Voix de Flic
La police, un sujet abordé par l'ensemble de la population et sur lequel le monde entier possède un avis sur son action, sur ses interventions : de l'homme politique au citoyen lambda.
La seule voix que vous n'entendez jamais ? Les policiers eux-même.
Il est temps de changer cela.
Voix de Flic est un podcast qui donne la parole aux policiers de terrain afin de vous donner les éléments d'informations nécessaires à vous faire votre propre avis sur la question policière et à prendre du recul sur la situation.
Voix de Flic
S2E10 Est-on responsable des effets psychologiques du métier de policier ?
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Bonjour à tous et bienvenue dans cet épisode de voix flic. Aujourd'hui, je voudrais vous parler d'une question que beaucoup de policiers se posent, mes qu'on formule rarement clairement. Quand on devient policier, il y a toute une série de phénomènes psychologiques qui finissent par apparaître. L'hyper vigilance, le cynisme, la difficulté à déconnecter la insensibilisation à la violence, le burnout d'empathie, la fatigue chronique, parfois même la dépression. Et à un moment donné, certains collègues finissent par se demander, mais que c'est de notre faute est ce qu'on est en train de mal gérer notre métier est ce qu'on est trop fragile pour ce boulot est ce qu'on devrait simplement être plus fort. C'est une question importante et je pense qu'il faut y répondre de façon très claire, ce que le métier fait à notre cerveau. La première chose à comprendre, c'est que le métier de policier modifie profondément notre fonctionnement psychologique. Ce n'est pas un buc, c'est une adaptation. Quand vous êtes en patrouille, votre cerveau fonctionne en permanence en mode survie. Vous observez les mains, les regards, les mouvements autour de vous. Vous analysez tout la position des voitures, l'attention dans la voie d'une personne, le comportement d'un individu, votre cerveau est en train de scanner l'environnement en permanence. C'est ce qu'on appelle l'hyper vigilance. Et cette hyper vigilance est absolument. Indispensable parce que dans ce métier, une seconde d'inattention peut sur à transformer une situation banale en intervention dangereuse. Donc votre cerveau apprend, il s'adapte, il devient plus rapide, plus vigilant, plus méfiant. Le problème, c'est que ce mode là, quand on rentre à la maison, l'énergie qu'on a dépensée en plus en service est bien. Malheureusement, il faut la rendre à ce moment là, on devient apathique et donc on obtient l'hyper vigilance qui déborde sur la vie privée. J'ai fait tout un podcast là-dessus après, il y a aussi le fait d'être toujours un peu conscient de la situation autour de soi. Beaucoup de policiers vont vivre ça. Vous êtes au restaurant, vous êtes assis, mais vous choisissez la place qui vous permet de voir l'entrée. Vous êtes dans un bar et vous analysez les comportements autour de vous. Vous êtes dans la rue, vous reper immédiatement les situations potentiellement problématiques. Votre entourage lui ne voit rien. Vous voyez tout parce que votre cerveau a été entraîné pendant des années à détecter les menaces et ce mode mental peut rester actif même lorsque vous êtes censé être au repos. Après les deux phénomènes que j' viens de vous expliquer, il y a l'habitude à la violence. Donc c'est un phénomène très puissant. Quand vous êtes policier, vous voyez régulièrement des agressions, des accidents, des disputes familiales, des situations humaines extrêmement dures au début de carrière. Certaines interventions vous marquent énormément. Et puis petit à petit votre cerveau, il s'adapte, ils créent une distance émotionnelle. C'est un mécanisme de protection. Sinon, vous pourriez tout simplement pas continuer à faire ce métier, mais cette adaptation à un prix parce que ce qui devient normal pour un policier, mais en fait, ce n'est pas du tout normal pour le reste de la population, tout simplement parce qu'à force de voir quelque chose pour vous, ça devient une situation normale. Le cynisme est la vision du monde avec les années un autre phénomène peut apparaître le cynisme professionnel. Quand vous voyez certaines situations se répéter les mêmes délinquants, les mêmes problèmes, les mêmes drames familiaux, vous pouvez finir par développer une vision du monde plus sombre. Vous voyez beaucoup plus le pire de l'être humain que le meilleur, et ça finit par influencer votre perception de la société et de la réalité. Le borno d'empathie. Donc ça, c'est quelque chose où on parle peu au début de carrière. Beaucoup de policiers ont énormément de capacité d'empathie. Donc l'empathie, c'est de se mettre à la place des autres pour comprendre leur point de vue. Ils veulent aider, ils veulent protéger, ils veulent résoudre des problèmes. Mais avec les années, quand vous êtes exposé en permanence à la détresse humaine et votre ré reservoir émotionnel. Peut finir par s'épuiser et certains collègues commencent à ressentir moins d'émotions, moins de patience, moins de compassion, pas parce qu'ils sont devenus de mauvaises personnes, mais parce que leur cerveau est en train de se protéger. Donc, après vous avoir fait ce. Petit résumé rapide de tous les problèmes psychologiques qui peuvent nous tomber dessus. Il y a une vraie question qui se pose est ce que c'est notre faute. La réponse est simplement non. Ces phénomènes sont des adaptations normales à un environnement qui ne l'est pas. Un policier travaille dans un environnement violent, conflictuel, imprévisible, parfois dangereux. Eh bien, votre cerveau, il s'adapte pour survivre. Le problème, c'est que ces adaptations qui vous protègent au travail, elles peuvent vous abîmer dans votre vie personnelle. Une