Voix de Flic
La police, un sujet abordé par l'ensemble de la population et sur lequel le monde entier possède un avis sur son action, sur ses interventions : de l'homme politique au citoyen lambda.
La seule voix que vous n'entendez jamais ? Les policiers eux-même.
Il est temps de changer cela.
Voix de Flic est un podcast qui donne la parole aux policiers de terrain afin de vous donner les éléments d'informations nécessaires à vous faire votre propre avis sur la question policière et à prendre du recul sur la situation.
Voix de Flic
S2E9 Pourquoi parler de santé mentale à la police ?
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Bonjour à tous. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet qui, dans la police, on va être aide, est encore un peu tabou. J'ai nommé la santé mentale, alors quand je parle de santé mentale, il ne s'agit évidemment pas de la santé mentale, version Instagram, où on vous vend qu'il faut aller faire des câlins aux arbres, crier en forêt et faire du yoga. Moi, je vais vous parler de santé mentale adaptée au terrain je vais. Clair dès le départ. Dans notre culture, on n'est vraiment pas bon avec la santé mentale, on est très bons pour encaisser. On est très bon pour serrer les dents et on est très bon pour faire comme si tout allait bien ça. On est les champions du monde à court terme. Ça fonctionne. On part d'une intervention qui nous a chamboulé, on serre les dents. On est capable de fonctionner pour faire la seconde. Mais à long terme, ça laisse des traces. J'ai vous parler aujourd'hui de cette fameuse armure du policier parce qu'on en a tous. Une et elle est utile. Bien entendu, elle est nécessaire. Elle nous protège, mais personne ne nous explique qu'une armure. Ça peut aussi devenir une prison et qu'elle doit s'entretenir, qu'on doit apprendre à l'enlever et que si on accumule les impacts sans jamais réparer, elle finit par tomber en éclats et on tombe avec. Pour commencer, je vais vous raconter un peu une petite histoire personnelle. C'est au bout de trois ou quatre ans de police. On m'a fait une remarque. On m'a dit avait été devenu beaucoup plus tranchant dans tes avis sur le moment, je n'ai pas compris. Mais en fait, c'était assez vrai. J'étais devenu binaire, donc je pensais en noir, au blanc, il n'y avait plus de gris, il n'y avait plus de nuances. Ma perception de la violence avait changé des choses qui choquaient mes proches ne me faisaient plus grand chose. Parfois, je rentrais du boulot et j'expliquais des histoires. Des histoires avec des yeux arrachés avec des membres découpés. Et les gens me regardaient en me disant mais il est complètement fou ce gars. Alors que voilà professionnellement parlant pour moi et pour mes collègues, c'est quelque chose d'intéressant. C'est comme quand un docteur qui fait surtout des cancers, il vous parle d'un cancer hyper agressif qui est hyper intéressant, professionnellement parlant pour la victime, évidemment, le cancer. C'est vraiment horrible, mais pour le professionnel du cancer, avoir une forme rare de cancer, c'est un challenge professionnel. On est bien d'accord que ça reste horrible pour la victime et en fait, les policiers. On a exactement la même chose, c' qu'on a des challenges professionnels dont on parle et qui sont en complète déconnexion avec ce que les gens vivent. Et donc ces choses qui choquaient mes proches à moi, elle me faisait plus grand chose parce qu'en fait, on est devenu habitué. Et surtout, je pensais tout le temps au boulot. Je pouvais être en voiture avec des potes ou avec ma copine de l'époque, voir une situation suspecte et boum. Analyse instantanée. Je mémoriser la plaque scénario mental si j'étais en service. J'offrais ça à alors oui. Tous les policiers sont câblés comme ça. Ça c'est sûr et certain. On reste policier 24 h sur 24, sept jours sur sept, mais moi, je ne déconnecté jamais un peu. Jamais vraiment déconnecté. Et ça, c'est un problème parce qu'après les nuits ou même certains chiffres lourds, je rentrais chez