Les Vaillantes
Les Vaillantes : le podcast qui vous emmène à la rencontre de dirigeantes qui font bouger les lignes.
Chez Artemia, nous sommes animé·es par la volonté de promouvoir la mixité au sein des postes à responsabilité. Nous avons donc le privilège de rencontrer au quotidien des dirigeantes ou des femmes appelées à le devenir. En les entendant nous raconter leurs parcours, en prenant conscience de la richesse et de la diversité de leurs histoires, nous avons eu envie de les partager. Parce qu’elles témoignent d’une variété de possibles et qu’elles racontent des réalités bien différentes des clichés traditionnellement associés aux femmes qui occupent des fonctions dirigeantes.
Partir à la rencontre des “vaillantes”, c’est découvrir ces femmes qui font bouger les lignes, chacune à leur manière. Qui construisent, qui questionnent, qui doutent parfois, qui inventent de nouveaux modèles et qui tracent des chemins enthousiasmants.
Nous nous réjouissons de vous faire découvrir ces décideuses qui ont accepté de nous faire confiance et de se raconter avec simplicité et sincérité. Leurs visions du monde du travail sont porteuses d’une transformation dont nous avons bien besoin !
Ce podcast s’adresse à celles et ceux qui aiment les histoires vraies, racontées à hauteur d’humain, qui souhaitent évoluer sans se renier, qui interrogent leur rapport au travail, qui aspirent à d’autres modèles de leadership.
Pour celles et ceux qui nous découvrent, Artemia est un cabinet d’Executive Search et de conseil, qui œuvre pour une plus grande mixité dans le monde professionnel.
🎧 Un nouvel épisode toutes les deux semaines, d’une durée d’environ 30 minutes.
Bienvenue dans Les Vaillantes !
Faites connaître le podcast autour de vous ! Parlez des épisodes à vos proches, partagez-les sur vos réseaux, laissez vos commentaires et contribuez à faire entendre davantage les voix de ces femmes qui font bouger les lignes et à faire vivre la mission d’Artemia !
On vous dit déjà un très grand merci et on vous souhaite une belle écoute !
Crédits
· Production : Artemia Executive SA
· Animation et conception éditoriale : Eglantine Jamet et Fanny Boyard
· Prise de son et montage : Chloé Loichot
· Habillage sonore : Chris Cretegny
· Avec le soutien de : Claire Guiraud, Laurène Soumahin, Fanny Berret, Charlotte Rocchi et toute l’équipe d’Artemia
© 2025 Artemia Executive SA – Tous droits réservés.
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Les Vaillantes
Episode 6 - Lada ou la confiance | Les Vaillantes
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Avec son parcours de vie, notre invitée ouvre le champ des possibles et des pensables. Pour le 6ème épisode des Vaillantes, nous recevons Lada Umstätter, Directrice de la Haute école d’art et de design de Genève. Une femme héritière d’une histoire singulière qui impose aujourd’hui sa voix dans le monde de l’art et de la culture en Suisse.
En Russie, entourée de femmes inspirantes comme sa mère et sa grand-mère, Lada grandit avec une conviction forte : il faut croire en soi et en ses passions. Une confiance transmise très tôt, qui l’encourage à dépasser les cadres établis. À 17 ans, avec sa sœur jumelle, elle devient star de la télévision soviétique. Plus tard, alors qu'elle est en vacances aux Etats-Unis et qu'elle parle peu anglais, elle est embauchée dans un musée. Sa trajectoire ne suivra jamais les chemins attendus...
Des années plus tard, elle écrit l’histoire à son tour en devenant la première femme à diriger la HEAD en plus de 300 ans d’existence.
Dans cet épisode, elle partage :
✨ Comment la confiance peut se transmettre, être mise à l’épreuve et se reconquérir
🎭 L’art de jouer avec les codes du pouvoir, sans renoncer à son identité
📚 L’enjeu de représenter les femmes dans les institutions pour offrir d’autres modèles aux enfants et aux jeunes
Bonne écoute !
Si cet épisode vous parle, partagez-le à quelqu’un·e à qui cela pourrait donner confiance.
Crédits
· Production : Artemia Executive SA
· Animation et conception éditoriale : Eglantine Jamet et Fanny Boyard
· Prise de son et montage : Chloé Loichot
· Habillage sonore : Chris Cretegny
· Avec le soutien de : Claire Guiraud, Laurène Soumahin, Fanny Berret, Charlotte Rocchi et toute l’équipe d’Artemia
© 2025 Artemia Executive SA – Tous droits réservés.
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Ma grand-mère, ma mère, on était trois sœurs. Ils ne nous disaient jamais« vous devez vous marier, vous devez avoir des enfants». L'essentiel qu'ils nous disaient presque de toutes petites, qu'on était toutes petites, c'est qu'il faut trouver un travail qui vous intéresse, qui vous plaît. Parce que le travail, c'est la grande partie de votre vie. J'ai vu l'attitude de différents chefs de service par rapport à une femme, jeune, blonde, historienne de l'art. C'est-à-dire que j'ai accumulé en moi tous les clichés qu'on peut avoir. Et je trouve que c'est très important aussi pour notre fille parce qu'elle, elle voit clairement que tous les modèles sont possibles.
