Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque

Episode 5 : Les loups

Orane Bayart Episode 5

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Analyse d'un cas de violences sexuelles sur une adolescente par un groupe d'auteurs majeurs et connus de la victime (situation réelle anonymisée)

Explications sur une notion de psychocriminologie : présentation de ma méthode d'analyse par le relevé des anomalies comportementales et situationnelles.

Source musique : Free music Archive, International love (Album No kings), 2025, by Lpkejo (CC BY).

(Visuel généré avec l'assistance de l'IA)

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Sous-titrage ST' 501

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Bonjour et bienvenue sur mon podcast Auteur de violences sexuelles derrière le masque. Je m'appelle Orane Bayard, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur les profils d'auteurs de violences sexuelles. Vous écoutez le cinquième épisode intitulé Les loups. Alors c'est

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parti, on démarre tout de suite. For all goodness and grace, this may be the last fight we face Sous-titrage ST' 501

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Comme d'habitude, je démarre ce podcast par la lecture d'une situation. C'est un résumé du récit que m'a partagé la victime. Nous sommes fin juin 1985, quelque part en France. Une collégienne de 13 ans, en quatrième, bonne élève et timide, discute avec Oscar, un garçon du lycée professionnel, mitoyen de son établissement. Grâce à lui, elle sympathise aussi avec deux de ses copains. Ils ont entre 18 et 20 ans, appelons les Rémi et Damien. Oscar est plus agréable, Rémi moins stable émotionnellement, parfois chez lui une agressivité sous-jacente est légèrement perceptible. Se noue toutefois une relation d'amitié pendant un mois, jusqu'au jour où ils encouragent l'adolescente à désobéir pour sortir en boîte de nuit avec eux. Ils insistent même, puisqu'elle explique qu'elle aime aller danser. Elle accepte et ce jour-là, un vendredi, elle rentre du collège en compagnie d'Oscar. Sur le chemin, tout d'un coup, il entre dans un et y disparaît sans explication. L'adolescente l'attend, puis entre dans le champ pour le chercher. Oscar réapparaît soudain pour lui sauter dessus. Elle se débat, mais il la viole par la force, éjacule et se fâche contre elle en disant C'est comme ça, il va falloir que tu t'y fasses. La victime ne comprend pas ce brusque changement de comportement. Oscar dit à la victime qu'il compte sur elle pour venir en boîte de nuit ce soir-là. Elle se demande si cela veut dire qu'il est amoureux. Elle n'a plus envie de sortir, elle est perturbée, mais elle se sent obligée. Le soir, la victime retrouve Rémi et Damien dans un bar. Ils lui prennent son argent pour se payer des bières sous prétexte que l'entrée sera gratuite pour elle. Puis le père de Rémi les conduit jusqu'en boîte de nuit où Oscar les attend. L'adolescente va vers lui mais il lui lance« dégage». Rémi et Damien se vautrent dans les canapés. Ils boivent et la regardent avec mépris. La victime panique, les trouve odieux et veut rentrer chez elle. Elle cherche de l'aide, mais personne ne peut la ramener. Elle passe la soirée sur le parking. À quatre heures, Rémi et Damien les rejoignent et ils sont pris tous les trois en stop jusqu'au parc du château. L'adolescente est à un kilomètre de chez elle. Mais là, Rémi la regarde avec haine et lui dit qu'elle ne va pas s'en sortir comme ça, qu'elle n'a pas encore payé sa soirée. Il l'allonge et déshabille l'adolescente qui, paralysée, ne lutte pas. Rémi et Damien la violent, l'un vaginalement, l'autre par une fellation, puis ils échangent leur place. Tout ce temps, Rémi insulte la victime. Il lui aboie qu'elle est une bonne à rien, car elle ne bouge pas, qu'elle doit être frigide et qu'elle est une putain comme sa mère à lui. La victime ne se souvient pas du retour chez elle. Juste qu'ils l'ont quittée en la prévenant qu'ils allaient se revoir bientôt, d'un air menaçant. Pour la victime, le bouleversement émotionnel émerge à son arrivée dans sa chambre. Le lendemain, elle provoque elle-même la réaction parentale en se dénonçant. Son père la punit pour être sortie sans permission pendant tout le mois de juillet. Sa mère trouve le pantalon déchiré avec des traces de sang et menace de la réaction du père pour maintenir le non-dit. Dans les semaines qui suivent, les trois auteurs se manifestent par des insultes au téléphone et stationnent parfois en moto devant le domicile de la victime. Un jour, elle est envoyée par son père pour répondre à l'attente de ses agresseurs qui la réclament. Pour obéir à son père, la victime rejoint ses agresseurs. Tous simulent une

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attitude amicale.

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Avant de passer à l'analyse, j'aimerais commencer par une remarque sur cette situation. Une fois arrivée en boîte de nuit, la victime exprime une extrême détresse et demande du secours. Mais personne ne semble mesurer la situation de danger dans laquelle elle se trouve. Elle est mineure et elle demande du secours. D'accord, en boîte de nuit, il y a beaucoup de jeunes, beaucoup d'insouciance, mais il y a aussi des adultes, des salariés, éventuellement le patron ou la patronne. Gageons qu'en 2026, ce type d'appel à l'aide ne puisse plus laisser indifférent. N'oubliez pas que les histoires que je vous raconte sont vraies. Alors n'hésitez pas à ouvrir l'œil et à tendre la

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main.

