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L'Afrique sera-t-elle la catastrophe du 21é siècle ? (Serge Éric Menye)

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Le récit dominant sur le développement de l'Afrique est-il fidèle à la réalité ? Dans cet épisode, Serge Eric Menye, consultant en investissement et essayiste, expose sa critique de l'afro-optimisme, du rôle prêté à la diaspora africaine et de la place accordée aux matières premières. À l'appui de chiffres et de ses observations de terrain, il défend une approche qu'il qualifie d'« afro-réaliste ».

Au fil de l'échange, il aborde notamment :

  • le « mythe » des diasporas africaines et son origine historique
  • le poids réel des transferts d'argent (remittances)
  • les freins au développement qu'il identifie : éducation, données, gouvernance
  • matières premières, financement et énergie face à l'intelligence artificielle
  • ses trois prédictions pour l'avenir du continent

Un entretien qui invite à interroger le regard porté sur l'Afrique.

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SPEAKER_03

Le fantasme des matières premières, il faut l'oublier pour une fois et définitivement. L'Afrique est dans une urgence qui ne lui permet pas de s'offrir des complexes de riches. Il faut foncer. On ouvre les portes, tout le monde vient, déverse de l'argent, crée des entreprises, ça génère des emplois. On prend structure au fur et à mesure. Il faut accepter de polluer. Le développement sans la pollution, ça n'a jamais existé et ça n'existera jamais. Il existe plusieurs personnes au monde qui ont intérêt à ce qu'on dise que l'Afrique va bien. Les dirigeants africains ont intérêt à ce que le discours d'une Afrique qui réussit domine. Parce que ça cache leurs carences, leurs échecs. Pour les diasporas africaines qui ont besoin de se sentir valorisées, ce discours fait du bien. Les entreprises internationales qui opèrent en Afrique ont aussi intérêt à ce que ce discours se répande. Trois prédictions pour l'avenir. L'Afrique est devenue le nouveau champ de bataille aussi pour les religions. Pas que les prédateurs sur les matières premières mais aussi dans l'influence de conscience. La deuxième chose, c'est que la situation économique va s'aggraver. Les institutions internationales qui ont quand même un peu permis à l'Afrique de ne pas sombrer définitivement dans le Moyen-Âge, avec des petites subventions, petites aides de temps en temps, ont de moins en moins d'argent. Et la troisième, c'est aussi douloureux comme les autres. Je suis Serge-Éric Meignier, je suis consultant en investissement. J'accompagne les entreprises dans leurs projets en Afrique ou autour de l'Afrique, c'est de l'intelligence de marché. Donc j'ai fait des études d'économie et finance qui m'ont amené par la suite à ne pas m'en servir puisque j'ai beaucoup travaillé dans les métiers de la tech et du transport. Maintenant, effectivement, je suis vraiment dédié aux activités qui touchent à l'Afrique. Par ailleurs, je suis essayiste, donc j'ai écrit déjà trois essais. Le premier, c'était sur le changement climatique en Afrique. Le deuxième, c'était sur le contre-pied à l'afro-optimisme où je me posais la question si l'Afrique serait la catastrophe du 21e siècle. Et le troisième prend aussi le contre-pied d'un autre mythe qui est que les diasporas africaines sont la solution maintenant que tout a échoué pour développer l'Afrique. Des idées aussi que je partage dans plusieurs rapports en France, à l'étranger, dans des tribunes Et parfois aussi auprès des gens que je conseille parce qu'ils ont souvent besoin d'une vue un peu plus large que tout simplement des chiffres.

SPEAKER_02

Vous avez cité vos trois livres avec des entités qui sont quand même à charge. Le premier livre sur lequel je vais revenir, c'est le mythe des diasporas africaines, la nouvelle utopie pour développer l'Afrique. Vous dites qu'il y a un mythe, mais derrière, il y a aussi des opportunités. Il y

SPEAKER_03

a deux choses. Le mythe, en fait, part de très loin, déjà. Il faut savoir que le mythe des diasporas africaines repose en réalité, dès le départ, sur des personnages comme Webb Dubois, qui est un sociologue américain, très brillant d'ailleurs, premier noir à intégrer Harvard. Et pan-socialiste

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Oui, tout à fait. Et qui voit effectivement dans le chemin qu'ont connu les descendants d'esclaves, l'opportunité d'un retour à une espèce de terre-mer, où effectivement les Afro-Américains retourneraient en Afrique pour développer l'Afrique par choix, plutôt que par contrainte, comme ça a été le cas au moment des mouvements... Il a été suivi par plusieurs autres personnes après. Frédéric Douglas était dans la même lignée. Et beaucoup plus tard, effectivement, il y a Kwame Nkrumah qui l'a connu d'ailleurs, parce qu'il avait vécu après au Ghana. Kwame Nkrumah qui s'est rejoint à lui pour effectivement propager l'idée que les Africains afrodescendants suite à l'esclavage, étaient censés retourner pour développer leur continent d'origine. Et ce qui s'est passé beaucoup plus tard, c'est l'élection de Barack Obama. En 2008. En 2008, à travers qui, effectivement, ça a été pour beaucoup de gens une révélation en se disant, effectivement, on compte aujourd'hui parmi les membres de la diaspora africaine qui ont des liens avec l'Afrique, etc., parce que les définitions ne sont pas toujours les mêmes en fonction des pays. Pour l'Amérique, en fait, les diasporas africaines, c'est toutes les personnes qui ont un lien avec une personne d'Afrique soit amicales, soit familiales. ou alors qui s'intéresse de près ou de loin à l'Afrique et qui aimerait y participer. Ça, c'est la définition américaine des diasporas africaines. C'est très, très large. L'Amérique voit toujours tout en grand. Donc, c'est très ouvert. Et donc, ensuite, il y a cette élection de Barack Obama qui vient donner un coup de pouce à tout ce discours en disant, voilà, quelqu'un qui attend le plus haut sommet du monde et qui incarne effectivement cette capacité qu'ont certains dans la diaspora africaine à pouvoir être dans les meilleures places et se servir de ça pour pouvoir aider au développement de l'Afrique. Et pendant le mandat de Barack Obama aussi, c'est là où l'Afrique, en termes de remittance, a reçu beaucoup d'argent. Les remittances, c'est l'argent qu'on envoie à l'étranger. Et donc, le fait que ces remittances pour 54 pays dépassaient les sommes qui étaient consacrées par la Banque mondiale et le FMI à l'aide au développement, a apparu aussi brusquement le discours dans les mêmes institutions que l'argent des diasporas pourrait faire des miracles en Afrique. Donc le discours des diasporas trouve un nouveau soutien auprès des institutions internationales, le FMI et la Banque mondiale, sous la base de ces rémitances en disant il y a tout cet argent qui est envoyé. Et puis pour terminer, il y a l'étape de Macron. Emmanuel Macron se trouve confronté à une situation difficile en Afrique où il y a un rejet très fort. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali font ceci de façon virulente à plusieurs années d'amitié, de collaboration, je ne sais pas comment définir, de partenariat, sauf qu'il y a une vraie rupture qui s'opère. Et dans les conseils que Emmanuel Macron a réussi à obtenir de gauche à droite, il décide effectivement de mettre en avant les diasporas africaines. Donc, il y a ce concept de conseil présidentiel pour l'Afrique qui avait été créé, où on réunit quelques personnes de la diaspora africaine une ou deux fois par an pour venir boire des cocktails, du champagne, quelques petits fours, faire des photos et dire partout qu'on œuvre pour l'Afrique. Et il a voulu aller beaucoup plus loin parce qu'il fallait préparer le sommet au Kenya Africa Forum qui s'est déroulé il y a un mois. Et en allant jusqu'à créer le haut commissariat pour les diasporas africaines. Tout simplement parce qu'il voyait en ça un levier pour renouer les relations avec l'Afrique. Lui aussi dans l'idée que ces gens seraient assez puissants pour pouvoir peser et opérer de nouveaux changements dans les rapports entre la France et l'Afrique. Donc c'est un peu comme ça que se construit jusqu'à présent tout ce discours autour des diasporas africaines qui ne repose en réalité sur rien. Si je prends juste l'exemple de l'agitation d'Emmanuel Macron autour de ça, on est totalement dans ce que je qualifie le vertige du vide. Ce sont des gens qui se voient de temps en temps pour faire des photos aller partager après sur les réseaux sociaux, il n'y a plus rien de concret ensuite. Africa Forward vient juste de se terminer, personne ne peut dire aujourd'hui instantanément qu'est-ce qu'il a retenu et quels sont les premiers pas qu'il a observés de ce qui a été promis. Il n'y a rien. Et c'est comme ça depuis très longtemps. Par contre, et je vais terminer là-dessus parce que c'était la question, c'est d'autant plus dommage qu'en réalité il y a des choses qu'on peut trouver positive dans l'idée d'exploiter le potentiel des diasporas. Parce que, déjà, elles vivent dans des pays où les choses fonctionnent plutôt bien, donc elles peuvent s'en inspirer, déjà pour elles-mêmes. Et après, pour le transmettre, elles peuvent être des vecteurs d'influence positifs vers ces pays, parce qu'on les écoute beaucoup mieux du fait qu'elles ont de l'argent et qu'on estime qu'elles ont une certaine classe plus élevée du fait de vivre dans des pays riches, etc. C'est comme ça un peu dans toutes les sociétés. Et ce n'est pas exploité. Donc, il y a pas mal de talents parmi les diasporas africaines qu'on peut réorienter vers des choses beaucoup plus intelligentes. Et même financièrement, sur la base de petits montants, une très bonne organisation des revenus des diasporas ou de la collecte des efforts des diasporas pour l'Afrique servirait à financer certains projets bien précis en Afrique. Je pense notamment à ceux dans l'énergie et la

SPEAKER_02

santé. Juste pour revenir sur ce que vous avez dit, notamment sur Emmanuel Macron, la mauvaise langue pourrait dire que, je n'ai plus la date exacte en tête, mais en 2020 ou 2021, sommet à Pau, je pense, où la diaspora a été réunie, il y a quand même eu la Fondation pour la démocratie qui a été mise sur pied par Achim Bembe, je pense.