SPEAKER_00Bienvenue dans Les Vaillantes, le podcast qui vous plonge dans la réalité de dirigeante. Alors que moins de 20% des postes de direction en Suisse sont occupés par des femmes et qu'elles sont encore souvent enfermées dans des stéréotypes datés, ce podcast est né du souhait de changer de regard. Je suis Eglantine Jamais, directrice d'Artemia, une entreprise qui œuvre pour une plus grande mixité dans le monde professionnel. Et chez Artemia, des dirigeantes, nous en rencontrons tous les jours. Les Vaillantes, ce sont elles, ces femmes enthousiasmantes, bien sûr, mais aussi toutes différentes. Des femmes qui doutent, qui évoquent les obstacles qu'elles ont dû affronter. Elles témoignent de la multitude des possibles, nous offrent des modèles auxquels on peut s'identifier et dessinent, en filigrane, une autre vision du monde du travail. Chaque épisode est consacré à l'une de ses dirigeantes. Leur parole est libre et n'engage qu'elle. Il ne s'agit pas ici de théorie ou de leçon sur la diversité, mais simplement de témoignages, de réalités vécues de ressentis personnels et du souhait de chacune de transmettre son expérience.
UNKNOWNBienvenue et belle écoute!
SPEAKER_00Aujourd'hui, nous avons le plaisir d'accueillir Lada Umstetter, directrice de la HED, la Haute École d'Art et de Design de Genève. Lada, c'est le feu sous la blondeur slave, le courage chevillé au corps, une femme héritière d'une histoire singulière et qui impose sa voix dans le monde de l'art et de la culture en Suisse. Voici Lada, ou la confiance. Bonjour Lada. Bonjour Eclantine. Comment vous allez ce matin
UNKNOWN?
SPEAKER_01Ça va très bien.
SPEAKER_00Pour commencer, je vais vous demander si vous pouvez vous présenter en quelques mots.
SPEAKER_01Lada Moustater, je suis directrice de la Haute École d'Art et Design, historienne de l'art et conservatrice, directrice des musées par le
SPEAKER_00passé. Donc une carrière dans le monde de l'art, de l'histoire de l'art, mais tout a commencé assez loin d'ici parce que là on est à Genève. mais vous avez grandi et commencé à construire votre vie dans un tout autre monde. Est-ce que vous pouvez nous raconter comment tout a commencé
UNKNOWN?
SPEAKER_01Avec grand plaisir. Moi, je suis arrivée en Suisse, à Genève, il y a plus que 20 ans, de Moscou, parce que je suis grandie en Russie, à Moscou, dans une famille un peu particulière, une famille des intellectuels, des gens pour qui le monde de sciences, des arts, de musique, du théâtre, avait un grand rôle et c'était aussi la possibilité pour ma famille d'échapper à cet quotidien soviétique et cette pression quotidienne finalement de l'État qu'on a subi tous. C'était vraiment un peu échapper belle tout ce monde de science et de l'art dans lequel j'ai vécu. Et c'est vrai que j'ai réalisé qu'en arrivant en Suisse que ma famille est un peu particulière, surtout les femmes de ma famille. qui étaient toutes très fortes au niveau du travail. Ils travaillaient toutes, ils avaient toutes... ma mère, ma grand-mère, mon arrière-grand-mère, elles étaient toutes très fortes dans leur travail et leur travail jouait un rôle très important dans leur vie. En 20 ans, en Suisse, même plus que 20 ans, je n'ai jamais rencontré une personne de mon âge qui pouvait dire« ma grand-mère travaillait, avait une carrière». Très rarement, certains disaient, je parle des Suisses, que ma grand-mère était institutrice et c'était le grand maximum de ce moment de carrière que j'ai pu voir à travers amis, les personnes que j'ai rencontrées et quand j'ai parlé de ma grand-mère qui était vraiment scientifique de très haut niveau, c'était très surprenant pour les gens en Suisse et pour moi aussi c'était très surprenant parce que j'avais cette image du pays démocratique où les femmes sont émancipées, que tout se passe bien de ce côté-là, cette égalité des champs qui existe depuis longtemps, j'avais vraiment une image très forte. Et petit à petit, j'ai réalisé que j'avais beaucoup plus de chance que beaucoup de mes contemporains ici, malgré leur vie qui était peut-être dans certains points de vue plus faciles et plus simples au niveau de pratiques ou matériels qu'à l'Union soviétique. Mais j'ai eu des bases que certains, en tout cas la majorité finalement de mes amis ici n'ont pas eu leur
SPEAKER_00enfance. Et qu'est-ce que ça a changé pour vous comme petite fille ou comme jeune fille dans votre construction
UNKNOWN?
SPEAKER_00Vous rêviez de quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_00Vous avez commencé comment
UNKNOWN?
SPEAKER_01Ma grand-mère, ma mère, on était trois sœurs. Ils ne nous disaient jamais vous devez vous marier, vous devez avoir des enfants. Ça allait de soi, mais l'essentiel qu'ils nous disaient presque de toutes petites, qu'on était toutes petites, qu'il faut trouver un travail qui vous intéresse, qui vous plaît. Parce que le travail, c'est la grande partie de votre vie et il ne faut pas chercher le travail qui amène de l'argent, qui amène le prestige, mais il faut chercher le travail qui vous intéresse. Parce que si quelque chose vous intéresse, vous êtes passionné, peut-être qu'il n'y a pas beaucoup de postes, mais vous allez trouver le seul poste qui existe parce que vous êtes passionné et ça vous intéresse. Ils nous ont donné la liberté totale dans le choix de nos carrières, tout en disant que l'essentiel, réfléchissez bien que ça vous intéresse et c'est vrai que le travail était au centre de discours pour notre avenir et notre futur et moi j'ai jamais imaginé que je peux être femme au foyer par exemple, même si évidemment que j'avais envie d'avoir une famille des enfants comme toutes les toutes les filles, toutes les petites filles ou en tout cas la majorité évidemment ça existait dans notre imaginaire mais le travail c'était le le plus important. Et les réflexions, qu'est-ce que tu vas devenir pour trouver vraiment quelque chose qui te plaît, c'était vraiment fondateur.