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Musique

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Sous-titrage Société Radio-Canada

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Nous allons commencer par l'analyse de la phase d'approche, c'est-à-dire relever les moyens employés par les auteurs pour entrer en contact avec la victime et pour la mettre en situation de vulnérabilité. D'abord, on observe une étape pour le repérage de la victime. A l'évidence, les auteurs recherchent une grande vulnérabilité, car sur ce point, rien que par son âge, l'adolescente est déjà vulnérable. Elle a 13 ans. Elle est encore innocente sur le plan des relations amoureuses et de la sexualité. Par ailleurs, elle est aussi vulnérable quant à l'écart d'âge entre elle et ses agresseurs qui ont tous entre 18 et 20 ans. Ils sont majeurs, elle est mineure. Sur ce point, notons au passage que les agresseurs n'ont pas ciblé une jeune fille de leur lycée, qui aurait été plus accessible, mais une collégienne. Le plus souvent, l'attrait sexuel se porte sur des personnes du même âge, qui sont dans les mêmes critères de maturité physiologique. Aussi, lorsque le choix de la victime sort de cette généralité, il faut questionner l'éventualité d'une fixation sexuelle déviante. Ici, on pourrait interroger un choix hébéphilique, c'est-à-dire un choix qui dépend d'un attrait sexuel spécifique pour les personnes pubertes, mais non majeures, comme l'est la victime. Sur cette hypothèse, puisqu'il s'agit d'un viol en bande, il faudrait qu'ils soient plus ou moins tous les trois sexuellement attirés par les adolescentes. Mais rien dans la narration de la victime n'évoque des signes d'un attrait puissant chez ces auteurs pour ces caractéristiques physiques de jeunes adolescentes. Aussi, j'aurais tendance à exclure cette hypothèse. Pour moi, ces auteurs ont ciblé une collégienne pour son innocence avant tout, donc pour se faciliter l'exercice de la manipulation, puis pour pour avoir un plus grand ascendant physique et psychologique lorsqu'il sera question de l'intimider afin d'éviter la dénonciation. Il peut encore exister une autre motivation pour ce choix, mais je vous l'expliquerai un peu plus tard. Dans la procédure en justice, cet écart d'âge mineur-majeur est une circonstance aggravante pour les auteurs. On voit bien dans ce cas pourquoi l'écart d'âge vulnérabilise d'autant plus la victime. Une fois qu'elle est choisie vient l'étape de la mise en confiance, de la séduction, parce qu'on peut aussi parler de séduction dans la naissance d'une amitié. Sur cet aspect, Oscar est le plus doué. Sans doute Rémy est-il trop impulsif, moins capable de simuler de la sympathie pour assurer sans louper cette première étape fondamentale, puisque c'est elle qui permet de conduire la victime jusqu'à un contexte isolé, le champ ou le parc du château. Damien lui apparaît déjà comme un suiveur. Il ne fait que profiter de ce que les autres rendent possible. Cette séquence où semble se nouer une relation d'amitié est importante dans l'analyse, car elle signe la préméditation des viols, sans aucun doute possible. Cela, car on ne passe pas de la gentillesse, d'un intérêt sincère pour l'autre, à des comportements d'une telle cruauté. Il fallait que la gentillesse soit feinte, comme le révèle l'insistance des auteurs qui se substituent à l'autorité parentale en encourageant la désobéissance. Et surtout parce que la cruauté n'arrive jamais par La cruauté vient de violences intérieures, de rage et de rancœurs tenaces qui, dans un contexte spécifiquement organisé pour, sont invités à être déversés sur une cible. L'expression de la cruauté se contrôle, la personne décide de la libérer ou non. Elle a besoin d'une personne ou d'un animal pour se déchaîner. La cruauté, c'est plus que de la violence. Ainsi, réagir parfois d'une manière violente peut arriver chez quelqu'un d'ordinaire qui est épuisé, qui se sent poussé à bout. Mais la cruauté, ce déchaînement de violence sur une personne, c'est autre chose, une chose qui n'est pas compatible avec une réelle gentillesse au départ. La personne, qui peut être cruelle, souffre nécessairement d'un trouble de l'affectivité. C'est une personne sans empathie, sans sentiments pour les autres. Par ailleurs, on observe bien dans l'après que l'adolescente a été pour eux une cible, puisqu'après l'avoir attaquée, ils ne reviennent pas à une pseudo-relation d'amitié. Ils l'accablent. mais nous y reviendrons. Pour l'heure, dans cette étape de la mise en situation qui permettra l'attaque, Oscar utilise la ruse pour entraîner la victime dans un endroit isolé des regards. Il faut dire que nous sommes en plein après-midi, sur le bord d'une route, ce qui signe un certain niveau d'arrogance. Pour Rémi et Damien, après cet épisode d'amitié feinte, la mise en situation qui doit faciliter le passage à l'acte, démarre au rendez-vous du vendredi soir, avant de partir en boîte. Le moyen en employé est peu fréquent. Il s'agit de la maltraitance par le mépris et le rejet. Il tape fort dès le départ, sans transition, sans évolution progressive. Évidemment, on n'attire pas les mouches avec du vinaigre, mais ici, la victime a déjà été attirée. La maltraitance a d'autres dessins. Son premier objectif vise la victime. En la déstabilisant, cette technique referme le couvercle par-dessus le piège pour mieux la retenir. Et le second objectif de la maltraitance participe à maintenir l'équilibre psychologique des auteurs. Car en déchaînant autant d'attitudes et de discours destructeurs, ils se soulagent des effets de la violence qui les habitent. Une violence qu'ils ont sans doute eux-mêmes encaissée dans leurs jeunes années et dont ils se soulagent en la rejetant à leur tour sur la victime. Peut-être ont-ils été témoins de violence dans leur environnement familial ou scolaire, ou peut-être ont-ils même subit cette violence. Observons plutôt. La soirée démarre à peine et déjà l'attitude de Rémy et Damien s'apparente à de la toute-puissance lorsqu'ils prennent possession de l'argent de la victime sans lui en faire la demande et sous un prétexte fallacieux. Quand bien même l'entrée en boîte serait gratuite pour les filles, c'est à la victime de décider comment elle souhaite dépenser son argent. Ce comportement n'est pas compatible avec une relation amicale respectueuse. La victime est immédiatement placée en situation de soumission. Évidemment, ce changement brutal de considération pour l'adolescente a pour effet de la plonger dans la confusion et lui faire perdre ses repères, ses moyens. C'est une technique de déstabilisation de la victime. Je voudrais aller au-devant d'une question que certains pourraient se poser à ce stade de l'analyse. Pourquoi la victime a-t-elle rejoint ces trois auteurs après ce qui s'était produit sur le retour du collège

