Voix de Flic

S2E7 La hiérarchie à la police, entre problème et solution

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Dans cet épisode de Voix de Flic, on parle d’un sujet sensible mais central dans le métier : la hiérarchie policière.

Déconnexion du terrain, absence de prise de décision, culture du parapluie, dossiers disciplinaires à répétition, manque de soutien quand les décisions sont pourtant justes…
Beaucoup de policiers ont le sentiment de se battre sur deux fronts : la rue, et leur propre institution.

Sans règlement de comptes, sans caricature, cet épisode met des mots sur une réalité vécue par de nombreux policiers :
 👉 la démotivation,
 👉 la peur de prendre des initiatives,
 👉 et l’impact d’un mauvais leadership sur le terrain.

Un épisode honnête, nuancé et ancré dans le réel, pour mieux comprendre ce qui use silencieusement celles et ceux qui portent l’uniforme.

🎧 À écouter si vous êtes policier, proche d’un policier, ou simplement curieux de comprendre l’envers du décor.

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Bonjour à tous et à tous. Bienvenue dans voix flic. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet délicat, un sujet sensible, un sujet qui fait souvent lever les yeux au ciel dans les vestiaires qui alimente des discussions interminables en fin de nuit, mais que très peu osent aborder publiquement. Aujourd'hui, on va parler de la hiérarchie policière et plus précisément des dérives de la hiérarchie policière. Alors je le dis tout de suite clairement calmement, ce podcast n'est pas un règlement de compte, ce n'est pas toute la hiérarchie et ce n'est certainement pas un appel à la rébellion. J'ai connu et je connais encore d'excellents chefs, des gens compétents, courageux, humains présents. Mais il y a aussi une réalité que beaucoup de policiers vivent et qui use qui fatigue, qui desmotive profondément une réalité. Ou parfois on n'a plus peur de sa hiérarchie que de la situation à laquelle on fait face sur le terrain. Et ça, c'est pas normal. Les problèmes avec la hiérarchie, c'est quoi? Exactement quand on parle des problèmes de hiérarchie dans la police, on mélange souvent tout. Alors faisons simple le premier problème, c'est la déconnexion du terrain. On se retrouve parfois avec des officiers qui n'ont plus mis un pied sur le terrain depuis 10, 15, parfois 20 ans, Voir pire, à mon sens, avec des officiers qui sont entrés directement à ce niveau là et qui n'ont jamais connu réellement le terrain. Ils connaissent les procédures, ils connaissent les circulaires, ils connaissent ses tableaux Excel, mais le terrain, la vraie vie policière, celle qui est floue, sale, imparfaite et imprévisible. Ils ils ne la connaissent plus. Et le problème, c'est pas qu'ils ne la connaissent pas. Le problème, c'est qu'ils prennent quand même des décisions pour ceux qui y sont confrontés. Le deuxième problème, c'est hiérarchie qui ne décide plus ou plutôt qui ne décide plus quand ça devient compliqué. La hiérarchie aime bien les avantages, le salaire, le grade, le statut, la reconnaissance, mais dès que la situation devient risqué, juridiquement médiatique ou politiquement, on voit apparaître un objet bien connu dans la police. Ça s'appelle le parapluie, le parapluie de la hiérarchie, c'est pas juste une expression. C'est une stratégie. L'idée est simple, faire en sorte que si ça tourne mal, la responsabilité ruisselle vers le bas vers ceux qui étaient sur le terrain. Un exemple très concret et vécu personnellement. Quand on faisait des actions en civils, la hiérarchie nous demandait de porter le gilet par balle civile. La consigne était écrite par mail en gras, dans le mail, souligné en rouge. Alors sur le papier, c'est logique dans un bureau climatisé, ça a du sens, sauf que sur le terrain, quand il fait 25 ou 30 degrés et que tout le monde est en short et anti shirt et que toi t'as une épaisseur de quatre à cinq centimètres sous ton t-shirt. Te cramer à 200 kilomètres. Tout le monde voit bien que t flics, t'as un gilet par balle en dessous de ton t-shirt. Il ne faut pas être complètement idiot. Et donc le résultat c'est soit tu respectes la consigne de la hiérarchie et tu flins complètement l'efficacité opérationnelle. Soit tu fais ton boulot correctement, mais si quelque chose arrive, la hiérarchie pourra dire regardez, ils n'avaient qu'à mettre leur gilet par balles. D'ailleurs, on leur a rappelé dans un mail en gras, souligné en rouge qu'il fallait bien qu'ils mette leur gilets par balle. Évidemment là, ce n'est pas de la prévention, c'est de la protection de la part de la hiérarchie. Je peux vous citer d'autres exemples, l'usage de la force, les tire, les décisions difficiles dans des situations où le policier fait exactement ce qu'il faut. C'est légal, c'est prévu. C'est just justifié. Et pourtant. Parfois on se retrouve avec des notes de fonctionnement, des rapports, des défenses à devoir présenter du stress des nuits blanches, même quand on a bien fait, on doit se battre après coup. Et au final, certes, la note hiérarchique qui nous était faite est retirée. Le dossier tombe à l'eau, mais l'énergie, le stress, la demotivation, eux, ils restent