Les échos du Loriot

10 - Les vachers et autres parasites autour du monde (3/3) avec Mark Hauber

Geoffrey Ruaux Episode 10

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Dernière partie de notre interview avec Mark Hauber, chercheur spécialiste du parasitisme de couvée. Cette fois, il nous emmène dans un fascinant tour du monde de ces oiseaux qui pondent dans le nid des autres. On en découvre encore davantage sur les vachers, les coucous, et les autres oiseaux qui ont adopté ce mode de vie si singulier.


Crédits :

- Musique "Sunday Coffee" de Rebecca Mardal.
- Illustrations par Rohith W.
- Avec la voix de Nicolas Le Du.

Les Échos du Loriot, le podcast qui donne la parole aux passionnés de nature de tous horizons !

Épisode 10


Geoffrey

Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode des Échos du Loriot qui est la dernière partie de notre interview portant sur les vachers et autres parasites de couvée. Dans les deux premiers épisodes, on a rencontré Mark Hauber, un spécialiste de ces oiseaux qui pondent dans le nid des autres, et il nous a donné beaucoup de détails sur les stratégies du vacher à tête brune. Aujourd’hui, on va continuer avec un tour du monde des parasites pour élargir nos horizons.


Pour rappel, cette interview a été effectuée en anglais, et vous allez entendre la traduction française que j’ai réalisée. Le doublage français de notre intervenant est une nouvelle fois assuré par Nicolas Le Du.


Et maintenant, allons retrouver Mark dans le Missouri.


Transition


Geoffrey

– Bonjour Mark ! On se retrouve aujourd’hui dans votre forêt préférée pour la dernière partie de notre interview.


Mark

– Bonjour Geoffrey ! Aujourd’hui, vous vouliez faire un tour du monde des parasites de couvée, c’est bien ça ?


Geoffrey

– Exactement ! On a beaucoup parlé des espèces qui vivent en Amérique, et j’ai fait quelques comparaisons avec le coucou gris qui vit en Europe, mais je propose d’aller plus loin aujourd’hui. Est-ce que vous pourriez rapidement nous rappeler les différences entre la stratégie du vacher et celle du coucou ?


Mark

– Une des différences les plus frappantes, comme on l’a évoqué plus tôt, c’est le comportement du poussin. Le coucou adulte est bien plus gros qu’un vacher, mais il grandit tout comme lui dans le nid de petits passereaux, il a donc besoin de monopoliser toute la nourriture. Ainsi, le poussin du coucou est à peine sorti de l'œuf qu’il éjecte déjà tous les œufs qu’il trouve dans son nid. L’effet sur la descendance des hôtes est plus radical : le vacher instaure une rude compétition avec les poussins légitimes tandis que le coucou les supprime immédiatement.


Geoffrey

– C’est sûr que c’est radical… Et à titre personnel, est-ce que vous avez déjà étudié le coucou gris ?


Mark

– Absolument, j’ai étudié le coucou en Hongrie, mon pays d’origine. La dernière étude qu’on a menée portait sur les deux variations de couleur de la femelle. En fait, les femelles coucou ont deux versions de plumage différentes, qu’on appelle des “morphes”. Il y a des femelles grises qui ressemblent au mâle, et des femelles brun-roux. On a donc étudié les bases génétiques de cette différence de couleur, et on a trouvé comme on s’y attendait que le chromosome sexuel femelle est responsable de ces variations de couleurs.


Geoffrey

– Et est-ce que le fait d’avoir des femelles grises et des femelles rousses est un avantage pour les coucous ? Peut-être que l’un des morphes passe plus inaperçu et est plus efficace pour parasiter les nids ?


Mark

– Autrefois, on pensait qu’il y avait une fonction de mimétisme. On disait que la femelle grise imitait l’apparence d’un épervier tandis que la femelle rousse imitait un faucon crécerelle. Le but serait pour les femelles coucous de ressembler à des rapaces pour effrayer les oiseaux qu’elles parasitent et réduire les risques d’agression. Aujourd’hui, on a un peu abandonné cette théorie. Comme vous l’avez dit, il est possible que l’existence de deux morphes différents favorise le plus rare des deux. Si la majorité des femelles coucous sont grises, les hôtes sont plus habitués à reconnaître ce plumage, et les femelles rousses passent plus inaperçues. La discrétion est un gros avantage pour une femelle coucou, car comme la femelle vacher, son but est de surveiller des nids puis de pondre sans se faire repérer.


