Podcast Nouvelle Mission
Au podcast Nouvelle Mission, les militaires et vétérans sont à l'honneur.
Partez ainsi à la découvertes d’anciens militaires qui viennent nous parler de leur carrière. Les parcours présentés ici sont inspirants, remplis de défis, de résilience et de passion. Ils ont osé changer de cap pour bâtir une deuxième carrière inspirante, ou encore ils se permettent enfin de vivre selon leurs propres termes après tant d'années de sacrifice.
Parce qu’après l’uniforme, il y a encore beaucoup à accomplir.
Pour les militaires en transition, les curieux du monde civil-militaire ou ceux en quête d’inspiration : bienvenue dans Nouvelle Mission.
Podcast Nouvelle Mission
Épisode 12 - Hugo Veilleux
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Membre du R22R, Hugo Veilleux a eu une carrière très intéressante avec une expérience opérationnelle unique. Nous avons eu le privilège de l'avoir avec nous au podcast afin qu'il nous partage son parcours.
Merci d'être venu nous voir Hugo, ton histoire est inspirante, marquée par des défis, des belles réussites et surtout, un désir constant de continuer d'avancer et de t'améliorer. Ce fut un réel plaisir de t'avoir avec nous.
Bonne écoute!
Musique Musique
SPEAKER_02Bonjour tout le monde, bienvenue au podcast. Yann, salut. Salut Philippe. Un podcast intéressant cette semaine, notre deuxième ancien membre du Royal 22e Régiment, Hugo Veilleux. Salut
SPEAKER_01Hugo. Salut, ça
SPEAKER_02va bien. Salut Hugo. Oui, ça va bien. Merci de ta présence Hugo. Écoute, on décolle ça à la bonne franquette. On a lu ton synopsis de carrière, c'est un beau parcours, t'as des affaires uniques, intéressantes, avec entre autres ton soldat blessé en Afghanistan, comme on dit ce qu'il y a de vrai. J'ai trouvé ça vraiment le fun
SPEAKER_01de voir ça. Oui, absolument.
SPEAKER_02Oui. Écoute, il n'y a pas de meilleure façon de commencer ça que de te laisser le plancher. Explique-nous ce qui t'a motivé à rentrer dans les forces tes premières années, puis le bagage opérationnel, puis nous autres, on rebondit là-dessus. Oui, je ne te connais pas ben ben. Je te connais de face, mais je te dirais que je vais en apprendre beaucoup sur toi. Contrairement à d'autres gars qu'on a eu, nous autres, c'était plus des artilleurs, tout ça. C'est le fun d'avoir un 22 avec nous autres. Juste de même, remettre en contexte rapidement, toi, c'est sûr que tu connais les gars de Golf 1-2, de l'artillerie en 2007. Ben, Yves, on a eu Mike Gagné la semaine passée. Bernard Bossé. Gary, il y a quelques semaines. Parce que là, 2-9 tacs, t'étais pas mal tout le temps le
SPEAKER_01lave-à-côté des autres. Exactement. On a travaillé
SPEAKER_02ensemble. Exactement. On t'écoute, Hugo. Le plancher est à toi. Raconte-nous ça.
SPEAKER_01C'était beau. Merci. Premièrement, merci beaucoup pour l'invitation. Ça fait plaisir d'être ici avec vous autres, les gars. C'est le fun. Merci. Né à Saint-Georges-de-Beauce. Beauceron. Oui, un beauceron, exactement. Un jarret noir. Oui, exactement. Je suis né sur la rive ouest de la rivière Chadière à Saint-Georges, dans un quartier populaire, un quartier ouvrier. Mes parents avaient des grandes, grandes familles, donc on n'était pas beaucoup axés sur l'éducation à l'école, la scolarité, donc le plus tôt possible qu'on pouvait aller travailler pour faire de la contribution à la famille. Donc, c'était pas très axé sur l'éducation. Donc, à partir de là, ça a été ça mon enfance, vite fait, à l'école, et puis joueur de football, j'adore jouer au football, j'ai joué au football toute ma scolarité. Et puis, par la les premiers contacts que j'ai eus avec les Forces armées canadiennes, les FAC, c'est avec mon frère. J'ai un frère plus âgé de 4 ans. Donc, quand j'avais 13 ans, lui s'est enrôlé, il en avait 17. Il a fait ça très très jeune
SPEAKER_02à 17 ans. Tu trouvais ça impressionnant. J'ai
SPEAKER_01trouvé ça très impressionnant, absolument. J'ai trouvé ça très impressionnant et puis ça a été une façon de... ça m'a influencé. C'est clair et net que
SPEAKER_02ça m'a influencé. Lui, il a-tu fait une carrière là-dedans?
SPEAKER_01Oui, absolument, il a fait une carrière. Il a fait 20 ans ou 22 ans au 2e Ok. Oui, exactement. Deux frères fantassins. Exactement. Moi, j'ai 13 ans. Je ne suis pas très axé sur l'éducation et l'école. Ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Je suis plus sportif. Je suis plus pour les choses concrètes que je croyais concrètes dans le temps. À partir de là, je vois mon frère qui s'enrôle. Je vais voir sa parade de NQ2 à Saint-Jean-sur-Richelieu. C'est impressionnant. Oui, c'est impressionnant. Je vais voir sa parade de NQ3 à Valcartier. Donc, Tout ça m'impressionne, naturellement. Et puis, mon frère est déployé en 93. En Croatie. Dans le temps que ça brassait, Croatie-Bosnie. Donc là, je vois ça. Je vois le style de vie qu'il peut avoir. Donc, il est déployé en 93, en 95 et en 97.
SPEAKER_02On a eu des gars ici qui en ont fait. C'est bang,
SPEAKER_01bang, bang. Exactement. C'est quoi le nom de ton frère? Jonathan.
SPEAKER_00Jonathan Veilleux. Il passe un peu de ma génération
SPEAKER_01à moi. Oui, absolument. Je t'aime. – Absolument. Deuxième 22, toute sa carrière. Et puis là, moi, je suis là, donc j'ai entre 13 et 17 ans. J'ai vu mon frère déployé trois fois. Il a à peine 25 ans, qui est allé trois fois en Europe. –
SPEAKER_02C'est ça, ça a été
SPEAKER_01vite, puis ça donne le goût. – Ça donne le goût, ça me parle. Je veux dire, moi, je ne suis pas très axé sur les études, donc à partir de là, je veux vraiment, là, ça me parle vraiment, en fait. Donc là, je le vois aller, je sors flambant de noeud en cours, il y a un 4 roues, il y a toutes ses bédettes. On connaît ça quand les gars reviennent de tour, ils s'ajoutent des choses. Moi, je suis là de mon tout jeune âge et je vois ça aller. Clairement que ça me parle et ça m'influence. Donc, ça a été le premier contact que j'ai eu avec les facs. C'est un bon contact, ça. C'est un très bon contact. Le seul problème qu'il y avait, c'est que dans ce temps-là, il y avait une grosse restriction budgétaire et puis les salaires étaient gelés et le métier de fantassin était fermé.
SPEAKER_02Oui, c'est vrai qu'il y a eu des années...
SPEAKER_01Exactement. Dans les années 95-90 là, c'était très, très strict comme restriction budgétaire et puis le métier était fermé. Donc, moi, je suis là, j'ai mes 17 ans, j'ai mon secondaire 3 et puis je suis prêt à rentrer. Tu as tout ce qu'il faut pour l'infanterie. Oui, puis justement, j'ai des bons exemples de ça. On va pouvoir en parler des stéréotypes de l'infanterie. Il y en a plusieurs. Il y en a plusieurs. J'en ai quelques-unes pour vous autres. Mangez pas les crayons. Exactement. Donc là, c'est ça. Fait que là, je suis là, mais le métier est fermé. Donc, je me trouve à des emplois. Emploi à gauche, à droite. Chez Canam Manac, le groupe en Beauce. Et puis, je travaille de nuit dans une shop. Mais je le sais, dans le fond de moi, que j'attends que le métier ouvre. T'en attends de
SPEAKER_02deux. Fait que toi, il n'y avait pas d'autre
SPEAKER_01choix, là. T'as dit, moi, c'est fantassin ou rien. Ouais, exactement. Exactement. Fantassin ou rien. Peut-être par manque de connaissances. Peut-être militaire. Tu savais pas qu'il y avait des mécaniciens d'avion dans le coin, là? Non, c'est ça. Je savais pas qu'il y avait des logistiques. Ouais, c'est ça. Fait que non, mais tu sais, comme... tout jeune, je voulais voyager, je voulais me surpasser dans les défis, les choses régulières qu'on entend. On cherche l'action. J'ai 15-16 ans, j'en veux. Mais là, le métier est fermé. Je suis là dans ma ville natale de Saint-Georges et je travaille, je fais des job-in ou plutôt des emplois. Finalement, l'appel arrive en 1999. L'appel arrive et le métier de fantassin est ouvert. Bonne nouvelle. Bonne nouvelle. Bonne nouvelle, c'est ce que j'attendais depuis longtemps. Et puis là, c'est les dates de mon NQ2 qui débarquent le 15 septembre 1999 à Saint-Jean-sur-Richelieu. Et puis là, la grande aventure commence. C'est le début. Ça se passe bien?
SPEAKER_02Ça se passe bien. Je pose la question parce que moi, ça a été un coup de tête entre le moment que j'y ai pensé et que c'est arrivé. J'ai comme pas idolâtré personne. Toi, est-ce que ça a été à la hauteur? T'as comme eu deux, trois ans de crinquer de tout ce qui a été... Oui, t'avais ton frère aussi qui a dû t'en parler Il
SPEAKER_01m'a préparé, il m'a conseillé, mais oui, j'ai eu le doute. Ça a-tu été à la hauteur de tes attentes? Oui, ça a été à la hauteur de mes attentes. Même que je te dirais que je m'étais fait ça un petit peu pire que ce que ça allait être. Ce qui n'est
SPEAKER_02pas une mauvaise
SPEAKER_01décision. Ce qui n'est pas une mauvaise chose. Ce qui va m'avoir servi tout le long de ma carrière par la suite. Toujours baissant un peu ses attentes. Exactement, mais toujours s'attendre à pire aussi que ce que c'est. Mon frère me prépare très bien. C'est même lui qui vient me porter sur mon NQ2 à Saint-Jean-sur-Richelieu. lui me donner une couple de petits conseils. Puis je comprends, l'avantage que j'ai, c'est que je comprends que c'est une game. Je comprends qu'après ça, il y a une vie au bataillon et puis que ça sera pas toujours le go-go-go puis la façon que ça va être mené durant mes cours de carrière, si on peut dire. Donc ça, c'est l'avantage que j'ai. Puis aussi, j'ai 22
SPEAKER_02ans. Un peu plus
SPEAKER_01vieux, juste pour dire. J'ai une certaine maturité qui fait en sorte que... C'est ça, j'ai une certaine maturité...
SPEAKER_02NQ2, ça fait une différence.
SPEAKER_01Absolument. Puis en plus, les gars, ils se renroulent à 17 ans. J'ai fait mon NQ2 avec des gars de 17 ans. Fait qu'imagine de 17 ans à 22 ans, le 5 ans de gap. C'est énorme. C'est énorme à 22 ans. Tu te connais
SPEAKER_02mieux, t'es prêt à te passer. Comme tu dis, tu comprends que je vais jouer un jeu, je vais faire ma job.
SPEAKER_01C'est ça. Fait que la maturité m'a aidé beaucoup là-dedans aussi. Donc, mes cours ont bien été. L'NQ2, toujours en comprenant que c'était une partie qu'on jouait. Donc, ça a super bien été. J'ai fait mon cours, c'était 10 semaines dans le temps. Par la suite, j'ai été posté muté à Valcartier pour mon cours d'infanterie. Le fameux cours de 22. Oui, votre PP1. Oui, notre PP1 qui était dans le temps l'NQ3. Donc là, 4 mois à jouer aux soldats à l'infanterie verte pure et dure.
SPEAKER_02Est-ce que tu t'es senti au départ à ta place ou tu as eu des moments, mais qu'est-ce que mon frère m'a raconté pour que je
SPEAKER_01me ramasse ici? Non, j'ai été à ma place dès le début. Par contre, j'ai eu mes doutes. C'est sûr, oui. En semaine défensive, quand ça fait trois jours que tu n'as pas dormi, puis il mouille sur le côté. C'est naturel. Il y a quand même des sticks en bâton, les sticks. Quand ça arrache le visage. Comme Forrest Gump. Forrest
SPEAKER_02Gump qui mouillait
SPEAKER_01de parent de saut. Je vais te dire que j'ai toujours triper là-dessus. Non, j'ai eu mes doutes moi aussi. Mais encore une fois, je le savais qu'il y avait une fin à ça. Je le savais que par la suite, j'allais arriver dans un bataillon où est-ce que l'ambiance aurait été plus un emploi régulier. Et puis à partir de là, le but ultime, ça doit être déployé aussi. Je le savais qu'il y avait la carotte avec le bâton.
SPEAKER_02Puis t'as envoyé à quel bataillon quand t'as été qualifié?
SPEAKER_01J'ai été qualifié en avril 2020. Et puis j'ai été envoyé au deuxième 22. OK. Deuxième bataillon. Directement dans le même bataillon que mon frère. Ça fait jaser un peu. Oui, exactement. Tu travaillais avec lui? Oui, absolument. Je travaillais avec lui. On était au même bataillon. Les frères veilleux du deuxième Vendée. C'était super. J'ai été muté sur la garde en rouge. J'ai été « living in ». Les vignes à la Citadelle
SPEAKER_02de Québec. On a eu Pat Sivigny.
SPEAKER_01Absolument, je l'ai écouté avant de venir. On est bons amis aussi. Comme
SPEAKER_02on disait, c'est dur sur la carte de débit,
SPEAKER_01ça, être un jeune soldat. C'est dur de faire des économies, mettons. Mais c'est du bon temps. C'est historique, c'est la Citadelle de Québec. C'est vraiment, là, j'étais à ma place. Parfaitement à ma place.
SPEAKER_02Est-ce que t'aimais l'horreur de travail? Parce que je sais que c'est des affaires, vous êtes-tu des chiffres, des on, des off. Ça roule d'une façon bien différente à cause de la garde et tout. C'est-tu quelque chose que t'aimais,
SPEAKER_01toi? Oui, j'aimais ça. La première tâche que j'ai faite en tant que fantassin, c'était les billes doubles. J'ai pas le terme français pour ça. En avant, les deux gardes en rouge qui sont dans les cabanes et qui font des chiffres avec les photos et tout. Donc, non, j'ai adoré ça. J'ai adoré mon
SPEAKER_02été, en fait. – Une couple d'anecdotes comiques, j'imagine, au cours des années. – Oui, comme d'habitude. –
SPEAKER_01Un chapeau de poil, il devait être chaud, pas mal l'été. – Oui, c'est très, très chaud, absolument. C'est très chaud. Admettons que c'est un bon préambule pour l'Afghanistan. – Oui, c'est un préambule. – C'est en prévision. – Oui, c'est en prévision. vision d'eux, mais j'ai 22 ans, je suis en pleine forme, donc moi, je vis
SPEAKER_02le rêve. Je paye en plus pour ça. Quand on est jeune, il y a des beaux côtés en montagne.