SPEAKER_00Et alors ça, ça donne peut-être une certaine confiance dans l'idée que justement, en fait, la seule chose qu'on a à faire, c'est suivre sa passion et trouver ce qui nous fait vibrer au plus profond de nous-mêmes. Vous, ça a commencé par quelles envies ou quelles expériences
UNKNOWN?
SPEAKER_01Effectivement, je pense que la confiance, c'est un mot clé dans mon parcours parce que En effet, moi, j'ai vu les femmes de ma famille réussir dans leur carrière très naturellement. Mon arrière-grand-mère, déjà, elle a fait sa grande carrière aux années 20-30 en étant directrice de maison de mode. Aujourd'hui, on dirait designer mode ou créatrice mode. Elle a amené sa collection à Paris, sa collection dans le pavillon soviétique à l'exposition universelle 1935. Ma grand-mère était passionnée par les sciences et l'été, elle a fait son doctorat, elle Elle travaille dans l'institut scientifique. C'était dans le domaine très masculine, c'est le domaine des matériaux de construction. Elle, elle a inventé l'affaire de sa vie. C'était l'invention de béton qui est spécifique, qui était très résistant dans les régions problématiques au niveau sismique. C'était vraiment une invention de sa vie et l'Union soviétique a vendu son invention aux Etats-Unis aux années 60 et Et j'ai vu, il y a un certain nombre d'années, j'ai rencontré son doctorant qui m'a montré les quartiers entiers à New Jersey, près de New York, construits avec le matériel de ma grand-mère. Ma mère était aussi musicologue, historienne de musique et directrice d'un musée. C'est-à-dire que pour moi, c'était vraiment extrêmement normal avoir carrière et pas juste carrière de direction, carrière de leader. C'était quelque chose qui faisaient un peu partie de ma famille et surtout des femmes de ma famille. Et finalement, justement, j'avais 18 ans et avec ma soeur jumelle, on avait, c'était l'époque assez exceptionnelle parce que c'est la chute de l'Union soviétique, c'est tous les changements dans le monde, on avait l'impression que tous les chemins sont ouverts, on peut tout faire. Et nous, on se disait, qu'est-ce qu'on a envie de faire
UNKNOWN?
SPEAKER_01Pour imaginer quelque chose d'un peu spécial, d'un peu étonnant parce qu'il y avait plein de choses qui s'ouvraient à nous. Il y avait des livres qui étaient publiés, il y avait des... La télévision, par exemple, changeait complètement, il y avait la publicité qui commençait à apparaître, il y avait plein d'autres choses. Nous, on s'est dit, mais on adore les expositions, la littérature, lire, mais notre voisin, il déteste ça. Il a notre âge, mais pourquoi ça
UNKNOWN?
SPEAKER_01En fait, parce que personne ne lui a jamais expliqué que c'est super intéressant. Alors du coup, on s'est dit, mais on crée une émission à la télévision et... pour expliquer à nos amis ou différentes personnes de notre âge que c'est super intéressant d'aller aux expositions, lire des livres, etc. On avait 17 ans avec ma soeur jumelle et on a fait quelque chose de très fort, je trouve, parce qu'on n'a pas écrit une lettre à la télévision ou à un animateur célèbre. On a pris rendez-vous avec ministre de télé-radio-communication parce qu'en Union soviétique, en fait, chaque citoyen pouvait prendre un rendez-vous avec ministre. Bon, évidemment que ça prenait des mois pour avoir ce rendez-vous et d'ailleurs, personne n'est pensé prendre rendez-vous avec ministre de télé et radiocommunication parce que c'était un peu bureaucratique et pas très intéressant. Et on a pris ce rendez-vous et on est arrivé avec notre projet avec ce ministre qui était là, c'était quelqu'un d'ancienne génération, d'ancienne formation, communiste bien sûr, membre du parti communiste et Et lui, il était confronté déjà à la situation qu'il fallait faire des changements. Mais comment les faire
UNKNOWN?
