Advo'cast - Le Droit au Micro

Episode 15 - Zélie ROBERT

Season 1 Episode 15

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Entretien avec Madame Zélie ROBERT, substitut du Procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Tarbes. 

Dans cet épisode, nous abordons les thèmes de la magistrature et de la matière pénale, avec des anecdotes inspirantes et des conseils concrets pour les magistrats de demain. Que vous soyez en route, au travail ou à la maison, branchez vos écouteurs et laissez-vous emporter !

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SPEAKER_00

Bonjour à tous et bienvenue à ce 15e épisode de Advocats, le droit au micro. Nous sommes aujourd'hui en présence de madame Zélie Robert. Mais madame, je vous laisse vous présenter en quelques mots.

SPEAKER_01

Bonjour, je m'appelle Zélie Robert, je suis substitue de procureure au tribunal de Tarbes. Au mois de septembre, ça fera huit ans que j'exerce mes fonctions et ce sont mes premières fonctions au tribunal à Tarbes. Je n'ai pas bougé depuis

SPEAKER_00

mon affectation. Quel a été votre parcours universitaire, professionnel, votre

SPEAKER_01

parcours de vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

J'ai grandi dans le Gard, j'ai fait mes études à Nîmes, initialement trois ans en licence à Nîmes. Et puis, je pense comme beaucoup d'étudiants à Nîmes, j'ai eu l'impression d'être être surnotée par rapport au niveau national, donc j'ai eu besoin de me confronter à des universités plus prestigieuses, donc je suis partie faire un master 1 à Aix-en-Provence, en droit pénal, et ensuite un master 2 spécialisé en exécution des peines et sanctions pénales à Montpellier, où j'ai intégré ensuite la préparation IEJ de la fac de Montpellier, qui était en tout cas à l'époque une super préparation pour le concours, puisque j'ambitionnais déjà de passer la magistrature depuis longtemps. Donc j'ai passé, j'ai fait un an à l'IEJ, j'ai pas eu le concours du premier coup. J'ai ensuite fait une prépa privée. À l'époque, c'était l'autre prépa à Bordeaux. Et ensuite, j'ai intégré la magistrature et eu mes premières fonctions sur Tarbes au parquet. Je n'ai pas bougé. J'ai par contre fait plusieurs services depuis que je suis affectée au parquet de Tarbes. Quand je suis arrivée, j'ai commencé avec les mineurs, le parquet civil pendant à peu près deux ans. Ensuite, j'ai fait de l'exécution des peines et application des peines avec deux établissements pénitentiaires sur le département, donc c'était hyper enrichissant. D'autant qu'il y a une maison centrale, donc c'est des profils quand même intéressants. Et là, depuis le mois de mai, je suis sur la criminalité organisée, l'entraide pénale, l'environnement et l'urbanisme.

SPEAKER_00

C'est palpitant aussi. Cette profession a-t-elle toujours été une vocation

SPEAKER_01

pour vous

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ça fait longtemps. Je n'ai personne dans ma famille qui travaille dans le droit, donc on n'a jamais vraiment compris d'où ça venait. Mais au collège, en fait, on avait des itinéraires de découverte. J'avais assisté à des procès et on avait monté un procès fictif sur la base d'une histoire vraie. Et ça a été le coup de cœur. vraiment envie d'être magistrat depuis des années. Après, c'est aléatoire. Quand on passe le concours, on ne sait pas si on l'aura, si on ne l'aura pas. Donc, j'ai réfléchi à d'autres perspectives de carrière et heureusement que

SPEAKER_00

je l'ai eue. Très bien. Et alors, votre profession est souvent méconnue quand même du grand public. Comment expliqueriez-vous votre rôle à quelqu'un qui n'y connaît rien du tout au monde

