EduTrends
Lancée en 2023, la conférence EduTrends est un forum interactif d’échanges d’idées, de bonnes pratiques et d’innovations dans le domaine de l’éducation. Tous les ans, l’événement réunit des experts autour des grandes tendances de l’éducation.
EduTrends est un podcast du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse qui prolonge les échanges et donne la parole à des experts présents lors de l’événement.
D’Konferenz EduTrends, déi 2023 lancéiert gouf, ass een interaktive Forum fir den Austausch vun Iddien, Best Practices an Innovatiounen am Beräich vun der Educatioun. All Joer bréngt dësen Event Experten zesummen, fir iwwer déi grouss Trends an der Educatioun ze diskutéieren.
EduTrends ass e Podcast vum Ministère fir Educatioun, Kanner a Jugend, deen den Austausch verdéift an deene Fachleit d’Wuert gëtt, déi bei dësem Event präsent sinn.
EduTrends
Là où l’enfant joue, son cerveau apprend à penser
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Dans le cadre de la conférence EduTrends 2026 intitulée « Jouer pour grandir. Se préparer à l’avenir grâce à l’éducation non formelle ! », cet épisode du podcast EduTrends explore le rôle essentiel du jeu dans le développement cognitif, émotionnel et moteur de l’enfant.
Pour en discuter, nous recevons Anne-Lise Gonçalves, formatrice, psychomotricienne, enseignante et intervenante à la conférence EduTrends 2026.
Le
SPEAKER_00jeu va développer le langage, la créativité, les habiletés sociales, les capacités à résoudre des problèmes, à attendre son tour, etc.
SPEAKER_01Bienvenue dans ce podcast enregistré dans le cadre de la conférence EduTrends 2026 qui a pour titre « Jouer pour grandir, se préparer à l'avenir grâce à l'éducation non formelle ». Le sujet que nous allons aborder dans cet épisode, c'est « Là où l'enfant joue, son cerveau apprend à penser ». Je suis Isabelle, du service presse et communication du ministère et pour répondre à mes questions, j'ai la joie de recevoir Annelies Gonsalves, formatrice, psychomotricienne, enseignante et intervenante à la conférence EduTrends 2026. Bonjour Anne-Lise. Bonjour Isabelle. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et nous expliquer votre travail
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, au départ, moi je suis enseignante de formation et j'ai enseigné pendant 15 ans dans des écoles qui accueillent principalement des élèves à besoin spécifique ou des troubles de l'apprentissage, des déficiences mentales. Et j'ai été vraiment évidemment mise avec des enfants en grande difficulté. Ça m'a poussée à me former, etc. Et finalement, finalement, j'ai pu sortir tout un tas de compétences et ça m'a aussi amenée à remettre mon deuxième métier de formation qui était psychomotricienne à l'honneur en ouvrant mon cabinet de psychomotricité. Pour pouvoir lier les deux, j'ai développé un catalogue de formation dans lequel j'accueille et j'accompagne les enseignants, les éducateurs, enfin toute personne qui veut se former, même les parents, sur les sujets de l'enfance. Alors, puisque nous allons
SPEAKER_01parler du jeu chez l'enfant, y a-t-il un souvenirs de jeux de votre enfance qui illustrent particulièrement ce que vous savez aujourd'hui sur le développement de
SPEAKER_00l'enfant
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai regardé quand j'étais enfant énormément le jeu Fort Boyard, ce jeu télévisé en équipe, etc. Et en fait, avec une petite copine de quartier, on rejouait ces épisodes qu'on observait à la télévision. Je tiens à dire qu'on avait la chance de rejouer tout ça dans un village hyper calme, hyper posé, avec beaucoup de sécurité. Et donc, on vivait des énigmes, des aventures, on organisait, on planifiait, on se mettait en compétition, on se mettait en défi, ça veut dire qu'on avait bien aussi un petit peu l'une et l'autre s'opposer, et ça a vraiment un souvenir où j'ai l'impression que finalement ça rassemble un peu tout ce que je peux connaître aujourd'hui au sujet des fonctions exécutives plus précisément. D'accord, qu'on va voir tout à
SPEAKER_01l'heure. Le jeu est souvent perçu comme un simple loisir, pourquoi vous dites qu'en réalité c'est un formidable moteur d'apprentissage
UNKNOWN?