SPEAKER_01C'est-à-dire qu'on est arrivé à un bon moment. Les deux filles de 17 ans, avec leur projet, tout de suite, on nous a donné la première chaîne soviétique. En fait, pour tout dire, il y avait deux chaînes nationales à l'Union soviétique. C'était première chaîne à 6 heures du soir. Au début, c'était une fois par mois, une heure d'émission. Toute une équipe professionnelle avec nous. Toute cette équipe, c'était les gens qui pouvaient être nos parents ou nos grands-parents. Et on a commencé cette émission et on a fait une fois par mois, après une fois par semaine, 6h du soir. J'ose même pas dire qu'est-ce que c'est le dimat de cette chaîne nationale à cette époque-là. Je pense que c'est au tout, ça a dépassé 140 millions. Voilà, c'était assez exceptionnel. On recevait des lettres, on nous reconnaissait dans la rue. On était stars de la télé avec avec notre émission très particulière. Mais en même temps, c'est la première fois qu'on a vu, je ne dis pas nos rêves brisés, mais on a compris un peu la réalité du monde de travail et la réalité de ce monde soviétique qui restait encore très soviétique. C'est-à-dire que, notamment, nos premières émissions devaient passer à travers les comités de censure, en fait, communistes. Et en effet, nous, on n'avait pas du tout peur de ça parce qu'on ne parlait pas de politique, on ne parlait de la littérature, notamment. Et justement, toute première émission qui devait sortir fin décembre en plan début des vacances scolaires à 6h du soir, la veille, on nous a dit qu'elle ne va pas sortir parce qu'elle est censurée, on doit tout changer. Et censure était simplement, on a pris plusieurs interviews à la rue chez les personnes de notre âge, mais qui parlaient peut-être, pas peut-être, mais qui parlaient moins bien que nous, qui n'arrivaient pas à faire une phrase en un peu correct. Et nous, après, évidemment, on était animatrices de cette émission. On a parlé vraiment tout au long de l'émission. On faisait des interviews, on a parlé. Verdict de cette commission de censure, c'est qu'on se confronte à la jeunesse soviétique parce qu'on montre que toute la jeunesse soviétique, ils ne sont pas au niveau. Et nous, on est là en parlant super bien, en se présentant super bien et que ce n'est pas bien. Il faut qu'on soit comme tout monde. Tout est politique. Et ça, c'était vraiment quelque chose qui m'a beaucoup marquée. Après, cette commission n'existait plus. Ça durait trois ans, cette expérience qui m'a beaucoup appris. C'était assez exceptionnel. Et simplement, nous, on faisait nos études en même temps. On a commencé l'université, ma soeur et moi. Et à un moment donné, ça n'allait pas tellement. On a raté nos examens, etc. Parce que c'est devenu un vrai travail. Et c'est en ce moment-là que nos parents nous ont dit que c'est peut-être le moment de faire une pause dans ce travail et terminer les études. Tout en disant que c'est très bien quand vous travaillez à la télévision, vous donnez les choses, vous donnez les connaissances, vous donnez tout ce que vous avez. Mais aujourd'hui, vous n'avez peut-être pas assez. Il faut vous remplir,
SPEAKER_00se
SPEAKER_01former.
SPEAKER_00Vous avez continué vos études, sérieusement, comme vos parents vous disaient quand même, d'acquérir ces connaissances. Et puis après, votre carrière, elle vous Oui,
SPEAKER_01tout à fait. J'ai fait mes études en histoire de l'art. Finalement, après, j'ai pas mal voyagé parce que c'était l'ouverture un peu des frontières. Par exemple, c'était toujours un peu les concours de circonstances. Je suis venue voir mes amis aux États-Unis. Ils sont tous cotisés pour m'acheter le billet. Ils étaient tous en train de faire leur doctorat en sciences, en mathématiques et physiques dans les grandes universités américaines. Et je suis venue en moi pour juste les visiter. Mais moi, je n'ai jamais su faire les vacances, en fait, dans ma vie, même quand j'étais jeune. Au bout de deux semaines, je ne savais plus quoi faire. J'ai déjà tout visité. C'était un peu... Voilà. Et finalement, j'ai vu une annonce dans le journal, par hasard, de poste d'assistant conservateur dans un très beau musée américain à Providence, la capitale le plus petite des États-Unis, à côté de Boston, musée de Rhode Island School of Design, où j'ai postulé pour ce poste. Et en effet, moi, j'ai postulé juste comme expérience, parce que je me suis dit que je ne parlais absolument pas en anglais. Très peu, en fait. C'était vraiment à l'école et aussi à l'université, j'ai appris le français. Et l'anglais, je n'ai jamais appris juste un peu sur le tas. Et j'étais consciente qu'on ne va pas me prendre. Mais en même temps, j'étais consciente que c'était l'époque où c'était la fin des années 90, au milieu des années 90, où les russes, c'était rare. Mais j'étais convaincue que je vais être invitée pour l'entretien, mais aussi convaincue que jamais je ne recevrai ce poste. Mais j'ai quand même fait tout, et c'est de nouveau. On va dire que la confiance joue un rôle énorme, parce que je pense que quelqu'un autre n'aurait jamais fait ça. Et j'ai préparé, j'ai visité le musée, j'ai réfléchi, j'ai appris par cœur avec mes amis le texte pour me présenter, avec anglais un peu en proximatif, on va dire des choses comme ça, et j'ai expliqué avec mon anglais horrible tout ce que j'ai appris par cœur. Ils ont écouté un peu. Je pense qu'il était un peu annuyé au fond. Et à un moment donné, ils m'ont posé la question. Ils ont dit« Mais qu'est-ce que vous pensez de nos salles d'exposition de l'art du XXe siècle et de l'art contemporain
UNKNOWN?
SPEAKER_01» Moi, j'ai dit« Mais écoutez, le musée est super, il est magnifique.» Et ils ont bien senti que j'essaye d'éviter cette question. Ils ont dit« Non, non, non. Nous, on aimerait savoir par rapport à ces salles, qu'est-ce que vous en pensez
UNKNOWN?
SPEAKER_01» Et moi, j'ai dit, écoutez, franchement, ce n'est pas bon, Vossal. C'est n'importe quoi. Vous avez l'accrochage du XIXe siècle pour les œuvres du XXe. C'est tout autre accrochage, c'est toute autre vision. Et j'ai développé, comme j'ai pu, ça tout en pensant à ma tête que de toute manière, on ne va pas me prendre. Évidemment que ce n'est pas une bonne chose de critiquer les gens quand tu viens chez eux, mais qu'ils profitent. Voilà, j'étais un peu de l'expertise. Voilà, de nouveau... un peu très sûre de moi-même. J'ai vraiment développé ça. Ils m'ont posé plein de questions là-dessus. Et après, ils ont dit, est-ce que vous pouvez attendre demi-heure
UNKNOWN?