SPEAKER_01

de la justice

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, je dis souvent qu'on travaille avec les policiers et les gendarmes. C'est nos premiers interlocuteurs et j'aime bien déconstruire l'image du grand magistrat qui est le procureur de la République. C'est d'ailleurs ce que je dis sur les formations aux jurés puisqu'on y participe aussi sur les cours d'assises. On a cette image souvent, parce que peut-être chez les magistrats, le procureur est quand même le plus connu, que le procureur de la République représente la loi, représente l'autorité et donc la sévérité incarnée et va forcément dire qu'il faut condamner tout le monde et les condamner pour longtemps, voire réinstaurer la peine de mort. Bon, je crois qu'on est loin de ces clichés-là. Il y a beaucoup d'humanité quand même dans dans la justice et y compris chez les magistrats du parquet. Nous, justement, on est là pour jauger la réponse pénale. On va travailler avec les policiers, les gendarmes au stade de l'enquête, déterminer avec eux et en fonction de la politique pénale appliquée, quelle est l'orientation pénale qu'on va vouloir donner à une infraction, de quelle manière on va vouloir qu'elle soit jugée, avec tout un panel pour juger les gens qui est autre que l'audience correctionnelle. Et d'ailleurs, sur Tarbes, l'audience correctionnelle devient même presque l'exception parce qu'on a des délais de jugement qui, malheureusement, ça croise du fait de l'activité qui augmente donc voilà on doit quand même être de fins artisans pour pouvoir juger au mieux les gens en prenant en compte la situation des victimes en prenant en compte l'intérêt public les risques de récidive avec une sanction qui puisse arriver le plus vite possible et de la manière la plus adaptée et moi j'estime que quand on requiert on requiert ce qu'on prononcerait et que justement c'est là qu'on est le plus percutant notamment vis-à-vis des avocats de la défense c'est quand nos réquisitions elles sont justes Donc, je dirais que comme les autres magistrats, on essaie de

SPEAKER_00

rendre justice de la manière la plus juste possible. Alors concrètement, comment parvenez-vous à concilier ce besoin de fermeté et

SPEAKER_01

cette humanité

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ça, c'est de la conciliation quotidienne, des fois même avec un peu de remise en question parce que la machine judiciaire, c'est un rouleau compresseur. Donc, une fois qu'elle est lancée, on est vite happé par les événements et peut-être par la sévérité qui vient finalement vite. Et puis, avec le recul, on se dit« bon, peut-être que j'aurais pu aller moins vite». Autrement, c'est en permanence essayer de concilier les intérêts des uns et des autres. Et ce qui est quand même une force au parquet et peut nous permettre de le faire, c'est de pouvoir échanger avec les collègues. C'est-à-dire que dans un parquet, on n'est jamais seul. Même si c'est nous qui prenons la décision, on peut très facilement aller échanger avec les collègues, avoir le regard des uns, des autres, se rassurer, se confronter. On n'est pas toujours d'accord, mais au moins, la décision, on la mûrit. Pas toutes les décisions, mais très facilement, on peut échanger et ça nous aide quand même à faire cette balance entre une ferme qui est nécessaire, mais tout en prenant en compte aussi la personnalité de la personne qu'on a à

SPEAKER_00

juger. Vous diriez que cet esprit d'équipe est une force pour votre

SPEAKER_01

profession

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Oui. En tout cas, c'est pour ça que j'ai intégré le parquet au moins en début de carrière, mais même au long cours. Je trouve qu'il y a forcément les revers, puisque du coup, on est un et indivisible, donc on doit assumer ce qu'a fait le parquet, même quand parfois on n'est pas d'accord. Mais il y a des manières de dire qu'on n'est peut-être pas toujours d'accord, puisque notre parole est libre. Mais pour moi, c'est plus une force qu'un inconvénient. Je trouve qu'on peut vraiment échanger, on peut harmoniser nos pratiques. Je trouve ça passionnant d'avoir la solidarité du

SPEAKER_00

parquet. Alors ainsi, pourquoi avoir choisi d'exercer les fonctions du parquet plutôt que du

SPEAKER_01

siège

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Quand j'ai été attirée par la profession, c'est le parquet qui m'a tout de suite plu. Et puis, arrivé à l'école, puisqu'on est formée à tout, je me suis ouverte à toutes les fonctions et je me suis dit, finalement, pourquoi pas aller au siège sur une fonction de juge placé