fois qu'on a fait ce constat, il y a une deuxième vérité à regarder en face. Et cette deuxième vérité est importante, même si ce n'est pas notre faute qui nous arrive, c'est quand même notre responsabilité, notre responsabilité de comprendre ce qui nous arrive, notre responsabilité de mettre en place des stratégies pour ne pas se faire broyer par le métier, parce que si vous attendez que quelqu'un le fasse à votre place, peut vous risquez d'attendre longtemps. Par rapport à ça. Il y a plein de choses qu'on peut faire individuellement. Il y a plusieurs choses qu'un policier peut mettre en place pour se protéger. La première, c'est apprendre à couper le métier de policier est un métier identitaire. On a tendance à être policier tout le temps, mais il faut apprendre à redevenir simplement un citoyen quand on rentre chez toi, pas un policier en repos, un citoyen. La deuxième chose. Et c'est hyper important, c'est entretenir son corps. Le sport n'est pas seulement utile pour l'intervention, il est aussi essentiel pour la santé mentale. L'activité physique est un des meilleurs moyens de réduire le stress chronique et d'évacuer la pression accumulée. Donc faite du sport. Troisième chose, il faut absolument garder des relations en dehors de la police. La culture policière est très forte, on a un sentiment d'appartenance. C'est comme une fraternité et on se retrouve suivant uniquement entre collègues, mais gardez un lien avec des personnes extérieures au métier permet de garder un ancrage dans la réalité du reste de la société et de se rendre compte à quel point, parfois notre avis va changer, vous allez discuter avec des amis et sur un sujet, vous allez avoir une opinion souvent très tranchée et eux vont dire mais enfin, nous, on comprend pas du tout ton opinion. Nous on pense plus comme ça. Et ça, en fait, c'est plus la norme et le fait de garder ces gens là autour de vous et de pouvoir entendre ces opinions. C'est excessivement important parce que ça va vous permettre de vous rendre compte. Parfois, vous avez raison, mais surtout que parfois vous êtes devenu un peu plus extrême que vous êtes un peu que vous avez décalé par rapport à la norme du citoyen. C'est pas grave en soi. Gardez votre norme à vous, mais il faut juste en être conscient. La quatrième chose à mettre en place, c'est, c'est parler avec des collègues avec ses proches, parfois avec un professionnel, la culture policière, elle valorise souvent le fait de tout garder pour soi, de serrer les dents et d'aller et que ça va aller, non, c'est hyper dangereux à long terme. Tout ce que vous enfouissez et ça finira par sortir un jour et ça va ressortir soit par la parole, soit par des comportements. Donc il faut en parler et il faut déposer les choses. On pourrait parler longtemps de ce que l'institution devrait faire. Maintenant, soyons honnêtes parce que tout peut par poser sur des individus. Évidemment, l'institution policière a une responsabilité énorme. Il y a beaucoup de choses qui pourraient être mis en place, par exemple, des véritables formations psychologiques pour tous les policiers, pas juste une petite sensibilisation de deux h tous les 10 ans. Mais une vraie formation sur le stress opérationnel, l'hyper vigilance, le burnout, la dpression, les mécanismes psychologiques du policier que l'institution parle d'hyer vigilance de cynisme professionnel qu'aborde tous ses sujets. Évidemment. En plus de ça, il faudrait mettre en place des dépistages réguliers parce que dans beaucoup de métiers à risque, on fait un examen médical. Ça, c'est pour le physique, mais pourquoi pas? Des bilans psychologiques réguliers pour détecter le burn out, la dépression, les signes d'épuisement émotionnels et pas utiliser ces choses là pour mettre les gens dans des voies de garage et les stigmatiser non pour vraiment les aider et les remettre. Au centre de l'équation, il faudrait aussi instaurer des vrais debriefing après les interventions traumatisante. Certaines interventions laissent des traces accidents graves suicides des enfants qui sont victimes saines, particulièrement violentes et dans beaucoup de cas, les policiers rentent chez eux. Et c'est tout alors qu'un debriefing structuré. Peut permettre de limiter l'impact psychologique. Il faudrait aussi réfléchir sérieusement à la gestion des horaires, le sommeil, la fatigue chronique, la charge mentale, parce que tous ces facteurs jouent un rôle énorme dans la correction des borno et des dépressions. Mais là peut être que je crois au miracle. En parlant de tout ça, le but, c'est de tenir dans la durée parce qu'au fond, le vrai défi du policier du policier. Mais c'est pas seulement gérer l'intervention. Le vrai défi, c'est tenir dans la durée, faire ce métier pendant 20, 30, 40 ans, sans perte complètement son équilibre, sans perte, très proche, sans perte son humanité, parce que le métier peut vous transformer. C'est inévitable, mais il ne doit pas vous détruire. Donc non, c'est pas votre faute. Si vous, si ce métier vous change, mais c'est votre responsabilité de comprendre ces mécanismes, de mettre en place ce qu'il faut pour rester debout. Et c'est un des but de ce podcast, c'est de vous donner des pistes de solution. Je ne peux pas faire le travail à votre place, personne ne le peut. Mais par contre, il faut essayer de trouver des gens qui peuvent vous donner des pistes de solution pour créer vous même, votre solution au problème du métier. Merci de m'avoir écouté. Dans cet épisode de world f FL, six épisodes vous parlent. N'hésitez pas à le partager avec un collègue parce que beaucoup policiers vivent ces choses mais pensent être seuls. Et ça, je pense que c'est une illusion parce qu'on est tous dans le même bateau.