Geoffrey

– Oui, ces deux parasites ont un certain nombre de points communs dans leurs stratégies.


Mark

– Le coucou a eu une évolution plus longue sur la voie du parasitisme de couvée, et certains de ses comportements sont plus spécialisés et perfectionnés. Par exemple, on peut noter qu’il pond ses œufs l’après-midi, alors que les vachers pondent le matin. Pondre l’après-midi est plus avantageux pour un parasite car les autres oiseaux pondent souvent le matin. Donc au milieu de la journée, le nid a plus de chances d’être déserté par ses propriétaires partis se nourrir.


Geoffrey

– C’est vrai que les comportements du coucou sont assez incroyables dans leur raffinement. Tout a évolué chez eux pour devenir des parasites d’une efficacité diabolique. J’ai lu le livre de Nick Davies, un chercheur à Cambridge qui a beaucoup étudié cet oiseau, et c’est une vraie mine d’informations.


Mark

– Oui, Nick Davies est vraiment incroyable ! Non seulement il sait raconter des histoires passionnantes, mais en plus, elles sont basées sur des faits scientifiques très solides. C’est une véritable inspiration pour tous ceux qui étudient les parasites de couvée.


Geoffrey

– Son livre s’intitule “Cuckoo: cheating by nature”, ce qui veut dire “Coucou: tricheur par nature”. À ma connaissance, il n’est disponible qu’en anglais, mais je le recommande à celles et ceux qui seraient intéressés.


Mark

– Oui, n’hésitez pas à vous renseigner sur son travail.


Geoffrey

– Et pour continuer notre tour du monde des parasites de couvée, je crois qu’il y en a aussi beaucoup d’espèces en Afrique, non ?


Mark

– Absolument. En Afrique, on peut parler des oiseaux appelés les indicateurs. C’est une famille constituée de 17 espèces. On les appelle les “indicateurs” car ils sont connus pour guider les humains vers les ruches. Les gens peuvent ainsi récupérer le miel, tandis que les indicateurs en profitent pour accéder à la cire et aux larves d’abeilles dont ils se nourrissent.


Geoffrey

– Et donc en plus de ce comportement unique, ce sont aussi des parasites de couvée ?


Mark

– En effet. Ils ciblent souvent des hôtes qui nichent dans des cavités creusées dans des berges de cours d’eau, ce sont donc des nids très obscurs avec un long tunnel d’entrée. Tout comme le coucou, le poussin de l’indicateur a besoin de toute l’attention de ses parents adoptifs pour ne pas mourir de faim, mais dans un terrier, impossible de jeter les autres œufs par-dessus bord. La femelle parasite choisit donc parfois de perforer les autres œufs présents quand elle pond. Et si des poussins de la famille adoptive s’en tirent et parviennent jusqu’à l’éclosion, ils font face à une adaptation encore plus terrifiante du poussin indicateur. Il sort de l’œuf en général avant ses frères et sœurs, et il est doté dès la naissance d’un bec armé de crochets acérés. Il est de plus extrêmement agressif, donc dès qu’un autre poussin sort de l’œuf, l’indicateur se rue sur lui et le crible de coups avec son bec jusqu’à ce que mort s’ensuive. Et toute la scène a lieu dans l’obscurité complète !


Geoffrey

– Ah oui… C’est assez extrême comme stratégie, et c’est fou qu’un poussin qui vient de naître soit capable de faire ça.


Mark

– La sélection naturelle lui a façonné un instinct très particulier pour lui permettre de survivre.


Geoffrey

– Et il y a d’autres espèces en Afrique ?