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Comme ça, on continue à faire plein de choses. Bon, très vite, j'ai pu aller au parquet. Donc finalement, je suis revenue à mes premiers amours. Et je trouve que ce qui est bien au parquet, c'est cette force vraiment du travail d'équipe et un regard sur toute la chaîne pénale. Moi, je suis quand même plus passionnée par le pénal que par le civil, même si j'ai appris à apprécier la matière civile à l'école avec les technicités qu'on nous apprend. Mais voilà, je suis quand même plus passionnée par le pénal. Et au parquet, on voit le dossier au début. C'est une nous qui prenons toutes les décisions du début sur la manière dont la personne va être jugée, sur quoi la personne va être jugée, c'est nous qui décidons de ce qu'on met dans le dossier, en voyant avec les enquêteurs les éléments de preuve qu'on va aller chercher ou pas, parce qu'il y a de l'opportunité aussi et des stratégies d'enquête qui peuvent être montées, avec la criminalité organisée, là c'est vraiment le cas, on est vraiment associés. On va définir aussi les infractions sur lesquelles la personne est jugée, parce que même si elle a commis plein d'infractions, on peut faire le choix de la faire juger que sur certaines, là aussi il y a de l'opportunité qui s'exerce. On va ensuite monter à l'audience pour soutenir des réquisitions, expliquer les choses, expliquer une condamnation. Et je trouve qu'on a un vrai rôle pédagogique à ce moment-là, que ce soit pour la personne directement, que ce soit pour la victime, que ce soit pour la société tout entière dont on représente les intérêts. Et ensuite, on va veiller à l'exécution de cette condamnation, y compris sous la forme d'un aménagement si c'était nécessaire. Donc je trouve que c'est hyper complet et en plus, dans une petite juridiction, en fait, les situations, on peut être amené à les suivre du début à la fin sur une situation particulière.

SPEAKER_00

Et alors concrètement, en quoi consiste le plus clair de votre activité,

SPEAKER_01

votre journée type

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, la journée type, il n'y en a pas. Le principe pour un magistrat, c'est de prévoir une journée qu'elle se passe autrement que ce qui avait été défini. Je pense que c'est quand même une réalité de beaucoup de corps de métier, notamment dans le judiciaire. Donc, il n'y a pas de vraie journée type. Après, on a des planning types au mois. On va alterner entre du travail de bureau où on travaille sur des procédures papier qui, maintenant, sont essentiellement numérisées, qui sont des enquêtes sur lesquels on donne une réponse pénale ou une poursuite d'enquête quand ça nous arrive de l'extérieur. On va travailler en lien avec les enquêteurs par mail ou les différents services avec lesquels on est amené à travailler, par mail ou en direct. Là, avec la criminalité organisée, j'ai beaucoup de rendez-vous en présentiel pour exposer des procédures, des stratégies, quel acte d'investigation on va faire, sur quel timing, quand est-ce qu'on va monter l'opération judiciaire, quelles seront les personnes qu'on va aller chercher, interpeller, de quelle manière. Et puis la permanence et des audiences qui ensuite tournent Donc la permanence, ici on est une semaine de permanence d'affilée par mois, téléphonique et mail jour et nuit. Et puis c'est le plus palpitant. Et puis ensuite on va tourner sur les audiences, les audiences de comparution immédiate, les audiences correctionnelles et de police classique, les audiences d'application des peines et la cour d'assises, la cour criminelle puisqu'on y monte aussi. Donc tout ça est un peu timé sur les semaines pour faire un

SPEAKER_00

peu tout ça. Alors à titre personnel, qu'est-ce que vous préférez

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

L'audience... La

SPEAKER_01

perme. C'est pour ça que j'ai toujours dit que je ne ferais pas une carrière au parquet, mais plus ça avance, plus je me demande comment je vais faire autrement, parce que même si ça crée des contraintes, y compris personnelles, c'est là qu'est le cœur du réacteur. C'est hyper palpitant, on est au contact, on ne sait pas ce qui va nous arriver, ça peut être une infraction de violence contraventionnelle légère, comme ça peut être un homicide. Il faut être prêt à tout, réactif, on est dans l'échange direct avec les enquêteurs, dans l'échange directe avec les personnes. Quand on les défère, c'est là qu'on peut encore plus leur dire pourquoi cette procédure-là. Et puis bien sûr, quand on monte à l'audience sur un dossier qu'on a suivi, notamment ici en comparution immédiate, on va sur nos dossiers. Là, forcément, c'est hyper intéressant aussi de pouvoir exposer pourquoi on en est arrivé là, la politique pénale et pourquoi cette

SPEAKER_00

condamnation. Mais tout est lié à la perle quand même. Vous êtes en lien avec de nombreuses professions. Vous l'avez évoqué, les forces de sécurité intérieure, mais aussi avec les magistrats du siège. Comment décrire vous ces relations de travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Quelles sont les autres professions avec lesquelles vous êtes en lien

