Un welsh avec

Un welsh avec... David Bobée

Théâtre du Nord

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0:00 | 44:09

Quelques semaines avant la première de Lorenzaccio Ronan Ynard, secrétaire général du Théâtre du Nord, a donné rendez-vous à David Bobée à l’heure du déjeuner pour partager un welsh et parler de son prochain spectacle. 

Vous souhaitez voir Lorenzaccio ? Découvrez toutes nos dates de tournée sur notre site : https://www.theatredunord.fr/lorenzaccio-tournee

Un podcast produit par le Théâtre du Nord. 

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SPEAKER_01

Bonjour à toutes et à tous, aujourd'hui on déjeune au Marche, le restaurant du Théâtre du Nord avec un habitué des lieux puisqu'il en est le directeur. En ce moment il répète dans la grande salle Lorenzaccio, la nouvelle production du Théâtre du Nord qui sera créée ici même à Lille à partir du 19 mai et qui partira ensuite entournée dans toute la France. C'est parti pour un Welch avec David Boubet. Salut David. Salut Renaud. Je ne vais pas te dire bienvenue parce que d'habitude les gens que je reçois à cette table pour un Welsh dans le cadre du podcast, un Welsh avec, ils n'ont pas l'habitude de déjeuner aux marches du Théâtre du Nord. Nous, on a un peu l'habitude de déjeuner ensemble.

SPEAKER_00

Oui, un peu, oui. Je ne vais pas te dire bienvenue non plus. Non. En général, les journalistes, je les accueille, mais pas toi. Non, tu ne m'accueilles

SPEAKER_01

pas. J'ai une question un peu particulière. Tu n'as pas déjeuné aux marches combien de fois cette année

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Quand j'étais en tournée

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Oui, voilà, c'est ça. Quand je suis en tournée, oui. C'est un peu de fait. notre cantine. Qu'est-ce qu'on peut dire pour faire un peu de prosélytisme sur les marches, pour dire aux gens de venir déjeuner

SPEAKER_00

ici

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je crois que dès le départ, dès qu'on est arrivé ici, j'ai eu envie et besoin de rénover complètement ce hall, de lui donner une autre identité, une autre âme, d'en faire un lieu vraiment complètement accueillant. Et dans ce sens de l'accueil, la question de pouvoir venir manger, boire un verre, prendre un café, lire la presse, c'était un peu essentiel pour que les publics se croisent avec la présence des marches. Donc j'étais presque débaucher un copain restaurateur dont j'aimais le travail avec son équipe et c'est vrai que ici c'est des produits frais, des produits locaux cuisiner le jour, c'est pas cher c'était hyper important ça que ce soit accessible sur la grand place et ça fonctionne, ça cartonne depuis qu'on a ouvert les marches avec effectivement des publics qui se croisent, on vient ici pour réserver ses places de théâtre, pour aller voir des spectacles pour aller, pour vous pour venir déjeuner, pour boire un verre, pour venir voir l'exposition de photos de l'Institut pour la photographie, les enfants pour venir écouter les contes des coloniaux d'Ismaël et Forbon. Bref, les publics se croisent et ça en fait un lieu vraiment vivant comme une prolongation de la grand-place la vie d'un seul coup et la population dans toute sa diversité arrivent à fréquenter ces murs. Et ça participe vraiment à désacraliser, enfin c'est vraiment ce qu'on essaye de faire, toi, moi, nous, toute l'équipe, désacraliser l'entrée dans le théâtre et le rapport au spectacle et à la culture.

SPEAKER_01

On peut dire que ça marche. Alors tu n'es pas lillois, tu es arrivé ici en 2021, on arrive en même temps à Lille. On a partagé pas mal de welsh ensemble depuis 2021. Est-ce que tu te souviens de ton premier welsh

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Moi, je crois que je m'en souviens. Ah oui

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Me demande si on n'était pas ensemble. Vas-y, raconte-moi. Avec Eva Dumbia, un Welsh au saumon, qui nous a rendus malades toute la nuit.

SPEAKER_00

Ah oui, je me souviens, ça me rappelle un truc, ça. Ne pas avoir réussi à dormir avec le ventre complètement à l'envers. Mais maintenant, on est complètement habitués, ça fait partie de notre vie quotidienne. Comme

SPEAKER_01

quoi, on s'habitue à tout. Pour rester un peu sur la thématique des premières fois, je voudrais que tu je ne connais pas la réponse pour le coup on se connaît bien mais je ne connais pas cette réponse est-ce que tu te souviens de la première fois tu as été pleinement metteur en scène tu t'es retrouvé vraiment en position de dire bon bah je suis seul pour mener la barque d'acteurs, d'actrices et d'une équipe technique pour créer un spectacle qui va être présenté à un public