SPEAKER_01Exactement, puis le beat des cours est cassé, donc on est arrivé au bataillon, donc les autres se disent « Ouais, finalement, c'est le fun, l'armée. » Mais les gars, je vous le disais, ça allait être comme ça. Ils ne peuvent pas nous tenir sur un beat intense de cours pendant toutes ces années-là. Ça allait être cool. J'avais atteint mon premier objectif, si on peut
SPEAKER_02dire. Fait que là, tu sors, c'est ça, tu es qualifié, deuxième bataillon, puis là, tu goûtes à la vie de la garde en rouge, la citadelle et
SPEAKER_01tout. –
SPEAKER_02Exactement. – Est-ce que t'as été... Là, après ça, voyons, t'as été enligné pour partir sur les retours de Bosnie, les 2001 et 2002. Toi, t'étais sur celle de 2002, je crois, ton été. – Oui, exactement, 2002. – Et ça, c'était-tu avec le deuxième bataillon aussi que t'as fait ça? – Oui, c'était avec le deuxième 22. – Question par rapport à ça. Le deuxième bataillon qui occupe la citadelle, il a les tâches de rener la garde en rouge, mais le deuxième bataillon, il a aussi, j'imagine, sa grosse portion opérationnelle. C'est deux choses complètement différentes. C'est du monde... C'est quoi, mettons, c'est-tu une compagnie qui runne Oui,
SPEAKER_01ça pouvait être une compagnie. Puis aussi, on avait le renfort des réservistes. Pendant l'été. Pendant l'été. Puis aussi, il y a d'autres bataillons qui pouvaient fournir des gardes. Ce n'était pas toujours uniquement le deuxième 22 qui s'occupait de ça. Mais à la base, l'organisation mère de ça, oui, c'était une compagnie du deuxième 22.
SPEAKER_02Qui vient du CFTPO, qui rend flou
SPEAKER_01les gens. Exactement. C'est une belle tâche d'été. C'est une très belle tâche d'été. Et puis, les cours, c'est plus relax. Puis aux bataillons, c'est plus relax aussi durant l'été, dû à la garde en
SPEAKER_02rouge. Fait que là, tu fais ça, puis t'es taské sur une montée en puissance. Fait que là, tu t'en vas avec le deuxième bataillon pour ce retour-là.
SPEAKER_01Exactement, compagnie C. Et puis, la première rotation qu'on va introduire, les VBL 3, qui est la nouvelle génération de véhicules qu'on vient juste de recevoir. Puis, on allait être déployé avec ces véhicules-là. Donc, oui, montée en puissance. Montée en puissance. Entraînement, pré-déploiement, qu'on pourrait dire. C'est le meilleur terme, je crois. Et puis, tout ça en vue d'être déployé en Bosnie-Herzégovine en 2012.
SPEAKER_02T'étais-tu quel camp? T'étais-tu à TG?
SPEAKER_01J'étais à Villicoc-la-Douza.
SPEAKER_02Ah oui, c'est vrai. C'était où ça? C'était au nord, c'était le coin
SPEAKER_01de mine. C'était au nord, c'était le coin de mine, c'était le camp de l'amour. Ah oui, oui, oui. Les gens nous appelaient comme ça, le camp de l'amour, parce que tout le monde arrivait et tout le monde repartait de là. C'était le point d'entrée principal de la Bosnie-Herzégovine. C'est par là que l'administration se faisait et puis c'était là que toute l'administration était faite en
SPEAKER_02fait. As-tu aimé ça? Est-ce que t'as
SPEAKER_01aimé ton tour-là? Oui, j'adorais ça. Belle gang, on était le seul peloton d'infanterie. Et puis, on était pour la garde, on faisait des patrouilles. Très beau temps, là, vraiment, là. C'était un retour sur l'OTAN. Et puis, qu'est-ce qu'on faisait? Vraiment, on était utilisés pour réinjecter des fonds dans la société. Donc, à partir de là, on faisait des patrouilles et puis on avait des budgets et puis on se devait de les dépenser en ville. Des projets humanitaires. Exactement. Donc, on se promenait et on se trouvait des projets comme ça pour améliorer la vie de la société là-bas.
SPEAKER_02Vous étiez une petite gang de fantassins dans un gros camp de mine. Je te pose la question. Les 22 à Valcartier, vous avez la réputation d'être très accueillant et de très bien traiter vos métiers de support. J'ai toujours entendu que les commis aimaient avec les 22, les mécanos. Est-ce que tu as senti que tu avais cet accueil-là comme fantassin dans une base ou sur un camp qui n'était pas votre show à vous
SPEAKER_01autres? Oui, absolument. Je ne me suis jamais senti... Il y a toujours eu les stéréotypes de fantassin, ça serait certain. Mais je n'ai jamais pris ça personnel. Dans le fond, tu fais tes choses à toi et à partir de là, ce que les autres pensent. Moi, je fais mon travail, puis j'étais à ma place. Puis aussi, les
SPEAKER_02stéréotypes de fantassins, ils partent de quelque part aussi. Ils partent de quelque part, absolument. Ben oui, absolument. J'en ai vu, là. C'est drôle aussi. C'est tout qu'un sacré métier, donc il faut que tu ailles les personnages qui viennent avec. Ça fait partie
SPEAKER_01de la game. On peut-tu juste en nommer un? Un stéréotype? Ben oui, après le test, il ne faut pas que tu manges les
SPEAKER_02crayons de
SPEAKER_01cire.
UNKNOWNQuand tu as fini ton test, oui.
SPEAKER_01Gros bras, pas
SPEAKER_02de
SPEAKER_01tête. Mange ses crayons. Il y en a canon. Cher à canon.
SPEAKER_02Les stéréotypes comme ça. C'est un bon exemple. C'est ça, je pense que c'est le running gang. Quelqu'un qui pense qu'un fantassin aujourd'hui n'a besoin de rien, ça fait longtemps qu'il n'a pas été dans une zone de guerre. Ça l'a changé. T'as besoin d'être allumé
SPEAKER_01en clé. Ça l'a changé. T'apprends
SPEAKER_02pas des caves. Oui, absolument. Le retour se passe bien. T'as aimé ton expérience. Oui, absolument. Au retour, qu'est-ce qui se passe avec toi? Comment c'est géré avec ton bataillon? T'es envoyé
SPEAKER_01où? Dès mon retour, il y a eu un an où j'ai commencé mes cours de leadership, cours de chef. À partir de là, cours de chef en 2004, je crois. Par la suite, ça a été les montants en puissance. L'Afghanistan, le Canada avaient été déployés. À partir de là, ça a été les préparations pour l'Afghanistan. C'est là que j'ai fait ma première montant en puissance avec le colonel Ménard du 2e 22 dans le temps. montée en puissance, il y en a qui se disent dans le vide parce qu'on n'a pas été déployé. Mais ça ne peut pas vraiment être toujours dans le vide. On a acquis beaucoup de connaissances.
SPEAKER_02C'est de
SPEAKER_01l'entraînement sérieux. C'est de l'entraînement sérieux, absolument. Et puis donc, pas déployé pour là, mais ça n'a pas été beaucoup de répit par la suite qu'immédiatement, l'autre montée en puissance a commencé pour la 3-7. Elle a
SPEAKER_02comme préparé, dans le fond, cette montée en puissance.
SPEAKER_01Absolument. La première montée en puissance avec le colonel Ménard nous a sortis de la phase verte. Donc, l'entraînement de tranchées, de guerres conventionnelles, on a mis un stop à ça. Et puis, le colonel Manon nous a sortis de là avec des nouvelles tactiques, des nouvelles... Déjà, c'était en prévision de l'Afghanistan.
SPEAKER_02C'était le premier point de pivot de Valcartier vers la guerre asymétrique. C'était pas nécessairement pour rien, comme
SPEAKER_01tu dis. Non, absolument pas. Ça nous a sortis de là. Donc, je suis tombé dans ma deuxième montée en puissance pour la 3A7 avec un très, très bon bagage.
SPEAKER_02Ça, ça t'as-tu fait? Est-ce que t'as été muté au 3e bataillon ou t'as juste été attaché
SPEAKER_01à Non, le troisième bataillon, c'était encore une fois l'unité qui commandait, mais il y avait des compagnies, des autres bataillons qui étaient attachés à eux. Donc j'appartenais à la compagnie A du deuxième 22, mais j'étais prêté au troisième 22.
SPEAKER_02Est-ce qu'ils vous ont prêté... Est-ce qu'ils ont taské la compagnie intégrale pour que vous vous intégriez comme compagnie ou ils vous ont disloqué, ils vous ont gardé en sous-unité?
SPEAKER_01Oui, on a été intégral. On a apporté tout notre support, nos membres à nous et puis ils ne nous ont pas touchés. On est devenu une compagnie intégrale. On était la compagnie B du G&T du
SPEAKER_02troisième vendeur. Je ne savais même pas qu'il y avait des compagnies complètes comme ça. J'étais sur ce retour-là. C'est pour ça que je me suis dit que ça me surprend. Pour nous autres, on était dans nos affaires à nous autres. Ça se passait bien sur trois compagnies
UNKNOWN?
SPEAKER_02de toute façon, vous venez qu'à tout vous croiser au courant
SPEAKER_01de vos cadres. Oui, exactement. Le 22, ça reste que c'est petit. On finit par connaître beaucoup de gens. Ça a super bien été. Grosse montée en puissance, par exemple. Il y a beaucoup de déploiements, mais Gagetown, Wainwright, Texas,
SPEAKER_02des choses habituelles. Là, toi, tu sais, à cette époque-là, tu es rendu à 8-9 ans d'armée. Tu as eu déjà tes cours de leadership. Là, tu es dans une position quand même non négligeable. Tu es dans le véhicule de 2-9-TAC. Tu es dans l'équipe de commandement de ton major dans son LAV. Tu es utilisé comment? C'est quoi tes tâches? Je suis
SPEAKER_01utilisé comme chef d'équipage. Donc, ma tâche principale, c'est d'être avec le major dans la tourelle. Tu es
SPEAKER_02chef à ce moment-là?
SPEAKER_01Oui, je suis chef à ce moment-là. Et puis... C'est vraiment mécanisé. En 2007, c'était vraiment mécanisé. Donc, à partir de là, je suis comme le sous-commandant pour ne pas utiliser de termes des convois. Parce que le major, il n'a pas le temps de faire ces choses-là. Il ne peut pas tout gérer. Non, exactement. Lui, il fait sa poutine à lui. Il suit la bataille. Il suit la bataille, exactement. L'adjudant-maître, lui, il prépare sa compagnie. Moi, je m'occupe de tous les convois, de tout ce qui va se passer, de déplacement.
SPEAKER_02Est-ce que tu avais une responsabilité quand, mettons, les laves tombaient zoulous, quand il y avait du démontage puis les laves tombaient du loup, est-ce que t'avais une responsabilité ou c'était donné, mettons, peut-être au capitaine de bataille? Je pense que c'est ça, vous autres, votre
SPEAKER_01capitaine de bataille. – Absolument, on avait le capitaine de bataille, mais quand le capitaine de bataille n'était pas sorti avec nous, c'était moi qui tombais, là, toutes les laves tombaient sous ma responsabilité. – C'était quand même une grosse responsabilité pour un caporal-chef. – Oui, un caporal-chef. – C'était une très grosse responsabilité, absolument.
SPEAKER_02– Surtout en contexte de mission. – Oui, c'est des chantiers à deux voix, ça, là. – Oui, absolument, c'est le cas de le dire. – C'est ça, là. Non, félicitations, pour vrai. Puis ça, ça va être dire que toi, tu as été aux premières loges de l'incident de Conan et de l'adjudant-maître
SPEAKER_01Mercier, malheureusement. Oui, première loge. On ne peut pas être plus aux premières loges que ça. C'était notre première opération en fait, en 2007.
SPEAKER_02C'était la première,
SPEAKER_01oui. Oui, exactement. Parce qu'on est arrivé sur le terrain en 2007. On est arrivé en juillet 2007 et puis le colonel Gauthier nous avait dit « Je ne vous enverrai pas tout de suite mixer avec les talibans. Vous n'êtes pas prêts. Ça va vous prendre une période d'adaptation. » Il nous avait envoyé dans le nord, à Shawalikot, pour commencer à se mettre à l'aise avec les températures, l'environnement. – Oui, le contexte opérationnel. – Le contexte opérationnel, exactement. Et puis, à un moment donné, on revient, on revient à la Faubourg Wilson. J'étais à la Faubourg Wilson dans ce temps-là, dans le district de Zary. Et puis là, le jour est finalement, le jour J est finalement tombé, qu'on devait faire notre première opération, puis aller commencer à « disrupt » en français, à déranger les talibans, si on peut dire. Puis notre première grosse opération de compagnie. Fait que là, on sort de là le 22 août au matin. On reçoit nos ordres le 21. On est crainqués.
SPEAKER_02C'est vrai que c'était tôt dans le tour. On l'oublie.
SPEAKER_01Ben oui, c'était le premier mois. C'était le baptême. C'était le baptême de feu de plusieurs, plusieurs personnes. Le matin, on est là, on est crainqués. Et puis là, on embarque dans nos laves et on s'en va reprendre Gondégar. Moi, quand j'étais arrivé en tour, il y avait écrit sur les laves Gondégar sucks. Les Anglais avaient écrit ça. Moi, je comprenais pas. Je savais pas c'était quoi Gondégar. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Ça
SPEAKER_02doit être un go en quelque part pas
SPEAKER_01fin. Ça a l'air que ça soque. OK, let's go. C'est là qu'on s'en va. On part le premier matin. Le premier indicateur de bataille qu'on a vu, qu'on avait appris aussi en montant en puissance, c'est les civils qui se sauvent. Quand tu arrives et que les civils se sauvent, il y a des chances que tu tombes sous contact. Ça se peut que l'école soit fermée. Là, ça commence et puis tout ça. Juste une question
SPEAKER_02pour toi. Oui, vas-y. T'as eu l'entraînement, tu te l'es fait dire, les signes sont là. Comment tu te sens? T'es-tu genre je suis prêt, c'est le temps ou ben what the fuck? Intouchable. Intouchable. Il était craqué. Je suis dans mon lard. Parce qu'il y a deux façons ou trois de se sentir. Absolument. Je veux m'en aller, je veux tout péter ou ben
SPEAKER_01je suis pas sûr. Ouais, exactement. Fait que toi, c'était go. Mais là, le jeune chef veilleux, il en veut naturellement. Puis je me je me sens intouchable, je suis dans mon lave, ça avance, ça va bien, les contacts se suivent. En contrôle de tes moyens. Je suis en contrôle de mes moyens, oui. Absolument. Fait que là, on arrive jusqu'à temps qu'on prenne la fameuse montagne, parce que « gare », ça veut dire montagne, la gonne des gares. Et puis là, par un contexte quelconque, le premier véhicule qui va monter sur la colline se trouve être un Tango, c'est un blindé. Et puis par la suite, il y a deux ou trois véhicules, puis moi, je suis l'autre dans le... Je suis quatrième dans l'ordre de match pour monter en haut, mais la montagne, elle n'a pas encore été clairée. C'est ça qu'on a vu, les
SPEAKER_02histoires qu'on entendait. Il y a-tu... Pas de la pression, mais il fallait
SPEAKER_01que ça aille. C'est un peu ça qui est arrivé. Ça pressait. La journée avait été longue. La journée avait été longue, puis on voulait avoir un support aussi. Les véhicules se devaient d'être sur le top de la montagne pour pouvoir sécuriser les soldats qui étaient démontés. Il y avait un plus tactique, mais ça pressait d'être là. Donc, à partir de là, il faut que ça bouge, il faut que ça bouge, il faut que ça bouge. Et puis, c'est là qu'avec mon véhicule, en montant sur Gundegaard, sur le flanc ouest, c'est là que j'ai roulé sur un ID. Donc, c'est là que mon véhicule a explosé sur un ID, entre moi et mon chauffeur. Donc, juste à mes pieds, à moi. Il y a une play pressure qu'il appelait, avec un cooking set rempli
SPEAKER_02d'explosifs. Oui, ça fait un job sur
SPEAKER_01un lavageur. fait le job. Ça a été la première expérience. À partir de là, mon véhicule explose. Le temps que la poussière retombe et que je me rende compte de ce qui s'est passé et d'accesser ce qui vient de se produire, le fog of war. C'est ça qui est arrivé. Je viens de sauter. Tout le monde est correct. Mon chauffeur ne répondait plus. Il faut que j'aille voir le chauffeur. Quand tu rouvres le hatch du chauffeur, parce que je parle du chef d'équipage, quand j'ai mis la main, ça n'a pas Je me suis dit, s'il vous plaît. Il était là, Kevin. Je le prends dans mes bras. J'étais content de le voir. On a été chanceux. Comme des bons 22, on rit. On s'allume une smoke, une
SPEAKER_02bonne
SPEAKER_01pinte. Il n'y a rien comme un peu d'humour noir. L'humour noir a été prouvé à toutes les guerres ou presque. On a du fun. On se tape dans le mythe. Mais là, notre la vie est naisse. Je ne suis plus capable. La tourelle ne bouge pas. On vient de sauter. J'envoie mes rapports. Je fais toutes mes affaires. La guerre doit continuer. Là, il y a le 2-9 Bravo, qui est notre capitaine de bataille avec l'adjudant-maître et le chef médical. Donc lui, à partir de là, il a commencé à monter, mais le major, je ne sais pas pour quelle raison, qu'est-ce qui s'est passé vraiment dans le centre de commandement à partir de là. Mettons que j'en avais plein mes culottes dans mon lave. Le véhicule a redescendu, puis en redescendant, c'est là qu'il a roulé sur une mine, mais il a roulé du reculon.