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Et comment s'articulent ces

SPEAKER_01

relations

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Les relations de travail avec les magistrats du siège, comme les greffiers, comme les fonctionnaires faisant fonction de greffiers, elles sont quotidiennes. C'est permanent. On a toujours des échanges formels ou informels, ça dépend des procédures. Et je trouve que c'est nécessaire d'échanger avec nos collègues, y compris greffiers. Moi, à la permanence, régulièrement, je demande l'avis du greffier, même sur le fond. Je trouve que C'est important, on a fait les mêmes études, on a chacun notre regard, même si le greffier va être porté sur le côté plus procédural. Et ensuite, on a des relations avec différentes administrations selon les services qui nous sont confiés. Donc là, par exemple, je suis en charge de l'environnement et de l'urbanisme depuis le mois de mai et il y a une multitude que j'ai découverte et que je ne connaissais pas d'administrations qui ont des compétences d'inspection de l'environnement. Donc je vais rencontrer le Parc national des Pyrénées, l'OFB, l'ADREAL la DDE, TSPP, l'ONF, la DRAF, plein d'acronymes qui n'évoquent pas grand-chose, mais derrière lesquels il y a des procédures avec de véritables enjeux, beaucoup de choses à construire, et donc là aussi, un travail partenarial qui est permanent, d'autant plus que j'ai mis en place depuis le mois de janvier des contacts directs. Donc plutôt que de se contacter par mail, on se voit entre une fois tous les un mois, une fois tous les quatre mois, selon les administrations et le nombre de dossiers qu'ils ont à traiter, pour échanger en direct sur les enjeux, les procédures, les choses que qu'on peut mettre en place en prévention et en sanction et se coordonner de ce point de vue-là.

SPEAKER_00

Alors vous exercez donc à Tarn, qui est un territoire spécifique. En quoi le contexte local influence-t-il votre

SPEAKER_01

travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Quand je suis arrivée, j'ai été hyper marquée par les contentieux liés à la montagne. beaucoup d'accidents parce qu'en fait la montagne on croit qu'elle est accessible et puis la montagne c'est pas si facile beaucoup d'accidents bêtes avec des personnes qui pensent qu'une vache qui est en estive on peut aller la caresser c'est sans risque et qui finit en cornée donc j'ai quand même des situations quand même en mémoire dont là on prend avec le sourire mais quand même des situations parfois très dramatiques qui m'ont vraiment marqué au début je trouve ça se tasse quand même même si il y a beaucoup d'affluence en montagne je trouve que du point de vue des accidents c'est au moins avec Les vaches, ça se tasse. Après, les interventions secours, ce n'est pas le cas. Ils font beaucoup de pédagogie pour essayer de faire comprendre à la population de faire attention quand elle part en montagne, aux conditions, jusqu'où on va et avec quel équipement, parce que ça crée ensuite quand même énormément d'interventions. Et le deuxième volet, mais qui, lui, s'est beaucoup tassé, c'était, que je n'avais pas imaginé, mais effectivement, on a deux régiments sur la ville, c'était la violence des militaires. Quand je suis arrivée, on avait beaucoup d'infractions violentes en lien avec les militaires, souvent sous au fond d'alcool, qui se sont quand même calmées, peut-être aussi parce que tout le monde est devenu un peu violent, mais c'est des choses que je n'avais pas anticipées. Après, on est dans un département rural, donc il y a des infractions qu'on connaît, forcément il va y avoir des infractions en lien avec l'environnement, beaucoup plus dans un département rural que dans un département qui serait plus citadin, et beaucoup d'infractions intrafamiliales et notamment sexuelles, ça c'est partagé par beaucoup de départements ruraux, comme l'est le départ

SPEAKER_00

Le

SPEAKER_01

droit et les besoins criminogènes sont

SPEAKER_00

mouvants.

SPEAKER_01

Ainsi, comment parvient-on à se tenir à jour

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

On espère être à jour. Quand on reçoit des stagiaires ou des auditeurs de justice, on essaie de se mettre à jour avec eux, ce qu'ils apprennent au quotidien. Et ensuite, on a quand même une veille juridique qui est faite au niveau des parquets généraux, en ce qui concerne nous, les parquets, mais de manière générale, au niveau des cours d'appel, répercutés par les procureurs, les présidents, qui nous permettent d'être à jour avec des circulaires qui sont prises par le garde des Sceaux, par le ministère pour pouvoir suivre toute cette actualité qui est effectivement très mouvante. Et puis des fois, on découvre une réforme par hasard, surtout quand elle est prise un 24 décembre pendant les congés. C'est arrivé sur la matière routière il y a quelques années quand ils ont instauré le AD, le dispositif éthylotest anti-démarrage, un 24 décembre. Je pense qu'on s'en est rendu compte plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard. On essaie d'être au maximum à jour.