SPEAKER_00

alors pleinement metteur en scène d'abord je l'ai été en faisant des courts métrages des films des choses comme ça puisque c'est un peu ma première formation c'était ça et puis c'est plutôt un petit peu plus tard quand j'étais à l'université de Caen et dans mon programme de cinéma il y avait des spectacles à aller voir et c'est vrai que j'ai vu des spectacles qui m'ont pas convaincu, les premiers m'ont clairement pas convaincu que le théâtre était quelque chose pour moi et puis au bout du troisième je tombe sur un spectacle qui me retourne complètement, qui me fait réfléchir vraiment à à la dimension politique de cette discipline artistique et je me dis tiens j'ai des choses à comprendre au début comprendre pour peut-être le rapatrier vers le cinéma que j'essayais de faire mais en fait ça m'a attrapé et donc tout de suite après à peine avoir vu le spectacle c'était un spectacle de Eric Lacascade j'ai fait deux choses j'ai à la fois décidé de monter mon premier spectacle pour comprendre ce qui se jouait dans la relation entre les artistes au plateau et le public C'est vraiment la relation que j'avais envie d'étudier et de comprendre. Et puis à la fois, j'ai harcelé Éric Lacascade pour devenir son assistant. Il m'a envoyé bouler deux, trois fois. Et puis au bout de la troisième fois, il a dit « Allez, viens, je t'emmène à Avignon, je vais monter des check-off ». Et c'est comme ça que j'ai un peu appris mon métier, sans passer par une école, auprès d'un grand metteur en scène, en observant ses acteurs et ses actrices de génie, et notamment à la Côte d'Honneur du Palais des Papes. Et puis de l'autre côté, en travaillant à avec les gens, les jeunes qui étaient autour de moi, de mon âge, pour essayer de définir ce qui allait devenir notre théâtre.

SPEAKER_01

Et ce tout premier spectacle que tu montes seul, tu te souviens

SPEAKER_00

d'où c'était

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, c'était à l'université de Caen. À l'université présentée. À l'université de Caen, dans le festival Les Fous de la Rampe, un festival de théâtre universitaire, donc un festival plutôt de recherche, d'expérimentation, et c'est Ça s'appelait En mémoire du futur. C'était co-signé avec Antona Ménard. Et ça a bien marché. Je n'ai fait un deuxième presque dans la foulée qui a une tournée régionale. Et le troisième a réussi à gagner Paris. Et c'est que ça a un peu commencé l'histoire.

SPEAKER_01

Alors, on va rester dans le passé, mais en attendant les Welsh

SPEAKER_02

arrivent.

SPEAKER_00

Merci, quelle horreur.

SPEAKER_02

Merci beaucoup.

SPEAKER_01

Bon appétit.

UNKNOWN

Merci.

SPEAKER_01

Bon app'

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

Bon appétit

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

On va rester dans le passé, mais dans un passé un peu plus proche. Je te ramène en 2024 avec quelques dates clés qui vont t'évoquer quelque chose. D'abord, il y a le 18 juin 2024. Le 18 juin 2024, on organise une conférence de presse pour annoncer la nouvelle saison du Théâtre du Nord et tu appelles à titre personnel à voter Nouveau Front Populaire. Ensuite, le 30 juin, 12 jours après, c'est le premier tour des législatives et le RN arrive en tête avec 33% des suffrages exprimés. Le 1er juillet, on part au Festival d'Avignon et on arrive dans une ville l'ambiance n'est pas vraiment à la fête, puisque les conversations parlent plus du RN que des spectacles qui sont programmés. Et puis le 7 juillet, c'est le second tour des élections législatives. Dans ce calendrier-là, il se passe des choses dans ta tête et notamment tu es en période de réflexion sur ce que tu vas faire comme prochain spectacle.

SPEAKER_00

Oui, je crois comme nous tous et toutes, on se pose la question quels sont nos moyens d'action pour résister à ce qui grandit de jour en jour presque d'heure en heure c'est la normalisation, la banalisation du rassemblement national, des idées d'extrême droite et le risque que ce courant, que ces pensées néfastes puissent arriver un jour au pouvoir donc évidemment appeler à voter MFP à l'époque comme on a J'ai su très bien appeler à voter Macron, appeler à voter Chirac, parce que je suis assez vieux pour l'avoir fait, pour résister au pire. Mais c'est vrai qu'à ce moment-là, j'étais un peu face à beaucoup de frilosité de la part de plein de gens, et notamment de la part du milieu culturel, qui hésitaient à appeler à voter NFP par pression des élus, par peur des élus, par auto-censure. C'était un peu compliqué. c'est-à-dire qu'il ne s'agissait même pas d'action, il s'agissait juste de mots, il s'agissait juste d'appeler à voter ceci, à faire barrage, et ce n'était pas ou peu fait. Et c'est vrai qu'à Avignon, mais partout, je trouvais que les gens parlaient beaucoup, avaient beaucoup les mots, mais peu d'action. Et ça, ça m'a rappelé une des phrases de Lorenzaccio, que j'aime beaucoup et depuis longtemps, mais dont j'attendais la pertinence pour pouvoir décider de le monter, et ça m'a rappelé cette phrase, si jamais il te prend l'envie d'agir, coupe-toi les bras, car tu te rendras vite compte qu'il n'est que toi qui en est. C'est ce que dit l'Orient d'Achio à Philippe Strozzi, et c'est vrai que c'est une pièce qui, du coup, je me suis dit, tiens, dans cette pièce-là, peut-être qu'il y a quelque chose qui peut résonner avec notre époque contemporaine, et c'est vrai que c'est une pièce qui parle de l'inaction politique, qui parle des gens qui ont des mots pour commenter la tyrannie, mais qu'ils n'agissent pas ou peu. C'est ce qui se passe un peu dans cette pièce. Le peuple maintenu dans un endroit de sidération par la violence, impossible de se fédérer. Et chaque fois qu'une tentative de révolte se fait dans la rue, elle est matée par le bras armé du duc Alexandre, du pouvoir autoritaire, du tyran. L'inertie absolue des grands une famille républicaine de cette Florence du XVIe, parce que pour se battre pour le bien commun et donc contre la tyrannie, il faudrait abandonner ses privilèges. L'impossibilité des grandes valeurs républicaines et démocratiques qui sont incarnées par ce rôle de Philippe Strozzi, le vieux patriarche aussi vieux que la République, qui s'écroule et qui perd ses idéaux, ses valeurs de paix, de liberté, d'égalité, et qui les perd au même titre que ses enfants se font assassiner, qui finit par s'écrouler comme si la La démocratie n'avait pas dans ses valeurs les moyens de résister à la violence dès lors que quelqu'un décide de quitter le pacte démocratique, le pacte républicain. Et puis il y a le pari de Lorenzaccio qui est l'action individuelle. Et donc le tyrannicide, pour lui, le seul moyen d'arriver à protéger l'humanité, grosso modo. Et pourtant, cet acte-là, il n'est pas sans opposer questions morales qui sont importantes. Ce n'est pas une pièce qui apporte des réponses de comment il faut agir. C'est une bonne tragédie. C'est-à-dire qu'elle parle de la tragédie politique, de notre impuissance à résister au pire. Et comme une bonne tragédie, elle nous montre la pire des résolutions, peut-être pour nous pousser, nous, le public et les vivants, à ne pas aller vers cet endroit monstrueux.