SPEAKER_03

Inspirateur par ailleurs de... du levier des diasporas à l'oreille d'Emmanuel Macron.

SPEAKER_02

Voilà, exactement. Donc, la mauvaise langue pourrait dire que vous n'êtes pas totalement objectif sur vos critiques. Et encore, si je reviens sur les rémitances, donc les transferts d'argent de la diaspora, je ne sais pas, en 2023, le chiffre s'est levé à 50 milliards. Donc, ce n'est pas rien. Pourquoi vous êtes autant à charge contre cela

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non, pas du tout. Déjà, pour le sommet à Pau et puis Africa Forum, récemment, les promesses sont faites. Le problème n'est pas là. Le problème, c'est que les promesses sont faites par des gens qui réellement n'y croient pas. Et que par la suite, il a démontré qu'elles n'ont pas été réalisées parce que personne n'y croyait vraiment et personne n'avait vraiment envie que ça marche. En termes de forum pour le développement de l'Afrique, j'aurais du mal à trouver un autre continent, une autre région sur cette planète qui a connu autant de forums, de conférences dédiées au développement, organisées ailleurs que son propre territoire. ou alors, quand c'est sur son propre territoire, par des gens qui ne font pas partie de ce territoire. Déjà, en termes de cohérence, c'est assez curieux. Je ne nie pas les idées qui sont parfois mises en avant, je constate juste qu'en réalité, il n'y a rien qui se passe, tout simplement. Et

SPEAKER_02

si je me fais l'avocat du diable, c'est-à-dire, aujourd'hui, l'Afrique est une terre d'opportunités, ça c'est une réalité, donc peut-être que s'il y a autant de forums comme c'est le jeu politique et le jeu

SPEAKER_03

économique, non

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Déjà, je voulais, parce qu'il y avait une autre question sur laquelle je n'ai pas terminé, sur les rémitances. Les rémitances, en réalité, cachent beaucoup de choses. C'est-à-dire que les rémitances, c'est très peu. L'Afrique, c'est 54 pays. Le record que l'Afrique a obtenu en une année, c'est 100 milliards. Mais en général, c'est entre 50 et 60 milliards par On parle de 54 pays. Le Mexique, à lui seul, avec moins de population, envoie déjà plus que ce que l'Afrique reçoit. L'Inde, à lui seul, envoie beaucoup plus. La Chine, pareil. Donc, déjà, les sommes ne sont pas extraordinaires. Donc, 50 milliards, ce n'est pas grand-chose. Ensuite, ces sommes sont très mal réparties. C'est-à-dire qu'il y a 4 ou 5 pays en Afrique sur 54 qui captent 70 à 80 % des remittances qui arrivent à l'Afrique. L'autre chose, l'Égypte, le Nigeria, le Kenya, le Kenya, le Maroc, on peut rajouter l'Éthiopie, on a déjà quasiment 80% des sommes qui ont disparu. C'est fou, il y a 54 pays. Ce n'est pas sérieux. Et si on prend les 50, allons même jusqu'à 100 milliards, divisons 100 milliards par an par 1,35 milliard millions d'Africains. Ça fait quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Ça ne fait même pas 5 dollars par Africain et par an. Même pas 5 dollars. Ce n'est pas sérieux. Et encore beaucoup plus loin, ces remittances, on ne sait pas tout de leur réalité. Dans ces remittances, il y a de l'argent qui n'est pas destiné à aider les familles à vivre, parce que les rémitances en réalité c'est ça, c'est permettre aux gens de se nourrir, loger, aux gens qui ont des liens avec des gens qui vivent à l'étranger. C'est ça en fait les rémitances. Sauf que là, dans ces sommes, il y a beaucoup qui sont des commerçants, qui reçoivent l'argent de leurs activités par ce biais. Il y a beaucoup de trafic, trafic de médicaments, de drogues, d'armes, etc. qui transitent par les mêmes canaux parce que les contrôles sont beaucoup moins appuyés là-dessus en envoyant plusieurs fois des petites sommes. Certains trafiquants réussissent comme ça à contourner les systèmes de surveillance. On ne sait pas évaluer quelle est la part de ces rémitances qui appartiennent aux crimes. Donc il y a des grosses sommes, effectivement, et je ne vais pas citer deux pays pour ne pas me faire des problèmes avec qui que ce soit, mais il y a des sommes où effectivement on se rend compte que les montants sont trop élevés et que les familles bénéficiaires ne sont pas aussi nombreuses et celles qu'ils reçoivent ne se présentent pas de la manière la mieux éclatante possible pour des gens qui reçoivent autant d'argent. Donc il y a un vrai doute là sur ces sommes. Donc je ferme la parenthèse. Du coup, je reviens sur l'autre question, l'Afrique est une terre d'opportunités. Ce qui était la dernière question. L'Afrique est une terre d'opportunités

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Au même titre que l'Afghanistan est une terre d'opportunités. Il y a une manière délosive de penser l'Afrique. Parce qu'il y a de la bienveillance. Il y a cette espèce de ce que je regrette de pitié et qu'on veut toujours... des pensées agogo quand il est question de l'Afrique, c'est-à-dire des gens qu'on voit comme des éternels enfants. Moi, c'est ce que j'appelle le racisme bienveillant. On prend des réalités qui sont les mêmes partout ailleurs, mais qu'on présente avec un trait beaucoup plus renforcé quand il est question de l'Afrique, c'est-à-dire que les gens voudraient se convaincre et convaincre les autres que c'est différent du reste du monde. C'est une forme de racisme. C'est bienveillant, mais c'est ça. C'est-à-dire qu'on se sent l'obligation d'élever artificiellement les autres pour son propre plaisir ou je ne sais pas trop quoi. Non, l'Afghanistan, en termes d'opportunités, pourraient être aussi des peintres comme étant une terre d'opportunités. D'ailleurs, la Chine depuis le départ des Américains, à renouer ses relations. Elles n'avaient pas réellement rompu, mais maintenant opèrent sur le secteur des mines, celles qui contrôlent toutes les mines en Afghanistan. Il y a beaucoup d'entreprises en dehors de celles-là, même les Émirats arabes unis, qui trouvent des opportunités dans la construction, même la Turquie. Donc, en termes d'opportunités, le fait de présenter ça comme ça, non. L'Afrique n'est pas une terre d'opportunités différente des autres. L'Afrique est une terre d'opportunités, comme le monde entier est une terre d'opportunités. Je reviens de l'Asie. Il y a beaucoup d'opportunités encore, malgré l'avance de l'Asie du Sud-Est. Il demeure des opportunités. L'Afrique, par contre, a besoin d'un développement très rapide, massif, pour combler sans retard. Les problèmes sont nombreux. effectivement je devrais être le premier à célébrer l'idée que l'Afrique est une terre d'opportunités parce que moi ça me permet d'avoir des missions, c'est ce que je rends à mes clients qui me demandent des conseils mais je reste exigeant là-dessus parce que effectivement moi je ne prends pas les Africains comme des enfants et parce que je ne les dévalorise pas, il y a des problèmes qu'il faut traiter et quand on aime réellement la on se doit, c'est une obligation, de dire la vérité. Et je crois que ce n'est pas réellement le cas de ceux qui prétendent agir et œuvrer pour l'Afrique et qui en réalité ne s'y intéressent que très peu et se contentent effectivement de beaucoup de slogans assez creux d'ailleurs. Et pour

SPEAKER_02

vous, quels sont les principaux problèmes de l'Afrique actuellement qui font que vous n'êtes pas dans cet afro-optimisme que vous qualifiez d'aveugle

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Oui, c'est une montagne de problèmes. Le mal est profond. Et ça, il faut l'accepter. Moi, j'ai été le champion de l'afro-optimisme pendant 3-4 ans. C'est-à-dire que quand je vivais aux États-Unis, ensuite en Allemagne, ensuite en Irlande. C'est de l'Irlande que j'ai décidé d'aller vivre à Zanzibar et de devenir consultant pour accompagner justement les investisseurs en Afrique. C'était parce que j'avais été évangélisé et convaincu par toute la propagande afro-optimiste que je lisais dans la presse à l'étranger, pas qu'en France, moi je vivais à l'étranger, j'étais parti de France pendant un moment, et je vivais à l'étranger, et j'ai été assez impressionné de voir que même dans la presse anglo-saxonne, l'Afrique francophone était un sujet qui commençait à apparaître de plus en plus souvent, justement, comme étant une terre d'opportunités, comme étant l'avenir, le futur, du monde et j'ai beaucoup grandi ces 15-20 dernières années dans le petit regret de n'avoir pas vu de manière beaucoup plus active et témoigner au jour le jour ce qui s'est passé en Asie du Sud-Est, mais surtout en Chine. Et j'ai été aussi souvent rejoint dans ce sentiment par certains pays européens qui estimaient que finalement, on a un petit peu raté quand même le virage de la Chine, etc. Et je me disais, mais c'est formidable. Là, j'ai l'Afrique qui est en train de suivre le même chemin. Voilà une occasion pour vivre ça. C'est comme ça que je claque tout en Irlande. Je fais un petit saut à Berlin où je reste quelques mois parce qu'il y a la crise Covid qui arrive entre temps. Après, je m'en vais à Zanzibar avec toute la fougue de l'afro-optimisme qui m'habitait. J'étais un grand prêtre de l'afro-optimisme. Les gens qui me suivent depuis longtemps ont parfois du mal à comprendre le changement de cap parce que pour eux, j'étais... de ce qui est qualifié de propagateur excessif de l'afro-optimisme. Mais il y a un truc chez moi, je suis très connecté à la réalité. C'est-à-dire que moi, le réel, je n'ai pas de filtre idéologique, religieux, culturel. quand il faut approcher la réalité, c'est-à-dire que je suis très direct. Et moi, je suis arrivé les premiers jours en Afrique, je me suis dit non, il y a un truc qui ne va pas. Pourtant, je suis dans un endroit plutôt dynamique en Afrique, l'Afrique de l'Est, Stade Zanzibar, avec quand même un flux assez important de gens plutôt riches, pas mal placés, connectés avec l'Inde, Oman, pas loin, l'île Maurice de l'autre côté, etc. Donc, un endroit où se passent vraiment des choses. Mais malgré tout, j'ai compris tout de suite qu'il y avait un Et de là, j'opérais pour des missions dans la région de l'Est, au Rwanda, au Kenya, etc. Je me suis rendu compte qu'en réalité, non, je ne vois pas sérieusement tout ce que j'ai lu, tout ce que j'ai cru imaginer en lisant. là devant moi se réalisait l'afro-optimisme ça a été quelque chose de très bien construit comme le discours sur les diasporas d'ailleurs et j'ai décidé de parler ouvertement de ça et ce qui est intéressant c'est que je pense que si je n'avais pas été dessus aussi rapidement et aussi violemment parce que j'ai quand même tout plaqué je travaillais chez Google c'est la meilleure boîte du monde et je le confirme c'est la meilleure même les conditions de travail en Irlande et je me dis je me suis fait violence et je découvre en fait que non et