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C'est le genre de question que pourrait poser un avocat de la défense pour laisser entendre que peut-être, le premier viol n'en était pas un, car sinon la victime traumatisée n'aurait pas pu sortir ce soir-là. Eh bien, c'est que notre fonctionnement psychologique n'obéit pas aux règles mathématiques. Il est fait au contraire de paradoxes, et plus encore dans les situations de stress. Ici, par sa décision de retrouver les trois garçons en boîte de nuit le soir même du premier viol, la victime cherche avant tout un retour à la relation de confiance initiale, et prend cet événement du viol, qu'elle ne comprend pas, comme une anomalie dans leur relation. La vérité est pour elle dans ce qui a été le mois précédent, de l'amitié. Et justement, ce soir-là, sur le plan psychologique, la victime a d'autant plus besoin de retrouver cette réassurance qu'elle est maintenant profondément affectée par l'agression qu'elle a subie. Elle peut penser que si elle fait faux bon à leur invitation, elle perdra leur amitié. C'est-à-dire que le viol commis par Oscar, au lieu de lui donner l'impulsion de s'éloigner de lui, va en réalité l'attirer et la soumettre davantage, au moins dans l'immédiat. Ce sont des mécanismes psychologiques bien connus et que nous avons tous déjà subis. Aller chercher une consolation ou une réparation auprès de celui ou ceux qui nous ont blessés. On développe une attente vis-à-vis de cette personne et cela maintient le lien. Aussi paradoxal que cela puisse être, une part de maltraitance peut ainsi être un lien très puissant entre deux individus. Et dans cette situation, rappelons également que pour le moment, après le premier viol et avant le début de soirée, la victime n'a aucune raison de penser que Rémi et Damien vont se montrer injustes, cruels et violents envers elle. Quand elle décide de les rejoindre, ce sont encore ses amis. Passons alors à l'attaque. Pour Oscar, il s'agit d'une attaque surprise et lui saute dessus dans le champ, avec violence physique et verbale. La situation bascule de l'amitié à une hostilité qui se présente comme la phase initiatique d'un cycle de violence répétée. En effet, l'auteur déclare après le viol« C'est comme ça, il va falloir que tu t'y fasses. Ça y est, il a gagné, il peut faire tomber le masque. Après cette déclaration, on peut penser que cette attaque était destinée à être la première d'une série. Il va falloir que tu t'y fasses. Et c'est sans doute là l'élément le plus révélateur de la préméditation d'un scénario qui implique plusieurs viols. Pour Rémy et Damien, l'attaque correspond à une convocation au viol en duo, comme si un rendez-vous avait été pris aux dépens de la victime. Et en effet, je pense que pour les trois auteurs, le rendez-vous était pris dès les premiers échanges, un mois plus tôt. Ils attendaient juste de pouvoir mettre en place la situation qui allait permettre le passage à l'acte. La menace à Séné, qu'elle ne va pas s'en sortir comme ça, constitue le point de départ d'un déchaînement de violence où les deux prennent part. Les viols eux-mêmes sont assez similaires car ils ont tous recours à la violence et la contrainte physique et la violence verbale avec des insultes et des accusations. Chaque fois, la force qui est opposée à la victime est disproportionnée. Ces auteurs auraient pu atteindre leur fin sans user de tant de violence et c'est en cela qu'on peut déduire que leur gratification sexuelle nécessite une extrême violence, une extrême prise de pouvoir sur l'autre. Car ici, c'est plus que de la contrainte qui s'exerce sur la victime, c'est la volonté de la détruire. Ils ont besoin de cela pour se sentir bien avec eux-mêmes et cette dynamique les rend particulièrement dangereux. Par ailleurs, l'aspect collectif en ajoute au sentiment d'impunité, de banalisation de leurs besoins déviants. A noter également que Rémy et Damien ont violé à deux, non pas l'un après l'autre, mais ensemble. La différence avec le viol d'Oscar, c'est d'en ajouter aux aspects destructeurs pour la victime. On peut même parler de cruauté. Il y a plus d'éprouvés de violence pour tous et une sorte d'expérience gémellaire pour les auteurs Rémi et Damien qui fusionnent dans le crime. Cela peut avoir du sens par rapport à leur parcours de vie comme une façon de réparer des expériences d'exclusion, de rabaissement, d'humiliation ou cela peut aussi les rassurer face à la loi sur leur pleine implication l'un et l'autre où chacun ne peut lâcher l'autre sans se mettre en péril lui-même. Ces deux-là agissent donc ensemble, mais on remarque que Damien semble plus se caler sur les initiatives de Rémi, qui est celui qui parle, et à ce titre il apparaît davantage dans un rôle de suiveur. Il faut dire que le niveau de haine perceptible en Rémi peut aussi impacter son co-auteur et de fait le placer en position d'infériorité dans leur relation. Autre élément important à relever, les passages à l'acte ce soir-là étaient destinés à n'être qu'un one-shot, c'est-à-dire qu'à mon avis les auteurs n'ont jamais envisagé de reprendre une attitude amicale ou aidante auprès de la jeune fille pour en faire une victime récurrente. Évidemment, étant donné le niveau de violence nécessaire dans le passage à l'acte, il était peu envisageable, même dans leur esprit tordu, de pouvoir encore amadouer la victime après coup. Mais cela arrive quand même parfois. Ici, pour chacun des trois auteurs, tout se joue sur un passage à l'acte, peut-être d'autant plus légitimement violent pour eux, qu'il a nécessité un mois d'anticipation, de préparation, un mois à prendre sur soi pour se faire passer pour quelqu'un de sympa, malgré leurs pulsions haineuses. Nous avons commencé à l'évoquer, mais au-delà des singularités de chacun, il est temps d'explorer plus précisément la dynamique du groupe. Le viol participe à définir les relations entre les trois auteurs, car dans cette histoire il existe bien un collectif. Nous le savons, car à l'évidence, ils se sont mis d'accord avant. Les éléments qui plaident dans ce sens sont, premièrement, le fait qu'Oscar rejette définitivement la victime à son arrivée en boîte alors qu'il a lui-même insisté, quelques heures plus tôt, pour qu'elle ne leur fasse pas faux bon et alors que, deuxièmement, lui ne la violera plus. Il n'avait donc pas d'intérêt personnel vis-à-vis de la victime à insister pour qu'elle vienne. Et si l'intérêt n'était pas pour lui-même, certainement pas non plus pour la victime, c'est qu'il était pour les deux autres. Il forme donc Donc un collectif, une bande dans l'organisation des viols ce jour-là. Mais qu'en est-il de cette organisation

