Culture Bréck
Danseurs, comédiens, chanteurs, artistes : les figures qui font rayonner le Luxembourg culturel aujourd’hui racontent leurs parcours, construits en lien étroit avec la France et la francophonie. Un "break" culturel avec celles et ceux qui façonnent le Grand-Duché d’aujourd’hui.
Culture Bréck
La Musique : Laura Thorn & Zala Kravos
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Dans cet épisode de Culture Bréck, la musique se raconte à deux voix. Laura Thorn incarne une pop tournée vers l’Eurovision, avec le sens du refrain et l’envie de porter le Luxembourg sur la scène européenne. À ses côtés, Zala Kravos explore un autre registre : celui du piano et d’une approche intime et exigeante. Deux univers, deux écritures, pour un même ancrage — et deux façons de faire rayonner la création luxembourgeoise.
Au Luxembourg, les trajectoires artistiques ont souvent quelque chose en commun. Elles se construisent entre plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs scènes. La France en fait presque toujours partie. Dans cet épisode, deux parcours très différents, mais qui racontent au fond la même chose.
SPEAKER_04Sous-titrage Société Radio-Canada
SPEAKER_01Vous connaissez forcément ces airs. Et pourtant, ils viennent tous du même endroit, le Luxembourg. Oui, le Grand-Duché a gagné l'Eurovision 5 fois et depuis 2024, il est de retour sur la scène du concours avec une nouvelle génération d'artistes, tous d'une façon ou d'une autre marqués
SPEAKER_03par
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SPEAKER_03victoires.
SPEAKER_01Et en 2025, Laura Thorne rend hommage à France Gall sur la scène de l'Eurovision, pile 60 ans après sa
SPEAKER_03victoire.
SPEAKER_01Mais pour Laura, tout a commencé beaucoup plus simplement. par un SMS reçu tranquillement sur son canapé. Un numéro inconnu, deux auteurs, une chanson pour la sélection luxembourgeoise de l'Eurovision et une question toute simple. Est-ce que ça te tenterait
UNKNOWN?
SPEAKER_02J'ai été contactée par les deux auteurs de la chanson en début août 2024. Je ne les connaissais pas du tout, j'ai juste eu un SMS un peu random d'un numéro inconnu et c'était l'un des deux auteurs qui m'écrit« Oui, bonjour, nous sommes à deux, on est compositeurs et on a écrit une chanson pour la sélection nationale du Luxembourg pour l'Eurovision. Et là, pour le moment, on cherche une interprète luxembourgeoise qui veut bien faire tout le processus des auditions avec nous et tout. Et donc, ils m'ont mis la petite démo de la chanson dans le message. Ils m'ont dit, écoute, et si jamais ça t'intéresse, fais-nous une petite vidéo et si ça nous plaît, on va embarquer cette aventure ensemble. Donc, j'ai écouté Et puis, il
SPEAKER_01y a un élément central chez Laura, la langue. Car le français, pour elle, ce n'est pas une langue étrangère, c'est sa langue maternelle. Elle a grandi avec elle, pense avec et cela influence profondément sa manière d'écrire et de chanter.
SPEAKER_02Pour moi, le français, c'est super naturel parce qu'en plus, c'est la première langue que j'ai apprise. Ce n'est même pas luxembourgeois parce que j'ai une mère qui est moitié belge, moitié française et un père qui a une mère française. Et du coup, quand j'étais petite, j'ai d'abord appris le français et j'ai appris le luxembourgeois seulement à l'école.
SPEAKER_01Chanter en anglais et chanter en français relèvent de deux approches très différentes. En anglais, la musique passe d'abord. En français, ce sont plutôt les mots, le texte, le sens. Deux manières différentes de toucher le public.
SPEAKER_02Oui, c'est complètement différent parce que je pense que quand tu chantes en anglais, c'est plus la musique qui est en avant. Souvent, c'était dans ta voiture et que tu entends une chanson en anglais, tu vas surtout écouter le groove, la mélodie. La mélodie, elle va un peu rester coincée en ta tête. Tu l'as peut-être déjà entendue dix fois et on te demande de quoi va parler cette chanson. Tu vas dire aucune idée. Alors qu'en français, c'est vraiment l'inverse. C'est plutôt le texte qui prône. Donc, quand tu écoutes une chanson en français, tu écoutes directement le texte. Tu vas plutôt retenir de quoi parle la chanson que la mélodie en C'est très intéressant. C'est deux approches très différentes. Pour moi, c'est vraiment très différent.
SPEAKER_01Ce rapport à la langue raconte aussi beaucoup le Luxembourg, un pays multilingue à la frontière de plusieurs cultures. Très proche de la France et profondément ancré dans la francophonie.
SPEAKER_02C'est une de nos langues nationales. C'est notre langue administrative. Ici, tout est toujours écrit en français. On n'écrit pas beaucoup en luxembourgeois. Pour nous, on est très proche du français. C'est l'une de nos langues. Je dirais que c'est aussi pour ça que beaucoup d'artistes ici au Luxembourg chantent ou en français ou en anglais.