SPEAKER_02

Quel problème, peut-être, je dirais, de structure, d'organisation ou encore d'infrastructure, avez-vous rélevé pour vraiment vous dire, OK, le discours qu'on m'a vendu n'est pas le

SPEAKER_03

réel

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Il y avait déjà ce que... Je voyais déjà tous les problèmes de l'Afrique, c'est-à-dire que les problèmes intra-africains, les rivalités communautaires qui n'ont jamais été traitées depuis les indépendances, qui font partie des problèmes de l'Afrique, sérieux. C'est pour ça qu'il y a autant de guerres, de conflits. On voit en Afrique du Sud, mais on parle de l'Afrique du Sud, mais avant l'Afrique du Sud, ça fait 20 ans déjà pratiquement en Afrique du Sud, comme ça on n'en parle pas. Je me permets de dire que je suis l'un des rares qui en parle depuis à peu près 8 ans. À l'Afrique du Sud, il y a eu le même phénomène en Centrafrique, au Nigeria, au Ghana, qui lui-même se fait expulser de l'Afrique du Sud. Il y a eu le même problème au Ghana avec les Nigériens. Et même récemment encore, même pas un an. Donc, il y a ça. Il y a un problème d'éducation. L'analphabétisme reste très élevé. Moi, j'étais jeûné plusieurs fois pendant que j'accompagnais certains investisseurs ou des gens qui venaient en Afrique. qu'on prenait un chauffeur ou un guide, parfois qui avait du mal ne serait-ce qu'à compter. Et je ne parle pas du dernier de la bande, c'était vraiment la personne la mieux placée pour ce service-là. L'Afrique n'a pas de data, les gens sont inconnus, fantômes. En Afrique, il y a très peu de gens qui ont un acte de naissance, il y a très peu de gens qui ont une carte d'identité. Plus de la moitié de la population n'a pas d'acte de naissance, n'a pas de carte d'identité. Il y a les gens qui sont nés en Afrique, qui ont vécu en Afrique, qui sont décédés en Afrique. Il n'y a aucune trace, aucune intégration n'a été formalisée. Il n'y a aucune trace de leur vie. C'est pour ça que parfois, je me retrouvais dans des situations en Afrique où les gens changeaient les pronoms tous les jours. Moi, j'ai des chauffeurs, des guides avec qui j'ai travaillé en Afrique. Lundi, il s'appelle John, mardi, Roger, etc. Moi, ça m'amusait et on s'en amusait tous les deux. Je le prends pas mal, c'est assez défendu, mais c'est un problème, etc. Comment, après, un investisseur arrive à faire un projet là-dessus? Il s'appuie sur quoi comme élément, sur quoi comme... quoi comme lumière pour le guider dans ses choix, sur quoi il fait ses calculs, etc. Ce n'est pas possible. Donc, il y a ces problèmes. Ensuite, il y a au niveau de l'éducation, effectivement, pas que l'analfabétisme pour des gens qui ne savent pas lire, écrire, compter, mais au niveau de l'éducation, il faut que les gens soient mieux formés, qu'il y ait un niveau beaucoup plus élevé. On le voit avec l'Iran qui a été sous embargo depuis 40 ans, qui est le troisième pays au monde qui a formé le plus d'ingénieurs. Avec 40 années d'embargo, 40 années d'embargo strict. L'économie, l'Afrique reste très pauvre, très peu de revenus, il n'y a aucune organisation sociale. Vous êtes un peu dur, non

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Je ne vais pas prendre les quelques exemples qui sortent du lot pour généraliser. Ce serait dire finalement, entre Bernard Arnault et Kylian Mbappé, On peut dire que tous les Français gagnent plus de 200 millions d'euros par an. Ce serait ça. Oui, mais c'est ça le problème aussi. Quand on dit ça, on nous fait cette remarque en général quand c'est quelque chose qui peut blesser. Mais après, il faut parler des problèmes. Moi, l'avis des gens qui se portent mieux ne m'intéresse pas. Il y a quelques personnes en Afrique que je connais et qui sont et qui font aussi partie de ma sphère qui, pour eux, l'Afrique, c'est parfait. Mais ils sont combien

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Quand la Banque africaine de développement, après McKinsey, fait son rapport mensonger, En 2011, disant qu'il y a une classe moyenne africaine de 350 millions de gens. C'était complètement fou. Et là, personne ne lui a fait la moindre remarque en disant, etc. Parce que ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait trouver de blessant. Parce que c'était plutôt valorisant, etc. Mais quand on parle des autres chiffres qui contredisent ça, c'est mal vu parce que ce serait être dénigrant. en réalité. Et qu'est-ce que ces chiffres d'ailleurs montrent

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est-à-dire que sur les 350 millions d'Africains faisant partie de la classe moyenne, d'ailleurs qui a mis en déroute pas mal d'entreprises occidentales, parce qu'eux, ils n'écoutent que les chiffres dont beaucoup sont partis et se sont cassés très rapidement le nez, ils se sont rendus compte que les chiffres étaient faux. C'est comme ça qu'on a su après derrière qu'il y avait un problème. Sur ces 350 millions, en réalité, il y aurait entre 40 et 50 millions d'Africains qu'on peut classée comme étant une classe moyenne. Qu'est-ce qu'on a découvert par la suite

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

On se rend compte que dans les études de la BAD, on a mis des gens qui gagnent à peine un dollar par jour. Ce qui est en dessous de l'indigence. Le problème n'est pas de faire plaisir aux gens. Il faut être froid avec la réalité. Il faut avancer. Et c'est ça, justement, cette remarque intéressante. C'est ça le nœud du problème. L'analyse en Afrique a toujours été problématique parce que c'est le seul continent au monde où, au lieu de se contenter du réel, des chiffres, on met l'émotion, le sentiment, la bienveillance, la pommade, parce que le moindre truc pourrait, etc. Je ne trouve pas ça utile pour l'Afrique. L'Asie a été très durement traitée dans les articles de presse, dans des livres de... Je peux citer le rapport Pearson de la Banque mondiale. On n'a jamais dit ça pour l'Afrique. Le rapport de la Banque mondiale en 1965 qui dit que l'Asie est indéveloppable. On n'a jamais dit ça de l'Afrique. Et l'Asie ne s'est pas pour autant offusquée. Elle ne s'est pas victimisée. Elle ne s'est pas montrée choquée par ça. Elle ne s'est pas occupée de ça. Ce n'est pas le problème. Il faut... qu'on cesse de valoriser cette façon de prendre les choses par l'émotion. En Afrique, il y avait un autre livre qui a été un best-seller, « Asian Drama », qui dépeignait aussi l'Asie comme étant une catastrophe. Au même moment, on propageait l'afro-optimisme partout, parce que c'était en sortie des décolonisations, parce que les matières premières commençaient à être en forte demande sur le marché mondial. Les Occidentaux se sont dit « Justement, les pays… Les Africains, avec les matières premières qu'ils ont sur leur sol, vont profiter déjà de leur retard pour se développer, mais ensuite pour s'enrichir dans ces conditions. La question qui me vient à l'esprit,

SPEAKER_02

c'est si tous ces rapports, tous ces discours sur l'afro-optimisme n'est pas réel, pourquoi continue-t-on à le promouvoir

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est une bonne question et la réponse est simple. Il existe plusieurs personnes au monde, en Afrique, ici et ailleurs, qui ont intérêt à ce qu'on dise que l'Afrique va bien. Déjà, au niveau de l'Afrique, les dirigeants africains, au regard de leur bilan, Si je dis catastrophique, je ne sais pas si ça choque les auditeurs, mais bon, je pense que tout le monde peut juger. Pour eux, ils ont intérêt à ce que le discours d'une Afrique qui réussit domine. Parce que ça cache leurs carences, leurs échecs. Les entreprises internationales qui opèrent en Afrique, certaines dans des conditions assez complexes, où on retrouve des liens avec des factions armées, des liens avec la corruption, des liens avec les dictateurs au pouvoir, etc. Des liens avec des phénomènes de pollution. Mais oui, tout va bien en Afrique. Elles ont aussi intérêt à ce que ce discours se répande. Pour les diasporas africaines qui vivent dans d'autres endroits dans le monde, qui ont besoin de se sentir valorisés et qui aussi, pour des questions de fierté et même d'ambition personnelle, ont envie de voir l'Afrique dans un angle positif, se contentent aussi, bien qu'elles connaissent les réalités de ce discours, parce que ça fait du bien. Le reste de la population mondiale qui n'a connu l'Afrique que sous le prisme de la violence, esclavage, colonisation, coup d'État, détournement de fonds, dictateurs, guerre, pas guerre, guerre de nouveau, etc., sécheresse, entre autres. Humainement, ils se disent, ce serait bien que pour eux, ça change aussi un jour. Et dès qu'ils rencontrent ce discours, mais forcément, ils adhèrent. Donc, quand on agrège tous ces blocs, on a quasiment la population mondiale. Et je peux en témoigner davantage parce que moi, quand j'étais au Sri Lanka, par exemple, ce n'est pas un endroit où je m'attendais à ce que quelqu'un me parle d'Afrique. Et il y avait des gens qui, quand ils ne me confondaient pas un Américain ou qu'ils ne m'appelaient pas Barack Obama, ils me disaient « oui, Africa, Africa ». L'afro-optimisme, c'est un phénomène qui s'est répandu parce que beaucoup de gens, en réalité, et dans le fond, et ça c'est humainement défendable, veulent que ça change pour les Africains.