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On peut imaginer qu'Oscar n'était pas censé passer le premier, agir en solo, avant cette soirée et que le faisant, il prenait le risque de perdre la victime pour les deux autres auteurs. Oscar aurait alors insisté auprès de l'adolescente pour se couvrir lui-même afin d'éviter de se faire rabrouer par les deux autres qui, à cause de lui, auraient manqué une occasion. Autre scénario possible, ils n'ont pas eu besoin d'en parler avant car la situation était l'exacte répétition d'une précédente expérience auquel cas les trois loups n'avaient plus besoin de se mettre d'accord. Ils répétaient juste des enchaînements d'une situation déjà vécue. Après tout, peu importe l'hypothèse, qu'Oscar est désobéi au script prévu ou pas, les trois auteurs s'étaient mis d'accord pour tous s'en prendre à la victime. Observons maintenant la position de chacun dans la dynamique du groupe. On peut identifier en premier lieu un violeur leader, Oscar. Il est le plus habile séducteur, donc sans doute le personnage le plus clivé, celui qui dissimule le mieux sa vraie nature, sa violence intérieure, le fameux Dr Jekyll et Mr Hyde. Il initie le lien et met en confiance la victime. Il est d'ailleurs son interlocuteur préféré. C'est lui qui repère la victime et crée le premier lien avec elle et c'est encore lui qui passe à l'acte le premier. Il se distingue aussi en agressant seul, puis en bon copain sur qui on peut compter, qui motive la victime pour servir les intérêts de ses amis. Ce sont là les caractéristiques du dominant dans un groupe d'auteurs. Il est intelligent, calculateur. Mais comme je l'évoquais juste avant, il existe une autre hypothèse où les auteurs auraient pu prévoir un viol collectif à trois pour ce soir-là, sur le retour de boîte. Dans ce cas, Oscar aurait doublé ses acolytes en violant la victime dès le retour du collège. Il prenait le risque de faire fuir la victime et donc de mettre en échec le plan pour Rémi et Damien. C'est donc qu'il avait, lui, quelque chose à gagner dans ce passage à l'acte anticipé. Me vient sur cette question une hypothèse qui nous renvoie à la phase du repérage. Pourquoi Oscar a-t-il choisi une adolescente de 13 ans quand il en a 18 ou 20, et qu'il ne semble pas particulièrement ébéfile

