Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Bienvenue sur mon podcast. Je m’appelle Orane BAYART, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur des situations de violences sexuelles.
Dans chaque épisode, je vous partage une situation réelle de violence sexuelle qui m'a été décrite par la victime et j'en tire une analyse psychocriminologique sur le profil de l'auteur. Chaque situation me permet de vous communiquer des clefs de compréhension et de prévention sur les violences sexuelles.
Je réponds aussi à vos questions alors n'hésitez pas à me faire vos commentaires et à me partager vos récits par mail (oranebayart@hotmail.com) en suivant les consignes indiquées dans l'épisode d'Introduction.
Recommandations :
🔷 Je vous conseille d'écouter les épisodes dans l'ordre pour une meilleure compréhension car j'aborde dans chacun des notions que je reprends à la suite sans les réexpliquer.
🔷 Le contenu de ces podcasts peut heurter les personnes sensibles. Si le récit vous perturbe, restez à l'écoute de vos ressentis et faites une pause ou quittez le podcast pour vous préserver.
Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Episode 7 : Le chat
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Analyse d'un cas de violences sexuelles sur une femme majeure par une personne connue au moyen de la soumission chimique (situation réelle anonymisée)
Explications sur une notion de psychocriminologie : l'impact du partage des connaissances en criminologie sur les auteurs potentiels
Source musique : Free music Archive, International love (Album No kings), 2025, by Lpkejo (CC BY).
(Visuel généré avec l'assistance de l'IA)
Sous-titres par Juanfrance
SPEAKER_00Bonjour et bienvenue sur mon podcast, auteur de violences sexuelles derrière le masque. Je m'appelle Orane Bayard, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur les profils d'auteurs de violences sexuelles. Vous écoutez le septième épisode intitulé Le Chat.
SPEAKER_02Alors c'est parti, on démarre tout de suite. For all goodness and grace, this may be the last fight we face
SPEAKER_00Avant de vous partager la lecture d'une situation réelle de violence sexuelle, comme je le fais habituellement, je vais aborder avec vous la question éthique qui s'est posée à moi concernant le recueil du témoignage pour cet épisode et qui se répétera. Lorsque c'est la victime qui me partage son récit pour analyse, je n'ai que deux préoccupations assez simples. D'abord, qu'elle m'accorde l'autorisation de diffuser ce travail, ce qui jusque-là n'a levé aucune hésitation, Et mon autre préoccupation sera de m'assurer que le récit ne permet pas l'identification de la victime ou de l'auteur. Je change les prénoms, je n'évoque pas les lieux précis, etc. Cette étape aussi ne représente pas de difficultés particulières. Mais puisque mon objectif est de vous montrer, un épisode après l'autre, la très grande diversité des profils d'auteurs, cela pour sortir des clichés qui vulnérabilisent toute victime potentielle, j'ai besoin d'une autre source de témoignages pour enrichir la diversité des situations que je vous partage. Parfois, je pourrais me lancer dans la préparation d'un podcast avec le souhait de traiter un certain type de violence sexuelle. J'ai déjà suivi des personnes qui avaient subi ce type d'agression, mais on ne m'a pas demandé d'en faire l'analyse et ce n'est pas toujours le bon moment de le proposer non plus. La personne a besoin d'être prête pour recevoir ce type de retour. Alors voilà mon problème se dessiner. Comment faire un podcast sur telle ou telle situation de violence sexuelle sans un récit à analyser
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je pourrais faire appel à mon audience, mais cela supposerait qu'elle soit plus large qu'elle ne l'est aujourd'hui et d'accepter que cela impacte lourdement mon rythme de publication. Sinon, une autre possibilité à laquelle j'ai déjà eu recours une fois consiste à reprendre des témoignages anonymes déjà mis en ligne par la victime. Après tout, notre objectif est le même, informer sur les manipulations des auteurs, leur fonctionnement dans un but préventif. Oui, mais nous arrivons maintenant au cœur de mon problème. La victime a partagé son témoignage, certes, mais dans un cadre bien précis, pour une association, une structure, un blog. Elle n'a pas partagé son récit en anticipant que je pourrais le reprendre et le disséquer pour en faire un retour qui pourrait, sur certains points, aller à l'encontre de sa propre compréhension et éventuellement lui faire violence. Il n'est pas rare que les victimes ressentent une part d'empathie pour leur agresseur, qu'elles lui trouvent des excuses ou qu'elles continuent de se rendre en partie responsable de ce qui s'est produit, parce que cela les ménage, même encore longtemps après les faits. Et imaginez, moi, je viendrais comme ça, de nulle part, tout bouleversé pour elle. Non. Et plus grave encore, sachant que toute la problématique du trauma dans ces situations se joue sur le non-consentement, il est absolument inenvisageable d'exploiter un témoignage sans l'accord de la victime elle-même. Pour l'épisode du maître du jeu et ses compères, qui est déjà en ligne par exemple, j'avais eu l'occasion d'avoir un échange par mail avec l'autrice, puisque c'était possible de la contacter. Mais il est rare justement de pouvoir remonter jusqu'à la victime. Alors que faire
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai pris le temps de réfléchir aux quelques alternatives possibles pour respecter la victime, sachant que certaines étaient très insatisfaisantes pour moi. La pire étant de mélanger plusieurs témoignages pour n'en relater aucun réellement, car dans ce cas, bien que je protège les victimes, la vérité sur les auteurs disparaît. Non, plutôt j'ai décidé de reprendre un témoignage mis en ligne, un écrit, un audio, une vidéo, de préférence peu consulté ou un peu perdu dans l'abondance des ressources en ligne, et de transformer les éléments non impactants sur l'analyse du profil de l'auteur, parce que eux doivent rester solidement ancrés dans le réel pour préserver l'intérêt de mon analyse. De cette manière, j'empêche la mise en lien entre le témoignage de départ et mon travail tout en préservant la pertinence de celui-ci. C'est la procédure que j'ai appliquée sur cet épisode. Aussi, je ne vous donnerai pas d'indication pour vous renvoyer vers la source. Cela suppose que vous me fassiez confiance, mais je pense que c'est la meilleure option. N'hésitez pas toutefois à me partager vos idées et vos réactions en commentaire, on réfléchit toujours mieux à plusieurs. Bon, maintenant que ce point est précisé, passons à la lecture de la situation.