SPEAKER_02C'est ça
SPEAKER_01qui a pogné le derrière. Exactement. La plaque a été qui était déclenchée par la deuxième roue du lave, mais la charge explosive était au niveau des troupes en arrière. C'est les deux sentinelles en arrière qui ont pris la majorité de l'explosion. Les top covers. Exactement. Moi, je suis en haut. Mon véhicule est NS. Je viens juste de sauter. Je suis encore blanc comme un drap. Tu es en train
SPEAKER_02d'essayer de
SPEAKER_01repogner ce qui se passe. Exactement. Je regarde en bas. Je suis aux premières loges, comme on disait, malheureusement. Boum! Il y a un autre lave qui saute. Quand ça saute, vous connaissez la poussière, le sable d'Afghanistan. De la farine. De la farine. On ne voit rien. Là, tu te demandes, c'est qui c'est quel troc, c'est quoi qui se passe. La poussière retombe, puis là, tu vois l'étendue des
SPEAKER_00dégâts.
SPEAKER_01Fait que là, c'est là que c'est arrivé avec l'adjudant-maître Mario Mercier, avec notre chef médical Conan, Christian Duchesne, exactement, merci. Et puis il y avait un interprète aussi. Donc là, je vais vous faire l'économie de la description de la scène. Et puis, ben là, c'est toute la poutine qui commence. Donc là, l'adjudant du deuxième peloton de 2-2, qui était Dana Royer dans le temps, c'est lui qui step over, parce que là, c'est l'adjudant-maître et le chef puis on a un masquage à faire. Donc là, toute la poutine se met en... Toute la procédure se met en marche. Et puis, tout ça pour dire que la guerre continue, la guerre continue. Et puis là, à un moment donné, ça l'arrête parce que le soir, eux autres, ils arrêtaient parce qu'ils savaient, les talibans, qu'on avait l'avantage à cause de la technologie, tous les
SPEAKER_00outils. C'était
SPEAKER_01clair. Il n'y avait pas d'avantage à nous essayer la nuit, en fait. Donc là, au calme, je suis là, je suis couché sur mon banc de lave qui est explosé. parce que je suis encore là de watch. Je ne veux pas. Et puis là, les deux hatches sont ouverts en arrière. Les deux hatches sont ouverts en arrière. Là, je regarde dans le ciel. Puis là, je me dis, wow! Là, je pense à ça 30 secondes. C'est notre première opération. Ça fait un mois que je suis déployé. Il en reste six. Il en reste six. Même que c'était des neuf mois. Oui, c'est ça. Il en reste peu importe. Puis là, ils nous ont atteints. Ils ont atteint la bête en plein cœur. Les deux premiers véhicules qui ont sauté, c'est lui du major, puis c'est lui de l'adjudant-maître. Puis les deux premiers morts, c'est l'adjudant-maître, puis c'est le chef médical. Si il y a des gars que tu t'attends à ce qu'ils ne soient pas touchés, c'est bien eux
SPEAKER_02autres. Je pense en plus que l'adjudant-maître est vraiment apprécié dans la compagnie.
SPEAKER_01Absolument. C'est un père de famille. Première opération, puis il nous arrive
SPEAKER_02ça. C'est tout qu'un baptême de feu. J'ai hâte de lire les livres d'histoire de guerre et de bataille dans une vingtaine d'années. D'après moi, en fait, bataille de feu, vous équivalez à bien des histoires du passé que les gars ont eues.
SPEAKER_01Absolument. C'est relationnel à tous. On vit ça à notre façon. Ça a ses propres définitions selon notre analyse à nous. Mais tout ça pour dire que c'est là que ça a commencé. C'est quoi Quoi qu'il s'est
SPEAKER_02perdu, il y a eu une différence au sein de la compagnie du jour au lendemain avec cet incident-là. C'est sûr que le groupe d'ordre qu'il y a eu après, il y avait de quoi déteindre. Serais-tu capable de mettre ton doigt sur qu'est-ce que ça a balayé dans la compagnie, cette aventure-là, ces deux décès-là, cette claque d'en face-là,
SPEAKER_01jour 1? Il y a eu deux côtés à ça, deux aspects à ça. D'un côté, tu te sens comme une famille qui a perdu son père. Donc, l'encre de la compagnie n'y est plus. Lui qui nous a donné des conseils pendant les trois dernières années. C'était mon supérieur immédiat quand même en étant chef des armes. C'est l'adjudant-maître, je le côtoyais à tous les jours. Donc, on a perdu ce côté-là, le côté paternel, le côté parental un peu de la compagnie parce que l'adjudant-maître est toujours là. L'adjudant-maître, sa job, c'est de s'occuper des gars. Le major, lui, c'est plus de nous motiver à aller. On connaît le rôle des officiers et des sous-officiers. On avait perdu cette partie-là. Mais de l'autre côté, il est Ce
SPEAKER_02n'était pas question qu'on abandonne. C'est ça. Tu étais craqué le matin quand c'était la journée de l'opération. L'étais-tu
SPEAKER_01encore plus après? Non. Ou ça avait descendu? Oui, ça avait descendu. Parce que là, je savais que j'étais vulnérable. Là, tu le réalisais. Là, je le réalisais que j'étais atteignable. Oui. Pour prendre une... Pas une description, mais plutôt se faire une image de ça, la pyramide de Maslow. Je ne sais pas si vous connaissez la pyramide de Maslow. C'est là que j'ai eu ma première fente dans la pyramide de Maslow.
SPEAKER_02Tu t'es dit, je vais me concentrer sur la première étage pour les prochains
SPEAKER_01six mois. Exactement. Respirer, manger, dormir. C'est là que j'en étais. J'étais sûr que j'allais y passer. Il nous avait atteints en plein cœur dès la première opération. J'étais convaincu que j'allais y passer. Ça frappait le moral. Ça frappait le moral, mais de l'autre côté, comme je vous le disais, comme deuxième aspect, on les en devait une. Pas de la hargne, pas de la mauvaise hargne, mais il n'y était pas pour leur mémoire au gars qu'on avait perdu. Il n'était pas question qu'on s'écrase et qu'on reste tranquille le reste du tour. Oui, ce n'est pas 22. Si vous nous avez fait ça, à partir de là, vous allez vivre. C'est game on. Absolument, c'est game on. Sauf que là, moi, je sais que je suis vulnérable. La game est on, mais un petit peu plus de doute, plus de doute, plus de frein.
SPEAKER_02C'est après ces incidents-là que tu te rends compte pourquoi quand tu fais les take-over, les rotations puis le hand-over. Les Anglais, ils n'aiment plus ça sortir à la fin de l'euto. Il faut aller te monter le secteur. Ils sont comme « Ah, Chris, il faut y retourner. » Mais tu le comprends. Eux autres, ils venaient de se
SPEAKER_01faire le six mois d'avant. Oui, absolument.
SPEAKER_02Puis, tu sais, comment ça se passe le reste du tour? Parce que ça a été... Ça n'a pas slacké.
SPEAKER_01Non,
SPEAKER_02du tout. Au contraire, ça a juste été... Ça a comme été le début de non-stop jusqu'en avril,
SPEAKER_01mars-avril. Oui, ça a été non-stop jusqu'en, on va dire, décembre.
SPEAKER_02Oui, c'est sûr. Après ça, c'est... vert, c'est un petit peu
SPEAKER_01plus... — Oui, exactement, non-stop. Beaucoup de contacts, beaucoup d'échanges avec les talibans, mais rien de majeur, parce que c'est rendu le fun à le dire, rien de majeur. Après avoir vécu ça lors de notre première opération, ben là, tu sais, je veux dire, tu peux pas avoir de quoi de pire. Il nous est pas arrivé rien de pire que ça dans le
SPEAKER_02tour. — Oui, c'est ça. C'était comme déjà le pays qui pouvait...
SPEAKER_01— Oui, exactement. On a été, dès le début, on a été bien, comme on parlait du baptême de feu, mais par la suite, les talibans essayaient de rentrer dans la ville de Kandahar, par le nord. On les repoussait. Ça a été une partie d'échec. Exactement. Une partie d'échec. On les a courus après. Beaucoup d'ID. Beaucoup d'idées,
SPEAKER_02beaucoup de contacts. T'as-tu, avec le recul, est-ce que t'aurais peut-être voulu professionnellement être dans une section d'infanterie? Parce que t'as goûté aux deux. T'as redéployé, on en parlera. Est-ce que personnellement, tu te retrouvais plus dans une position avec 2-9 TAC, avec des responsabilités reliées à ça? Ou toi, t'aurais ta section, ta gang, puis ta job de fantassin, prendre l'objectif,
SPEAKER_01puis tout? D'un côté, il y a encore deux côtés à ça. Le premier côté, je te disais, j'adorais avoir l'information à un niveau... supérieure, si on peut dire.
SPEAKER_02C'est le fun
SPEAKER_01d'écouter les messages. T'es au courant de tout. T'es au courant de tout. Je savais qu'est-ce qu'il allait se passer d'avance. J'étais toujours sur les airs. J'avais vraiment l'information. T'étais plus feedé tout le temps. J'étais plus feedé. J'avais pas de désinformation qui coulait jusque dans les sections. Je savais c'était quoi les objectifs des missions aussi. Parce que j'entendais le colonel Gauthier débriefer le major Abboud live. Fait que je comprenais c'était quoi les intentions.
SPEAKER_02Ça se rend pas dans les labs de ça. Il
SPEAKER_01ne se rend pas dans les laves. Parce que les intentions, c'est toujours le tout-up, le niveau supérieur. Moi, je l'avais directement de gautier. Donc, ce côté-là, j'adorais ça. Je le savais. Puis en même temps, ça me permettait de voir la guerre d'un côté plus large aussi. Tridimensionnel un peu avec les maps. Un
SPEAKER_02grand encore junior, ce qui n'est pas négligeable. C'est ça. Une exposition comme ça, à ce niveau de commandement-là, dans ce contexte opérationnel-là, assez exceptionnel
SPEAKER_01quand même. Absolument. Très belle expérience. Très, très belle expérience. J'ai acquis beaucoup de connaissances économiques. C'est incroyable l'expérience que tu as prise en si peu de temps. Absolument, absolument. Mais de l'autre côté, je n'avais pas le brotherhood des gars dans la section où est-ce qu'on est plus badass. Je ne l'avais pas ça, mais je l'avais avec mes gars, avec les snipers, puis il y avait tous les gars qui étaient utilisés comme détachement d'armes. Mais c'est ça, ce n'était pas vraiment... On n'est plus serré au PC, la compagnie, naturellement. Il y a moins de place à l'erreur.
SPEAKER_02Là, tu sais, le tour, on fait la retour à Cane d'Or. J'imagine qu'en bon militaire qui revient de Cane d'Or, il n'y a rien qui réapparaît à la surface tout de suite. Ça doit continuer le pied dans la panne pendant une couple d'années, les cours, les ici, les ça, puis on fait comme si on avait été faire une petite tâche de quelques mois. Exactement. C'est hot pareil parce que on a souvent des patterns qui se ressemblent de tout le monde, mais en même temps, je pense que c'est médicalement reconnu que les affaires qui brassent si intensément, ça prend des années
SPEAKER_01à faire le ménage là-dedans. Oui, exactement. Et puis là, je reviens, comme tu dis, mais là, je suis encore... J'ai une dizaine d'années d'armée. Je suis rendu sergent. L'Afghanistan est loin d'être fini.
SPEAKER_02C'est pas le temps de ralentir. D'un point de vue professionnel, 10 ans d'armée de sergent, c'est comme
SPEAKER_01go. Je suis en plein dans l'apogée de ma carrière. J'arrive d'Afghanistan, j'ai les connaissances. On sait déjà que la roto du 2e 22, la roto 9, va partir.
SPEAKER_02On te parle probablement de plan de
SPEAKER_01carrière à plus long terme. Plan de carrière. T'étais-tu motivé à repartir? Ben oui. Oui? Oui. Aussi difficile à comprendre que ça puisse paraître, oui, j'étais motivé à repartir. Absolument. Mais là, je suis allé à l'école entre mes deux tours. Oui, c'est ça que j'ai vu. Oui, je suis allé donner des cours de PP1, des cours d'infanterie de base. Puis ça, j'adorais ça. Tout le temps que j'ai passé dans les écoles, j'ai adoré ça. C'est la job la plus... C'est l'emploi la plus concrète que j'ai fait, mis à part mes... Fait que là, t'enlèves un stéréotype de 22. Comment ça? Tu vas à l'école en revenant. Je vais enlever d'autres tantôt aussi. Je vais enlever quelques-uns
SPEAKER_02aussi. Mais est-ce que tu trouvais que c'était un bon timing de t'envoyer
SPEAKER_01instruire des jeunes en revenant d'un tour? Oui, absolument. Parce que ces jeunes-là, ces jeunes soldats-là, qu'on pourrait dire, étaient prédestinés à être envoyés directement en Afghanistan. Ils s'en allaient là en ligne droite. Puis moi, je revenais de là. Donc à partir de là, encore une fois, j'étais sur mon X. Le jeune sergent, je suis allé à l'école. Il y a un aura C'est occupé,
SPEAKER_02mais au moins tu
SPEAKER_01as un horaire. C'est occupé, mais je ne suis pas sur un tempo opérationnel. Et puis, je transmets mes savoirs. Je transmets mes connaissances. J'adore ça. J'ai fait ça un an à l'école. J'en ai donné deux ou trois. J'ai adoré mon expérience.
SPEAKER_02Un an, c'est quand même assez court. Il y avait des besoins au
SPEAKER_01bataillon. Les valves étaient ouvertes.
SPEAKER_02C'est ça. On fait des anecdotes d'un invité à l'autre, mais ceux qui nous écoutent qu'ils réalisent peut-être moins. Valcartier, s'ils font trois tours en cinq ans, c'est pas trois batchs différentes de monde. Le noyau à 70 % est le même, tout le temps les mêmes gars, c'est juste qu'ils se rattachent du monde, mais le corps de Valcartier, c'est tout le temps le même monde qui déploie, puis ça
SPEAKER_01use les gars en tabarouette. – Absolument, oui, ça l'use. –
SPEAKER_02Fait que là, il y avait des besoins opérationnels au bataillon, ça faisait un an que t'étais là, ils ont dit « L'Astor qui a été full
SPEAKER_01reposé. » – Exactement, mais ça a été sur une base parfaitement volontaire. L'adjudant-chef de l'école réuni tout son staff au complet, tous ses employés NCO, en fait, les sous-officiers. Et puis, il demande bien ouvertement, le premier 22 va être déployé de nouveau en Afghanistan, 2010 à 10. Est-ce que vous êtes volontaire
UNKNOWN?
