Voix de Flic
La police, un sujet abordé par l'ensemble de la population et sur lequel le monde entier possède un avis sur son action, sur ses interventions : de l'homme politique au citoyen lambda.
La seule voix que vous n'entendez jamais ? Les policiers eux-même.
Il est temps de changer cela.
Voix de Flic est un podcast qui donne la parole aux policiers de terrain afin de vous donner les éléments d'informations nécessaires à vous faire votre propre avis sur la question policière et à prendre du recul sur la situation.
Voix de Flic
S2 E12 Pourquoi la vision du monde d'un flic change si fort
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Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Voix de flic Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un changement qui s'installe progressivement chez beaucoup de policiers. Un changement qu'on ne remarque pas forcément au début parce qu'il ne se produit pas du jour au lendemain. Il arrive petit à petit, au fil des interventions, des rencontres et des années de service Le métier change notre vision du monde. Il change la manière dont on interprète les gens, leurs intentions et les situations qu'ils nous racontent. Et surtout, il peut nous amener à toujours chercher le problème caché derrière quelque chose qui, au départ, est peut-être simplement positif ou banal. Pour comprendre d'où vient ce réflexe, je vais commencer par une intervention très simple. C'était une mission pour un véhicule garé devant un garage. Voilà. Pas un braquage, pas une personne armée, pas une prise d'otage, juste quelqu'un qui avait garé sa voiture devant un garage et qui empêchait une autre personne de sortir de chez elle. C'est typiquement le genre d'intervention qui doit durer dix minutes. On arrive, on constate que le véhicule gêne, on essaye de retrouver le propriétaire et on lui demande de le déplacer. Ou alors, on fait venir la fourrière. Alors là, ça dure un peu plus que dix minutes parce qu'il faut attendre la fourrière. Et je pense que tous les policiers seront d'accord avec moi, ça met un temps de dingue, mais soit. Dans ce cas-ci, le conducteur avait, euh, même laissé son numéro sur le pare-brise. On lui téléphone et on lui demande poliment de revenir. Bonjour monsieur, c'est la police. Écoutez, votre véhicule est devant un garage. La personne voudrait sortir de chez lui. Est-ce que vous pouvez venir le, le déplacer Rien d'exceptionnel. L'homme arrive quelques minutes plus tard et au départ, ben il est pas spécialement agressif. Il commence simplement à discuter. Il nous explique que c'est pas vraiment un garage, que son véhicule ne gêne pas vraiment et finalement que sa voiture ne pose pas tellement de problèmes. Euh, bon, ça non plus, c'est pas extraordinaire. Beaucoup de gens essayent de négocier quand on leur demande de faire quelque chose qui les dérange. parfois, on leur demande de baisser la musique, de déplacer une voiture ou de présenter leurs documents. Et la première réaction consiste parfois à discuter la demande. Nous, ici, dans cette situation, on reste calme. On lui explique qu'on n'est même pas là pour lui mettre une amende. On veut juste qu'il déplace son véhicule pour que la personne puisse sortir de son garage. lui suffit de monter dans sa voiture, d'avancer de quelques mètres et tout le monde reprend sa journée. Et à ce moment-là, il se passe un truc un peu fou, c'est que normalement, l'intervention, elle devrait être quasiment terminée. Et, euh, la personne qui nous avait appelé, ben n'avait pas insulté la personne, elle n'avait pas essayé de l'humilier. De notre côté, on était resté correct. Il y avait vraiment aucune raison logique pour que cette situation devienne autre chose qu'une petite contrariété de voisinage. Mais on voyait que quelque chose commençait à coincer chez, chez le propriétaire de la voiture. Et en fait, déplacer son, son véhicule, c'était plus simplement juste déplacer son véhicule. Dans sa tête, c'était devenu céder. C'était perdre la face. C'était accepter que quelqu'un lui impose quelque chose. Sa voix a commencé à changer, son corps s'est tendu, la discussion devenait progressivement une lutte d'ego. Puis, en une fraction de de seconde, il a craché au visage de la personne qui nous avait appelé. Mon collègue a fait un pas en avant pour intervenir et l'homme lui a immédiatement collé une énorme droite au visage. Un vrai coup, pas une petite bousculade ou un geste maladroit, une