Microscope

Jeunes transgenres : vers des soins plus humains et mieux adaptés

Fondation de la recherche pédiatrique Season 1 Episode 7

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Si seulement il y avait eu quoi que ce soit qui ressemblait à cette étude au moment où j’ai entamé ma transition, ça aurait sans doute fait une immense différence sur ma vie et mon bien-être. »

Alors que les jeunes transgenres font face à des défis importants en matière de santé mentale et d’accès à des soins adaptés, cet épisode du balado Microscope met en lumière l’importance d’une recherche rigoureuse, ancrée dans l’expérience vécue, pour mieux accompagner ces jeunes et leurs familles.

Andréanne Théberge reçoit le Dr Nicholas Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l’adolescence, ainsi que Pascale Drevillon, artiste pluridisciplinaire, actrice et réalisatrice.

À travers un échange sensible et éclairant, Pascale partage un témoignage profondément humain sur son parcours, tandis que le Dr Chadi présente PARLONSMAAT, un projet de recherche soutenu par la Fondation de la recherche pédiatrique. Une étude novatrice qui vise à mieux comprendre les effets des soins médicaux d’affirmation de genre sur la santé, le bien-être et la qualité de vie des adolescents transgenres.

💚 Soutenez la recherche pédiatrique : https://www.zeffy.com/fr-CA/donation-form/soutenir-la-recherche-le-bien-etre-des-adolescentes-transgenres

🔬 Découvrez le projet PARLONSMAAT : https://fondationrecherchepediatrique.ca/votre-impact/projets-de-recherche-finances/etude-sur-limpact-des-soins-medicaux-chez-les-adolescents-transgenres/



Partenaire présentateur - Équipe Gilbert associée à IG Gestion Privée de Patrimoine

Cet épisode est rendu possible grâce à l'Équipe Gilbert associée à IG Gestion Privée de Patrimoine, partenaire présentateur du balado Microscope. En soutenant la recherche pédiatrique, ils contribuent concrètement à faire avancer des initiatives qui misent sur la prévention, la rigueur scientifique et un impact durable dans la vie des jeunes et de leurs familles.

🔎 Apprenez-en plus sur le Programme philanthropique d’IG Gestion de patrimoine : https://www.equipegilbert.ca/dons-de-bienfaisance

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Bonjour tout le monde, bienvenue à ce septième épisode du balado Microscope présenté par l'équipe Gilbert associée à IG Gestion privée de patrimoine, le balado de la Fondation de la recherche pédiatrique. C'est un espace pour mieux comprendre les recherches scientifiques qu'on soutient et surtout l'impact très concret que ça a sur la vie des jeunes et des familles. Aujourd'hui, on va parler d'un sujet profondément humain et c'est la trajectoire de soins des personnes trans et non-binaires au Québec. On estime qu'il y a environ 2500 jeunes qui s'identifient comme trans ou non-binaires et ces jeunes ont beaucoup plus de chances de vivre de l'anxiété, de la dépression, des troubles alimentaires et même des idées suicidaires. On parle de deux à trois fois plus de chances que le reste de la population. De plus en plus de jeunes ont accès à des soins affirmatifs, bloqueurs de puberté, hormonothérapie, accompagnement spécialisé et les données actuelles montrent des bénéfices importants sur leur santé mentale. et leur bien-être à court terme. Mais il est essentiel d'avoir une trajectoire à long terme, de documenter la trajectoire à long terme pour mieux accompagner les jeunes et soutenir les familles avec des données solides. C'est pourquoi la Fondation de la recherche pédiatrique a décidé de soutenir le projet Parlons SMAT du Dr Nicolas Chadi. C'est une étude longitudinale qui va suivre les personnes trans et non-binaires afin de mieux comprendre leur parcours de soins et d'identifier les meilleures façons de les soutenir. Pour en parler, je vais recevoir le docteur Nicolas Chadi, qui est pédiatre au CHU Sainte-Justine et professeur à l'Université de Montréal. C'est un chercheur clinicien, donc il est sur le terrain avec les jeunes et il a publié plus d'une centaine de recherches scientifiques sur la santé mentale des jeunes. C'est vraiment un honneur de le recevoir. Et on va aussi entendre le témoignage de Pascal Drevillon, qui est une artiste multidisciplinaire, une artiste queer qui est réalisatrice, qui est autrice comédienne. Son témoignage est inspirant. Elle a une force magnifique. Les discussions qui sont ressorties pendant le balado vont me rester longtemps. Ça m'a vraiment ouvert les yeux sur notre responsabilité collective, individuelle, devant le regard des autres, devant nos idées préconçues, devant les cases, les étiquettes qu'on se met. C'est vraiment un balado très, très, très enrichissant. Et je vous rappelle qu'il est présenté par l'équipe Gilbert associée à I et gestion privée de patrimoine qui, comme la Fondation de la recherche pédiatrique, pense que de planifier et investir maintenant va avoir un impact positif demain. Et si jamais vous pensez que vos dons peuvent être mieux planifiés pour commencer à donner ou pour donner davantage, vous pouvez consulter un expert en philanthropie de l'équipe Gilbert. Le lien de leur site va être disponible dans la description de l'épisode. Je vous souhaite une magnifique écoute, tout le monde. Pascal Drevillon, merci d'être là. Je suis vraiment contente de te recevoir. Parce qu'on ne se connaît pas, mais on a fini l'école de théâtre à un an d'intervalle, c'est ça. On s'est croisés à quelques reprises. C'est la première fois que je vais vraiment apprendre à te connaître. Et je suis très heureuse que tu aies accepté notre invitation. Merci d'être avec

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nous.

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Merci à toi. Et Dr Nicolas Chadi, enchanté, honoré de te recevoir. Un homme de beaucoup de talent qui en fait... énormément pour la médecine pédiatrique, la santé mentale des adolescents, entre autres.

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Merci d'être

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là. Merci de nous recevoir, c'est un plaisir. Donc, tu as fondé, co-fondé une clinique pour... Parle-moi un petit peu plus de cette clinique-là, sur la diversité de genre.

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Oui, voilà. Donc, je suis pédiatre, spécialisé au niveau de la santé des adolescents. Puis, quand je suis rentré en poste en 2019, il y avait un besoin vraiment criant au Québec pour offrir des soins liés à l'identité de genre dans la population pédiatrique. Donc, à mon arrivée à Sainte-Justine, j'ai cofondé une nouvelle clinique interdisciplinaire pour vraiment remplir un vide c'est-à-dire offrir des soins holistiques humains pour les jeunes personnes qui ont des questionnements, qui cherchent un soutien, un appui au niveau médical par rapport à leur identité de genre. Puis cette clinique-là s'est construite. Je l'ai cofondée avec une collègue, Dr Lynn Chignara, qui est endocrinologue. Moi, j'étais là pour le côté évaluation, santé mentale, santé globale. J'avais déjà fait une formation avancée au niveau de l'identité de genre à Toronto. Et puis, donc, on a mis le projet vraiment là sur des roulettes. On a grandi notre équipe avec le temps. Et puis, 2022, on a une équipe psychosociale qui permet de répondre aux besoins médicaux, mais aussi aux besoins plus au niveau de la santé mentale, au niveau de la famille, du soutien, plus généralement.

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Bravo! Oui, bravo! Et qu'est-ce qui t'a donné le goût et... qui t'a donné... Pourquoi c'est important pour toi la santé mentale des personnes trans et

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non-binaires? Oui. Mes intérêts professionnels puis de recherche, en fait, sont vraiment axés sur l'adolescence, au sens plus large. Puis j'ai développé des intérêts pour les questions liées à l'abus de substance, à la santé mentale, puis tout ce qui touche à la sexualité, puis l'identité de genre. J'ai basé beaucoup sur des éléments, des événements personnels, des choses qui me sont arrivées à des proches, des personnes de ma famille, pour tout ce qui est de l'identité de genre J'ai eu des expositions très tôt aussi dans ma formation en médecine à des jeunes personnes qui avaient des parcours liés à leur identité de genre, des cliniques qui étaient en émergence au Québec puis ailleurs. Puis j'ai vraiment senti qu'il y avait un besoin, qu'il y avait une façon de faire une différence aussi dans la vie de plusieurs personnes qui devaient faire beaucoup, beaucoup de sacrifices, des fois avoir des grandes difficultés pour trouver des soins ou des services qu'ils avaient besoin. C'est aller me chercher, puis avec des rencontres, avec des des réflexions, avec des formations, finalement, c'est devenu quelque chose de vraiment très important pour moi. Puis, j'ai passé deux ans dans une très grande clinique de diversité de genre pédiatrique à Toronto, finalement, pour consolider un peu mon intérêt pour la chose, puis aussi mes habiletés, mes aptitudes pour pouvoir finalement démarrer une clinique au Québec. Puis, c'était très étonnant pour moi qu'à Montréal, une grande ville moderne, cosmopolite, avec des personnes vraiment de toutes les diversités, qu'on n'ait pas, finalement, une clinique publique qui pouvait répondre aux besoins de la population en français. Il y avait des services anglo-anglophones dans le privé, mais rien de complètement disponible. Donc, c'était vraiment important pour moi d'aller dans cette direction-là.

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Et c'est environ 600 jeunes qui consultent la clinique par

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année. Oui, on dirait même 700, presque 800. On reçoit entre 200 et 250 demandes de consultation chaque année. Malheureusement, ça veut aussi dire qu'on a des assez longs délais d'attente Mais on ne travaille pas seul comme clinique. On a des partenariats avec une multitude d'organismes, de professionnels, d'associations qui sont soit à Montréal ou à l'extérieur pour soutenir les jeunes, les familles pendant la période d'attente, puis aussi en parallèle avec le processus d'accompagnement à notre clinique. Donc, on sait que c'est un besoin. La transidentité, ça touche des centaines et des centaines de jeunes personnes

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au Québec. Moi, il y a environ 2500 jeunes. Si j'ai bien vu, c'est près de 1% de la population, j'ai vu. vu, c'est ça, quand même. Et le besoin était criant. Moi aussi, je suis surprise de voir qu'il n'y avait pas d'endroit public pour ça, mais bravo d'avoir créé ça, c'est merveilleux. Et là est née cette idée, parlons SMAT, de faire un projet de recherche. Parle-moi un petit peu de ce

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projet-là. Et voilà, donc au niveau de mon identité professionnelle, en fait je suis à la fois clinicien, donc pédiatre Je vois des jeunes dans un bureau en consultation hospitalisé. Mais je suis aussi chercheur. Donc, j'ai un background, une formation en recherche. Puis, je combine ces deux intérêts-là avec l'idée de vouloir améliorer les soins en pédiatrie. Donc, quand la Clinique de diversité de genre a été fondée, il y avait une vision de faire à la fois, de rendre un service, donc de faire de la médecine, de faire de la pédiatrie, mais aussi de contribuer à la recherche, à améliorer les soins spécifiquement liés à l'identité de genre. Puis on sait que c'est vraiment un domaine assez nouveau en clinique, mais on sait qu'il n'y a pas beaucoup d'études actuellement, surtout au niveau d'études québécoises ou canadiennes, qui pourraient nous dire qu'est-ce qui marche le mieux, comment mieux accompagner les jeunes personnes aux différentes étapes de leur parcours, quels sont les soins, à quel moment, donné dans quelles circonstances et quelles conditions. Il y a des études qui démontrent sans aucun doute que le fait d'offrir du soutien aux jeunes personnes trans, ça améliore le bien-être. Ça, on s'entend là-dessus. Puis il y a plusieurs études qui le démontrent. Mais les détails du comment, vraiment dans l'application, ça reste quelque chose qui est à bâtir et à construire. Il y a des études européennes, du Canada aux États-Unis, mais il y a un manque pour des données qui sont locales, qui nous ressemblent, qui nous permettent de mieux comprendre finalement les besoins liés à l'identité de genre au Québec. Et puis donc, cette vision-là, elle est venue avec la création de la clinique. Et puis, l'idée, elle avait été semée finalement, dès le début, de faire une étude qui serait ambitieuse, qui offrirait à toutes les personnes suivies à la clinique de contribuer finalement leurs données médicales à la science pour permettre d'évaluer l'efficacité et l'impact de ce qu'ils reçoivent comme service dans l'optique d'éventuellement les peaufiner, les améliorer pour essayer de finalement améliorer les soins qui vont être donnés.