SPEAKER_01

Mais tu as déjà de ça en tête, toi, quand Avion

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Tu as juste cette phrase Tu as juste cette phrase-là ou tu as relu Lorenzaccio à ce

SPEAKER_00

moment-là

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

J'ai relu à ce moment-là. Lorenzaccio, c'est une partie des pièces que j'ai dans ma tête, dans mon cœur, dans ma bibliothèque, je me dis, tiens, c'est une pièce géniale, un jour peut-être, il faudra que je fasse quelque chose avec. Et en fait, quand je décide de monter un titre, c'est parce que j'y trouve une forme de clé de résonance avec notre époque contemporaine. Enfin voilà, de Don Juan c'était assez clair que MeToo a complètement changé notre rapport à la prédation et que monter Don Juan aujourd'hui à l'aune de ces outils politiques féministes contemporains, mais aussi anticlassistes, contre toute forme de domination et de discrimination, d'un coup Don Juan le monter devenait pertinent et important. Il ne s'agit pas tant de moderniser des œuvres que de les faire résonner avec notre époque contemporaine et de permettre à ces auteurs et ces autrices du passé, ou d'ailleurs de nous tendre des miroirs vers notre époque contemporaine pour mieux la comprendre, mieux la cerner, mieux se doter d'outils de pensée et éventuellement d'actions pour résister au réel. Et donc Lorenzaccio, effectivement, à ce moment-là je me dis tiens, c'est une pièce qui parle justement de l'inertie et de l'incapacité à résister au pire de notre humanité. Donc je la relis, elle me semble absolument pertinente et je découvre en la relisant que Musset n'a pas été tout seul à l'écrire, mais que Georges Sand lui avait confié ce texte-là et qu'elle l'avait écrit en premier. C'est elle qui a fait toutes les recherches historiques dans les chroniques de Varkey, c'est elle qui a décelé que dans cet épisode de l'histoire, il y avait le potentiel d'une pièce, que dans la figure de Lorenzaccio, il y avait une complexité qui permettait de créer un personnage d'une modernité folle. C'est elle qui a décidé que d'aller chercher cette Italie du XVIe siècle était un miroir pour comprendre sa propre époque à elle. Et aujourd'hui, je me sers de cette démarche-là pour faire un miroir sur notre époque contemporaine. Bref, elle écrit cette pièce sous forme d'ébauche, elle le dit elle-même, et elle le confie à Musset en lui disant « faites-en ce que vous voulez ». Et lui, évidemment, ajoute son génie littéraire là-dessus. Il développe des intrigues, de la littérature bien sûr, mais aussi des personnages secondaires comme Philippe Strozzi et la femme de Strozzi, absolument passionnant. Mais aujourd'hui quand on enseigne, enfin je sais pas aujourd'hui, mais en tout cas quand moi j'étais étudiant, quand j'étais lycéen, on m'a appris Lorenzaccio de Musset. Ça n'existait pas que Georges Sand l'ait écrit. Donc il y a une forme d'invisibilisation, même si elle l'a confié, il ne l'a pas volé. Jamais ça n'a été publié pas d'après une idée originale de Georges Sand ou écrit à quatre mains. Et donc c'est toute la démarche dans le fait de faire cette adaptation-là, c'est de réunir ces deux textes, et par réunir les deux amoureux mythiques du romantisme, et d'essayer de proposer une variation qui soit à la fois très respectueuse des deux textes sources, Une Conspiration de Georges Sand et L'Oise à Chieux de Musset, et à la fois comme une forme de version inédite qui va chercher le meilleur des deux adaptations, à la fois la radicalité politique d'une Georges Sand, une façon de faire une narration qui, comme c'était une ébauche, c'est très exagérée, mais c'est quand même très droit, ça avance, c'est un peu raide, et c'est passionnant parce que c'est un thriller politique dès lors. Et puis aussi la grande littérature de Musset, le roi des punchlines de littérature, et d'aller essayer de retrouver à mes yeux ce qui est le meilleur des deux, en me débarrassant un petit peu de la raideur d'une Georges Sand sur un texte inachevé, et le petit gras littéraire de Musset, parce que comme c'est écrit pour un fauteuil, il se laissait écrire, le monsieur. Il s'écoutait un

SPEAKER_01

peu écrire. Justement, tu m'as un petit peu devancé. Oui. Parce que je voulais te ramener un petit peu plus loin dans le temps encore. Juillet 2018. Tu sais t'es en juillet 2018