mandale nette directement dans la figure Et ce jour-là, nous étions trois parce qu'on avait un stagiaire qui travaillait avec nous. Et mon collègue et moi, on a réagi immédiatement, assez instinctivement. Il n'y a pas eu de grande réflexion intérieure. Il venait de cracher au visage d'un citoyen et de frapper un policier. C'était plus le temps de la discussion. Il fallait maintenant le maîtriser et l'empêcher de continuer. Il a résisté, il a essayé de donner d'autres coups. on a été au contact avec lui, on l'a amené au sol. Une bagarre réelle. Contrairement à ce qu'on voit dans les films, ce n'est pas une chorégraphie. Il n'y a pas de beaux mouvements parfaitement exécutés, euh, et qui se terminent par un menottage propre en trois secondes. Non, non, il y a des bras qui partent dans tous les sens, des prises qu'on rate, des vêtements qui tirent, des pieds qui glissent et une personne qui ne veut absolument pas se laisser faire. On essaye de contrôler le haut de corps, puis les jambes, de récupérer les mains, de placer les menottes sans prendre de mauvais coups au passage, de préférence. Tout ça pour une voiture devant un garage. C'est avec ce genre de situation que notre cerveau apprend à fonctionner d'une certaine manière. Il comprend qu'une intervention qui paraît ridicule peut changer en quelques secondes. Il comprend qu'une personne qui discute calmement peut devenir violente pour une raison complètement absurde. Et il comprend qu'un problème sans aucune gravité particulière peut se terminer par des coups, des blessures et une privation de liberté. À force, lorsqu'un policier arrive quelque part, une partie de son cerveau commence automatiquement à chercher comment la situation pourrait mal tourner. Même lorsque tout paraît calme, il garde quelque part dans sa tête l'idée que les choses peuvent changer très vite. Dans le travail, ce raisonnement est hyper utile. Il fait partie de l'expérience. Le problème, il va commencer quand il ne reste plus uniquement qu'au travail et qu'il devient notre manière générale de réfléchir par rapport à peu importe ce qui nous arrive. Quelqu'un nous raconte une situation et presque immédiatement, nous imaginons sa pire évolution possible. Votre sœur vous annonce qu'elle a rencontré quelqu'un. Elle semble heureuse. Elle vous explique que tout se passe bien et que cette personne est attentionnée. Mais pendant qu'elle parle, une partie de votre cerveau commence déjà à analyser le nouveau compagnon. Est-il réellement honnête Est-ce qu'il n'est pas en train de lui raconter ce qu'elle veut entendre Est-ce qu'il ne cherche pas son argent Est-ce qu'il ne va pas devenir jaloux, contrôlant, violent dans quelques mois Autre exemple, votre ami vous annonce qu'on lui propose une belle opportunité professionnelle. Là où lui, il voit une chance, vous commencez à chercher le piège. Pourquoi est-ce qu'on lui propose ça Qu'est-ce qu'on ne lui a pas dit Euh, est-ce qu'on essaie de profiter de lui Est-ce qu'il ne va pas perdre de l'argent ou se retrouver embarqué dans une une histoire douteuse Autre situation, quelqu'un vous explique qu'un voisin aide régulièrement une personne âgée. Votre première pensée n'est pas forcément de vous dire que ce voisin est gentil. Vous vous demandez peut-être s'il n'essaie pas d'obtenir quelque chose, de se rapprocher de son compte bancaire ou de son héritage. Le problème, c'est que ces scénarios ne sont pas impossibles. Des personnes manipulent leur conjoint, des gens profitent des personnes âgées, des collègues ont des intentions cachées, des opportunités professionnelles sont parfois des arnaques ou des projets échouent et nous avons vu tout cela dans notre travail. Mais à force, notre cerveau peut finir par confondre ce qui est possible avec ce qui est probable. chose Une chose peut arriver sans être le scénario le plus vraisemblable. Et pourtant, parce que nous, nous l'avons déjà rencontrée, elle nous vient immédiatement à l'esprit. Elle devient notre première hypothèse c'est là qu'apparaît une différence importante entre l'expérience policière et l'expérience du reste de la population. Un policier ne rencontre pas un échantillon normal de la société. Il ne croise pas les gens au hasard à différents moments de leur vie. Il les rencontre principalement lorsqu'un problème s'est déjà produit. On ne nous appelle pas, malheureusement, pour nous informer qu'un couple a discuté calmement et réglé son