SPEAKER_01Only love
SPEAKER_00Voici donc le récit, en partie transformé, qu'une victime a partagé en ligne. Il est assez caractéristique des situations de viol avec soumission chimique, ou on dit aussi parfois sous-camisole chimique. Nous sommes en 2019, quelque part en France. C'est la fin de l'été, il fait beau et les jours s'étirent encore jusqu'en début de soirée. Une femme de 35 ans, dans une relation amoureuse à distance et maman solo, est invitée à dîner sans chichi chez un homme qu'elle connaît depuis des années. Appelons-le Patrick. Il se côtoie dans l'orchestre amateur qu'elle a intégré il y a 8 ans. Lui en était déjà un membre actif depuis qu'il avait emménagé dans la région, des années encore plus tôt. Ils partagent le même pupitre, c'est-à-dire qu'ils jouent du même instrument, mais ils ne sont pas assis côte à côte non plus. Dans les moments de relâche, il leur arrive de discuter à deux ou à plusieurs. Ils ont une bonne relation, sans attirance ni séduction. Rien qui ne distingue vraiment le lien qui les unit des autres relations entretenues au sein de l'orchestre. Lui se montre sympathique, rien de suspect ne transparaît dans ses comportements. Ce soir-là, la femme se rend chez Patrick. C'est la première fois qu'ils se retrouvent tous les deux, mais il n'y a pas de gêne. Il fait encore beau et il dîne dans le jardin. Depuis quelques mois, des changements importants ont lieu dans leur ensemble musical. Ils ont un nouveau chef d'orchestre qui ne fait pas l'unanimité et en réaction, certains musiciens s'en vont. Ils en discutent. L'échange est fluide, intéressant, ils mangent bien et boivent de l'alcool de manière très raisonnable. Quand la femme annonce qu'elle est prête à rentrer chez elle, il insiste gentiment pour lui servir un dernier verre au salon. Elle accepte et rapidement réalise qu'elle ne maîtrise plus très bien ses mouvements. Elle manque de tomber en se cognant sur la table basse lorsqu'elle se relève pour annoncer de manière plus décidée qu'elle part. Dès lors, Patrick se fait plus tactile et entreprenant. Il insiste pour qu'elle reste, guide ses mouvements pour la coucher sur le canapé et va même jusqu'à l'embrasser. Il paraît serein et ravi. Et la boucle se répète. Elle tente de partir, dit qu'elle ne veut pas rester, dit non quand il insiste pour qu'elle reste et lui la rattrape pour l'allonger sur le canapé qu'il avait préparé avant en le disposant de manière à lui compliquer la tâche pour s'en extraire. La femme se sent molle, sans force, et remarque qu'elle ne parvient plus à commander ses gestes. Lorsqu'il la pénètre, elle continue de s'opposer verbalement comme elle peut, mais se sent spectatrice de ce qui lui arrive. Je dois ici faire un petit aparté dans la narration pour vous préciser une chose. La pénétration elle-même n'est pas décrite dans le récit, et je ne peux pas demander à la victime de me préciser les choses. Les informations dont je dispose, que j'ai pu déduire de la suite du témoignage, a été déshabillée, probablement juste la culotte baissée, que le viol correspondait à une pénétration vaginale sans préservatif, avec possiblement une éjaculation. Allez, maintenant que c'est précisé, reprenons. Après les faits, la victime rentre chez elle, se douche et va se coucher. Au réveil, elle est confuse, se sent mal, s'interroge et c'est en appelant sa mère qu'elle réalise qu'elle a été droguée. Dans les jours qui suivent, elle va porter plainte. Lui dira qu'il y a bien eu un rapport sexuel mais que la victime était
SPEAKER_01consentante.
SPEAKER_02C'est ça.
SPEAKER_00Avant de passer à l'analyse, j'aimerais commencer par une remarque sur le viol avec soumission chimique. Il s'agit d'un passage à l'acte facilité par l'administration d'une substance psychoactive à l'insu de la victime. Psychoactive ou psychotrope signifie que la substance agit sur le système nerveux central pour le perturber et ou l'affaiblir dans ses sentiments, perceptions, sensations, humeurs ou commandes motrices. Ou alors même pour modifier l'état de conscience. Ces situations sont à distinguer de celles où il sera question de vulnérabilité chimique. Dans ce deuxième cas, c'est la victime qui a consommé de son propre chef des substances psychotropes et l'auteur y voit une opportunité car le passage à l'acte est plus facile avec une victime très affaiblie. J'en profite pour rappeler que même si la victime a consommé d'elle-même, son état de faiblesse compte comme une circonstance aggravante pour l'auteur. A aucun moment, consommer entraînerait la perte, même temporaire, du droit inaliénable au non-consentement. C'est même le contraire, on considère que la personne ne peut avoir consenti si son état de conscience était altéré au moment des faits. On est donc d'office dans une situation d'infraction, comme lorsqu'on s'en prend à un enfant. Peu importe ce que l'enfant a dit ou a fait, dans l'interaction avec son agresseur, il ne peut avoir consenti. Le discours contraire, c'est la culture du viol. Autre différence entre soumission et vulnérabilité chimique, l'effet après-coup chez la victime. En effet, on observe plus de culpabilité chez la victime en vulnérabilité chimique, elle se reproche de cette mise en vulnérabilité, et plus d'éléments de paranoïa chez celle qui a subi une soumission chimique, type peur de tomber dans un piège, d'un enlèvement, que les personnes autour d'elle cachent une double personnalité, et inversement. Ceci étant précisé, nous sommes bien ici dans le cas du recours à la soumission chimique qui implique d'emblée une spécificité chez l'auteur, celle d'une nécessaire étape de planification dans le mode opératoire. Allez, encore un peu de patience, je vous explique tout ça en plus en détail
SPEAKER_02dans un instant.
UNKNOWN...
SPEAKER_00Passons à l'approche pour commencer. Je vous propose une première question importante à laquelle répondre pour mieux cerner l'approche de cet auteur. Comment est-il présent dans le sens visible, remarquable et perçu dans l'environnement où il choisit sa victime
UNKNOWN?