SPEAKER_00Le jeu c'est évidemment un loisir mais c'est un loisir qui est particulièrement intéressant pour le jeune cerveau de l'enfant. C'est sans doute déjà l'activité la plus naturelle d'apprentissage. Tout enfant joue si on lui laisse la possibilité et le temps de le faire. Si on prend l'exemple de deux enfants qui construisent une cabane, par exemple, de loin, on pourrait se dire, OK, ils font juste une cabane. Mais si on regarde d'un peu plus près, ça veut dire que si on zoome un peu sur ce jeu, on ne se dit pas juste, ils s'occupent, on peut... aller voir tout un tas d'éléments. Ils sont en train d'essayer, ils sont en train d'imaginer un projet. Ils se trompent, ils recommencent, ils négocient, ils s'adaptent, ils gèrent des frustrations quand tout s'écroule, etc. Finalement, ce n'est pas juste faire une cabane, c'est construire son cerveau au fur et à mesure. C'est un loisir, oui, mais un loisir beaucoup plus intéressant que ce qu'on pourrait percevoir de l'extérieur.
SPEAKER_01Effectivement, c'est un formidable moteur d'apprentissage. Et quel type de compétences, en particulier, les enfants développe-t-il en jouant, parfois même sans s'en rendre
SPEAKER_00compte
UNKNOWN?
SPEAKER_00De manière générale, en termes de compétences, si on prend les compétences globales, le jeu va développer le langage, la créativité, les habiletés sociales, les capacités à résoudre des problèmes, à attendre son tour, etc. Mais si je zoome encore plus précisément sur une partie du cerveau assez précise qui est le cerveau préfrontal et donc les fonctions exécutives, là on va avoir encore plus de réponses à nos questions. Et que se passe-t-il concrètement dans le cerveau d'un enfant lorsqu'il joue
UNKNOWN?
SPEAKER_00Donc, en fait, l'enfant, au sein de son cerveau, comme nous tous, aussi en tant qu'adultes, il a des superpouvoirs, on pourrait appeler ça. Et ces superpouvoirs, ils ont le nom de fonction exécutive, si on fait un petit zoom neurosciences. En fait, au sein du cerveau préfrontal, donc c'est derrière le front, si on devait le schématiser, c'est l'endroit vraiment qui va maturer, donc c'est un endroit qui va prendre du temps de se construire. Donc, c'est pour ça qu'un enfant qui vient de naître, au fur et à mesure du temps, le cerveau va se construire jusqu'au moins 25 ans pour les fonctions exécutives, 25 à 30 ans. Et donc, ce chef d'orchestre qui est là, ces super pouvoirs qui sont là, je pourrais t'en expliquer trois, par exemple. Le premier, ça serait finalement le bouton stop. Tu sais, ce stop, quand on doit s'arrêter de faire quelque chose, on va plutôt appeler ça, neuroscientifiquement, on va dire de l'inhibition. Donc, en fait, c'est stopper son impulsivité, c'est stopper ses gestes, stopper ses mots. C'est vraiment résister, en fait. Comme tu peux l'illustrer dans un jeu
UNKNOWN?
