Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Bienvenue sur mon podcast. Je m’appelle Orane BAYART, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur des situations de violences sexuelles.
Dans chaque épisode, je vous partage une situation réelle de violence sexuelle qui m'a été décrite par la victime et j'en tire une analyse psychocriminologique sur le profil de l'auteur. Chaque situation me permet de vous communiquer des clefs de compréhension et de prévention sur les violences sexuelles.
Je réponds aussi à vos questions alors n'hésitez pas à me faire vos commentaires et à me partager vos récits par mail (oranebayart@hotmail.com) en suivant les consignes indiquées dans l'épisode d'Introduction.
Recommandations :
🔷 Je vous conseille d'écouter les épisodes dans l'ordre pour une meilleure compréhension car j'aborde dans chacun des notions que je reprends à la suite sans les réexpliquer.
🔷 Le contenu de ces podcasts peut heurter les personnes sensibles. Si le récit vous perturbe, restez à l'écoute de vos ressentis et faites une pause ou quittez le podcast pour vous préserver.
Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Episode 6 : L'empreneur
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Analyse d'un cas de violences sexuelles sur une jeune femme par son conjoint dans le cadre d'une relation d'emprise mentale (situation réelle anonymisée)
Explications sur une notion de psychocriminologie : l'emprise mentale et la notion de consentement dans ce contexte d'aliénation.
Source musique : Free music Archive, International love (Album No kings), 2025, by Lpkejo (CC BY).
(Visuel généré avec l'assistance de l'IA)
Sous-titrage ST' 501
SPEAKER_00Bonjour et bienvenue sur mon podcast Auteur de violences sexuelles derrière le masque. Je m'appelle Orane Bayard, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur les profils d'auteurs de violences sexuelles. Vous écoutez le sixième épisode intitulé L'enconneur. Alors c'est
SPEAKER_01parti, on démarre tout de suite. For all goodness and grace, this may be the last fight we face Comme
SPEAKER_00d'habitude, je démarre ce podcast par la lecture d'une situation que m'a partagée la victime. Nous sommes en 2011, quelque part en France. Une jeune femme de 18 ans rencontre un homme de 26, appelons-le Lorenzo. L'histoire démarre très vite avec cet homme qui se montre d'emblée très possessif au point que la famille de la jeune fille s'inquiète. Après un an de relation, ils s'installent ensemble sous l'insistance de Lorenzo. Là, il réclame quotidiennement des rapports sexuels et si la jeune femme refuse, il marque sa désapprobation en se montrant désagréable et distant. Progressivement, elle se retrouve coupée de ses proches et accaparée par les attentes de Lorenzo. L'histoire va durer quatre ans. Concernant les violences sexuelles, la victime m'en fait ce récit, qu'elle intitule « La honte », des années plus tard alors que le travail de psychothérapie est entamé depuis quelques mois. Voici son texte. Quand je pense à la honte, je pense à lui, aux choses que je me suis sentie obligée de faire. Ma plus grande honte était l'une d'entre elles. Parmi toutes les choses qu'il a progressivement imposées dans notre vie sexuelle, c'est celle qui m'a le plus atteinte, marquée. Une fois son emprise établie sur moi et mon corps, me posséder ne lui suffisait plus. Il voulait que cela se sache. Il voulait m'exhiber. Il a commencé par me parler des expérience à plusieurs. Pour ceci, il nous avait inscrits sur une plateforme de chat en ligne où on peut discuter oralement ou par écrit avec une ou plusieurs personnes en simultané. Une personne était partante pour se rencontrer. Il a fait machine arrière. D'après lui, cette personne était plus intéressée par moi que par lui. Nous allons arriver au cœur du problème. À ce moment-là, je pensais qu'il avait lâché l'affaire. Il avait plutôt tourné son attention sur autre chose. Il a voulu que nous commencions à aller sur des salons, sur cette fameuse plateforme. Sur ces salons, n'importe qui peut se connecter, parler par écrit et choisir d'activer sa caméra ou non. Au début, c'était en simple observateur. Néanmoins, je devais tenir les rênes. J'avais l'ordinateur et il me disait quoi écrire. Il y avait principalement des hommes dans ces salons. J'attirais donc l'attention, même caméra éteinte. Les choses se sont escaladées à partir de là. D'abord, la caméra a commencé à être allumée, dirigée sur mon décolleté, sans que l'on ne voit mon visage. Puis un masque a été acheté pour que mon visage puisse apparaître, ainsi de suite. À l'apogée de la chose, nous nous sommes retrouvés en exhibition, en plein acte devant un homme en privé via cette plateforme. Le fait est qu'il prenait plaisir à faire de moi sa chose, m'exhiber devant des gens alors que lui seul pouvait m'atteindre. me dicter quoi dire à telle ou telle personne, à qui parler sur cette plateforme ou non. Il a amené ma sensation d'être sa chose à
SPEAKER_01un tout autre niveau.
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SPEAKER_00Avant de passer à l'analyse, j'aimerais commencer par une remarque sur l'intitulé de cet épisode, l'empreneur, parce qu'il s'agit d'un terme peu employé alors qu'il représente un profil d'auteur de violences interpersonnelles bien connu. L'empreneur, ou on pourrait dire l'empreneuse pour une femme, c'est une personne qui annexe le psychisme d'une autre pour des raisons qui lui sont propres, mais qui répondent toujours à la problématique d'un besoin pathologique de contrôle et de domination dans le rapport à l'autre. Être empruneur, c'est plus que prendre, c'est déposséder l'autre, s'approprier ce qui ne serait jamais donné. Alors vous l'aurez compris, dans ce podcast, il sera question d'emprise mentale et de suggestions, deux notions souvent embarrassantes dans le traitement judiciaire de ces affaires malgré leur évidente réalité psychologique. Et bien sûr, puisque décrypter et dénoncer les violences sexuelles sont au cœur de ce podcast, je vous propose dans cet épisode d'aller creuser la délicate question du consentement pour des actes sexuels que la victime dénonce, bien qu'au moment des Allez, encore un peu de patience, je vous explique tout ça plus en détail dans un
SPEAKER_01instant.