SPEAKER_02

Donc, est-ce que tous les jeunes que vous recevez présentement à la clinique, leurs données vont être utilisées pour à des fins... de la recherche de Parlons

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Smart? C'était en fait un grand rêve de pouvoir en arriver là, parce que dans les faits, la vision d'une étude comme ça, puis l'application, ça demandait des ressources, des moyens, des protocoles, des fonds. Et puis depuis l'automne 2025, oui. Donc, tous les nouveaux patients, toutes les nouvelles patientes, les nouvelles familles qui viennent nous voir ont l'opportunité finalement de participer à la recherche qui est menée actuellement. Ce n'est pas une obligation, c'est un choix. Si on participe, tout se fait vraiment de de façon confidentielle, les données sont anonymisées. Et puis, il y a une partie aussi active où on remplit des questionnaires sur notre bien-être, sur notre santé mentale au fil du temps pour voir finalement comment les soins reçus se reflètent dans le fonctionnement global, le bien-être. Et puis, donc, c'est un début pour cette étude-là qui est ambitieuse et on vise à la poursuivre pour les prochaines 10, 20, 30 ans. C'est ça, vous allez

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suivre ces adolescents-là sur une longue période parce qu'en ce moment... je pense qu'il existe des données, mais sur une courte période, juste quand les enfants sont en confirmation de genre ou commencent à être des prises de médicaments ou tout ça, mais il n'y a rien qui les suit dans le temps. Et là, ça va être une étude longitudinale qui va les suivre presque jusqu'à peut-être, c'est ça, 30 ans pour voir l'évolution.

SPEAKER_00

– On espère. En fait, la vision, ça serait que l'étude se poursuive tant et aussi longtemps qu'il y a des fonds, qu'il y a une volonté de le faire. Oui, les études qui existent souvent sont sur une période d'un à deux ans. Puis, ils ne vont pas permettre de répondre aux questions qui sont souvent les plus pressantes pour les jeunes ou les parents. Quand je vais être adulte, ça va faire quoi? Je vais me sentir comment? Est-ce que ça va m'aider pour le reste de ma vie? Bon, est-ce qu'il va y avoir des regrets? Est-ce qu'il va y avoir des moments de bonheur, de plaisir liés à certaines choses? Est-ce qu'il pourrait y avoir certains effets à suivre, des effets secondaires de certains traitements au fil du temps? Puis, si on n'a pas une période de suivi assez longue, on n'est pas en mesure de répondre à ces questions-là.

SPEAKER_02

C'est ça. En ce moment, il n'y a aucune donner

SPEAKER_00

sur tout ça? Il y a quelques études qui viennent d'Europe qui sont sur des longues périodes de temps, mais c'est dans des approches, des cliniques qui ne reflètent pas les façons de faire actuelles au Canada. Des protocoles très stricts, finalement, des jeunes qui auraient commencé à recevoir des soins au tout début de l'enfance, qui ont été suivis toute leur vie, ça reflète peut-être la situation de certaines personnes au Québec, mais pas nécessairement l'ensemble. Donc, l'idée, c'est d'avoir un projet de recherche à l'image de la diversité, finalement, de genre, oui, mais la diversité au sens large des jeunes personnes qui vont consulter

SPEAKER_02

dans des cliniques comme la nôtre. Et qu'est-ce qu'on... Qu'est-ce que vous allez mesurer dans votre étude? Je sais qu'il va y avoir une partie plus au niveau de l'anxiété, parce que c'est deux à trois fois plus d'anxiété qui est ressentie chez les personnes trans et non-binaires. Ça, je ne savais pas qu'il y avait un aussi grand écart avec la population générale. Vous allez mesurer ce genre de données-là? Est-ce que vous allez mesurer des données plus physiques? Et quand on parle de l'entourage, est-ce que vous allez parler à la famille, aux écoles? C'est quoi toutes les mesures qui vont être

SPEAKER_00

prises? Merci pour la question. En fait, c'est une étude qui va se baser sur différentes sortes de données. Donc, il va y avoir toutes les données médicales ou de santé physique qui viennent avec un dossier de suivi de patients à l'hôpital. Donc, nos caractéristiques, quand on vient consulter la première fois, puis au fil du temps, notre taille, notre poids, donc certaines choses qu'on va recevoir en traitement, que ce soit des médicaments ou que ce soit accès à certaines procédures, etc., ça va être noté, ça va être pris en compte dans l'étude. Il y a des données qui sont auto-rapportées. Donc, les ados, s'ils sont plus jeunes, avec l'aide de leurs parents, des indicateurs au niveau de leur bien-être. De mentionner la santé mentale, c'est super important aussi pour l'ensemble des problématiques Puis à la santé mentale, les symptômes sont plus fréquents chez des personnes qui ont des questionnements ou qui sont en processus d'affirmation de leur identité de genre. Donc, on veut mesurer au fil du temps les symptômes de dépression, d'anxiété, de bien-être global, de fonctionnement. On va aussi mesurer le soutien, le soutien social de la famille et de l'entourage. Comment c'est perçu par la jeune personne concernée au fil de sa vie. Puis il va y avoir d'autres volets, effectivement, pour aller comprendre le vécu, non seulement des jeunes personnes qui consultent à la clinique, mais aussi de leur entourage, leurs parents, leurs proches, des gens de leur milieu, les professionnels qui peuvent leur offrir du soutien. Puis aussi, avec le temps, idéalement, on va être capable de suivre le bien-être au sens plus large des jeunes personnes. Donc, est-ce qu'ils vont consulter pour d'autres motifs, pour leur santé? Est-ce qu'il va y avoir des impacts, finalement, des soins reçus sur la santé physique à long terme, la santé mentale à long terme? Est-ce que ça va avoir un impact sur les visites à l'urgence, les hospitalisations, des choses comme ça? Donc, tous des enjeux quand même importants qui vont converger finalement à même une même étude. Puis en fait, notre étude, c'est une vaste banque de données. Donc, quand on accepte de faire partie de l'étude, les données rentrent dans cette banque qui vont pouvoir être utilisées pour répondre à plusieurs questions de recherche au

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fil du temps. C'est vraiment super. Pascal, comment tu te sens en entendant tout ça? C'est de la musique

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à mes oreilles. Seulement, il y avait eu quoi que ce soit qui ressemblait à ça au moment où j'ai entamé ma transition ça aurait sans doute fait une immense différence dans ma vie, dans mon bien-être. C'était à quel moment pour toi? 2007-2008, ça fait déjà un certain temps. Si on pense juste à l'état d'Internet dans ces époques-là, c'était pas comme c'est aujourd'hui. Juste réussir à trouver des informations, trouver des pairs, tout simplement, trouver des médecins, des ressources, c'était très difficile, très complexe. Oui, c'était aussi très aliénant de sentir... que toute l'identité de genre était traitée comme une espèce de virus grandissant, étrange et si différent de tout le reste du monde entier. Tandis qu'aujourd'hui, on comprend, on a un regard aussi plus historique sur l'évolution de l'identité de genre à travers les millénaires. Je veux dire, à quel point c'est tellement humain, à quel point on est complexe. Bravo

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

Quel merveilleux travail.

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Merci. On espère finalement que ça va avoir un impact positif dans la vie de plusieurs jeunes personnes. Une des choses que j'apprécie particulièrement de mon travail en clinique, mais aussi en recherche, c'est de travailler avec les personnes qui sont concernées. Au sein même de notre équipe de recherche, on a formé un réseau aviseur, finalement, qui est formé de jeunes personnes, de la diversité de genre, leurs parents, leurs proches, de personnes qui viennent de la communauté, aussi d'organismes communautaires et tout, pour entendre leurs questions, leurs besoins, puis co-construire finalement le projet. Donc ça fait qu'on est vraiment mieux connectés, je pense, aux besoins comme équipe de recherche. Puis on espère que ça va permettre un impact qui va être plus bénéfique finalement.

SPEAKER_02

Et c'est quoi leurs besoins? Qu'est-ce qu'ils disent le

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plus? On a des besoins qui viennent de différentes perspectives Les ados qui sont avec nous, les ados jeunes adultes qui nous aident, ils veulent comprendre, ils veulent avoir accès à de l'information. Ils veulent savoir comment leur bien-être peut être impacté par certaines choses. Ils veulent comprendre la science aussi. Ils veulent savoir mais qu'est-ce qui a été étudié, qu'est-ce qui ne l'a pas été. Puis comment finalement avancer cette science-là. Les parents nous disent aussi souvent qu'ils veulent avoir accès à de l'information qui est non biaisée, qui est de source fiable, parce que finalement, des fois, c'est difficile de s'y retrouver. Tu mentionnais que l'Internet n'était pas ce qu'il est. Maintenant, il est différent, l'Internet, mais des fois, c'est facile de s'y perdre.

SPEAKER_01

Mais on a aussi l'inverse de gens qui sont contre toute l'idée et qui vont réussir à avoir des études qui sont peut-être pas avec le regard dans la bonne direction, peut-être financées par des gens qui vont profiter d'un certain résultat aussi. Avoir des données probantes et actuelles, factuelles, ça change

SPEAKER_02

tout. Oui. Pas de... J'ai envie d'entendre ton témoignage. Je pense que c'était important de préciser pour toi d'entrée de jeu qu'on va entendre ton témoignage, ce qui t'est arrivé pour toi, mais qu'il y a tellement de nuances et donc que ce qui t'est arrivé et toutes les étapes que t'as choisi de faire et qui sont arrivées pour toi, c'est pas nécessairement, représentent pas nécessairement toutes les personnes trans ou tous les parcours. Il y a tellement de nuances, donc tu voulais quand même apporter cette précision-là avant qu'on entende ton témoignage et

SPEAKER_01

ton histoire? Absolument, c'est certain. Mon histoire à moi, elle est dans une époque très spécifique, dans un contexte très spécifique. Je pense que la culture du témoignage a longtemps été un outil pour la revendication LGBT de montrer soit je suis comme tout le monde ou à l'inverse, j'ai des besoins particuliers et personne n'y répond. Mais aujourd'hui, on réussit à avoir un portrait plus large, on a plus de données, plus d'informations, plus de gens qui se de l'avant aussi. Mon témoignage n'engage

SPEAKER_02

que moi. Parfait. Ça a commencé comment pour toi? Ton premier souvenir où tu t'es dit« Ah, je pense que c'est ça, je ne suis pas dans le... le bon corps. Je ne suis peut-être pas un garçon.

