Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Bienvenue sur mon podcast. Je m’appelle Orane BAYART, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite ici à me suivre dans mes analyses sur des situations de violences sexuelles.
Dans chaque épisode, je vous partage une situation réelle de violence sexuelle qui m'a été décrite par la victime et j'en tire une analyse psychocriminologique sur le profil de l'auteur. Chaque situation me permet de vous communiquer des clefs de compréhension et de prévention sur les violences sexuelles.
Je réponds aussi à vos questions alors n'hésitez pas à me faire vos commentaires et à me partager vos récits par mail (oranebayart@hotmail.com) en suivant les consignes indiquées dans l'épisode d'Introduction.
Recommandations :
🔷 Je vous conseille d'écouter les épisodes dans l'ordre pour une meilleure compréhension car j'aborde dans chacun des notions que je reprends à la suite sans les réexpliquer.
🔷 Le contenu de ces podcasts peut heurter les personnes sensibles. Si le récit vous perturbe, restez à l'écoute de vos ressentis et faites une pause ou quittez le podcast pour vous préserver.
Auteurs de violences sexuelles, derrière le masque
Episode 8 : Quand Baba Yaga rencontre le vautour
Use Left/Right to seek, Home/End to jump to start or end. Hold shift to jump forward or backward.
Analyse d'un cas de violences sexuelles dans le contexte d'une alliance perverse par une personne connue et un complice sur un garçon mineur (situation réelle anonymisée)
Explications sur une notion de psychocriminologie : le contôle coercitif qui met en lumière les mécanismes d'emprise mentale ou de harcèlement.
Source musique : Free music Archive, International love (Album No kings), 2025, by Lpkejo (CC BY).
(Visuel généré avec l'assistance de l'IA)
Let go your superstitions and your silly conspiracy theories This is real god damn it, this is real and you are part of it Whether or not you accept it, you are part of it Oh you
SPEAKER_01lazy masses arise Bonjour et bienvenue sur mon podcast Auteur de violences sexuelles derrière le masque Je m'appelle Orane Bayard, je suis psychologue clinicienne et psychocriminologue. Je vous invite à me suivre dans mes analyses sur les profils d'auteurs de violences sexuelles. Vous écoutez le huitième épisode intitulé « Quand Baba Yaga rencontre le vautour ». Alors c'est parti,
SPEAKER_00on démarre tout de suite
UNKNOWN!
SPEAKER_01Pour cet épisode, je cherchais un témoignage pour illustrer la notion d'alliance perverse que l'on retrouve dans certaines situations de violence sexuelle, en particulier lorsque les victimes sont des enfants ou des personnes particulièrement vulnérables. Aussi, avant d'en entamer la lecture, je dois vous prévenir. Mes histoires ne sont jamais joyeuses, mais dans cet épisode, comme c'était aussi le cas dans celui des loups en particulier, éprouvant à relater et ils le seront à l'écoute. Tellement éprouvant d'ailleurs que j'ai d'abord envisagé de modifier certaines données, voire de ne pas les mentionner, mais cela impactait trop la compréhension des auteurs. Donc, j'ai décidé de conserver cette partie de vrai, mais j'encourage les âmes sensibles à s'abstenir si elles ressentaient le moindre malaise. J'ai bien sûr limité la description des faits eux-mêmes au strict nécessaire. Il est inutile de détailler le sadisme pour comprendre qu'on y est. Voici donc le récit, en partie transformé, qu'une victime a partagé en ligne. Nous sommes en 1993, quelque part en France. Léo vit exclusivement avec sa mère qui a toujours refusé de lui révéler l'identité de son père. Un jour c'était un voyou qui l'a abandonné, un autre le coup d'un soir alors qu'elle était ivre. Léo grandit dans un cercle restreint, aux seules personnalités exubérantes que fréquente sa mère, bien placée dans l'univers mondain de la haute couture. Lui, seul enfant au milieu des galas et des défilés, se sent comme un pantin qu'on habille sur mesure et qu'on s'amuse à faire défiler en tenue de fillette ou de spectacle à paillettes. Sa mère lui répète comme elle l'aime fluée et délicat et le met en garde de ne pas devenir une brute comme tant d'hommes. Pour l'éduquer dans ce sens, elle l'inscrit à des activités de fille tandis que lui aimerait qu'elle l'oublie quelque part un jour pour être placée en famille d'accueil et pouvoir enfin se sentir libre. Puis, lorsque Léo a 13 ans, il part en vacances avec sa mère dans un club très sélect sur une île des Antilles. Là-bas, un vacancier de 30 ans les aborde et très vite, la mère le redirige vers Léo. Il est séduisant, athlétique, et elle le perçoit comme l'homme idéal pour initier son fils à l'homosexualité. Elle organise un rendez-vous le soir même, dans leur bungalow, et y laisse Léo, nu et effrayé, seul avec l'homme. Ce dernier commence par lui mettre des claques sur les fesses, puis lui impose une fellation avec violence. L'enfant vomit. L'homme l'insulte, lui dit qu'il est une petite pute, une tapette, et de manière très crue qu'il va le sodomiser. Il s'exécute sans aucune précaution pour l'enfant qui en gardera des séquelles physiques dans son intimité. En le retrouvant, sa mère manifeste sa réjouissance et dit qu'il faut fêter l'événement. Cette situation de violence va se répéter encore trois fois avant la fin du séjour. Le petit garçon grandit malgré toute la symptomatologie traumatique, peur, phobie, problèmes érectiles et troubles persistants sur son identité et son orientation sexuelle. Après plusieurs tentatives de suicide et d'autres situations de violence sexuelle dans le milieu gay, il décide, le jour de ses 23 ans, de couper définitivement les ponts avec sa mère. Il conclut dans son témoignage que son plus grand soulagement aura été de refuser l'héritage de cette dernière, celle-ci étant décédée précocement dans un accident de voiture.
