour vous de faire des opérations, des transactions internationales. Et vous risquez fort de vous retrouver dans le système informel parce qu'en fait, c'est le seul système qui vous est

SPEAKER_01

ouvert. Oui, ça a très beau point. On commence à le voir, en tout cas, c'est mon regard, dans les publications du DFI et autres, cette préoccupation de l'externalité négative des obligations LCBFT qui conduit à du dérisquement et qui, finalement, aboutit à des problèmes d'exclusion financière. C'est vraiment l'effet extrême de cette

SPEAKER_02

préoccupation. Ça explique sans doute, d'ailleurs, le fait que beaucoup des awaladars, des courtiers les plus importants du marché parallèle, sont d'origine pakistanaise, ou en tout cas du sous-continent indien ou malin-orientaux. Pourquoi Parce qu'en plus, eux ont accès à toute une diaspora extrêmement importante, qui ne commet aucun crime, mais qui par contre ne dispose pas de comptes bancaires, etc., sont répartis aux quatre coins du monde, sont souvent payés eux-mêmes en espèces s'ils travaillent dans le Golfe, par exemple, et ont constamment besoin d'expédier vers leur famille des sommes assez modestes, mais qui, multipliées par le nombre d'individus, finissent par faire des montagnes d'armes argent, lesquelles montagnes d'argent se trouvent prépositionnées exactement les trafiquants en ont besoin et vont donc pouvoir organiser des swaps entre l'argent de ces gens-là et les sommes qui sont dans les zones de commission des infractions.

SPEAKER_01

C'est très intéressant. On voit le côté opportunistique et pragmatique de ces réseaux-là. Je te propose peut-être une petite réflexion de conclusion. Alors, tu l'as dit tout à l'heure, on ne peut pas, si on est réaliste, ambitionner de supprimer

Realistic Goals And Risk Based Focus

SPEAKER_01

complètement le blanchiment. Ce n'est pas de D'un autre côté, tu as évoqué le chiffre de 2 à 5% du PIB mondial comme étant l'estimation des flux financiers illicites. Le montant des saisies, recouvrements d'avoirs criminels est autour de 1%, si je me réfère aux publications récentes du côté Europol. Je crois que ces estimations sont assez stables sur les flux financiers des sites, les taux de recouvrement, etc. Entre les deux extrêmes, entre ces évaluations faramineuses des flux financiers des sites, entre l'objectif naïf de supprimer complètement le blanchiment, quels sont des objectifs réalistes En tant qu'industrie, comment

SPEAKER_02

est-ce qu'on... On en revient toujours à la même chose, c'est-à-dire le risk-based, mais le vrai, pas celui pour chercher la dernière trend et avoir l'air malin. Tu le soulignes, le montant des avoirs saisis reste stable en pourcentage. C'est un fait. Il faut quand même distinguer, les montants saisis ne disent rien des organisations démantelées. En fait, on arrête beaucoup, on démantèle énormément, on voit tous les jours des affaires d'ampleur, etc. Mais on saisit peu. C'est vrai qu'on saisit peu. En fait, on saisit 2% et on confisque 1 à peu près. Et c'est la même chose partout. Je pense que cette stabilité que tu évoques devrait nous amener collectivement à réfléchir. Si depuis 40 ans, les chiffres restent les mêmes, alors même que dans le même temps, on a constitué de multiples agences On a donné de très nombreuses recommandations, on se met à jour constamment, on ne cesse d'augmenter les normes, etc. Et à l'arrivée, les saisies d'avoirs criminels sont toujours au même niveau, extrêmement faibles. Ça devrait entraîner une prise de conscience. Il est possible qu'en fait, on tape à côté un peu, parce que sinon, ça devrait augmenter. Et surtout, ça crée une deuxième chose, c'est que quand vous êtes, si vous vous placez du point de vue des blanchisseurs, ce que les gens font rarement, on se place souvent du côté du régulateur, de la police, du responsable de conformité, mais mettons-nous cinq minutes dans les chaussures d'un blanchisseur, ok. Je suis blanchisseur international. On me saisit 1% de mes fonds tous les ans. Mon taux de satisfaction client, c'est 100%, puisque quand on me prend de l'argent, je paye quoi qu'il arrive, puisque c'est dans le contrat. On a pas eu l'occasion d'en parler, mais les contrats de blanchiment sont tous rédigés dans les mêmes termes, entre guillemets. Il n'y a pas de papier. Quoique, dans le milieu, on appelle ça un papier, précisément, alors