désaccord. On ne nous appelle que lorsqu'il y a des insultes, que lorsque les objets volent déjà ou que lorsque quelqu'un a frappé l'autre. On ne nous appelle pas pour nous dire qu'un voisin aide une personne âgée depuis 10 ans sans jamais rien lui demander. on nous appelle le jour où quelqu'un a vidé son compte bancaire. On ne nous appelle pas quand les parents s'occupent correctement de leurs enfants. On arrive lorsque quelque chose ne fonctionne plus, lorsque des enfants sont en danger ou lorsque la famille est complètement dépassée. On ne rencontre pas professionnellement les milliers de personnes honnêtes qui vivent et travaillent tranquillement. On rencontre davantage celles qui mentent, qui trichent, qui frappent, qui manipulent ou qui n'arrivent plus à gérer la situation dans laquelle elles se trouvent Tout ce que le policier voit existe réellement, mais ce qu'il ne voit pas n'est pas représentatif de l'ensemble de la société. Et notre cerveau ne fait pas toujours la différence. Il construit sa vision du monde à partir des exemples qui lui sont disponibles. Si chaque semaine, vous rencontrez des personnes qui mentent, vous allez naturellement devenir plus méfiant. Si vous voyez régulièrement des relations se terminer dans la violence, vous allez finir par considérer qu'une relation heureuse peut toujours cacher quelque chose. Si vous avez travaillé sur les dizaines de dossiers dans lesquels une personne a profité d'un proche vulnérable, vous allez commencer à vous méfier de toutes les personnes qui proposent son aide. Pour illustrer cette différence, une étude, euh, psychologique a été menée aux États-Unis où on a demandé à mille personnes, euh, ce qu'elles pensaient quand on évoquait le mot chef scout. Et en fait nonante pour cent des gens avaient une, un a priori positif sur le terme chef scout, décrivaient des gens qui s'investissent dans leur communauté, qui aident les jeunes, qui font des activités. On a posé la même question à mille flics et en fait, eux, ils ont répondu, euh, à entre soixante et quatre-vingt pour cent du temps de façon négative parce que ils considéraient que les, euh, que les chefs scouts étaient souvent des gens qui mettaient les jeunes en danger, que ils perdaient des gens, que il y avait des bagarres chez les scouts, que y avait des salissures là où les scouts arrivaient. Pourquoi cette différence Parce qu'un policier ne rencontre pratiquement jamais le chef scout qui fait correctement son travail. Celui-là, celui-là organise ses activités, ramène les enfants chez eux et ne génère aucune intervention. Le policier rencontrera plutôt le chef scout autour duquel quelque chose de problématique ou de grave s'est produit. Son expérience est réelle, le dossier qu'il a traité a réellement existé. Mais s'il transforme cette expérience en vérité générale, il finit par voir tous les chefs scouts à travers le comportement de celui qu'il a rencontré et donc qui a fait n'importe quoi. C'est exactement ce qui peut nous arriver dans le privé. On finit par f- on finit par voir une intention cachée derrière la gentillesse. On considère parfois la confiance comme une forme de naïveté. quand quelqu'un est optimiste, on se dit qu'il ne connaît pas encore suffisamment les gens. Quand une personne s'enthousiasme pour un projet ou une relation, on ressent presque le besoin de lui expliquer tout ce qui risque de mal se passer. Nous pensons souvent que nous sommes simplement lucides et parfois, c'est vrai, notre expérience nous permet de repérer certaines choses que les autres ne voient pas. Elle peut nous aider à remarquer une incohérence, à poser la bonne question ou à éviter qu'un proche fasse une erreur importante. mais il faut aussi être honnête avec nous-mêmes. Parfois, nous ne sommes pas spécialement lucides, nous sommes simplement devenus systématiquement négatifs. Et ce n'est pas tout à fait la même chose. dans la vie privée, ça peut devenir difficile pour notre entourage. Imaginez que chaque fois qu'une personne vous annonce quelque chose de positif, vous lui expliquez immédiatement comment cette bonne nouvelle pourrait se terminer en catastrophe Votre fille vous présente son nouveau compagnon et avant même de lui demander si elle est heureuse, vous commencez à chercher les défauts du gars Votre ami vient vous trouver pour vous expliquer qu'il veut créer son entreprise et vous, vous lui faites la liste complète des faillites, des escroqueries, des