SPEAKER_00Sous-titrage ST' 501
SPEAKER_01Avant de passer à l'analyse, j'aimerais commencer par une remarque sur la parentalité. J'observe souvent, chez les personnes ayant été abusées enfants par une personne connue, des dysfonctionnements parentaux. Mettre un enfant au monde ne s'appuie que sur des aptitudes physiologiques, tandis qu'être parent relève exclusivement de la psychologie. On peut être handicapé physiquement et assumer très correctement la mission parentale. En revanche, si la psychologie du parent est bancale, à cause de troubles de la personne avec un fonctionnement anormalement auto-centré, d'une anxiété envahissante, d'un recours pathologique au contrôle, d'addiction, de schémas de pensée inadaptés, d'impulsivité, d'un manque d'empathie, etc., la sécurité de l'enfant peut être menacée. Il est habitué, à des contextes et des interactions inadaptés et en conséquence, il peut ne pas identifier ni réagir correctement au danger. Il est moins surveillé, moins protégé et moins capable de se défendre ou de demander de l'aide. Et ça, les auteurs qui procèdent au repérage dans leur mode opératoire le relèvent instinctivement. Attention toutefois, l'inverse n'est pas vrai. Tout enfant abusé n'a pas forcément des parents défaillants, car il y a des auteurs qui ne font pas de repérage, d'autres qui agissent justement lorsque l'enfant est loin de ses parents, et d'autres encore tellement arrogants qu'ils jouent sciemment avec le risque de s'en prendre à un enfant bien entouré. Dans la situation que je vous partage aujourd'hui, on est, comme dans certains cas d'inceste, dans le paroxysme de la responsabilité parentale, car c'est la mère elle-même qui organise le viol de son enfant. Heureusement, des mères de ce type, ce n'est pas fréquent, mais ça existe. Autre élément important à noter, toutes les situations d'abus sur un enfant ne sont pas forcément motivées par des pulsions pédophiles. Il peut s'agir d'autres déviances, d'autres intentions criminelles, comme cela me semble être le cas ici. Mais allez, encore un peu de patience, je vous explique tout ça plus en détail dans un instant.
SPEAKER_00Bien,
SPEAKER_01dans cette situation, j'ai de nouveau plusieurs protagonistes qui se répartissent les rôles. Cela me demande chaque fois de prendre un temps de réflexion pour organiser mon analyse. En effet, c'est l'homme qui viole mais la mère est plus que complice, elle est instigatrice du viol de son enfant. En première lecture, l'homme apparaît davantage comme un bras armé, mais pas seulement, car ce n'est pas si simple. En réalité, nous avons ici un couple d'agresseurs sadiques, une alliance perverse, raison pour laquelle je parlerai de co-auteurs. Pour organiser mon analyse, j'ai décidé de développer le profil psychocriminologique de la mère au fur et à mesure du décryptage de la phase d'approche, car elle y tient une place prépondérante, même si globalement ils sont indissociables l'un de l'autre, et je développerai davantage sur l'homme à partir de l'attaque, lorsque la mère aura symboliquement laissé le champ libre au vautour. Ensuite, nous irons plus loin sur la dynamique entre les deux agresseurs avant de conclure Conclusion sur les notions de risque. Bien, maintenant que le cadre est posé, comme toujours, on démarre par l'approche. Cette étape consiste à relever les moyens qu'a employé l'auteur pour entrer en contact avec sa victime et se mobiliser ici par les co-auteurs pour placer l'enfant dans une situation propice au passage à l'acte. Dans cette histoire, nous sommes dans une situation de co-construction du passage à l'acte parce que la mère et l'homme ont chacun besoin de l'autre pour réaliser son fantasme. Et pour aller plus loin, je vais essayer de vous montrer qu'en dépit des apparences, l'enfant ici n'est qu'un prétexte, car le fantasme qui fait de ces deux individus des co-auteurs, ce n'est pas tant la violence sexuelle que l'alliance perverse. Je vais vous expliquer tout ça dans un instant. Pour l'heure, dans l'approche, la première donnée à relever c'est la situation de grande vulnérabilité de l'enfant. Il y a son âge bien sûr, à 13 ans c'est encore un enfant sur le plan affectif et qui en plus est en pleine préadolescence, donc soumis à l'influence des hormones, de son corps qui change avec son sexe qui grossit, les poils qui apparaissent, etc. Cela dans le carcan des attentes maternelles qui le délicat comme une fillette. Alors on imagine bien le trouble pour cet enfant dans ses relations aux autres et à lui-même, à son image. Mais plus encore que son âge et les perturbations de la préadolescence, ce qui rend l'enfant particulièrement vulnérable, c'est sa mère. Alors je ne vais pas y aller par quatre chemins, vous l'avez déjà certainement compris vous-même, cette femme a toute la panoplie de la perversion narcissique. Pour rappel, ce tableau clinique n'est pas répertorié dans les classifications officielles de psychiatrie, mais on observe bien dans la clinique des individus disposant d'une personnalité narcissique, qui elle est et bien une entité psychopathologique reconnue, et à laquelle s'ajoutent des traits de perversité, et non pas de la perversion, car ce terme renvoie en psychanalyse aux déviances sexuelles. Là, la perversité, elle, c'est une appétence pour faire le mal. Pas juste voir quelqu'un souffrir, mais faire soi-même souffrir quelqu'un. Le résultat attendu étant de se sentir puissant. Le discours intérieur de ces personnes-là ressemblerait à quelque chose comme « je suis au-dessus des autres parce que c'est moi qui définis ce qu'ils ressentent ». Ainsi, le pervers peut décider d'épargner une personne et s'en prendre à une autre juste parce que cela lui renvoie que, premièrement, c'est de lui seul que tout dépend et, deuxièmement, que cela relève d'autant plus de sa toute-puissance qu'il n'y a aucune raison rationnelle d'épargner une personne plutôt qu'une autre. Nous sommes là dans le degré le plus extrême du narcissisme. C'est une problématique ancrée à la source même du fonctionnement psychique de l'individu. Ça ne se soigne pas. Les gens que je reçois qui ont dans leur entourage une personne perverse, un parent, un conjoint, un hiérarchique, ont du mal à admettre que leurs proches, qui leur semblent avoir de bons côtés, pas juste ça en plus, il est ça. Si vous ôtez la partie de perversion narcissique de l'individu, il disparaît. C'est un peu comme un problème de malfaçon grave dans les fondations d'un bâtiment. Vous pouvez tenter de faire tous les travaux du monde sur le bâtiment lui-même, il menacera toujours de se fissurer ou de s'effondrer. Pour les troubles de la personnalité, c'est la même chose. Au mieux, selon son intérêt, le, la pervers narcissique peut inhiber certains de ses comportements malveillants dans les situations à risque, mais il, elle, ne pourra jamais se départir de ses pulsions, toutefois toujours maîtrisées, et de ses intentions perverses, de ses besoins psychologiques dysfonctionnels. Son absence de scrupules, de sens moral et sa toxicité pour les autres sont irrémédiables. Bien, alors voyons ensemble dans notre récit les éléments qui révèlent la personnalité perverse narcissique de la mère. Pour commencer, comme je l'ai déjà évoqué, il y a le fait de jouir de la destruction de l'autre. Effet encore amplifié ici parce que l'autre est son propre enfant. En d'autres termes, c'est une mère sadique. Elle a beau rationaliser, c'est-à-dire fournir une raison soi-disant logique pour justifier ses conduites aberrantes, en convoquant des préoccupations éducatives, organiser le viol de Léo, c'est vrai, à le détruire. Cela nous mène directement à un autre élément pathognomonique, c'est-à-dire qui établit avec certitude et à lui tout seul le diagnostic. Ici, la perversion narcissique, même si comme je vous l'ai déjà dit, ce n'est pas une entité officielle. Donc là pour le coup, élément pathognomonique, c'est la transgression des interdits fondamentaux, qui est LA motivation de tout pervers. On retrouve dans cette catégorie l'inceste, le viol, l'intrusion dans un logement, dans un corps, dans le jardin secret d'un proche, le meurtre, l'exploitation humaine, le cannibalisme, etc. Ici la mère fait intrusion dans la sexualité de son enfant par la violence. Je trouve qu'on est même à la limite de ce qu'on pourrait qualifier de conduite incestueuse. Pour bien comprendre l'ampleur de la dimension destructrice de l'événement pour l'enfant, il faut vous représenter que la mère a sciemment cherché à atteindre cet extrême transgressif. Et pourquoi
UNKNOWN?