alors. Comprenez moi bien l'idée ici, ce n'est pas d'avoir une impunité pour les policiers si on fait quelque chose et qu'on est sujet à une enquête de la part du contrôle interne, tout à fait pas de problème. Mais par contre, si c'est notre propre hiérarchie qui n'est pas du contrôle interne qui pour laver plus blanc que blanc, prend des sanctions ou nous met en cause ou ne nous soutient pas. Alors qu'il n'y avait pas de raison de ne pas nous soutenir. Évidemment, ça fatigue énormément. Et c'est là qu'on touche à quelque chose de fondamental. C'est qu'aujourd'hui beaucoup de policiers ont le sentiment de se battre sur deux fronts. Le premier front, c'est la rue, les interventions, les suspects, la violence, l'urgence, la responsabilité pénale, et ça, on l'accepte. C'est le métier. Mais le deuxième front, c'est sa propre hiérarchie. La peur du dossier disciplinaire, la peur d'être lâché, la peur d'être le fusible parfait pour calmer l'opinion publique ou les médias. Alors certains commencent à se dire pourquoi prendre des initiatives? Pourquoi intervenir? Alors pourquoi prendre des risques si personne derrière ne me soutiendra bien entendu quand je suis dans mes droits, mais si personne ne me soutiendra et ne me dira ok, t'as pris des risques? T'as essayé ce que tu as fait n'est pas parfait. Mais par contre, je soutiens parce que l'idée était bonne. Et parce que tu as pris tes responsabilités que tu as aidé quelqu'un. Et c'est comme ça, évidemment qu'on crée une police défensive, pas par fainéantise, pas par manque de vocation, mais par instinct de survie. Dégâts dans la rue. S'ils disent à chaque fois que je vais faire un contrôle, je vais devoir me faire auditionner par le contrôle interne ou ma hiérarchie va dire tu fais beaucoup de contrôle. C'est pas très sain. On fait juste plus de contrôle et c'est comme ça un peu pour tous les aspects du métier. Le management policier, c'est un vrai problème structurel. Attention, ce problème n'est pas propre qu'à la police, mais dans la police, il est amplifié. Pourquoi parce que beaucoup de managers policiers ne sont pas formés au management. Il n'y a pas de vraie formation continue, pas de remise en question obligatoire, pas de suivi. Le résultat, c'est qu'on a des petits chefs, beaucoup de micromanagement et beaucoup d'egos des gens qui veulent que tout soit fait exactement comme eux. Même quand cette chance. Absolument rien en résultat final. Et je le répète, il y a d'excellents chefs, mais le système aujourd'hui ne favorise pas leur émergence. Ils favorisent les profils prudents, lisses, sans vagues. Il y a un vrai cas d'école à réfléchir au niveau de la sélection de nos officiers. Aujourd'hui, la sélection se fait sur concours. Donc le but pour devenir officier aujourd'hui, c'est de connaître énormément de matière et d'être un peu un rat de bibliothèque. Vous avez bien pensé vos syllabus. Vous les connaissez par coeur, vous réussissez l'examen, mais malheureusement, la police, c'est pas un concours qui sait le plus sur le terrain. Évidemment, on doit connaître ses bases d'égales on doit connaître la loi, mais ce n'est pas ça qui fera de vous un bon flic ou un mauvais flic. Il y a des flics qui connaissent toutes les procédures sur le bout des ongles et qui, sur le terrain, sont tout à fait inadaptés. Et c'est la même chose pour les officiers. Il y a des officiers qui sont des bibles et des encyclopédies vivantes, mais qui ne savent pas donner de briefing qui ne savent pas inspirer qui ne savent pas défendre leurs hommes. Et donc, du coup, il y a probablement un grand travail à faire sur comment on sélectionne les leaders policiers. Aujourd'hui, on ne sélectionne pas des leaders, on sélectionne des singes savants. Alors évidemment, parfois il y a des sings savants qui sont d'excellents leaders. L'un n'est pas forcément antinomique, mais par contre, le leadership n'est clairement pas pris en compte à sa juste valeur dans la procédure de sélection. Les conséquences de tout ce que j'ai viens de vous citer. Elles sont connues, c'est la demotivation, le cynisme, le désengagement, le burnout, le départ prématuré, on le dit rarement, mais on ne quitte pas la police à cause de la rue. On quitte la police à cause de ce qu'il y a au-dessus à cause du contexte médiatique à cause des problèmes psychologiques. Mais pas parce qu'on n'aime plus être en contact des gens et qu'on n'aime pas du jour au lendemain résoudre des problèmes hiérarchiques, etc, etc. Qui font qu'un jour la corde seront. La hiérarchie est bien entendu nécessaire. L'autorité est indispensable, mais hiérarchie doit assumer, protéger quand c'est juste être présente quand ça chauffe un bon chef, c'est pas celui qui prend jamais de risques. C'est celui qui les prend avec ses équipes. Un bon chef. Il met pas un parapluie au-dessus de sa tête. Il prend la pluie avec sa tim. J'espère que ce podcast pourra lancer des pistes de réflexion par rapport à votre hiérarchie et par rapport à la relation avec laquelle vous avez. Si vous êtes officier. J'espère aussi que ça pourra vous lancer des pistes de réflexion pour vous améliorer. Merci de m'avoir écouté. Prenez soin de vous et à bientôt.