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Eh bien, peut-être par intérêt pour sa virginité, qu'il voulait se réserver. Et cela le place toujours dans une posture de dominant. Rémi et Damien pourraient dans ce scénario l'avoir mauvaise contre Oscar, mais manifestement, ils s'y plient. À moins qu'Oscar ne leur ait pas parlé de son propre passage à l'acte dans le champ et qu'il ait juste fait mine de ne pas s'intéresser au projet du viol ce soir-là. Nous ne pouvons pas vraiment trancher entre ces différentes hypothèses, mais dans la mesure où Oscar était présent aussi dans la phase de harcèlement après les viols, je pencherai vers le scénario où Rémy et Damien ont été informés du viol commis un peu plus tôt par Oscar. Ainsi, impliqués de la même manière, ils se serrent les coudes tous les trois pour se protéger de la dénonciation. Il est donc temps de passer à l'analyse de l'après. Pour le premier viol, Oscar retourne immédiatement la situation en son contraire, où l'abuseur adresse des reproches à sa victime après l'avoir violentée et insultée. Cette technique produit de la confusion. Puis, il fait croire une dernière fois à un pseudo-retour à la relation amicale de départ en insistant pour qu'elle les rejoigne le soir, ce qui, chez la jeune fille de 13 ans, accentue la confusion. À partir de là, elle a deux options. Soit elle prend conscience qu'Oscar est un manipulateur, que tout était faux depuis le début et que seul ce qui vient de se produire, le viol, est vrai. Soit elle opte pour le déni, c'est-à-dire pour considérer que l'épisode du viol n'était pas un viol, qu'il peut s'expliquer, même si elle ne le comprend pas, que ce viol est l'anomalie et que donc l'amitié, elle, est la règle, qu'elle est toujours vraie. Évidemment, ce ne sont pas des choix conscients. On ne décide pas ce que l'on croit. C'est une part inconsciente du psychisme qui fait ce choix en fonction des ressources psychologiques dont dispose l'individu, pour supporter l'insupportable sans s'effondrer. Si l'effondrement menace, parce que la réalité est trop tragique, ce sera le déni. Ce mécanisme est dangereux car il éloigne la personne de la réalité, mais il peut paraître plus protecteur dans l'immédiat. Ici, avec Oscar, la victime a eu recours au déni par lequel elle envisage la piste du sentiment amoureux. Ainsi, elle lui répond sans tenir compte de ce qui lui a fait subir. Elle réagit comme si la relation de confiance initiale était toujours valable, car comme je l'évoquais tout à l'heure, elle en a plus que jamais besoin. Son psychisme a considéré qu'elle y trouverait une ressource salutaire. En ce qui concerne la dynamique de groupe dans l'après, les trois agresseurs sont parfaitement en phase. Ensemble, ils contrôlent le risque de dénonciation en maintenant une emprise par la terreur, harcelant la victime par des appels insultants, des rodages autour de son domicile, l'interpellation du père, les faux échanges amicaux en face à face pour lui faire penser que personne ne la croira et sans doute la façon pour eux de se rassurer en constatant qu'elle n'exprime pas d'opposition manifeste. Aucun des trois ne semble tenir une posture qui se distingue des deux autres dans cette étape. L'enjeu pour définir leur position dans le groupe ne se jouait que dans l'ordre et le déroulé du passage à l'acte lui-même. Je vous propose maintenant de passer à l'analyse des risques. Commençons par la victime. Il s'agit d'une jeune fille obéissante, intelligente, studieuse et qui n'adopte pas de comportement à risque. Elle ne consomme pas de drogue, elle n'a pas de fréquentation marginale, sachant que ses auteurs avaient dissimulé leur réelle nature. Elle a certes sympathisé avec des garçons nettement plus âgés, mais elle en était coutumière car elle avait déjà l'habitude de fréquenter les amis de sa grande soeur. Pour elle, c'est un comportement familier et non transgressif. Pour autant, son jeune âge et sa nature conciliante, voire obéissante, à mettre en lien avec un environnement familial peu empathique, rend l'adolescente influençable et donc vulnérable. Son niveau de risque ne nous semble pas faible, car elle n'aurait pas suivi n'importe qui pour autant. Si les auteurs n'avaient pas pris un mois pour créer une relation de confiance, on peut penser qu'elle aurait su se protéger des propositions imprudentes. Pour toutes ces raisons, il me semble que son niveau de risque apparaît modéré. Pour évaluer le niveau de risque pris par les auteurs, il nous faut les distinguer d'une part Oscar et de l'autre Rémy et Damien qui ont agi ensemble. concernant le premier agresseur, Oscar. Il a été prudent en prenant un mois pour construire la relation avant son passage à l'acte, en ciblant une adolescente gentille et obéissante, et sur le viol lui-même en amenant la victime à le suivre à l'abri des regards pour l'agresser dans un champ. Il a cependant eu le culot d'agir en journée et a déchiré l'ouverture du pantalon de la victime, ce qui aurait pu attirer l'attention de ses parents. Il a aussi usé de la violence, ce qui camoufle moins les intentions Mais pour lui sans doute peu importe puisqu'il se protège par la ruse en entretenant la confusion chez sa victime. Il a aussi certainement une image un peu grandiose de lui-même. Oscar se protège encore de la dénonciation par le harcèlement après les faits et va même jusqu'à séduire le père en se montrant et en réclamant avoir la victime, ce qui dénote un certain niveau d'arrogance. Son niveau de contrôle mental sur la victime et sur son environnement s'avère très opérant. Ainsi, malgré la violence du viol, lui-même et son arrogance, en regard de tous les moyens et de l'énergie qu'il a mise pour se protéger lui, je dirais qu'il a pris un risque modéré. Pour les deux autres auteurs, Rémy et Damien, ils agressent la victime dans un lieu public, mais désert et en pleine nuit. Ils agissent ensemble, manipulent la victime en la culpabilisant pour prendre l'ascendant sur elle, elle leur devait quelque chose. Dans leur facilité à passer à l'acte par une simple convocation au viol, on peut penser qu'ils avaient été informés du viol qu'Oscar lui avait déjà fait subir dans l'après-midi, car le fait d'avoir déjà subi une agression aggrave