UNKNOWNMusique
SPEAKER_00Ma méthodologie qui consiste à relever les anomalies produites par l'auteur est mise en difficulté dans ce récit parce que, dans ce texte, la jeune femme n'exprime pas en détail les interactions autour des événements et fait peu mention de sa subjectivité, c'est-à-dire ses envies, ses opinions, ses impressions, ses réactions spontanées. La lecture du texte peut parfois donner l'impression qu'elle est absente de la scène. Aussi, pour cette situation, je vous propose de nous adapter à cette singularité pour aborder le récit d'une autre manière, par une analyse de texte. En effet, la partie rédigée par la jeune femme est courte, mais certains éléments implicites relatifs à sa psychologie et à la relation du couple avec Lorenzo transparaissent. Je vais vous expliquer. Comme toujours, commençons par analyser l'approche de cette auteur. Ici, elle se fait par la construction d'une relation qui se veut amoureuse, mais où la possessivité et la précipitation vers une vie commune donnent le la dès le départ. Je n'en conclus pas pour autant que cet auteur a créé la relation dans le but d'amener la jeune femme à des pratiques sexuelles qui impliquent des tiers, ce serait de la surinterprétation. Mais si on observe le déroulé, on peut dire que c'est par les spécificités de cette relation que la jeune femme s'est retrouvée en situation d'exhibition. On peut donc considérer que le type de relation induit par l'auteur a tenu lieu de mode d'approche. Cela car être juste un petit ami ne permet pas d'emmener son partenaire dans une sexualité qui ne lui convient pas. Le texte rédigé par la victime se concentre sur les violences sexuelles et ne relate qu'à peine la période de construction de la relation. Aussi, à défaut de pouvoir analyser cette étape, je vous propose de nous concentrer sur le discours de la victime en observant ce qui ressort du fond et de la forme de son texte. Avec regret, je ne peux pas appliquer l'analyse de contenu sur ce récit. Si vous ne connaissez pas, c'est une méthode de recherche en psychologie et en sociologie rigoureuse et systématique que j'adore. Je la trouve vraiment magique, j'aurais eu plaisir à vous en faire la démonstration, mais ici le texte est trop court. Donc je vous propose d'analyser ce récit de manière moins formelle, mais d'enrichir ensuite ces données par l'application d'autres outils comme mes observations cliniques et un questionnaire ou un test standardisé. Je vous en dirai plus dans un instant. Cela car on sait que les choix narratifs d'un individu sont révélateurs de sa psychologie. Les mots choisis, la syntaxe, l'utilisation de la voix passive ou active, la quantité d'adverbes, etc. Chaque mot est un choix, chaque partie de phrase et chaque phrase est un choix, chaque lien entre deux phrases est un choix, etc. Donc, les choix narratifs de la victime, sans doute pour l'essentiel convoqués de manière inconsciente, nous communiquent beaucoup d'informations sur les phénomènes psychologiques qui y sont associés. Ici, malgré un texte assez court et peu d'informations sur le déroulement des faits eux-mêmes, j'aimerais parvenir à vous démontrer le non-consentement de la et cela même si, en apparence, elle semble consentante au moment des faits de pénétration en situation d'exhibition. Sur le plan juridique, je ne sais pas quel chef d'accusation serait retenu. Avec mes mots, j'hésite entre deux options. La mise en exposition non consentie par un tiers a du foyeurisme, ce qui constituerait une agression sexuelle, donc un délit, c'est considéré comme moins grave qu'un viol. Ou si on peut retenir le viol, car il y a eu pénétration dans des circonstances où le consentement n'était pas libre. Je n'irai pas plus loin sur cette question car je ne suis pas juriste, mais si c'est votre cas et que vous êtes au fait de la jurisprudence sur ce sujet, n'hésitez pas à laisser un commentaire pour nous partager vos connaissances. Pour ma part, en tant que psychocriminologue, il s'agit à l'évidence des deux. Agressions sexuelles pour les exhibitions simples et d'un viol lors du coït final, sachant que dans les cas d'emprise mentale, la symptomatologie du trauma n'apparaît qu'à la sortie de l'emprise, avec chez la victime un discours et une perception qui resteront un long moment ambivalents. Cela car le processus peut prendre des années avant que la victime ne retrouve une pleine lucidité sur son ex-partenaire, l'empreneur, et les faits déroulés au cours de la relation d'emprise. Tant que la victime reste mentalement prisonnière, on observe chez elle un état dissociatif lors des actes non consentis librement. Elle peut se retrancher dans des pensées autres ou se focaliser sur une expérience sensorielle qui lui permet de s'extraire de la situation. Par exemple le chant des oiseaux ou le bruit de la rue si la fenêtre est ouverte. Pour rappel, en France, je le précise puisque j'ai également la chance d'être écoutée sur d'autres continents, la loi sur le viol a évolué depuis le 6 novembre 2025. C'est tout récent. Elle s'est précisée en incluant et en définissant la notion de consentement. Depuis cette date, il y a viol en cas de pénétration si le consentement n'est pas libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable. Libre et éclairé signifie que la personne doit être en pleine possession de ses facultés intellectuelles. Spécifique se rapporte aux conditions et au moment qui entourent la pénétration, ici la situation particulière d'exhibition lors du rapport sexuel. Préalable signifie que le consentement a été donné en amont temporel des faits pour exclure les effets de surprise. Révocable se rapporte à la possibilité de s'extraire de la situation à tout moment ou de ne pas donner suite à une promesse. L'ajout des conditions de consentement me semble particulièrement pertinent. Cela devrait faciliter la démonstration du viol et limiter le flou. Mais il pourrait rester une difficulté dans les cas d'emprise. En effet, si on se contente d'observer la situation en surface, on ne peut pas dire que la victime a été neutralisée ou qu'elle est empêchée de réagir, puisque sans être droguée, elle