SPEAKER_01Puis la majorité des gars qui étaient avec moi, on avait tous été 7 à 7 ensemble. C'était parfaitement volontaire. Puis le sergent Veilleux, parfaitement volontairement,
SPEAKER_02a levé sa main. C'est correct. Écoute, professionnellement, t'es
SPEAKER_01enfant. Je suis dans le milieu de ma carrière. C'était l'apogée de ma carrière. Je me disais, pourquoi pas? Qu'est-ce que je vais faire? Sinon, je vais aller dans un bataillon que tout le monde est déployé, puis je vais attendre que... Non, non, non. Mais c'est
SPEAKER_02enivrant aussi, l'Afghanistan. C'est dur à expliquer, mais c'est enivrant. Quand tu donnais des PPA à des jeunes, puis là, toi, tu repartais... Il
SPEAKER_01y a des jeunes que j'ai donné le PP1 qui étaient dans ma section d'infanterie. Imagine-toi à quel point j'avais l'intérêt de bien les entraîner. Parce que je savais qu'après la graduation, ces petits bonhommes-là... Ils allaient te checker ton ciseur. Tu comprends? Tout est dans tout, dans la vie. Imagine-toi comment mon travail était concret au maximum.
SPEAKER_02C'est un retour direct sur l'investissement
SPEAKER_01instantané. C'est une façon financière de dire ça. C'était
SPEAKER_02le meilleur placement de ta vie. Exactement. Comme on disait, tu disais que c'était une drogue. C'était sexy, l'Afghanistan, dans ces années-là. Il ne faut pas l'oublier. Là, on a du recul. Les bobos sont sortis. On a comme tout passé à d'autres choses. Mais 2007, 2008, c'était ça. C'était central. C'était comme... Les générales Helieux venaient juste d'être notre CDS. Tout le monde était comme... C'est vrai que c'était...
SPEAKER_01C'était le vrai conservateur, en fait. C'était Harper qui était là. Helieux a été tout qu'un
SPEAKER_02CDS dans ces années-là. Je ne sais pas exactement où, mais c'était dans ce coin-là. À cette époque-là, j'avais refait fait UT à l'université, puis j'étais parti débattre, mais je serais retourné en 2009, je pense, parce que c'était comme la vibe,
SPEAKER_01c'était let's go. Absolument, on n'était plus une armée administrative maintenant, on était devenu une armée de guerriers. Tu sais, quand on a commencé à Kaboul, dans le nord, puis quand on a décidé de prendre le takeover à Kandahar, dans le sud, là, j'enlève absolument rien à ce qui s'est passé en Bosnie, en Croatie, puis tout, mais tu sais, là, on était vraiment devenu une armée de guerriers,
SPEAKER_02en fait. Oui, oui, les gars
SPEAKER_01étaient à la guerre, dans une zone de combat. Ce qui était sexy là-dedans aussi, c'est qu'on était complètement sorti de la guerre conventionnelle. Tu sais, dans les tranchées, je dirais pas que c'est le fun, mais je veux dire, ça a sa limite. Ça a sa limite d'exploitation. Tandis que là, tu te promènes dans les villages, tu commandes les troupes, c'est complètement différent.
SPEAKER_02C'est un environnement complexe. qu'il y a tellement de facteurs à prendre en considération pour opérer que c'est vrai que c'était du jamais vu en tout cas. Je ne sais pas si on va le revoir, mais c'était du jamais vu définitivement. C'était quoi, mettons, d'un point de vue d'infanterie, la grosse différence entre 2007-2010? Ça a brassé 2010 aussi, tu en parleras, tu as une sacrée histoire personnelle qui le démontre, ça a brassé, ça n'a pas été facile, mais comment tu résumerais
SPEAKER_01ça? En 2007, on était un outil comparative à une masse. Donc, quand on sortait, on sortait 25, 30, 40 trucks. C'était des équipes de combo au minimum. C'était des équipes de combo complètes. Donc, on partait, on allait faire nos missions, on restait sur le terrain et on bâtissait un « strong point », un point fort de contrôle. À partir de là, on instaurait l'ANA, qui était mentorée par des Canadiens. Et puis là, ça nous mettait un pied à terre. Donc, on rayonnait de cette façon-là. Gros hit, une semaine, on reste un peu là, on creuse les tranchées, on reste là, on construit un stronghold avec les ingénieurs, et puis par la suite, on se retire. En 2010, là, ils ont sorti le « coin ». Ils ont ressorti les lignes du Vietnam. Où est-ce que tu es en contre-insurrection? Donc, tu dois vivre avec le villageois afin de gagner son cœur et son esprit. Mind and heart. Ils vous
SPEAKER_02ont intégré.
SPEAKER_01Ils nous ont intégré. Donc là, j'habitais dans une maison de peloton. Donc, j'étais en plein milieu de Penjaoui. Tout le monde connaît la corde de Penjaoui. Et puis, j'étais... Qu'est-ce qu'on faisait? C'est qu'on arrivait sur place. Les maisons étaient déjà préparées. Mais les gens, ils achetaient les maisons. Donc, on déportait, si on peut dire, les Afghans civils qui habitaient là. Et puis, on prenait des compounds, des garages avec plusieurs maisons où est-ce qu'il y avait trois ou quatre familles afghanes qui habitaient. Donc, on l'achetait. Puis nous, on le fortifiait. Donc, la section 1 prenait la... la maison de la famille untel. On s'installait comme ça en peloton, mais on était au centre des villages.
SPEAKER_02C'était reçu comment par la population? Très mal. C'est ça. Très, très mal. Comme des intrus qui venaient. Comme des intrus. Le clash culturel. Le clash culturel. Imagine-toi, Phil, quelqu'un arrivait chez vous et il voulait bâtir un
SPEAKER_01compound. Premièrement, il te met dehors de ta maison. Tout le monde se connaît là-bas. Toutes les familles se connaissent. La famille untel s'est faite tirer dehors et c'est les Canadiens qui sont là. Quand on arrivait, en plus, ce n'était pas vraiment des bonnes nouvelles parce qu'on initiait les contacts.
SPEAKER_02C'est parce qu'ils savent que vous êtes comme
SPEAKER_01des... Ça attirait l'attention. Exactement. Je ne rejette pas tout le blâme sur la contre-insurrection. Ça a des bienfaits aussi. Mais qu'est-ce que ça faisait? À partir de là, pour revenir au contraire de la rotation en 2007, c'est que là, au lieu de sortir 25-30 véhicules blindés sans soldats, là, on sort, on est 10. On est 10 soldats, on sort à tous les jours. – Démontés. – Démontés. Donc, il y a trois patrouilles qui se font environ par jour. Deux de jour, une de
SPEAKER_02nuit. Au niveau de Platon?
SPEAKER_01Au niveau de Platon. Donc là, le but, c'est de rayonner. Donc, on sort, puis on se promène. Fait qu'on rayonne autour de notre maison de Platon pour premièrement assurer notre protection. Connaître le quartier. Se faire des contacts, puis essayer de savoir, puis des choses comme ça. Donc, quand nous, on rayonne, les talibans, ils sortent de la zone. Mais quand on a fini de rayonner dans notre patrouille, et les talibans reviennent. C'est un jeu de contre-insurrection qui est dur.
SPEAKER_02C'est le chat
SPEAKER_01et la souris. C'est le chat et la souris, exactement. Beaucoup d'Aïdi. énormément d'ID, parce qu'eux autres, ils le savaient. On a beau dire qu'il ne faut jamais prendre la même route, les patterns et tout, mais là, dans le village, je dois me faire voir dans le village pour assurer la sécurité des gens. Donc, c'est sûr que l'entrée du village, il y a des chances que j'y repasse.
SPEAKER_02As-tu connu la frustration, puis c'était avec d'autres fantassins, avec des Anglais que j'avais connu ça quand j'étais officier, mais il y en a un qui parlait qu'il l'avait bien sur le cœur d'un village comme ça. Même contexte que tu parles, on passait souvent, puis à un moment donné, on est rentrés d'une trail. Il n'y a pas un civil qui nous avertit d'avance. Ils savent ce qui se passe dans le village. Ils ont pété sur un ID démonté. Il avait bien sur le cœur que tout le monde avait juste fait en le sachant où ils s'en vont. As-tu ce sentiment-là que peut-être qu'ils vous souhaitaient qu'il arrive quelque chose comme ça ou en tout cas qu'ils ne vous auraient pas prévenu?
SPEAKER_01Absolument. On n'a pas de coopération. C'est tout à fait normal. Avec un pas de recul. Tout à fait. Qui a plus de pression sur ces villageois-là? Est-ce que c'est les talibans qui vont rester là à tout jamais, ou c'est nous qui allons venir et ressortir aussi vite que nous sommes venus. Puis
SPEAKER_02on n'est pas les premiers à rentrer.
SPEAKER_01Puis on n'est pas les premiers, exactement. Donc, est-ce que je peux les en vouloir? Probablement pas, mais dans le moment... On aurait fait pareil si on avait eu les places.
SPEAKER_02On aurait
SPEAKER_01fait pareil. Probablement. On aurait fait pareil. On aurait été une très bonne
SPEAKER_02résistance. C'est ça. Moi, je t'écoute, puis je suis un jeune fantassin. Hugo, tu me donnes le goût de rentrer dans les forces. Tu me donnes quasiment le goût de rentrer en infanterie. Sans joke, pour vendre le Le métier de fantassin, tu le vends vraiment très bien parce que tu me donnerais le goût de rentrer comme fantassin. Ça paraît que tu as travaillé au niveau de commandement parce que tu comprends le conflit, les mouvements. Ça paraît que tu as eu la tête là-dedans bien plus que d'autres au niveau de compréhension du conflit. C'est le fun, en tout cas. Un beau rayonnement pour l'infanterie. Ben oui, disons le même. C'est excellent, merci. Mais là, il faut que tu nous rencontres parce que toi, rencontrer la femme de ta vie, tu n'as pas décidé de faire ça comme tout le monde. Ben non. Donc, on est justement... Dans la maison de peloton en Afghanistan, raconte-nous ça parce que pour de vrai, j'ai jamais
SPEAKER_01entendu ça. T'es pas le seul qui l'a jamais entendu. Je suis assez refermé sur ces histoires-là. Bref, on est à notre maison de peloton dans le milieu de la corn à Penjoui. Et puis à partir de là, on rayonne puis on rayonne. Là, je reviens de mes vacances HLTA. J'ai pas encore une fois le terme francophone de ça. Et puis, plus qu'on se rend compte, on est dans la saison de batailles, le fight season. Et puis là, il commence à se rapprocher, puis à se rapprocher, puis à se rapprocher. Puis là, il y a des ID qui sont à 500-600 mètres de la... On appelle ça une coupe, la maison de Platon. Donc, à partir de là, on décide d'aller porter un grand coup. Il faut qu'on le démontre que ça ne se terminera pas comme ça, puis qu'on ne se fera pas piler comme ça dans le visage, si on peut dire. Je me suis assis avec mon lieutenant et puis là, on a décidé, on a ouvert les maps avec toutes les Intel qu'on avait, toute l'intelligence qu'on avait. Et puis, on a identifié un point qui était probablement un point fort ou un strong point des talibans. Donc, on a déterminé qu'il y avait un Easting, un Easting 2-8, naturellement, que je m'en souviens. Quand on traversait ça, automatiquement, les gars tombaient sous contact. Donc, on en a déduit qu'il y avait probablement un CC là-bas. Un Command and Control, un CC de tiers, probablement. Une cage d'armes. Il y a quelque chose là qu'ils ne veulent pas qu'on aille fouiller, certainement, parce que dès qu'on traverse le listing 2-8, on tombe sous contact. – Fait que là, en bon fantassin, vous êtes allé vous promener au listing 2-8. – Exactement. Fait que là, c'est ça, on s'est dit pour notre protection et puis pour les choses qui peuvent arriver. Fait qu'on voulait les repousser, en fait. C'est le principe du rayonnement dans la contre-insurrection. Donc là, on part, on se fait une mission. Mon lieutenant et moi, on est deux patrouilles satellites. Donc, il y a ma section 2-2 Alpha, puis il y a la section 2-2 Bravo qui partent en patrouille satellite. Donc, on prend des bons ensemble au travail. vers des villages. Et puis, on part le matin. Et puis, la maison qu'on navigue, on avance dans tout ça avec tous les murets et tout ce que vous imaginez.
SPEAKER_02Je me permets juste une pause. Les gens qui ne connaissent pas l'infanterie, ce n'est pas 200 personnes que vous êtes présentement. Il y en a 10 qui surveillent la maison et il
SPEAKER_01y en a 20 à terre sur le terrain. C'est à peu près ça, une vingtaine. Exactement. Nous autres, on était 10 de mon côté avec mon interprète. Et puis, de l'autre côté, je pense qu'il était
SPEAKER_0212. C'est ça. Une vingtaine de personnes à pied d'un village afghan en
SPEAKER_01terrain hostile. J'étais à 3 km kilomètres de ma maison de Platon.
SPEAKER_02C'est trois kilomètres, l'O.D. c'est loin.
SPEAKER_01L'O.D. avec de l'eau et tout, puis on sait que c'est une patrouille qui va durer toute la journée. C'est ça. Mais dans le meilleur des mondes, on est revenu à midi, puis tout va
SPEAKER_02bien. Comme dans Black
SPEAKER_01Oxygène, avez-vous
SPEAKER_02amené vos plaques
SPEAKER_01de dos? Oui, j'avais mes plaques de dos, mais je n'irais pas jusqu'à cette comparaison-là, par contre. Mais tout ça étant que, c'est ça, on le sait qu'il y a des risques qui nous arrivent quelque chose, mais on ne savait pas à quel point, en fait. On ne savait pas à quel point que le point était fort sur les stings de 8. Donc, le matin, on on part à l'aube, on est loadé en eau, en amour, on est prêt, on y va. Donc là, on navigue, on passe au travers de 2, 3, 4 villages. Une rivière aussi, je veux dire. On arrive à notre objectif, mais on est déjà quasiment à 50 % en drop d'énergie. C'est tout à fait normal aussi. Et puis là, j'arrive avec ma section et puis là, c'est le temps de s'installer autour du point qu'on voulait fouiller. Donc, on soupçonnait que c'était une cage d'armes, en fait, ou un QG taliban ou un CP, peu importe. Donc, pour le prendre, je devais, en tant que commandant, c'était une sécurité autour de la maison, autour du
SPEAKER_02commandant.
SPEAKER_01Un genre de cordon discret. C'est un cordon intérieur, en fait, que je voulais instaurer. Donc, je place mon monde. Je place mes premières C9 à l'ouest. Je place mes deuxièmes C9. Je place tout mon monde. Puis, la dernière personne que je place, c'est un soldat dans ma section. Et puis, elle était spécialisée en TCCC. C'était ma médic. C'était une infanterie. Oui. je l'avais spécialisé durant mon temps en puissance comme médic. Fait que là, c'est la dernière personne que je place et puis moi, je fais des va-et-vient. OK? Parce que j'ai caché ma gang dans un ditch, excusez-moi encore une fois. Et puis là, je sors, je sors ma scène neuf et je les place. Quand je viens pour prendre mon dernier soldat puis le sortir, je suis dans une intersection. Je suis dans un village, là. Je suis dans une intersection puis nous autres, les commandants, on avait des antennes à cause des radios qu'on avait. On avait beau les replier puis tout, mais c'était une façon de nous identifier. Ah oui. Donc, à partir de là, quand je suis venu pour prendre mon dernier soldat et aller le positionner sur ma sécurité, c'est là que l'embuscade a éclaté. Donc, c'est là que, franc ouest, je me suis fait engager. Et puis, la burst, la rafale de balles, c'était une RPK, en fait. Passant entre les jambes... C'est le C6, ça? Oui, c'est le C6, mais... Oui, oui, exactement. Je ne suis pas... Oui, c'est une C6, une mitrailleuse. Une mitrailleuse polyvalente. C'est une mitrailleuse polyvalente que les talibans utilisaient. Donc là, la première rafale me passe entre les jambes, puis elle atteint le soldat qui est derrière moi. Fait que là, premier contact, premier contact de cette embuscade, de cette journée-là. Fait que là, j'ai un soldat qui est à terre dans le killing zone, directement dans la... C'est ça, vous
SPEAKER_02êtes dans quelle zone
SPEAKER_01présentement? Oui, je suis dans quelle zone? Il faut sortir de là. Oui, puis on est juste moi et elle. Oui, puis elle est blessée. Puis elle est blessée, elle a une balle dans la jambe. Moi, par instinct, je m'en vais me cacher en bas de mon muret. Là, ça se fait en réfraction de seconde. Puis l'avantage ou le désavantage d'un embuscade, c'est qu'il y a un deuxième point de où est-ce que tu vas recevoir le feu ennemi. C'est ça le principe d'un embuscade. Moi, je me cache en arrière de mon muret pour me protéger de mon ouest, mais le deuxième point d'un embuscade embarque. Là, c'est toujours moi qui vise. C'est encore l'antenne, toi, là? J'ai pas eu le temps d'enlever mon antenne. Là, c'est fait. J'ai pas eu le temps d'enlever mon antenne. Fait que là, les balles commencent à ricocher sur mon mur. Mais là, ça me frôle l'épaule. Puis à chaque impact de balle, j'en reçois de la terre. Dans la bouche, dans les mètres. Puis là, je le vois qui me zérote. Ah oui. Fait que là, c'était une fraction de seconde. Je me dis, ouais. Je meurs ici ou je me lève puis je me bats. C'est là que ça s'est fait naturellement ou de par l'entraînement. Oui. Dieu seul sait quoi. Je me lève et je commence à arroser un peu à gauche et à droite pour essayer de me sortir de ce pétrin-là.