conflits entre associés et de toutes les raisons pour lesquelles il devrait peut-être renoncer Votre conjoint vous raconte qu'une personne s'est montrée particulièrement sympathique avec lui et votre première réaction consiste à se demander Mais qu'est-ce que cette personne voulait bien obtenir d'elle évidemment, nous faisons ça avec une bonne intention. Nous pensons protéger les gens, nous voulons leur éviter de souffrir ou de se faire avoir Mais si toutes les bonnes nouvelles sont immédiatement suivies d'un avertissement, les gens finissent parfois par ne plus avoir envie de nous les communiquer. Pas parce qu'ils nous aiment plus, simplement parce qu'ils n'ont pas toujours envie que chaque moment positif soit transformé en analyse de risque. Ils veulent parfois seulement nous dire qu'ils sont heureux. Notre manière de voir le monde peut aussi abîmer la confiance dans nos relations. Quand on a rencontré beaucoup de personnes qui mentent, on finit par chercher le mensonge avant même qu'il existe. On analyse les petites incohérences, les changements de ton, les messages auxquels on répond plus tard que prévu ou les phrases qui pourraient avoir un double sens. on peut alors construire une histoire complète autour de détails complètement banals Pourquoi cette personne ne m'a-t-elle pas répondu tout de suite Pourquoi mon conjoint a-t-il utilisé cette expression Pourquoi mon ami a-t-il changé de sujet Pourquoi cette personne est-elle soudainement aussi gentille Parfois, il y a un réel problème, mais parfois, quelqu'un n'a simplement pas répondu parce qu'il travaillait. Notre conjoint a utilisé une expression, une expression particulière sans aucune arrière-pensée. Notre ami a changé de sujet parce qu'il était fatigué. Et cette personne est gentille parce qu'elle est simplement gentille. ce dernier scénario devient parfois difficile à accepter pour un policier. Quelqu'un peut faire quelque chose de positif sans chercher un avantage caché. Quelqu'un peut donner de son temps sans vouloir manipuler personne. Quelqu'un peut être amoureux sans préparer une trahison et quelqu'un peut commettre une erreur sans être une mauvaise personne. Mais plus notre vision devient noire, plus ces explications nous semblent naïves. Cette méfiance constante peut nous pousser à garder une distance dans toutes nos relations. On fait confiance, mais jamais complètement. On aime, mais une partie de nous reste prête pour le moment où l'autre nous décevra. On accepte de dépendre de quelqu'un, mais on garde toujours une porte de sortie. puis lorsqu'une déception se produit, parce que tout le monde déçoit un jour d'une manière ou d'une autre, elle devient la preuve que nous avions raison depuis le début
Speaker 5On se dit Tu vois, je le savais. On ne peut faire confiance à personne. Mais on oublie toutes les fois où cette personne a été présente, on oublie les promesses qu'elle a tenues et tous les moments où elle aurait pu nous trahir, mais ne l'a pas fait. Notre cerveau donne plus de poids à la déception qu'à dix années de fiabilité. Cette vision peut également nous empêcher de profiter des choses positives. Quelqu'un annonce une grossesse et nous passons immédiatement aux complications ou aux enfants victimes de maltraitance. Un proche part en voyage et nous imaginons les accidents, les vols, les agressions. une personne tombe amoureuse et nous anticipons déjà la séparation. Un enfant commence une nouvelle activité et nous nous demandons tout de suite qui sont les adultes qui vont s'occuper de lui et ce qui pourrait mal se passer. Encore une fois, il ne s'agit pas de faire comme si aucun risque n'existait, mais il faut peut-être accepter qu'une bonne nouvelle puisse rester une bonne nouvelle, au moins pendant quelques minutes. Nous n'avons pas toujours besoin d'ajouter immédiatement Oui, mais fais attention et puis dérouler une explication. Parfois, les, parfois, les gens savent déjà qu'un risque existe. Ils ont simplement envie de profiter du moment. Quand cette manière de penser s'installe durablement, elle peut aussi modifier notre vision générale de la société. À force de voir les conflits, les violences, les mensonges et les comportements absurdes, on peut finir par croire que tout va mal. Les gens sont de plus en plus mauvais, les jeunes ne respectent plus rien, les couples ne tiennent plus, les parents n'éduquent plus leurs enfants, la solidarité a disparu, tout le monde essaye