participe elle-même à l'action. Par ailleurs, on peut relever que juste avant les faits, il n'y a pas eu de menace par arme ni verbalement, que les faits ne sont pas consécutifs à une attaque surprise, pas davantage à une contrainte physique ni à une ruse sur le moment. Et voilà le piège. Si on se contente d'observer la situation en surface, on ne peut pas déceler la violence sexuelle à laquelle la victime est ici exposée. Pourtant l'enjeu est majeur, car si on se contente d'observer la situation en surface, on fait le jeu de l'empreneur. Ce dernier étant passé et spécialiste dans l'art de faire passer des vessies pour des lanternes et dans sa capacité à détourner les failles du système, qu'il soit affectif, culturel ou juridique. Cela pour se dégager d'avoir endossé la moindre responsabilité. Imaginez également la violence supplémentaire pour la victime qui non seulement ne serait pas comprise mais qui en plus serait accusée d'avoir consenti à quelque chose dont elle sort psychologiquement détruite. Si les procédures en justice parviennent plus facilement maintenant à identifier l'emprise et à la mettre en lien avec un consentement qui ne peut pas être libre et éclairé dans ce contexte, tout va bien. Sinon, j'aurais bien aimé ajouter deux éléments à la définition du consentement et préciser qu'il doit être libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable, et qu'il doit être donné sans condition d'échange ni chantage. Je sais, vous me direz que cela paraît redondant avec le qualificatif libre, mais évoquer, expliquer Le conditionnement à consentir pourrait déjouer plus facilement les situations de violences sexuelles sous emprise. Cela car l'empreneur peut encore, dans sa défense, chercher à créer la confusion entre les notions de compromis et celles de compromission. La première, le compromis, c'est un choix libre, un effort qu'on concède à son partenaire, dans n'importe quel couple sain. Mais pas la seconde, la compromission c'est autre chose, et nous y reviendrons. Aussi, en creusant derrière les apparences, j'aimerais vous montrer que dans cette histoire, la victime ne peut pas être consentante telle que la loi définit le consentement, car il y a bien une contrainte qui entrave sa liberté de consentir, celle de l'emprise mentale. On parle de contrainte mentale. Dans cette histoire, c'est l'analyse de la dimension psychologique qui démontre que la victime est empêchée de poser ses propres limites. Pour elle, la contrainte se joue de manière sournoise. Son consentement est soutiré par un tour de passe-passe qui sert les intérêts de l'empreneur au détriment de ceux de la victime, qui ne peut sur le moment en prendre conscience. Là, on est donc sur le qualificatif du consentement éclairé. Pour démontrer l'absence d'un consentement libre et éclairé, procédons par étapes. D'abord, il faut définir ce qu'est l'emprise et la distinguer de la manipulation. L'emprise, c'est un état mental d'annihilation, heureusement réversible, qui est mis en place par un tiers par l'usage de divers procédés de manipulation au long cours. Son but est de créer un état de suggestion chez une personne au profit de celui ou celle qui en prend les commandes. C'est-à-dire que progressivement, même si les effets de l'emprise peuvent être visibles assez rapidement, à partir de quelques semaines seulement, la personne sous emprise est dépossédée de sa personnalité jusqu'à devenir l'instrument des désirs de l'empreneur. La manipulation, elle, correspond à une tentative d'influence à un moment donné. La personne qui manipule, sans chercher à créer une emprise, agit au coup par coup. Elle cherche à embrouiller l'autre pour atteindre un objectif inavouable, bien que précis et plus circonscrit dans le temps. Les différences essentielles entre la manipulation et l'emprise sont donc l'intention du manipulateur, le temps d'exposition aux manipulations et l'importance des dégâts psychologiques. Quand on réalise qu'on est manipulé, on se sent idiot, on est en colère. Tandis que quand on a été mis sous emprise et qu'on sort de l'emprise, on se sent vide et démoli à l'intérieur. Bien, maintenant que ce cadre est posé, commençons par l'analyse du texte en tenant compte, bien sûr, de la consigne d'écriture que j'ai communiquée à la victime. Pour toutes celles et ceux qui m'écrivent, je tiens à ce que la consigne soit aussi peu contraignante que possible. Il faut que la personne se sente libre d'exprimer, sans inhibition ni censure, les faits, son ressenti et sa vision sur la situation. Dans ce cas précis, la jeune femme ne parvenait pas à évoquer, au cours de nos entretiens, les abus subis pendant cette relation, en dehors de la persistance d'un intense sentiment de honte. Je lui ai donc demandé « Écrivez-moi le récit factuel et vos émotions autour de cet événement que vous associez à la honte. Vous êtes libre d'écrire la quantité et de la manière qui vous plaira. Je pense que j'ai dû donner un repère de 4 à 5 pages à 4 au maximum, mais sans interdire d'en écrire plus si besoin. Bien sûr, la jeune femme ne savait pas que je ferais une analyse de son texte puisque je ne le savais pas moi-même. Alors d'emblée, le choix de la victime de ne pas évoquer son vécu subjectif dans la description des événements m'a semblé très parlant. Cette narration, plutôt inhabituelle, d'ailleurs vous avez peut-être vous-même ressenti ou pensé quelque chose de singulier en écoutant ma lecture du texte, et bien cette narration me semble justement révélatrice d'une absence d'implication psychologique de la jeune femme dans les fait énoncer. Son point de vue personnel n'apparaît qu'en introduction quand elle dit « parmi toutes les choses qu'il a progressivement imposées dans notre vie sexuelle, c'est celle qui m'a le plus atteinte » marqué. Et en conclusion du texte, quand elle écrit « il a amené ma sensation d'être sa chose à un tout autre niveau ». Remarquez au passage que « sa sensation » dépend de ce qu'en fait l'empreneur. Je ne sais pas pour vous, mais moi cette phrase m'a fait bizarre dès la première lecture. Pour dire la même chose, on aurait pu s'attendre à une autre formulation comme « j'ai fini par avoir l'impression d'être sa chose », « j'ai fini par être submergé par l'impression d'être sa chose » ou « ma sensation d'être sa chose avait atteint son paroxysme ». Quand on parle de soi, on emploie le pronom personnel « je » le plus souvent, non