SPEAKER_00On peut noter qu'il la repère dans un contexte qui lui est familier, même très familier, l'orchestre où il joue, un contexte d'appartenance. Là, il vise une femme de son âge qu'il connaît déjà. Alors moi ce qui me saute aux yeux tout de suite chez cet auteur et qui le distingue, c'est sa constance dans les relations qu'il entretient sur des années, dans le contexte où il choisit sa victime. Patrick passe bien dans un collectif, comme en tête à tête, il est d'humeur égale, il a su se construire un certain capital confiance auprès de ceux qu'il côtoie. Cette facilité à inspirer la confiance peut lui donner l'impression qu'il a l'embarras du choix pour trouver une victime parmi les femmes qu'il fréquente. Je l'imagine assez extraverti, très entouré, présent dans de nombreux groupes d'appartenance. Par exemple, il fait partie d'un orchestre, mais c'est aussi certainement un collègue très sympathique dans une grosse structure où il s'entend bien avec tout le monde. Il est aussi peut-être impliqué dans la vie politique de sa commune, fait partie d'associations, de celles des parents d'élèves. Même si le récit semble le dessiner dans une vie de célibataire sans enfant, puisque les faits ont lieu chez lui et qu'il était naturel qu'il y soit seul. L'homme est certainement faux dans une très grande proportion de sa vie, mais ne le ressent pas comme une contrainte, auquel cas je pourrais relever des comportements à mettre en lien avec une certaine frustration, des tensions intérieures. A mon avis, il est plutôt dans un faux self comme dans un jeu, qui lui permet d'avoir toujours un temps d'avance sur les autres, de maîtriser. Sa première arme relève donc de son faux self, celui d'un type amical, sympa, facile à vivre. En résumé, il apparaît comme un homme clairement désintéressé à qui les femmes peuvent faire confiance. Ensuite, son approche s'affine lorsqu'il propose à une femme de sa connaissance de venir dîner chez lui. Et nous voici au moment de discuter le choix de sa victime. On remarque tout de suite que ce choix n'implique pas de vulnérabilité. C'est une femme pleinement adulte avec un profil plutôt indépendant et qui me semble très équilibrée sur le plan psychologique. Ce que j'observe dans sa manière de se raconter, elle, lui, la situation et leurs interactions. Quel sera son mode opératoire, l'administration d'une substance sédative à son insu, moyen plutôt radical et imparable
UNKNOWN?
SPEAKER_00Cet auteur se permet de choisir une victime qui, en pleine conscience, saurait se défendre. Il est donc très en confiance sur son mode opératoire et se sent peut-être grisé par ce choix d'une femme non vulnérable. Au-delà de cette caractéristique, parmi toutes les femmes qu'il côtoie, l'auteur a pu, sur un point tout au moins, avoir recours à une étape de repérage. Pourquoi je pense ça
UNKNOWN?
SPEAKER_00Et bien parce que dans le scénario de cet auteur, la victime doit nécessairement venir seule chez lui dans des circonstances qui vont lui permettre de lui faire boire ou manger quelque chose. Et justement, une des caractéristiques de cette femme, c'est d'avoir une relation amoureuse à distance. Son amoureux vit dans une autre région. Et à mon avis, cela compte. Si l'auteur l'invite, elle, à venir dîner chez lui, elle ne risque pas en retour de lui demander si son conjoint peut se joindre à eux. Quand il invite cette femme, il a déjà la garantie qu'ils seront seuls tous les deux, condition sine qua non de son passage à l'acte. Il peut donc s'intéresser à la situation maritale des femmes qui lui plaisent physiquement dans son entourage pour saisir le bon moment de lancer son invitation. Elles peuvent être célibataires ou indépendantes par rapport à leur relation de couple, dans une configuration chacun chez soi ou si le couple est en crise par exemple. Vu le mode opératoire de cet auteur, la priorité semble porter sur la situation de couple de la femme repérée. Aussi, deux options sont possibles dans la fréquence du passage à l'acte si cet auteur est récidiviste. Soit il agit fréquemment, et donc cible avant tout des femmes qui accepteraient son invitation sans conjoint, sans la bande de copines inséparable, et dans ce cas, peu importe si elle n'est pas exceptionnellement jolie à ses yeux, Il sait qu'il ne peut pas tout avoir. Ou il agit moins souvent, mais en plus de cibler une femme qui viendrait seule, il se soucie qu'elle lui plaise beaucoup physiquement. Rien dans ce qui est relaté ne nous permet de nous prononcer sur ce point, notamment parce qu'à cause d'un très puissant faux self, on ne sait pas si cette femme lui plaisait particulièrement ou pas. Autre observation concernant l'approche, tant que sa victime est lucide, l'auteur reste dans son faux self, une apparence particulièrement efficace et investie puisqu'elle est restée indécelable depuis des années. depuis qu'ils se connaissent. C'est sa tenue de camouflage. Il n'y a pas eu de tentative de séduction ni aucun signal particulier qui aurait pu alerter la victime avant les faits. L'auteur n'a jamais cherché à avoir une relation amoureuse avec elle. Leurs échanges étaient pertinents, intéressants et il y avait du contenu qui ne donnait pas l'impression à la jeune femme que l'auteur prenait prétexte de lui parler pour l'approcher. Il ne semble pas surjouer ou camoufler des intentions particulières. L'invitation vient naturellement, sans aucun ressenti négatif qui n'alerte la femme. Sachant justement que la victime est fine dans sa psychologie, lui l'est nécessairement aussi. Il est très intelligent, maîtrise les codes interpersonnels et doit sembler très sûr de lui sans paraître arrogant non plus. C'est un type sympa en apparence, donc la victime n'a pas été imprudente en acceptant l'invitation. Elle n'a pas fait erreur, elle n'est pas vulnérable ni ambivalente. Il est juste très fort pour tromper les gens et pour contrôler et préméditer de très longues dates. Car son faux self, sa tenue de camouflage au quotidien, fait partie de son mode opératoire. A partir de là, il y a lieu de penser que toute sa vie est organisée autour de sa déviance. C'est un profil inquiétant, très probablement récidiviste, mais nous y reviendrons plus tard. Bien, nous avons déjà décrypté comment la victime a été repérée, pourquoi et sa mise en situation. Alors passons maintenant à l'analyse de l'attaque. Pour commencer, on peut dire que l'attaque est sournoise. Elle prend place au moment où l'auteur met une substance psychoactive dans le verre de la victime. Elle ne sait pas qu'une agression contre elle est déjà en cours. Aussi, l'attaque se fait à bas bruit dans l'organisme de la victime lui-même. Ce moyen permet d'éviter le recours à la violence, au compromettant quand la victime est connue, ou au discours manipulateur, celui-ci étant peu efficace sur une victime non vulnérable. La taxe opère dans la probable jubilation intérieure de l'auteur, qui se délecte de maîtriser la situation, d'autant plus que la victime, elle, ne va très vite plus la comprendre ni pouvoir s'en défendre. Pour mettre cet aspect de la psychologie de l'auteur en lumière, j'ai choisi de vous présenter le déroulé en m'appuyant ponctuellement sur une métaphore particulièrement ajustée à cette situation. C'est la notion de « je » qui me semble tout à fait correspondre à l'univers mental de cet auteur. C'est donc le moment de vous expliquer pourquoi j'ai intitulé cet épisode « Le chat ». Eh bien, parce que c'est ce que j'ai ressenti à la première lecture de ce témoignage. Un chat, c'est tout mignon et câlin avec les