SPEAKER_00Déjà, par exemple, simplement, lorsque j'attends mon tour quand je fais un jeu de société, que je patiente de recevoir enfin le dé pour le lancer sur le plateau de jeu pour avancer, je suis en plein moment où j'inhibe le comportement parce que je dois attendre. Ça pourrait être résister à l'impulsivité de quitter l'espace du jeu qu'on est en train de vivre parce qu'en fait, on est frustré et qu'on ne gagne pas donc l'inhibition elle va vraiment être très importante et les jeux vont évidemment sollicité cette compétence là on a une deuxième pouvoir c'est celui de la flexibilité donc moi j'aime comme idée jamais de l'avoir en tête comme un espèce de ressort tu vois quand on change d'avis qu'on peut aller d'un côté ou de l'autre parce que cette flexibilité en fait elle nous permet de changer de stratégie tu joues un jeu tu vois que tu perds automatiquement tu vas vouloir réagir et tu tu vas essayer d'adapter ta stratégie. Si tu continues la même stratégie, ton risque de continuer à perdre, il va être bien présent. Alors que si tu te dis, ok, je change de stratégie, donc c'est bien une compétence qui évolue parce que tous les enfants ne l'ont pas dès le départ, au fur et à mesure, on va devenir plus flexible. Donc, c'est aussi voir autrement les situations, c'est pouvoir les prendre par un autre côté. Et enfin, une troisième fonction exécutive, donc un super pouvoir vraiment indispensable, ça va être la mémoire de travail. Donc en fait, Moi, j'aime bien la comparer à une espèce de post-it qu'on se colle sur le front. Quand tu dois faire tout un tas de choses, au fur et à mesure, ces éléments, tu vas les noter sur un post-it. Et moi, ce post-it, c'est vraiment ça. On prend le post-it, c'est quelque chose qu'on doit faire. Mais quand on l'a fait, tu prends ton post-it et tu le mets à la poubelle. Donc, ta mémoire de travail, en fait, elle se vide. Concrètement, dans le jeu, une mémoire de travail, c'est déjà retenir toutes les informations utiles pour, moi, réaliser ce jeu. Que ce soit quand on va... créer une cabane ensemble et qu'on aura pris la décision au départ de qui va s'occuper d'aller ramasser du bois ou dans un autre cas de contexte, un jeu de société c'est quelles sont les règles du jeu. Donc juste retenir tout cet élément, c'est de la mémoire de
SPEAKER_01travail. Et ces fonctions qu'on développe lors du jeu, elles sont absolument essentielles dans la vie.
SPEAKER_00C'est-à-dire qu'elles sont automatiquement sollicitées dans la vie par le jeu parce que c'est des outils dont on a besoin pour s'adapter au quotidien à des situations qu'on pourrait appeler non routinières. Donc des choses que tu ne fais pas tout le temps. Tu joues à un jeu, tu vas devoir t'adapter au comportement de l'autre, peut-être à la météo, tu vas devoir t'adapter à tes propres humeurs, à tes propres compétences à un moment donné. Donc à chaque fois que tu vas tester, à chaque fois que tu vas entrer en relation avec l'autre ou seul face à un jeu, tes fonctions exécutives vont travailler
SPEAKER_01systématiquement. Merci Anne-Lise et Là, on parlait en fait de jeux comme dans les jeux de société où il y a des règles à suivre. Aujourd'hui, on voit de nombreux parents qui s'inquiètent de stimuler suffisamment leurs enfants. Est-ce que le jeu, lorsqu'il n'est pas accompagné de règles, lorsque ce n'est pas comme par exemple un jeu de société, est-ce que ça peut être bénéfique autant que des activités plus structurées
UNKNOWN?
SPEAKER_00Moi, je vais me permettre de ne pas opposer le libre aux jeux structurés. Les deux ont fait évidemment, des intérêts. Le jeu structuré, comme tu l'as dit, comme le jeu de société ou des jeux, attention, des jeux structurés, ça pourrait être aussi, à partir du moment où on se met d'accord sur un scénario commun que l'on va mener dans un jeu de type théâtre, scénario, finalement, on se structure déjà aussi. Et à ce moment-là, on est sur des compétences que l'on va développer autour d'un développement de connaissances spécifiques, de nouvelles règles, des expériences qu'on va mener. De l'autre côté, souvent, on voit l'opposition entre le libre et le structuré, dans le sens jeu libre, on va se dire, c'est laisser l'enfant faire tout seul. Moi, je pense que ce qu'on doit, en tant que parent et en tant que professionnel surtout, c'est oser laisser surtout plutôt des espaces où les enfants vont devenir l'auteur de leur propre créativité. Parce que moi, ce qui me préoccupe en tant que parent, en tant que maman, c'est pas tant est-ce que je dois remplir l'agenda de mon enfant avec plein d'activités ou est-ce que l'agenda doit être vide
UNKNOWN?
SPEAKER_00Mais plutôt, est-ce qu'on peut laisser dans nos agendas, justement, des temps blancs, des temps vierges
UNKNOWN?