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ici, la victime exprime malgré elle, à travers son récit, qu'elle agit sur la demande de Lorenzo, qu'elle s'exécute tel un automate à Elle est extérieure dans sa narration comme elle est au moment des faits extérieure à la situation. La jeune femme n'est plus le sujet de l'action lorsqu'elle écrit « la caméra a commencé à être allumée », « la caméra a été dirigée sur mon décolleté », « un masque a été acheté ». Nous relevons donc en premier lieu dans l'écriture une absence significative du sujet, voire une certaine forme de dépersonnalisation au moment de l'action. Ces éléments s'avèrent cohérents avec les effets de l'emprise. Ça, c'est un premier point. Si la jeune femme n'était pas aussi absente du récit, si on pouvait relever chez elle une forme de plaisir ou une part d'initiative, il pourrait s'agir d'une situation de couple normale où chacun trouve son compte dans une sexualité exhibitionniste entre personnes consentantes. Mais les désirs et les limites agis et posés par le partenaire mettent en évidence un profil psychologique singulier où l'exhibition a deux fonctions qui visent un même objectif. Elle est le moyen de dominer toujours plus sa partenaire car c'est lui qui dicte la conduite à tenir chaque mot, chaque geste, chaque environnement virtuel et l'exhibition apparaît aussi comme le moyen de dominer les autres hommes dans une mise en rivalité où il est le seul à toucher, à décider. On peut penser que dans sa tête, il doit se réjouir, voire jouir, d'être celui qui frustre les autres, celui qui inspire de l'envie. Les deux conjugués lui permettent d'atteindre son objectif, un éprouvé de toute puissance. Pour en revenir à l'emprise, si pour cet auteur l'autre doit être possédé, c'est qu'il n'est pas considéré comme une altérité, mais comme une chose qui s'inscrit dans le prolongement de lui-même, une partie de lui dont il dispose. D'ailleurs, la jeune femme écrit « à ce moment-là, je pensais qu'il avait lâché l'affaire ». C'est le seul commentaire personnel introduit au cours de la description des événements. Cette formulation, qui ne laisse toujours pas émerger explicitement un sentiment chez elle, en l'occurrence le soulagement, indique toutefois très nettement qu'elle ne peut pas elle-même se dégager des intentions de son conjoint. Elle subit Or, si elle ne peut pas se dégager elle-même d'une chose qu'elle ne désire pas, c'est bien qu'elle est sous contrainte. Ça, c'est un deuxième point. Autre indication qui ressort de ce récit, ce sont les éléments relatifs au pouvoir. Le pouvoir, non pas dans le sens du champ des possibles, mais dans celui de la domination. Quelques termes y faisant référence mettent en évidence une répartition systématique des rôles où la jeune femme est soumise tandis que son partenaire dirige. Quand lui est force de proposer, elle, elle ne prend pas d'initiatives, elle ne pose pas de limites, elle ne valide rien. Certains pourraient ici penser « oui, mais c'est un peu facile de charger l'autre, il suffit de l'écrire ». En effet, mais à l'évidence ici, la jeune femme ne triche pas. Elle n'est pas dans la victimisation, car elle ne dissimule pas qu'elle ne s'est opposée à rien. Et puis cette situation n'est pas compatible avec celle d'une co-construction, où les influences sont mutuelles, les limites et les initiatives sont partagées, ou tout au moins, elles peuvent l'être. auquel cas l'un et l'autre des partenaires n'est pas enfermé dans un rôle limitant. A noter que la jeune femme n'utilise jamais le mot ou le verbe pouvoir lui-même les concernant, à l'exception de cette phrase descriptive en toute fin de récit qui évoque le coït sous exhibition, celle qui met en lumière la gratification sexuelle recherchée par cet auteur. Lui seul peut m'atteindre, mais nous y reviendrons. Le champ lexical du pouvoir comprend six termes pour parler de lui. Il m'a imposé, me possédé, son emprise, il a voulu, lui seul peut m'atteindre et me dicter. Ce sont des termes qui se rapportent à la notion de propriété. Et j'en relève cinq lorsque la victime évoque sa propre situation, me sentir obligée, je devais, tenir les rênes, faire de moi sa chose et être sa chose. Il est ici question de devoir. 11 mots sur 348, soit 3,16%. Bien sûr, la mesure chiffrée est ici non signifiante, mais l'intérêt n'est pas dans les données quantitatives, il est dans la mise en évidence d'une opposition. Les termes employés par la jeune femme évoquent un pouvoir qu'elle subit et qui la met en devoir vis-à-vis de Lorenzo ou des voyeurs, quand Lorenzo, lui, est décrit dans l'application du pouvoir. Ça, c'est un troisième point pour attester de l'emprise, car c'est toujours une anomalie d'évoquer la question du pouvoir, dans le sens de la domination, dans un couple. Cette entité, le couple, est constitué de deux personnes qui ont construit une entente qui ne leur impose jamais d'adopter des comportements qui pourraient les blesser. Chacun peut librement exprimer ses limites et ensemble seront discutées des propositions de compromis qui respectent les limites de chacun. Si cette règle n'est pas à l'œuvre dans votre couple, je vous invite à le questionner. Manifestement, il y a un problème car le compromis banal dans un couple où chacun à son tour peut concéder un petit effort pour l'autre n'est pas la compromission qui, elle, est le fait de s'exposer soi-même à un préjudice ou à mettre en péril sa réputation pour accéder aux demandes du partenaire. La compromission signe une situation de chantage, de menace ou d'emprise. En conclusion sur ce point d'analyse, la quasi-absence du vécu subjectif dans son récit, la contrainte implicite qui pèse sur elle, le fonctionnement psychologique possessif et annihilant de son partenaire dans la relation et les éléments du texte relatifs à des rapports de pouvoir confirment la pertinence