SPEAKER_01

qu'il n'y en a pas. Il y a la garantie de bonne fin Il y a la

SPEAKER_02

garantie. C'est-à-dire qu'en fait, même dans le milieu, on appelle ça une amana, l'argent. C'est la chose confiée. Ça fait référence aux droits islamiques. En gros, du moment vous avez récupéré l'argent, quand vous avez récupéré l'argent, vous êtes le courtier, vous en êtes responsable sur vos propres deniers. C'est-à-dire que l'idée, c'est de donner le plus vite possible l'argent à quelqu'un qui en devient responsable. Après, quoi qu'il arrive, vol, saisie, perte, etc., peu importe, le client sera payé. Il sera d'autant plus payé que dans ce milieu-là, en fait, rien n'est plus important que la réputation. Si vous avez une mauvaise réputation, vous n'avez plus de client, vous n'avez plus de commission et ça s'arrête. Sans parler des risques encourus avec les clients, mais tout le temps. Mais du coup, 100% de clients satisfaits, 99% de réussite, 1% de pertes et profits, c'est aussi une des raisons pour laquelle la diversification dans les cryptos va mettre du temps. C'est-à-dire que vous changez si vous cherchez à résoudre un problème. Il n'y a pas d'incitation très forte à modifier des modes de fonctionnement qui fonctionnent quand même sans trop de difficultés depuis très longtemps, alors que vous n'êtes pas poussé à le faire. C'est pour ça, en fait, qu'on retrouve de l'argent liquide dans 100% des dossiers et des cryptos de temps en temps, parfois beaucoup de cryptos, etc. Et d'ailleurs, quand on en trouve, je reviens un peu sur la crypto, mais c'est bien souvent, en fait, le fruit des qu'on crie, c'est-à-dire qu'on blanchit de la crypto plutôt qu'avec la crypto. Et les gens qui détiennent ces cryptos appréhendés illégalement, en fait, cherchent plutôt à repartir en cash. Et là, on va retrouver à nouveau des swaps, cette fois-ci cash contre crypto, le but du jeu étant précisément de décaisser la crypto. Et donc, pour revenir à l'univers cash dont je parle depuis le début de notre conversation. Voilà. Donc, pour revenir à cette question de qu'est-ce qu'on pourrait faire mieux, je pense que ce qu'on pourrait faire mieux, c'est admettre qu'il y a une bonne partie des opérations qui se déroulent en dehors du système formel, comprendre que ce n'est pas parce que c'est en dehors du système formel qu'il n'y a pas de lien avec ce système. Être capable d'avoir aussi une vue sur qui sont les clients des courtiers, qui sont les courtiers, quelles sont leurs problématiques et leurs propres enjeux plutôt que de s'intéresser toujours aux nôtres et à ceux des banques ou des différents assujettis. C'est-à-dire que ça me paraît quand même assez difficile d'être efficace dans la lutte contre le blanchiment si on prend le blanchiment comme un objet à part. Alors je sais bien et on a beaucoup de chance d'ailleurs que c'est une infraction autonome désormais avec beaucoup de succès. N'empêche qu'elle est quand même reliée à des agissements. Et ça me paraît difficile, et à mon avis pas souhaitable, de prétendre lutter contre le blanchiment en ignorant absolument tout, par exemple, de l'économie, du trafic de drogue, du trafic d'êtres humains, du proclésisme, etc. Parce que ce ne sont pas les mêmes acteurs, avec pas les mêmes enjeux, pas les mêmes secteurs, etc. Et enfin aussi, comprendre quels sont leurs besoins, plutôt que de nous interroger sur les nôtres. J'affirme, et je suis en mesure de le faire, ce n'est pas mon opinion, c'est la conclusion de l'observation précisément de ces dossiers qu'on a évoqués, qui sont massifs. La demande principale, je vais m'organiser, c'est une demande de distanciation. On veut que l'argent soit mis à l'abri. Ce n'est pas une demande de justification. C'est-à-dire qu'un système de lutte contre le blanchiment qui se focaliserait exclusivement sur la détection de systèmes de justification est voué à l'échec. Puisque la demande, ce n'est pas ça. La demande, c'est le déplacement. La justification interviendra sans doute sur une partie plus tard ailleurs. Et l'autre truc, c'est que ce n'est pas parce qu'on a une activité criminelle en France qu'on est contraint de se faire payer en France. Et ça, c'est un vrai problème dans la lutte contre le blanchiment, c'est-à-dire que vous pouvez parfaitement habiter à Guayaquil, vous faire payer à Dubaï pour un client à Singapour qui importe en France. Et du coup, toutes les solutions vraiment purement nationales, du type le cash est un problème, interdisons le cash, ne pourraient fonctionner que si tout le monde abandonnait le cash en même temps. Or, et il faut le rappeler, on vit sur une planète les paiements cash sont encore majoritaires. Il ne faut pas projeter, encore une fois, nos modes de fonctionnement sur le monde entier. Et voilà, donc si on prend tout ça en compte, et qu'on coopère bien tous entre nous. Ma foi, probablement les chiffres des saisies augmenteront, mais d'ores et déjà, la coopération internationale permet de démanteler des équipes extrêmement structurées avec une emprise importante d'une façon et à un rythme qu'on n'a pas connu, qu'on ne connaissait pas avant. Donc, ça fonctionne déjà