personnes de la famille, mais si vous avez déjà eu un chat, vous savez aussi qu'on ne le reconnaît plus lorsqu'il se met dans un petit coin pour jouer et chasser la souris. Cette représentation de notre petit félin domestique met bien en évidence cette dualité doux-prédateur, dans le sens où il prend plaisir à chasser, puisqu'il joue avec la souris avant de la tuer. Je fais le lien entre le clivage d'une face positive, socialement visible, et un agir pervers caché, avec une forme de banalisation trompeuse dans le sens où l'auteur poursuit ensuite sa vie comme si de rien n'était. Le chat aussi se cache pour jouer avec la souris. D'ailleurs, vous avez peut-être déjà observé comme il bascule soudain dans le stress si vous approchez de lui à ce moment-là. Tout d'un coup, vous êtes là et il a peur de perdre sa proie. Il vous fait de gros yeux et se crispe. Inutile de chercher à le caresser ou à lui parler gentiment dans cette situation où vous le dérangez. Ainsi, pour en revenir à la métaphore du jeu, ce moment de l'attaque, donc celui où l'auteur met sa drogue dans le verre de la victime et le lui tend, c'est l'étape de la distribution des cartes. A partir de là, les dés sont jetés. Il sait qu'il a le meilleur jeu. Quelles que soient les cartes piochées à chaque tour, au final, il gagnera. C'est imparable et il le sait. Pour lui, ce moment charnière est serein, peut-être jubilatoire, mais il n'en laisse rien paraître tant que la victime ne montre pas les premiers signes de faiblesse. Il est en contrôle et ne lâche pas son personnage bien sous tout rapport, sans garantie. Puis, Dès que la victime donne les premiers signes de perte de maîtrise, il l'approche de trop près, la retient, la touche et même l'embrasse alors qu'elle essaie encore de partir. Autour de ce moment de bascule, le contrôle de l'auteur sur lui-même et ce qu'il dissimule de ses intentions sont flagrants. Il ne serait pas surprenant que cela participe après coup à une certaine terreur enfouie chez la victime. une réaction péritraumatique très puissante au réveil, avec par exemple des hallucinations sensorielles qui rappellent les faits, un éprouvé dissociatif très angoissant et l'incapacité de se reconnaître dans un miroir, qui est en même temps une expérience perturbante, mais très fréquente après un trauma. Cela car sous psychotrope, comme en état dissociatif, la terreur peut avoir disparu du conscient, mais avoir agi ou agir quand même après coup. Les manœuvres manipulatrices de cet auteur se jouent davantage sur le contexte que sur la victime elle-même. Il est de ce genre d'auteur qui use des anomalies situationnelles, plus que de la manipulation directe sur la victime, trop facilement décelable, surtout par une victime qui sait réfléchir sans mettre en doute ses ressentis. Manifestement, protéger son apparence, le capital confiance qu'il inspire, est fondamental pour lui. Dans le passage à l'acte lui-même, l'auteur semble chercher à épuiser sa victime. Elle est dans un piège où tout ce qu'elle pourrait tenter se retourne contre elle. Lorsqu'elle cherche à partir, encore et encore, elle accélère la circulation sanguine dans son corps, ce qui en conséquence accélère l'apparition des effets sédatifs. A cet endroit, je vous propose de faire un petit point sur l'usage de la soumission chimique. Avec ce mode opératoire, l'auteur doit faire un choix entre abaisser le niveau de conscience de la victime pour affaiblir ses résistances et sa compréhension ou décider de plonger sa victime dans un état d'inconscience complet. Il arrive parfois que l'auteur obtienne l'un alors qu'il aurait souhaité l'autre. La victime est encore consciente alors qu'il la voulait endormie ou inversement. Et cela nous informe sur le fait qu'il contrôle mal. Nous sommes donc ici dans la première situation, quand l'auteur veut abaisser le niveau de conscience de la victime. Et les motivations peuvent être de deux ordres. Soit l'auteur est intéressé par les aspects pratiques facilitant de la soumission chimique, soit il est intéressé en regard de sa gratification sexuelle. Dans le premier cas, lorsque l'auteur est intéressé par les aspects pratiques, il peut vouloir affaiblir les défenses de la victime pour faciliter son passage à l'acte et prétendre ensuite qu'il a cru qu'elle était consentante car elle était consciente et elle ne s'est pas débattue. Donc c'était un rapport consenti. Dans ce cas, l'auteur se soucie exclusivement de se dégager en cas d'accusation. Il n'a pas peur de la plainte ni que la victime ait conscience d'avoir été abusée. Il y a là quelque chose d'un mépris pour la victime et de ce qu'elle ressent, car il assume être un agresseur à ses yeux, et indirectement, il lui fait comprendre qu'il s'en moque. Dans ce scénario, l'auteur n'a pas de raison de se retenir d'éjaculer, car en cas de dénonciation de la victime, sa stratégie consiste à dire qu'elle avait consenti, tout en avançant un certain nombre de clichés de la culture du viol, du type, quand une femme va passer la soirée en tête à tête chez un homme, elle sait qu'il attend d'avoir une relation sexuelle avec elle, et en acceptant l'invitation, elle reconnaît qu'elle aussi. Mais non, rien de ce qu'une personne fait avec une autre ne vaut un consentement tacite pour un rapport sexuel. Même enlacer, même embrasser quelqu'un, même se déshabiller ou s'allonger l'un contre l'autre ne signifie pas que la pénétration va de soi. Jamais. L'espace pour dire non, dire stop, doit toujours exister. Rappelez-vous à ce titre des caractères spécifiques et révocables du consentement. D'autres fois, parmi les motivations pratiques, l'auteur peut chercher à créer la confusion chez la victime pour qu'elle croit ou qu'elle doute d'avoir consenti. Dans cette hypothèse, l'auteur se protège avant tout de la manière avec laquelle la victime va le percevoir. Il se soucie de l'après et souhaite que la relation avec la victime ne soit pas entachée par l'événement et que son image à lui reste préservée parmi leurs pairs. Ça, c'est pour les motivations pratiques, celles qui guident le mode opératoire. Dans le second choix, c'est le type de gratification sexuelle de l'auteur qui justifie l'emploi de la soumission chimique. Et à mon avis, c'est de cette motivation qu'il est question ici, où le jeu avec la victime est évident. L'état de semi-conscience où se trouve la victime est la parfaite et l'indispensable mise en situation pour jouer. Le viol, dans tout autre contexte, ne lui apporterait certainement aucune satisfaction. La victime doit chercher à partir sans pouvoir y parvenir et sans pouvoir comprendre sur le moment ce qui se joue vraiment. Cet auteur ne cherche pas à se faciliter le passage à l'acte, car sa recherche de gratification sexuelle s'y superpose et domine. Le jeu compte plus, le jeu est nécessaire. Un autre intérêt recherché par certains auteurs, comme dans l'affaire Pellicot, dans l'usage des psychotropes, c'est la recherche d'un état d'inconscience complet chez la victime. J'aborderai dans un autre épisode cette situation car il s'agit d'une autre problématique, plus proche des auteurs de viols meurtriers. Ces auteurs qui recherchent l'inconscience complète doivent faire attention de ne pas tuer la victime avec une dose de psychotropes trop puissante, ce qui arrive parfois. La démarche est plus dangereuse sur le plan médical et la gratification sexuelle plus sinistre encore. Dans notre situation, je n'ai pas pu m'entretenir avec la victime pour questionner l'après. Comment s'est comporté l'auteur au sein de leur orchestre
UNKNOWN?