d'évaluer dans quelle mesure cette jeune femme présente les caractéristiques d'une personne à sujet Dans ce cas, il faudra considérer que l'emprise tient lieu de mode d'approche dans le cadre des violences sexuelles et que, par ailleurs, elle annule l'étape de l'attaque, car les faits surviennent dans la continuité d'un processus d'aliénation. À ce stade, un zoom sur le phénomène de l'emprise mentale devient nécessaire. Elle commence par l'admiration qu'une personne éprouve pour une autre, ce qui la rend particulièrement perméable à cette personne en même temps que, par contraste, elle se met à douter d'elle-même. Cet état d'admiration peut être facilité par une différence d'âge, de statut social ou la mise en avant d'une compétence ou d'une qualité qui paraît hors du commun, comme un côté rebelle, une brillante réussite intellectuelle, des compétences compétences reconnues dans un domaine, une posture particulièrement paternelle ou maternelle, ou encore une certaine forme de renommée par exemple. Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi que la personne admirée veuille mettre l'autre sous emprise, car il s'agit d'une démarche volontaire et consciente. Point qui est toujours le plus compliqué à faire admettre aux victimes en psychothérapie, car elles se sont persuadées, envers et contre toutes les évidences, que dans le fond leur empreneur quelqu'un de gentil, de fragile même. Elles sont pleines de compassion pour lui ou pour elle et lui trouvent toutes les excuses pour ne pas avoir à admettre qu'il les a abusées. Aussi l'empreneur, qui peut évidemment être une femme, doit vis-à-vis de sa victime faire croire à la grande histoire d'amour, rare et exceptionnelle, en usant de superlatifs et de comportements un peu fous. Ces éléments qui impressionnent la personne ciblée sont volontairement mis en avant pour voire exagéré, par celui qui cherche à mettre l'autre sous emprise. Et c'est bien le cas dans notre situation où la différence d'âge crée un ascendant sur la victime. Maintenant, pour préciser de manière plus rigoureuse l'emprise mentale, je vous propose de nous appuyer sur la définition proposée par la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse en 2016. L'emprise se caractérise par la mise en œuvre de pressions ou de techniques ayant pour but ou pour effet de créer Je pense que le terme exploiter est vraiment important. C'est à l'origine de dommages pour cette personne ou pour la société. Ensuite, la PJJ propose une liste de 9 indicateurs que je vais vous partager tout de suite. Et si 5 de ces éléments sont identifiés, on pourra dire que la personne est sous emprise. Alors attention, je vous précise que chacun des points que je vais citer maintenant est une conséquence de l'emprise et non une faiblesse individuelle préexistante qui prédestinerait une personne à être mise sous emprise. Donc premier point suggéré par la PJJ, une rupture imposée dans le rapport à soi et au monde antérieur. L'empreneur provoque des changements, des ruptures dans les comportements, les conduites, les jugements, les valeurs, les relations, des repères antérieurs sont occultés. Dans ces situations, le plus souvent, l'entourage vient alerter la personne sur le fait qu'il ne la reconnaisse plus, qu'elle a changé. Mais il est rare qu'elle en tienne compte, car elle peut déjà être dépendante de son mon preneur. alors l'entourage va progressivement s'éloigner, car la relation n'est plus ce qu'elle était, et surtout parce que l'empreneur déplait à l'entourage, en tout cas lorsque cet entourage est équilibré. Ce point semble validé par des éléments dans l'introduction. La famille qui s'inquiète, la précipitation pour s'installer ensemble, situation qui produit une rupture avec l'environnement de départ de la jeune femme. Deuxième point, acceptation d'être modelée dans sa personnalité, sa vie affective, cognitive donc dans sa manière de penser, relationnelle, morale et sociale, par des suggestions, des injonctions, des ordres, des idées, des principes, des valeurs, des doctrines imposées par un tiers, enfin imposées par l'empreneur. Et c'est le cas ici. La définition de ce point devrait aussi préciser dans la vie sexuelle. La victime a bien été modelée à s'impliquer dans la sexualité particulière de Lorenzo. Troisième point, adhésion et allégeance inconditionnelle, affective, comportementale, intellectuelle, morale et sociale à une personne ou à un groupe. Ceci entraîne une loyauté exigeante, une obéissance absolue, une crainte et une acceptation des sanctions, une impossibilité à croire possible un retour à un mode de vie antérieur puisque le présent est imposé comme seul légitime. On ne retiendra pas ce point puisque nous n'avons pas assez d'informations pour nous prononcer. Quatrième point, la mise à disposition complète, progressive et extensive de sa vie à une personne ou une institution. Ici c'est le cas avec le qualificatif « complète » qui renvoie jusqu'à l'intimité sexuelle. Cinquième point, une sensibilité accrue avec le temps aux idées, aux principes, aux prescriptions, aux injonctions et aux ordres de la personne ou du groupe qui a servi. C'est vrai qu'ici on voit une escalade des comportements d'exhibitionnisme mais on ne peut pas valider la question d'une sensibilité accrue chez la victime puisqu'elle s'exprime pas suffisamment sur un mode subjectif. Sixième point, dépossession des compétences de la personne par une anesthésie affective, une altération du du jugement, une perte des repères, des valeurs et du sens critique. C'est le cas ici où la victime ne participe plus à définir ce qui lui convient et ce qui ne lui convient pas. Septième point, altération de la liberté de choix qui peuvent devenir irrationnelles voire préjudiciables. C'est de nouveau le cas ici car la jeune femme n'a pas elle-même de fantasme d'exhibition. Huitième point, imperméabilité aux avis, attitudes, valeurs de l'extérieur, avec impossibilité de se remettre en cause et de promouvoir un changement. On ne peut pas se prononcer sur ce point qui n'est pas abordé dans le récit. Et enfin, sixième et dernier point, induction et réalisation d'actes gravement préjudiciables à la personne, actes qui antérieurement ne faisaient pas partie de l'avis du sujet. C'est évidemment le cas ici. femme n'avait jamais vécu d'expérience sexuelle impliquant des tiers et ne l'a jamais souhaité elle-même. Alors voilà, malgré une narration parcellaire, la présence de 6 des 9 éléments caractéristiques de la relation d'emprise apparaissent validés, les points 1, 2, 4, 6, 7 et 9. Et on peut pressentir la très forte probabilité que d'autres puissent être retenus. On peut donc dire que la victime était très probablement dans une situation d'emprise mentale lors des faits. La jeune femme était donc sous emprise, mais ensuite, que se passe-t-il