SPEAKER_00

Selon

SPEAKER_01

vous, l'essor du numérique et notamment des réseaux sociaux a-t-il un impact particulier sur la commission d'infraction

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Il reste toujours des téléphones et donc c'est quand même un vrai fléau d'avoir des personnes qui sont détenues et qui continuent à être en contact avec les victimes ou continuent à exercer leur fonction parce que ça devient un métier pour certains délinquants. Je pense notamment à un individu qui faisait du proxénétisme depuis la détention en tête de réseau. On a réussi à faire condamner, mais là, le téléphone, c'est un vrai fléau.

SPEAKER_00

Vous êtes confrontée à des situations sensibles, donc inhérentes à la matière pénale. Comment parvient-on à se détacher des scènes difficiles ou marquantes auxquelles vous auriez pu être confrontée au cours de votre journée

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Je pense qu'on a quand même un rempart qui est... Le métier, c'est-à-dire que comme on exerce une fonction et qu'il y a un côté très technique quand même, même si on est sur un fait divers, il y a une infraction à caractériser, il y a des investigations à faire. Le fait d'être concentré sur l'aspect professionnel des choses permet de mettre à distance l'émotionnel. Après, l'émotionnel, il est présent. On ne peut pas toujours lutter. Sur mon dernier dossier d'assises, il y a une victime qui est venue témoigner, qui m'a vraiment touchée. Là, c'est des techniques comme tout le monde. On souffre, on prend sa respiration, on boit un coup et puis... On essaie de passer à autre chose. Il y a des situations qui vont nous marquer un peu plus, des choses auxquelles on va repenser le soir qui vont nous marquer. Je pense qu'il faut juste apprendre à vivre avec, pas faire comme si ça n'existait pas, pour pouvoir justement ne pas se laisser envahir par le côté émotionnel dans notre prise de décision. Parce que nous, ce qui est nécessaire, c'est d'avoir du recul dans les décisions qu'on va prendre pour pouvoir justement avoir cette justesse et une décision qui soit la plus adaptée possible. Donc il faut les accueillir, ces émotions, et pas les rejeter. Et puis voilà, apprendre à vivre avec les trois quarts du temps quand même je pense qu'on fait rempart juste parce qu'on est professionnel et on exerce, on dit d'ailleurs souvent qu'une fois qu'on met la robe on est quelqu'un d'autre en fait, la robe nous protège mais c'est un peu ça l'idée on a notre code, on a notre objectif, on essaie de poursuivre les investigations pour les mener à terme, on est sur une audience on essaie de prendre les déclarations qui vont et viennent pour pouvoir aller au bout de notre démonstration avec un objectif, je pense que notre rempart il est

SPEAKER_00

là. Est-ce que les bénéficie d'une d'une aide psychologique

SPEAKER_01

elle existe oui oui on a des propositions et si on le souhaite on peut toujours rencontrer un médecin du travail ou un psychologue du travail il n'y a pas de difficultés ça existe si on en ressent le besoin j'ai non par contre c'est pas une obligation

SPEAKER_00

que pensez-vous du sujet de diverses attaques concernant l'inefficacité de la justice la lenteur de la justice ou encore du potentiel acharnement sur certaines infractions Au revoir.

SPEAKER_01

C'est le jeu. Après, la justice est lente. Oui, c'est-à-dire qu'on vit dans un monde de l'immédiateté. Donc forcément, la justice, elle, elle ne peut pas être dans l'immédiateté en permanence. Ce ne serait pas une réponse pénale juste et adaptée, même pour les victimes au premier lieu. Si on jugeait un homicide involontaire le lendemain qu'il a été commis, la famille serait, je pense, anéantie de devoir tout de suite comparaître sur une audience qui est lourde. Donc l'immédiateté ne peut pas notre temps. Donc forcément, partant de là, la justice est lente. Après, c'est vrai que la justice est peut-être quand même trop lente. Je vois que nous, on convoie qu'en audience pénale, beaucoup trop tard. On est les premiers à ne pas être satisfaits de ça, à essayer de faire en sorte de juger autrement. Ça crée des réponses pénales qui peuvent être dégradées, d'autres critiques sur une justice qui serait laxiste. Voilà, moi, ça m'affecte, ça me touche. J'essaie de ne pas trop regarder les réseaux sociaux pour justement, parce que ça pleut, les commentaires sur sur le laxisme. Et j'essaie de voir concrètement le travail qu'on mène, l'utilité qu'on peut avoir dans un dossier en particulier, en espérant qu'on l'ait dans un maximum de dossiers. Ce qui est réconfortant, c'est quand on a des enquêteurs qui estiment que la réponse a été adaptée, quand on a des victimes qui nous remercient de la réponse qui a été adaptée, quand on a des partenaires qui nous remercient du travail accompli. Et puis, voilà, j'essaie de m'investir quand même toujours au maximum pour lutter contre ça et ouvrir nos portes. Parce qu'il n'y a qu'en comment on travaille, dans quelles conditions on travaille, qu'on peut peut-être essayer de comprendre comment on en arrive