SPEAKER_00Comment a-t-il réagi à la plainte, à la confrontation s'il y en a eu une
UNKNOWN?
SPEAKER_00Je manque d'éléments pour aller plus loin. Mais à partir de son attitude au moment des faits, je pense que l'auteur souhaitait avant tout un état de conscience altéré chez sa victime parce que cela correspond correspond à son terrain de jeu favori. Sinon, il aurait pu droguer sa victime plus tôt ce soir-là et aurait pu laisser s'échapper une certaine forme de violence ou de contraintes plus marquées envers la victime, en lien avec la frustration qui se libère. Dans ce cas, on s'attendrait à ce qu'il lui dise des choses blessantes, rabaissantes ou méprisantes au moment du passage à l'acte. Or, la victime raconte bien qu'il était ravi, satisfait, dans ce temps qui entourait le viol. Comme je l'ai déjà évoqué, par l'usage de la drogue, l'auteur n'a pas besoin d'employer la force ou la menace, ni la manipulation verbale, tous ces moyens étant plus ou moins compromettants pour l'auteur quand il est connu de la victime, ce qui est le plus souvent le cas. L'auteur peut également éviter d'avoir à créer un effet de surprise, c'est un moyen qui suppose en plus une grande maîtrise dans le mode opératoire. Ainsi, pour nombre des auteurs qui emploient la soumission chimique, l'avantage est de pouvoir se comporter normalement face à la victime. Ils sont dans la ruse. Le passage à l'acte est facilité et la victime peut douter d'elle après coup, à défaut d'avoir remarqué quelque chose de bizarre chez l'auteur. À présent, il est temps de faire un petit point didactique sur la soumission chimique. Contrairement à l'idée reçue, le GHB, qui est un dépresseur à action rapide, dénoncé dès les années 90 comme la drogue du violeur, n'est utilisé que dans une toute petite minorité des cas rapportés, autour de 8%. Plus souvent, on observe dans la soumission chimique l'usage de l'alcool, des anxiolytiques, sédatifs, des inhibiteurs et amnésiants. Parmi les substances les plus souvent identifiées, trouve la kétamine, l'AMDMA, aussi appelé ecstasy, c'est un désinhibiteur hallucinogène hypnotique, ou le tramadol, par exemple, un opioïde prescrit comme analgésique, dérivé de l'héroïne. Chaque substance ou chaque mélange de substances peut donner lieu à des effets différents sur la victime, sédatifs, hallucinogènes, amnésiques, etc., C'est important de le dire même si vous pourriez légitimement me poser la question, mais pourquoi parler des différentes substances utilisées et de leurs effets
UNKNOWN?
SPEAKER_00N'est-ce pas prendre le risque de donner quelques pistes aux auteurs de violences sexuelles
UNKNOWN?
SPEAKER_00Pour moi, ce partage de connaissances, qui reste quand même ici assez superficiel puisque je ne suis pas pharmacienne, est indispensable. Parce que les informations qui ont circulé pour décrire les effets du GHP, perdre ses capacités motrices puis perdre complètement conscience, ne correspondent pas ou très peu à la réalité de la plupart des cas de soumission chimique. Même chose avec l'affaire Pellico dont on a beaucoup parlé et qui renvoie aux situations où il y a une perte de conscience complète. Le risque alors, c'est que les victimes ne parviennent pas à faire le lien entre ce qu'elles savent de la soumission chimique et ce qu'elles ont vécu et ressenti lors d'une agression, ou si un ami ou une amie vient leur rapporter ce qu'il a subi. pour demander des conseils. De toute façon, l'auteur qui veut vraiment savoir saura, et pour le reste, l'intérêt préventif l'emporte largement ici. Mais nous aurons l'occasion de revenir tout à l'heure sur le sujet dans la rubrique des notions de psychocriminologie. Vient le moment de développer la question de la gratification sexuelle chez cet auteur, facilement déductible de son mode opératoire. Manifestement, comme nous l'avons vu, il a besoin que sa victime soit affaiblie mais consciente. Dans son récit, elle raconte qu'elle a pu se souvenir de tout ce qui s'est passé à son réveil. Cette application de la soumission chimique distingue notre auteur du pervers absolu qui, lui, est dans la négation totale de l'autre. Ce dernier aurait plus tendance à violer une victime totalement inconsciente, réduite à l'état de chose, voire de glisser vers la nécrophilie, qui est la situation où l'attrait sexuel se fixe sur des cadavres. Évidemment, cette dernière option est très spectaculaire, mais ce n'est pas du tout le cas ici, où il n'y a ni négation de l'autre, ni haine, ni rage, ni même colère. Ce qui apparaît correspond davantage à un certain mépris pour la victime. Parce que cet auteur se moque que la victime puisse comprendre qu'il s'est joué d'elle. Pour schématiser, il semblerait que dans son esprit, de manière bien camouflée des regards de l'entourage, cet auteur pourrait se dire « on a joué une partie j'ai gagné et qu'elle aille se faire voir si elle n'est pas contente. Mais bien sûr, il ne laissera jamais paraître les choses de manière aussi franche. Il doit continuer de coller à son personnage de bon copain. Ainsi, il s'amuse en piégeant une victime dans son jeu qui consiste à l'y retenir en sachant dès le départ qu'il arrivera à ses fins. Il ne l'a pas droguée dès l'apéritif ni pendant le repas, non. Il a attendu qu'elle soit prête à partir et le dise pour ouvrir le jeu. il a attendu le moment où il est évident qu'elle ne veut pas être intime avec lui. En effet, quand l'une des personnes est intéressée par l'autre dans le cadre d'une soirée en tête à tête, chacun peut rester sur la retenue jusqu'à ce que la séparation toute proche s'annonce. Et là, c'est la pression qui découle d'être bientôt au moment de se dire au revoir qui va donner le courage à l'un ou à l'autre de provoquer un rapprochement. Dans la situation qui nous intéresse, lorsque la victime évoque son départ, elle ne manifeste rien de ce type et