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SPEAKER_00En y repensant, après coup, la victime met en avant un sentiment de Alors prenons un instant pour décrypter cette émotion, la honte. Elle est éprouvée dans deux circonstances. Lorsqu'une personne se reproche de ne pas être à la hauteur, ici elle pourrait penser ne pas être à la hauteur pour se protéger elle-même, ou lorsqu'elle a été dégradée, humiliée par autrui, sans s'être défendue, sans révolte, sans refus. Je précise qu'il s'agit de l'interprétation que la jeune femme porte sur elle-même. Elle se reproche de ne pas s'être défendue. Il y a donc du reproche envers soi-même dans la honte. Et en effet, la douleur extrême qui émerge à la sortie de l'emprise est celle d'une mise en miroir de la victime sur elle-même qui découvre un champ de ruines associé à l'idée d'en être personnellement responsable. D'où l'importance que l'emprise soit reconnue par l'institution judiciaire. C'est elle qui, en reconnaissant la contrainte, aidera le mieux à soigner la honte. L'enjeu est de taille car cette souffrance peut être si grande que parfois, au bord de parvenir à sortir de la relation d'emprise, la victime décide pourtant d'y retourner pour échapper à ce rapport impossible avec une image d'elle trop dégradée. Ainsi, plus une personne reste longtemps prisonnière de l'emprise, plus dur sera le fait d'en sortir. Il faudra des circonstances souvent dramatiques ou exceptionnelles, comme l'intervention des services sociaux, la souffrance des enfants, la mise en précarité, la survenue de violences physiques ou d'une maltraitance de trop pour enfin permettre à la victime de se révolter. En fait, il faut que plane la menace de quelque chose de pire que la vision que la victime a d'elle-même pour s'en sortir. Quoi qu'il en soit, dans le quotidien de l'emprise, il est impossible à la personne assujettie d'imposer ses propres limites puisqu'elles sont abolies au profit des besoins de l'empreneur. L'emprise, c'est la mort du sujet pensant. Aussi, faut-il le rappeler, ce qu'une personne fait sous emprise appartient à l'intention de celui qui la manipule. En conséquence, cette jeune femme sous emprise a fait tout ce que l'empreneur désirait, comme un automate. Sa psychologie propre est paralysée par un état dissociatif qui l'empêche sur le moment de prendre pleinement conscience de l'atteinte dévastatrice des actes imposés à sa personne et à son corps. Sa participation aux faits d'exhibition ne peut être confondue avec un choix relevant du libre-arbitre et en cela, elle est victime de violences sexuelles. Comme je l'indiquais, dès le départ, il n'y a pas d'attaque dans cette situation, car c'est l'emprise qui permet à l'auteur d'amener progressivement la victime à valider des actes qui lui font pourtant violence. Aussi, à cet endroit, je vous propose de parcourir ensemble les techniques d'assujettissement qu'un empreneur va employer pour mettre l'autre sous emprise. A savoir que, il n'est pas nécessaire qu'elle soit toute présente pour mettre sous emprise. Parfois, seules les techniques les plus violentes sont convoquées. D'autres fois, seules les techniques les plus perverses, parce que discrètes et sournoises, sont utilisées. On aura alors un empreneur froid, distant, qui maintient le lien par le non-dit et la menace implicite du rejet ou de la rupture. Le plus souvent, certaines techniques sont quotidiennes, quand d'autres sont réservées aux situations d'exception, chaque empreneur ayant sa propre boîte à outils favori. D'ailleurs, avec le temps, l'empreneur peut faire progressivement l'économie de quelques techniques, usant des plus grossières, et ne redoublera d'efforts que s'il s'inquiète de pressentir sa victime en passe de lui échapper, à cause d'une nouvelle rencontre, de nouvelles influences potentielles, des soucis pour les enfants, etc. Voici donc ces techniques et attention la liste est longue. Ni elle est faite, créer des conflits sans fondement rationnel, mettre en échec tout compromis, créer une menace, de rompre la communication, de rejet, d'humiliation, de souffrance. Ici par exemple, on retrouve le conditionnement initial qu'a subi la victime, où son refus pour des rapports sexuels quotidiens était puni par une attitude désagréable et distante chez Lorenzo. Autre technique, créer des urgences pour empêcher la pensée, faire appel au fantasme, faire rêver, mais ne rien comprendre. concrétiser, produire des waouh par des actes extravagants malgré l'absence du respect de base qui, lui, est toujours conditionné à diverses attentes, empêcher de dormir, isoler la victime de ses proches, maintenir une relation unilatérale de pouvoir dans toute décision, dévaloriser, blâmer, humilier, harceler, exiger plutôt que demander, retourner les situations en leur contraire, par exemple la victime est pointée comme l'agresseur, se déresponsabiliser, surveiller, demander des comptes, se victimiser, faire violence physiquement, économiquement, administrativement, par exemple confisquer les papiers officiels ou les mots de passe pour accéder aux différents comptes, faire violence sexuellement ou via les espaces numériques ou sur le rôle parental. Si vous êtes concerné, si vous identifiez que vous subissez de telles manœuvres, même juste quelques-unes, même juste une seule, je vous invite à aller creuser cette question en réécoutant ce podcast ou en visitant toute autre source sur la violence conjugale. Allez, maintenant, voici