de profiter de tout le monde. On entend ce genre de phrases en permanence dans le monde policier. et évidemment, on peut toujours trouver des exemples qui les confirment. Le métier nous en donne malheureusement assez régulièrement. sans jamais arriver jusqu'à nous. Quand une famille traverse une période difficile et réussit à rester unie, elle ne téléphone pas à la police pour nous le signaler. Quand un éducateur aide un jeune à reprendre sa vie en main, y a pas forcément de dossier chez nous. Et quand un voisin aide une personne âgée pendant des années sans rien demander en échange et sans vider son compte en banque, eh bien, nous, on n'intervient pas. Le positif ne fait généralement pas de bruit. Le négatif, lui, eh bien, il appelle la police C'est pour cela que si nous voulons conserver une vision plus équilibrée du monde, nous devons parfois aller volontairement voir ce qui se passe ailleurs. Je pense que la première chose importante est de garder des amis qui ne travaillent pas dans la police. Il ne s'agit pas de dire que les amitiés entre policiers sont mauvaises, je serais mal placé pour le dire. Au contraire, les collègues comprennent beaucoup de choses que d'autres personnes ne comprennent que difficilement. Ils connaissent les horaires, les interventions qui restent dans la tête, les changements de dernière minute et l'humour parfois particulier, pour le dire poliment, qu'on utilise pour supporter certaines situations. Le problème commence lorsque notre vie sociale devient exclusivement policière, quand on travaille avec des policiers, qu'on mange avec des policiers, qu'on fait du sport avec des policiers et qu'on passe notre soirée avec des policiers. Sans même parler de se taper un ou une flic. On continue à entendre les mêmes histoires et à utiliser la même grille de lecture. Quelqu'un raconte une histoire négative, un autre répond avec une histoire encore pire. Puis un troisième explique qu'il a vécu exactement la même chose. Et à la fin de la soirée, tout le monde est d'accord, la société est foutue et les gens sont tous des cons des amis extérieurs au métier, mais ils vont nous raconter une autre partie du monde. Ils nous parlent de collègues qui s'entraident, des projets qui fonctionnent, de familles qui vont bien ou de personnes qui font des choses positives sans aucune intention cachée. Ils peuvent parfois être trop confiants, bien sûr. Ils peuvent également nous montrer que nous sommes devenus trop méfiants Il est aussi utile d'avoir des activités au cours desquelles on voit une partie positive de la société. Pas seulement une activité destinée à nous occuper, mais quelque chose qui nous met réellement en contact avec d'autres milieux. Faire du sport Faire du sport avec trois collègues en parlant de boulot pendant toute la séance, c'est très bien pour le sport, mais par contre, ça nous sort pas de la bulle policière. Une acte, une activité associative, culturelle, sportive, bénévole, peu importe, elle va nous permettre de voir des personnes, de coopérer, de construire quelque chose et de donner du temps. on peut y rencontrer des jeunes motivés, des adultes qui s'occupent correctement d'enfants, des voisins qui travaillent ensemble, des inconnus qui s'aident sans essayer d'escroquer l'autre. Et en fait, notre cerveau a besoin de ces exemples. Pas pour effacer ce qu'il a vu au travail, mais pour replacer ces expériences dans un ensemble plus large Il faut aussi faire attention à ce qu'on continue à lui donner une fois le service terminé. Si on passe dix heures à gérer des conflits, puis qu'on rentre pour regarder des vidéos d'agression, lire des faits divers et discuter toute la soirée des dernières interventions, on ne laisse entrer aucune autre vision du monde. Rééquilibrer ne veut pas dire vivre dans le monde des bisounours. Ça veut dire simplement dire de regarder aussi des choses qui fonctionnent, des projets qui réussissent, des gens qui créent, qui enseignent, qui soignent, qui construisent et qui aident. Une autre habitude qui peut être utile, c'est lorsque le scénario négatif nous vient immédiatement à l'esprit, on peut se demander s'il est simplement possible ou s'il est réellement probable. Oui, le nouveau conjoint de votre sœur pourrait être un manipulateur. mais avez-vous vu un comportement concret qui l'indique Oui, l'opportunité professionnelle proposée à votre ami pourrait être une arnaque, mais avez-vous réellement analysé le projet ou c'est juste votre cerveau qui a automatiquement cherché le piège Oui, une personne qui se montre gentille peut avoir une intention cachée, mais elle peut aussi être simplement gentille. Cette question ne nous oblige pas à ignorer notre expérience. Elle permet seulement de distinguer une hypothèse d'un fait