SPEAKER_01

Oui, je pense que l'idée de ne pas être dans le bon corps aussi peut être dangereuse. Je pense que ça fait partie peut-être même du stéréotype de l'esprit versus le corps. Tandis qu'aujourd'hui, on comprend qu'une personne qui a une identité de genre qui est peut-être ni officiellement masculine ou féminine n'a peut-être pas besoin de changer son corps non plus. C'est le regard de la société qui crée le problème comme énormément de choses qui ont été mentionnées, la dépression, l'anxiété, ce n'est pas parce qu'être trans nous rend anxieux, c'est parce que la société nous dit qu'on n'est pas correct ou quelque chose à cet effet. C'est pareil pour les familles qui vivent tout seuls. Ce n'est pas parce que des familles deviennent défavorisées, c'est parce qu'on est dans un contexte tellement difficile que si on veut réussir à avancer, il faut qu'on s'assume et il faut qu'on réalise qu'on est absolument toutes et tous identiques. On est humains, étrangers et merveilleux. Pour ma part, ce qui a été, je pense, la première révélation, ça a été mon incompréhension absolue de la ségrégation des genres. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait tellement séparer les filles et les garçons quand j'étais au primaire. Donc, même à la garderie, probablement, autour de 5 ans, jeux de garçons, jeux de filles, ça, c'est ci, ça, c'est ça. Comment est-ce que je pouvais ouvrir la boîte, faire exploser les standards? C'est ce que j'ai toujours fait. Je ne pouvais pas m'en empêcher. À l'école, dans la cour d'école, avec mes amis qui déjà voyaient très bien qui j'étais et m'aimaient comme j'étais, on s'amusait à jouer des rôles basés sur une série d'aventures qu'on regardait à la télé. Puis, j'avais des rôles masculins, féminins, peut-être le guerrier à l'épée, peut-être après la sorcière dans le même temps de récréation. Puis, quand on voulait séparer les garçons et les filles, je réussissais sur les rôles masculins. souvent à me faire placer du côté des filles parce que j'étais tellement assumée et aussi vraiment très queer depuis un très jeune âge. J'ai jamais réussi à cacher quoi que ce soit. Et mes professeurs, dans un contexte où on ne parlait pas des choses, voyaient juste l'évidence que cet enfant avait ce besoin et ce sont les plus généreux, les plus gentils qui ont accepté de me mettre du côté des filles. Mais en grandissant, c'est devenu plus problématique et les gens ont commencé à pointer des choses sur moi que moi-même, j'ignorais ou je n'avais pas totalement cherché, comme le fait que j'aime les garçons. Donc, ça faisait de moi un jeune garçon gay, j'imagine. J'ai joué ce personnage-là parce que c'est ce qu'on me disait de jouer. Jusqu'à l'école secondaire où la féminité et aussi le contraste de la puberté, mon corps qui changeait dans un sens qui ne me plaisait pas du tout. Et c'est ça qu'on appelle la dysphorie, en fait, qui grandissait. Le rejet de cette masculinité, de mon corps en général. Le rejet de toute ma personne, le rejet des rôles genrés. Et ce n'est pas des choses qui m'ont été transmises ou données. Il n'y a aucun média qui m'a informé là-dessus, jamais, jusqu'à beaucoup plus tard. Ça venait vraiment de moi, de l'intérieur. Puis aussi de reconnaître l'espèce de connivence féminine que j'avais avec mes amis, qui est quelque chose de tellement magique, qui fait partie des choses qui m'ont sauvée aussi. De pouvoir parler, échanger, d'avoir un soutien vraiment de gens de ma communauté, de mon âge, proche de moi. Et à un certain point de ma maman aussi, qui sans le nommer n'était pas aveugle et voyait bien que j'étais un enfant peut-être un peu différent du reste de mes collègues d'école. Puis oui, ça m'a mené à faire une transition relativement jeune au cégep. J'étais en théâtre où je ne jouais que des rôles de garçon et j'avais déjà une idée de qui le garçon à moi était peut-être pas une réalité matérielle que je voulais amener avec moi pour le le reste de ma vie. Puis je pense que c'est d'être confrontée à ça au cégep qui m'a vraiment mis en plein visage. Je suis arrivée face à un mur. Mon niveau de dépression, de pensée suicidaire, de troubles alimentaires, tout ça était vraiment son paroxysme autour de 17 ans peut-être. Puis j'ai commencé à chercher sur Internet pour des médecins, des ressources. Puis j'ai commencé une première thérapie avec une clinicienne spécialisée qu'il a fallu que je cherche, que je choisisse que j'en parle autour pour voir si ça se pouvait. Oui, c'était un paysage très brumeux. Tout ça était très mystérieux. Est-ce que c'était

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difficile pour toi, justement, de mettre des mots là-dessus puis de poser des questions pour trouver quelqu'un de spécialisé là-dedans? Ou tu avais quand même une facilité à aborder

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ça? Je pense que j'ai commencé à en manger le plus possible, à tout lire à tout chercher. Puis il y avait un documentaire sur Canal V, Andrea, femme à 35 ans, qui était sur une hôtesse de l'air qui avait fait une transition dans un modèle très, très cisgenre, qui était devenu... qui avait vécu une vie d'homme marié, je pense même, et qui était devenu vraiment très femme, femme fatale, ultime. Dans ses talons, il a eu son maquillage. Ça, c'était excessivement inspirant pour moi. Après, dans le côté plus artistique, quand j'ai découvert Dave Chappelle, Amanda Lepore, qui est une femme qui a eu des centaines et des centaines de chirurgies pour devenir vraiment une image de barbier. Il y avait tous ces modèles-là qui étaient un peu dans les extrêmes, mais qui étaient quand même une source d'information et de bonheur, de chaleur aussi, d'être

SPEAKER_02

rassuré un peu. Quand tu dis que tu étais au cégep et qu'il y a eu vraiment un moment où l'anxiété était à l'extrême, troubles alimentaires qui semblent aussi être quand même assez présents chez... Chez les personnes trans non-binaires, est-ce qu'on sait un peu d'où ça vient, les troubles

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alimentaires? Effectivement, c'est en fait dans la même lignée qu'on voit plus de problèmes de santé mentale chez les personnes trans. On voit plus de troubles alimentaires. Je pourrais me dire si c'est quelque chose qui te rejoint ou qui croise un peu ton vécu, mais le fait d'avoir des insécurités ou de vivre la détresse par rapport à certaines parties de son corps ou certaines façons que notre corps se se présente, mais ça peut amener des comportements alimentaires qui nous amènent à vouloir perdre ou prendre du poids, mais de façon plus drastique, plus rapide ou qui ne serait pas compatible finalement avec une santé. Si on pense à l'adolescence où on est encore en train de se développer ou en croissance, ça peut avoir des impacts quand même importants, quelque chose que je peux voir dans ma pratique ou avec des familles que j'ai pu soutenir au fil du

SPEAKER_01

temps. Mais comparé à beaucoup de jeunes filles, ce n'était pas nécessairement basé sur le fait que je me trouvais trop grosse. C'était plus une idée de limiter le plus possible ce qui pouvait me donner des muscles, ce qui pouvait me masculiniser. J'essayais vraiment de ramener le plus possible, de contrôler, de limiter les dégâts à un certain point. Ce qui ne serait pas arrivé si j'avais su qu'il y avait d'autres options ou si j'en avais juste peut-être parlé avec quelqu'un plus jeune.

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Quand tu étais dans cette période-là au cégep, est-ce Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'après ça, tu prennes la décision d'aller de l'avant avec une confirmation de genre? Est-ce qu'il y a eu... Est-ce qu'il y a eu un

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moment charnière? Oui, mais pour moi, c'est beaucoup tout ou rien. Je me suis acheté un billet aller simple pour l'Irlande avec un permis de travail. Je me suis dit, je vais passer six mois là-bas, je vais donner une dernière chance aux garçons. Si j'enlève tout ce que je connais, tout ce que je sais déjà, qu'est-ce qui reste? Qui je suis ailleurs, dans un autre contexte? Ça n'a pas duré six mois. Ah non? Non. Et c'était vraiment un pèlerinage. Moi, je planifiais juste arriver à Dublin me trouver une job, puis penser à ça à long terme. Mais au lieu de ça, j'ai vraiment fait le pèlerinage. Chaque soir, je prenais énormément d'autobus. J'ai dormi près de la mer tous les soirs. J'ai fait le tour de presque toute la côte de l'Irlande. À chaque fois, j'allais voir la mer, je me demandais, est-ce que je saute ou est-ce que je reste? Puis à chaque soir, ça a été ça. C'était la vie ou la mort. Après deux, trois semaines, c'est devenu pas mal clair que c'était pas une vie, puis que si je décidais de vivre et de ne pas sauter dans l'océan, c'est parce qu'il fallait que j'amorce ma transition au PC, vraiment. Ça voulait dire ne pas retourner à l'école, trouver une job, ramasser le plus d'argent possible parce qu'aujourd'hui, la loi a changé. Quiconque veut une chirurgie de confirmation de genre peut être soutenu par l'État. C'est remboursé. Ce n'était pas le cas en 2007-2008. Il fallait que j'économise 15 000$, mais Juste pour une chirurgie génitale. Et j'ai eu la chance très rapidement de tomber sur une superviseure dans un OBNL qui m'a vraiment soutenu la journée où mes trois mois de... Probation, c'est terminé. J'ai dit, si tu veux bien me garder en emploi, il faut que tu saches que dans un mois, je vais switcher de garde-robe. Puis je vais arriver ici avec des nouveaux pronoms puis un nouveau look. Puis elle m'a dit oui. Puis ça montre encore à quel point c'est ce soutien-là qui change tout dans un processus

SPEAKER_02

de transition. Oui, c'est ça. C'est ça que vous allez étudier aussi, le support familial, le support de te parler à l'école, tes professeurs. Mais j'ai J'imagine qu'on a beaucoup évolué depuis les 20 dernières années. J'ose espérer. J'espère. Mais on est encore beaucoup dans des besoins de mettre des étiquettes, puis de genrer les choses et tout ça. Est-ce qu'il y a des conseils pour ceux qui ont des enfants et qu'on ne veut pas rentrer dans les étiquettes et juste laisser libre cours à l'humain derrière? Ce n'est pas évident. On a tellement été éduqués avec des filles, gars, filles, gars. Ce n'est pas évident.