SPEAKER_01Parce que seul un extrême transgressif peut produire une douleur extrême chez l'enfant. C'est donc l'objectif. D'abord une terrible douleur physique bien sûr, mais aussi et surtout une douleur psychique complètement invivable qui ne le quittera plus. Et c'est l'intensité extrême de cette douleur qui va permettre à la mère d'atteindre le sentiment de toute puissance qui constitue sa motivation dans l'organisation du passage à l'acte et qui est chez elle un besoin quasi primaire. Tout ce qui crée chez elle un désir doit trouver son assouvissement. Cette quête est un élément caractéristique de la perversion narcissique. C'est un petit peu le moment où on se rend compte que la mythologie, les contes pour enfants qui regorgent d'horreurs absolues n'ont rien de surnaturel. Ces personnages correspondent presque des fois au tableau clinique de certains hommes, de certaines femmes. La mère doit, comme toute personne perverse narcissique, se prendre pour une entité plus grande que tous les hommes réunis et pour le vérifier, elle appliquent à faire la pluie et le beau temps dans la vie des gens qui l'entourent. Sous des apparences charismatiques, voire énigmatiques parfois, en fascinant son entourage, elle décide de ce que les gens ressentent pour elle, et gare à ceux qui se montreraient distants, ou alors pire encore, indifférents. En psychanalyse, on parle très à propos de la manie du contrôle, car ces personnes sont obsédées par les opportunités de se sentir en contrôle sur la vie des autres. C'est c'est-à-dire normalement sur un terrain qui ne leur appartient pas. Elles décident des unions, des désunions, des échecs, des réussites, etc. Pour exercer leur pouvoir destructeur, elles doivent toutefois cacher leur vraie nature. Transformer le réel, c'est ce qui les rend si redoutables. Aussi ces personnes se façonnent en parfaite connaissance de cause, une image positive, elles se constituent un fan club. L'autre facette en est si éloignée, le contraste apparaît si machiavélique que lorsqu'un jour quelqu'un révèle leur vraie nature, personne n'y croit. Et ainsi, l'entourage dirait « Mais comment
UNKNOWN?
SPEAKER_01Elle, la mère parfaite, très investie, qui veut le meilleur pour son fils, organiserait le viol sauvage de celui-ci
UNKNOWN?
SPEAKER_01Mais vous délirez, c'est tout le contraire
UNKNOWN!
SPEAKER_01Elle l'habille en tenue de grand luxe, elle est très investie pour qu'il bénéficie d'une éducation raffinée, qu'il rencontre des gens importants, qu'il passe ses vacances dans des endroits paradisiaques, etc. » Autre signe qui conduit au diagnostic, les éléments caractéristiques de l'emprise mentale sur l'enfant. Léo est tout bonnement interdit d'être lui-même. Il est façonné, formaté, téléguidé par les rationalisations misandriques de sa mère. Nous reviendrons d'ailleurs juste un peu plus loin sur ce point. Il le dit lui-même, il fantasmait que sa mère le perde pour être adopté par une famille d'accueil et se sentir enfin libre. L'enfant développe des fantasmes de liberté car justement il est prisonnier de sa mère. Autre point dans cette panoplie perverse, c'est l'absence complète de sens moral chez cette femme qui aggrave d'autant la vulnérabilité de l'enfant. Mais ce n'est pas un déficit en termes de moralité, elle comprend la morale, elle peut y accéder intellectuellement, elle sait identifier ce qui est bien et ce qui est mal. Mais son appétence va vers le mal, synonyme de pouvoir. tandis que le bien l'ennuie, l'agace. Ainsi, pour elle, la morale n'existe que pour la transgresser. Elle sait identifier la limite et son plaisir est justement de la franchir. Évidemment, ici c'est limpide puisque nous avons les révélations de l'enfant, mais cet aspect pervers n'est pas si aisément visible pour les gens de l'entourage qui, à leur décharge, étant personnellement impliqués, sont confrontés à l'impensable. Et puis, comme tout pervers, cette femme donne certainement beaucoup dans le paraître pour masquer la vérité sur elle. Elle sait très bien que ses désirs sont déviants et que personne ne pourra la valider. Les pervers rencontrent donc une difficulté, ils ne peuvent pas exprimer librement leurs aspirations. Quand on éprouve de la joie, qu'on jubile, c'est un besoin naturel de chercher à partager notre émotion positive avec d'autres. Quand vous obtenez votre diplôme, une mention, une promotion, vous appelez votre parent, votre conjoint ou votre meilleur ami, non
UNKNOWN?