SPEAKER_00

là. Est-ce qu'il vous arrive d'être sollicité par le

SPEAKER_01

législateur afin de trouver des solutions pour améliorer justement cette forme de lenteur

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, individuellement, non. Par contre, oui, on a des groupes de réflexion, des groupes de travail, différentes associations qui existent au sein de la magistrature avec des associations professionnelles très ciblées. Par exemple, moi, je fais partie du bureau de l'Association nationale de l'exécution des peines. Je n'ai malheureusement pas pu m'investir comme je l'aurais souhaité. Mais en tout cas, dans ce bureau-là, il y a des collègues qui participent directement à Paris, à la rédaction de réformes, de projets. La Conférence nationale des procureurs est impliquée aussi. Il y a d'autres associations professionnelles dans d'autres domaines. Donc oui, on peut être associé, si on le souhaite en tout

SPEAKER_00

cas. Alors, qu'aimeriez-vous que les citoyens comprennent mieux de la justice et qu'aimeriez-vous que les citoyens retiennent du

SPEAKER_01

rôle du procureur

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

C'est large. Dans un monde idéal, j'aimerais que les citoyens comprennent qu'on essaie de faire au mieux et que c'est important pour nous de bien juger et peut-être un peu déconstruire cette image du procureur qui est nécessairement ferme parce que je trouve que ça nous dessert. C'est-à-dire que l'argument qu'on nous oppose à l'inverse, c'est que le procureur a demandé ça parce que lui, il est ferme et le juge ne le sera pas. Non, je Justement, si on est juste et qu'en fait on est suivi en permanence, là je trouve qu'on est plus cohérent, plus percutant.

SPEAKER_00

Très bien. Alors si vous aviez une ou plusieurs anecdotes, bien sûr en conservant le secret professionnel, mais concernant un dossier ou un moment particulier de votre carrière qui vous aurait marqué et que vous souhaiteriez nous partager

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Des anecdotes, on en a tous plein forcément. Après, à partager, c'est compliqué parce qu'il y a aussi le secret de l'enquête, Là, comme ça, du coup, c'est quand même très compliqué. En tout cas, je dirais que c'est au quotidien, les anecdotes. Il y a toujours quelque chose à raconter. C'est ce que je peux dire pour détendre un peu les choses et casser l'image très rigide du magistrat et du magistrat du parquet. C'est que moi, j'aime bien la permanence, essayer de détendre quand même, parce que la permanence, c'est quand même tendu. Et puis, on a beaucoup de choses à faire en même temps, avec beaucoup de choses à faire. de contraintes horaires puisque les gardes à vue ne durent pas non plus indéfiniment. Moi j'aime bien quand même essayer de détendre les enquêteurs donc il m'est arrivé de faire quelques blagues, demander des auditions de poule avec un enquêteur qui ne comprenait pas en face de quoi je lui parlais mais qui n'osait pas me dire qu'il me prenait pour une folle parce que je représente quand même le magistrat du parquet. Ça crée des situations cocasses. J'ai eu le droit dans un dossier où on a demandé l'examen médical d'un gardé à vue à avoir un certificat médical qui reprenait mon nom, comme si le médecin m'avait examiné et déterminé que j'étais compatible avec une garde à vue. Voilà, quelques anecdotes que je peux parler, qui n'évoquent pas les dossiers et qui permettent un petit peu de détendre cette situation où on est quand même des

SPEAKER_00

professionnels rigoureux. C'est important. Si vous pouviez changer une chose, ou plusieurs, on va commencer par une, dans le système judiciaire français, qu'est-ce que ce