moi, j'étais complètement à chasse. J'étais apathique, silencieux, éteint. J'étais pas malheureux. Je n'étais pas en dépression. J'étais juste vidé. Et du coup, je recevais des reproches. Tu n'es plus vraiment là. Tu es ailleurs. Tu es devenu dur. Tu es devenu insensible. Et au début, je comprenais pas trop, puis comme j'ai quand même reçu des retours un peu à droite à gauche, mais c'est là que j'ai commencé à me poser des questions donc je me suis renseigné, j'ai lu des ouvrages et je suis tombé sur des travaux scientifiques qui décrivaient exactement ce que j'y vais. L'hyper vigilance chronique la polarisation cognitive, la insensibilisation à la violence, le burn out empathique l'apathie, pas shift et là. En fait, je suis tombé de ma chaise parce qu'en fait tout était écrit. Tout est connu, documenté, scientifiquement étudié. Et donc c'est assez rassurant parce que ce n'était pas moi qui changeais bizarrement, c'est mon cerveau qui s'adaptait à un environnement violent et imprévisible. Mais ce qui m'a le plus choqué, c'est que personne ne nous en a parlé. On nous apprend à survivre physiquement. On nous apprend à tirer, à maîtriser des individus violents, à sécuriser des scènes, à se battre, à intervenir, à faire des fouilles bâtiments ou on laisse pas trop dépasser notre corps pour éviter de se faire tirer dessus. Ça. Oui, on nous apprend, mais par contre, mentalement, celle silence, radio et moi, j'ai eu de la chance parce que j'ai eu le temps de lire. J'ai eu l'accès aux bons ouvrages. J'ai pu comprendre. Mais combien n'ont pas ce temps? Combien de collègues ont deux ou trois enfants des chiffres en veux? Tu en voilà de la fatigue et quand ils rendent chez eux, ils se disent pas, tiens, je vais lire un livre sur l'hyper vigilance policière. Ils se mettent devant la télé ou ils font d'autres choses. Et le problème, c'est que moi, j'ai vu beaucoup de collègues qui se sont éteints au bout de x années de métiers et je pense. Tous les professionnels des services d'intervention d'urgence, que vous soyez pompiers, ambulanciers urgent, ils garder de prison ou policier, mais en fait, vous pouvez vous rattacher à des éléments que j'ai de citer. Et surtout, vous pouvez citer des collègues qui se sont éteints au fur et à mesure de leur carrière qui sont devenus aigris cyniques, qui étaient probablement des excellents flics avant et qui, en fait, sont devenus des gens qui ne sont plus fonctionnels au niveau de la police, tout simplement parce qu'ils n'ont jamais réussi à gérer tout ça. Et je pense qu'on est beaucoup dans cette seconde catégorie et peu dans la première catégorie. Et donc, voilà moi, j'ai vu des excellents flics qui étaient compétents, intelligents, solides en intervention sur 10 disant ils ont périclité devenir cyniques, blasés. Ils étaient éteints au bout de leur vie professionnelle en fait. Et parfois. Au bout de leur vie tout court. Et ça, on n'en parle pas parce que ça dérange l'image. Ça dérange l'image de la police. Ça démange. Ça dérange aussi l'image qu'on se fait de nous. Mêmes, des gars sûrs, des gars durs, des gars qui sont prêts à affronter n'importe quoi. Mais le problème, c'est que cette image qu'on a protège personne le silence lui. Par contre, il nous abîme. On a un peu cette culture du mal alpha et le mythe de la solidité permanente. Soyons honnêtes. Dans la police, il y a encore cette culture très forte du ça va aller, il faut serrer les dents, faut pas être fragile à court terme. C'est très efficace. Ça permet de finir le shift, de rester opérationnel, de ne pas lâcher son coéquipier. Donc c'est hyper important de continuer à avoir cette culture là, mais il faut une culture en plus la culture du long terme, parce que ce qu'on appelle être fort. C'est souvent juste enterré. On enterre la scène, on enterre l'odeur parce que pour tous ceux qui travaillent dans le milieu, je pense qu'on sera tous d'accord pour dire que l'odeur est le pire. On peut voir des choses, mais les sentir, ça pénètre en nous l'odeur d'un cadavre, l'odeur