ce qu'on peut conclure sur la gratification sexuelle de cet auteur, son profil psychocriminologique. D'abord, la dimension exhibitionniste. Manifestement, exhiber le corps de sa campagne dans un espace virtuel dédié aux rencontres à caractère sexuel agit sur lui comme un excitant. Il est important ici de relever que l'exhibition donne l'apparence d'impliquer le consentement de la jeune femme et s'adresse à des hommes intéressés. Car ces circonstances distinguent cet auteur de l'exhibitionnisme paraphilique. Pour celui-ci, l'excitation est conditionnée à un non-consentement de ceux à qui l'objet sexuel est exhibé. Par objet sexuel, j'entends une partie intime du corps, ça peut être aussi un mouvement qui mime quelque chose de sexuel, ou des éléments de langage obscènes comme la simulation vocale d'un orgasme par exemple. Dans le cas de l'exhibitionnisme paraphilique, c'est la réaction d'effroi des personnes victimes d'exhibition qui est recherchée. Je n'irai pas plus loin sur cette problématique de l'exhibitionnisme ici, car vous le voyez, ce n'est pas le sujet, mais j'aurai certainement l'occasion d'en dire davantage dans un autre podcast. Plutôt, ce qui est particulier pour cet auteur, c'est qu'en apparence, et cette précision compte, son passage à l'acte n'implique pas de non-consentement. Sur ce point, il me semble pertinent de faire le lien avec sa dynamique d'empreneur. Pour commencer, on observe une escalade dans les faits, où la communication et l'exhibition progressent vers des zones ou des actes toujours plus intimes, et cela sous la constante direction de Lorenzo. D'abord écrire des mots, puis les dire, puis afficher le décolleté, puis le visage masqué, puis tout le corps apparent, et enfin en situation de coït. L'exhibition devient aussi de plus en plus compromettante pour la jeune femme, car à la fin, le coït se fera visage apparent. Mais cette progression ne signifie pas que la situation lui échappe, au contraire, elle est révélatrice d'une obsession du contrôle. Cet auteur définit lui-même les étapes et le moment de les franchir. Et bien que la scène d'exhibition finale se fasse à visage découvert, le risque d'être reconnu et identifié est contenu par la privatisation du salon virtuel. On peut aussi penser que cette évolution graduelle a permis à cette auteur d'amenuiser la capacité de sa partenaire à s'opposer, car si elle a accepté l'étape précédente, elle peut sans doute faire plus facilement le pas suivant et ainsi de suite, on progresse dans l'exhibition. Aussi, avant tout, Lorenzo contrôle, comme tous les empreneurs ou empreneuses. Il contrôle l'autre et les situations dans une extrémité pathologique où il domine d'autant plus que les autres sont dépossédés. Regardez plutôt, sa compagne est dépossédée d'un consentement libre et de la moindre initiative personnelle dans un scénario tout entier dicté par Lorenzo. Et les voyeurs sont dépossédés dans le sens où on agite devant eux un objet de désir qu'ils ne pourront pas approcher. Ils peuvent voir sans toucher, car l'objectif est certainement de provoquer chez eux la frustration. Son plaisir est possiblement de s'imaginer les hommes spectateurs frustrés de le voir, lui, posséder ce que eux désirent. Cela les place en situation d'infériorité quand lui domine, profite, dirige. Tout comme je vous expliquais tout à l'heure que Lorenzo n'est pas un exhibitionniste paraphilique, ces hommes ne sont pas des voyeurs dans le sens de la paraphilie. Un voyeur, c'est une personne dont l'excitation sexuelle résulte du fait de voir ce qui ne veut pas être montré. Il y a une dimension nécessaire de non-consentement dans la paraphilie. Or, les hommes présents sur ces chats ou dans ces salons virtuels veulent voir ce qui veut être montré. Il est possible que ces hommes cherchent surtout de quoi stimuler leur vie sexuelle au travers d'échanges qui les impliquent, même si la rencontre reste virtuelle. Et pour cet auteur, il s'agit sans doute là d'un public idéal, car possiblement frustré. Et c'est cette frustration qui va apporter à Lorenzo l'éprouvé qu'il recherche. Souvenez-vous, il a bien été question à un moment de rencontrer un homme pour un rapport en réel. Mais Lorenzo a fait marche arrière, car il lui semblait que dans ces circonstances, lui serait éclipsé de la scène, l'attention de l'invité. étant supposément amené à se tourner de préférence vers la jeune femme. Donc cette situation où il n'est pas au centre ne lui convient pas. On peut envisager qu'il ait eu peur de perdre l'ascendant sur la victime en laissant un rival l'approcher de trop près. Mais à partir de l'ensemble des éléments observables, je pencherai plutôt vers l'idée que Lorenzo a pu considérer que cette situation ne serait pas assez génératrice de frustration pour l'invité, puisqu'il pourrait lui-même être acteur auprès de la jeune femme. D'ailleurs, Lorenzo a pu penser qu'au contraire, cette situation risquait d'éteindre la frustration de ce dernier. Or, sans frustration d'un tiers masculin pas de sentiment de domination, pas d'éprouver de supériorité possible. Cela pourrait expliquer pourquoi Lorenzo a redirigé les passages à l'acte vers sa zone de gratification sexuelle, le virtuel plus enclin à préserver la frustration des tiers observateurs. Cependant, en même temps que cet auteur contrôle, une chose de sa psychologie lui échappe. Il lui en faut toujours plus. Toujours plus de ce sentiment de domination dont son équilibre psychologique dépend. L'empreneur éprouve le besoin constant d'être rassuré sur le fait qu'il contrôle les autres, qu'il les domine, parce que cela éteint la menace que ses autres représentent pour lui. Il peut penser « tant que je domine, l'autre ne peut pas m'atteindre ». Il n'existe donc pas d'autre posture chez ce type de personnalité que celle du pouvoir. Or, pour être rassuré d'avoir le pouvoir sur l'autre, il faut l'agir sans cesse. Un peu comme une vérification compulsive pour s'assurer qu'il est toujours celui Évidemment, si on reste bien tranquillement, sans rien faire, ni rien demander, comment savoir si l'autre nous est toujours soumis, si l'autre nous craint
UNKNOWN?