lui non plus. Il y a donc quelque chose d'un nécessaire non-consentement dans ce que recherche l'auteur. La montée de son plaisir repose sur ce moment de jeu qui nourrit son sentiment de toute puissance parce que lui maîtrise pendant que la situation échappe à sa victime qui ignore tout de ce qui se joue à ses dépens. Il n'est pas en recherche de soulager une frustration sexuelle dans l'absolu, ni vis-à-vis de cette femme en particulier, sinon, comme je l'ai déjà évoqué, la pénétration serait survenue très vite dès les premiers effets des psychotropes, et ces derniers auraient certainement été donnés plus tôt dans la soirée. Non, il a été patient, il a attendu le bon moment pour lui donner la drogue, puis il a encore pris le temps de jouer avec les tentatives de résistance de la jeune femme qui cherchait à partir. La victime le décrit comme normal pendant le repas, et on peut imaginer qu'il se réjouissait secrètement de ce qui l'attendait, car s'il avait été dans l'inquiétude de son passage à l'acte à venir, il est fort probable que la victime l'ait trouvé anxieux, qu'elle ait relevé des signes de nervosité ou d'inconfort chez lui. Il est manifestement dans un parfait contrôle émotionnel, une parfaite dissimulation de ses réelles intentions. Ce soir-là, il contient son excitation derrière une façade dont la normalité ne laisse rien paraître. Je pense qu'il n'a jamais compté répéter son passage à l'acte sur cette victime. Cela car il choisit une femme qui n'est pas vulnérable et parce qu'il ne cherche pas à l'aménager après coup, ni à la mettre dans la confusion, la manipuler, elle. Sur le plan de son mode opératoire, il ne manipule que des éléments de contexte, l'invitation chez lui, la disposition de son canapé, le dernier verre avec un sédatif, pour créer la situation propice au passage à l'acte qui lui convient. Il ne ne cherche pas à affaiblir la capacité de la femme à comprendre qu'elle a été abusée. Bien sûr, comme le plus souvent avec la soumission chimique, face aux autorités, l'auteur ne reconnaît pas l'effet de viol et prétend que le rapport était consenti, attitude qui a nécessairement impacté la victime, donc il remet en question la parole face à des tiers qui comptent, la police et la justice. Il ne l'aménage pas dans l'après-coup, et voilà pourquoi je pense que cet auteur n'agit que par des one-shots. Son plaisir peut donc également nécessiter que chaque partie de jeu suppose un nouvel adversaire. Maintenant, concernant sa stratégie. Comme nous l'avons vu dans un épisode précédent, il y a les choses qu'un auteur fait pour réussir son passage à l'acte, ne pas être identifié ou dénoncé, donc des décisions pratiques, aussi appelées choix rationnels, et il y a ce que l'auteur fait parce que c'est ce qui donne du sens à son passage à l'acte, ce qu'il recherche vraiment, ce qui est au cœur de sa source d'excitation. C'est la gratification sexuelle. Et parfois, ces deux versants, s'organiser, se protéger versus s'organiser, se faire plaisir se chevauchent. Dans ces cas-là, selon la personnalité, l'auteur sera soit brouillon et négligent dans l'une ou l'autre des étapes ou sur l'ensemble, soit il devra prendre le temps de trouver des stratégies, le plus souvent par anticipation, pour tout combiner. Dans cette deuxième alternative, on retrouve plutôt des profils d'auteurs contrôlants et plus en capacité d'élaboration intellectuelle. C'est le cas justement de notre auteur dont la gratification sexuelle nécessite de connaître la victime, car il est excité par le fait de jouer avec la limite du moment où il fait tomber le masque, de jouer avec l'ambiguïté du moment et de la relation qui bascule vers quelque chose qui échappe à la victime. Là, il pourrait penser quelque chose du genre Elle ne veut pas mais moi je sais que ça va lui arriver parce qu'elle ne pourra pas indéfiniment s'opposer et je jubile en attendant qu'elle capitule. Il est dans un jeu psychologique qui n'implique que lui et le non consentement de la femme. Il n'envisage pas d'aller chercher son consentement, même par la manipulation. Non, il ne veut pas la conquérir, il veut gagner la partie. En effet, faire une conquête, c'est s'approprier l'autre ou une partie de l'autre. Or ici, l'intérêt de cet auteur est de gagner contre un adversaire, ce qui permet de désirer quelque chose de l'autre tout en le gardant à distance, la victime en l'occurrence. Cette gratification sexuelle implique la non-dissimulation de son identité à la victime. car il faut justement choisir une personne qu'il côtoie assez pour savoir qu'elle n'est pas intéressée par lui, mais qui est quand même assez proche pour accepter une invitation à dîner en tête à tête sans ambiguïté. S'en prendre à une inconnue le priverait de la partie de jeu, car dans ces cas-là, l'auteur brutalise le non-consentement et ne joue pas avec. Voilà pourquoi il n'y a jamais eu de tentative de séduction de sa part vis-à-vis de la victime, enfin en tout cas c'est ce que je pense. Elle lui plaît, peut-être physiquement, mais avant tout et sans surprise, ce qui l'intéresse c'est jouer avec son non-consentement. Pas le combattre, pas le faire disparaître, jouer. Elle doit donc rester consciente, mais affaiblie. Il aime entamer une partie en sachant qu'il a la carte maîtresse dans son jeu et qu'il gagnera quoi que la victime tente de jouer. Tout cela ressemble assez à une personne qui porte en elle des traits marqués d'obsessionnalité, c'est-à-dire qui va inconsciemment être guidée par une symbolique psychologique qui vise à garder l'autre à distance affective, car l'autre est une menace au contrôle qu'il a besoin d'exercer sur son environnement et sur son équilibre personnel. Nous sommes à nouveau dans une élaboration psychanalytique, mais le tableau semble pertinent. Si on tire le fil, cela implique l'omniprésence du