Mark

– Oui, on compte sur ce continent trois grands groupes de parasites de couvée. En plus des indicateurs, il y a plusieurs espèces de coucous, et le troisième groupe est une famille de passereaux qu’on appelle les veuves et les combassous.


Geoffrey

– Ah oui, donc leur diversité est bien plus grande que chez nous.


Mark

– En fait, l’Europe et l’Amérique du Nord sont un peu des “zones pauvres” en termes de parasites de couvée. Si on regarde l’Asie orientale, l’Inde ou encore l’Afrique, on trouve une plus grande diversité d’oiseaux parasites. Dans les régions tropicales, il y a davantage d’espèces d’oiseaux qui ont une reproduction coopérative, ce qui semble favoriser les parasites de couvée.


Geoffrey

– Est-ce qu’on peut rappeler exactement ce que signifie ce terme de reproduction coopérative ?


Mark

– Chez les oiseaux à reproduction coopérative, il y a un couple de parents qui pond les œufs dans le nid, et ils sont accompagnés par des “assistants” qui sont souvent des jeunes de l’année précédente et qui aident à nourrir et à protéger les oisillons de l’année. On peut penser que c’est un avantage pour un parasite de pondre dans un tel nid, car il y aura plus de monde pour s’occuper de son poussin affamé. Mais par contre, le revers de la médaille est qu’il y a plus d’oiseaux à proximité du nid pour le défendre, il est donc plus difficile à parasiter.


Geoffrey

– Je vois, et comme vous l’avez dit dans le premier épisode, seulement 1% des espèces d’oiseaux sont des parasites obligatoires. La stratégie ne serait sûrement pas viable s’il y avait 10% de parasites.


Mark

– C’est exact, ce système ne peut être tenable que si les parasites sont très minoritaires. On pense que c’est pour ça qu’il y a beaucoup plus d’espèces qui sont des parasites facultatifs. Elles s’occupent de leurs œufs, mais elles se gardent la possibilité d’en glisser un ou deux chez les voisins.


Geoffrey

– Je crois que vous avez aussi étudié des parasites de couvée en Nouvelle-Zélande, c’est ça ?


Mark

– Oui, j’ai travaillé en Nouvelle-Zélande pendant 5 ans. Il y a principalement deux espèces de coucous : le coucou éclatant et le coucou de Nouvelle-Zélande. Et ce qui est vraiment intéressant là-bas, c’est que les coucous sont les seuls oiseaux terrestres à partir en migration pour l’hiver, alors que leurs hôtes restent toute l’année. On a marqué ces coucous pour étudier leur trajet, et on a découvert qu’ils s’envolent vers des îles du Pacifique comme Bora-Bora ou les îles Salomon. On a donc des coucous qui font un voyage de plus de 4 000 km à travers le Pacifique chaque année.


Geoffrey

– Ah oui ça paraît assez incroyable comme voyage. Est-ce que c’est une route migratoire qu’ils ont héritée d’une espèce ancestrale et qu’ils continuent à suivre par instinct ?


Mark

– Je pense que c’est bien un comportement hérité de leurs ancêtres. On observe par exemple que des espèces cousines en Australie sont aussi migratrices, donc quand ces coucous sont arrivés en Nouvelle-Zélande, ils ont perpétué cette migration.


A part la migration des adultes, on a aussi étudié les vocalisations des poussins de ces coucous de Nouvelle-Zélande, et on a découvert comment ils trompent leurs victimes. Les hôtes de ces parasites nichent dans des cavités ou dans des dômes fermés. Ce sont des lieux sombres, donc ils n’ont pas besoin d’un quelconque mimétisme de leurs œufs ou de leurs poussins. Ce qu’ils ont développé, c’est un mimétisme de la voix : les oisillons imitent le cri de quémande de leur espèce hôte et parviennent ainsi à tromper leurs parents adoptifs.