Quand un proche nous raconte une situation, on peut également lui demander ce qu'il attend de nous. Est-ce qu'il veut réellement notre avis ou est-ce qu'il a simplement besoin d'en parler C'est pas toujours facile pour un policier. Dans le travail, on nous demande généralement d'identifier un problème et de trouver une solution avec des moyens très limités. Dans le privé, les gens ne veulent pas toujours une solution. Ils ne veulent pas forcément que nous a-, que nous analysions les risques ou que nous leur expliquons ce qu'ils auraient dû faire. Parfois, ils ont seulement besoin d'être écoutés Alors n'hésitez pas à demander tu veux mon avis ou tu veux juste que je t'écoute On peut éviter pas mal de discussions pénibles. Cela nous oblige aussi à comprendre que notre rôle n'est pas toujours de protéger, de prévoir ou de régler. Il faut enfin apprendre à remarquer les situations qui contredisent notre vision négative. Notre cerveau retient très bien la mission du véhicule Notre m-, notre cerveau va retenir très très bien la mission du véhicule devant le garage qui s'est terminée par une bagarre. Il oublie toutes celles où la personne a déplacé sa voiture calmement. Il retient la personne qui a menti et considère toutes celles qui ont dit la vérité comme étant normales, donc sans intérêt particulier. Il retient l'ami qui a, il retient l'ami qui a trahi sa confiance, mais donne presque aucun poids aux personnes qui sont restées présentes pendant des années. Les choses qui se passent bien font aussi partie de la réalité. Si nous ne comptons, si nous ne, si nous ne comptons que les événements négatifs, nous obtiendrons forcément une vision négative du monde. Et puis, il faut probablement écouter un peu plus nos proches lorsqu'ils nous disent que nous avons changé et que nous voyons le mal partout. Notre réaction naturelle consiste souvent à penser qu'ils ne nous connaissent pas. Notre réaction naturelle consiste souvent à penser qu'ils ne connaissent pas la réalité. Et, et c'est vrai, ils ne connaissent peut-être pas la réalité de terrain, mais ils nous connaissent nous. Ils voient parfois que nous sommes devenus plus durs, plus soupçonneux ou plus négatifs. Ils voient que nous ne sommes plus capables de recevoir une bonne nouvelle sans chercher ce qui pourrait la détruire. Et ils peuvent remarquer notre évolution longtemps avant que nous en prenions conscience le métier va forcément modifier notre vision du monde. On ne peut probablement pas l'éviter complètement et ce n'est pas nécessairement souhaitable de l'éviter. Notre expérience nous apprend des choses utiles. Elle nous permet de voir certains risques et parfois de protéger les personnes que nous aimons. Le but n'est pas de redevenir naïf. Le but est de ne pas laisser les pires personnes rencontrées au travail définir ce que nous pensons de toutes les autres. Ne pas laisser les relations les plus violentes nous convaincre que toutes les relations finiront de cette manière. De ne pas laisser les mensonges que nous avons entendus nous empêcher de croire encore quelqu'un. et de ne pas laisser les trahisons dont nous avons été témoins nous rendre incapables de faire confiance Ce que nous voyons au travail est réel, mais ce n'est pas la moyenne. C'est la partie se, c'est la partie de la société qui souffre, qui ment, qui frappe, qui dérape ou qui n'arrive plus à régler ses problèmes sans l'intervention de la police Le monde existe aussi dans les couples qui vont bien, dans les relations qui durent, dans les gens qui s'entraident et dans toutes ces journées parfaitement normales pendant lesquelles personne n'a besoin d'appeler le cent-un. À force de voir le pire, nous pouvons finir par croire que c'est le monde. À nous d'aller régulièrement regarder le reste. Pas pour oublier ce que nous savons, pas pour croire que tout le monde est gentil et qu'il ne faut jamais se méfier. Simplement pour rester lucide, sans devenir systématiquement négatif, prudent, sans devenir incapable de faire confiance et policier, sans laisser le métier décider de toutes nos pensées une fois que nous sommes rentrés chez nous