SPEAKER_02Juste dans une couple de secondes, le recul.
SPEAKER_01Oui, exactement. Je saute au côté du muret. À partir de là, prends le temps d'assesser ce qui vient de se passer. Tout est comme au ralenti, le fog of war. Ah oui, puis t'as un soldat blessé. Là, c'est ça que j'assesse. Je vois mon chef qui prend mon soldat blessé, l'amène. OK, ça, c'est correct. Puis là, il faut que je reste focus parce que le commandant de section doit gagner l'échange de feu. Puis le chef, sa job, lui, c'est d'évacuer les blessés. C'est ça, nos jobs. C'est comme ça qu'on s'entraîne depuis que je suis dans les forces. OK, là, on se fait tirer, mais ça ne se laque pas. Puis là, il faut gagner l'échange de feu. Fait que c'est là que j'ai ordonné à une de mes C9 d'ouvrir vers le sud. Fait que là, il dit, ouais, mais je les vois pas. Que tu les vois ou que tu les vois
SPEAKER_00pas. Chill! Ouais, faut que tu rouvres ça
SPEAKER_01vers le sud. C'est ça qui va nous protéger pis c'est ça qui va nous permettre de gagner l'échange de feu, qui va nous donner du temps de se réorganiser. Surtout de sortir le soldat qui est dans le killing zone. Surtout
SPEAKER_02vous
SPEAKER_01donner une pointe de tarte qui est safe pour vous reculer dedans. Exactement, exactement. Donc là, ma C9 ouvre. Là, le les gens commencent à reprendre leurs esprits. Le soldat qui est atteint est avec mon chef, couché dans le ditch. Le chef est couché par-dessus pour la protéger. Ça siffle, ça siffle, ça siffle. On finit par gagner l'échange de feu, en fait, avec l'ennemi. Et puis, par la suite, la poutine embarque. Donc là, c'est le nine-liner. Parce que la priorité, dans le temps, l'effort principal des forces, c'était la protection de la force, en fait, qu'on appelait. Donc, dès qu'on a un blessé, c'est la priorité. Il faut l'évacuer et puis on ne voulait plus de mort, en fait. Donc là, la procédure de nine-liner, les neuf lignes pour l'évacuation médicale, aéroportée, tout ça commence, il faut aller sécuriser. Mais ça, c'est toute la job de mon chef. C'est mon chef qui fait ça, il va sécuriser un point. – Tu peux t'occuper
SPEAKER_02avec l'abattoir, présentement.
SPEAKER_01– Moi, je t'occupe avec l'abattoir. En tant que commandant de section, moi, c'est de gagner le feu. Et puis, à partir de là, c'est ça, toute la procédure s'est faite. Et puis, par la suite, on a dû faire un BDA, un Battle Damage Assessment. pour aller voir qu'est-ce qui s'est vraiment passé, puis essayer de retirer des leçons apprises de quelle façon. Et puis, naturellement, en allant faire le bidier, bien là, on s'est fait... Il y a eu un autre contact. Là, on commençait à manquer d'eau. On était un soldat en moins. On était à 3 km de notre cop.
SPEAKER_02Ça a commencé à être une journée qui
SPEAKER_01va pas bien. Oui, là, il est midi demi. Il fait 60. On a un soldat down. Le chopper a fini par venir. L'extraction médicale a lieu. Mais tu sais, tout ça devient en 30 minutes, 45 minutes. C'est quand même assez long. Ce qui paraît interminable. Ce qui paraît interminable, absolument, parce que l'autre, c'est ça, est atteinte par balle. Donc, moi, je suis là, je suis un peu inquiet pour mon soldat. La mission première d'un commandant de section, en tout cas pour moi, selon mes valeurs, c'est de rapporter tout le
SPEAKER_00monde.
SPEAKER_01C'était ça en 2007, et puis j'étais content, je l'ai faite, j'étais du bois. Et puis en 2010, c'était la même mission que j'avais. Donc, je suis un peu inquiet là, mais ça finit par évacuer, les choses se font, dans une très bonne procédure, mais là, on est à 3 km de notre Maison Platon, puis il faut retourner. Le monde est claqué. On a presque plus d'eau. Nous autres, on le sait. Puis les talibans aussi le savent. Ils ont un masque de temps pour vous gosser
SPEAKER_02sur trois kilomètres.
SPEAKER_01Les autres sont chez eux. Ils sont morts de rire. Les autres sont pleins d'eau, pleins d'amour. Ils savent, ils peuvent venir nous hitter comme ils veulent. Donc là, le retour se fait. Muray, parmi eux, c'est sûr et certain qu'on ne peut pas prendre la route. C'est
SPEAKER_02quasiment du peel-back après peel-back. C'est quasiment du rétro-combat.
SPEAKER_01C'est un rétro-combat. On peel-back, mais pas intensément. Quand même, il faut se dire. Mais de section en section, on prend le pas tranquillement, pas vite. Puis là, il n'est pas question qu'on prenne les routes parce que tout le monde sait qu'il y a eu un contact là. Ça doit être épuisant. Tout le monde le sait. Fait que tous les talibans, ils ont eu le temps de tous se regrouper. Ils ont eu le temps de mettre ce qu'ils veulent sur les routes. Il y a eu du temps pour se préparer. On est un peu coincés là, en fait. Ça fait que là, on passe au travers des murets, au travers des champs, on se fait engager. Mais là, une chance qu'on avait la FOB Spurwangar. Eux autres, naturellement, tout le monde était au courant de ce qui se passait. On avait une évacuation médicale. Ça fait qu'ils avaient mis des snipers sur le top. Et puis eux autres, à partir de là, ils pouvaient nous aider, ils pouvaient nous guider. Et puis, ce train va loin, on a fini par revenir tranquillement, tranquillement à la maison, complètement exténué, avec une autre expérience
SPEAKER_02en poche. Puis ce solde-là, blessé C'est
SPEAKER_01devenu qui? T'en parleras plus tard. C'est ça que les gens veulent savoir finalement. Finalement, c'était une fille que j'avais entraînée pour être ma TCCC. Et puis, veux, veux pas, par la suite, je me suis informé de son état. Puis on a développé une certaine relation. Comment ça va? Comment t'as pris ça? Elle a eu une balle. C'est une intensité qui est impossible à recréer. Exactement. C'est une intensité qui est impossible à recréer, mis à part entre moi et elle. Ça, c'est quelque chose que je ne peux pas avoir avec personne d'autre. Le tour continue à avancer. Elle reste en tour. Elle revient sur la maison de Platon parce que c'est elle qui voulait. Elle était volontaire pour ça. On commence à se parler. Comment ça va? Comment tu vois ça? As-tu eu peur? Il se développe quelque chose. On revient au Canada. La relation continue, continue, continue. En dehors des forces, on se rend compte que
SPEAKER_00finalement,
SPEAKER_01on s'entend bien. On s'entend bien, moi et toi. En plus, on On a un contact, moi et elle. On a une proximité. Dans n'importe quel moment, encore aujourd'hui, quand on se regarde, on n'a pas besoin de se parler. Je le sais et qu'elle le sait.
SPEAKER_02Vous vous êtes vus. C'est ça qui fait l'amitié militaire tellement spéciale. C'est qu'on est chum avec du monde qu'on connaît d'une façon que personne d'autre ne les connaît. Tu ne peux pas te cacher. Tu ne peux pas être une fausse personne dans l'armée parce que tu as trop de proximité avec tout le monde. Tu vas être découvert.
SPEAKER_01Un bon exemple, en plus, c'est nous autres. Je t'ai rencontré à l'université quand j'ai su que tu étais artillat et que tu avais l'Afghanistan. automatiquement, ça connecte avec ces gens-là.
SPEAKER_02C'est là qu'on s'est croisés. Phil savait qu'il rencontrait beaucoup de monde à l'université. Ça fait comme pas mal d'années qu'il est à
SPEAKER_01l'université. Je suis tout le temps à l'école. Tout ça pour dire que ça développe une proximité. Je rencontre quelqu'un n'importe où, dans un centre d'achat ou peu importe, dans une réunion sportive, puis quand je sais qu'il est allé en Afghanistan, même si je ne l'ai jamais vu de ma vie, il y a quelque chose qui se connecte. J'ai ça, mais avec ma femme, qui est devenue
SPEAKER_02ma
SPEAKER_01femme. Le temps nous donne raison, parce Parce que j'ai entendu plein de choses. Ça ne marchera pas. C'est des affaires d'Afghanistan. C'était trop intense. C'était une embuscade. Les émotions m'ont redescendu. Je les ai toutes entendues. Mais le temps nous donne raison.
SPEAKER_02C'est encore ma femme. Je suis marié avec. J'ai deux enfants. Ça fait quoi, 15 ans? Ça fait 15 ans. C'est hot. Félicitations. C'est complètement malade. Merci beaucoup. C'est cool. Félicitations. Rencontrer sa femme blessée par balle dans ta section quand tu étais son commandant de section. Votre première journée ensemble, votre date
SPEAKER_01officielle, c'est... Non, c'est pas le 18 mai. Parce que l'embuscade a été le 18 mai. Non, je ne peux pas te dire ça. On peut Moi et
SPEAKER_02ta mère, on s'est rencontrés
SPEAKER_01le 18 mai. C'est un running gag en famille. Maintenant, c'est un running gag, mais il y a eu un processus pour que ça devienne un running
SPEAKER_02gag. On en parlera rendu là, mais ça a été intense dans la
SPEAKER_01maison. On revient à la maison. Là, je suis au mois de mai. L'embuscade a eu lieu le 18 mai 2011. Là, on revient à la maison de Platon. Et puis là, on apprend que le Canada se désengage complètement de l'Afghanistan. On est la dernière roto. Et puis, la maison où est-ce qu'on est présentement, il n'y a personne qui va la prendre. Ni les Américains, ni personne.
SPEAKER_02Ça enlève-tu le goût d'aller risquer sa
SPEAKER_01vie dehors, ça? Oui. C'est ça, c'est la réponse intelligente. Je viens de me faire prendre en embuscade, où est-ce que j'ai passé à ça, de mourir, puis qu'il y a quelqu'un qui s'est pris une balle dans ma gang. Puis là, ma mission, c'est de sortir puis de rayonner. Quand je le sais, c'est dans deux mois, il n'y aura plus jamais aucun militaire qui va prendre ma place. On faisait des patrouilles, on se promenait, on allait s'installer. Mais j'ai jamais re-risqué ma vie dans une mission que je croyais terminée. Je pense que c'est la bonne décision. Sans enlever à personne, je voyais pas le plus-value d'aller risquer ma vie et la vie de mes... d'hommes, si on peut dire, là-dedans, en sachant très bien qu'est-ce qui allait se produire.
SPEAKER_02Est-ce que tu avais le sentiment que c'était peut-être ce qui était attendu sans que ce soit officiel? Il y avait-tu un peu, les boys, il reste deux mois, faites pas
SPEAKER_01les caves? Non, les officiers professionnels, comme ils le sont tous,
SPEAKER_02il y
SPEAKER_01en a qui en voulaient jusqu'à la fin, et puis il y en a qui voyaient que ça pouvait être un très gros désavantage de les laisser se rapprocher continuellement de nos maisons de peloton et que ça pouvait nous menacer. Mais l'environnement, je le connaissais. Ça fait 18 mois. J'ai deux tours en Afghanistan. Je le sais qu'ils ne viendront pas planter un Heidi dans ma sortie au pied de mon lit. Quand même. Ça rayonnait, mais ça rayonnait un petit peu moins
SPEAKER_02fort. Je pense que l'approche de ne pas risquer pour rien était l'approche humaine, intelligente à prendre.
SPEAKER_01Absolument. Le but ultime, c'est de
SPEAKER_02ramener tout le monde. Le tour est fini. Tu reviens vers le quartier. Puis là, c'est là que, géographiquement, on te sort de Québec. Oui, exactement. Parce que là, tu es rendu un signe de CEO, puis là, j'imagine que tu es encore dans le beat. On continue, parce que c'est ma carrière, puis ça va bien. Est-ce que tu commences, à ce moment-là, à sentir une fatigue professionnelle? Parce que tu es dans le sweet spot. Tu es de trois déploiements, tu es signé un CEO, tu as un sacré bagage opérationnel. C'est comment que ça se passe à ce
SPEAKER_01moment-là? Oui, absolument. C'est là que ça a été ma première brèche professionnelle, si on peut dire. vis-à-vis ma carrière. De remettre le BFE sur mon arme a été très difficile. Très, très, très difficile. Je comprends ce que tu veux dire. Moi, quand je suis revenu, on était la dernière rotation, comme je l'ai dit. Le Canada se retirait. Donc, l'armée était revenue à une armée de guerre conventionnelle. J'étais pas encore redéployé au Canada que les gars des autres bataillons avaient déjà recommencé à faire des guerres de tranchées. Le terme qu'ils utilisaient, parce qu'ils devaient pas à d'autres choses aussi. C'est comprenable, ça devait passer à d'autres choses, mais ce qu'il disait, c'est que là, l'Afghanistan, c'est fini. Vos belles années de sexy, high-ready, gonné d'un village, terminé. On ne veut plus en entendre parler, à cette heure, vous faites de la tranchée. Fait que là, je suis revenu, puis je suis tombé dans ce mode-là.
SPEAKER_02Comme tu dis, il n'y avait pas le choix, mais je pense qu'ils ont descendu le rideau trop vite sur notre génération de l'Afghanistan, peut-être.
SPEAKER_01Peut-être. Mais dans nos côtés, on n'avait plus de contre-insurrection. Non. Comment tu gères ça? Il n'y a pas d'autre façon. Il fallait que le rideau tombe. Il a tombé drastique. À partir de là, j'ai recommencé. Je n'aime pas ce terme-là, mais c'est un terme que j'utilise. Je recommençais à faire semblant. Ça a été extrêmement difficile. J'étais plus capable de jouer la game. De motiver les gars avec qui je travaillais de s'attendre à la prochaine attaque qui allait arriver, mais c'est moi qui gérais l'ennemi. L'ennemi était couché dans la tente à côté de moi, c'est moi qui le gérais. Mais moi, je faisais le tour de mes tranchées et je disais, les boys, lâchez pas. À moins 30, on est en guerre hivernale, ça se peut qu'on se fasse attaquer. C'est important notre position. Je ne le croyais
SPEAKER_02plus, vraiment. C'est dur dans ce temps-là. C'est dur, tu n'y crois plus.
SPEAKER_01C'est
SPEAKER_02très, très dur. Quand ça va bien, c'est exigeant. Quand ça ne te tente plus, c'est insupportable.