SPEAKER_00Pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que ces fonctions exécutives, elles vont vraiment aussi se développer par la créativité spontanée. C'est parce que si on s'ennuie, on va chercher des réponses. Et dès que je cherche des réponses, je dois tâtonner, je dois inventer, je dois créer. Tu vois, ça fait tout lien avec ce qu'on vient de dire juste avant. Je dois m'inhiber, ça veut dire que je dois résister, peut-être être à aller sur l'écran, zapper et me dire, ok, qu'est-ce que je fais là
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai du temps libre devant moi, mais j'ai juste un bâton et une ficelle. Ok, qui est-ce que je peux devenir
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ah ben oui, ma maman veut que peut-être ici, l'espace soit moins bruyant parce que j'ai ma petite sœur qui dort à côté. Flexibilité, ok, mais comment je fais pour faire ce jeu avec moins de bruit
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et donc, en fait, ce jeu libre, il a énormément de sens à l'intérieur des maisons, à l'extérieur, peu importe, même en collectivité. Donc, tu vois, j'ai du mal à opposer l'un à l'autre. Pour moi, les deux sont des vecteurs de fonctions exécutives. Mais n'oublions pas dans nos agendas de laisser des moments vides parce que c'est aux moments vides qu'on laisse à nos enfants qu'ils vont vraiment créer, imaginer, planifier, prendre des décisions, négocier avec eux-mêmes et avec le monde.
SPEAKER_01Alors tu viens d'évoquer les écrans. Ils sont effectivement de plus en plus présents dans le quotidien des familles. Comment préserver une place importante au jeu dans ce contexte
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors oui, les écrans prennent, c'est vrai, sociétalement, une grande de place dans les familles et moi je suis maman je commencerais déjà par déculpabiliser les parents qui utilisent l'écran parce que l'écran fait aujourd'hui fait partie de l'environnement commun et moi l'intérêt n'est pas trop savoir si je suis pour ou contre mais la question que je me pose c'est à partir du moment où un enfant est sur un écran en fait qu'est-ce que l'écran va remplacer dans sa vie donc à quoi va servir l'écran si l'écran prend le temps plutôt d'un moment d'attente d'un moment de trajet, d'un moment où les parents ont besoin de souffler. En fait, je trouve que l'écran est vraiment hyper intéressant. Maintenant, si l'écran commence à prendre progressivement de la place sur les jeux, sur les interactions, sur le mouvement, sur l'expérience, sur le langage, là, on va commencer à se poser des questions. Parce que ce qui va construire justement le cerveau, c'est toutes les expériences en mouvement, en expérience avec les autres, avec toutes ces interactions sociales. Et surtout si c'est vécu réellement, parce que on pourrait aussi se dire qu'il y a des jeux où on les fait en ligne, sur les écrans, et donc on va vivre la même chose. En fait, on nous montre aujourd'hui quand même que c'est les interactions vraies, c'est des expériences humaines vraies qui nous permettent de nous co-réguler et de nous faire mieux fonctionner. Donc, le fait de mettre des écrans, moi je trouve que c'est peut-être intéressant, mais c'est vrai que la question doit surtout pour moi être quand je mets mon enfant devant un écran, je dois savoir ce que je ne fais pas ou ce qu'il ne vit pas.
SPEAKER_01Pour finir, si tu avais un seul message à transmettre aux parents, aux professionnels de l'éducation et aux décideurs politiques sur l'importance du jeu, quel serait-il
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je pense que c'est important de se rappeler que le jeu n'est pas finalement une récompense à offrir à un enfant. Par exemple, tu iras jouer lorsque tu auras fini 2, etc. C'est vraiment quelque chose, en tout cas, ça fait partie de ma génération, qu'on a reçu un peu en héritage Voilà, je pense que le premier message c'est là, c'est de dire que le jeu ce n'est pas une récompense, parce que vu que c'est déjà un apprentissage, ça ne doit pas être une récompense, ça doit sûrement être sur le devant de la scène. J'aimerais rappeler que lorsque l'enfant joue, il découvre les autres, il découvre son environnement, il se découvre lui-même, il découvre ses propres compétences. Donc en fait, quand un enfant joue, il est en train lui-même de faire partie intégrante de son propre développement. Donc nous avons en effet en en tant que professionnels et parents, une responsabilité en offrant du temps, de l'espace, des occasions de jouer et surtout de modéliser. Quel plaisir pour un enfant de voir ses professionnels autour de soi et ses parents eux-mêmes jouer. Ce sera notre mot de
SPEAKER_01conclusion. Anne-Lise, merci beaucoup. À bientôt. Au revoir. Nos auditeurs peuvent retrouver un ensemble d'informations sur le site internet edutrends.lu. N'hésitez pas à écouter nos autres podcasts edutrends disponibles sur men.lu sur Spotify et sur Apple Podcasts.