SPEAKER_02

Vous avez parlé des diasporas. Nous sommes à Paris. Dans votre livre sur le mythe des diasporas, vous dites plusieurs choses. Et parmi ces choses-là, vous dites que les diasporas ont occidentale, parce que vous avez fait la distinction entre les diasporas africaines, intra-africaines et les diasporas occidentales, vous dites que celles qui sont établies en Europe, en Amérique, etc., sont plutôt dans une logique de consommation que de production. Vous avez pris l'exemple du Château Rouge, si je me souviens bien. Pour vous, on consomme beaucoup plus en ne détenant rien. Et vous avez expliqué les raisons. Et moi, la question que je me pose, c'est pour vous, concrètement, avec toute votre expérience et surtout vos horizons de vos voyages, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour qu'on passe de la logique de consommateur à créateur de richesse

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Oui, c'est tout l'enjeu, effectivement, de ce livre. Parce que ceux qui lisent mal ou ceux qui ne l'ont pas lu mais qui critiquent quand même, sans avoir lu, c'est qu'il y a aussi une performance olympique. ont constaté effectivement qu'il y a beaucoup de propositions dedans, qu'il y a un vrai travail à faire émerger quelque chose de positif. Et ça passe justement en pointant ce qui ne va pas pour après atteindre quelque chose où ça irait mieux. L'idée, c'est de dire... Dans la... Parmi les diasporas africaines dans les pays occidentaux, il y a un effort à faire déjà au titre des revenus. Parce que certains se concentrent beaucoup trop dans certains types de métiers qui ne sont pas très rémunérateurs et qui prennent beaucoup de temps. C'est des efforts à faire comme ça. C'est pour ça que je parle du travail sur soi-même. C'est-à-dire que... Et puis tout un travail d'infrastructure formation culturelle. Il faut quand même comprendre le monde, ses concepts, la complexité. On ne débarque pas comme ça, etc. Donc, il y a ça. Parce que les autres qui ont progressé, c'est ce qu'ils ont fait. C'est ce travail qu'ils ont fait. Il faut lire Amy Chua sur son livre sur les diasporas asiatiques. C'est un vrai travail très dur. Les mères tigres, les parents tigres qui forment leurs enfants à la dure pour qu'ils deviennent des meilleurs, c'est pour ça qu'aujourd'hui, les Indiens et les Chinois sont ce niveau, et de très loin. Château-Rouge, par exemple, c'est intéressant, c'est la capitale africaine, entre guillemets, en France. Château-Rouge. Avec Barbès à côté, c'est vraiment... Pour moi, voilà, c'est ça. Quelle est la différence entre les deux, Châteaurouge et Barbès

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Châteaurouge et Barbès, c'est qu'il y a... À Châteaurouge, c'est plus subsaharien, et à Barbès, c'est plus... Afrique du Nord, Maghreb, même si les deux, en réalité, se croisent, et même géographiquement, on voit bien les liens qu'ils ont. Sauf qu'il se trouve qu'il y a une vraie différence entre les deux, parce qu'à Châteaurouge, où il y a plus une concentration d'Africains, avant, c'était des commerces africains qui étaient présents, des salons de coiffure, vente de nourriture, etc. Sauf que Ce n'est plus le cas aujourd'hui. C'est-à-dire que la nourriture est vendue à Châteaurouge par les Indiens, les Pakistanais, les Bangladais, les Chinois, les Vietnamiens, les Turcs, les Syriens, les Égyptiens. Bon, c'est africain, mais oui. Donc, c'est eux qui contrôlent, c'est eux qui vendent à Châteaurouge tout ce que les Africains... ou descendants subsahariens ou de la diaspora africaine achètent et prétendent être effectivement des produits africains. Les seuls subsahariens ou membres de la diaspora africaine subsaharienne à Châteaurouge qu'on voit, c'est ceux qui sont dans les activités de caisse, de ménage, des activités manuelles. Mais c'est, encore je dis la caisse, c'est un peuple, non. C'est-à-dire que c'est d'autres nationalités, c'est d'autres diasporas qui contrôlent ça. C'est-à-dire que les Africains en France auraient du mal, par exemple, à manger africain si d'autres diasporas en décidaient autrement. C'est complètement fou. C'est un déséquilibre, par contre. C'est pour ça que j'essaye de faire la différence entre Châteaurouge et Barbès. C'est un déséquilibre qu'on ne trouve pas dans la zone de Barbès, beaucoup plus intégrée par les diasporas tunisiennes, marocaines et algériennes, qui ont déjà même à l'échelle du pays un vrai réseau dans les boucheries, les produits d'olive, de conserve, piment, harissa... Donc ça, c'est un vrai problème. Et pourquoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce qu'il n'y a pas eu une culture d'entrepreneuriat chez les diasporas africaines. Il n'y a pas eu une culture de prise de risque. Il n'y a pas une culture d'aventure également. Et ça, ce n'est pas né aujourd'hui à Châteaurouge ni à Barbès. C'est pour ça que dans le livre, je dis que les diasporas africaines ont la particularité, à l'opposé des autres diasporas asiatiques, de voyager avec les carences qu'elles avaient déjà dans leur pays et des carences de leur pays. C'est-à-dire que le manque d'ambition, etc. C'est-à-dire que tout ce qui est manifester là, à travers Châteaurouge, c'est les mêmes choses qu'on constate en Afrique. C'est-à-dire que les commerces en Afrique, c'est les Pakistanais, c'est les Libanais, etc. C'est une réalité froide, mais il faut l'accepter. C'est

SPEAKER_02

comme ça. Si je me fais l'avocat du diable, encore une fois, c'est qu'on pourrait objecter que, oui, les Africains qui viennent en France font face à certaines réalités peu valorisantes. Comme lesquelles

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Les discriminations, je ne sais pas, un tout... un tas de facteurs qui font qu'aujourd'hui, c'est beaucoup plus compliqué pour elles, même de façon sociologique. C'est intéressant. Quand

SPEAKER_03

on parle, vous avez... Ça, c'est intéressant. Moi, j'adore ça. Continuons

SPEAKER_02

là-dessus. Vous avez pointé du doigt le fait qu'elles transportent un peu les carences qu'elles ont. C'est que déjà, au pays, entre guillemets, il y a des problèmes, c'est-à-dire il y a un problème d'éducation, l'actualité d'éducation, etc. Donc, ces personnes qui viennent ici dans la quête d'une vie meilleure vont plutôt... vers des métiers qui pourront leur donner de quoi survivre dans des médias. Donc, c'est des problèmes structurels, si je peux dire ça. Et donc, est-ce que ce ne serait pas un peu facile de dire « Ok, vous ne faites pas ça, vous ne faites pas ça », sans prendre en compte la réalité sociologique

SPEAKER_03

globale

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Justement, c'est parce que je prends en compte cette réalité que je l'ai mentionnée plusieurs fois. C'est pour ça que je reviens toujours à la base en disant le mythe des diasporas africaines. Parce qu'effectivement, le problème, ce n'est pas les diasporas africaines. Le problème, c'est leur pays qui dysfonctionne. Et c'est pour ça que je reviens toujours et que j'ai conclu dans le livre en disant que le vrai travail, c'est déjà dans les pays eux-mêmes et sur les diasporas elles-mêmes. C'est essentiel parce qu'effectivement, vous avez raison. Oui, elles traînent des problèmes d'ailleurs. Et c'est ce que je dis, elles voyagent avec leurs problèmes. Tout simplement parce que ils ne sont pas traités à la base. Et c'est encore une autre critique de l'afro-optimisme actuel autour des diasporas, parce qu'on cache toutes ces réalités, mais qui réapparaissent cruellement. à travers ce que vous venez de présenter, qui est factuel. C'est-à-dire que les gens arrivent dans des situations d'urgence, ils n'ont pas à savoir si je dois faire des études, quelle stratégie je dois mettre en place. Non, il faut qu'ils mangent tout de suite. Le premier truc qu'il va trouver où on ne lui demande pas de qualification, peu valorisant, mais qui lui permet à la fin de la journée de dire « j'ai gagné de quoi manger et dormir », il prend. Parce que les conditions de départ sont biaisées. C'est exactement la critique que je fais par rapport à ce discours, en disant qu'on ne travaille pas les problèmes à la base et on espère par magie qu'ils changent. Les diasporas vietnamiens, les diasporas chinoises, les diasporas indiennes, elles n'ont pas eu un impact sur le développement de leur pays d'origine. Elles ont accompagné ce développement tout simplement après. Et pourquoi elles ont été dynamiques à Parce que leur pays commençait déjà à être beaucoup plus entreprenants, beaucoup mieux organisés, beaucoup plus respectés. C'est comme ça, effectivement, dans ce mimétisme social local, qu'elles arrivent effectivement à partir avec un bagage beaucoup plus positif. La réalité, on ne peut pas la changer. Il y a des règles universelles qui existent et il faut les appliquer à tout le monde.