SPEAKER_01Exactement. On avait été au top. Sérieusement, commander une section en Afghanistan, c'est le top. C'était ce retour-là,
SPEAKER_02l'Afghanistan 2007, dans la même mesure que, comme on a déjà mentionné, il n'y a personne qui est revenu pareil. On a tous laissé quelque chose là-bas, peu importe quoi. Je pense qu'en même temps, ça a, à quelques nuances près, été un summum dans la carrière de tous ceux qui ont participé à ça. Absolument, c'est l'apogée d'une carrière militaire. On est choyé, d'un point de vue professionnel, d'avoir connu un contexte de guerre où toutes les armes étaient utilisées, tout le monde les 22 voulaient leur artillerie, les blindés, c'était sécurisant quand les Léopards... Je veux dire, tout ça, je pense que c'est un privilège professionnel qu'on
SPEAKER_01a eu. Sans diminuer ce qui s'est passé avant dans l'armée, de 70 à 90. Ça a été difficile. Oui, mais c'était ça, l'armée. Quand je suis rentré dans l'armée, je n'étais pas supposé... Oui, j'étais supposé être déployé, mais je veux dire, il n'y avait pas de guerre qui s'était produite. Les chances que je me fasse tirer dessus étaient quand même minimes, mais j'étais quand même dans l'armée.
SPEAKER_02Ce qui est dommage, et puis on a eu Danissé qui est venu, puis de nos collègues artilleurs qui ont connu l'Allemagne, la fin de l'Allemagne, puis les premières Bosnie, comme ton frère, ça a été dommage pour eux, parce qu'ils ont comme un peu été les guinépigues, de déployer des contextes opérationnels dangereux, mal équipés, de s'adapter. On a comme appris des erreurs des années 90 en Bosnie, puis là, nous autres en Afghanistan, on l'a repris, je pense, avec une approche peut-être un peu plus choyée, je te dirais, au point de vue du support de la population canadienne, puis de l'équipement qu'on a eu, puis tout l'élan qui est venu avec
SPEAKER_01ça. Ça a été le l'apogée. Les conservateurs avec Harper, ça a été l'apogée des Forces armées canadiennes. C'était les investissements. L'objectif, c'était l'Afghanistan. On s'entraîne, on reçoit des sous, on reçoit des budgets, les armes, tout était là pour
SPEAKER_02ça. Moi, les années que j'ai été à Valcartier, ça a été les quelques années où Valcartier a été le plus enligné dans la même direction de tout le monde. C'était un train, c'était en ligne. C'était là, Valcartier. C'était quelque chose. Fallait être là. Fallait être là. C'est vrai pareil. Là, t'es à Gage Town, Oui. Tu fais des tâches d'école d'infanterie. Ta vie à ce moment-là, comment tu gères ça? Parce que tu sais, tu as changé de province, tu commences à être usé professionnel. Là, tu le vois, ça commence à craquer un peu. Oui,
SPEAKER_01absolument.
SPEAKER_02La suite, c'est quoi pour
SPEAKER_01toi? La première étape, c'est que j'ai été en échange, en fait, à Gage Storm. J'ai été en échange avec le Tour CR.
SPEAKER_02Ah oui, c'est vrai, vous faites ça,
SPEAKER_01vous autres. Exactement, on fait ça pour promulguer les carrières
SPEAKER_02ou
SPEAKER_01peu importe. Donc, j'étais en échange avec le Tour. Ce
SPEAKER_02n'est pas pour ça, c'est pour que vous voyez c'est quoi des calottes blanches et des calottes vertes
SPEAKER_01Sinon, vous ne les voyez pas avant le quartier. Vous envoyez à Gage Town pour voir nos collègues. Exactement. Je suis en échange avec le 2RCR. Il y a beaucoup de pression, naturellement. Je suis un des premiers 22, sinon le premier avec Mike Beaulieu qui avait été posté en même temps que moi au deuxième RCR. Beaucoup de pression de représenter le régiment. Je sens que la fatigue commence à se faire sentir. Clairement. Par la suite, je suis posté à l'école. Je suis retourné à l'école donner des cours à l'école de Gage Town. Je donnais des forces 3 qui appelait dans le temps. Donc, tous les officiers réservistes et réguliers au sein du Canada au complet doivent passer par ce cours-là.
SPEAKER_02Moi, d'après moi, c'est un des cours les plus durs du Canada. Non, c'est le... Le force 3, c'est le cours d'officier d'infanterie démonté. Je pense que c'est un des cours au Canada les plus durs. Enlève les forces spéciales,
SPEAKER_01les affaires... Mis à part les cours de spécialisation, les cours de carrière, pour un cours de carrière, ça avec le 6B, le cours d'adjudant d'infanterie, c'est sans c'est sensiblement pareil.
SPEAKER_02Moi, j'ai connu Pierre Gosselin. Oui, absolument. J'ai donné des cours avec Pierre. Moi, je l'ai connu à l'université. Je l'ai croisé à l'école. Il était caporal 22. Lui, il a fait sa phase d'officier. Il a tout fait de ses phases, mais il avait été caporal 22 en 2007 d'un patrouille. C'était un solide. Il est rendu lieutenant-colonel. Salut, Pierre, d'ailleurs, s'il nous écoute. Il performait très bien, mais je pense que sa phase 3, il a trouvé ça exigeant aussi.
SPEAKER_01Oui, c'est un bon test. C'est un bon test pour les jeunes futurs officiers du Canada. J'adorais ça. Encore une fois, je reviens transmettre mes connaissances. Et puis, le contexte de l'école, j'adore ça. C'est très concret comme travail.
SPEAKER_02Tu
SPEAKER_01t'es retrouvé là. Exactement. Je suis là. Je suis comme adjudant rendu là. Donc là, je suis content. Je suis à l'école. Mais là, toute bonne chose a une fin. Il faut que je revienne à Québec. Donc, après quatre ans, je suis muté de retour au premier 22. Donc là, je suis CEQ. Donc, je suis en charge du quartier maître, si qu'on peut dire de la compagnie. C'est
SPEAKER_02de la job, c'est pas des positions
SPEAKER_01tranquilles. C'est des positions seniors, en fait. Et puis là, c'est vraiment là que j'atteins le retour au bataillon. J'ai trouvé ça le retour au bataillon différent. différents de l'Afghanistan, différents des écoles, dans la mesure où est-ce que les gens ne poussent pas pour tout le même objectif. C'est là qu'on pousse vraiment pour nos platons. Donc, au lieu de centrer l'énergie vers un objectif principal, l'objectif est décentralisé. Donc là, les gars se retournent vers le platon. Ils priorisent leur entraînement. Ils priorisent leur équipement. Je te donne un exemple comme ça. Je suis CQ à la compagnie d'appui tactique. Et puis, il y a des gars qui se préparent pour aller en Iran allait faire des convois en Irak. Moi, j'ai besoin d'MNVG. On a besoin de CFTPO, des MNVG.
SPEAKER_02C'est quoi ton
SPEAKER_01MNVG? Ah, les NVG. Excuse-moi, les NVG, oui. Donc là, je me retourne vers mes platons. Je demande, les gars, on va avoir besoin de ça. Les gars sont en train de s'entraîner. Les gars, ils ne veulent pas, carrément, ils ne veulent pas prêter leur équipement, avec leurs raisons aussi qui sont valables. Mais tu sais, des petites choses, même des batailles pour les ressources matérielles et humaines qui ne sont pas orienté vers l'objectif de la mission, ça passait pas non plus. Tout ça, en plus de faire semblant avec mon BFE.
SPEAKER_02— Ouais, pis c'est ça, tu devais te rendre en plus à un stade que toutes ces petites batailles internes-là de paperasse, de courriel, de... — C'est énergivore. — C'est énergivore, pis tu devais plus l'avoir. — T'étais un gars qui travaille en équipe, qui aime ça, t'sais, la cohésion, pis là, t'arrivais, pis
SPEAKER_01là, c'était... — Exactement. Là, je reconnais plus la cohésion militaire dans laquelle je m'étais entraîné, pis dans laquelle j'avais été déployé. Je le reconnais plus, je me reconnais plus. — Ouais. Donc, pour la première fois de ma carrière, tantôt, je vous disais que j'étais sur mon X, j'étais sur mon X, j'étais sur mon X. Là, je ne l'étais plus. En plus, il y avait les fractures aussi qu'on avait parlé, les prises de conscience de ce qui m'était arrivé. Et puis, ça m'a rattrapé aussi. C'est ça, le recul. Le recul en barque. Parce qu'en plus, depuis me sentir sur mon X, j'ai des... J'ai des sentiments.
SPEAKER_02Tu commences à être moins patient dans les lignes d'attente à
SPEAKER_01l'épicerie. Oui, en gros. Des feux de circulation. C'était particulièrement à l'ouvrage. Tu t'en trouves ta crise de carte de crédit? Non, c'était pas tant avec ça. Moi, c'était plus à l'ouvrage. L'incompétence et puis les choses qui n'avaient aucun sens. Ma carrière a été basée autour du concret. Les écoles, l'Afghanistan, c'était concret. Puis là, d'entendre des choses-là entre les officiers, entre les sous-officiers, j'étais juste plus capable. Ça vient dur quand ça fait plus de sens. Ça vient dur quand ça fait plus de sens, puis ça fait dur quand tu ne crois plus à ça. Donc, à partir de là, puis en plus, j'avais aussi un certain... J'avais quelque chose de plus, c'était à la maison. Parce que veut, veut pas, on est les deux. On est mariés, j'ai déjà mes deux enfants, je suis revenu. Mon fils est né à Gage Town, d'ailleurs. Moi aussi, mon fils est né à Gage Town. Absolument, absolument. Là, ma femme, ça file plus ou moins bien. Elle aussi, elle a... Est-ce qu'elle a continué de son bord dans l'infanterie? Oui, absolument. Elle a changé de métier pour être logistique. Mais tu sais, ça s'en va pas, ça. Puis c'est sûr que ça l'a l'air cogné un jour à notre porte. Tout à fait. Donc, à partir de là, je crois de moins en moins. Et puis, qu'est-ce qui arrive avec le post-traumatique? C'est qu'il y a des choses qui nous déclenchent. Il y a des triggers qui nous déclenchent. Quand on n'est pas déclenché, on est correct. On survit, on navigue dans tout ça. Mais là, nous autres, on était deux. Donc, Quand ce n'est pas elle qui me startait, c'est moi qui la startait. C'est un homme dynamique, ça. On était dans un cercle infernal. En fait, là... Fait que là, j'ai décidé que là, c'était assez. Enough is enough. Je vais commencer par soigner qu'est-ce que j'ai besoin de soigner. Et puis, je vais aller rencontrer des spécialistes pour m'aider là-dedans. C'est le move courageux à faire, pas évident à faire. C'est pas évident à faire. Exactement. C'est pas évident à faire. T'es beaucoup susceptible au jugement des autres. Gros veilleux. « Ah, il était allé en Afghanistan. Ah oui, il était supposé être. Ah oui. » Tu te dis tout ça. C'est toutes des phrases qui te retournent. Mais non, absolument pas. Moi, c'était ma priorité étant ma santé mentale, physique, et puis ma famille.
SPEAKER_02On est bien reçus dans les services de santé mentale, dans les forces, je veux dire. C'est tellement
SPEAKER_01plus que c'était. Ben oui, absolument. C'est un autre stéréotype, ça. C'est ça, tout à fait. Ben oui, absolument. Puis ça donne bien parce qu'on est ici un peu pour essayer de les briser. C'est ça, des briser. La transition peut se faire et doit se faire, puis ça se fait en toute fluidité, en fait, quand tu participes pleinement. Quand tu participes pleinement. Ça, c'est comme n'importe quoi. Si tu participes pas puis tu joues pas, ça fonctionnera pas. Si tu veux t'enfermer dans ton
SPEAKER_02garage avec Facebook puis une prescription de cannabis puis fermer la porte pendant trois ans, libre à toi, mais ça se peut que tu bois du noir pendant longtemps. C'est pas la même fois que guérir.
SPEAKER_01Non, exactement. Fait que là, je lève le flag, je me demande d'être
SPEAKER_02posté. Puis tu décides de commencer à prendre soin
SPEAKER_01de toi et de ta famille. Oui. Exactement. Fait que là, je me fais poster à la citadelle, petit poste tablette, puis finalement, non, je ne crois plus à rien. C'est terminé pour moi. On va au centre de transition. Je commence les rencontres avec le travailleur social. Tout ça pour débuter une thérapie. Le EMDR. C'est quoi ça? C'est une thérapie qui a été quand même assez utilisée, prouvée. Il y en a qui parlent beaucoup d'hypnose. OK. C'est carrément un mouvement des yeux avec une... Tu te dis une phrase, en fait, parce qu'on prend des événements qui sont arrivés, les événements traumatiques. J'ai pas besoin de vous dire que le 22 août, quand j'ai sauté sur mon ID... Ah, t'avais le choix, là. Oui, j'avais le choix. Mais celui-là est en étant un. Oui, exactement. Lui, c'est en étant un. Et puis là, tu suis le crayon du psychologue avec tes yeux, toujours en répétant la phrase que vous avez travaillée ensemble. Puis là, tu passes à l'événement. Puis là, ça te fait revenir plein de sensations, plein d'émotions. Et puis, des fois, ça fonctionne. Des fois, ça fonctionne pas. Mais à partir de là, l'important, c'est que tu banalises qu'est-ce qui t'est arrivé.
SPEAKER_02Ce serait comme pour te désensibiliser...
SPEAKER_01Pour te désensibiliser. C'est pour un désendoctrinement, en fait. Ça te désensibilise. Puis tu le fais à plusieurs fois. Répétitif.
SPEAKER_02Ça doit être sur une longue période
SPEAKER_01d'attente. Un an et demi. C'est ça. C'est de la job. Oui. C'est l'ouvrage. Ça doit être
SPEAKER_02drainant,
SPEAKER_01ça. C'est drainant. Ça te start. Ça me déclenchait à toutes
SPEAKER_02les
SPEAKER_01fois.
SPEAKER_02Oui, oui, oui. C'est... Comment je dirais ça? Ceux qui n'ont pas vécu ce genre d'affaires-là, ça fait des retours à la maison puis des soirées aussi difficiles. difficile, j'imagine, dans ta vie personnelle. Parce que là, t'es tout chamboulé, tout tordu, t'arrives chez vous. Avec les enfants. Les enfants, eux autres, ils savent pas, pis ils ont
SPEAKER_01pas à vivre ça. Pis c'est pas de leur faute. Pis non, faut pas que tu te fasses ça, non. Pis c'est ma femme. Pis si je reviens pis j'y compte ça, qu'est-ce que tu penses qu'il se passe? Je leur déclenche. Tu vois le cercle un peu vicieux dans lequel nous étions. Pis tu veux pas tout garder pour toi. Non plus. Fait que là, tu
SPEAKER_02veux parler avec elle de ce que t'as vécu. Obligé d'aller prendre une bière avec le chien
SPEAKER_01dehors. Ouais, moi, est-ce que... j'avais eu un chien. Mais veux, veux pas, c'est là qu'on pratique ensemble. J'y en dis un peu, elle m'en dit un peu, on s'en dit, puis tu vois qu'il y a quelque chose qui se build up, puis il y a quelque chose qui se travaille de bien.
SPEAKER_02Entre nous
SPEAKER_01deux. Dans ma thérapie. Sérieusement, c'est une bonne chose que j'aie fait ça. Et puis, comme je dis souvent aux gens que je côtoie, je la souhaiterais quasiment à tout le monde qui sort des forces. Absolument. Même à des gens civils. villes qui ont travaillé dans les civils. Je veux dire, juste faire le point sur ta vie, sur les événements traumatisants. On a tous vécu des événements traumatisants. T'es pas obligé d'être fait tirer dessus pour que ça soit traumatisant. Des pertes d'emploi, des enfants malades. Je veux dire, on a tous nos lots de... Pour de
SPEAKER_02vrai, je pense que tout le monde, si on a de l'expérience en santé mentale, au niveau personnel, n'importe qui, passé 40 ans, peut trouver beaucoup de bien à aller s'asseoir avec quelqu'un, faire du ménage. Exactement comme tu viens de le dire. Peu importe le cheminement, je pense que la vie est assez difficile en soi.