SPEAKER_00Maintenir son pouvoir nécessite donc de rappeler sans cesse la menace. Ce fonctionnement est caractéristique dans la violence conjugale, familiale, où le partenaire maltraité peut faire tout au mieux pour satisfaire celui qui tyrannise, des crises soudaines et injustifiées se présenteront encore et encore. Ici aussi, à l'évidence, Lorenzo ne connaît pas d'autre manière d'être en relation. Soit il domine, soit il est en représentation face à des tiers auprès de qui il affiche un faux self pour camoufler son fonctionnement naturel d'empreneur. C'est un personnage clivé. Merci. Dans ce fonctionnement compulsif et évolutif, les abus deviennent de plus en plus graves, avec une escalade inévitable de la violence. Ainsi, sur ce type de profil, si la victime finit par ne plus pouvoir lutter, ou si elle est choisie avec déjà une très faible capacité à se défendre, comme une personne handicapée, déficiente intellectuelle, démente, le déchaînement de violence pour éprouver le pouvoir de domination peut finir par atteindre le stade de la torture physique et psychologique, voire la mise à mort. Bon, heureusement, toutes les personnes qui créent une emprise n'en arrivent pas là. Gardez cependant en tête que sont identifiés comme facteurs aggravants de maltraitance et d'exploitation de l'autre le niveau de perversité de l'auteur
UNKNOWN,
SPEAKER_00le niveau de vulnérabilité de la victime et la durée de la relation d'emprise qui peut enclencher un mécanisme addictif chez l'empreneur où l'assujettissement apparent ne suffit pas. Il lui faut sans cesse renouveler les violences pour constater le maintien de sa domination et le shoot émotionnel qu'il y puise pour se rééquilibrer psychiquement lui-même. Ici, plus spécifiquement sur la dimension sexuelle, la recherche du pouvoir est double. Elle s'exerce sur sa partenaire, qu'il manipule comme un pantin, et vis-à-vis des autres hommes, ceux qui sont invités à entrer dans l'intimité du couple. Il a besoin qu'il le jalouse et qu'il soit frustré, ce qui est, nous l'avons vu, une manière de les dominer. La rivalité se révèle aussi dans sa peur d'être dépossédé de son objet par un autre, raison pour laquelle les passages à l'acte restent virtuels. Les hommes sont pour lui des rivaux, donc des individus avec qui se joue une question de pouvoir et de réassurance. Dans sa masculinité, il est soit dominant, soit dominé. Pour lui, sur cette question, tout se joue dans la possession et l'exploitation sexuelle de la femme. En termes de dangerosité, l'auteur est certainement récidiviste car ses passages à l'acte sont indissociables de sa dynamique relationnelle de couple. Il est psychologiquement structuré d'une telle manière qu'il ne me semble pas envisageable que cet auteur puisse un jour s'inscrire dans une relation amoureuse respectueuse. Cela n'aurait non seulement aucun intérêt pour lui, mais en plus, cela lui serait d'une extrême pénibilité de devoir simuler le respect et l'intérêt pour la sensibilité de l'autre. En plus, dans une relation de respect, il ne pourrait plus se protéger de la menace de domination par les autres hommes. Cependant, dans certaines circonstances exceptionnelles, circonscrites dans le temps, si c'était son intérêt, comme une surveillance judiciaire ou une nouvelle rencontre, il pourrait sans doute simuler d'être un potentiel bon partenaire. Je pense toutefois que sa dimension possessive, contrôlante et envahissante
SPEAKER_01sera vite perceptible. Sous-titrage ST' 501
SPEAKER_00A noter pour conclure sur l'analyse, l'emprise n'est pas toujours destinée à aboutir à des violences sexuelles comme c'est le cas ici. Elle peut être mise en place pour d'autres raisons, de confort, économique, pratique, administrative, d'apparence sociale, par intérêt de carrière, etc. A chaque empreneur, son objectif ou ses objectifs. Car au-delà de leur stratégie d'emprise, les empreneurs n'ont entre eux qu'un point commun, un égotisme sans limite. Dans cette situation encore, ces violences sexuelles n'ont pas été rapportées aux autorités. Pour cet épisode, afin de rester dans un format adapté, je ne développerai pas d'autres notions de psychocriminologie que celles déjà largement abordées au cours de cette analyse sur l'emprise mentale. Au départ, je pensais vous présenter ici le contrôle coercitif, car c'est un concept qui définit de manière très pertinente l'emprise dans le couple et qui commence à prendre ses marques dans les procédures judiciaires pour violences conjugales en particulier. Cette notion parvient assez bien à démontrer l'emprise mentale en facilitant temps la collecte des preuves. Mais je réalise que l'histoire abordée aujourd'hui m'a amené à vous communiquer déjà beaucoup d'informations sur l'emprise. Je vais donc vous laisser les intégrer tranquillement et je développerai le contrôle coercitif dans un prochain podcast, c'est promis.
SPEAKER_01This may be the last fight we've faced
SPEAKER_00Pour clore ce podcast, qui j'espère ne vous aura pas paru trop long, je vais répondre à une question qui m'a été posée. Les auteurs repèrent les personnes vulnérables, celles qui ont déjà été victimes. Comment
UNKNOWN?
SPEAKER_00Avec leurs yeux ou avec leur instinct
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors, comme vous devez commencer à vous en rendre compte si vous suivez mon podcast, il existe une très grande variété de personnalités et de fonctionnements psychiques chez les auteurs de violences sexuelles. Certains sont froids, à distance émotionnelle, voire machiavéliques dans leur rapport à l'autre quand d'autres peuvent être touchants. Ces derniers apparaissent perdus, confus, fragiles, et voudraient ne pas faire de mal, malgré des pulsions qui les dépassent. Donc, dans un premier temps, il faut comprendre que tous les auteurs ne vont pas nécessairement passer par une plus ou moins longue étape de repérage à froid et en pleine conscience, comme on se l'imagine pour les prédateurs. Il y a parfois des auteurs impulsifs qui n'avaient pas anticipé de passer à l'acte et qui peuvent en être encore surpris après coup, au point de chercher à refouler la situation. Par ailleurs, les auteurs disposent comme tout le monde, comme vous, comme moi, d'une capacité innée à identifier une vulnérabilité chez un autre. Il suffit que l'autre s'exprime ou agisse d'une manière candide, insouciante, hésitante, avec une difficulté manifeste pour s'affirmer ou qui se réfugie dans l'évitement. Il existe beaucoup d'indicateurs très visibles de vulnérabilité comme l'âge, l'état mental, la personnalité, le handicap et bien sûr le fait d'avoir déjà été victime. Les personnes qui ont été victimes et qui n'ont pas soigné leur trauma vont adopter malgré elles des comportements caractéristiques comme la prise de substances psychoactives, alcool, drogue, médicaments, des conduites à risque ou autopunitive, une facilité à se placer en soumission au désir des autres, de la suggestibilité ou diverses manifestations d'une grande faille narcissique entre autres. Et ces comportements sont tout de suite repérés par certains auteurs car ils peuvent pressentir que la personne saura moins analyser ce qui lui arrive tant elle doute d'elle-même, elle saura moins bien se défendre et elle aura plutôt tendance à enfouir les abus plutôt que d'en parler. C'est une chose qui se saisit par instinct et ou par observation selon les capacités de l'auteur. Aussi, pour répondre à cette question, on peut dire que les auteurs, selon leur profil, ont plus ou moins recours au repérage. Pour ceux qui y ont recours, ils sont plus ou moins conscients d'être dans une phase de repérage et seront plus ou moins habiles à repérer les fragilités chez l'autre. Pour une prochaine rubrique « Vos questions », n'hésitez pas à m'interroger sur un point précis ou à me faire vos commentaires. A l'évidence, plus nous aurons d'interactivité, plus le contenu du podcast sera
SPEAKER_01intéressant.
SPEAKER_00Voilà, on arrive au terme de ce podcast Auteur de violence sexuelle derrière le masque. Je vous remercie pour votre écoute et on se retrouve très vite pour un prochain
SPEAKER_01épisode.