SPEAKER_01Les personnes perverses, elles, sont prisonnières de se faire passer pour quelqu'un de bien. Elles ne peuvent pas crier tout haut à quel point elles jubilent quand elles sont parvenues à pourrir la vie de quelqu'un. C'est leur problème, leur frustration, et la raison pour laquelle certains criminels pervers vont aller jusqu'à entrer en contact avec la police et jouer avec elle, quitte à révéler des éléments plus ou moins compromettants, voire à avouer assez facilement, car ces situations les libèrent. Ils ne résistent pas au plaisir de se vanter en racontant dans le menu détail leur passage à l'acte pervers. Je ne vous raconte pas l'estomac des agents de police ou de gendarmerie dans ces cas-là, mais franchement, on peut leur tirer notre chapeau. Par contre, il est temps de préciser que si tous les pervers sont transgressifs et amoraux, ils ne sont pas tous des criminels. Par exemple, certains peuvent préférer l'escroquerie ou des activités de corbeau. Vous savez, ces gens qui écrivent de manière anonyme des horreurs à des personnes dans la souffrance ou sous forme de harcèlement. Mais dans tous les cas, il faut s'imaginer le niveau de tension intérieure chez ces individus, soumis à des pulsions malveillantes très puissantes, sans pouvoir rien en dire, à personne. Pour vous aider à comprendre, imaginez que vous avez gagné 300 millions d'euros au loto et que vous ne pouvez pas en parler, ou imaginez que vous ayez remporté une médaille olympique après des années à perfectionner votre art et que vous ne pouvez pas en parler. Imaginez la pression en vous. Alors, grande question, comment font les personnes perverses pour évacuer toute cette tension intérieure
UNKNOWN?
SPEAKER_01Il existe différents dérivatifs, le plus facile, le plus courant. Très souvent, ces personnalités écrivent leurs fantasmes et rapportent leur passage à l'acte dans un document Word verrouillé ou dans un carnet caché sous le matelas. D'autres fois, elles s'épanchent dans diverses créations artistiques lugubres, les disciplines artistiques étant un bon terrain pour choquer, tout en rationalisant des intentions positives comme le désir de faire évoluer les tabous, ou de dénoncer le carcan des jugements moraux. Parfois, les personnes perverses vont brièvement tomber le masque auprès de leur victime, avec ou sans ambiguïté, en laissant échapper un regard, une réflexion, un geste, une parole qui fait tomber le masque, et la victime y croit ou pas. tellement l'aveu peut être sidérant. Et encore parfois, et c'est le point où je voulais en venir, les personnes perverses vont faire la rencontre d'un alter ego. Pour commencer, elles pourront librement se vanter l'une à l'autre de ce qu'elles ont accompli, et ensuite elles pourront très certainement souhaiter vivre en duo l'acte transgressif. On parlera alors d'une alliance perverse autour du projet. C'est ici, je pense, la principale clé pour comprendre les violences sexuelles qui ont été commises sur Léo. Sans la rencontre entre sa mère et le vautour, rien de tout cela ne se serait certainement produit. Cette femme et le vautour se rencontrent, se reconnaissent, en tant que pervers, et disposent enfin d'un espace partagé où ils peuvent exprimer toute leur perversion, leur besoin de domination et de destruction sans tabou, sans interdit. Ils peuvent sans risque s'alimenter l'un l'autre, et c'est cela qui rend ce type de rencontre particulièrement dangereuse. Aussi, la perversion de la mère fait pire que ne pas protéger l'enfant, elle le met en péril gravement. C'est le renversement complet, la rôle protecteur attendue, en son contraire. Alors revenons-en à Léo. Dans une telle configuration, l'enfant est en danger pour son équilibre mental. La négligence, les aberrations au quotidien liées au machiavélisme de sa mère, c'est-à-dire à sa façon d'exploiter autrui de manière particulièrement sournoise et planifiée, la captation de l'enfant à des fins utilitaires, voire la maltraitance psychologique, comme c'est le cas pour Léo qui est directement pris pour cible, ça empêche l'enfant de mettre en sens les comportements de sa mère et de s'en protéger. Il est confronté dans son quotidien à une forme de folie qui lui rend la lecture du monde particulièrement confuse. Sa mère n'est pas psychotique, donc elle n'est pas coupée de la réalité, mais elle n'est pas si loin dans ses délires de grandeur. Dans ses fantasmes de toute puissance, elle flirte comme tous les pervers avec le délire mégalomaniac et sur ce terrain, l'occurrence d'une alliance perverse bien sûr n'arrange rien. Il me reste à ce stade à écarter une question, au cas où certains se seraient interrogés. Et si l'enfant avait mal interprété les attitudes de sa mère
UNKNOWN?
SPEAKER_01Si elle ne savait pas ce que voulait faire le vautour
UNKNOWN?
SPEAKER_01Et si elle n'avait jamais vraiment su ce qu'allait faire le vautour, ni ce qui s'était passé avec lui
UNKNOWN?
SPEAKER_01Est-ce que tout ça ne pouvait être qu'un quiproquo
UNKNOWN?