contrôle, peut-être des tocs, c'est auteur est peut-être maniaque en préoccupation sur sa personne, son apparence. La victime ne le dit pas, mais j'aurais aimé la questionner sur ce point. Avant de conclure sur l'analyse de cette situation, je vous propose de faire un point sur celle des risques. Pour la victime, nous n'avons pas ses antécédents de vie, mais nous savons qu'elle est dans la trentaine, qu'elle mène une vie stable et équilibrée, qu'elle arrive à parler des faits à son entourage très rapidement, à agir en allant porter plainte et en acceptant d'être examinée dans son intimité ainsi que de fournir un échantillon capillaire. Pour le reste de l'évaluation de la victime, la façon très clairvoyante avec laquelle elle raconte son histoire et le fait qu'elle n'a pas fait d'erreur d'interprétation ni avant ni au moment des faits me donne à penser qu'il s'agit d'une femme psychologiquement équilibrée, entendée par là non marquée par des situations d'abus ou de traumas antérieurs. Sa lucidité, son âge et sa personnalité m'amènent à considérer que son degré de Rappelez-vous cette logique, plus une victime est en capacité de se défendre, plus les moyens employés par l'auteur seront forts et compromettants, à moins que la gratification sexuelle de l'auteur nécessite la violence, auquel cas il peut frapper fort même sur une victime très vulnérable. En ce qui concerne les risques pris par l'auteur, il est pour moi certainement récidiviste, car il fait montre d'une très grande maîtrise de la situation et de ses affects. Bien qu'en général ce soit un gars apparemment sympathique, manifestement il cache la vérité de son fonctionnement psychologique qui lui a besoin de sentir qu'il domine. Il y a donc tout lieu de penser qu'il a ponctuellement besoin d'un passage à l'acte pour soulager l'effort investi au quotidien dans son faux self, ou alors le faux self est la conséquence d'un besoin récurrent de passage à l'acte. Il choisit une victime dans son entourage quasi quotidien, une victime non vulnérable, ce qui le narcissise sans doute au passage. Il y a préméditation avec l'invitation dans un contexte idéal au passage à l'acte, l'installation du canapé en amont et parce qu'il avait à portée de main de quoi droguer la victime. Cet aspect de préméditation, de plan machiavélique, de piège venant d'une personne en qui la victime avait confiance est particulièrement traumatisant pour elle et inquiétant du point de vue de sa froideur. Je pense que sa dangerosité se situe quand quelque part entre modéré à élevé, faute d'assez d'éléments sur sa vie à lui pour être plus précise. Il me reste une chose à ajouter sur mon travail sur ce récit. D'habitude, à la fin de mon analyse, je demande toujours un retour à la victime. Assez souvent, elles me disent qu'elles sont étonnées par la pertinence des points mis à jour et s'étonnent même parfois que mes inférences correspondent précisément à des choses qu'elles n'avaient pas pensé à mentionner ou qui font émerger des éléments jusque-là sous amnésie. Bien sûr, ce retour est toujours agréable mais surtout, il me conforte dans mes déductions parce que mon travail et ce n'est pas de la magie. Je me contente de mettre en lien du ressenti des observations rationnelles, pragmatiques et un bon bagage de connaissances sur la psychologie. Mais dans notre cas aujourd'hui, je ne peux pas entrer en contact avec la victime et lui demander si mon analyse lui parle, si elle fait écho à ce qu'elle a effectivement vécu. Cela me laisse moins assurée sur mes conclusions, certainement un peu frustrée aussi. Pour autant, j'ai pratiqué l'exercice de la même manière, avec la même rigueur, et finalement, je considère que c'est la part à
SPEAKER_02concéder. American, arise from your sleep. Sous-titrage Société Radio-Canada
SPEAKER_00A noter pour conclure sur l'analyse, cette situation a été rapportée aux autorités mais je n'ai pas d'informations sur les suites judiciaires. La victime relate une prise en charge de grande qualité avec un OPJ, donc un officier de police judiciaire très à l'écoute, attentif à son état psychologique, fragile et qui lui a donné les bons conseils en l'envoyant rapidement subir un prélèvement capillaire pour que soit réalisée une analyse toxicologique et pour être reçue par un médecin légiste qui a identifié des lésions dans le vagin qu'on J'en profite pour vous donner quelques informations sur les analyses toxicologiques. Le délai pour réaliser un test capillaire en recherche de substances psychoactives est de 4 à 6 semaines après l'effet selon les molécules qu'on va rechercher. Le prélèvement sanguin est très parlant, précis, mais le temps écoulé depuis l'effet ne doit pas dépasser les 12 heures, ce qui est quand même très court. Il est aussi possible de demander une analyse des urines et d'en faire un test. ce cas la victime à 24 heures après les faits pour agir. Dans ces deux derniers cas, donc sanguin et urine, ces délais relèvent presque malheureusement d'une mission impossible si on tient compte du fait que le premier réflexe chez la plupart des victimes va consister à se doucher et se coucher le plus vite possible après les faits pour tenter d'effacer symboliquement au moins l'expérience traumatique, l'oublier. Si vous avez vécu une situation de ce type qui vous a laissé dans une confusion sur votre état mental au moment des faits, voire si vous avez constaté une amnésie inexplicable, ne perdez pas de temps à douter tout seul dans votre coin. Les jours sont précieux et aucun auteur de soumission chimique ne peut empêcher que votre corps et vos cheveux, à minima, gardent la trace de son effet. Saisissez cette arme pour vous défendre, à savoir toute personne peut se présenter au service médico-légal de tout CHU pour demander des prélèvements et constatations sans obligation de
SPEAKER_02porter plainte.