SPEAKER_02

Et c'est très intéressant C'est très intéressant ce que vous avez dit sur les personnes qui arrivent avec une urgence qu'ils doivent satisfaire. Mais à l'inverse, on a des personnes qui viennent pour des études, par exemple, des personnes qui sont brillantes, avec des conventions, des pays avec les grandes écoles françaises, Polytechnique, ESSEC, HEC ou autres, mais qui font face à une réalité, c'est-à-dire à l'embauche, même si ils sortent d'une grande institution, c'est quand même difficile. On a un exemple qui est célèbre, on a Tijan Cham, qui a été majeur de sa promotion à Polytechnique, si je ne me trompe pas, mais qui a dû partir dans un autre pays pour avoir un boulot. Donc, il y a cette réalité-là aussi. Aussi, pour revenir sur les diasporas asiatiques, il y a eu quand même Je dirais, en tout cas, l'exemple de la diaspora chinoise, il y a eu une politique gouvernementale, c'est-à-dire, vous partez étudier, mais après, vous revenez. Alors qu'en Afrique, je dis cela parce que la plupart des personnes qui ont aujourd'hui des grosses boîtes en Chine, je pense à Xiaomi, à Tencent, etc., ce sont des personnes ici de la Silicon Valley. Donc, voilà, est-ce qu'on peut comparer... qualitativement, ces

SPEAKER_03

situations-là. Oui, ça, c'est un autre point très intéressant. Déjà, vous n'avez pas voulu l'évoquer, peut-être parce que vous savez que je n'aime pas ce mot, mais de ce que j'ai cru comprendre, vous vouliez parler du racisme. Voilà. C'est une réalité. Je ne dirais pas raciste, mais... Oui, non, mais j'ai senti que c'est ça. Et j'ai senti votre... tempérance, votre voilà, bienveillance à ne pas vouloir l'utiliser parce que c'est pas un mot que moi j'aime beaucoup en particulier parce que c'est des choses avec lesquelles on ne réfléchit plus. Il y a le racisme. Oui, il y a le racisme. Il y a le racisme, on ne bouge pas. On réfléchit, on s'interdit de réfléchir depuis plusieurs années. Le racisme, moi je vais mettre les pieds dans le plat. Le racisme Ça touche tout le monde. Les blancs, les noirs, les jaunes, toutes les religions, tous les pays. C'est un phénomène social comme un autre. Je ne sais pas pourquoi on a toujours envie de catégoriser ça dans une grille bien particulière. Non. Est-ce que le racisme existe alors

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Oui. Est-ce que le racisme empêche d'avancer

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non. Parce que les Asiatiques, les Indiens sont autant victimes du racisme que les Noirs. Ça ne les a pas empêchés d'être là où ils sont. 20% des gros salaires des PDG des États-Unis sont d'origine indienne. La plupart sont arrivés il y a moins de 15 ans aux États-Unis. Moins de 15 ans. Non, ce n'est pas ça. C'est parce qu'on prend le problème par le mauvais bout. C'est-à-dire, on se dit que le racisme empêche les gens d'avancer. Non, c'est tout le discours qui est censé aider ces gens qui les empêche d'avancer. C'est-à-dire que ce discours de la bienveillance permanente, est-ce que... Est-ce que le racisme empêche quelqu'un de faire des études, de reviser ses cours, de frapper à plusieurs portes

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce qu'il y a toujours une porte qui va s'ouvrir, tôt ou tard. Il y a un truc que le racisme n'a jamais réussi à faire, c'est d'empêcher à quelqu'un d'avoir un travail. Parce que même s'il les suit sans refus, il y a toujours un jour où il finira par en trouver un. Ça prend peut-être plus de temps que pour d'autres, je n'en sais rien. Mais ce que je sais, c'est qu'il n'y a personne, au jour, le jour de son enterrement, où on a écrit sur sa plaque, il a vécu toute sa vie sans jamais pouvoir réussir à trouver du travail. Donc, c'est des phénomènes sociaux qu'il faut corriger. Entre noirs, le racisme, c'est toléré ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce que pour moi, je mets tout ça au même pied d'égalité. C'est beaucoup trop facile aussi. Il y a un racisme intra-africain

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Il y a un racisme intra-africain. Juste en Afrique du Sud actuellement, c'était avant. C'est aussi le cas au Nigeria, au Ghana, en Centrafrique, dans le Maghreb, en Tunisie, en Algérie. dans le Sahel. C'est un phénomène universel. Et il y a des gens qui sont donnés pour mission d'adresser ça spécifiquement à une certaine catégorie de la population de ce monde. Et il y a une certaine catégorie de la population de ce monde qui s'est dit, ça c'est pour nous. Et qui s'est coupé des problèmes essentiels de la vie. Non, le racisme, je suis désolé, ce n'est pas bien. Mais ce n'est pas un sujet essentiel. essentiel de la vie d'un être humain. Dans votre propre famille, il y a des gens qui vous détestent, il y a des gens qui vous tuent, il y a des familles où des gens s'entretuent. C'est quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est plus grave que le racisme ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Moi, je pose souvent la question. C'est plus grave que le racisme ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est plus grave de se faire insulter par un Blanc que d'être tué par sa mère

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

ou sa sœur avec un coup de poignard

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Qu'est-ce qui est plus grave parmi les deux

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Et les Noirs qui ont maintenant pris l'habitude d'insulter les gens comme moi, nègres de maison, parce qu'ils ne réfléchissent pas et dès qu'on a la moindre opinion différente. C'est nègre. D'ailleurs, ça, c'est incroyable. En 2026, c'est-à-dire, si les martyrs de Luther, ils doivent faire des ventilateurs dans leur tombe. C'est-à-dire qu'il y a des Noirs qui insultent des Noirs de nègre. On en est là. C'est-à-dire, la théorie d'évolution à l'envers. Incroyable. Ça, c'est quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est grave

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

c'est pas grave. Et en quoi ça devrait empêcher les gens d'avancer

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Je cite dans le livre les travaux d'Alejandro Portes, un immigré cubain. sociologue qui vit à Miami, je crois qu'il y est toujours, qui a beaucoup écrit, c'est l'un des meilleurs vespères, sur la condition raciale par rapport au progrès dans la société. Je pourrais aussi citer en France Ben Tolila ou William Labov, toujours aux Etats-Unis, aussi immigré russe, je crois qu'il est décédé maintenant. Alejandro Portes montre que plus on est éduqué, plus on est riche, plus on a tendance à être moins sujet au racisme, quelles que soient ses origines. Pourquoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce que on est beaucoup plus respecté, on comprend mieux les choses, les codes. Les gens On les rencontre de plus en plus souvent dans les mêmes milieux parce qu'ils se disent, s'il est là, c'est qu'il est un peu comme moi, etc. Leurs enfants vont dans les mêmes écoles, ils habitent dans les mêmes quartiers où il n'y a pas de violence, d'insécurité, etc. Et du coup, ça baisse. Est-ce que ça exclut pour autant le fait que le racisme n'existe pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non. Moi, personnellement, j'ai eu dans mon entourage des gens avec qui j'ai vécu d'origine indienne, chinoise, aux États-Unis. qui était sujet quelquefois du racisme. Ça ne le fait pas disparaître. Ça change sa nature, ça lève certains blocages. Par exemple, ils n'ont pas de problème quand ils vont chercher un appartement ou un travail, etc. On ne les voit pas de la même façon. On peut toujours les détester, mais on se dit que c'est bien de les avoir dans les entreprises parce qu'ils sont performants, ils sont meilleurs. C'est bien de les avoir comme voisins, ils n'ont jamais de problème de loyer, il n'y a jamais de problème de violence. Donc d'une certaine façon, le progrès social d'une communauté l'épargne de certaines choses comme le racisme, au moins de la fréquence de ce que peuvent subir les autres et les problèmes qu'ils peuvent rencontrer tous les jours. Donc les partis de gauche qui se présentent souvent comme les défenseurs des Noirs et des Arabes en France, je parle très simplement comme ça, disent toujours Quand on dit « Pourquoi vous regardez le racisme d'un côté

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

», leur réponse, c'est souvent de dire « Oui, mais il n'y a pas le pouvoir économique. » Donc, pour eux... Il y a un vrai racisme, un faux racisme. Le vrai racisme, c'est le racisme des Blancs parce que les Blancs ont le pouvoir économique. Ils ont le pouvoir de refuser un emploi à quelqu'un, de refuser un logement. Mais vous êtes en même temps contre le fait que les gens s'enrichissent. Il y a une contradiction. Donc, ça veut dire que c'est là où on veut travailler. C'est-à-dire que quand les gens sont en possibilité d'acquérir une indépendance financière, effectivement, ils n'ont pas peur de se dire qu'on va me refuser un logement, mais moi, je l'achète, ce logement. Ils n'ont pas Peut-être qu'on va refuser le travail, mais je n'ai pas besoin de travailler, j'ai assez d'argent, ou j'ai mon entreprise, ou j'ai un réseau. Et non plus ces problèmes. Donc, le racisme, défini par les gens de gauche comme étant le racisme, disparaît. avec les gens qui ont été à l'école, qui ont de bons salaires, qui ont des compétences, qui sont bien organisés. Il est mort, il disparaît instantanément. C'est ce qui a réussi aux Asiatiques d'ailleurs, qui ne sont pas dans ces discours, qui ont presque un mépris pour les discours de gauche aussi de panière historique, puisque la plupart de leurs pays d'origine ont été communistes. Donc ils ont en mémoire l'idée d'un système qui ne marche pas. On le voit même dans les votes ici en France. Alors que les gens d'origine asiatique, indienne, chinoise, vietnamienne, etc., elles votent plus à droite qu'à gauche. Le discours de l'excuse permanente, de l'aide, de l'assistance, etc., le racisme partout, ça ne les intéresse pas. Voilà, donc, c'est le vrai sujet. Donc, le racisme, c'est le sujet, un des sujets problématiques pour moi, dans la communauté africaine la plus large.