SPEAKER_01On va délibérer. Et finalement, j'étais prise. J'étais prise à ce poste pour simple raison, parce que deux semaines avant, ils ont pris la décision, avec exactement le même argument que j'ai amené, de refaire ces salles. Et en fait, mon travail, quand j'ai commencé à travailler, c'était justement, j'étais chef de projet pour refaire ces salles du musée et c'était assez exceptionnel. J'ai beaucoup réfléchi pourquoi finalement j'étais prise et comment, et j'ai discuté aussi avec mes collègues comment ça s'est passé. En fait, on m'a expliqué qu'au fond, l'anglais, évidemment, ils ont bien vu que je ne parle pas très bien en anglais. Ils se sont dit, mais elle est jeune, d'ici deux mois, elle va parler comme nous, mais elle a des bonnes idées, elle est motivée, elle est enthousiaste. On y va. Pour eux, c'était une décision assez courageuse parce que Je n'avais pas de visa de travail et j'avais visa touriste. Et ça a pris une année avec les avocats, avec beaucoup d'argent, pour me changer un visa correspondant.
SPEAKER_00Donc vous, vous aviez eu l'audace d'y aller, mais eux, ils ont aussi eu l'audace de vous choisir et puis de tenir le coup dans cette procédure. Et donc vous étiez venue aux États-Unis en vacances quelques semaines et vous êtes restée finalement pour y travailler. Et puis après les États-Unis, c'est la
SPEAKER_01Suisse
UNKNOWN?
SPEAKER_01C'était la Suisse. Je me suis spécialisée, quand j'étais à l'Université de Moscou, en l'art suisse. parce que pour moi c'est aussi c'était quelque chose de très exotique quelque chose que j'ai découvert avec beaucoup de plaisir et aussi moi j'ai jamais au cours de mon parcours j'ai détesté travailler sur les sujets et sur les artistes connus parce que j'avais l'impression que si je travaille sur un artiste connu déjà quand j'ai commencé à écrire je savais plus est-ce que les idées que je mets c'est mes idées et finalement j'ai commencé à publier j'ai commencé à participer aux colloques et j'étais un peu identifiée contre quelqu'un qui spécialise de l'art suisse, il n'y a pas beaucoup. Et justement, à l'époque, à l'université de Genève, il n'y avait pas beaucoup d'enseignements sur l'art suisse. On a parlé de l'art français, l'art allemand, l'art italien, mais l'art suisse, c'était un peu inexistant. C'est comme ça que je suis arrivée à Genève, il y a 25
SPEAKER_00ans. Donc il y a une envie peut-être de faire des choses différentes, singulières, de trouver ce qu'on peut apporter soi-même
UNKNOWN?
SPEAKER_01je pense que c'est vrai, quand vous dites« je pense aussi», mais finalement, tout vient de cette idée d'avoir plaisir et être intéressé par les choses qu'on fait. Parce que c'est vrai que j'ai choisi l'art suisse parce que, pour moi, j'étais très curieuse. Ce n'était pas vraiment stratégique en disant que je vais avoir une niche. Au contraire, je ne voyais pas du tout les possibilités d'avoir d'application quelque part de cet art suisse à Moscou mais ça m'intéressait et finalement moi je suis convaincue aujourd'hui que les mots de ma grand-mère qui parlait toujours de cet intérêt et passion qu'il faut choisir en travail passion ça résonne et ça m'a servi véritablement dans mon parcours professionnel.
SPEAKER_00Et c'est aussi ça qui fait que vous avez pu évoluer accéder aussi après à des postes à responsabilité parce que vous étiez guidée par cette passion et qu'il y a toujours peut-être un prix quand même à payer quand on accède à des postes où il y a plus de responsabilité, de pouvoir. Mais cette passion, elle vous gardait quelque part le feu sacré
UNKNOWN?
SPEAKER_01Absolument, absolument. Mais il faut dire que mon premier poste à responsabilité, c'était le poste de directrice au Musée des Beaux-Arts de la Chaux-de-Fonds. Moi, je ne peux toujours que remercier les politiciens, les personnes du comité de recrutement qui m'ont confié ce tas j'avais 33 ans et c'est vrai que j'ai postulé à ce poste et moi je peux dire aujourd'hui bon j'ai dit déjà après quelques années à mes autorités de tutelle que j'étais tellement pas consciente qu'est-ce que ça présente ce poste de directrice du musée que j'ai posé aucune question dans ce sens moi j'étais convaincue que je suis très compétente et que je pourrais le faire parce que je sais faire des expositions je sais faire des expositions je sais faire des publications mais la partie administrative et politique m'échappait complètement et pour eux pour mon interlocuteur pendant l'interview pour eux c'était tellement évident que c'est évident pour moi et c'est vrai que tout dernier entretien on est resté peut-être deux ou trois personnes à la fin c'était avec les politiciens de la ville ils m'ont dit écoutez on a très envie de vous prendre mais une chose qui nous enquête quand même un petit peu vous avez quand même un certain problème parce qu'on imaginait pour ce poste-là quelqu'un dix ans plus âgé ou moins. Voilà, alors on ne sait pas comment on est en train de réfléchir. Pour nous, c'est vraiment un problème important. Et moi, j'ai dit, écoutez, c'est génial que vos seuls défauts que vous me trouvez, c'est ça, parce que je peux vous garantir que dans dix ans, ce défaut, il va être corrigé sûrement. Ils ont rigolé et finalement, ils m'ont choisi. Et c'est vrai que c'était très courageux de leur part, qu'ils ont fait confiance à quelqu'un qui n'était vraiment pas expérimenté dans le domaine de gestion, de l'équipe, d'administration et autres. Et c'est vrai que j'ai travaillé vraiment comme une folle deux ans parce que mes premières séances, c'était très spécial parce que je comprenais tous les mots, mais le sens m'échappait complètement. Alors, j'ai passé tous mes week-ends pour lire les règlements, pour étudier des différentes choses que j'ai trouvées un peu partout, des livres par rapport au budget, par rapport à la terminologie.