SPEAKER_01Alors, si vous vous posez cette question, je vous répondrai avec autant de douceur que possible, Que si à la lecture de cette situation, vous avez besoin d'envisager que la mère ne soit pas ce qu'elle apparaît être indéniablement, parce que tout le tableau décrit est particulièrement parlant, c'est que sans doute vous avez vous-même développé l'habitude, dans votre propre histoire, de devoir trouver toutes sortes d'explications farfelues pour réussir à maintenir le lien avec une personne manipulatrice dans votre entourage. Parce que simplement, un enfant ne peut pas de lui-même s'être imaginé un tel niveau de déviance. Pas même un enfant devenu adulte qui se referait l'histoire. Le plus souvent, c'est l'inverse qui se produit. Un enfant soumis à la manipulation d'un parent ou d'un très proche développe une incapacité à voir, à reconnaître la manipulation. Tout passe car le mensonge et la manipulation auxquelles il a été soumis au quotidien est sa normalité. A ce titre, il a forcément fallu beaucoup de courage à la victime de cette histoire pour regarder en face qui est vraiment sa mère. Je ne dois pas être la seule à le trouver vraiment admirable. Ainsi, un certain nombre de qualificatives peuvent être attribuées à la mère, bien sûr sadique, mais aussi dévorante et captatrice, quand elle refuse de donner l'identité du père pour mieux s'approprier l'enfant, le contrôler. D'une manière ou d'une autre, tous les parents pervers narcissiques vont chercher à disqualifier, voire effacer l'autre parent pour garder en exclusivité le pouvoir d'influence parentale sur leur enfant. Ces éléments de personnalité, à mi-chemin entre la sorcière dans cette dimension maternelle et la femme séductrice voire charismatique, m'ont évoqué le personnage de Baba Yaga. Pour ceux qui ne connaissent pas, il s'agit d'un personnage récurrent dans les contes slaves qui peut tenir des rôles très différents d'une histoire à l'autre. C'est une vieille femme étrange qui parfois aide les enfants perdus et d'autres fois les dévore, mais toujours plane dans son aura quelque chose d'inquiétant ou d'exceptionnel. Elle peut donc incarner différents personnages, du plus obscur et amorale lorsqu'elle est cannibale et gardienne du royaume des morts, au plus fascinant lorsqu'elle est oracle ou donatrice. Et c'est exactement cette dualité que je voulais illustrer en cherchant mon intitulé. Le rapprochement symbolique entre ce personnage et la mère de Léo va plus loin encore avec son habitation, sa cabane qui constitue un lieu de passage obligé à la frontière entre deux mondes pour Baba Yaga. Elle y vit seule, sans mari ni compagne, et reçoit pour des rites d'initiation ou pour s'adonner à de terribles sévices sur ses captifs. Bon, je suis loin d'être experte en mythes et légendes donc je développerai pas davantage sur Baba Yaga mais j'aime bien l'idée de faire un parallèle entre la cabane de ce personnage imprégné du folklore slave et le bungalow de vacances où d'un côté l'enfant loge avec sa mère et de l'autre petit être sauvagement violé sous les instructions de cette dernière. Et pareil, l'événement, le viol lui-même, est présenté comme un rituel de passage de l'enfance à l'entrée, non pas dans la sexualité, mais dans l'homosexualité. Et pour ce faire, la mère convoque la violence en choisissant un homme athlétique et viril. Il n'est pas exclu qu'elle lui ait d'ailleurs glissé quelques instructions pour encourager une particulière brutalité, car bien sûr, derrière son prétendu souci d'éduquer son enfant à la délicatesse, C'est bien d'un renforcement à la soumission qu'il s'agit. En d'autres termes, moins descriptif, plus symbolique, Baba Yaga désire la castration de son fils. Cela nous amène tout naturellement à une autre thématique forte dans la perversion de la mère, l'omniprésence chez elle de la question du genre dans la problématique du pouvoir. Depuis le début, elle est la femme toute puissante, omnipotente, omnisciente, quand l'enfant doit rester flué, délicat, discret, féminin. Mais c'est un petit garçon
UNKNOWN!
SPEAKER_01J'espère que vous excuserez mon recours au cliché, mais c'est pour mieux approcher l'univers mental de cette femme qui apparaît très simplifiée et caricaturale. Par sa volonté toute puissante, s'abat sur l'enfant une interdiction de développer les attributs culturellement symboliques de l'homme. Le recours à la violence contre l'enfant est présenté comme LE moyen de le protéger de sa propre masculinité. Et il y a là, dans cette dissimulation des réels objectif poursuivi, une énième marque indéniable de perversité. La mère expose dans son invitation au crime sur son enfant toute sa misandrie. Elle joue avec les hommes et leurs archétypes pour les mettre en opposition et les faire se détruire mutuellement. L'homme est un obstacle à sa toute puissance, elle doit le dominer, le castrer et s'il est dans l'archétype de l'homme fort, comme le vautour, elle en fera son subalterne, son redevable. En lui offrant l'enfant, cette femme prend à l'homme sa part de pouvoir puisqu'il devient son instrument, son obligé. Pour être à ce point ancré dans cette position, on peut penser que dans l'inconscient de cette mère a dû exister au cours de son développement psychique la terreur d'être annexé par l'homme plus que d'être juste dominé par lui. Quand on est dominé, on existe quand même, on est impuissant, soumis. Mais on existe. Quand on est annexé, on perd le pouvoir sur une partie de soi. On est possédé, dévoré. Aussi, je pense que dans la construction de cette femme, il est essentiel qu'elle n'appartienne qu'à elle, au point que seule l'idée que les autres eux-mêmes lui appartiennent la rassure. Car alors, ils ne représentent plus aucune menace. Et d'ailleurs, notons au passage que le vautour est justement typiquement le genre d'homme qui annexe l'autre, c'est-à-dire le genre d'homme contre qui la mère s'est construite. Mais bon, tout cela n'est qu'une proposition de mise en sens pour vous montrer comment, en s'appuyant sur des éléments de lecture psychanalytique, on peut tenter d'approcher la symbolique intra-psychique d'un individu. Ces propositions ne sont évidemment pas à prendre au pied de la lettre, mais je vous les partage en espérant que cela enrichisse également votre compréhension du psychisme humain. Pour en revenir à notre situation, dans ce club de vacances, j'imagine que les gens qui côtoient la mère de Léo se rendent vite compte qu'elle a besoin d'être au centre de l'attention, se distinguer. Peut-être que certains sont charmés, d'autres agacés, et d'autres encore, comme le vautour, y voient des opportunités. Sa personnalité et le pouvoir qu'elle croit détenir sur les autres s'avèrent tellement à la marge qu'ils sont facilement perceptibles, même si, encore une fois, tout le monde ne comprend pas ce qui se derrière cette originalité. La perversité est justement dans le grand écart entre l'apparence, avec un discours rationalisé d'initiation, d'éducation, de couvade sans doute, et la réalité des intentions de la mère. Pour les personnes équilibrées, nul doute que les attitudes maternelles sonnent faux, qu'elles apparaissent