SPEAKER_00

C'est sûr qu'actuellement, on a plus d'exemples vécus de modèles via la télévision ou les médias, de personnes qui ont vécu des parcours par rapport à leur genre, qui ne seraient pas nécessairement dans la boîte de« je suis né garçon, donc je suis garçon, je suis né fille, je suis fille». Ça a amené, je pense, une évolution de mentalité dans beaucoup de milieux, une ouverture au sens plus large, comme on peut voir pour d'autres enjeux aussi. On peut voir plus d'ouverture au niveau de la diversité sexuelle, de notre attirance. Au niveau du genre, il reste quand même beaucoup de stéréotypes. Il reste quand même beaucoup de chemin à parcourir, puis je dirais qu'il y a même eu certains retours en arrière. On a vu avec certains sondages qui ont été faits en milieu scolaire que l'acceptation des personnes trans a reculé au cours des dernières années, donc depuis la pandémie. C'est vrai? Ah, ça, je ne savais pas. Particulièrement, il y a eu une montée des propos, des agissements transphobes, donc qui seraient verbalement agressifs, même physiquement agressifs envers certains jeunes, des ados, des enfants, qui finalement finalement, seraient en train d'affirmer ou d'explorer leur identité de genre à l'école. Donc, on ne peut pas non plus se dire, oh, OK, ça va mieux, on a fait ce qu'il faut, il y a encore beaucoup à développer. Puis, comme tu le mentionnais, puis c'est beau de l'entendre, mais il y a beaucoup plus d'accès maintenant à certains soins, à certains traitements. Tu mentionnais des chirurgies qui sont habituellement des choses qui sont faites plus à l'âge adulte, mais il reste qu'il y a des barrières d'accès, des temps d'attente, des processus de référencement vers certaines ressources qui sont des fois difficiles, qui sont parfois tordues. Il y a encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail. Puis, on le voit simplement avec les temps d'attente pour certaines cliniques ou la difficulté que les familles vont rapporter quand ils arrivent finalement dans ma pratique. Ah! Ça a été tellement difficile, ça a été tellement long avant d'en arriver ici, d'avoir le soutien, le support finalement qu'on espérait. Donc, il y a beaucoup à faire. Mais tu posais la question sur des conseils, qu'est-ce qu'on peut faire? Bien, je pense que comme première étape, puis ça, c'est bon pour tout le monde finalement, c'est d'avoir un esprit ouvert. Puis de comprendre finalement que l'identité de genre, c'est quelque chose qui se construit, que notre identité reste dans le spectre de la masculinité ou de la féminité ou change ou évolue, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Puis finalement, de donner accès à différentes façons d'explorer ça, c'est beau. Donc de ne pas présupposer qu'on va aimer telle couleur ou tel vêtement ou tel accessoire ou qu'on va se percevoir d'une certaine façon à tel âge, ça donne une liberté finalement. Est-ce que c'est

SPEAKER_01

l'obligation qui qui est violente. Si on force sur certaines choses, c'est là que la violence arrive parce qu'on est obligé de s'effacer, de se conformer, puis c'est là que ça crée des césures dans l'esprit des gens, en fait. Quand notre âme n'a pas le droit de s'exprimer parce qu'on a comme une règle non écrite, c'est difficile pour tout le monde, peu importe le

SPEAKER_02

genre. Parce que même, c'est ça, tu parlais des nuances, même de supposer que quelqu'un qui finalement s'identifient plus à un autre sexe, de présumer, ah, donc tu vas avoir la chirurgie, ah, tu vas aller au bout. C'est quoi au bout? C'est

SPEAKER_01

quoi?

SPEAKER_02

Une transition complète. Ou même, ce que j'ai dit au départ, pas le bon corps, comme tu m'as si bien répondu.

SPEAKER_01

C'est pas ça. Mais même l'idée de la dysphorie, c'est pas toutes les personnes trans qui vivent la dysphorie et qui détestent leur corps. Il y a toutes sortes de parcours.

SPEAKER_02

C'est ça. Elle Exact.

SPEAKER_00

Oui, puis la dysphorie, elle peut fluctuer au fil du temps. La dysphorie peut faire place à de l'euphorie aussi. Puis on peut ne pas ou moins aimer certaines parties ou certaines choses de notre corps ou de notre vie, finalement, mais ressentir un bien-être ou un plaisir profond avec certaines autres caractéristiques qu'on a ou l'idée d'aller vers certaines choses. Donc, des fois, c'est beaucoup plus complexe que ça peut paraître en apparence. Donc, d'être capable d'accepter puis de recevoir ça. Moi, ce que j'entends souvent, c'est que des fois pour des parents, des proches, c'est difficile de comprendre. On n'a pas accès au vécu intérieur des fois d'une jeune personne qui est en train de se questionner ou de se comprendre. Puis des fois, on peut avoir besoin d'aide comme parent, comme proche aussi. On a pensé certaines choses pendant longtemps, on nous challenge, on nous dit que c'est peut-être plus ça. C'est correct aussi de vivre des émotions, puis d'avoir un espace pour en parler, puis pour recevoir ces supports-là aussi pour l'entourage, bien c'est important. Et puis encore là, il y a de plus en plus de ressources dans les différentes régions au Québec, des organismes qui vont offrir ces espaces-là, des forums en personne, en ligne, des groupes, des rencontres qui vont permettre finalement d'élargir les conversations, puis de savoir que finalement, l'identité de genre, ça peut impacter une personne, mais ça peut avoir aussi des répercussions ou des impacts sur des personnes de l'entourage.

SPEAKER_01

Moi, j'aime tellement rappeler aux jeunes personnes ou aux personnes qui commencent une transition qu'on on a des millénaires d'ancêtres trans derrière nous. Quand on cherche, on a des cultures où les personnes trans étaient pas juste valorisées, mais célébrées, vénérées. Il y a tellement de force dans cette identité-là que, je sais pas, pour moi, je trouve que les personnes trans, on est comme un peu magiques. On est un peu les... Je sais pas, il y a quelque chose de spécial où on peut guider ou inspirer la population à se questionner, à, comme toute personne qui est un peu neuroatypique, réussir s'il y a tirer la couverte, ouvrir le rideau, puis les gens réalisent qu'il existe plein d'autres choses. Il existe d'autres façons de penser, d'autres façons de vivre. C'est important d'avoir cette créativité-là aussi dans l'identité.

SPEAKER_00

La créativité puis aussi la force. Moi, je suis souvent très inspiré par les parcours, par les récits, le vécu des personnes, ados, éventuellement adultes, qui me racontent, qui me disent, mais ils ont dû passer à travers tellement d'obstacles ou de difficultés pour premièrement apprendre à se pour ensuite exprimer, partager au monde extérieur. Donc, ce que tu dis, qu'être une personne trans, ça peut nous donner comme un certain pouvoir, mais j'adhère à ça dans le sens que ça démontre une force, parfois une résilience. On est au plus bas, puis on a une envie de vivre. Puis on veut retrouver finalement ce potentiel-là qu'on sait qu'on a comme personne trans. Puis moi, je le vois de mon point de vue de personne cisgenre. Puis d'avoir côtoyé plus d'un millier de personnes de jeunes personnes, puis d'accompagner des centaines et des centaines de familles dans ces processus-là. Chaque histoire, chaque vécu est différent. C'est ce qu'on essaie de capturer aussi avec la recherche. Il n'y a probablement pas une réponse pour un problème ou une situation. Il y a beaucoup, il y a un éventail finalement de scénarios possibles. Puis de pouvoir étudier ça, c'est complexe, ça prend beaucoup de temps, puis ça prend beaucoup de données finalement, des données de chiffres ou des choses qu'on peut écrire dans un dossier médical, mais des données qui viennent sous forme d'histoires puis des narratifs, puis des témoignages comme le tien, on les recueille, on essaie de faire sens. On sait aussi que des fois, l'identité de genre n'est qu'une seule des facettes de notre vie ou de notre identité au sens plus large qui peut nous amener à vivre des challenges, des défis, que ce soit de vivre dans une région éloignée, d'avoir une origine raciale ou ethnique qui peut être différente, d'avoir un contexte de langue ou un contexte financier, tout ça qui nous amène finalement à faire face à certaines barrières, ça peut certainement complexifier l'expérience de découverte ou d'affirmation de l'identité de genre. Puis vraiment, c'est la vision derrière la recherche, finalement, que j'essaie de faire, puis que la Fondation, finalement, permet avec le financement qu'on reçoit.

SPEAKER_02

C'est ça, Pascal, tu as parlé beaucoup des gens qui t'ont soutenu positivement, qui t'ont inspiré, mais... t'as vécu ton lot, j'imagine, d'adversité, de jugement. Comme tu dis, ton anxiété, elle venait pas nécessairement de toi à l'intérieur. T'as l'air d'avoir été un enfant flamboyante, tu sais

SPEAKER_01

tout ça, mais... Oui, j'étais très lumineuse et énergique avec un rire hystérique qui faisait sauter les jaunes du

SPEAKER_02

pied dans les airs. Oui,

SPEAKER_01

c'est ça. Ma lumière a un peu été éteinte pas mal autour de la puberté, quand je suis arrivée au second J'ai vécu du harcèlement très intense de certains groupes de garçons à l'école. Puis c'est... étrange, parce que pourtant, j'avais ma petite gang d'amis à moi, puis on était tous un peu les weirdos de l'école, puis... Je sais pas, je me sentais tellement forte et bien avec mes amis, et au contraire, tout le reste de l'école me semblait tellement antipathique. C'était très agressif. Les gens étaient très, très en colère contre, j'ai compris plus tard, ma liberté. Parce que moi, je me sentais libre d'être, de m'exprimer, de... Je veux dire, j'étais pas avec un drapeau trans. Je pense que je ne savais même pas qu'il existait le drapeau trans à cette époque-là. Mais juste l'énergie d'être libre qui faisait vraiment fâcher les gens qui, eux, doivent suivre des règles et d'être tel type de garçon. Et donc, si ça ne leur plaît pas, ils doivent l'exprimer le plus fort et violemment possible. Puis ça a dégringolé de petits gestes d'agression à l'école jusqu'à me faire jeter des roches au cœur de mon village. Je me promenais avec ma meilleure amie. Puis c'est là que je finissais mon secondaire 4. Puis j'ai réussi à en parler à ma mère. Pas que j'étais trans, parce que je pense que ma féminité n'était encore pas tout à fait claire, mais que je vivais beaucoup de violence et de harcèlement. Puis la police a été contactée. J'ai commencé à avoir des dialogues. On les a menacés de peut-être avoir un dossier criminel pour harcèlement. Puis je ne sais pas pourquoi, mais c'est ça que ça a pris pour qu'il y ait comme le switch et que ma liberté et ma lumière commencent à revenir et à être valorisées aussi par les autres. Puis là, j'ai commencé à faire des shows de théâtre. J'ai une prof de théâtre, Suzanne Virchelden, si tu nous écoutes, je t'aime, qui prenait des moments, elle prenait son lunch avec moi pour m'écouter, pour échanger. Puis après ça, on a comme écrit ensemble un rôle de gay latino dans un show où j'ai comme brillé ma cousine qui s'est levée à la fin en criant« C'est mon cousin

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

» Puis toute l'école qui applaudissait. Fait que j'ai vraiment réussi à switcher le paradigme à la toute fin de mon secondaire, mais il a fallu pour ça que je dise que ce que je vivais n'était pas correct et pas juste. Puis que je me lève et que je l'affirme que cette violence-là n'avait pas sa place. Mais c'est ça. C'était peut-être le bout le plus difficile de réussir à effacer la honte et dire ce que vous m'imposez, ce n'est pas de ma faute à moi. C'est vous qui n'êtes pas correct.