SPEAKER_00C'était extrêmement formateur. Ça, c'est très intéressant parce que souvent, il y a le problème des femmes, enfin, il ne faut pas faire trop de généralité, mais quand même, qui attendent de tout savoir-faire, d'avoir les bonnes compétences pour le poste, de cocher toutes les cases pour postuler, pour oser s'imaginer qu'elles ont le niveau pour ses responsabilités. Et finalement, vous vous avez fait l'inverse, vous avez pris le poste en n'étant pas forcément consciente qu'il y avait toute une partie qui vous échappe et vous avez travaillé plus en vous disant mais je vais y arriver, je vais apprendre ce qui est effectivement constructif comme attitude. Donc, est-ce que vous avez parlé au début de l'entretien de ce décalage parfois entre les messages que vous avez reçus dans votre enfance et puis ce que vous avez rencontré en arrivant en Suisse où vous ne trouviez pas de femme de votre âge qui avait eu une grand-mère, qui avait fait carrière
UNKNOWN?
SPEAKER_00Quels sont les éléments qui vous ont marqué de cette différence entre votre monde d'origine Il y a
SPEAKER_01évidemment plusieurs éléments, c'est-à-dire qu'on vous dit, moi j'ai bien vu cette absence de confiance chez certains amis, même mes collègues, en soi, confiance en soi. Maintenant, je ne suis pas fait pour ce poste, je n'arriverai pas, etc. Moi, je pense que ce côté était extrêmement fort et aussi, moi j'ai vu aussi dans l'attitude des personnes parce que je n'étais pas la première femme me diriger le musée des Beaux-Arts de la Chaux-de-Fonds. Il y avait une autre femme qui a tenu une année par le passé, mais finalement, aussi longtemps et aussi j'ai resté dix ans, il n'y avait pas vraiment des femmes dans l'histoire du musée. Et je me rappelle très bien que j'ai vu l'attitude de différents chefs de service par rapport à une femme, jeune, blonde, historienne de l'art. C'est-à-dire que j'ai accumulé en moi tous les clichés qu'on peut avoir par rapport à les directrices mais clairement elle est sûrement bête un peu artiste voilà tous ces éléments qui étaient totalement accumulés comme pour donner un exemple quand j'avais des problèmes des énormes bagues informatiques au musée j'ai contacté le chef de service informatique qui était un monsieur de certain âge qui la première chose qu'il m'a dit il a dit mais est-ce que vous avez allumé l'ordinateur et c'était tout à fait sincère de sa part dans sa tête c'était juste inimaginable que cette image, cette femme blonde, jeune et en plus qui s'occupe de quelque chose d'un peu bizarre comme art, qu'elle est capable même d'allumer l'ordinateur. Et ça, j'ai eu ça à plusieurs séances, à plusieurs niveaux. Et je pense que si j'étais un homme, bien sûr que ce type de réaction ne serait jamais venu.
SPEAKER_00Ça veut dire que dans les cercles de dirigeants, etc., vous dénotiez un peu, vous étiez C'était une personne qu'ils n'avaient pas l'habitude de voir. Comment on fait pour rester soi-même ou pour survivre peut-être dans ce monde-là
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'était quoi votre stratégie
UNKNOWN?
SPEAKER_01Déjà, pour moi, la vraie conscience est arrivée, je me rappelle très bien, notre musée faisait partie, comme beaucoup d'autres musées en Suisse, de l'association des musées d'art en Suisse. C'était une association, il y avait à l'Assemblée Générale, une fois par année, qui réunissait trentaines de directeurs et directrices des musées d'art suisses pour... une journée de travail, de réflexion pour mettre en... Et la première fois, quand je suis arrivée à cette Assemblée Générale, c'était le printemps, je m'en rappelle très bien, j'ai mis, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai mis une robe avec les fleurs, mais vraiment des trucs très féminins, très... Et j'entre dans la salle où tout le monde prenait leur café croissant, et tout de suite, parce que je suis très visuelle, bien sûr, comme historienne, de l'art, je vois une masse gris-noir c'est-à-dire que tout le monde était en costume cravate parce que la grande majorité je dirais presque 90% c'était les directeurs, il n'y avait pas des directrices, il y avait très peu et même les directrices qui avaient ils étaient se sont camouflés, ils étaient habillés aussi en costume ou en pantalon, on voyait clairement qu'ils se font dans cette masse. Et moi, j'arrivais avec ma robe un peu comme ça, printanière, et j'étais vraiment toute différente. Ça m'a frappée. En ce moment-là, je pense que, consciemment ou pas consciemment, j'ai réalisé qu'il faut que je continue comme ça. Il ne faut surtout pas que j'entre dans ce jeu de rassemblance, qu'il faut que je sois comme tous les autres. Et c'est vrai que pour moi, peut-être, c'était plus facile, comme pour beaucoup d'autres, parce que j'étais étrangère. Et à ce moment-là, Tout le monde prenait ça aussi comme particularité culturelle, étrangère, qu'elle n'est pas comme nous et c'est normal. Et pendant cette assemblée, on a discuté des sujets très problématiques. Et moi, je crois que je me fais démarquer parce que j'ai fait beaucoup d'interventions, j'ai fait beaucoup de propositions, mais comme d'habitude, ce n'était pas quelque chose de particulier. Mais tout de suite après, Après, on m'a proposé d'être vice-président de cette association parce qu'aussi, il fallait avoir quand même un peu une femme prétexte. Je ne sais pas comment dire ça. Ça aussi, j'ai réalisé bien après parce que je suis devenue membre de multiples commissions, comités, etc. Au début, j'étais ultra fière. Je me disais, mais c'est mes grandes capacités. C'est génial que les gens le voient. Et il faut dire que c'est mon mari qui quand même m'a dit que, tu sais, la DAS, c'est... Il ne faut pas non plus oublier que c'est aussi, bien sûr, c'est pour tes capacités, mais c'est aussi, il m'a ouvert un peu les yeux, qu'en effet, il fallait amener une goutte de femme dans ces comités qui étaient très masculins. Et c'était un peu l'air du temps, il fallait avoir une femme. Et j'ai joué beaucoup ce rôle-là pendant plusieurs années.