Geoffrey

– Pour conclure notre tour du monde des parasites, j’aimerais qu’on parle de l’avenir de ces oiseaux. Plusieurs études se sont penchées sur les effets du changement climatique, et il semble que les parasites de couvée sont exposés à des menaces à la fois spatiales et temporelles. Des menaces spatiales, car le climat pourrait provoquer une séparation entre leur aire de répartition et celle de leurs hôtes, et des menaces temporelles, si on assiste à une désynchronisation entre leur retour de migration et celui de leurs hôtes. Quand on voit que le succès des poussins de vacher dépend du jour exact où leur œuf a été pondu dans le nid, ce n’est pas à prendre à la légère.


Mark

– C’est une vaste question, en effet. Les conséquences sont très variables selon les paires d’espèces considérées. Par exemple, on a étudié un système où l’hôte et le parasite sont affectés de la même façon par le climat. En Europe, le coucou gris parasite souvent la rousserolle turdoïde, et ces oiseaux migrent tous les deux en Afrique subsaharienne. Le réchauffement de la température a pour conséquence un retour et une reproduction plus précoces de ces deux oiseaux, mais comme ils sont affectés de la même façon, le coucou n’est pas pénalisé dans son parasitisme. En revanche, il y a d’autres oiseaux comme la fauvette à tête noire ou le rougegorge qui sont aussi parasités par le coucou, mais qui passent l’hiver en Europe. Avec une route migratoire plus courte, ces oiseaux peuvent commencer à se reproduire une ou deux semaines plus tôt, et quand le coucou revient de sa migration, il peut être trop tard pour cibler ces espèces. Si un œuf de coucou est pondu en retard sur les œufs de l’hôte, même si ce n’est que deux ou trois jours, le poussin va éclore après ceux de l’hôte, il ne parviendra peut-être pas à les éjecter, et il mourra de faim car il ne pourra plus monopoliser la nourriture.


Geoffrey

– Donc c’est vraiment une mécanique fragile, et le changement climatique pourrait réduire le nombre d’espèces que le coucou peut parasiter avec succès. Et est-ce que vous avez des exemples de conséquences spatiales du changement climatique, en termes de zone de répartition ?


Mark

– Oui, il y a l’exemple du petit coucou, en Asie, dont la zone de répartition se déplace vers le nord à cause du changement climatique, car il a besoin de suivre les insectes dont il se nourrit. Le problème, c’est que leurs espèces hôtes n’ont pas encore atteint des régions aussi nordiques. Donc soit ils ne peuvent plus se reproduire, soit ils doivent trouver de nouvelles espèces hôtes.


Geoffrey

– Ah oui, donc quand le climat pousse les parasites dans de nouveaux habitats, ça peut perturber les interactions en place.


Mark

– Tout à fait. On observe un phénomène de ce type en Alaska, avec le coucou gris qui arrive depuis l’Asie. En Sibérie, les oiseaux sont habitués à ce parasite et savent rejeter ses œufs, mais les oiseaux américains n’ont pas évolué avec ce coucou, ils sont plus habitués à croiser des vachers. Comme on l’a dit précédemment, les oiseaux parasités par le vacher ne rejettent pas vraiment ses œufs, car ils peuvent être punis de représailles, et car le poussin du vacher ne tue pas leurs autres oisillons. Au contraire, le poussin du coucou éjecte tous les autres œufs du nid, et les espèces d’Alaska sont naïves face à cette menace. Le coucou gris pourrait donc se répandre facilement dans la région.


Geoffrey

– On voit donc que le changement climatique peut créer des déséquilibres dans un sens comme dans l’autre, et de nouveaux hôtes vont devoir apprendre à faire face à de nouveaux parasites. 


Mark

– Exactement, l’avenir de beaucoup d’écosystèmes est encore incertain. Il y a de nombreuses espèces qui vont être amenées à interagir pour la première fois.


Geoffrey

– En tout cas on comprend bien qu’il y a énormément de choses à étudier avec les vachers et les autres parasites de couvée.