du brûlé. Je ferme la parenthèse. On enterre aussi ce gamin qu'on n'a pas pu sauver. On enterre la violence qu'on a vu qu'on a entendu qu'on a subie et on continue mais enterré. C'est pas traité. On peut l'enterrer pour survivre à court terme. Mais on le stocke au final et le stock, il finit toujours par déborder. Pas forcément en crise spectaculaire, mais ça devient de l'irritabilité chronique, une vision du monde qui est noircie, perte de l'empathie, de l'isolement, des addictions, parfois, ou un effondrement parfois brutal. L'armure en général, elle se casse pas d'un coup, elle s'use petit à petit parce qu'aujourd'hui si on devient un policier à 20 ans, même 25 ans et qu'on fait 40 ans de métier, c'est impossible de voir tout ce qu'on voit et de ne pas s'user. Alors il y a le décalage, évidemment, maison, boulot. Et là je m'adresse un peu au conjoint. Quand le policier y rentre au travail, il était vif, drôle, concentré. Et quand il rentre, il devient silencieux. Il s'affale, il regarde un écran. Il ne parle pas honnêtement, c'est pas du mépris, c'est pas du désamour. C'est un cerveau qui redescend. Évidemment si personne ne l'explique, ça crée des incompréhensions. Et à long terme, ça crée des fractures. Comprendre le mécanisme change tout ça s'appelle hyper vigilant. J'ai fait un podcast dédié uniquement à ça. Je vous y renvoie. Mais vraiment, c'est le si vous ne devez retenir qu'un seul, une seule chose à traiter au niveau de votre santé mentale, c'est celle là. Il y a une responsabilité institutionnelle. Et là je vais être lucide. L'institution, elle ne peut pas se contenter de slogans de vous. Êtes formidable. On vous soutient. Déjà quand ils font des slogans et déjà pas mal. Je suis un peu dur avec eux. Je pense que c'est justifié, mais tout ça, ça ne suffit pas. Ce qu'il faut, c'est parler de santé mentale dès l'académie, expliquer les mécanismes avant qu'ils ne frappent former les chefs à repérer l'usure, normaliser les debriefing psychologiques et créer des dispositifs crédibles discrets. Non non. Stigmatisant d'accompagnement, pas des campagnes marketing émotionnelles du concret parce que la solution. Elle ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté individuelle. Elle ne peut pas reposer uniquement sur des gars qui se renseignent après leurs chiffres qui lisent des livres qui regardent des podcasts. Non, ça c'est pas possible. Il doit y avoir une réponse institutionnelle. L'institution est responsable aussi de notre santé mentale. Évidemment, c'est à nous de tout mettre en œuvre pour assurer notre santé physique et notre santé mentale. Ça en est bien, d'accord, mais l'institution. Elle doit nous nous donner des armes pour lutter qui accepterait de travailler si demain on lui disait ton arme de service. En fait, c'est toi qui dois l'acheter et et achète ce que tu veux. Non, ça fonctionne pas comme ça et pour la santé mentale. Pour l'instant, c'est un peu le cas de figure. On y est comme on dit rien, on n'est pas préparé. On nous envoie un peu au casse pipe. Alors vous pourriez vous demander, mais pourquoi, en fait, est ce quand en parler, ça change réellement les choses. Parler de santé mentale, c'est pas se plaindre ça. C'est vraiment vital à comprendre. Ce n'est pas se plaindre à la police. On se plaint pas beaucoup. Alors oui, on râle. On n'est pas assez payé. On râle. Les horaires sont trop longs, mais ça, c'est de la raserie de bonne guerre. On va dire c'est comme ça, mais par contre, pour les choses importantes comme la santé physique et la santé mentale, on se plain pas parce qu'on se dit que ça fait partie de la mission et en parler. En fait, c'est déculpabilisée, c'est comprendre. C'est reprendre aussi du contrôle par rapport à ce qu'on vit. C'est expliquer à son ses pouvoirs, expliquer à son entourage ce qu'on vit et du coup leur permettre de comprendre et les inclure dans notre monde. Et ça permet de sauver des trajectoires. Moi, quand j'ai compris ce qui m'arrivait, j'ai pu travailler dessus. J'ai pu