too much ou inadaptées, tandis que pour les auteurs potentiels alentours, la vulnérabilité de l'enfant saute aux yeux. Malgré les faux semblants, où celui-ci est certainement porté en étendard, c'est un petit garçon non protégé, un enfant objet dont l'apparence sert de support narcissique à sa mère. On le voit très bien quand il relate dans ses souvenirs d'enfance la cordialité des défilés en tenue exubérante. Maintenant passons à la mise en place du crime qui révèle la problématique du genre dans les paradoxes de la mère. L'homme qu'elle choisit pour soi-disant le bien de son enfant est justement le type d'homme qu'elle condamne. Une beauté de façade, mais dans le fond une brute. Il incarne l'idée de la violence, et même une certaine férocité par contraste avec la fragilité de l'enfant. La mère, qui recherche l'humiliation de son enfant, présente à ce stade une version déformée, tordue et sauvage de ce qu'elle devrait être en tant que mère. L'enfant ne peut pas comprendre, et c'est là qu'ira certainement se nicher pour lui une part du trauma et de la rage enfouie. Mais pour aller plus loin, il est temps que je vous explique enfin qui est l'homme et quelle est sa place dans cette histoire. On en sait beaucoup moins sur lui, sur les circonstances de cette rencontre, mais le contexte et son passage à l'acte, bien décrit par la victime, nous donne quelques pistes. Juste, nous savons que l'enfant a d'abord pensé que c'était sa mère qui intéressait le vautour, et puis non. Donc, malgré le peu d'éléments descriptifs, je présume que le vautour n'est pas pédophile, diagnostic qui suppose un attrait sexuel exclusif pour les enfants. Bon, il aurait pu venir draguer la mère pour atteindre l'enfant, et bien sûr, il n'a pas tergiversé quand la proposition d'abus sur l'enfant lui a été adressée. Ça, on en a la preuve dans la violence du passage à l'acte, car il y a une intention de faire mal qui exclut toute hésitation ou scrupule. Mais rien n'empêche qu'il ait vraiment été au départ intéressé par la mère en tant que partenaire sexuel. C'est ce que je pense, car à l'évidence, il ne pouvait pas avoir imaginé que celle-ci lui ferait la proposition de violer son enfant. Donc, S'il était intéressé pour s'approcher de l'enfant, il pouvait certainement, pour le faire, prendre aussi la mère en partenaire sexuel. Il était visible qu'elle n'était pas en couple, et son exubérance a pu attirer l'attention du vautour. Pour toutes ces raisons, je le vois dans un rapport assez polymorphe quant au choix de ses partenaires sexuels, pourvu qu'il trouve dans l'acte le pouvoir et la violence. Il peut justement, parce que ses attirances sont variables, avoir dans cette étape de la rencontre, un versant opportuniste. La mère, le fils, peu importe. Il exploite une situation. C'est en cela que j'ai choisi de le nommer le vautour. Il pourrait par exemple être adepte des pratiques sadomaso en ayant tendance à dépasser la limite préétablie. Bien sûr, lui en position de sado. Cela car son passage à l'acte est tout sauf une violence fantasmée. Mais j'en dis déjà trop, alors passons à la suite. L'analyse de l'attaque. Elle est le moment du vautour. Un moment de décharge de toute sa puissance destructrice. Symboliquement, l'altérité de l'enfant est éjectée de la scène sous l'effet de la violence. Il disparaît en tant que personne. Il est sacrifié comme le serait une offrande aux divinités. Sinon, autre hypothèse de départ à mettre à l'épreuve, l'homme ne serait pas violent lui-même, il aurait appliqué les directives de la mère qui, elles, auraient encouragé la violence dans le passage à l'acte, du type « je compte sur vous pour montrer à Léo comme les hommes peuvent être des brutes et le dissuader de chercher à leur ressembler ». Mais cela ne tient pas, car la cruauté décrite par l'enfant, c'est plus qu'une démonstration de force, c'est l'excitation qui vient de l'humiliation de l'autre, sa destruction psychique. Or, si l'excitation peut être suscitée par des éléments extérieurs au sujet, un corps, une symbolique, un univers, etc., elle n'en demeure pas moins une logique interne. On ne décide pas de ce qui nous excite ou de ce qui ne nous excite pas. Personne n'obtiendra de résultat en vous commandant d'être excité par quelque chose qui vous laisse indifférent, voire qui vous dégoûte. Donc, peu importe les consignes données éventuellement par la mère, si le vautour les a appliquées, c'est parce qu'elles lui correspondent aussi. Ensuite, pour moi, bien qu'il s'en prenne à un garçon, tout juste pubère sans doute, je pense que cet auteur n'est pas lui-même habité par la question de la masculinité. Lui, son truc, c'est de sentir son pouvoir, et pas seulement de domination, mais de destruction. C'est ce qui explique l'excitation du passage à l'acte sur un enfant et l'extrême violence des faits. On peut même parler de cruauté, élément de personnalité que j'avais déjà évoqué dans l'épisode des loups. Ici, prendre pour cible un enfant ne vise pas à faciliter le passage à l'acte. Il est déjà facile puisque la mère l'a autorisé. La situation est plus que confortable pour le vautour. D'une part, l'enfant n'est qu'une opportunité, la motivation pédophile est loin d'être évidente, et d'autre part, la gratification sexuelle de cet auteur vise la destruction de sa victime. Pour illustrer le propos, quand on viole un adulte, on va le traumatiser, le marquer à vie, c'est certain, mais la base de sa personnalité, de son identité, de sa sexualité sont déjà installées et bien définies. Ça, ça va aider. Mais quand la victime est un enfant, L'empreinte du trauma va être monumentale et peut même parfois empêcher le psychisme de s'unifier entre ses différentes dimensions. Pour des individus pervers comme nos deux auteurs du jour, le drame, c'est que l'impact apocalyptique de leur crime sur la construction de l'enfant rend leur jouissance encore plus grande. Ils sont tous les deux très auto-centrés et pourtant, le vautour a certainement plaisir à répondre aux aspirations de la mère. C'est une position valorisante pour un pervers qui est identifié comme LA personne idéale. Il est d'ailleurs possiblement fasciné et galvanisé par la dimension hautement transgressive de la mère dans laquelle il se reconnaît. Ils agissent en miroir l'un de l'autre. Maintenant allons plus loin sur l'attaque elle-même. Bien que l'enfant soit dans l'obéissance ou plutôt la soumission, l'attaque est violente. Ceci indique que l'intention se nourrit du contraste entre la fragilité de la victime et la force qui lui est opposée. En cherchant à mettre des mots descriptifs sur cette étape, c'est un oxymore qui me vient. Pour moi, il s'agit d'une attaque légitimée. L'attaque n'en est pas une, puisque l'accès au corps de l'enfant est validé par la mère. C'est même elle qui met en scène le viol en rationalisant une éducation vers l'homosexualité. Le vautour prend ce qui lui est offert et investit sa mission d'initiateur au rite de la violence. D'ailleurs, Il commence par des claques. Il doit montrer à l'enfant ce que fait un homme fort et beau, ce que lui ne doit pas être et donc ce que lui ne peut pas