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Non. Je suis venu l'année. T'es au Jardin Seccano, au Festival d'Avignon. Ah oui, ok. Tu présentes tous les jours un épisode d'une série théâtrale qui s'appelle Mesdames, Messieurs et le reste du monde. Le 11 juillet, tu présentes un épisode qui s'appelle L'effet Mathilda. Déjà, les épisodes C'est un vrai triomphe. Il faut se battre à l'époque pour pouvoir rentrer dans le jardin tous les matins à 11 heures. Je m'en souviens, j'en ai fait les frais. Et l'effet Mathilda, c'est un épisode qui est dédié un petit peu à ce que tu viens de raconter. Est-ce qu'on est sur un effet Mathilda dans le cas de Georges Sand et

SPEAKER_00

Musset

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, quand même. L'effet Mathilda, ça vient d'abord du monde scientifique. Mais ça s'applique de façon plus générale à peu près toutes les disciplines. En gros, c'est les grandes inventions, les grandes trouvailles, les grands apports des femmes dans l'histoire de l'humanité sont systématiquement, de façon systémique, invisibilisés par les hommes. Leurs travaux, leurs découvertes, leurs articles sont spoliés par les hommes, leurs maris, leurs patrons, leurs assistants même, et invisibilisent complètement l'apport des femmes. Et on revient à l'endroit de la littérature et de la littérature dramatique, que le mais clairement très en avant, ce phénomène d'invisibilisation et de spoliation. Et donc c'est tellement récurrent que ça porte ce nom, les faits Mathilde Harris et Euret, dans tous les domaines, en philosophie, en littérature, en art, en... Enfin, que sais-je, on ne parle pas de petites découvertes scientifiques, par exemple, on parle vraiment de choses qui ont fait avancer l'humanité très fortement. Donc là, dans le cas de Georges Sand, oui, effectivement, elle lui confie, il ne lui vole pas, mais jamais le texte a été publié avec une double signature. Il paraît qu'il y a une édition de Poche, mais que je n'ai pas trouvé, qui publie les deux textes. Pour l'instant, la seule édition que je connais, c'est dans les œuvres complètes de Musset. Ça raconte des trucs. Et si cette mise en scène-là peut permettre de mettre en lumière l'apport absolument essentiel de Georges Sand dans le travail de Musset, parce qu'il n'y a pas que Lorenzaccio, sans Georges Sand, Lorenzaccio n'existe pas. Et j'ai même envie de dire, c'est Musset qui m'a fait retourner à cette histoire de Lorenzaccio, mais c'est presque Georges Sand qui me fait décider de le monter. Parce que sa version, elle, est plus politique. Et elle a plus à voir avec ce qu'on est en train de vivre aujourd'hui. Et donc c'est le mélange des deux je me dis, en faisant une adaptation de ces deux textes-là, ça devient pertinent de le monter. Avant, je crois que je l'aurais Simplement avec Musset, je pouvais comme lecteur et comme spectateur trouver ça très beau, mais comme metteur en scène, je n'avais pas assez de matière politique pour essayer de le monter. Alors

SPEAKER_01

on va parler un petit peu des répétitions, parce qu'en ce moment tu es en répétition, donc c'est la deuxième période. En ce moment au Théâtre du Nord, le spectacle va être créé dans une dizaine de jours, et dans ta manière de travailler, les répétitions sont hyper ouvertes. Toute l'équipe du Théâtre du Nord est invitée à entrer en salle quand il et elle le souhaitent, Certains viennent même avec leur ordinateur portable dans la salle pour suivre les répétitions. Il y a des groupes scolaires, des groupes de spectateurs et spectatrices qui viennent. Il y a des associations qui viennent pendant les répétitions. Mais de ça, dès le début. Et c'est vrai qu'à chaque fois que tu as créé un spectacle ici, on a pu l'expérimenter. Ça ne t'a jamais fait peur

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Non, je trouve le travail assez joyeux. Je ne suis pas du tout dans une démarche laboratoire ou comme une espèce d'artiste dans son coin qui créerait... une oeuvre et qu'il ne pourrait la communiquer que lorsqu'elle est parfaite j'aime pas trop cette idée de perfection et puis même c'est quelque chose qui peut aider le travail justement à désacraliser la relation au public de ne pas avoir peur de regarder les autres on est au travail c'est honnête c'est une répétition et c'est génial les répétitions parce que t'as des moments de trouvailles qui sont juste sublimes et justement on court après essayer de retrouver cet instant magique lorsqu'on met en scène Et puis tu as des moments c'est tout nul, ça se casse la gueule et ce n'est pas bien grave. Lorenzo de BD6.

SPEAKER_01

Bon appétit. Merci. Il y a un autre point qui surprend un peu dans les répétitions, surtout au début des répétitions, c'est les explorations.

SPEAKER_00

Il y a un truc qui est génial aussi en travaillant avec toutes les équipes de RP, avec les groupes qui viennent en salle et tout ça, c'est que ça permet aussi de rencontrer des qu'on ne rencontrerait pas autrement. De faire entrer dans la salle du public qui n'y met jamais les pieds et de les faire assister au travail de façon encore une fois désacralisée et ça peut être moins impressionnant une répétition qu'un spectacle avec tous les codes qu'un théâtre même aussi démocratisé que celui-là peut receler. Donc une répète, on est au boulot, ils voient les gens qui marrent, les techniciens qui sont visibles, les erreurs, le travail, les acteurs dans leur pleine et entière normalité. Et c'est beau de partager ça. C'est beau de rencontrer ce public-là qui, du coup, de fait, peut revenir voir le