SPEAKER_00Et vous n'en étiez pas consciente à l'époque ou ça ne vous dérangeait pas tant que ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que finalement, ce qui comptait, c'était de faire partie... du cercle et de pouvoir influencer aussi.
SPEAKER_01Quand mon mari m'a dit ça, moi je lui ai dit tu n'aurais pas dû me dire. Mais après, je me suis dit tant mieux si ça passe comme ça parce que ce n'est pas normal. Et aussi, il faut dire qu'après cette situation, c'est aujourd'hui que je pense, mais je suis quelqu'un assez féminine, mais en même temps, je m'habille différemment. Mais là, j'ai commencé à mettre plus en plus. Plus j'ai posé ta responsabilité, plus je mettais des Et pour arriver au final vers vernis rouge sur mes ongles, que je n'ai jamais fait dans ma vie, mais depuis, je fais tout le temps. Et moi, j'ai l'impression, c'est aussi pour affirmer davantage que... Ben oui, je suis une femme et j'ai droit à m'habiller comme je veux, comme je sens. Et je peux être professionnelle et sérieuse aussi qu'on vous. Et ça, je pense que cette chose, ça n'a jamais existé chez moi avant, quand j'étais en Russie ou ailleurs. Mais en Suisse, c'est quelque chose qui est arrivé presque naturellement, que j'analyse maintenant en discutant avec vous,
SPEAKER_00qui est extrêmement fort. Alors au fil du chemin, il y a certainement des moments où on doute quand même, où il y a plus d'obstacles. Est-ce qu'il y a des éléments ou des personnes qui vous ont permis de garder cette confiance
UNKNOWN?
SPEAKER_00Oui, bien
SPEAKER_01sûr. C'est-à-dire qu'évidemment, il y a des doutes et ça fait partie de la vie. Et pour garder cette confiance, j'ai eu beaucoup de chance parce que mon mari m'a toujours soutenue. Il était prêt à déménager à la Chaux-de-Fonds avec moi, ce qui n'est pas évident pour un Genevois comme on sait parce qu'il y avait beaucoup des personnes à l'époque qui presque nous enterraient en disant qu'on va qu'on va en Sibérie on ne peut plus jamais nous voir voilà il m'a suivi il a toujours soutenu me soutenu dans mon travail et dans mes ambitions et ça je pense que c'est quand même avoir un compagnon de route surtout dans ce monde qui reste quand même assez difficile pour parcours professionnel et parcours professionnel de haut niveau pour une femme, c'est extrêmement important. Parce que peut-être, ici je peux vous raconter une autre anecdote, évidemment que cet environnement, ça t'influence. J'ai les bases solides, j'ai cette confiance en soi que j'ai reçue de mes parents, de ma grand-mère notamment, mais on vit dans l'environnement, entouré par les gens qui te font douter plus en plus. Est-ce que c'est ta rôle, ta place
UNKNOWN?