SPEAKER_02

J'ai des frissons quand tu as dit dans le fond, c'est ma liberté qui dérangeait. C'est tellement fort, mais c'est vrai que quelqu'un de complètement libre qui... qui s'aime dans toutes ses nuances sa complexité ça peut déranger

SPEAKER_01

c'est agressant pour les autres qui veulent juste suivre les

SPEAKER_02

règles puis tout faire correct ouais c'est puissant ensuite là t'as comme mais quand même l'anxiété puis tes idées dépressives et même tantôt t'as parlé quand même quand tu regardais la mère t'avais dans le fond

SPEAKER_01

des idées suicidaires j'étais vraiment à ça c'est un miracle que je sois encore ici C'est

SPEAKER_02

ma

SPEAKER_01

maman, c'est ma grand-maman qui était là pour moi, puis mes meilleurs amis. Mais c'est important aussi, je prends un petit angle, mais tu as parlé de représentation dans les médias, et c'est quelque chose qui fait une immense différence aussi. À mon époque, si on parle de la fin des années 90, début des années 2000, les femmes trans qui étaient à la caméra étaient généralement des travailleuses du sexe, généralement pas ni très riches, ni très confortables dans leur vie, ou encore dans des films à la télé, des jokes. C'était juste drôle. Puis après ça, joué par des hommes, en voyant comme signal à la société qu'une femme trans, c'est quand même un genre d'homme, dans le fond. La présence de personnes trans avec nos voix, nos visages qui sont uniques, merveilleux, qu'on voit tellement aujourd'hui, mais Mais ça n'existait pas, tout ça. En tout cas, il fallait vraiment chercher très, très loin. Il fallait chercher la madame du Wisconsin qui réussissait à se faire un blog sur Internet puis à mettre sa photo. Puis ça, c'est comme tout ce que

SPEAKER_02

j'avais. OK. De ça, il n'y avait pas grand-chose. Mais justement, comment ça s'est passé pour toi, le processus quand tu es revenue de Berlin, pas Berlin, Dublin, pardon, tu as dit, OK, j'entreprends ma transition. C'est quoi les étapes où quand tu disais, Nicolas, quelqu'un qui disait, ça m'a pris tellement de temps d'arriver là. C'est quoi le chemin qui doit être parcouru?

SPEAKER_01

C'est comme rentrer dans le mur à 200 km heure et ça devient clair qu'il n'y a pas d'autre avenue. Il n'y en a juste pas d'autre. C'est deuxième coming out à ma famille. Finalement, je ne suis pas vraiment un garçon gay. Je suis plus comme une femme pansexuelle. Ça aussi, c'est différentes étapes. Il y a un moment, je pensais que j'étais bi aussi. C'est beaucoup d'étapes, mais il y a des coming out qui sont à faire tout au long de notre vie. Puis je pense que le coming out ne se termine pas après une transition. Des fois, les gens sont étonnés ou surpris que je sois trans ou des fois, ils assument quelque chose puis je dois réorienter. Le coming out, c'est comme éternel. Mais les premiers sont assez difficiles, généralement. Puis... Comment

SPEAKER_02

ça s'est passé pour toi?

SPEAKER_01

Je pense que ça a pris peut-être un mois à ma mère à se faire à l'idée puis à essayer de justifier, comprendre. Je pense que son plus gros argument était c'est juste parce que tu refuses d'accepter que tu es un homme gay, que tu penses que t'es une femme. Comme si ça allait être plus simple de vivre comme une femme trans que comme un homme gay. Mais bon, on s'entend que j'étais déjà si queer que tout le principe des privilèges masculins, j'avais pas tellement accès à ça. Parce que j'étais déjà comme trop divergente. Fait que, il reste que par contre, j'ai eu énormément d'autres privilèges. Le fait que je sois une femme blanche, dans la classe moyenne, avec une maman qui travaille, qui a secondaire 5. Après ça, j'avais les encouragements nécessaires pour moi-même poursuivre mes études. Après ma transition, j'étais à l'université pendant des années, plusieurs programmes. Mais c'est ça, tout ça, c'est des privilèges que pas tout le monde

SPEAKER_02

a. Surtout au niveau financier

SPEAKER_01

parce que, comme tu dis, c'est assez dispendieux. Sur 5 ans de transition, à peu près, ça m'a coûté autour de 75 000$. J'aurais pu m'acheter une maison avec ça. Mais J'avais besoin d'avoir un parcours chirurgical comme absolu. J'avais vraiment besoin de ça. Il y avait trop de haine, de rejet. Puis aussi, je savais que je voulais m'en aller vers les arts. Donc, il y avait une part de moi aussi qui voulait créer cette image-là de la femme que je voyais dans ma tête et que je voulais tellement juste présenter aux

SPEAKER_02

gens. Et donc, j'imagine que tu dois passer par une gamme de spécialistes. Oui. psychologue, médecin, comment ça se passe? C'est quoi

SPEAKER_01

cette... Il y a encore un peu de gatekeeping aujourd'hui, mais à mon époque, c'était très intense. C'était le rideau de fer, processus absolu, deux lettres de deux spécialistes qui doivent confirmer, hors de tout doute, juste pour commencer une hormonothérapie, donc une référence à un endocrinologue. Et encore là, c'était un endocrinologue qui a l'habitude de traiter du cholestérol, peut-être du diabète. C'est quelqu'un pour qui j'étais le petit dossier en plus, qui ne sait pas trop quoi faire, mais selon ses collègues, si on lui donne telle quantité de milligrammes, ça devrait être correct. Puis, oui, de sentir qu'on est encore aussi le rat de laboratoire, malgré

SPEAKER_03

tout.

SPEAKER_01

Et je pense qu'aujourd'hui, c'est vraiment

SPEAKER_02

moins pire. Oui, vous travaillez, j'imagine, de pair avec plusieurs... Justement, la co-directrice de la clinique est endocrinologue, donc, justement, c'est ça... plusieurs spécialistes, est-ce qu'il y a des psychologues, sexologues, les enfants adolescents doivent passer par quelle gamme de spécialistes?

SPEAKER_00

Je pense que la clé de la réponse à ta question finalement, quelles sont les étapes où ça ressemble à quoi finalement une transition, c'est de savoir qu'il y a une infinité de parcours possibles, donc il n'y a pas une marche à suivre. Surtout si on prend la période de l'enfance où il y a un processus normal d'exploration, puis tu as découvert de qui on est. Puis ça, ça peut inclure des recherches sur quelques jours, quelques mois, quelques années par rapport à notre identité de genre. Avant la puberté, le corps ne développe pas des caractéristiques physiques qui vont rester dans le temps puis nous identifier visuellement ou au niveau de notre anatomie à un sexe plus qu'à un autre. Vraiment, au niveau de la puberté, par contre, il y a un déclenchement de certaines choses, la silhouette change, la voix peut muer chez les jeunes qui sont négations et tout, puis ça, ça peut amener un sentiment d'urgence, soit de mieux se comprendre ou d'explorer ou une détresse, finalement, un sentiment de mal-être ou de difficulté avec notre corps, puis ça peut amener à aller consulter en urgence pour essayer d'avoir un recours. On est à une époque où il y a possibilité d'utiliser certains traitements médicaux pour ralentir ou mettre une pause à la puberté. Et puis ça, souvent, ça va inclure un processus d'évaluation puis d'accompagnement qui va être approfondi. Puis c'est pas nécessairement qu'il Il faut voir cette psychologue ou ce psychiatre ou cet intervenant. C'est d'avoir un processus d'évaluation et d'accompagnement qui va vraiment toucher aux différentes sphères de la vie et bien prendre en compte les différentes composantes du parcours. Ça peut être fait par quelques intervenants ou intervenantes ou plusieurs ou un grand nombre ou une équipe. On est encore à une époque où il n'y a pas une place où on peut consulter ou une façon de faire. Souvent, c'est de créer comme un village autour d'une jeune personne personne qui est en processus d'exploration ou de découverte. Puis avec le temps, on se dirige vers un âge où on développe une certaine maturité, où on est soi-même capable de prendre des décisions. Puis avec le contexte légal au Québec, à partir de 14 ans, on peut prendre certaines décisions. Quand on est adulte, émancipé, on peut décider, bien, est-ce que je peux, où est-ce que je veux, est-ce que le bon chemin pour moi, c'est d'aller vers certains traitements, t'as mentionné l'hormonothérapie, certaines chirurgies qui vont se faire souvent plus tard dans la vie, puis suite à un long processus apprendre à se connaître finalement, de savoir pour moi, c'est quoi la meilleure façon de vivre comme je veux, comme je le sens, comme je suis bien. Puis on le sait, puis je le vois. Parfois, c'est pas nécessairement de changer notre apparence ou notre corps au sens de sa biologie. Parfois, c'est par l'expression, par ce qu'on dit aux autres, puis ce que les autres nous disent, comment on est perçu, comment on est vu. Et puis d'explorer tout ça, ça prend effectivement souvent de l'aide, de l'appui, de personnes proches de nous, qui peuvent nous entendre, qui peuvent nous comprendre, de personnes professionnelles, souvent de professionnels médicaux aussi, on a des désirs d'aller vers certains traitements, puis vers l'âge adulte de continuer cet accompagnement-là, ces réflexions-là, certains traitements peuvent se poursuivre pour le reste de la vie, certains adultes trans ou non-binaires vont choisir de mettre une pause sur certains traitements, ou ils trouvent qu'ils ont atteint, ils ont acquis certaines caractéristiques avec lesquelles ils se sentent bien, vont rester ici, puis donc ça nécessite quand même un suivi puis un puis on a effectivement la chance maintenant d'avoir de plus en plus de professionnels qui sont formés. Ça reste que dans les études en médecine ou dans les différentes professions de la santé, il y a très peu d'exposition à du contenu, à des notions pour soutenir, suivre, évaluer les personnes trans. Donc, c'est un autre besoin finalement d'améliorer la formation, l'éducation, faire de la recherche pour savoir comment améliorer ça aussi. Et puis donc, on espère qu'avec le temps, de plus en plus de médecins de professionnels vont penser« Ah, non, c'est pas l'exception où c'est finalement le« j'essaie ci, j'essaie ça».» Il y a des protocoles maintenant qui sont bien établis, des kits, des façons de faire qui sont rédigés par des associations professionnelles canadiennes, nord-américaines. Donc, définitivement, on peut suivre certaines choses, mais il y a encore, dans certains milieux, difficulté d'avoir accès à des professionnels qui se sentent assez outillés pour faire vraiment leur travail

SPEAKER_01

d'accompagnement. Mais au moins, l'information est là. Il n'y avait pas d'information à mon époque. Il y en a avait juste pas. J'ai appris que ça existait, réussir à faire vraiment une transition de genre. Je pense que j'avais 15 ans la première fois quand j'ai compris que ça existait. Fait qu'après, jusqu'à ce que je comprenne que les hormones existaient, ça a dû me prendre au moins deux ans de plus, je peux pas

SPEAKER_02

croire. C'est ça, oui. Et finalement, c'est quand

SPEAKER_01

t'avais 18 ans, toi, que t'as fait? À 18 ans, c'est pas mal fait, tout en même temps, oui. Mais je veux dire, si j'avais pu juste ralentir un peu ma puberté à partir de l'âge de 14 ou 15 ans, ça aurait absolument tout changé. Ça aurait changé ma vie au complet. Mais ça ne se pouvait juste pas. Ça

SPEAKER_02

n'existait pas. OK. Ça change vraiment quand on ralentit ou qu'on arrête

SPEAKER_01

la... Mais c'est parce que c'est une espèce de perte de contrôle. Ton corps qui part dans un sens puis à chaque jour, tu es un petit peu plus horrifié de voir ce qu'il fait malgré toi. C'est ça. Pas que je veux recommander aux jeunes enfants ou aux ados de prendre n'importe quelle pilule, mais je pense que dans des cas spécifiques où il y a une réelle détresse concrète qui s'exprime dans la vie de la jeune personne de 10 façons différentes, mais oui, c'est pour sauver la vie qu'on ralentit peut-être le processus, prendre le temps d'y penser, puis après ça, à l'âge adulte, on réalise qu'il y a toute une avenue grande ouverte

SPEAKER_02

pour

SPEAKER_01

nous.