SPEAKER_01Exactement. Donc là, je travaille très fort sur ma condition mentale et physique. Aussi, j'ai fait des programmes de réadaptation. Et puis, j'ai épousé pleinement ma transition. Oui, c'est adroit dans ce cas-là. Oui, absolument. C'est quoi ta
SPEAKER_02transition? Qu'est-ce que tu décides? Comment tu le décides? Qu'est-ce qui
SPEAKER_01t'allume? Moi, je suis beaucoup au retour à la base. J'ai beaucoup mes bases, mes valeurs de base. Donc, en sortant, il y a un programme de bénévolat qui existe. OK. Fait que là, j'en profite et puis j'ai posé ma candidature pour être entraîneur au football au séminaire
SPEAKER_02Saint-François. C'est vrai, t'as joué au football
SPEAKER_01quand t'étais jeune. J'ai joué au football toute ma vie, fait qu'on ramène ça à la case départ, mais vrai...
SPEAKER_02Pendant que t'étais là, vous aviez une sacrée saison de
SPEAKER_01fou. On a eu une sacrée saison, on a gagné en fait, on a gagné le championnat juvénile des 1. Le bol d'or. Exactement, le bol d'or, exactement. Très fier de ça. Beau contact, ça représentait beaucoup l'école et puis la la relation que j'ai avec les adolescents, les jeunes adultes, si on peut dire. Donc, je me suis beaucoup épanoui au travers de ça, puis j'adorais le football. Là, je l'adore encore aussi. Ça fait que j'ai ramené ça à la base. Là, ça a été mon premier pas que j'ai fait hors militaire.
SPEAKER_02Petite question pour toi, parce que je me rappelle, on avait parlé de ça, puis moi aussi, j'ai joué au football au secondaire, puis tu m'avais dit que ça l'a beaucoup changé. C'est plus là... « Va mettre ton casque dans le trafic!
SPEAKER_01» Je m'imagine que ça a évolué sur toi aussi. Il y a eu beaucoup d'études vis-à-vis les commotions cérébrales.
SPEAKER_02C'est quoi, en gros, le football des années 90 et le football des jeunes, en quelques mots? En
SPEAKER_01quelques mots, moi, quand je faisais un plaqué en 1990, mon front devait être dans son estomac, dans son chest. Le casque dans le numéro. Le casque dans le numéro. Oui. Maintenant, on apprend aux jeunes d'enlever la tête du contact. Donc, au lieu de viser la pointe du ballon avec ton casque, ce qui fait, entre autres, que ta tête est dans le plaqué, bien là, il faut qu'il l'enlève. Il doit enlever la tête du plaqué. Donc, on est beaucoup plus protecteur face aux commotions cérébrales, ce qui est une très bonne chose. Les contacts commencent plus tard aussi. Comme là, j'ai mon fils qui va débuter, d'ailleurs, les préquents de cet été, tout jeune, en cinquième année. Et puis, il n'y a pas de contact. Oui, c'est ça. C'est
SPEAKER_02aux flags.
SPEAKER_01Exactement. Il les avait en football complètement avec l'équipement. Mais ils lui mettent une ceinture avec des flags. Ça, c'est quel âge, ça? Ça, c'est en cinquième année. C'est dix ans. Cinquième année, dix ans. Quand j'ai commencé à jouer en dix ans, c'est lui qui cassait le plus fort. On appelait ça faire des casques à casque. C'est lui qui avait le plus
SPEAKER_02de graphing. Quand t'es en plein développement, dix ans. Non, je pense pas que c'est bon. C'est ça qui fait des fantassins.
SPEAKER_01C'est ça qui fait des excellents fantassins.
SPEAKER_02Ça fait que ça, ça t'aide, t'es impliqué
SPEAKER_01avec les jeunes. Je suis impliqué avec les jeunes. Je me retrouve sur mon X. Je transmets mes connaissances. J'aime la vibe du vestiaire. C'est très fun. Je retrouve beaucoup aussi des affaires d'armée avant l'émission. Pas au même niveau, naturellement, mais quand même. Donc là, tout ça... parallèlement, je recommence mes
SPEAKER_02études. Oui, c'est ça. Puis tu n'es pas encore libéré. Tu es en transition. Tu es au centre de transition. Tu t'impliques bénévolement et tu te dis, je retourne à
SPEAKER_01l'école. Exactement. Bénévolement, j'ai du temps. Ça me prend quand même beaucoup de temps, le football, mais il me reste du temps. Et puis, j'ai toujours voulu aller à l'école. Parce qu'avant, si on backtrack au début de notre entrevue, je n'étais pas très axé sur l'école. Donc, j'ai mon secondaire 3. Ma fille naît en 2012. Je profite de mon parental pour finir mon secondaire 5. Donc, par la Ensuite, j'arrive à ma transition. J'ai mon secondaire 5. Je m'en vais au cégep de Limoilou. Parce que là, j'ai tous des beaux PR, des belles certifications militaires, mais tout ça, j'ai 42 ans. Je vais encore travailler. J'ai encore une vie. La transition fait juste débuter pour moi. Je sais que je vais avoir une deuxième carrière. Donc, je m'en vais dans un... Ils appellent ça les RAC, les reconnaissances des acquis de compétences au cégep de Limoilou. Je sors de là avec un AEC en gestion ressources humaines. Ça, Ça se fait bien. Ça se fait en trois mois. C'est le fun. J'aime ça. J'aime l'école. J'aime le beat d'école. Oui, c'est le fun. Je vais pour la grande shot et je rentre à l'université. Je vais rentrer à l'université, mais dans quoi? Quelque chose que je connais parce que je n'ai pas de cégep. Je n'ai pas le deck régulier. Je vais y aller en certificat en gestion ressources humaines. Je suis fort en gestion ressources humaines. On a fait beaucoup. Je fais un certificat en gestion ressources humaines. Ça me prend un an. J'adore ça. Tu l'as bien fait
UNKNOWN?
SPEAKER_01commencé. Il est terminé. Moi, j'ai terminé ça en 2022. Là, je sors des forces. Je suis complètement sorti, mais je suis sur le programme des études. Un excellent programme, d'ailleurs. Un
SPEAKER_02programme de réadaptation professionnelle.
SPEAKER_01Un programme de réadaptation professionnelle. C'est l'enveloppe de 80 000 que tout le monde parle communément appelée. Très, très bon programme, d'ailleurs. Là, je suis là. J'ai des études universitaires, mais il me manque encore un petit quelque chose. Développement professionnel, il me manque quelque chose. Puis là, je m'explique. Parce que là, ça va m'emmener au... choix de mon bac que j'ai fait. Fait que là, il me manque encore quelque chose. Donc, je me trouve pas complet comme humain. Donc, tu sais, je suis déployable. Je peux aller en Arctique. Je peux commander des troupes en Arctique. Je peux aller dans le désert. Je suis déployable à 24 heures avec mon sac à dos. Ça, c'est fait. Mais il m'en manque un peu côté intellectuellement, côté éducationnel, en fait, de l'éducation.
SPEAKER_02T'avais encore soif de
SPEAKER_01ça. J'avais encore soif de ça, oui, exactement. Laisser un peu le physique pour y aller beaucoup plus avec... Puis de nos côtés aussi, je voulais... Mon défi étant de... Parce que toute ma carrière, je me suis fait dire, ouais, 22, 25, puis là, ça nous amène au stéréotype. qu'on a nommé tantôt. Fait que là, je me disais, est-ce que je vaux vraiment ça? Fait que là, je me dis, qu'est-ce que je ferais bien pour me prouver à moi-même que je vaux plus que ça, en fait? Parce que c'est toujours moi contre moi. Oui, tout à fait. Absolument, dans la vie, c'est moi contre moi. On est notre pire critique. On est notre pire critique et notre meilleur challenge. Tu le fais pour toi. Oui, je le fais pour moi, exactement. Fait que là, je me dis, OK, dans l'armeux, il y a les connaissances, mais une mesure de compétence, et c'est aussi l'image. Tu sais, je veux dire, si tu t'en vas pour flanquer une position de taliban, ton lieutenant se présente, il a le casque tout croche, les lunettes tout croches, puis il échappe sa map trois fois dans le set d'ordre. Exactement. Tandis que la prestance de l'autre qui arrive, il est tête, il est drette, il dit « Ouais, ça va bien aller ». Mais est-ce que c'est vrai? On le sait pas. On le sait pas. L'attaque va être aussi bonne d'une façon. Là, dans la mesure que la prestance, l'image, la voix, ça compte pour beaucoup dans les forces. Énormément. mais je compte pour beaucoup. Fait que là, je me dis, comment que je ferais pour me faire évaluer à ma juste valeur sans que personne me voit, sans que personne m'entende, sans que personne sache je suis qui. Sans aucun biais. Exactement. Fait que la seule façon que j'ai trouvé de faire, c'était que les gens puissent m'évaluer, les professeurs, puissent m'évaluer selon ce que j'avais à écrire, selon mes idéologies, sur les idéologies de contexte politique. Les réflexions. par rapport à ce qui s'est passé en histoire. Des choses comme ça. Ce qui m'a emmené à faire un bac en histoire. C'est là qu'on s'est vu. Exactement. J'ai appliqué pour le bac en histoire. C'était complètement à l'opposé du fantassin. Je travaille complètement tout seul. Dans l'ombre la plus totale. Personne ne m'a jamais vu. Personne n'a jamais entendu ma voix.
SPEAKER_02Dans l'anonymat d'un des auditoriums de Deconinck, il y a 140 personnes là-dedans. C'était personne.
SPEAKER_01Tu n'existes pas. un fantôme, puis t'es évalué à ta pure... T'es complètement... Ouais, c'est ça. Y'a aucune chance qu'il sache qui est qui quand il reçoit ton papier. Non, exactement. Fait que c'était ça mon défi, en fait. C'était ça mon défi. Comment ça s'est passé? Ça s'est super bien passé. Beaucoup de travail. Beaucoup d'humilité. Les leçons d'humilité, ça fait toujours du bien. Qu'est-ce que tu veux dire? Humilité, ben là, tu sais, je me caltoie avec les gens, avec les jeunes professionnels qui ont de l'avance sur moi technologiquement par les moyens de réseau d'information. Je dois me tenir recurrent sur plein de choses. Je me rends compte aussi que mon écriture, c'est une écriture de gars qui a fait son université à 45 ans.
SPEAKER_02On est carré au
SPEAKER_01début. On est carré au début.
SPEAKER_02Tu reliras tes travaux de certificat dans 5-6 ans. Tu
SPEAKER_01vas brailler. Absolument,
SPEAKER_02on est carré. Mettons... Mais tu n'es pas carré dans la façon
SPEAKER_01dont tu parles. Tu exprimes très bien. Oui, je pense que j'ai... Merci beaucoup, c'est gentil. J'ai de l'expérience, en fait. Encore une fois, ça revient à la maturité et à l'expérience. Donc là, c'est ça. Puis en plus, je suis à ma dernière année de mon bac en histoire. Je vais terminer en décembre 2026. Et puis, en parlant d'humilité, justement, on fait des séminaires. Les trois derniers cours, c'est des séminaires. Donc, on doit étudier sur un projet quelconque. Comme là, présentement, je suis en train d'étudier sur le troisième mandat de Roosevelt, en 1940, qui avait été élu pour un troisième mandat. Naturellement, c'est relié avec Trump, avec tout ce qui se passe présentement. Donc, je fais mes recherches.
SPEAKER_02– Un
SPEAKER_01troisième mandat? – Oui. – Mais comment il avait fait ça? C'est contre la Constitution? – Il y en a eu quatre, en fait. Non, c'était pas contre la Constitution, parce que la Constitution n'était pas encore établie. C'était seulement une parole que Washington... – Il testait les sévères réponses. – Non, je suis curieux. – Hein? Quoi? – Oui, exactement. Je vais t'envoyer ma dissertation.
SPEAKER_00– Ah non, mais c'est ça. C'est pour ça que j'aime l'école, tu sais. Exactement, on
SPEAKER_01apprend toujours. Plus qu'on lit, plus qu'on découvre notre ignorance. À chaque livre que tu rouvres, tu dis... Je savais pas ça. Le séminaire nous apporte à faire beaucoup de lectures, naturellement, c'est une histoire. Donc, je lis une quinzaine de livres sur le sujet, spécifiquement sur le sujet, puis je vais produire une dissertation. Donc, c'est une quinzaine de pages, toutes avec les références et puis tout ce qui est un travail d'histoire, en fait. Par la suite, au séminaire, on s'assoit avec les jeunes étudiants autour de moi, parce que naturellement, je Je suis plus vieux. Et puis là, on met nos papiers là. Puis là, on s'évalue. On se juge. Une discussion. C'est un séminaire. Je pense que ça, tu n'as pas bien compris ça. Je pense que ça, ce n'est pas bien fait. Donc, c'est là que la leçon d'humilité apparaît. Et puis, ça fait du bien parce que c'est un développement professionnel. Tout à fait. Oui, absolument. C'est un énorme développement professionnel.
SPEAKER_02Moi, quand je suis arrivé au bac, moi, j'étais un membre du RAV. Le cheminement est différent, mais j'ai rencontré un jeune, Osbjorn. Ses deux parents étaient profs de l'université. C'était... Il est post-doc, lui. Ça veut dire qu'il a fait un doctorat, puis il a refait une spécialisation au doctorat. Le jeune, il avait 21 ans, je me sentais comme un homme des cavernes qui mangeait son poulet à cuisse à côté de lui. Il était exquis, intellectuellement parlant, à 21 ans. C'était hallucinant. C'est incroyable. L'humilité dans les domaines académiques.
SPEAKER_01Au-delà de ça, en plus, j'ai toujours vu l'école comme un gym. Quand tu veux être en shape et garder une bonne santé physique, tu vas au gymnase, tu fais des poids, tu fais de la course, tu fais du cardio. Moi, je vais à l'école et j'entraîne mon cerveau. Aujourd'hui, avec tous les problèmes de santé mentale qui existent, avec l'Alzheimer, qui est de plus en plus précoce, et puis tous les problèmes qu'on peut avoir, moi, j'essaie d'entraîner mon cerveau maintenant.
SPEAKER_02Moi, ce que j'aime, je ne sais pas si ça te fait ça, parce qu'on me taquine bien gros, parce que c'est vrai que je suis longtemps à l'école. J'aime ça. Moi aussi, j'adore ça. Quelqu'un peut acquérir les mêmes connaissances en lisant des livres. C'est tout disponible. Moi, ce que j'aime particulièrement de l'école, c'est que, un, tu te fais obliger, tu as comme une contrainte, puis il y a un cadre, tu te fais pointer dans dans des bonnes directions. Des profs te suggèrent, des auteurs te suggèrent. Puis les travaux qu'on te demande, tu es obligé de les faire si tu vas à l'école. Ça te force à approfondir certaines choses. J'aime beaucoup ça, ce contexte-là, parce que je pense que par moi-même, je n'aurais pas acquis autant de culture générale. Pas que ce n'est pas accessible, c'est juste que j'aurais mal été guidé ou je n'aurais pas dû mon temps, peut-être. Bref, parenthèse pour dire que c'est ce qui est intéressant, selon moi, les études supérieures.
SPEAKER_01Puis en plus, en histoire, parce qu'on fait des recherches scientifiques, donc ça me permet... de bien savoir m'informer dans un temps, ou est-ce que la désinformation est une cause? Je veux dire, c'est quelque chose aujourd'hui, la désinformation. Je pense que
SPEAKER_02ça va devenir un devoir des citoyens de plus en plus important d'apprendre à bien s'informer, puis ça prend un effort incroyable ces temps-ci. Oui, mais là, avec l'intelligence artificielle, on va dire que l'effort est en moins. Oui, ça va falloir faire
SPEAKER_01attention. Exactement.