SPEAKER_01

assez bien. Ok. Je reviens quand même sur le début de ton propos qui est de vraiment comprendre les écosystèmes criminels, parce que l'approche par les risques, ce n'est pas juste de la théorie, mais qu'il faut comprendre ce qu'on recherche

SPEAKER_02

finalement. Je lisais un rapport intéressant du GAFI sur le financement du terrorisme. C'est un rapport de juillet 2025. Dans ce rapport, à juste titre, le GAFI souligne que dans tous les pays étudiés, les pays du Sahel, etc., 90% des transactions liées au financement du terrorisme étaient effectivement en cash. C'est quand même très intéressant. Je me réjouissais de le lire, parce qu'on le voit rarement, puisque souvent, quand il y a des questions de financement du terrorisme, on aime parler justement de crypto, etc. Dans les faits, c'est du cash. Mais déception, parce qu'en octobre 2025, je m'aperçois que même le mot Awala n'apparaît nulle part, il est au fin fond d'un lexique en page 136, et les systèmes de compensation sont classés dans la rubrique sur les opérateurs

SPEAKER_01

militants.

SPEAKER_02

Mais du coup, on met avec Western Union les Awaladas, avec en plus comme recommandation de bien vouloir se déclarer auprès des autorités. Je ne suis pas certain que les blanchisseurs internationaux se bousculent au portillon pour le

SPEAKER_01

faire. De la même façon que les fraudeurs doivent accepter les les coups de

SPEAKER_02

tise. Voilà, c'est ça. Et c'est cette vision-là, en fait, qui peut-être pose problème. Et ce n'est pas un manque de connaissances, parce que chacun a parfaitement conscience. Mais c'est simplement que c'est peut-être plus facile de réguler ce qui est

SPEAKER_01

régulable. Et effectivement, la conclusion

Closing Thoughts And Resources

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qui s'impose. Mais en tout cas, je pense qu'on peut aussi, j'en profite en tout cas, pour inviter nos auditeurs pour continuer à parfaire leur connaissance des mécanismes opérationnels de blanchiment, à lire ton livre, Argent sale, la traque. Ce ne sera pas du temps perdu. Ce ne sera pas du temps perdu. C'est très concret et ça permet mais je pense de bien comprendre les mécanismes et d'aider à comprendre pourquoi les contrôles sont faits tels qu'ils sont faits et à terme être plus efficace dans les dispositifs de détection. Quentin, je te remercie beaucoup d'avoir pris le temps de partager ton expertise et ta vision sur les schémas de blanchiment.

SPEAKER_02

Un grand merci à toi aussi.

SPEAKER_01

Et merci à tous de nous avoir écoutés.

SPEAKER_00

A tous nos auditeurs, merci de nous avoir écoutés. Nous vous retrouvons prochainement pour un nouvel épisode de Rectac Pulse. Vous pouvez retrouver nos épisodes précédents sur notre site internet risk.lexisnexis.com slash global slash fr.

UNKNOWN

A bientôt