SPEAKER_01

spectacle sans avoir peur. C'est sûr que je crois que c'est la démarche de développement des publics la plus efficace qu'on ait, puisque à chaque fois qu'on a des groupes qui viennent voir, assister aux répétitions, ne serait-ce que 15 minutes, ils ressortent avec l'envie de voir le spectacle au complet. L'autre point qui se reprend, c'est les explorations. C'est surtout au début des répétitions, tu envoies les artistes travailler des formes d'impro, les rôles ne sont pas forcément attribués à ce moment-là, tout le monde peut jouer tout. Et même, tu invites les élèves de l'École du Nord, parce que tu es aussi directeur de l'École du Nord. Et donc pendant cette première phase de répétition, les élèves de l'École du Nord, les artistes de Lorenzaccio, tout le monde travaille ensemble à faire des explorations qui peuvent donner des choses très étonnantes parfois. Toi, qu'est-ce que tu en tires de ces explorations

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Qu'est-ce que ça t'apporte dans le

SPEAKER_00

travail

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je prépare les mises en scène de façon assez approfondie. Je storyboard ce que je veux, mes idées, ma dramaturgie est posée, ma scéno, mes déplacements, je dessine tout. Et j'espère juste que mes acteurs et mes actrices sont plus intelligents que moi et auront de meilleures idées que moi. Et donc, faire des explorations, c'est aller découvrir des aspects inattendus d'un texte c'est prendre des des axes un peu inattendus et d'entendre parfois ça se joue sur une réplique j'avais jamais entendu cette réplique comme ça le sens s'ouvre et donc on va aller récupérer les trouvailles des uns des unes des autres et c'est pour ça que tous les acteurs et actrices font tous les personnages et que les élèves de l'école sont invités aussi à chercher à marner, à creuser avec leur jeunesse, leur culot venir un petit peu secouer ce texte et à force on accumule un nombre de trouvailles assez génial et à plusieurs on est vachement plus intelligent que moi tout seul dans mon bureau et donc voilà en général je comprends la dramaturgie des textes réellement au plateau c'est des textes de théâtre qui sont faits pour être portés par des acteurs et des actrices ça passe par des corps par des pensées par des actes et des situations et en général oui les interprètes sont Découvre des choses inattendues. C'est plus intelligent que moi. Si jamais un jour les interprètes sont secs, ou rien ne se trouve au plateau, ou l'exploration en tous les sens et ça ne raconte rien, il y a toujours des choses à prendre. J'ai toujours mon storyboard enfilé. Je sais que ce n'est pas naze puisque je me suis engagé, mais j'attends qu'on me dépasse.

SPEAKER_01

Justement, tu l'as dit, tu prépares beaucoup en amont les spectacles, notamment quelque chose que tu prépares très en amont, c'est le décor, la scénographie puisque tu es aussi scénographe. Alors tu es scénographe pour toi mais aussi pour les autres parfois. Par exemple, tu as signé la scénographie de Piste de Penda Diouf, de Woke de Virginie Despentes. Alors pour la conception, tu travailles avec Léa Gézéquen et avec notre atelier du Théâtre du Nord dirigé par Valérie Dufresne pour ce décor de Lorenzaccio. Alors par exemple, très concrètement sur Lorenzaccio, est-ce que tu peux me dire comment tu t'es travail, comment ça fonctionne, quelles sont les étapes pour arriver à un décor terminé, fini. Comment ça sort de ta tête tout

SPEAKER_00

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tout à l'heure, je disais, pour décider de monter une pièce, j'ai besoin d'avoir une clé de résonance dramaturgique. Ça, c'est sûr. Il faut que la pièce, si je n'ai pas de moderniser l'œuvre, il s'agit juste de la faire résonner avec notre époque. Mais la deuxième condition, c'est aussi que ça se traduise immédiatement en espace. Parfois même, j'ai un espace qui vient avant le choix d'un texte. Il y a des spectacles que j'ai pu monter comme ça j'avais une envie scénographique et après, j'ai été chercher le texte qui pourrait rentrer. C'était le cas de Tragédie, par exemple. Le cas de Tragédie. le cas du AQM c'est le même décor mais le cas du Hamlet par exemple j'avais la scénographie avant de choisir de monter Hamlet et donc très très rapidement la lecture de l'oeuvre sa lecture dramaturgique se traduise en espace en sensation et en propos comme un propos plastique d'une oeuvre plastique qui serait autonome et qui me permet d'essayer de décider ça quoi donc assez rapidement je me suis dit bon ce texte est compliqué c'est une tragédie politique donc il me il faut un espace politique. Et il est compliqué, c'est que ça a été écrit pour être joué dans un fauteuil, donc Mulcé ne se pose pas du tout la question des changements de décors, d'une forme d'unité d'espace, c'est le romantisme aussi, mais grosso modo, on passe d'une chambre à une cour, à une rue, à un palais, et ça n'arrête pas de changer de décors. Donc il fallait un décor très très modulable qui puisse faire exister tous ces espaces-là, et assez rapidement. Et puis cet espace politique, comme soit assez rapidement et assez logiquement venue l'idée des colonnes. Les colonnes qu'on retrouve dans tous les endroits du pouvoir. Une colonne toute seule, c'est effectivement une obéissance, c'est un peu ridicule, mais les colonnades comme ça, d'assemblées, d'assemblées nationales. Et ces colonnes-là, en creusant un petit peu sur la symbolique de ce qu'elles portent, c'est assez bon en fait. Une colonne toute seule, elle est ridicule, elle ne sert un peu à rien. Elle n'a de sens que dans sa multiplicité. Elle n'a de fonction que lorsqu'elle... lorsqu'elle est plurielle, et elle essaie d'apporter quelque chose de plus grand et de plus important. Et je me suis dit, tiens, c'est assez beau que ces objets de pouvoir-là, qui sont comme des espèces de fondations, faites un peu comme un symbole de citoyenneté, en fait. Tout seul, on ne peut pas prendre grand-chose, à plusieurs, on peut faire quelque chose qui nous dépasse, et porter une forme de valeur, une démocratie, qui viendrait protéger l'ensemble. Et c'est vrai que c'est très présent dans le texte, l'architecture, et les colonnes. Justement. Très très présent. Donc, tout ça fait sens. C'est pas grave si le public va pas aller chercher jusqu'à la symbolique de la colonne, de la citoyenneté, de la démocratie, tout ça. Ça participe à la justification et à la nécessité de cette idéographie-là. Et dès lors, ça vient nourrir un imaginaire. Et cet imaginaire, c'est pas grave s'il y a des mots qui tombent dessus. Moi, j'ai besoin en tout cas, pour mon secret dramaturgique, d'être clair de pourquoi ces éléments-là sont convoqués. Ce qui est beau dans notre décor-là, ce sont des colonnes en béton qui peuvent ressembler à la fois à des fondations d'un immeuble abandonné et à la fois avec des références un peu à l'antique comme la Florence du XVIe siècle avait ses propres références antiques et ça se combine pour faire des espaces qui sont à la fois inachevés, à la fois détruits à la fois abandonnés comme si nous n'étions pas complètement finis ou un peu abîmés, ou suffisamment abîmés pour réellement pouvoir porter un système démocratique. Et c'est tout le propos de cette pièce, les grandes familles républicaines ne cessent de parler de liberté, de démocratie, de défaire le tyran, et ne font jamais rien, sont incapables de faire quoi que ce soit. Philippe Straussy va convaincre Lorenzaccio de convaincre les familles de passer à l'action dès lors que le meurtre sera fait, et c'est ce qu'il fait, il s'y emprunte. Il va voir les grandes familles républicaines et leur dit « Préparez vos familles, demain le duc est mort. Essayez d'installer la plus belle des démocraties qui n'ait jamais existé. » Il prévient les familles. Le lendemain, le duc est mort. Le surlendemain, rien ne se passe. Et le jour d'après, Comte de Médicis, le neveu du tyran, sans doute pire tyran que le premier, est couronné. Il y a une leçon politique à prendre.