SPEAKER_02Est-ce que ça t'a fait ça en histoire? Parce que nous autres, on a eu le cours Histoire du Canada au Québec Moi, en tout cas, j'ai tellement trouvé qu'ils n'enseignaient pas ça. C'est mieux qu'avant parce qu'ils prennent un gros volet des Autochtones, ce qu'on leur a fait. Le prof qu'on avait, il n'y avait pas de menterie. Ce n'est pas l'écho d'histoire que j'ai eu plus jeune. C'était beaucoup plus... On n'est pas aussi les gentils blancs qui viennent sauver. L'espèce de discours colonialiste. Ils ont vraiment shaké ça. J'ai trouvé que ça faisait du bien de de vraiment donner la place au peuple autochtone. Ça s'appelle un génocide qu'on a voulu leur faire. Les termes employés, c'était vraiment... J'ai trouvé ça
SPEAKER_01bien intéressant. Ce que j'ai découvert et ce que j'ai aimé le plus en histoire, c'est qu'il y a les deux côtés de la médaille, toujours. Et puis l'historien, un bon historien, va toujours rester nuancé. Il ne prendra pas un côté... Oui, on est toujours un peu penchant sur les côtés, mais il va décrire les faits tels qu'ils sont, sans jugement. Ça, j'ai adoré ça de mon parcours universitaire. Donc, ce que je crois que, qu'est-ce que ça m'a apporté, c'est de prendre une situation contextuelle, politique, ou peu importe, qu'est-ce qui est arrivé à des peuples, comme tu as parlé avec les Autochtones, de prendre la médaille de gauche et puis la médaille de droite, et puis mettre ça dans une balance, tout simplement, puis de rapporter les faits. Ça, j'adorais ça. C'est une belle façon de s'informer aussi.
SPEAKER_02Tout à fait. Ça allait te chercher.
SPEAKER_01J'étais sur mon X. Je suis sur mon X. Encore une fois, je suis revenu sur mon X, et puis c'est ça, je suis dans ma dernière année au bac en histoire. Je me retrouve avec un certificat en gestion des ressources humaines, avec un bac en histoire. Ma transition s'est passée vraiment à merveille.
SPEAKER_02C'est quoi tes projets? C'est quoi que tu es en tête de faire avec
SPEAKER_01ça? Je vais essayer d'aller
SPEAKER_02enseigner. J'ai toujours aimé
SPEAKER_01ça. J'ai toujours aimé l'enseignement, la relation de coaching au football, des cours que j'ai donnés dans l'armée à l'école à Gage Town à Québec. J'ai toujours aimé la relation apprentissage. J'aimerais ça me perfectionner en andragogie, ce qui se trouve être la pédagogie, mais au niveau des adultes. Exactement. Il existe un diplôme d'études supérieures spécialisé en andragogie. C'est une maîtrise courte de 30 crédits et qui permet de devenir professeur au cégep. Je trouve qu'au cégep, c'est une belle clientèle et je trouve que c'est nos futurs leaders. C'est là que tu vas rencontrer les jeunes adultes de 20, 21 les 19 même, et puis même plus jeunes que ça, en fait. C'est les jeunes adultes. Je trouve que c'est une belle opportunité de pouvoir les influencer un peu aussi. Mais c'est ça, les influencer, c'est pas péjoratif du
SPEAKER_02tout. Non, c'est leur donner ton spin.
SPEAKER_01Leur donner les connaissances, exactement, puis essayer de leur passer mon expérience sur comment je vois les choses avec mes valeurs à moi, puis avec mon expérience à
SPEAKER_02moi.
SPEAKER_01Ah, c'est bon, ça. T'es sorti en quelle année, tu
SPEAKER_02disais? Je suis sorti en 2021. 2021, fait que ça fait quand même bien 5
SPEAKER_01ans. Ça fait 5 ans que je suis sorti. Ça passe vite. Ça passe très
SPEAKER_02vite. C'est quoi ton moment de ta carrière que tu t'es dit, je pourrais faire ça le restant de ma carrière, je serais heureux ici. Y'a-tu un moment que t'as vraiment apprécié plus que les
SPEAKER_01autres? Oui, pis ça revient aux écoles. Les écoles. C'était probablement, je dirais à Gage Town. Quand je donnais mes phases 3. Ça là, c'était J'adorais ça. Tu travailles avec des gens qui veulent... qui veulent des connaissances, ils veulent être là, je veux dire. C'est plus que du volontarisme. Ils veulent vraiment être là, puis ils boivent tes paroles, puis ils savent que ces paroles-là, ils vont mettre ça à exécution, puis peut-être qu'un jour, ça va les aider dans des situations critiques.
SPEAKER_02Quand on a eu Pat Sévigné, qui est un ancien membre du Royal 22e, on lui posait une couple de questions, puis il revenait souvent. Lui, ce qui l'a aidé beaucoup, c'est qu'il ramenait ça. Lui, il avait une situation de mission. Lui, il a structuré ses défis... le semestre. Par le semestre, tu sais, puis je trouvais ça le fun, tu sais, quand tu perds tes repères, bien, tu sais, il faut que tu retournes à ceux que tu connaissais. Toi, comment t'encouragerais un ancien membre que tu connais, du 22, qui se dit l'école, c'était pas bon, tu sais, parce que nos métiers sont le fun, mais on n'a rien quand on sort au civil. Ce serait quoi tes mots d'encouragement d'un fantassin? Parce que, tu sais, t'es rentré avec un secondaire 3 dans l'infanterie, puis t'es rendu mi-quarantaine, t'es diplômé universitaire de premier cycle, tu t'en vas au deuxième cycle, tu vas enseigner, je veux dire,
SPEAKER_01tout est là. Dans un monde idéal, oui. Oui,
SPEAKER_02absolument. Je veux dire, c'est pas tout le monde qui a le potentiel. Je veux dire, il y a quand même un potentiel pour le faire, mais ce que ça veut dire, c'est que c'est accessible à beaucoup plus de monde que ce qu'on pourrait penser. Oui, absolument. Comment t'encouragerais quelqu'un à s'essayer au
SPEAKER_01moins? Le premier encouragement que je donnerais aux gens qui sont dans cette situation-là, c'est de se donner une chance. Commence par te donner la chance de l'essayer. Oui. OK? Donc, à partir de là, c'est sûr que c'est pas l'école qui est faite pour tout le monde.
SPEAKER_02Tout à fait.
SPEAKER_01Mais tu vas quand même trouver ta place. Tu sais, le X, c'est que pas juste dans l'armée. C'est un principe, c'est le désendoctrinement. Quand on rentre dans l'armée, ils nous endoctrinent. Ce qui est parfait, c'est mission first. C'est de donner ta cause à une cause supérieure à toi-même. Le désendoctrinement aussi existe. Dans la transition, tu dois te donner une chance. Essaye des choses. Tu peux essayer plein de choses aussi. C'est pour ça que le système de réadaptation est fait. On a des sous, on a des salaires, on a deux ans. Il y a des moyens financiers aussi pour que pour te donner l'occasion d'essayer des choses. L'école doit faire partie de... Bien là, je dis ça comme ça, mais je crois que l'école peut être une très belle opportunité. Que même si tu crois que tu n'as pas les capacités ou que tu n'as pas la concentration, je suis sûr et certain qu'il y a plein de milieux d'études, il y a plein de choses que tu peux essayer. Même à faire des
SPEAKER_02guitares, des fois. Tout à fait, il y a plein de choses qu'on peut avoir. Est-ce que tu as trouvé que tu étais un meilleur... Tu vas répondre oui, mais ce que je veux dire, c'est... Comment tu expliquerais ça Tu vas être un meilleur étudiant adulte que ce qui t'était à 16-17 ans. Quand tu retournes à l'école comme adulte, tu te rends compte que tu n'apprends plus de la même façon, mais tu as une discipline à l'école qu'il n'y a pas un jeune à côté de toi. Moi, ça m'a fait ça. Tu as dû te faire ça des fins de session que ça va bien et les jeunes sont tous dans le jus parce que tu as tenu ton rythme. Comment tu expliquerais ça à quelqu'un de ne pas s'inquiéter parce qu'il risque d'être pas mal meilleur à l'école comme adulte qu'il était comme adolescent?
SPEAKER_01Absolument. J'expliquerais ça par le fait qu'il va va naturellement utiliser ses outils. Donc, il va utiliser une méthode de travail. Ça, ça va faciliter ta vie d'adulte à l'école. C'est ça. De par la méthode de travail, tout va être plus ordonné, comme tu dis, puis tu ne seras pas autant dans le jus que les autres. Tu vas avoir une vision à moyen terme qui va te permettre de voir les choses arriver. Donc, de se baser sur sa méthode de travail, ça va être beaucoup plus facile. Puis les ressources, ou plutôt la recherche d'informations, est beaucoup plus facile en 2026 qu'elle l'était en 1990. Moi, quand j'avais envie de lire un livre, ce qui arrivait assez rarement quand j'étais jeune, je devais aller dans une bibliothèque, tirer, sortir, puis aller chercher le livre. Il fallait que je le signe. C'était compliqué pour moi. Maintenant, là, t'as tout, t'as tout, t'as tout, t'as tous les outils que tu peux avoir informatiquement, mais tu dois chercher à la bonne place, par exemple. Il ne faut pas que tu te fies sur ce que tu trouves en premier clic.
SPEAKER_02Il faut quand même que tu fasses
SPEAKER_01le choix d'aller vers l'autre. Oui, absolument.
SPEAKER_02Tu es sorti de ta zone de confort.
SPEAKER_01Oui, et ça, c'est extrêmement important. Ça fait partie de la transition, sortir de sa zone de confort, parce qu'on revient à ce que tu disais tantôt. Si tu t'en vas avec ta prescription de cannabis dans la cave chez vous, jouer au PlayStation, mon ami, c'est triste. C'est de valeur. Faut que tu donnes... Faut que tu mettes l'épaule à la roue. C'est un travail. La transition, c'est un travail.
SPEAKER_02Je pense qu'il y a quasiment autant d'efforts à construire sa transition que de l'effort à construire sa carrière. Les 5-6-7 ans de carrière, l'inévitable à faire dans les forces. D'après moi, il y a un inévitable à faire dans la transition. Soit que c'est de te soigner, soit que c'est de partir une compagnie, mais il y a un inévitable à faire.
SPEAKER_01J'ai mis le même niveau d'effort dans mon endoctrinement que dans mon désendoctrinement. C'est ça pour te permettre... un rendez-vous à cette heure-là, ça m'arrive. Je le sais que ce n'est pas la fin du monde. C'est un très bon exemple. C'est un exemple banal. On
SPEAKER_02est tous complètement maladifs
SPEAKER_01avec ça. Des fois, j'arrive à des réunions à l'école et je ne suis pas 100 % préparé.
SPEAKER_02Ça, c'est du désendoctrinement parfait. Oui, tout à fait. J'adore ça. C'est vrai. Avec le recul, qu'est-ce qui te manque dans l'infanterie? Vous êtes un sacré boys club. Vous avez une belle mafia. Vous avez écouté ça, Éric. Je ne dis pas que c'est unanime à tous, mais qu'est-ce qui te manque de cette grosse gang-là de 22 qui va le quartier à partir?
SPEAKER_01Ce qui me manque, puis c'est quelque chose exactement que j'étais allé rechercher dans mon coaching de football, c'est l'esprit de prémission. C'est quand tu reçois tes ordres, puis tu le sais que tu t'en vas où est-ce que le mouvement taliban a été inventé dans les années... Quand le vestiaire de foot commence à... Oui, exact. Tu vas jouer au football. Fait que tu sais, prémission, tout le monde est focus, tout le monde check ses affaires, moi je check mes maps, tu sais, tous les sens sont éveillés. Tout, tout, tout. Oui, tous les sens sont là, tu le sais que... Puis là, tu reviens, puis en tant que commandant, tu fais ton last speech, les boys, let's go, fiez-vous sous votre entraînement, utilisez vos outils puis fucking follow me. Ça, ça me manque. C'est dur à retrouver. C'est très dur à retrouver, mais d'un autre côté, je suis content aussi parce qu'encore une fois, c'est extrêmement énergivore. Puis ton corps, quand tu fais ça, des séquences ou des séances comme ça, il y a un prix à payer pour ça. Mais tu ne t'en rends pas compte tout de suite. Il y a une limite à ce que tu peux apprécier. L'adrénaline, à un moment donné, l'adrénaline dans le corps, ça ne fait pas juste du bien. Ça cause des effets dommageables aussi. C'est comme une drogue. C'est comme une drogue. C'est ça qui me manque le plus.
SPEAKER_02Y'a-tu quelque chose que t'aurais voulu ou souhaité ou des fois tu penses que t'aurais pu faire différemment dans ta carrière? Une décision ou un choix ou quelque
SPEAKER_01chose? Absolument, bien plein. Bien plein. Je suis un énorme critique de moi-même. Oui, absolument. Oui, absolument. Si j'avais une décision à reprendre... C'est une bonne question. C'est une très, très bonne question. S'il y avait une décision que j'avais à reprendre, j'ai passé proche de perdre mon chauffeur en Afghanistan en 2007. Kevin Pronovo, j'ai passé à deux doigts de le perdre pour une de mes décisions. Il fallait que ça bouge. On en a parlé un petit peu tantôt. Et puis moi, quand on est arrivé en haut et qu'on s'est rendu compte que c'était pas clairé la montagne à Gondegar, j'avais le capitaine ingénieur parce que je faisais partie de 2-9-TAC. J'avais le capitaine ingénieur en arrière de moi. Et puis le major Raboud est embarqué Césaire et il avait dit au capitaine ingénieur « Là, tu vas faire pourquoi? » On l'a entendu à la radio, ça l'a passé avec Charles... Peu importe, tout le monde entend. Il a le rein solide, OK? Mais lui, pour faire son travail, il doit se rendre en haut de la montagne. Puis il y a un lave qui est dans ses jambes. C'est qui le lave? C'est le mien. En Afghanistan, on reste dans les traces. OK? S'il y a des traces, ça veut dire qu'il n'y a pas d'ID. Je suis sorti des traces pour faire avancer la guerre. Je crois. OK? Fait que s'il y avait une décision, je lui aurais dit de se calmer les nerfs. Ça allait se faire en ordre. Mais je suis en feu, là. Tu l'as dit au début aussi, tu te sentais invincible. Je me sentais invincible, je ne voulais pas arrêter la guerre-là. Le major nous donnait un ordre, l'ingénieur en arrière de moi, il ne pouvait pas bouger. Kevin, on sort des traces, man. Vire ça à droite. De toute ma carrière, si j'ai sorti des traces une fois de 2 cm,
SPEAKER_02j'ai
SPEAKER_01sauté. Parce que même en Bosnie, c'était un des pays les plus minés au monde, la Bosnie-Herzégovine. J'ai jamais sorti de mes traces de toute ma vie. Crois-moi, après Gondégar, je ne suis pas sorti des traces. Donc ça, mais là, ça s'est bien terminé. Puis Kevin, j'adore ça. Je l'avais pris dans mes bras. J'y repense encore. On se parle encore. Ça l'a bien fini. Mais s'il y avait une décision, mettons, là... Si je suis extrêmement critique de moi-même, ça serait la décision que je reprendrais, que je referais. C'est excellent.
SPEAKER_02Vraiment un beau parcours. Hugo, pour vrai. Content. Moi, je te connaissais pas beaucoup, comme j'ai dit à l'ouverture. On se connaît plus maintenant. Écoute, vraiment, chic type. Hugo, c'est un chapeau. Super carrière, super entrevue. Tu viens de nous sortir un méchant bel épisode de podcast. Nous autres, ça fait le tour. Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on n'a pas couvert, que tu aurais envie de partager?
SPEAKER_01Non, du tout. Seulement en finissant par vous remercier de l'invitation, puis Ça fait tellement plaisir. Une émission comme ça aussi, ça fait partie du processus de transition. On ne veut pas. Ça fait partie de réouvrir tous ces livres-là et de réouvrir les expériences. Je considère ça comme une étape à ma transition.
SPEAKER_02Merveilleux. On est content de t'avoir eu. C'est vraiment généreux de ta part. Tu es très bien articulé. Je ne suis pas inquiet pour toi pour la suite. Tu as l'air d'être vraiment à ta place, de te sentir bien. Félicitations pour ton parcours et aussi pour la suite. On voit que tu as l'air d'être bien aligné. Tu t'en vas encore vers ton X. On espère que ça va donner envie à d'autres fantassins de venir se joindre. Absolument, puis on les encourage tous.
UNKNOWNMerci beaucoup.