le niveau de vulnérabilité d'une victime. En effet, ses défenses sont immédiatement paralysées par la dissociation et sa capacité à se sentir victime dans l'après-coup est affaiblie par les effets dissociatifs de répétition. Je considère pour ma part que leur prise de risque sur le fait d'être surpris et dénoncé se situe quelque part entre faible et modéré. En ce qui concerne le risque de récidive, commençons par Oscar. Il agit seul et a certainement construit et nourri la relation avec la victime dans le but d'avoir un jour l'opportunité d'abuser d'elle. En effet, son comportement, en tout ou rien, et l'absence de cohérence entre ses comportements et son discours ne sont pas compatibles avec la présence de sentiments amoureux ou amicaux, ça on l'a déjà vu. L'évolution comportementale d'Oscar dans sa relation à la victime est inquiétante car le mépris qui succède à l'agression sous-tend une préméditation. On décèle alors une longue première étape de préparation avant le passage à l'acte auquel succède une étape d'intimidation. La capacité d'Oscar à choisir une proie vulnérable, à l'agresser seul avant de faciliter le passage à l'acte de ses amis, participe par ailleurs à sa position de leader. Une autre motivation possible du passage à l'acte. Son risque de récidive me paraît élevé. Pour Rémi, le risque de récidive pourrait paraître modéré parce qu'il n'agit pas seul, ce qui pourrait à d'autres moments de sa vie être plus complexe. à mettre en place, mais j'envisage quand même élevé car son agressivité, sa violence verbale lors du viol dénote de manière inquiétante une haine des femmes et une certaine forme de satisfaction dans son humiliation, dans sa domination. Il y a lieu de penser qu'il a ou qu'il va éprouver le besoin de réitérer les faits pour maintenir son équilibre intérieur. Par ailleurs, lui n'a pas besoin de Damien pour passer à l'acte puisque c'est déjà lui qui dirige les opérations. Il semble donc potentiellement des motivations fortes et intrinsèques pour le viol. Pour Damien, je pense que le risque peut être plus faible car il semble davantage correspondre au profil d'un suiveur, on l'a déjà dit. C'est a priori un profiteur qui ne crée pas lui-même les circonstances propices au passage à l'acte et qui n'y participe pas de sa pleine initiative. En revanche, il ne semble pas non plus prendre ses distances après coup puisqu'il a participé comme les autres à harceler la victime. Pour lui, le risque me semble modéré, à condition qu'il s'éloigne d'Oscar et de Rémy. Mais quoi qu'il en soit, un risque modéré est déjà très significatif. On peut en conclure que ces trois personnages représentent un danger, certain, pour les femmes vulnérables qui les entourent. En conclusion sur ce que l'on peut percevoir de la psychologie globale des auteurs, Oscar semble réunir les principales caractéristiques du psychopathe. Il est capable de se maîtriser et de planifier ses passages à l'acte de manière efficace, Il est intelligent, séducteur, mais dépourvu de sens moral, d'empathie et de capacité à aimer, ce qu'il parvient pourtant à très bien dissimuler. A l'inverse, la personnalité de Rémi semble davantage relever de la sociopathie. Comme Oscar, Rémi est dépourvu de sens moral et tend vers une image de soi grandiose, mais il apparaît aussi plus désorganisé, avec une forte impulsivité, une agressivité qu'il parvient plus difficilement à à dissimuler, de la haine enfouie, en particulier envers les femmes, qui vient de cette tendance à surinterpréter l'hostilité que les autres ont à son égard. J'irai peut-être plus loin sur l'explication des différences entre psychopathie et sociopathie une autre fois, mais pour aujourd'hui, retenez juste que ces deux auteurs semblent atteints d'un trouble de la personnalité qui appartient à la même catégorie, ce sont les troubles de la personnalité antisociale. Pour autant, ils savent très bien faire la différence entre le bien et le mal et sont pleinement responsables de leurs actes. Enfin, je ne peux pas me prononcer pour Damien qui ne se distingue pas dans le déroulé du récit, sauf à dire qu'il apparaît comme un suiveur. Dans cette position, il est utile aux deux autres puisqu'il valide leurs agissements pourtant gravement transgressifs tandis que lui profite de ce que les deux autres mettent en place pour apaiser son probable complexe d'infériorité en prenant lui aussi le dessus sur la victime. A noter pour conclure sur l'analyse, dans cette situation, le crime n'a pas été rapporté aux autorités et aucune aide spécifique n'a été apportée à la victime. Le médecin de famille a questionné ces nombreux symptômes mais la mère a botté en touche. Il ne fallait pas que cela se sache. Pourtant, de nombreux symptômes de stress post-traumatique sont visibles au moment des faits. Confusion mentale, panique, sidération, dissociation, choix d'un comportement ordinaire ou automatique malgré le danger et manifestes d'une situation, l'amnésie et d'autres signes de trauma sont apparus immédiatement après les faits, perturbations du sommeil, reviviscence des faits, hypervigilance, détachement émotionnel, anxiété majeure, révolte intérieure, mal-être, repli social, conduite ordalique, comme quand elle a mis feu à sa corbeille, je ne vous l'ai pas lu mais ça fait partie des éléments qui étaient indiqués dans le récit, insolence, agressivité, répulsion, dégoût, Tic anxieux, appelé dharmatiomanie, c'est le fait de se triturer la peau jusqu'à induire des plaies qui rendent visible une très grande souffrance intérieure. Sur le plus long cours, la victime s'installe dans la phobie, les évitements, elle évite son parcours en vélo. La dysmorphophobie, c'est une déformation du regard porté sur son corps et connaît des épisodes de revictimation par des attouchements l'année suivante. Si vous avez peur vous-même de parler de votre expérience d'abus ou de portée plaintes, plutôt que de rester bloqué, vous pouvez commencer par enregistrer de manière anonyme un formulaire sur le site coabus.fr. Il s'agit d'une plateforme tenue par un bénévole, Franck Fabre, qui permet aux victimes d'un même auteur de se retrouver entre elles, sans aucun engagement vis-à-vis de qui que ce soit, ni de quoi que ce soit. Cela peut être un premier