SPEAKER_01

serait

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

La libération sous contrainte de plein droit. Je pense que mes collègues me verrez à travers ça. Non mais parce qu'alors ça, c'est la fausse bonne réforme et c'est d'ailleurs le seul cas, moi, devant le juge d'application des peines où je requière l'application de la loi sans autre réflexion tant je trouve que c'est aberrant d'en arriver jusque-là. Je trouve qu'il n'y a plus de réflexion, c'est-à-dire qu'on doit faire sortir les personnes de détention automatiquement à moins de trois mois de leur fin de peine quand elles ont commis certaines infractions. Heureusement, ce n'est pas sur toutes. Et c'est ce côté automatique qui est complètement aberrant parce qu'on ne se pose plus la question de la réinsertion. On fait ça pour vider les prisons parce qu'il y a trop de monde en détention. Mais au final, force est de constater que depuis la libération de contraintes de plein droit, le monde en prison n'a pas réduit. Et au contraire, on crée des situations dans lesquelles la réinsertion ne devient pas possible. Les gens sont presque jetés à la rue. Du coup, on focalise aussi le travail du service pénitentiaire d'insertion et de probation sur ces personnes-là parce qu'elles sont nombreuses, parce que les échéances arrivent très vite. Donc il faut quand même préparer un minimum ces dossiers, même s'il y a peu de préparation possible. Et donc, en contrepartie, ceux qui nécessitent un véritable suivi dans les maisons d'arrêt, ces détenus-là ne sont pas suffisamment suivis. On n'arrive pas suffisamment à préparer leur projet. Je trouve que c'est effet boule de neige où l'application des peines perd totalement son

SPEAKER_00

sens. À quel point êtes-vous en relation aussi avec le

SPEAKER_01

SPIP

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors ça, ça va dépendre du service qu'on exerce. Comme j'ai exercé à l'exécution des peines au parquet, j'étais quand même en lien assez étroit. Et puis ça dépend comment on exerce nos fonctions. Parce que le premier interlocuteur du SPIP, Ça reste le juge d'application des peines. C'est lui qui est en lien direct avec ce service, qui va suivre les personnes qui sont condamnées soit à une peine qu'elles exécutent en milieu libre, soit incarcérées. Nous, le procureur, on va intervenir sur des demandes du juge d'application des peines qui va nous communiquer des situations, soit parce qu'il y a une violation d'interdiction à l'extérieur, soit parce qu'il y a une échéance qui arrive judiciaire pour une personne qui est détenue avec la commission d'application des peines pour les remises de peine, les permissions de sortie ou le débat contradictoire. Maintenant, selon les établissements pénitentiaires qu'on a, on peut être quand même, sans prendre le rôle du juge d'application des peines, chacun a son rôle et le donneur d'ordre, ça reste le juge d'application des peines, être en lien aussi avec le service pénitentiaire d'insertion et de probation pour que les projets qu'il va construire avec la personne détenue, notamment en longue peine, puisque là, on a un établissement maison centrale sur le département, puissent être aussi un peu faits en lien avec l'avis du parquet. C'est-à-dire que c'est pas parce que le parquet n'est pas d'accord que le projet il ne va pas être monté, mais en tout cas, le parquet peut être associé pour que la personne sache que peut-être qu'il va y avoir des leviers qu'il va falloir lever pour que la décision puisse être reprise. Donc sur des longues peines, je trouve que c'est quand même important à des moments où le juge d'application des peines est là, parce que c'est lui le référent, donc par exemple en commission d'application des peines, de pouvoir évoquer un certain nombre de projets, pourquoi cette permission de sortie va être demandée et que les choses n'arrivent pas comme un cheveu sur la soupe où le parquet dirait, ben non, là, moi, c'est pas du tout, ce sera un refus de principe, alors qu'en préparant les choses, on peut y être associés. Mais ça c'est quand on a le service de l'application des peines, sinon on peut être en lien avec eux à la permanence puisque dans beaucoup de départements le SPIP fait une partie des enquêtes de personnalités préalables à l'audience et notamment sur des ferments. Mais là c'est un contact très rapide où on explique pourquoi on demande une enquête de personnalités, qu'est-ce qui est entendu, quelles vont être nos réquisitions, là il n'y a pas véritablement de suivi.