SPEAKER_01

Donc ça, c'est l'idée qui germe dans ta tête, l'envie. Puis il y a le moment il faut que ça devienne concret, avec toutes les contraintes qu'impose le théâtre, puisque non seulement il faut que le décor puisse rentrer ici au Théâtre du Nord, mais il faut que ce soit démontable, parce que c'est un spectacle qui part en tournée ensuite, qui va partir en tournée pendant sûrement près de trois ans. Rien que la saison prochaine, il y a déjà une cinquantaine de dates annoncées. Comment on passe du rêve, de l'envie, à cette réalité et ses

SPEAKER_00

contraintes

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je travaille à la scénographie en co-signature avec une femme formidable qui est Léa Gézekiel et qui discute beaucoup, je dessine, je commence à faire des dessins, on échange, elle reprend mes dessins et petit à petit on arrive à concevoir la scénographie. Et mes idées, elle arrive à les traduire en dessins techniques, en visualisation 3D qui nous permettent de comprendre la faisabilité, la partie de ces décors, avec des visualisations très réalistes. C'est terrible de parler du Welch. Et après ça, quand on est bien d'accord sur nos intentions, on travaille avec Valérie Defraide, qui est le chef d'atelier du Théâtre du Nord, et on commence à travailler sur des dessins techniques. Une traduction très technique de ce rêve, pour essayer à la fois de le rendre montables sur un plateau, démontables pour partir en tournée et rentrer dans un camion. Et aussi quels matériaux, quelles études de poids, de solidité, de praticité. C'est pas rien de construire des colonnes de presque 5 mètres sur roulettes, presque béton, qui vont se balader comme ça. Bouger par les acteurs et les actrices. C'est beau, ça raconte ça aussi. Que toute l'équipe y compris celui qui joue Lorenzo Accio le duc se met à bouger les colonnes au service des autres et des autres scènes. C'est quelque chose d'un artisanat du théâtre qui est assez beau.

SPEAKER_01

Est-ce que tu peux me parler de Félix Bach qu'on a vu passer à l'instant avec en plus le visuel de saison en masse. Puis Félix non seulement est Lorenzo mais c'est aussi le visage de cette saison au Théâtre du Nord. Il fait partie des élèves du Studio 7 dont ta première promo que tu avais recrutée quand tu es arrivé à la direction de l'École du Nord. Dans le spectacle, on trouve aussi Mia, Ambre, Jade et Yassim qui jouent aussi et qui sortent de l'école. Ça t'est venu quand et comment cette envie de confier ce rôle à Félix

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Est-ce que c'était évident aussi pour toi de faire travailler des élèves de l'école