Mark

– En effet, c’est pour cela que j’ai jugé qu’il était nécessaire de créer un groupe de recherche dédié aux vachers. J’ai travaillé sur beaucoup de sujets différents dans plusieurs pays, mais lorsque je suis revenu aux États-Unis, il m’est venu à l’esprit que le vacher était un modèle d’étude idéal pour se poser des questions sur la biologie du développement, les bases neuronales des comportements, ou l’endocrinologie. Par exemple, on s’intéresse en ce moment aux critères qui font qu’une espèce d’oiseau a tendance à accepter ou à rejeter les œufs des parasites. Et au sein de chaque espèce, on peut aussi essayer de comprendre quels individus ont tendance à les accepter ou à les rejeter. Certaines découvertes montrent que tout cela a un rapport avec leur système hormonal.


Geoffrey

– Ah oui, donc on peut vraiment aller très loin dans l’étude du comportement en prenant les vachers comme modèle.


Mark

– Tout à fait, et pour étudier tout ça, j’ai supervisé beaucoup d’étudiants formidables, que ce soit à New York, ou dans l’Illinois. En ce moment, je supervise 3 étudiants qui vont bientôt finaliser leur doctorat.


Geoffrey

– Et est-ce que vous avez des exemples de découvertes récentes faites par votre groupe de recherche et vos étudiants ?


Mark

– Bien sûr ! L’un de nos articles récents a été mis en avant dans le New York Times, il traitait de la tendance qu’ont les vachers juvéniles à se regrouper avec d’autres congénères.Comme on l’a dit plus tôt, les jeunes vachers ont besoin d’apprendre leurs comportements auprès des adultes, et un article publié il y a 30 ans suggérait que les femelles vachers faisaient le tour de leur territoire pour trouver les jeunes, socialiser, et leur prodiguer une forme de soins. On a capturé des vachers à plusieurs reprises et on a en effet constaté que les juvéniles sont souvent accompagnés de femelles adultes. En revanche, on a fait des analyses génétiques qui ont montré que ces individus qui se regroupent ont rarement un lien de parenté : les femelles ne savent donc pas quels jeunes sont leurs descendants, mais elles ont tout de même tendance à aller à leur rencontre.


Geoffrey

– Ah oui, donc votre découverte a intéressé la presse !


Mark

– Oui, j’étais ravi de voir un de mes étudiants mis en avant dans le New York Times, et ç’a été un grand moment quand mon patron lisait son journal matinal et est tombé dessus.


Geoffrey

– Ah oui, ça a dû être quelque chose ! En tout cas je pense que le parasitisme de couvée est vraiment un sujet qui peut attirer l’attention des médias et du public, parce que c’est un comportement tellement original et exceptionnel que les gens ont envie d’en savoir plus.


Mark

– Absolument. C’est encore plus le cas en Europe, où vous avez le coucou gris. Tout le monde connaît le cri du coucou, et son comportement est aujourd’hui devenu un savoir naturaliste de base. Aux États-Unis, les vachers sont moins connus du grand public, et quand les gens apprennent leur existence, ils sont un peu offusqués de voir cet oiseau qui pond dans le nid des autres.


Geoffrey

– C’est sûr, on peut comprendre que certains soient mal à l’aise avec cette idée.


Mark

– Au moins, les vachers sont plus subtils que les coucous et ne jettent pas les autres œufs et oisillons par-dessus bord…


Geoffrey

– Et est-ce qu’il y a des gens ou des groupes qui s’opposent activement aux vachers et qui militent pour protéger les espèces qui en sont victimes ?


Mark

– (rire) Dit comme ça, c’est une drôle d’idée, mais c’est vrai qu’il y a certains programmes de conservation qui tentent de limiter les vachers. Quand un parasite de couvée généraliste est très commun dans une région, on peut imaginer qu’il pourrait mettre en péril certaines espèces menacées. Parmi les hôtes du vacher, certains sont très menacés, comme la paruline de Kirtland, le viréo à tête noire, ou le viréo de Bell. Dans certaines régions, des programmes visent à réguler les vachers dans un habitat donné pour qu’ils n’impactent pas la reproduction de ces oiseaux.


Geoffrey

– Je vois… Dans le monde actuel, et avec nos écosystèmes sévèrement altérés, c’est toujours difficile de définir quel organisme il faut privilégier, et les humains décident souvent ce qui est équilibré ou pas.