SPEAKER_02

Oui, c'est ça. Puis le projet de recherche par l'ONSMAP, il n'y a pas de traitement ou de recommandation qui est lié à ça. C'est vraiment de documenter ce qui est là en ce moment pour pouvoir mieux outiller les professionnels de la santé et répondre aux questions des personnes sur des effets à long terme sur leur santé, tout ça. Mais il n'y aura pas de recommandation médicale à la fin de

SPEAKER_00

ça. En fait, on espère qu'il va y en avoir dans le futur. Basé sur le fait qu'actuellement, au Canada, il y a des recommandations générales sur l'approche qu'on devrait employer pour soutenir les jeunes personnes trans. Une approche qui est interdisciplinaire, qui est basée sur une évaluation sur le long cours, d'un soutien puis d'un accompagnement. On offre de l'information, on offre un accompagnement, un climat qui va permettre finalement d'apprendre à se connaître puis de faire les choix qui sont éclairés en connaissance des pours et des cons, des différents effets qui pourraient arriver avec le temps. Donc, le projet vise à voir... quelles décisions ont été prises, quels traitements ont été offerts spécifiquement, puis comment ils ont été liés à certains changements bénéfiques, peut-être moins bénéfiques au fil du temps pour ces personnes-là. Donc finalement, d'essayer de trouver est-ce qu'il y a des façons de faire, des approches, des parcours basés sur certaines caractéristiques qui ont amené les meilleurs résultats possibles. Un peu comme tu dis, si moi j'avais eu accès à ça à tel âge, est-ce que finalement ça aurait amené un bénéfice à court terme, à à moyen terme, à long terme. C'est des questions de recherche excessivement complexes parce qu'on est tous uniques. Donc, les parcours de chaque personne sont uniques. Puis, il y a certaines choses en science qu'on peut étudier en disant, à toi, on te donne une pilule, puis à toi, on t'en donne pas. Puis, on va comparer ça. Puis, à la limite, on ne te dit même pas si tu as une pilule ou tu n'en as pas. C'est une pilule de sucre ou c'est une pilule de médicaments et tout. Puis, après ça, on voit si tu guéris ou tu ne guéris pas. Ce n'est pas du tout comme ça au niveau des parcours d'identité de genre. C'est tellement interfactorie il y a tellement de choses qui doivent être tenues en compte qu'on a besoin de temps. On a besoin de comprendre les parcours uniques, les traitements, les situations de chacun et chacune pour faire, oui, puis générer des recommandations les plus applicables possibles. Les professionnels qui, comme moi, ont la chance de pratiquer dans des environnements où on a accès à une équipe, une multitude d'expertises, les décisions souvent sont prises par consensus ou suite à réflexion, discussion avec les membres de l'équipe professionnelle, avec la famille, avec les jeunes personnes pour vraiment être en mesure de dire oui. Ça, en ce moment, ça semble être la meilleure décision. On va de l'avant. C'est pas comme ça dans tous les contextes. Donc, d'essayer d'arriver avec le plus de guidance, le plus précis possible. Prescrire des hormones, faire une chirurgie, c'est des choses qu'on est capable en 2026 de faire. Donc, c'est plus de savoir comment, dans quel contexte, avec quel processus de préparation, d'accompagnement et tout ça. Ça, c'est la belle complexité de tout tout ça. Je dis belle complexité, c'est sûr, avec mon oeil de chercheur parce que d'entendre ton témoignage, je me dis ouf, pas sûr que c'est si beau finalement dans cette étape-là où on est dans l'attente d'avoir un traitement, d'avoir un soutien. Donc, c'est aussi de comprendre qu'est-ce qu'on peut faire pendant qu'on est en processus finalement, donc pas tout se règle ou s'améliore avec des traitements médicaux. Il y a vraiment beaucoup d'autres volets.

SPEAKER_01

Je pense que si on était dans une société où les hommes et les femmes sont moins moins tenu à des rôles dans des carcans inchangeables, il y aurait probablement moins de besoin d'hormones et de chirurgie. Si on pouvait être accepté et que notre genre soit validé et valorisé au-delà de notre apparence, les gens auraient beaucoup moins envie ou besoin de changer

SPEAKER_02

leur apparence. Est-ce que tu penses qu'il y en a qui font une transition

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

physique, parce que pour le

SPEAKER_01

regard des autres, pour que les questions arrêtent et tout ça? C'est un risque. C'est sûr que c'est un risque, mais c'est le même risque individuel pour tout le monde. Quand tu regardes une jeune femme magnifique qui a 18 ans qui décide de se faire faire une augmentation mammaire, quelles sont les raisons qui l'ont poussée là? Je veux dire, avoir une poitrine pour être regardée, pour vivre mieux sa sexualité, ou si c'est vraiment un besoin intérieur pour toutes sortes d'autres raisons. Il y a le risque que que la société ne réalise pas qu'elle nous jette au visage, que si on est obligé de se conformer, puis obligé d'avoir l'air d'un modèle ultime d'homme ou de femme, tout le monde va vouloir changer.

SPEAKER_02

Est-ce que toi, tu as eu un accompagnement psychologique sur une longue période pour t'accompagner?

SPEAKER_01

Oui, dans le cadre de la transition, comme j'étais obligé d'avoir mes deux lettres pour même juste commencer à prendre de l'estrogène, il y a une des deux thérapeutes qui je l'ai compris plus tard pour l'avoir recroisé dans le milieu, qui est vraiment une de nos érudites, Françoise Susset, qui est exceptionnelle, qui est vraiment incroyable dans le milieu trans, qui a donné conférences et tout, qui m'a accompagnée avant, pendant et après la transition. J'ai pris des breaks, puis je suis retournée la voir. Entre autres, quand j'avais mon premier chum, on avait notre maison sur la rive sud, puis là, je vivais ma vraie vie de femme, puis comme j'avais toujours rêvé. Mais c'est ça, je Je pense que l'accompagnement thérapeutique est toujours quelque chose d'important. Entre autres, avec toutes les choses qui m'ont été données dans ma jeunesse, comme peut-être un petit stress post-traumatique de tellement de harcèlement, peut-être une anxiété sociale aussi, qui ne sont peut-être pas nécessairement des choses avec lesquelles je suis née, mais qui ont été déclenchées par ce que j'ai

SPEAKER_03

vécu.

SPEAKER_01

Je recommande la thérapie à tout le monde, en général, de toute

SPEAKER_02

façon. Dans quel état sont les gens qui arrivent dans la

SPEAKER_00

clinique? Oui, c'est une belle question. Puis tout comme il y a une multitude, une infinité même de parcours, je pense qu'il y a une multitude d'états dans lesquels on peut arriver. On peut arriver ayant déjà fait un cheminement, un processus qui a mené à des super belles choses. J'entends parfois des jeunes personnes me dire le plus dur ou la période de ma vie qui était la plus difficile, c'était dans le passé. Je me sens mieux. Et je sais ce que je veux ou je sais ce que je ne veux pas. Il y a des besoins qui sont là, des fois qui sont mieux articulés. Des fois, on arrive et on n'arrive pas à bien se comprendre. On sait qu'on ne va pas bien ou qu'on a besoin de quelque chose, mais on n'arrive pas à le nommer. On a besoin d'éclairage, de guidance. Des fois, c'est les gens autour de nous qui pensent qu'on ne va pas bien. Puis finalement, il y a des choses à faire, à travailler avec l'entourage, avec la famille et tout ça. Puis c'est vraiment dans les relations aussi, puis dans les perceptions extérieures qu'il peut y avoir des enjeux. Donc, il y a un peu tout ça. Puis c'est vraiment avec le temps, avec l'alliance aussi, le lien de confiance qui va se faire. Tu parles d'un lien à long terme avec une thérapeute, bien c'est précieux parce que ça peut permettre finalement de comprendre, puis de se sentir écouté, puis pas non plus de se sentir pressé d'avoir toutes les réponses tout de suite. Quand on est jeune, quand notre cerveau est encore en développement, des fois on a ce sentiment-là d'urgence. Les choses peuvent être plus noires ou blanches et tout ça. Donc être capable d'avoir ce recul-là pour se projeter aussi dans le futur. C'est vraiment difficile quand on a 13, 14, 15 ans de dire, bien moi, je vais faire ça à 25 ans, à 30 ans. Peut-être que si on t'avait posé la question à 15 ans, tu serais où en ce moment? Bien, ça aurait été difficile de savoir ou même impossible.

SPEAKER_01

En fait, heureusement, non. Je suis exactement la personne qui vit la vie dont je rêvais quand j'avais 14, 15 ans. Je suis exactement devenu la personne

SPEAKER_02

que j'espérais devenir. C'est pas rien ça dire ça. C'est beau. C'est

SPEAKER_01

beau. C'est beau. à vous. Ça n'aurait jamais été possible si je n'avais pas été soutenu autant par les gens que j'aime que par des

SPEAKER_00

professionnels. C'est beau d'entendre ça parce qu'effectivement, il y a des gens qui vont me dire ça. Ils vont me dire que je l'ai toujours

SPEAKER_03

su.

SPEAKER_00

Je ne me suis jamais questionné sur le fait d'être garçon ou fille. Je suis moi. Puis là, on me dit, tu sais quoi? Je n'ai jamais senti le besoin de l'expliquer à personne si c'était clair pour moi. Ça l'est toujours. Je me suis vu comme ça adulte. Pour d'autres personnes, ce n'est pas ça du tout. C'est là que je commence à comprendre certaines choses parce que je vis des choses, les gens me posent des questions, mon corps change et je n'arrive pas ou je ne veux pas ou je n'ai pas envie ou je n'ai pas la capacité de me projeter. C'est beau, j'aime ta réponse parce qu'effectivement, ça vient vraiment donner de la richesse à ce qu'on dit finalement, qu'il faut prendre le temps de comprendre une personne pour pouvoir mieux l'accompagner. Puis ce temps-là, toi, tu l'as pris au fil de ta vie finalement pour pouvoir réaliser ce que tu avais envie, ce qui te permettait de briller et tout ça. C'est vraiment beau. c'est touchant en fait

SPEAKER_02

d'entendre tout ça moi ça me touche beaucoup ça va rester pour moi notre responsabilité qu'on a dans le regard qu'on porte sur l'autre, notre jugement, des phrases toutes faites, des choses auxquelles on pense pas on a vraiment une responsabilité parce que ça revient souvent que c'est le regard des autres, c'est l'extérieur qui a amené les jeunes dans un état anxieux ou dépressif à se poser des questions qu'ils se posaient pas on a vraiment une responsabilité collective je trouve ça important

SPEAKER_01

de... Et individuel, de s'affranchir de ce regard-là. Aussi,

SPEAKER_02

absolument.

SPEAKER_01

Il est bien franchement un de mes défis. Vraiment. Oui, c'est ça. Peut-être que c'est pire parce que je suis actrice,

SPEAKER_02

mais... Oui, là, c'est sûr qu'on est beaucoup dans le regard des autres. On vit

SPEAKER_01

beaucoup là-dedans. Regardez-moi,

SPEAKER_02

regardez-moi, regardez-moi pas! Oui, c'est ça. Oui, absolument, il faut s'affranchir aussi, mais ça fait réfléchir quand même. Ça a été comment? J'ai envie de te poser la question. J'ai envie de te poser la question. Je sais que tu n'as pas fait ta transition ici, que tu es allée à l'étranger. Est-ce que tu veux nous en parler un peu? J'avais envie de la crème. Oui, c'est ça. Et comment ça s'est passé pour toi? Comment tu t'es sentie après?