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, je pense que de tous mes métiers, de directeur de théâtre, de metteur en scène, de militant, celui de directeur d'école est le plus beau des métiers que j'ai jamais C'est la plus grosse responsabilité que j'ai eu de toute ma vie et l'enjeu est magnifique. On parle de personnes, de jeunes gens, de tout ce qu'ils peuvent porter de foi à l'avenir. C'est le futur. Et puis c'est des jeunes gens vraiment formidables qui arrivent. C'est une école supérieure donc je crois qu'il y a 1 800 candidats pour 15 places. place c'est ils entrent dans l'école ils ont déjà un niveau qui est exceptionnel c'est déjà des très grands artistes et grandes artistes et il et elle décide de mettre leur vie entre parenthèses pendant trois ans pour parfaire leur art et pour apprendre auprès auprès des plus grands artistes en activité de kirill serebrennikov à lorraine de sagazan en passant par thomas holly leur programme est complètement dingue ils étudient en france à l'étranger au congo et C'est génial de les accompagner dans la découverte de leur propre capacité, de leur propre langage artistique. Ça c'est vraiment accompagner des artistes. C'est leur école, ils façonnent eux-mêmes leur école. Je suis pour poser des opportunités pour qu'ils et elles puissent grandir dedans. C'est elles et eux qui créent leur développement. C'est juste parfait. Donc j'ai très à cœur aussi leur insertion professionnelle. On les accompagne trois ans après l'école. en finançant leur salaire, si des compagnies ou des théâtres veulent les embaucher. Ce qu'on appelle le distributif d'insertion. Absolument. Et évidemment, en tant que metteur en scène moi-même, il est assez évident, et pour des raisons de responsabilité, mais aussi pour des désirs artistiques, que je vais avoir envie de travailler avec eux. Et c'est super. Alors si je pouvais travailler avec elles et eux tous, je le ferais. Là, il s'avère qu'il y a Lorenza Cho qui arrive. Ils ne peuvent pas jouer tous les rôles, mais ils sont déjà cinq dans le groupe. dans la distribution, et parmi ce groupe, Félix Bach, effectivement, qui est assez parfait pour ce rôle. Sylvain Leda, qui est le grand spécialiste de musée en France, un des plus grands spécialistes, faut pas fâcher les autres, m'a dit, mais ça est troublant, c'est Lorenzaccio, pour moi, qui ai étudié cette pièce pendant toute ma vie, c'est troublant, c'est lui, c'est évident. Et c'est vrai qu'il a ce grand corps très fin, très fragile et très gracieux il a cette peau blanche diaphane on sent le sang qui palpite derrière il est à la fois très beau mais on le sent très très tourmenté il y a quelque chose de l'incarnation du personnage romantique du héros romantique qui est fragile face aux éléments du monde c'est assez parfait et puis il y a un truc chez lui qui est fascinant c'est dans cette jeunesse cette capacité à porter la littérature avec presque une une âme d'acteur d'un autre temps. Il a cet amour des lettres et il porte la littérature incroyablement. C'est vrai que ça sert ce personnage comme rarement. Il en a l'âge, il en a le physique, il en a l'âme. Il arrive à Il va faire quelque chose de très étonnant.

SPEAKER_01

Il nous a tous bluffés dès les premiers jours des répètes. Toute l'équipe qui est passée en salle a dit « Ah oui, effectivement,

SPEAKER_00

on

SPEAKER_01

comprend le

SPEAKER_00

choix. » Oui, c'est ça. Quand il passait le concours, son surnom, c'était le sourire du diable. Oui, c'est vrai. C'est vrai qu'il s'est incarné cette espèce de dualité, de faux-semblants, de beauté, de fascination, de faiblesse de ce personnage de Lorenzaccio. Et puis cette envie de meurtre qu'il a à avoir aussi avec… avec la maladie psychique, même celle de Musset. C'est à la fois politique, mais à la fois, il a un pet au casque, le gamin. Il arrive à jouer cinq, six lignes de sous-texte en même temps. Il est assez

SPEAKER_01

remarquable. Oui, j'avais eu la chance d'être dans son jury d'audition à l'époque. D'ailleurs, le petit symbole, on s'en souvient, c'est que cinq ans, jour pour jour, après son audition, on faisait la séance photo pour l'affiche de Lorenzaccio. Dans la même salle que celle il avait passé son audition à Un autre acteur dont j'aimerais que tu me parles, c'est Jules Turley. Jules Turley est chansigneur. Tu as déjà travaillé avec lui sur Black Label et puis sur le Requiem allemand de Brahms à la scène musicale. Mais dans ces deux spectacles, il traduisait. Il interprétait en tout cas l'entièreté des textes en langue des signes française. Là, c'est différent sur Lorraine

SPEAKER_00

Batchelor. Sur les deux premiers spectacles, ce n'était pas tant une traduction qu'une interprétation. en chansignes pour le public sourd du coup pour le public sourd donc c'était une démarche d'accessibilité pour rendre accessibles les spectacles c'est vrai que ça fait plusieurs années que systématiquement tous les spectacles sont rendus accessibles aux différents champs du handicap sensoriel et ça va complètement dans notre démarche aussi au théâtre du nord c'est le premier théâtre 100% accessible tu es bien placé pour le savoir avec tous les spectacles qui font l'objet d'un minima une mise en accessibilité pour un des champs du jardin, mais souvent plus, souvent plusieurs. Et donc là, la présence de Jules n'est pas une démarche d'accessibilité. C'est un personnage qui est sourd. C'est un personnage incarné par un acteur chansigneur sourd. Et de fait, la langue des signes française devient sa façon de s'exprimer et d'interagir avec les autres personnages. Et ce n'est pas une démarche d'accessibilité, c'est une démarche de banalisation. C'est une démarche qui est importante pour moi qui est celle de faire des spectacles de la culture publique de notre pays faire des oeuvres qui ressemblent à la population française et dans toute sa diversité dans toutes ses diversités et voilà donc le fait ça explique mon combat contre le racisme et pour une plus grande représentation et représentativité des artistes racisés mais pas que sur le plateau aussi à l'endroit des moyens de production, dans le partage pour des artistes en situation de direction des projets. Et voilà, il rentre dans cette équipe et c'est assez beau de voir incarné ce personnage de Pierre Strozzi qui tout le monde s'inquiète en permanence et ça m'est rageant parce que c'est un peu un vat en guerre quoi. Et c'est rageant de voir son père qui s'inquiète autant pour son fils et si peu pour sa fille qui n'est pas moins révolutionnaire et qui finira comme son fils, par mourir. C'est un truc un peu bizarre à monter au XXIème siècle. Par contre, si c'est incarné par Jules, alors je peux comprendre qu'il y a une attention particulière pour cet esprit vatanguer. C'est très beau. Puis ça crée une cohérence à la famille Strodzi qui parle la langue des signes, la comprend en oralisant pour les entendants et en langue des signes pour Jules et pour sa sœur. C'est très beau ce que ça crée comme cellule familiale. Autant dire que le meurtre du fils devient quelque chose d'absolument terrible.