Mark

– C’est vrai. J’ai fait face à ce genre de problématique quand je travaillais en Nouvelle-Zélande. Là-bas, il y a le faucon de Nouvelle-Zélande qui est un prédateur du glaucope cendré. Ces deux espèces d’oiseau sont très menacées, mais l’une des deux prédate l’autre. Dans ce genre de situation, qui doit-on protéger ? Le prédateur ou la proie ?


Geoffrey

– Oui, la réponse n’est jamais simple, et c’est dommage d’avoir besoin de prendre de telles décisions.


Mark

– En biologie de la conservation aujourd’hui, tout est une question de choix.


Geoffrey

– On se rapproche de la fin de notre interview, mais est-ce que vous avez un projet en cours sur le parasitisme de couvée que vous aimeriez partager avec nos auditeurices ?


Mark

– Absolument ! En fait, on va bientôt publier un nouvel article sur la génétique du parasitisme de couvée. On a séquencé les génomes d’oiseaux parasites et on les a comparés à de proches cousins non parasites pour déterminer quels gènes sont associés à ce mode de vie unique. Chez certains oiseaux africains, comme les veuves et les indicateurs, on a trouvé que le comportement de parasitisme s’accompagne de modifications génétiques liées par exemple à la mémoire spatiale. En revanche, chez le vacher à tête brune, on n’a pu trouver aucun gène associé au parasitisme. De futures recherches devront aller au-delà des gènes et s’intéresser aux changements dans les hormones et l’anatomie du cerveau pour mieux comprendre ces oiseaux parasites.


Geoffrey

– Donc il y a encore beaucoup de travail !


Mark

– On peut le dire, oui. Le voyage ne s’arrête jamais, en recherche, on peut toujours creuser plus loin.


Geoffrey

– Et dans un registre plus généraliste, vous avez écrit un livre de vulgarisation qui nous plonge pendant 24 heures dans la vie de 24 oiseaux différents, c’est bien ça ?


Mark

– Tout à fait, le livre s’appelle “Bird Day”, et pour chaque heure de la journée, je décris la vie d’une espèce d’oiseau. Je parle bien entendu des parasites comme les vachers et les coucous, mais aussi des oiseaux de Nouvelle-Zélande, d’Australie, d’Antarctique et d’Afrique.


Geoffrey

– Donc c’est un tour du monde vraiment sympathique pour les curieux. A noter qu’il n’est pour le moment disponible qu’en anglais, mais n’hésitez pas à jeter un oeil si ça vous intéresse.


Mark

– Oui, j’ai essayé de raconter des histoires à la fois instructives et assez concises.


Geoffrey

– Mark, notre interview arrive à son terme, donc je vous remercie beaucoup pour tout ce que vous nous avez appris sur les parasites de couvée. On a pu comprendre en profondeur comment fonctionnent les vachers, et on a une première idée des autres parasites qui existent autour du monde.


Mark

– C’était un plaisir d’en discuter, on pourrait passer des heures sur ce sujet !


Geoffrey

– Ça, c'est sûr ! Mais pour l’instant, je vous libère et je vous souhaite une bonne continuation !


Mark

– Merci Geoffrey, et au plaisir d’échanger à nouveau !


Transition


Geoffrey

Et voilà donc la conclusion de notre série riche en informations sur les vachers et autres parasites de couvée. Pour finir, je vous propose d’écouter un message en anglais enregistré par Mark lors de notre interview originale. Il s’adresse à vous pour conclure cette série.


Message en anglais :

Hello, I’m Mark Hauber and I’m here to advocate for the cowbirds, which are brood parasites just like the European cuckoos, and live here in North America. And I invite you to come and visit them despite what the world looks like today. 


Geoffrey

Pour résumer, Mark nous invite à venir découvrir les vachers en Amérique du Nord, même s’il n’est pas toujours évident de voyager dans le monde actuel.

Merci à vous de nous avoir suivis aujourd’hui. On se retrouve bientôt pour une nouvelle interview sur un autre sujet passionnant D’ici là portez-vous bien, et restez à l’écoute de la nature !