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pas pour sortir de l'enfermement. Don't sleep through democracy You have only minutes remaining c'est

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Passons maintenant à la notion de psychocriminologie pour cet épisode. Aujourd'hui, je vais vous expliquer ce qu'est le relevé des anomalies situationnelles et comportementales, qui met à jour des éléments de la psychologie tels que les intentions masquées, la distribution des rôles, la dynamique relationnelle, les réactions aux aléas, etc. Vous ne retrouverez pas cette notion dans la littérature scientifique car il s'agit de ma propre méthodologie. C'est un peu ma passion de créer des outils pour traduire de manière... aussi pédagogiques que possible des éléments complexes de la psychologie. Alors ici, concrètement, je commence par découper mon récit en relevant un à un tous les comportements des auteurs, car chaque comportement est la conséquence d'un choix, qu'il relève du conscient ou non. Certains sont logiques, prévisibles, adaptés à la situation, quand d'autres, ceux qui m'intéressent, surprennent et interrogent. Il est également fécond de regarder l'enchaînement des séquences comportementales entre l'auteur et la réponse comportementale de la victime, pour mettre à jour ce que veut l'auteur, comment et vers quoi il guide la victime. Par comportement, j'entends tout ce qui est observable. Cela peut être un discours, dire non par exemple, une attitude, être triste, pétrifié ou un mouvement, se mettre à courir ou porter un coup. Donc j'observe le déroulé de l'histoire avec comme unité de base les comportements de chacun et je m'arrête chaque fois que j'identifie une anomalie à laquelle la victime est confrontée. Ce sont les anomalies qu'elle subit de la part de l'auteur. Il en existe deux sortes. D'abord l'anomalie situationnelle qui correspond à une rupture dans l'enchaînement logique des événements. Ces anomalies sont plus difficiles à mettre en place pour l'auteur, car elles correspondent à des interventions de celui-ci sur des paramètres extérieurs, donc plus aléatoires, moins évidents à maîtriser que ses propres comportements. Mais ces anomalies ont l'avantage d'être le plus souvent moins compromettantes pour l'auteur. Il n'y a pas d'anomalies situationnelles dans notre récit aujourd'hui, mais pour vous donner un exemple, il en existe de nombreux dans celui du podcast 3 le maître du jeu et ses compères. Dans l'ordre, il y a le réveil de la victime qui découvre qu'elle est pénétrée alors qu'elle dormait et en plus par un homme qui tourne la tête sur le côté. Ensuite, les épaules de cet homme sont poilues alors que Louise ne l'est pas. Et il y a aussi ce moment où la victime découvre deux hommes en caleçon derrière la porte de la chambre alors qu'elle se pensait seule avec son copain. Ces découvertes ne sont pas logiques par rapport à la situation de départ Autre catégorie d'anomalies qu'on retrouve bien plus fréquemment dans les récits de viols, ce sont les anomalies comportementales qui, elles, correspondent à une rupture dans l'enchaînement logique des comportements tel qu'est définie la relation. Alors je vous explique. Ici, on peut dire que la relation entre l'adolescente et ces trois jeunes hommes était une amitié. Ils se sont fréquentés quotidiennement aux abords de leur établissement scolaire respectif pendant un mois. On a bien vu ensuite que leur attitude était factice, qu'ils n'avaient jamais eu d'amitié de ces auteurs envers la victime, mais c'est comme ça qu'elle l'a vécu, et c'est comme ça qu'ils ont voulu qu'elle le pense. Sur cette base, pour vous donner un exemple d'anomalie comportementale, il n'est pas logique qu'Olivier rejette la victime lorsqu'elle le rejoint en boîte de nuit alors qu'il avait insisté quelques heures plus tôt pour qu'elle y vienne. Dans une relation d'amitié, ce changement d'attitude est incohérent. Aussi, vous voyez bien qu'on ne peut relever ces anomalies que si on a bien défini la relation au départ. Cet exercice, c'est justement ce que la victime, plongée dans la confusion, n'arrive pas à faire toute seul. Ainsi, ces ruptures dans l'enchaînement logique des comportements démontrent l'aspect fallacieux du discours d'Oscar, en tout cas pour cette situation. Il n'était pas un ami. Il suffit ensuite de se demander pourquoi. S'il n'était pas un ami, il était quoi

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?