remettre du gris là ou il n'y avait plus que du noir et blanc. J'ai pu expliquer à mes proches et ça a tout changé. C'est exactement le but de ce podcast. C'est de vulgariser. Mettre des mots briser le tabou. J'en profite pour répéter que moi je ne suis pas un professionnel de la santé. Ce que vous j explique, c'est l'objet de choses ou je me renseigne et que évidemment, ça ne remplace pas du tout. L'accompagnement avec un professionnel de la santé que sont un petit un psychiatre alors ici, je vous ai quand même bien expliqué qu'il fallait en parler, mais en fait, ce n'est pas facile. Et donc là, je vais tenter de vous donner une ou deux pistes de comment aborder le sujet de façon un peu plus concret avec un collègue. C'est probablement le plus dur. Il ne faut jamais dire tu vas mal parce que vous savez bien dans la police, on dit tu vas mal, non, inquiète pas. Je vais super bien. Alors que tout le monde voit bien que non, tu ne vas pas super bien. C'est normal. C'est notre culture de serrer les dents et enfouir, mais par contre, on peut essayer des approches un peu plus subtiles. Je te trouve un peu différent ces temps ci est ce que ça va vraiment. Est ce que tu traverses des difficultés. Normaliser. C'est aussi pas hésiter à faire des déclarations, parfois après des inters difficiles ou des trucs comme ça et à dire, wow, on prend vraiment des trucs dans la tête dans ce métier. C'est vraiment compliqué et pas hésiter à dire moi, j'ai vécu ça difficilement cette intervention avec cet enfant. C'est un truc qui me qui me retournent. Il ne faut pas hésiter à soi, même déposer. Des problèmes avec ses collègues pour créer une discussion par rapport à ça. Et parfois, il faut aussi faire une petite proposition. T'es pas chaud, de marcher 20 minutes après le shift ou ou d'aller boire un verre, un verre, évidemment. Avec son conjoint, c'est peut être un peu plus facile parce que normalement la communication est moins basée sur on ser les dents et on avance, il faut expliquer les mécanismes, mais pas forcément les détails. On peut dire je ne peux pas tout raconter, mais je peux t'expliquer ce que ça me fait. Mettre en place un rituel de transition après les chiffres. Donc lui expliquer que si je suis ce ux, c'est pas contre toi et et pouvoir essayer de travailler un peu sur cette, sur cette transition de chiffre ou ou finalement on rentre, on est on est cassé. Quand. Et puis il y a aussi un truc ou là, on n'en parle pas beaucoup, mais c'est aussi parler avec soi même, c'est se poser des questions. Est ce que je dors vraiment. Est ce que je suis devenu cynique en permanence est ce que je m'isole est ce que je me radicalise un peu dans mes avis et. Si on a des oui. Si on se dit oui depuis des mois, ce n'est pas une faiblesse d'aller consulter. Ce n'est pas une faiblesse d'en parler autour de soi. C'est de l'entretien. On sait comme le gilet par balle qu'on vérifie pour être sûr que le kevlar fonctionne toujours. Nous on vérifie que notre armure mentale, elle est toujours pertinente et qu'elle fonctionne encore. Mais pour terminer. Le plus important à retenir, c'est que la culture du serrer les dents, ça a son utilité, mais elle ne peut pas être la seule stratégie de survie. Le policier n'est pas une machine. On est exposé à une violence que la majorité des gens ne verront jamais et prétendent que ça laisse pas de trace. C'est de un, c'est faux, mais surtout, c'est dangereux. Briser le tabou, ce n'est pas affaiblir la police, c'est la rentre durable parce qu'une une armure entretenue, elle nous protège une armure négligée. Elle finit par céder et elle nous entraîne avec elle et derrière cette analogie de l'armure, en fait, il y a un être humain qui est un papa qui a un mari qui a une femme qui est une maman. Et ça, c'est le plus important à protéger. Le fait d'être policier ne doit pas. Impliquer le fait qu'on renonce à être papa, qu'on renonce à être un mari qui renonce à être une maman, qu'on renonce à être un être humain épanoui. Merci de m'avoir suivi