SPEAKER_00

Alors à l'issue de l'école de la magistrature, vous sentez-vous prête à affronter le monde du travail Alors

SPEAKER_01

je pense quand même que on est préparé à la prise de fonction et donc je ne crois pas m'être dit j'aurais aimé savoir ça. Je pense que la formation est tellement bien faite, tellement riche, vraiment l'école de la magistrature, c'est une école qui est exceptionnelle, qu'elle nous prépare mentalement. Par contre, on n'est absolument pas prêt à être un professionnel et je pense qu'on peut rassurer tout le monde et je pense que c'est le cas pour un avocat. Je n'ai pas écouté tous les podcasts, mais j'imagine qu'on vous dit régulièrement ça, que le premier jour, quand on arrive dans le bureau et qu'on a des dossiers et qu'il faut faire quelque chose, il y a quand même un sentiment de panique au début. Je vous rassure. Et puis après, en fait, les réflexes viennent très, très vite parce qu'on est vraiment bien formés. Ça

SPEAKER_00

fait plaisir à entendre et c'est rassurant. Alors, selon vous, est-il nécessaire pour un étudiant d'envisager dès le début de son parcours universitaire

SPEAKER_01

une profession

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Nécessaire, non. Parce que je pense qu'en plus, à la fac, on découvre plein de métiers qu'on ne suspectait pas, que les différents stages qu'on peut avoir l'occasion de réaliser peuvent nous ouvrir des voies. Maintenant, c'est sûr que je pense que c'est plus facile de poursuivre des études et de rester motivé parce que c'est dur, c'est lourd, c'est long quand on sait ce qu'on veut faire, même si on ne sait jamais si on va y arriver, plutôt que quand on est un peu perdu. Certainement que ça donne quand même des pistes supplémentaires, mais nécessaires, non, je ne pense pas. Et d'ailleurs, en prépa, on avait un intervenant qui disait que que c'est pas parce qu'on allait rater le concours de la magistrature qu'on avait raté notre vie et qu'ils connaissaient plein de personnes et maintenant je peux dire la même chose et faire ma vieille qui en fait ont découvert une vraie vocation dans une autre profession en passant des concours dont ils n'avaient même pas imaginé l'existence en rentrant en fac de

SPEAKER_00

droit Alors que pourriez-vous conseiller à un étudiant qui souhaiterait passer

SPEAKER_01

le concours de la magistrature

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

De

SPEAKER_00

rester persévérant

SPEAKER_01

parce qu'on y arrive c'est possible, c'est sûr que c'est dur parce que c'est un concours donc il y a de l'aléa on ne maîtrise pas il ne faut pas avoir juste la moyenne on est en concurrence avec les autres et puis les places sont chères même s'il y a de plus en plus de personnes admises les places sont quand même chères mais je dirais que moi c'est un métier malgré les conditions même si c'est parfois dur même si on râle souvent de ne pas être assez nombreux de ne pas avoir des logiciels qui sont performants de perdre du temps sur des choses c'est un métier passionnant je ne ferai rien d'autre mais heureusement que j'en suis là je ne sais pas ce que j'aurais fait sinon on rebondit donc je dirais qu'il ne faut pas lâcher faire un bon conseil qu'on m'avait donné pratique aux pratiques sur la préparation du concours en tant que tel parce que je m'étais posé la question est-ce qu'il faut faire plutôt un master plutôt qu'un autre est-ce qu'il faut être généraliste c'était essayer de s'éclater le maximum dans ses études dès qu'on le peut et c'est vrai que le master 2 le permet c'est pour ça que j'avais fait un master très ciblé et qui ne préparait pas du tout à la matière mais parce qu'il y a besoin quand même de s'être bouffé d'air et puis de se rassurer sur ce qu'on va faire quand même va nous plaire parce que ça va nous prendre beaucoup de temps qu'il vaut mieux que ça nous plaise faire des stages à ce moment là et puis ensuite on se consacre dans la préparation du concours mais dès que possible essayer quand même de prendre du plaisir au delà du bachotage des premières années de droit

SPEAKER_00

et enfin pour conclure s'il était possible de réaliser un épisode avec la personne de votre choix qu'elle soit accessible ou non qui serait-ce et pourquoi

SPEAKER_01

J'aurais rêvé de rencontrer Robert Dadinter. Mais ça, je pense que je ne suis pas la seule. Je l'ai rencontré, mais de loin, pas dans un épisode. Après, ça aurait été drôle de faire un podcast, parce que ça, c'est plus réaliste, avec une de mes meilleures amies qui est avocate pénaliste, parce qu'on confronte régulièrement nos regards qui sont très différents. Donc ça aurait pu être drôle de

SPEAKER_00

ce point de vue-là. Très bien. Écoutez,

SPEAKER_01

madame, je vous remercie

SPEAKER_00

pour votre temps, pour vos réponses. Merci à vous. Merci beaucoup. Au revoir. Au revoir. Sous-titrage ST' 501

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