SPEAKER_02

Je pense qu'on pourrait encore prendre une heure ou deux heures sur ce sujet-là, mais il faut qu'on parle d'économie. Est-ce que pour vous, aujourd'hui, l'Afrique peut se prévenir de la maladie hollandaise

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Moi, je ne l'ai

SPEAKER_03

même pas. La maladie hollandaise, en fait, non. La maladie hollandaise aurait eu du sens si l'Afrique avait elle-même fait des efforts pour actionner le levier des matières premières et qu'elle le contrôlait. Et à ce moment-là, la maladie hollandaise aurait eu du sens parce qu'elle a misé sur les ressources minières qui en réalité l'ont poussé à s'endormir et ont créé des effets néfastes. Mais ce n'est pas le cas. Les ressources naturelles en Afrique ne sont pas contrôlées par les Africains. Les brevets de... Les autorisations de recherche ne sont pas demandées par les Africains. Les recherches elles-mêmes ne sont pas effectuées par les Africains. Les décisions d'investissement ne sont pas faites par les Africains. Les financements ne sont pas faits par les Africains. Les équipes techniques ne sont pas faites par les Africains. Les contrats au niveau du marché mondial ne sont pas faits par les Africains. L'Afrique n'est qu'un comptoir dans tout ce dans tout cet écosystème. Donc moi, ça m'amuse. Souvent, quand on dit dans la presse, oui, il y a tel manager en Afrique, il prend 80% de ce qui est extrait à tel endroit en Afrique. C'est scandaleux. Quelqu'un apporte quasiment 100% de ce qu'il faut investir, l'argent, les compétences techniques, etc. Mais vous voulez que... Dans quel monde on vit

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est quand même incroyable. Vous n'avez que le terrain, les matières premières. Donc, elles ne sont pas extraites ne valent quasiment rien. Et même quand elles sont extraites, elles prennent à peine un peu de valeur. C'est une fois qu'elles sont transformées qu'elles ont de la valeur. C'est pour ça que je parle de la connaissance, l'éducation. On a tiré des rêves sur les matières premières sans expliquer aux gens, sans leur en donner les codes. C'est ça le problème des matières premières. Pour que l'Afrique puisse tirer profit des matières premières, il faut déjà lui rappeler qu'aucun pays, à part quelques rares exceptions dans le monde pour des raisons bien précises, Les matières premières, ce n'est pas ça qui rendra l'Afrique riche. Le cas des Émirats Arabes Unis du Qatar, de Sultana de Brunet, c'est vraiment exceptionnel dans l'histoire du monde. Pourquoi ça a marché

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Ça a marché tout simplement parce que ce sont des pays qui concentrent un nombre très faible de personnes sur leur territoire, leur population locale. Le Qatar, c'est 200 000 habitants. Qataris

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Les Émirats Arabes Unis, c'est moins de 2 millions, à peine 2 millions d'Émiratis, etc. Brunais, je crois qu'ils ont dépassé 500 000 habitants il y a quelques 2-3 ans maintenant. Ils sont à peu près à 520 000, un truc comme ça. Donc, il faut des ressources abondantes dans un petit territoire avec très peu de gens. C'est là où effectivement la distribution permet à tout le monde de vivre correctement. et on peut parler d'un pays qui s'en sort mais le fantasme des matières premières il faut l'oublier pour une fois et définitivement

SPEAKER_02

d'ailleurs pour les Emirats Arabes Unis peut-être qu'on pourrait aussi mentionner l'effet petrodollar mais ça c'est une autre discussion on va passer sur le financement un peu aujourd'hui vous dirigez Grassfield Ventures vous conseillez donc des acteurs publics et privés Pour vous aujourd'hui, quels sont les principaux problèmes de financement des PME, des SMEs,

SPEAKER_03

etc.

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

J'en vois plusieurs. J'ai évoqué un au début. L'un des problèmes aussi, c'est qu'on n'explique pas réellement quels sont souvent les problèmes. Parce que l'un des problèmes, à chaque fois quand on pose la question à des gens, c'est oui, il faut toujours accuser les autres. Ils ne s'intéressent pas assez à l'Afrique, etc. Non. C'est-à-dire que le problème est déjà africain, à la base. Le manque de données que j'ai évoqué tout à l'heure. Moi, j'ai eu plusieurs projets où les gens se sont retirés en route parce qu'il n'y avait pas de données. Il y a beaucoup de boîtes, par exemple, qui font des levées de fonds qui me confie son démission vers la fin. C'est-à-dire qu'ils ont tout étudié. Maintenant, il faut s'assurer qu'il y ait une certaine cohérence avec les chiffres, etc. Avant la fin, ils décident d'arrêter parce qu'entre ce que je dis et tout ce que l'entreprise dit, il y a quelque chose qui ne va pas. Donc, il y a d'abord un besoin de données. Ça, c'est le premier obstacle. La deuxième chose, c'est la réputation de la région. Sans faire offense à qui que ce soit, par exemple, le Burkina Faso, c'est le pays qui a eu le plus de présidents par coup d'État que par élection au monde. Un investisseur, il vient, il signe ses papiers dans un pays, etc. À peine il est à l'aéroport, il prend l'avion. Le président avec qui vous venez de signer, c'est bon, il n'est plus là. Il y a une instabilité politique permanente. Il y a des crises... militaires, faiblesse institutionnelle, corruption, on vient voler le matériel du chantier, etc. On ne sait pas qui c'est, il n'y a pas d'enquête, etc. Il y a le contexte local qui fait que ça devient beaucoup plus compliqué. C'est pour ça que ces gens se tournent vers nous en disant j'y vais ou je n'y vais pas. Est-ce que ça vous rappelle

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Donc il y a ça principalement. Pourtant, l'Afrique en reçoit très peu et devrait faire des efforts justement là-dessus. Et Le problème pour moi, c'est là. Et le troisième point qu'on évoque aussi très peu, c'est la qualité des projets. Les projets mal ficelés. Moi, je reçois souvent des documents. Je dis, mais est-ce que vous pensez réellement que je peux présenter ce que vous m'avez envoyé à des gens qui gèrent un fonds de 9 milliards

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Vous pensez que ce que vous venez de m'envoyer là en PDF, dans cet état, je peux en toute confiance envoyer ça à quelqu'un

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

à ce type de personnes. Il y a des projets mal ficelés, il y a des détails qui ne sont pas mis en avant, et puis la pertinence économique du projet. Justement parce que dans certains projets aussi, certains ne prennent pas en compte la réalité locale. C'est-à-dire en disant, mais j'aurai face à moi ce problème-là parce que localement, on a ce type de problème. Non, ils font des projets comme s'ils sont dans un pays beaucoup plus structuré. Mais non, L'investisseur sait qu'il y a des problèmes en Afrique. Il n'a pas besoin de lui faire croire qu'il n'y en a pas. Il sait. Il veut juste savoir comment toi, tu penses te comporter par rapport à ça. Ce n'est pas la peine de mentir. C'est ce qu'il veut savoir. Il sait qu'en Afrique, ce n'est pas le boom. Il sait que ce n'est pas Paris, ce n'est pas New York. Il sait que ce n'est pas structuré. Il le sait. Et donc, il y a ce péché que commettent encore beaucoup de porteurs de productivité. en voulant embellir quelque chose, non. L'investisseur veut savoir comment, avec les difficultés africaines, l'argent qu'il mettra pourra être fructifié. dans ce contexte-là, précisément. Pas besoin de mentir. «

SPEAKER_02

Berberians at the gates », ça dit quelque

SPEAKER_01

chose

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Oui. Et dans ce livre-là de Brian et d'un co-auteur aussi, « Don't let them escape », est-ce que pour vous, il y a un risque, pas de cette ampleur-là, mais un risque aujourd'hui que... Les fonds de private equity sont dans une logique de rentabilité d'investissement. Ça dépend de leur temporalité d'exit, 5, 10 ans, etc. Pour vous, est-ce qu'aujourd'hui, il faudrait être beaucoup plus attentif sur les fonds qui vont vers le continent

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

À ce stade, non. Moi, je suis très pragmatique là-dessus. L'Afrique est dans une urgence. qui ne lui permet pas de s'offrir des complexes de riches. il faut foncer. Pourquoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce que l'Asie a fait la même chose. Moi, je prends toujours... Moi, j'ai grandi avec l'Asie et j'adore l'Asie et c'est un benchmark pour nous, les consultants, fabuleux, formidable. L'Asie a fait la même chose. L'Asie, au début, n'a pas fait la fine bouche à savoir quel est le type d'investissement, est-ce que ça matche avec nos normes, est-ce que le parti communiste est d'accord ou pas d'accord

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Non. On ouvre les portes, tout le monde vient, déverse de l'argent, crée des entreprises, génère des emplois, apprend structure au fur et à mesure. C'est ce que la Chine a fait. Dès que tout le monde est entré, on commence à se serrer. Non, ça on ne veut plus ça, ça on veut ça comme ça, etc. Il faut laisser en boulevard le développement de l'Asie, la Chine, pardon, n'aurait pas eu cette ampleur si dès le départ tout était encadré. Et je vais encore plus loin. Et si on ne le dit pas assez

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

l'Asie, la Chine, a créé six zones économiques spéciales. Six. Pour attirer davantage de gens, les ZES, c'est des états d'exception. C'est-à-dire que, en fait, c'est des états moins réglementés dans des états réglementés. Pour attirer davantage, parce qu'il fallait, les libéraux, ils adorent ça. Ils aiment dépenser l'argent dans des pays où il n'y a pas de contraintes. Et là, effectivement, la l'argent à gogo. Parce qu'il n'y avait pas de contraintes politiques, administratives, etc. C'est des free zones. Et après, on resserre petit à petit. La plus célèbre, c'est Shenzhen. Parmi les CES, il y en avait six. Shenzhen, c'est la plus célèbre. Et bizarrement, c'est celle qui avait le plus de croissance. C'est celle qui a vraiment tiré l'Asie, la Chine, Shenzhen. Shenzhen avait connu des années à 25% de croissance. 25% de croissance

UNKNOWN

!