SPEAKER_00Passons maintenant à la notion de psychocriminologie pour cet épisode. Je vous propose de discuter l'influence éventuelle de mes analyses, ou plus généralement des partages de connaissances sur les passages à l'acte criminels, sur les auteurs potentiels. On pourrait se demander dans quelle mesure ce que je partage représente une ressource d'information utile pour les auteurs qui voudraient perfectionner leur passage à l'acte. J'ai effleuré le sujet au moment de vous faire la liste des sujets couramment utilisée dans les affaires rapportées aux autorités sur la soumission chimique, même si je ne suis pas rentrée tellement dans le détail. Mais je vous propose ici d'aller un petit peu plus loin car cela participe à vous expliquer comment fonctionnent les auteurs de violences sexuelles. On va retrouver deux cas de figure. Celui qui tombe un peu par hasard sur les informations qui vont l'intéresser et celui qui va les chercher. La démarche n'est pas la même et en dit long sur leur différence de personnel Commençons par celui qui va chercher les informations. Tout de suite, on peut dire que c'est une personne qui a un recours aisé au contrôle, à l'anticipation, à la préméditation. Dans cette catégorie-là, un certain nombre va déjà éprouver une forme d'excitation dans cette étape, car elle est le prémice de son prochain passage à l'acte. Imaginez que vous avez un rendez-vous prévu dans quelques heures avec la personne que vous désirez le plus au monde, peut-être même une figure inaccessible du show business, c'est à peu près ce que pourraient ressentir ces auteurs. Leur excitation est amplifiée par l'interdit, la transgression qui rend l'objet de leur désir plus intense encore. Avec ce type d'auteur, on ne peut pas empêcher La recherche d'informations pointues tend leur détermination est grande. Je sais que certains documents d'analyse et de référencement sont tenus secrets par les autorités pour éviter que ces savoirs soient déployés, mais personne ne peut empêcher que l'auteur le plus déterminé intègre même jusqu'à la police ou les laboratoires d'analyse scientifique pour y accéder quand même. Chez ces auteurs, en tout cas ceux qui sont le plus déterminé et calculateur, on observe que toute la vie, du sujet a été construite pour assouvir ces pulsions criminelles. Ceux-là ont quelque chose de machiavélique en eux qui fait peur et qui est d'autant moins décelable qu'ils sont intelligents, prévoyants et efficaces grâce à leur hyper contrôle des risques. Évidemment, ils font peur, mais je pense qu'aujourd'hui, la plupart finiront un jour par se faire prendre, car ils ont tendance à passer de plus en plus à l'acte avec le temps, à prendre trop confiance en eux et se sentir intouchables. Ils développent le plus souvent un rapport addictif au crime. Donc oui, ils font peur, mais ils ne sont qu'une toute petite minorité. Il n'existe pas de données statistiques puisqu'on ne pourrait jamais appréhender l'ensemble des auteurs de violences sexuelles, mais en m'appuyant sur tout ce que je sais sur le sujet des violences sexuelles, j'estimerais leur prévalence à 3 à 5% au grand maximum de tous les auteurs. De votre côté, si vous avez accès à des chiffres plus officiels, n'hésitez pas à nous les partager en commentaire. Et pour résumer sur ce type d'auteurs, oui, c'est embêtant de leur partager en même temps qu'à tous pour la prévention nos savoirs de criminologues, mais de toute façon, ils iront chercher les informations d'eux-mêmes. Alors autant miser sur le bénéfice de la prévention, car le risque zéro n'existe pas. C'est triste à dire, mais l'objectif ne peut pas être de faire disparaître l'évoluance sexuelle La tâche est inaccessible, on peut seulement œuvrer pour en réduire la fréquence et la gravité. Deuxième cas de figure, nous avons les auteurs qui ne cherchent pas d'informations mais qui, à l'occasion, retiennent ce qu'ils entendent sur le sujet des violences sexuelles pour leur compte. Pour cela, il existe, entre l'information reçue et l'usage de celle-ci, un filtre qui va en moduler l'efficacité. C'est-à-dire que ces auteurs agissent davantage avec ce qu'ils sont qu'avec des savoirs qu'ils appliquent dans leur passage à l'acte. Cela les rend moins efficaces. Certains vont même, au contraire, faire des erreurs compromettantes en essayant d'appliquer des mesures de protection. Cela parce que les connaissances, même très pointues et justes qu'ils s'approprient, ne correspondent pas à leur zone de confort à leurs compétences, certaines notions leur sont instinctivement acquises, ils ont appris tout seuls ou par apprentissage à force du passage à l'acte, plus ou moins opérant, quand pour d'autres auteurs, qu'on leur dise ou pas, ils ne parviendront pas à intégrer les connaissances à leur agissement. Avec cette catégorie d'auteurs-là, nul doute que l'intérêt de la prévention fait pencher la balance bénéfice-risque très largement en faveur du partage de connaissances au public dans son ensemble. Dans ceux qui entrent dans cette catégorie, il y a aussi ceux qui ont des pulsions mais qui ne passent pas à l'acte parce qu'ils ont trop peur de se faire prendre. Ceux-là vivent une interminable lutte intérieure et pour limiter la montée de la frustration, peuvent se mettre à boire, prendre des toxiques ou vivre de manière dangereuse, chercher la bagarre pour s'anesthésier. Ainsi, pour conclure sur ce sujet, quoi qu'il en soit des informations qui sont partagées, il faut se rappeler que la principale motivation du passage à l'acte pour n'importe quel auteur de violence sexuelle, ce n'est pas de maîtriser les risques, d'ailleurs certains sont quasiment dans l'autosabotage, mais de rechercher la gratification sexuelle. L'auteur opère un calcul, plus ou moins réussi, sur les précautions à prendre pour éviter d'être identifié et ou dénoncé. Mais cela n'empêchera pas le passage à l'acte si le besoin d'atteindre la gratification sexuelle domine sur les risques à prendre.
UNKNOWNOnly love Oh, oh, oh
SPEAKER_00Pour clore ce podcast, je vais répondre à une question qui m'a été posée. A quelle fréquence avez-vous prévu de poster les nouveaux épisodes
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors c'est une très bonne question puisque j'ai mille peines à me fixer moi-même à un rythme sur cette activité. J'aime beaucoup passer du temps à analyser les récits et à enregistrer mes podcasts, mais c'est un passe-temps très chronophage, je pense qu'on peut aisément se l'imaginer. Je peux y consacrer une heure dans la journée quand c'est possible, une soirée de temps en temps et une journée complète le week-end. aussi entre une pratique professionnelle à temps plein et le souhait de garder de l'espace pour ma vie privée, c'est un rythme à prendre. Pour l'heure, et grâce à votre question qui m'impose de prendre une décision sur ce sujet, je propose de m'engager sur un rythme de diffusion d'un nouvel épisode tous les mois avec une variance possible, un peu plus si je prends des vacances et un peu moins sur des périodes moins chargées
SPEAKER_02professionnellement.
SPEAKER_00Voilà, on arrive au terme de ce podcast Auteur de violence sexuelle derrière le masque. Je vous remercie pour votre écoute et on se retrouve très vite pour un
SPEAKER_02prochain épisode. The earth belongs to us, the people