SPEAKER_01Notamment pour, justement, Haute École d'Art et Design, je pense que j'avais deux mois sur mon bureau, cette annonce, et chaque fois, je me disais, je ne suis pas bien pour eux. Non, je n'ai jamais dirigé Haute École. Non, ce n'est pas vraiment ma place. Mais peut-être que quand même, je postule. Non, je ne postule pas. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je réalise que c'est clairement lié avec ma période de vie en Suisse parce que c'est vrai que si à 25 ans je postulais sans aucun problème en poste où c'était assez évident aux Etats-Unis que je ne connais même pas la langue mais ça ne me posait aucun problème et à 50 ans j'ai douté pendant des semaines et des semaines avec tout mon parcours professionnel qui était évidemment tout à fait propice pour ce poste et me prépare à ce poste. Et moi, je explique ça par ce passage, par cette vie en Suisse où quand même,
SPEAKER_00j'étais assez influencée. L'influence de l'environnement social et des représentations, on voit tout ce poids, effectivement. Absolument. Je reviens peut-être sur la question du soutien du compagnon de route parce qu'aussi pour les choix familiaux, j'imagine que c'est quelque chose de très différent si on peut partager la responsabilité familiale quand on fait
SPEAKER_01carrière. Moi, je trouve que les postes de direction, malheureusement, ils sont, en tout cas, encore aujourd'hui, ils ne sont pas faits pour les femmes. Pour les femmes qui veulent avoir une famille, fonder des... Voilà, parce qu'ils ont fait finalement pour les hommes, mais pour les hommes d'avant. Pour les hommes qui ont une femme à la maison, qui s'occupent des enfants, qui préparent à manger, et eux, ils font que le travail. Heureusement, il y a moins en moins des hommes comme ça, qui veulent tous, en tout cas en grand partie, partager aussi l'éducation de leurs enfants, la vie de famille. Mais justement, le fait que mon mari est indépendant, qui a pu vraiment gérer son temps par rapport à mon parcours, mes impératifs, c'est-à-dire prendre sur lui beaucoup l'éducation de notre fille et de toutes les choses pratiques de la maison, ça m'a énormément aidée. Et pour lui, c'était aussi pas évident parce que chaque fois qu'on rénonçait un mandat où il diminuait son taux les gens disaient mais c'est pas possible pourquoi tu fais ça et quand ils disaient mais pour soutenir ma femme et que moi je fais ma part importante à la maison il y a 10 ans les gens ils prenaient ça assez mal ils comprenaient pas comment c'est possible tandis qu'évidemment que si c'était l'envers si c'était une femme qui faisait ça ça aurait été totalement normal Et ça, je ne peux que le remercier qu'il est en soutien constant par rapport à mon parcours professionnel. Et je trouve que c'est très important aussi pour notre fille parce qu'elle, elle voit clairement que tous les modèles sont possibles. Et en plus, à ça, je veux dire qu'à mon sens, je pense que mon mari ne souffre pas beaucoup de ça parce qu'ils ont pu construire une relation exceptionnelle ensemble avec avec notre fille. Et je pense que s'ils ne s'occupaient pas
SPEAKER_00tant, ça ne serait jamais possible. Alors aujourd'hui, vous êtes directrice de la AIDE, la Haute École d'Art et de Design de Genève. Vous êtes la première femme à diriger cette école. Est-ce que c'est important pour vous d'être un modèle pour les autres femmes, de pouvoir en tout cas montrer que c'est possible
UNKNOWN?
SPEAKER_00Absolument.
SPEAKER_01Et ça, j'aimerais vous raconter une anecdote qui m'a beaucoup marquée, qui m'a fait comprendre davantage que ce rôle de modèle, il est vraiment important. Moi, quand j'étais nommée à la HED, avant, j'étais conservatrice en chef au musée d'art et d'histoire, au musée, à Genève, et ma fille, qui avait à l'époque 7 ans, elle adorait mon travail, parce que elle venait à tous les vernissages, j'ai discuté avec elle tous les expositions qui viennent, on a... Pour elle, c'était très concret, mon travail. Elle amenait ses copains de classe visiter mes expositions, etc. Et du Du coup, le fait que je pars de ce monde qu'elle comprenait très bien vers haute école d'art et design, école, directrice, ça ne lui disait rien. Elle était très triste. Elle a discuté avec moi. Elle a dit, écoute maman, non, il ne faut pas que tu partes. Il faut que tu restes. Ce n'est pas intéressant. Ce n'est pas bien. Elle était en train de pleurer. Et moi, j'ai cherché tous les arguments. Non, c'est intéressant pour moi. Rien ne marchait. Elle ne m'écoutait pas. Elle était là dans ses pleurs. en me suppliant ne pas aller à cet endroit étrange. Et finalement, j'ai dit, mais tu sais, juste comme ça, ça sortit à court d'arguments, j'ai dit, cette école, ça existe presque 300 ans. Et je serai la première femme à la diriger dans l'histoire. Elle a arrêté de pleurer. Elle m'a regardée, 7 ans. Elle a dit, mais maman, ça veut dire que tu veux entrer dans l'histoire. J'ai dit, mais oui. Elle a dit, ah, mais c'est génial.
UNKNOWNEt...
SPEAKER_01s'est arrêtée là. On était au début d'été. Et en été, on a fait plein de choses, plein de voyages. Et en septembre, quand elle est revenue à l'école, on les a demandé de noter le fait le plus marquant de cet été qu'ils ont vécu. Et après, on nous a montré aux parents qu'est-ce qu'ils ont marqué. Elle, elle a marqué, je me rappelle toujours cette phrase, elle a dit le fait le plus marquant de cet été, c'est que ma mère, elle est devenue la première femme à diriger haute école d'art et design. Et ça, pour moi, j'étais très fière parce que je me suis dit que pour une fille de 7 ans, c'est tellement important ce côté d'exemple. Et je vois que c'est aussi important pour certains de mes collègues, pour nos étudiantes qui voient que c'est tout à fait possible de diriger une grande école et être une femme. Transmettre aux autres la confiance ce que vous avez
SPEAKER_00reçu. Absolument. Ça, pour moi, c'est extrêmement important. C'est sur ces belles paroles qu'on va conclure cet épisode. Merci beaucoup, Lada, d'avoir partagé avec nous cette histoire. Merci. C'était Les Vaillantes, un podcast produit par Artemia Exécutive. Un immense merci à notre invité pour sa confiance. Ça vous a plu
UNKNOWN?
SPEAKER_00Retrouvez tous les épisodes des Vaillantes sur votre plateforme préférée, abonnez-vous et faites découvrir le podcast autour de vous. Et pour nous On se retrouve bientôt pour un nouvel épisode.