SPEAKER_03

C'est complètement fou

UNKNOWN

!

SPEAKER_03

Donc l'Afrique ne peut pas se permettre de faire ce tri. C'est un problème de riches. Il faut attirer du

SPEAKER_01

monde, beaucoup.

SPEAKER_03

avant de pouvoir après commencer à structurer, parce qu'il y aura après toutes les contraintes environnementales, climatiques, il faut se conformer aux normes, etc. Et ça, ça prend du temps. Là, pour le moment, il faut accepter d'en recevoir beaucoup. Il faut accepter de polluer

SPEAKER_02

énormément. Mais pour ça, est-ce qu'il faudrait remplacer les présidents africains par Claude

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Ça, c'est un point. Je crois que l'on touche la partie préférée de ma vision de l'Afrique. C'est très intéressant. Parce qu'on a toujours pensé l'Afrique sans se dire mais qui est aux commandes en Afrique

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Dans tous les pays du monde qui ont changé, dans tous les pays du monde qui ont évolué, il y a toujours un nom qu'on met. A l'origine, il y avait tel. Même de manière religieuse, dans la Bible, dans les livres religieux, on cite toujours quelqu'un au départ de quelque chose. Parce que c'est lui qui justifie après tout ce qui suit. Moi, je reviens, vous l'avez mentionné, je reviens de l'Asie il y a à peine une semaine. J'étais à Ho Chi Minh. J'ai eu la délicieuse... opportunité d'y être le 19 mai. C'était l'anniversaire de la naissance de Ho Chi Minh, très grand leader asiatique, comme seuls les Asiatiques savent en produire. J'ai passé toute la journée dans ces événements. Mais on célébrait ce qu'il a fait, les fondations qu'il a posées. Les Vietnamiens, ils en sont fiers. À Singapour, L'Ikwanyong. Dire oui, si nous sommes là aujourd'hui, c'est l'Ikwanyong. En Chine, Deng Xiaoping. Deng Xiaoping qui a été en France. Quand il était en France, ici à Boulogne-Biancourt, il disait... à ses partenaires français. Moi, je ne comprends pas ce que vous dites. Moi, j'ai un milliard de personnes, il faut que je les fasse bosser. Il faut que je leur trouve du boulot. Je n'ai pas de temps à perdre. Il y a toujours quelque part quelqu'un à la base de quelque chose. Et la gouvernance en Afrique, personne n'a jamais eu le courage de dire, mais si l'Afrique va mal, c'est d'abord, comme dans toute organisation dans le monde, la personne qui dirige. Je ne sais pas, une équipe de foot, ça ne va pas bien, on pense à l'entraîneur, à un hôpital, on pense au directeur de l'hôpital, une école. Mais sur l'Afrique, ça revient sur ce que je disais plus tôt, c'est-à-dire que l'Afrique est traitée low quality. Les gens ne sont pas les mêmes. C'est l'Afrique. Moi, j'ai souvent eu ça. Je suis rendu souvent dans des... des réunions en Afrique où je vois des gens empiler des affaires. Je dis mais non, c'est l'Afrique. Il y a ce truc. Et c'est ça. Personne ne se dit, mais l'Afrique a déjà un programme de dirigeant. Mieux encore, ils se baladent à Paris. On les reçoit ici tous les jours, machin, etc. Alors que dans leur pays, ils sont

SPEAKER_02

haïs. Oui, mais s'il me fait la vraie vie, peut-être... dire ce que les mauvaises langues pourraient dire, c'est que la littérature sur les mauvaises... les mauvais agissements des... des prisons africaines est quand même abondante. On se souvient du livre « L'Afrique noire est mal partie » qui parlait de ça. Récemment, avec la littérature des indépendances, ça ne fait que revenir sur ça. Je pense à Madou Kourouma, je pense à Cardamone Nembo, quelqu'un de terroriste noir. Donc, je pense que la littérature est assez abondante sur les problématiques de dirigeants. Donc, est-ce que le problème ne se situerait pas

SPEAKER_03

ailleurs

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Vous avez en partie raison. La littérature abondante, pas tant que ça, elle existe. Elle n'est pas suivie par les faits. C'est-à-dire que les gens, en réalité, sont convaincus que le problème de l'Afrique, c'est pas la faute des Africains. En fait, ça, c'est le vrai problème. Je crois que c'est l'un des problèmes à la base. C'est-à-dire que le problème des Africains ne relève pas des Africains eux-mêmes. C'est-à-dire que beaucoup de gens en sont convaincus. C'est quasiment une religion. Donc, le problème, il vient de là. Pour... les livres René Dumont par exemple avec l'Afrique est mal parti on n'aurait même pas dû écrire des livres après ça parce que le résumé était parfait après en 91 il y a eu et si l'Afrique refusait le développement d'Axel Cabot là aussi brillant et depuis il n'y a plus rien nous on fait semblant de voir qu'il y a d'autres façons de de changer les choses que de s'en prendre aux dirigeants. Tous les pays du monde ont fait face à des décisions endogènes. Tous les pays du monde ont dû passer par les mêmes processus qui ont permis aux autres de progresser. Absolument. Donc, et cela comprend effectivement la gouvernance, la qualité des institutions, les systèmes mis en place. Tout simplement, je ne vois pas pourquoi on doit avoir un traitement différent pour l'Afrique. Oui, vous citez beaucoup l'Asie en

SPEAKER_02

exemple, mais les États-Unis je pense, au Japon, à la Corée du Sud, etc., sont développés un peu par le biais des jeux géopolitiques. Je pense aux États-Unis, qui sont quand même massivement intervenus. Donc est-ce que là aussi, comparativement, on ne met pas des facteurs dont l'Afrique n'a pas bénéficié, surtout

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Et bien sûr, on ne va pas oublier tout ce qui s'est passé. Moi, je suis originaire de la Guinée, je me souviens encore de l'opération Persil, Les Congolais pourraient vous dire la même chose. Donc voilà, est-ce que comparativement, de manière froide, il ne faudrait pas faire le distinguo, un peu dire, ok, l'Asie s'est développée, peut-être que c'est la réalité, mais nous aussi on a une réalité qu'il faut adresser avec différentes stratégies.

SPEAKER_03

Deux choses. Allez-y. La première, c'est que c'est une partie de l'Asie. C'est une partie de l'Asie où l'Amérique est intervenue. Et pas pour faire des choses, c'est une partie de l'Asie, c'est le Japon, la Corée du Sud. C'est deux pays...

SPEAKER_02

La Chine aussi.

SPEAKER_03

Non. La Chine, en quoi la Chine a bénéficié des États-Unis

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Rien. Au sortir de la guerre froide, vous comptez un peu l'influence de l'Université, donc le communisme. Oui, mais

SPEAKER_03

il n'y a rien. Ça restait des affichages politico-idéologique. Il n'y a rien concrètement qui a été fait par l'Amérique pour favoriser, pour

SPEAKER_02

profiter à l'économie chinoise. La mauvaise langue pourrait dire que, par exemple, en 1973, quand Kissinger part en Chine, c'est un peu libéraliser l'économie qui a fait que les investisseurs américains ont massivement investi dans l'économie. Mais non,

SPEAKER_03

puisque ça n'a pas eu lieu. Donc, ça n'a servi à rien. C'est vraiment le Japon avec le plan Doge Ensuite, il y a eu le boom Hexagone, etc. Et la Corée du Sud, avec le miracle du Yan, le fleuve Yan. C'est les deux pays. Donc ça, c'était le premier point. Donc c'est très peu pour décrire... la dynamique asiatique de développement qui a battu tous les records du monde dans l'histoire et qu'on sait déjà que personne ne pourra faire mieux. Peut-être l'Afrique

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

À une telle vitesse, au moment où il y a des contraintes écologiques, il y a des tensions sur les matières premières, où l'industrialisation ne marche plus comme avant, où il y a le changement climatique, il y a très peu de chances, non seulement qu'un autre pays ou une autre région du monde le fasse, mais pire encore, qu'une partie pauvre du monde se développer, puissent encore se développer. Parce que c'est devenu plus compliqué. Donc, juste le deuxième point sur la comparaison avec l'Asie. Les aides vers l'Afrique ont été très peu. L'exception du Japon. Si on prend ce que le Japon a reçu entre 45 et 54 en dollars courants aujourd'hui, on n'atteint même pas les 5 milliards. 5 milliards, c'est ce que pas mal de petits pays africains ont reçu pour même pas dix ans. On en est vraiment loin.