SPEAKER_01

Bien, déjà, j'étais face à un scénario. Si je veux faire ça à Montréal, je suis sur une liste d'attente. Il va falloir que j'attende à peu près un an. Puis ça va coûter à peu près le même montant que si je pars à Bangkok puis que je suis traitée comme une superstar dans un hôtel 5 étoiles pendant ma récupération avec des infirmières qui viennent me voir tous les jours dans ma chambre. Alors, j'ai choisi cette avenue. J'ai aussi magasiné mon chirurgien vraiment très longtemps. Je veux dire, c'était époque-là, il y avait peut-être quatre ou cinq superstars de la chirurgie de confirmation de genre. J'ai choisi la personne que, selon ce que j'avais vu, avait les meilleurs reviews sur Internet. C'est aussi bête que ça. C'est comme un resto. Mais c'est quand même prendre une chance. J'avais 19 ans, je pense, ou 18 ou 19 ans. 19 ans. Quand j'étais à Bangkok et ma mère m'a accompagnée un peu par choix parce qu'elle voulait être proche de son enfant, mais mais aussi par obligation parce que là-bas, la majorité, c'est 20 ans. Ça fait que je n'aurais pas pu y aller puis faire tout ça toute seule. OK. Ça s'est très bien passé. C'était plus inconfortable que douloureux. Évidemment, c'est comme une chirurgie, il y a toujours de la douleur, mais non, j'ai été très chanceuse et très choyée. Puis la chirurgie a vraiment un immense succès. Puis non, je n'ai aucune plainte par rapport à ça, mais j'ai vu des amis avoir le même chirurgien et avoir des résultats très différents.

SPEAKER_03

OK.

SPEAKER_01

Des femmes trans beaucoup plus âgées aussi pour que la chirurgie devienne beaucoup plus complexe et problématique avec des résultats souvent moins satisfaisants. J'ai vraiment, vraiment été

SPEAKER_02

chanceuse dans ma malchance. C'est merveilleux.

SPEAKER_01

Parfait. Mais c'est sûr que revenir après une chirurgie majeure dans un vol de presque 24 heures de transport d'un point à l'autre, mettons que l'espace additionnel pour les jambes oui, tu te couches

SPEAKER_02

à terre en petite boule. Est-ce que tu t'es

SPEAKER_01

couché à terre? Oui, non, dans l'avion, c'était épouvantable. Avec la pression et tout. Mais je veux dire, les hôtesses de l'air de Tireways, they have seen some shit,

SPEAKER_02

girl. Ils étaient prêtes à m'aider. Ah oui? OK. Ah oui, c'est vrai que ça doit être très inconfortable. C'est sûr.

SPEAKER_01

C'est comme les vidéos qu'on voit sur TikTok de tous les hommes qui partent en Turquie pour se faire faire la pose des cheveux. Je veux dire, les gens qui sont sur ces compagnies d'aviation-là.

SPEAKER_02

They know, honey. They know. Mais là, c'est ça. Maintenant, il doit y avoir plus de choix ici. Ça doit être un petit peu plus accessible qu'il y a presque

SPEAKER_01

20 ans.

SPEAKER_00

Sauf

SPEAKER_02

la liste d'attente. La liste d'attente. Il y a une grosse liste d'attente?

SPEAKER_00

Ce qui arrive, c'est qu'en ce moment, il y a un accès via l'assurance maladie pour une couverture de certaines chirurgies. Ce ne sont pas toutes les chirurgies il y a l'identité de genre qui sont couvertes. Il y a des chirurgies qui sont considérées comme des chirurgies esthétiques et à la vision du système de santé actuellement, sont optionnelles ou facultatives ou électives, on étudiera le terme, donc il faut débourser pour y avoir accès. Il y a des chirurgies qui sont considérées comme faisant partie finalement des soins nécessaires qu'on peut choisir d'opter pour ou pas, mais donc une chirurgie génitale, puis si on est né de sexe féminin, une chirurgie au niveau de la poids trine au dos du torse qui peut être couverte par l'assurance maladie. Donc, c'est une chirurgie, mais des fois, ça se fait en plusieurs parties au niveau des organes génitaux. Mais donc, ça, c'est couvert. Ce qui ne serait pas couvert, ça serait une reprise d'une chirurgie parce qu'on est peut-être moins satisfait, satisfait du résultat. S'il y a des complications, puis il faut les adresser, oui, ça va être couvert. Mais donc, on voit qu'il y a certaines choses qui ne le sont pas. Des chirurgies qui pourraient être de féminisation de certains traits ou du visage ou de la voix, de masculinisation de certaines parties du corps, etc., qui ne serait pas, de ce que j'ai mentionné, ne serait pas couvert. Même si c'est couvert, effectivement, il y a des listes d'attente qui peuvent être de plusieurs mois, années, dépendamment du moment ou de la circonstance. Donc, c'est sûr qu'il y a des barrières d'accès.

SPEAKER_01

Même le suivi à long terme est difficile. J'ai perdu mon endocrinologue l'année passée parce qu'il a décidé que ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas vu. Même si mon seul besoin, c'est qu'il me renouvelle avec le même taux. On sait que ça fonctionne. Ça fait 18 ans que je prends la même dose. Mon seul moyen de récupérer ça, comme évidemment je suis aussi orpheline, je n'ai pas de médecin de famille, donc j'ai été obligée de me tourner vers le privé, de débourser. Mon rendez-vous m'a coûté 300$ pour que je réalise en plus. Finalement, ça a été une bonne chose. C'était une spécialiste de l'hormonothérapie qui a regardé ce qu'on me donnait et qui m'a dit« Oui, mais aujourd'hui, on donne un petit peu plus que ça.» Encore de me montrer que...

SPEAKER_02

Les gens, ils ne savaient pas trop ce qu'ils faisaient peut-être à mon époque. Mais c'est ça, ça évolue tellement vite. C'est ça, et c'est une bonne chose. Qu'est-ce qui reste? Vous êtes rendu à quelle étape en ce moment du projet de recherche? Est-ce qu'il y a plusieurs phases au projet? Et vous êtes à laquelle en ce

SPEAKER_00

moment? En fait, je dirais que la phase peut-être la plus difficile, puis à mes yeux la plus importante, c'était de préparer et de lancer l'étude. Ça a pris plus d'un an. Du moment où on savait qu'on avait les fonds, puis du moment où on a recruté la première personne. Donc, vraiment un long processus de créer les détails, d'écrire vraiment tout ce qui est le protocole, d'avoir plusieurs rencontres avec les jeunes personnes trans ou de la diversité, leurs parents, leur entourage, vérifier les procédures, créer la base de données, les outils informatiques qu'on utilise et tout ça. Donc, cette phase-là, on peut dire, c'est fait. La phase de recrutement pour former finalement une cohorte de personnes qui vont pouvoir être suivies, ça risque de durer 5, peut-être 10 ans. Puis ensuite, il va y avoir probablement une période de suivi. À voir si on continue à impliquer des nouvelles personnes dans la recherche. Dans plusieurs années, on verra, selon les fonds, les besoins et ce qu'on réussit à trouver entre-temps. Mais donc, des phases, il en reste plusieurs. Des phases d'expansion aussi pour aller travailler, pas seulement à l'intérieur d'une seule clinique, mais de plusieurs cliniques au Québec, en milieu universitaire, mais aussi en communauté, dans des milieux qui ne seraient pas nécessairement des milieux pédiatriques spécialisées, des milieux qui pourraient être accessibles en région, par exemple. Puis il y a des discussions en cours avec d'autres centres qui font des projets dans d'autres provinces. Donc, plein de phases possibles. Je parle d'une banque de données, donc l'idée, c'est de ramener plus de données dans la banque pour pouvoir étudier, pour pouvoir avoir plus de réponses, des meilleures réponses aux questions qu'on pose au fil du temps. Donc, une chance, je suis en début de carrière quand même. C'est un projet de vie, c'est un projet de carrière. La vision, c'est que finalement, ce n'est pas demain qu'on va avoir les réponses, qu'on cherche. Peut-être qu'on va en avoir certaines plus rapidement que d'autres, mais qu'on va continuer à apprendre. Puis un peu comme ça a été dit, les choses se peaufinent, s'améliorent au fil du temps. Donc l'idée, c'est qu'au fur et à mesure que la recherche progresse, les soins, la clinique avance aussi, puis on est capable de mesurer ça puis de garder en compte que les choses qui étaient faites il y a 10 ans ne sont peut-être plus faites de la même façon maintenant. Puis si on étudie dans 20 ans ce qui a été donné ou prescrit aujourd'hui, on va garder en tête que les choses ont peut-être changé plus vite. Il y a plein de belles complexité, beaucoup de beaux casse-têtes à garder en

SPEAKER_02

tête. Ça serait quoi pour vous les plus grands tabous, les choses, idées préconçues des gens par rapport aux personnes trans que vous voudriez qu'arrêtent ou démystifiez? Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous vient en tête, que vous entendez souvent ou une question que tu te fais poser souvent que tu trouves qui est peut-être de la des informations, de la méconnaissance

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

J'ai envie de dire que j'aimerais que tout le monde ait la chance de connaître au moins une ou plusieurs personnes trans ou de la diversité de genre. Parce qu'on entend trop souvent de personnes qui n'ont pas vécu l'expérience. Je

SPEAKER_01

pense que c'était 80% des gens qui n'ont jamais rencontré une personne trans, vraiment.

SPEAKER_00

Grand chiffre. Puis on a des fois des témoignages ou des déclarations qui semblent être des vérités ou des faits sur les personnes trans, mais n'ayant pas du tout une idée concrète de ce que c'est. puis de l'avoir vécu. Donc, essayer d'avoir cette humilité-là. Moi, je vais souvent me dire aux familles, je ne suis pas l'experte de ton identité. Parce que des fois, c'est ça que les parents me disent. Peux-tu diagnostiquer l'identité de mon enfant ou peux-tu m'aider à comprendre mon enfant? Puis pour moi, c'est un non-sens parce que c'est l'enfant qui va nous permettre de comprendre, qui va nous donner ces vérités-là qui sont vécues et tout. Puis des fois, il y a des choses qu'on doit aider à défricher. Mais d'avoir cette humilité là puis que ça se répande dans la population finalement puis je pense que c'est le contact finalement puis l'exposition via les médias c'est une chose mais d'entendre des témoignages d'avoir des personnes proches de nous si ça arrive souvent ça va changer beaucoup les perceptions ça va aider et de un d'accepter le fait qu'on peut être différent d'une façon ou d'une autre puis de voir puis de comprendre aussi certains besoins ne serait-ce que de ne pas juger ou de mettre dans des boîtes certaines choses ou certains compétences Je

SPEAKER_01

pense que les gens ont peur aussi de l'influence que ça peut avoir sur les enfants, comme si on allait les bourrer de pilules puis les opérer aussitôt qu'ils le demandent. Ou, c'est ça, comme l'idée que les drag queens ne peuvent pas aller lire dans des bibliothèques des contes pour enfants. Je pense qu'il faut s'ouvrir les yeux et réaliser que le conditionnement que vivent nos enfants est beaucoup plus extrême et violent qu'une question de genre. Je pense qu'il faut s'ouvrir les yeux quand on encourage le couple hétéronormatif et le mariage, quand on dit qu'on est une société laïque, mais qu'on a un crucifix dans l'Assemblée nationale. Il y a toutes sortes de ces messages-là qui sont complexes, qui créent de la confusion, puis qui donnent une vision aux jeunes qu'une seule avenue possible, c'est un bien plus grand danger que moi et ma liberté

SPEAKER_02

et ma transidentité. Oui, tu as raison. C'est ça. Mais le mot liberté moi c'est vraiment quelque chose la liberté d'être qui tu veux dans toutes les formes que ça peut prendre dans toute ta personnalité dans la force que t'as eu de faire non mais moi c'est qui je suis et c'est pas parce que l'image est forte que je vais me faire lancer des roches parce que c'est ça

SPEAKER_03

qui

SPEAKER_02

t'est arrivé qui va m'empêcher d'être qui je suis c'est C'est fort. Ça prend une force incroyable. Je te dis bravo pour tout ce que tu as surmonté et pour avoir gardé... C'est ça, la force de t'accepter, même s'il y a eu des vagues.