faire. L'auteur est violent, cruel, sadique dans son agir et l'ensemble est validé par la mère. Toujours sur cette étape de l'organisation du viol, il est impossible de dire si cet auteur aurait pu s'en prendre à l'enfance sans l'aval de la mère. Je n'ai pas d'éléments qui me permettent d'investiguer sa dynamique d'approche, mais au vu de l'ensemble de cette situation, il me semble que cet auteur pourrait s'autoriser beaucoup de choses, même dans certaines circonstances, le meurtre de sa victime. Il est extrêmement transgressif et sadique. Dans cette histoire, il a juste attendu que la proie lui soit livrée, mais dans d'autres contextes, il est difficile de l'imaginer poser des limites, tant sa gratification sexuelle apparaît mortifère. Venons-en donc maintenant à l'analyse de la dimension relationnelle entre les deux co-auteurs. Les deux personnages ont en commun d'avoir un double visage, mais ça, vous commencez à le comprendre, c'est le cas de la plupart des agresseurs. Et en fait, ce qui est intéressant, c'est moins de lister les points communs, comme le sadisme, que d'investiguer leur dynamique relationnelle. Si on voulait s'appuyer sur une formule pour qualifier celle-ci, on pourrait décomposer en trois temps. Baba Yaga et le vautour se rencontrent sur le seuil, l'un ouvre la porte, l'autre la franchit. Ce mode d'approche à deux est la démonstration de toute la logique perverse sur laquelle repose l'éducation de l'enfant. Interdiction d'être un homme, ce qui signifie pour Léo interdiction d'être soi. La prescription maternelle lui demande d'être un garçon efféminé et de s'orienter vers l'homosexualité. Ce postulat est particulièrement pervers car, même si c'était là la voie naturelle d'évolution de Léo, de devenir un homme efféminé, attiré sexuellement par les hommes, parce que c'est une injonction maternelle, l'enfant ne pourrait pas se l'approprier comme son identité. Il est condamné par l'attitude de sa mère à errer à la recherche de lui-même. Cela parce que l'enfant est un des moyens dont dispose la mère pour se sentir toute puissante. Il est sacrifié pour ses besoins A relever également, lorsque je questionne d'autres scénarios possibles, ce qui m'interpelle, c'est que chacun des deux auteurs aurait pu atteindre l'enfant, le meurtrir, l'abîmer, sans avoir besoin de l'autre. Vu l'absence de protection maternelle, l'homme aurait pu s'en prendre à l'enfant dans le dos de la mère. Et la mère dispose de mille occasions au quotidien pour malmener son fils, pour œuvrer à la destruction de sa singularité par une maltraitance psychologique l'une après l'autre. Donc, nos deux co-auteurs auraient pu agir en solo et pourtant ils ont fait alliance. Quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_01À mon avis, c'est là qu'est tout le sens de ce crime. Leurs deux perversions s'unissent dans la violence d'un complot machiavélique où l'homme avec sa force athlétique et la mère avec son autorité parentale attaquent l'extrême vulnérabilité de Léo. L'enfant est un prétexte pour nouer une alliance perverse. Ainsi, nous avons deux personnes sadiques qui se trouvent, se valident et se stimulent réciproquement, au dépens de l'enfant sacrifié. Donc même si cela aurait pu être un peu vrai, l'intitulé de cet épisode ne pouvait pas être juste l'offrande au culte de Baba Yaga, ni juste le vautour. C'était forcément « Quand Baba Yaga rencontre le vautour ». Ils sont les deux pièces d'un mécanisme où seul le vautour est interchangeable. Cela parce que le scénario a été défini par la mère, qui veut rester au centre de l'action, même quand elle n'y participe pas physiquement. Elle l'a organisée, elle a passé une commande, il s'agit donc d'elle. Pour conclure cette analyse, je vous propose d'évaluer la dangerosité des auteurs. Pour l'un comme pour l'autre, je pense que la gratification recherchée dépasse le registre de la violence sexuelle et le ciblage de mineurs. Il s'agit avant tout de détruire l'autre, peu importe le moyen et la victime. Dans cette histoire, les deux co-auteurs ne feront alliance que temporairement, le temps d'un séjour de vacances à l'étranger, et heureusement. Quand de tels profils se rencontrent et se côtoient durablement, le danger devient d'autant plus grand qu'ils peuvent entrer dans une logique d'escalade transgressive où il en faut toujours plus pour atteindre à nouveau ce shoot de sentiment de toute puissance. Comme je l'indiquais plus précisément, lorsque de tels profils se mettent en couple et qu'il y a des enfants, on peut considérer qu'au-delà du danger pour leur intégrité, il existe un risque létal très significatif. Nombre d'enfants décèdent en bas âge dans de tels contextes. Dans la configuration l'un sans l'autre, le vautour est certainement plus dangereux dans le registre des violences sexuelles, dans le passage à l'acte lui-même, quoique on pourrait l'imaginer aussi dans des passages à tabac ultra violents ou s'en prendre sexuellement à des nourrissons, des adolescents, des femmes, des hommes vulnérables ou des personnes âgées. Cela car il semble que dominer chez lui sa décharge de violence, plus que son attrait pour l'enfant spécifiquement. Chez la mère domine une dangerosité dans la mise en scène, la planification du crime. Je les considère donc tous les deux d'une extrême dangerosité pour les personnes vulnérables de leur entourage et celles qui leur abandonnent leur confiance, chacun ayant son registre violent de prédilection. Étant donné la violence physique et verbale avec laquelle a été exécuté le viol, l'homme est certainement récidiviste. Dans un passage à l'acte en solitaire, il pourrait être séducteur dans l'approche, mais sera forcément violent au cours du viol lui-même. type de violence, comme le harcèlement moral et la mise sous emprise, sans doute en tête de ses intentions perverses. Je pose l'hypothèse qu'il s'agit même d'une activité au quotidien pour elle. Ce qui me permet de conclure en faisant le lien avec la notion de contrôle coercitif, qui théorise de manière très efficace les éléments observables dans les situations d'emprise mentale et de harcèlement. Je vais vous expliquer tout ça dans un instant, dans la prochaine rubrique des notions de psychocriminologie. A noter pour conclure sur cette analyse, au moment où la victime a partagé son récit, le crime n'avait pas été rapporté aux autorités. Léo étant mineur au moment des faits de viol, avec la loi actuelle sur la prescription du viol sans mineur, Léo aurait 30 ans après sa majorité pour faire la démarche d'aller porter plainte, donc jusqu'à ses 48 ans. Seulement cette loi date de août 2018 et n'a pas d'effet rétroactif. Le crime ayant eu lieu avant 2018, Léo n'aura que 20 ans après sa majorité pour porter plainte. Cependant, depuis avril 2021, si l'auteur a été récidiviste d'un fait non prescrit, la prescription pour le viol de Léo pourrait être levée. et sa plainte recevable. Donc, si vous êtes dans la situation d'avoir renoncé à la démarche en justice à cause de la prescription, n'en tenez pas compte. Il est possible qu'une autre victime ait dénoncé le même auteur et que votre témoignage débloque la
SPEAKER_00situation.