SPEAKER_02

Je pense que cette question est très passionnante. On pourrait en parler à long avec, bien sûr, la production d'Ambissa Moyo, Dead

SPEAKER_03

Aid. Oui, elle est là tout à fait en raison. Et justement, elle aussi, dans Dead Aid, elle parle effectivement de ça, du comparatif entre Asie qui n'a quasiment rien reçu d'aide. Et l'Afrique, c'est la région au monde qui a le plus reçu de l'aide occidentale. Le plan Marshall que l'Europe toute entière a reçu des États-Unis en dollars courants, c'est aujourd'hui autour de 150 milliards. C'est-à-dire qu'Elon Musk, de sa poche, il les mobilise. 150 petits milliards, c'est ce que le plan Marshall a été pour les Européens. On regarde l'Europe, on regarde l'Afrique,

SPEAKER_02

la question est vite répondue. Donc, un avant-dernier thème, c'est l'énergie. Je pense que la question a été traitée à long et à large, etc. Moi, je vais traiter cette question-là sous le prisme de dire Parce que l'IA consomme beaucoup d'énergie, notamment pour les data centers, pour les vitesses de calcul, etc. Est-ce qu'il y a un deal à faire

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'est-à-dire au niveau de l'énergie, capter une partie des revenus qui pourraient découler d'énergie et surtout, comment en bénéficier

SPEAKER_03

réellement

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

C'est un sujet intéressant et c'est amusant parce que là, je lisais hier, je me suis réveillé, le premier article que j'ai lu hier quand je me suis levé, c'est sur l'intelligence artificielle Et ce matin, quand je me suis réveillé, le premier sujet également, c'est sur l'intelligence artificielle du point de vue occidental, très occidentalo-centré. L'Afrique, toujours si on prend en compte des réalités, elle a deux choses qui la mettent pour l'instant à l'écart. il n'y a pas d'énergie pour l'intelligence artificielle et il n'y a pas des structures qui rendent l'intelligence artificielle crédible. C'est-à-dire qu'on va utiliser l'intelligence artificielle ou en Afrique, à part pour la rédaction de certains trucs, il n'y a pas des systèmes d'automatisation dans le traitement des... Mais ça arrive, le

SPEAKER_02

Kenya, le

SPEAKER_03

Nigeria, ils suivent la branche. Oui, mais après, ça reste à très basse, l'administration publique n'est pas assez performante. Il y a peut-être un pays comme le Rwanda ou la Namibie ou l'Afrique du Sud qui peut intégrer l'intelligence artificielle dans le traitement administratif, par exemple. Parce qu'il y a déjà des structures. Les autres sont beaucoup trop petites, très mal organisées encore à ce stade pour Je sais que dans la presse, on a tendance à montrer quelques petits exemples, mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut dignement citer comme vraiment quelque chose de marquant. Pour vous, actuellement, on ne peut pas parler un peu

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Actuellement, non, parce que l'intelligence artificielle, c'est d'abord une question d'énergie. Ça consomme énormément d'énergie, c'est-à-dire que ça pose même des problèmes aux pays qui en disposent énormément. Le japonais Softbank, qui a été à Paris la semaine dernière et qui a décidé d'investir sur plusieurs années en France 75 milliards de dollars effectivement dans des data centers il le fait pour deux raisons que lui-même il a dit première chose c'est l'accès à l'énergie deux et la qualité de l'énergie c'est-à-dire que la France a de l'énergie c'est le premier exportateur d'électricité en Europe et je crois au monde d'ailleurs donc au monde. La France est le premier exportateur au monde d'électricité. Elle exporte. Donc, elle a beaucoup d'électricité. Et la deuxième chose, c'est que l'électricité que la France a, avec le poids de l'énergie nucléaire dans sa production d'électricité, en fait une énergie propre. Ça, c'est les deux raisons. Le mec de Softbank, effectivement, s'est dit que la première importation d'électricité, ça veut dire qu'il en a beaucoup s'il arrive à importer après avoir servi son marché, donc je vais là. Cette logique doit s'appliquer à l'Afrique. Je suis désolé, c'est-à-dire que les pays africains n'ont pas acquis un stade de production d'électricité. Le pays africain le plus riche de l'Afrique du Sud, le plus développé de l'Afrique du Sud, parce que sur les richesses, on va rentrer beaucoup de paramètres qui ne vont pas mettre tout le monde d'accord, mais le plus développé, la Afrique du Sud, le pays africain le plus développé, a des problèmes d'électricité. C'est un dossier sur lequel j'ai travaillé pour le journal Les Echos. Exxon, la compagnie nationale d'électricité, est entre guillemets en panne depuis plus de dix ans. Le système est vêtu, sinon pas renouvelé. Il y a beaucoup d'accidents. Il faut augmenter sa puissance, sauf que tous les budgets qui ont été investis sont partis dans la corruption. Ils n'arrivent pas à se financer parce qu'ils n'arrivent pas à recouvrir certaines factures qui ne sont pas payées. Les entreprises qui apportaient beaucoup d'argent se sont tournées en partie sur le solaire pour leurs propres besoins. Du coup, ça fait moins de recettes. Déjà, le pays le plus avancé a le... échoue déjà à être crédible sur le besoin en électricité qu'il faudrait combler pour l'intelligence artificielle.

SPEAKER_02

Nous sommes vers la fin. Vous êtes très réaliste. Vous pouvez faire des prédictions. Je vous en demande trois, peu importe leur nature, positive, négative.

SPEAKER_03

Oui, c'est douloureux parce que celles qui me viennent très rapidement à l'esprit ne sont pas très joyeuses. Trois prédictions pour l'avenir

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Il y a une que je répète assez souvent, et là, c'est l'inexonérable croissance des religions. L'Afrique est devenue le nouveau champ de bataille aussi pour les religions, pas que les prédateurs sur les matières premières ou sur l'influence politique, mais aussi dans l'influence de conscience. Donc il y a maintenant un islam intégriste... par les djihadistes, etc., rigoristes à mort, qui progressent et qui marchent parce qu'il y a de l'argent, il y a des jeunes qui trouvent du travail, etc. Et puis, pour être honnête, les djihadistes ont tendance à apporter certaines réponses localement, ce qui est une réalité cruelle. Donc, ils progressent, De l'autre côté, il y a tous les mouvements chrétiens, adventistes, témoins de Jéhovah, de l'autre. Pareil, même courbe ascendante, Nigeria, Tanzanie, Ghana, Cameroun, ça monte. Donc, ça, ça me fait peur. Je pense qu'il faut s'en inquiéter. La croissance des religions en Afrique a pris de telles proportions que, personnellement, ça me ferait. Il s'est passé quelque chose qui n'était jamais produit en Afrique l'année dernière. La conférence des adventistes a eu lieu en Afrique. Des adventistes américains qui concentrent tous ces trucs entre des trompistes, machin, etc. a eu lieu en Afrique l'année dernière, au Kenya. Et avec certains mecs de l'extrême droite européenne, des pays de l'Est, pareil, ils sont tous réunis là-bas. Parce que c'est vraiment le nouveau playground pour leur croissance. Hotspot, comme ils disaient. Et cette année, pour la white, La conseillère spéciale religieuse de Donald Trump, elle-même, s'est rendue en Afrique pour la première fois. Justement pour, comme apposer son tampon, à ce nouveau projet qui doit effectivement éradier tout l'Afrique. Donc ça c'est vraiment le premier truc, ça va s'empirer. Jusqu'au jour où certains vont demander à contrôler le territoire. Il y a un moment où les deux parties vont se dire qui dirige quoi. La deuxième chose, c'est que la situation économique va s'aggraver. parce que les tensions internationales deviennent de plus en plus dures, de plus en plus fréquentes. Donald Trump a ouvert la boîte de Pandore. Pas mal de traités d'engagement ne sont plus respectés. Les institutions internationales qui ont quand même un peu permis à l'Afrique de ne pas sombrer définitivement dans le Moyen-Âge, avec des petites subventions, petites aides de temps en temps, ont de moins en moins d'argent parce que les États-Unis qui contribuent énormément ne donnent plus assez. Donc ça c'est la deuxième prédiction. La crise économique va s'aggraver aussi parce que localement les présidents ne font rien. L'autre chose qui est rapporter de l'argent en Afrique emporte en réalité très peu, c'est-à-dire que les matières premières, contrairement à tout ce qu'on dit. Là par exemple, on aurait pu connaître ce qu'on a connu en 2014 avec la guerre en Iran actuellement, sauf que les prix du pétrole n'ont pas beaucoup monté. Et ils n'ont pas beaucoup monté, pourquoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

Parce que la Chine s'était préparée à ce scénario, ce qui fait qu'elle n'a pas demandé davantage sur d'autres marchés pour combler le manque iranien, mais elle a l'énergie qu'elle produisait et qu'elle stockait, et les réserves qu'elle avait déjà faites. Du coup, les prix n'ont pas suivi et l'Afrique n'aura pas la prime qu'elle a eue en 2014, où la petite minier de la Chine avait fait propulser les prix à des sommets fous, donc moins d'argent pour les pays africains. Et puis l'autre chose, comme je disais, j'avais écrit un papier sur mon blog là-dessus, ce qui a permis au monde de se développer, a quasiment disparu. Ce qui a permis au monde de se développer, c'est l'industrialisation, l'accès aux crédits, l'énergie pas chère et abondante. Ça a quasiment disparu aujourd'hui. Moi, j'ai mangé ici à Paris il y a deux, trois mois avec une ministre d'Afrique de l'Ouest qui m'expliquait que pour toute l'Afrique de l'Ouest, ils recherchaient 25 milliards pour boucler leur budget. 25 petits milliards. Les obligations des pays occidentaux, même pas, européens, C'est plus de 5 000 milliards. Et l'Afrique cherche 25 milliards. Donc là, ça, c'est la deuxième prédiction, c'est que ça va s'empirer. Et la troisième, effectivement, malheureusement aussi, c'est aussi douloureux comme les autres. Je pense que ça va s'empirer davantage dans le Sahel. C'est une impasse totale. Et je pense qu'on va vers un scénario afghan de ce côté-là. Et malheureusement, c'est le cas. J'en suis hélas convaincu.