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Et progressivement, on démasque les intentions. Personnellement, je ne supporte pas qu'on demande à la victime de se justifier sur ses réactions face à de telles anomalies. Le problème, ce sont les attitudes de l'autre ses pièges, pas les réponses de la victime qui fait ce qu'elle peut devant l'absurde, l'incompréhensible. On doit juger la cause et pas ses conséquences. Sinon, on se place du côté des agresseurs, c'est tout. À ces anomalies situationnelles et comportementales, la victime peut répondre d'une manière que je qualifie de positive. Ce sera le cas chaque fois que le comportement de la victime valide l'anomalie produite par l'auteur. Par validation, j'entends un comportement-réponse qui se cale sur l'anomalie plutôt que sur la réalité. Par exemple, la victime, en entrant dans le champ, rend opérant le stratagème d'Oscar pour les éloigner tous les deux des regards. Dans l'absolu, elle a eu raison de le faire. S'ils avaient été vraiment des amis, c'était normal qu'elle s'inquiète pour lui. Mais comme Oscar triche, les choix de la victime se retournent contre elle car le scénario dans lequel elle est placée est un piège. D'autres fois, la victime peut répondre de manière négative quand par sa réponse comportementale elle s'oppose à l'anomalie. Par exemple, la victime comprend en arrivant en boîte de nuit qu'elle n'est pas à sa place avec ses garçons et dans ce lieu. Elle éprouve de la détresse et demande de l'aide pour s'extraire de cette situation. Mais attention, je précise qu'il n'y a aucun jugement de valeur dans le fait de qualifier les réponses des victimes de positives ou négatives. Plongée dans une situation incompréhensible et effractante sur le plan psychique, l'accès à une réflexion rationnelle est pour tous de l'ordre de l'improbable. Les victimes font ce qu'elles peuvent. En lien avec ces notions, pour cette situation, on peut noter une quasi-exclusivité des anomalies comportementales de la part des auteurs. Ils ont usé de la confiance établie et dans leur passage à l'acte assumé que la victime puisse comprendre qu'il l'a placé eux-mêmes en difficulté. Voyez la différence avec l'histoire australienne, qui est fournie en anomalies situationnelles, où les auteurs ont fait semblant que pour eux, tout était normal. Ici, l'écartage entre les agresseurs et la victime, le tempérament conciliant de celle-ci et la particulière froideur affective des auteurs, Leurs troubles, très probables de la personnalité, ont sans doute un peu tous participé à l'expression

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d'une

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telle arrogance. Pour clore ce podcast, qui j'espère ne vous aura pas paru trop long, je vais répondre à une question qui m'a été posée. Est-ce que des choses du contexte peuvent aggraver l'état de mal-être de la victime

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Alors oui, on parlerait de renforcateurs, des aspects traumatiques ou de facteurs négatifs qui vont amplifier les difficultés de la victime pour comprendre qu'elle est victime, aller vers le soin et apprendre à se protéger. Ces éléments peuvent également participer à la création de croix négatives qui vont devenir des règles de comportement. Ces éléments extérieurs agissent sur la victime en résonnance et par amplification de certaines anomalies adressées par les agresseurs. Dans cette situation, on relève des renforcateurs issus des injonctions parentales. Ces éléments aggravent les effets du trauma car ils participent à enfermer davantage la victime dans ses distorsions cognitives. Par exemple ici, c'était au père de dire que sa fille est punie mais puisqu'il s'agissait de sa décision et de son autorité. Or, le père ne se positionne pas face à la requête des agresseurs. Il place sa fille en situation d'intermédiaire entre son autorité et les trois hommes. Il y a lieu de s'interroger sur la tendance du père à se montrer fuyant, voire soumis par souci de plaire aux personnes extérieures à son foyer. Alors bien sûr, pour nuancer, lui, il ne savait pas ce qui s'était passé. Les blâmes de la mère également, quiche cherche à faire disparaître ce qui est visible de la situation, renforce les accusations abusives des agresseurs et condamne la victime au silence et à la honte. Enfin, le maintien de la pression psychologique sur la victime, qui est punie à domicile pendant un mois et harcelée par les auteurs qui appellent et tournent autour de la maison, entretient la confusion et la terreur traumatique. Ce sont aussi

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des renforcateurs.

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...

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Pour un prochain podcast, n'hésitez pas à m'interroger sur un point précis, à me faire vos commentaires ou à me partager vos récits. J'encourage particulièrement les hommes victimes ou ceux qui ont été victimes d'une femme, car ces situations sont sous-représentées alors qu'elles existent bel et bien.

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Voilà,

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on arrive au terme de ce cinquième podcast auteur de violences sexuelles derrière le masque. Je vous remercie pour votre écoute et on se retrouve très vite pour un prochain épisode.

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