UNKNOWN...
SPEAKER_00Passons
SPEAKER_01maintenant à la notion de psychocriminologie pour cet épisode. Il s'agit du contrôle coercitif. C'est une notion particulièrement féconde pour les démarches en justice lorsqu'il est question de harcèlement et ou d'emprise mentale, comme ici du côté de la mer. notamment parce que ce paradigme facilite le recueil des preuves. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer un profil d'empreneur non pervers dans l'un de mes podcasts, alors n'hésitez pas à l'écouter ou à le réécouter pour vous rendre compte de la différence flagrante entre ces derniers et les auteurs de cet épisode dans leur recherche de gratification. Le plus souvent, on évoquera le contrôle coercitif dans le cadre des violences conjugales, qu'elles aboutissent ou non à un féminicide, car on y retrouve toujours la question de l'emprise mentale, donc celle du contrôle coercitif. Mais comme vous en avez la démonstration avec l'histoire de Léo, l'emprise peut aussi exister dans d'autres types de relations. Parents-enfants, coach-élèves, responsables-employés, au sein d'une fratrie, etc. Alors, définissons ce concept de contrôle coercitif. Evan Stark, c'est un sociologue américain contemporain, il est décédé depuis peu en 2024, il a été le premier à donner une définition claire à cette conceptualisation de la psychologie interpersonnelle. Elle préexistait avant cela, puisque c'est une notion qu'on a déjà abordée depuis 2007. Je reprends donc les mots d'Evan Stark pour définir le contrôle coercitif, sachant que, vous allez le voir, il se concentrait d'abord sur la question des violences conjugales. Pour lui, le contrôle coercitif, c'est une conduite calculée et malveillante, déployée presque exclusivement par les hommes pour dominer une femme, en entremêlant des violences physiques répétées, avec trois tactiques tout aussi importantes, l'intimidation, l'isolement et le contrôle. Alors je vous propose de nuancer un peu cette définition, notamment sur le recours à la violence physique, que je pense être bien moins fréquent qu'on ne l'imagine et dans d'autres cas, Elle existe mais de manière très anecdotique, à côté de l'extrême violence psychologique qui elle est exercée au quotidien. Pour ma part, j'ai assez suivi de personnes sous emprise d'un conjoint sans violence physique pour dire que cette étape n'est pas obligatoire. Par ailleurs, il ne faudrait pas penser que seuls les hommes peuvent recourir au contrôle coercitif. J'ai vu plusieurs cas de contrôle coercitif dans des couples de femmes ou venant d'une femme vers un homme. Aussi, je vous ai partagé cette définition, mais gardez en tête qu'elle risque de ne pas correspondre à l'entièreté du phénomène, notamment dans les situations où le partenaire, le frère, la sœur, le proche ou le parent est pervers. Dans ces cas-là, comme illustré avec Léo, les moyens employés pour intimider, isoler et contrôler sont plus sournois. Ils sont pensés pour se retourner contre la victime si elle en parle, si elle s'en plaint. On retrouve ce côté machiavélique de la planification perverse. Du point de vue judiciaire, le contrôle coercitif permet d'évaluer les faits délictuels ou criminels dans une dynamique globale qui met à jour ce processus d'emprise mentale, qui lui-même est évolutif et complexe, avec diverses stratégies caractéristiques. On parle aussi de processus de domination conjugale. Dans notre situation, les faits rapportés sont succincts, mais on observe déjà des éléments d'intimidation quand la mère met en garde Léo de ne pas devenir une brute comme tant d'hommes, d'isolement quand la mère évite les autres sources d'influence possibles, et notamment en gardant le secret sur l'identité du père de Léo, et de contrôle par le trauma, par l'interdiction d'être soi, par la définition caricaturale de ce qui est admis et de ce qui ne l'est pas. Pour l'expertise de la situation, en quelque sorte, on coche ou pas des cases déjà définies. On valide ou pas les différents points par des éléments de preuves factuelles. En dehors des profils perverses qui se protègent mieux, la démonstration devient aisée, d'autant plus que ces auteurs de violences ont le plus souvent des comportements assez caricaturaux. Aujourd'hui, les choses évoluent doucement et nous pouvons espérer que bientôt, l'emprise mentale ne soit plus le meilleur moyen à disposition des agresseurs, parce qu'elle neutralise le discours et même la pensée de la victime, pour éviter la dénonciation et la condamnation de leurs abus.
SPEAKER_00Pour
SPEAKER_01clore ce podcast, je réponds habituellement à une question, mais cet épisode est déjà assez long, alors vous m'excuserez, ce sera pour une prochaine fois.
SPEAKER_00Voilà,
SPEAKER_01on arrive au terme de ce huitième podcast, auteurs de violences sexuelles derrière le masque. Je vous remercie pour votre écoute et on se retrouve très vite pour un prochain épisode.