SPEAKER_01

Je ne sais pas si c'est de la force du fatalisme. Juste dire, tant qu'à être pogné pour être en vie, on va faire ça de façon

SPEAKER_02

agréable. Ça prend une grande force, je pense. Vraiment, quand même. Oui, c'est indéniable. On a beaucoup à apprendre, comme tu disais, de ces témoignages, de ces personnes que tu côtoies au quotidien. Tu as parlé des parents. Et Dans quel état? Eux, ils le sont quand ils viennent avec leurs enfants. D'abord, est-ce que ça arrive qu'il y ait des adolescents qui viennent

SPEAKER_00

seuls? Oui. C'est possible au Québec, à partir de 14 ans, d'aller chercher des soins médicaux sans avoir nécessairement un parent avec nous. Prendre certaines décisions de façon

SPEAKER_02

libre aussi. Il y en a qui préfèrent être seuls, mais les parents, quand ils viennent, comme on t'a mentionné, je veux un diagnostic, tout ça, c'est dans quel état ils sont en général?

SPEAKER_00

Puis Encore là, j'ai nommé une situation où un parent pourrait vouloir certaines réponses. C'est encore là, comme pour les jeunes personnes, vraiment un éventail d'états ou de demandes, de besoins d'états. Il y a des parents qui vont accepter, prendre tout. annonce ou nouvelle par rapport à l'identité de genre comme un vent de fraîcheur. Puis, elle me dira, il me semble que j'avais vu quelque chose depuis longtemps où je ne sais pas si je ne suis pas étonné ou je veux juste t'aimer. Donc, si toi, c'est comme ça que tu te sens bien, je t'aime comme ça puis je veux t'appuyer 100% et tout. Puis, pour d'autres parents, c'est quelque chose qui va arriver, mais avec le temps où ça va prendre quelques chemins et voir des hauts et des bas. Il y a des moments où on est avec notre enfant, on a l'impression de comprendre. Puis, il y a des moments où on n'a plus l'impression de comprendre. On se sent plus loin, on se sent plus distant. Il y a des enjeux de communication. C'est plus clair. Un certain moment dans la tête d'un ado, mais l'ado ne communique pas nécessairement ou ne verbalise pas nécessairement certaines réalisations, certains vécus. Ça peut être isolant pour un parent. Des fois, ça se fait parce qu'il y a une certaine opposition, il y a une friction. Des fois, ça se fait juste parce que c'est comme ça et on n'a pas eu le temps de parler et d'expliquer les choses. Donc, des parents vraiment dans plusieurs différents états. Il y a des parents qui ont des craintes ou des réticences. Ce que je vois vraiment, c'est des parents aimants. Puis, des fois, cet amour-là s'exprime par un appui, par un soutien. Des fois, ça s'exprime par des questions, des réticences à aller vers des soins, des craintes pour le bien-être de notre enfant ne sachant pas, ne comprenant pas nécessairement des fois qu'est-ce qui va se passer dans une clinique où on offre des soins liés à l'identité de genre. Donc, c'est d'accueillir les parents là où ils sont, d'entendre leurs questions puis leurs besoins, puis d'offrir un accompagnement souvent au fil du temps. Puis, il y a plusieurs études qui ont décrit les stades dans lesquels on peut être quand on reçoit une nouvelle ou on comprend quelque chose par rapport à l'identité de genre de notre enfant. Puis je pense que ça s'applique dans certains cas. Puis des fois, les parcours sont différents, mais c'est d'être aussi ouvert à comprendre le vécu des parents, d'être à l'écoute. Puis des fois, ça peut être aidant puis dire que les parents aient leur propre source de soutien qui peuvent être distinctes ou à part pour pouvoir se confier, pour pouvoir être entendu, écouté, de parler à d'autres parents ou membres de l'entourage. On voit aussi beaucoup de familles où les frères et sœurs peuvent vivre certaines difficultés ou être des sources d'appui principales, puis des fois, ça aussi, ça se manifeste par des besoins. Donc, l'idée, c'est d'offrir un soutien qui passe souvent par l'entourage de la famille, donc aussi soutenir la famille pour pouvoir supporter la jeune personne.

SPEAKER_02

Est-ce qu'il y en a qui vivent un genre de deuil? Je dis ça parce que j'ai déjà entendu ça d'une amie où elle a dû faire le deuil d'une certaine façon, de... du garçon qu'elle avait pour maintenant accueillir la jeune fille qu'elle avait. Est-ce que c'est quelque chose que t'entends quand

SPEAKER_00

même? C'est un mot que j'entends souvent. C'est un deuil pour moi. J'ai dû faire un deuil. Puis... C'est compliqué parce que dans certaines situations tragiques où il y a des décès, mais majoritairement parlant, il n'y a personne qui

SPEAKER_03

meurt.

SPEAKER_00

Non, c'est ça. Puis en fait, ce processus-là d'apprendre à se comprendre ou à se connaître puis pouvoir vivre, comme tu l'as dit, comme on veut vraiment l'être, c'est un processus lumineux. C'est un phénomène de toute beauté finalement. Puis d'essayer d'offrir ça aux parents, de dire le deuil que tu as, c'est le deuil de tes idées, c'est le deuil de tes perceptions, de tes attentes, de ce que toi, tu avais vu pour toi. toi ou ton futur. Et puis, en retour, tu reçois de la lumière, tu reçois de la joie, tu reçois un potentiel, tu reçois un futur qui peut être brillant pour ton enfant, puis d'essayer d'offrir cette perspective-là, des fois, ça prend du temps, parce qu'effectivement, des fois, ces attentes-là, elles sont là, elles sont enracinées, puis des fois, il y a des craintes. Ça va être difficile pour mon enfant, comment ça va être perçu, puis le monde étant ce qu'il est, ça se peut très bien qu'il y ait des difficultés, on l'a entendu, puis c'est pas parfait aujourd'hui même, il va y avoir peut-être des situations qui vont faire en sorte que d'avoir une telle identité, puis de l'exprimer comme ça, ça va amener des challenges, donc pour parents, ça peut être difficile d'accepter ça, puis même un désir, ça serait plus simple si c'était pas comme ça, mais d'essayer d'offrir aussi l'autre côté, puis de dire, ben, finalement, il y a tellement un beau potentiel, c'est une opportunité de se rapprocher, finalement, de votre enfant, de la personne dans votre vie que vous avez vue, que vous avez pensée, d'une certaine façon, puis là, vous apprenez vraiment à connaître la jeune personne que vous avez avec vous, donc c'est tout un travail, parfois. Est-ce

SPEAKER_02

que c'est que Quelque chose que tu as

SPEAKER_01

entendu,

SPEAKER_02

toi,

SPEAKER_01

Pascal? Je pense que je n'ai jamais travaillé assez fort sur une espèce d'idée masculine pour que ça vienne à l'esprit de qui que ce soit. Je n'ai jamais fait assez d'efforts pour créer ces attentes-là. Mais oui, j'ai déjà entendu, par contre, cette idée-là. Je pense que c'est vraiment une image, le... Tu l'as tellement bien dit. C'est exactement ça. C'est tout ça. Je pense que c'est comme tout le reste. Ça prend de l'accueil, de la bienveillance, de l'empathie. C'est la clé de tellement de problèmes

SPEAKER_02

humains. Est-ce que tu réalises que tu es maintenant un modèle comme celui que tu cherchais sûrement, enfant et adolescente,

SPEAKER_01

pour plusieurs

SPEAKER_02

personnes?

SPEAKER_01

Il paraît qu'on devient toujours l'adulte dont notre enfant aurait eu

SPEAKER_02

besoin. C'est vrai, c'est bien

SPEAKER_01

beau, ça. Il paraît que souvent, comme personne, si on regarde de quoi j'avais besoin quand j'avais 12-13 ans, on est comme« My God, mais aujourd'hui, je réponds à tout ça.» C'est vraiment étrange. En tout cas, c'est très juste pour moi.

SPEAKER_02

Des frissons, c'est magnifique. C'est vraiment beau. Mais est-ce que tu es bien maintenant dans ta

SPEAKER_01

vie? Oui. Oui? Oui, c'est sûr. Ça va très bien. Ça va bien? En ce moment, ça va vraiment très bien. Il y a des hauts et des bas comme tout le monde. Ah, mais là, évidemment. C'est jamais identitaire ou dans la haine ou le rejet de la personne que je

SPEAKER_02

suis. Et tu te sers beaucoup de l'art, de l'écriture, de tes projets artistiques maintenant pour... parler de... de

SPEAKER_01

ça. Mais j'ai l'impression que j'ai aussi peut-être une mission. Il y a une part de moi qui sent que je le fais énormément pour les autres. Je le fais justement en pensant à cet enfant que j'étais qui voyait vraiment rien dans le paysage pour l'aider ou l'illuminer. Moi, j'essaie de... J'ai l'impression que c'est vraiment un devoir. Puis il y a beaucoup de choses que j'ai faites artistiquement dans les 15 dernières années où j'ai dit oui pour la mauvaise raison de le faire par devoir quitte à ce que ce soit peut-être un texte ou une approche qui reflétait pas vraiment mes valeurs mais qui était peut-être un premier pas dans l'espace public pour ouvrir des discussions pour mettre ça de l'avant Je pense que c'est plus important que moi-même ce que je peux ressentir ou penser. C'est où est-ce que la société est rendue, puis si j'ai une occasion de faire une différence, bien, il faut comme que je saute

SPEAKER_02

dessus. Puis c'est lumineux pour toi? Est-ce que ça te remplit? Ou est-ce que des fois, est-ce que c'est lourd à porter, ça, cette mission-là?

SPEAKER_01

Bien, j'essaie de le faire au quotidien, petits gestes, un après l'autre. Puis après ça, s'il y a quelqu'un qui me dit« Ah, je t'ai vu là-dedans, c'était tellement» ou« Ah, t'es tellement» Je n'attends pas ou je n'espère pas de résultats. Je le prends vraiment au quotidien. Ma journée est séparée en 12 heures actives. Il y a ce nombre de temps-là où je fais ça pour ma cause. Mais je ne m'attends jamais à un résultat. J'ai l'impression que le résultat est à long terme et que je suis un des petits mécanismes qui fait que la machine va commencer à faire des belles

SPEAKER_02

choses. Merci pour ton témoignage. C'était vraiment très, très inspirant, très touchant. Merci à vous pour votre accueil. Merci Nicolas Chadi et bravo pour ce projet de recherche Parlons SMAT. Je vous souhaite un magnifique début d'aventure et que ça se poursuive très, très longtemps. Je vous remercie encore une fois d'avoir été là. Si vous voulez donner à la Fondation de la recherche pédiatrique qui permet de soutenir ce genre de projet-là et plusieurs autres, vous allez pouvoir aller en description de l'épisode voir le lien du site internet. Je vous remercie et je vous dis à très bientôt.