SPEAKER_01

Tout à fait. C'est la scène que j'ai vue hier quand je suis passé en répétition, j'ai ouvert la porte.

SPEAKER_00

T'as vu le sang

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Non. J'ai vu Jules mourir. C'est la première image que j'ai vue dans ma journée. Maintenant, on a ajouté le sang.

SPEAKER_01

Et quand même, pour qu'on précise que le spectacle, Jules n'interprète pas l'entièreté des textes en langue française, mais le public sourd peut venir voir Jules parce que le reste du spectacle sera accessible au public sourd, soit par un surtitrage adapté soit par la langue des signes française, qui sera dans des lunettes connectées. C'est un système qui s'appelle Panthéa, qu'on a mis en place et qui va partir en tournée à travers la France. Donc on va être 100% accessible partout en tournée, de manière complètement autonome pour les lieux qui vont

SPEAKER_00

accueillir le spectateur. aussi, on essaie d'être un petit peu, avec Panthéa, un peu pionnier et inventif, créatif dans le rapport à l'accessibilité. C'est-à-dire qu'on est un centre dramatique national, donc un lieu de création. Moi, je suis metteur en scène. Donc c'est super d'avoir des démarches de politique culturelle d'accessibilité mais je dois aussi me poser la question depuis l'endroit de la création. Ça veut dire depuis l'endroit de la production. Et ce qui est nouveau, c'est que l'accessibilité va être liée au spectacle, va être agie par les régisseurs vidéo, mon assistante et tout ça, pour que toutes les représentations soient accessibles et que l'accessibilité ne soit pas laissée à la décision d'un lieu d'accueil. Parce que certains travaillent très bien, d'autres s'en foutent complètement. Et d'autres

SPEAKER_01

n'ont pas les capacités

SPEAKER_00

financières ou techniques non plus

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Absolument, et souvent quand une accessibilité est proposée, elle est proposée un soir. Or là, avec ce système de lunettes qui est à partir de la production et qu'on emmène en tournée, c'est tous les soirs qui seront accessibles. Et c'est beau de se dire qu'un public malvoyant, malentendant, n'aura pas besoin de se poser la question de quel soir venir, pas plus qu'un public lambda. Elle est en fait la vraie démarche d'accessibilité.

SPEAKER_01

D'autant plus sur un spectacle qui a priori promet d'être très fédéral Mais pour être fédérateur, encore faut-il être accessible par toutes et tous, et donc ça sera le cas.

SPEAKER_00

C'est notre boulot, c'est de travailler sur de la culture commune. Tout le monde a une pratique culturelle, les droits culturels nous l'ont appris, si on ne le savait pas déjà. Mais aller voir un film, regarder Netflix, prendre un café, faire à manger, parler avec ses amis, c'est de la culture déjà, c'est ce qui nous rassemble. Par contre, l'endroit le service public de la culture travaille, c'est sur le référentiel commun. la culture commune, c'est sur faire se rencontrer des gens qui ne se croiseraient pas dans la vie, dans le réel, c'est leur faire partager une expérience, vivre, respirer, s'émouvoir, pleurer ensemble, se parler, éventuellement refaire le monde ensemble. Et c'est vrai que pour ça, on se doit de proposer une culture publique qui laisse une place à chacun, qui représente aussi un peu chacun, qui laisse les récits, les imaginaires de la diversité du peuple de France s'exprimer et que cette diversité-là redevienne un espèce d'universel partagé, en fait. Et ça, c'est notre boulot. C'est vrai que quand on marche sur la tête sur la question de l'accessibilité, c'est fou que toute la culture publique ne soit pas 100% accessible en vérité. Parce que... Alors que c'est la loi. C'est la loi. Et puis même, je veux dire, c'est fou une société... On va tous finir handicapés. On va tous finir par perdre la vue, la tête Louis, un accident, et si pas nous, nos familles. Et c'est fou qu'une société maltraite à ce point sa propre population. C'est pas possible de méconsidérer les gens comme ça. C'est vrai pour les personnes en situation de handicap, c'est vrai pour les personnes racisées, c'est vrai pour... Agir sur l'égalité, qui est pourtant inscrite sur tous les frontons de chaque mairie et de chaque école, agir sur l'égalité, c'est des actes, c'est pas des mots. On en revient à Lorenzaccio. actes, pas que des mots.

SPEAKER_01

Merci David. Est-ce que ce Welsh était une bonne expérience

SPEAKER_00

culturelle pour refaire

SPEAKER_01

le monde

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

C'est

SPEAKER_00

dur de parler avec du Welsh dans la bouche, mais

SPEAKER_01

ouais, ouais. Pour conclure, tu parles en répétition, qu'est-ce que tu vas répéter

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Vous répétez quoi

SPEAKER_00

aujourd'hui

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

On travaille sur le dernier quart du spectacle. On travaille sur quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Sur le banquier républicain. Justement, ces gens qui parlent de révolution, un verre de vin à la main, qui disent « on va faire la révolution » et puis ils décident de rester manger. Un bouclet bouclé.