SPEAKER_01Et chez Laura, ce lien avec la France n'est pas théorique. Il est familial, géographique et artistique. Parce que sa culture musicale est française et que la frontière est littéralement à deux pas de chez elle. Ainsi très tôt, Paris devient pour elle un horizon naturel.
SPEAKER_02Puisque mes parents sont francophones, moi j'ai vraiment à la maison, on écoutait tout le temps, ma mère était très fan de chansons françaises, donc on écoutait beaucoup ça. Donc j'ai quand même un bon répertoire, je pense, de chansons françaises que je connais. Et en plus, après, nous ici, la France, elle est à... 500 mètres de là où j'habite vraiment j'habite à la frontière je fais deux pas d'or je suis en France donc bien sûr que la France est très très proche mais même j'ai fait mes études dans un pays francophone qui n'est pas la France mais la Belgique mais quand même il y a tout le temps des liens parce que mon professeur de chant par exemple il était tout le temps sur Paris aussi parce qu'il a fait The Voice France et parce qu'après il a été pris sur Starmania donc il a été à Paris et c'est comme ça qu'il a aussi connus, les deux auteurs de ma chanson, c'est lui qui leur a donné mon contact. Et le mari de mon professeur de chant, lui, il était implanté à Paris parce qu'il est dans la scène comédie musicale là-bas. Il tourne un peu, il fait toutes les grandes comédies musicales. Ce qui fait qu'on est souvent allé là-bas pour aller les soutenir, les voir. Et donc, j'ai aussi rencontré de plus en plus de gens dans ce milieu de comédie musicale en France. Et je pense que Paris, c'est vraiment un peu la centrale quand on veut vraiment devenir un artiste et se faire connaître, on va là-bas.
SPEAKER_01Avec Zala Kravros, on change de registre. On quitte la voix pour le piano. Un autre rapport à la musique. Plus silencieux, plus intérieur, mais tout aussi exigeant. Pour elle aussi, le
SPEAKER_00Luxembourg est un point d'ancrage. Pour moi, le Luxembourg, c'est un pays auquel je suis vraiment attachée. D'ailleurs, maintenant, je suis à Paris, mais j'ai toujours ce feuillet en Luxembourg. À chaque fois, j'ai des occasions pour rentrer. J'ai un intérêt particulier Là-bas, ça représente aussi ma culture qui est très diversifiée. J'ai plusieurs nationalités, ça représente le mix aussi de cultures avec lesquelles j'ai grandi. D'ailleurs aussi les langues, la diversité, etc. Comme beaucoup d'artistes
SPEAKER_01luxembourgeois, son parcours se construit très tôt entre plusieurs influences. Et très vite, la France s'impose comme une évidence.
SPEAKER_00Ici à Paris, la première chose qui m'avait vraiment attirée, c'était la classe qui est assez unique pour deux pianos, donc la classe pour 82 pianos. Et Paris aussi en tant que ville, bien évidemment, ayant grandi avec la culture française, ça représentait pour moi quelque chose que je voulais explorer plus et aussi, bon, la... la proximité avec le Luxembourg, c'est vrai que c'est quand même important pour moi parce que je suis entre les deux, toujours.
SPEAKER_01Mais avant ça, il y a déjà une carrière. Très jeune, Zala Kravos se produit sur scène, voyage, découvre d'autres publics, dont celui du
SPEAKER_00Carnegie Hall. Déjà la première fois à New York, je trouve que c'est aussi une des belles choses du métier, c'est de pouvoir voyager aussi dès un jeune âge pour découvrir différentes cultures, etc., pour jouer au concert. Carnegie Hall, ça serait que ça m'avait marquée à l'époque. Mais c'est vrai que j'ai eu la chance de voyager beaucoup grâce au concert.
SPEAKER_01Et d'un pays à l'autre, une chose la frappe particulièrement, la manière dont le public écoute.
SPEAKER_00C'est vrai que surtout avec le répertoire français qu'on a eu l'occasion de présenter, on voit tout de suite que le public, il connaît parfaitement chaque note. Il y a cette attention qui parfois... Il y a aussi cette tradition qu'il faut, je pense, respecter. Et puis, c'est vrai que ce n'est pas si facile. Parfois, on a un peu de pression avant parce qu'on sait que c'est un public qui a des attentes spécifiques. Mais en général, aussi à la bienveillance après le concert, la curiosité qui est très sympathique.
SPEAKER_01Un rapport à la musique très particulier, exigeant, mais profondément engagé. Son univers, justement, se construit dans cette exigence. J'aime beaucoup Chopin,
SPEAKER_00qui est bien évidemment une référence dans le répertoire pianistique, mais également Rachmaninoff, les Russes.
SPEAKER_01Une musique de l'émotion, de la nuance, du détail. Mais elle ne se limite pas au répertoire classique. Très tôt, elle s'ouvre aussi à la création contemporaine, notamment au Luxembourg. Je peux
SPEAKER_00citer Albena Petrovic-Wachanska, qui a été très importante pour moi, une figure importante, surtout quand j'ai découvert ce monde de la musique contemporaine, parce que ce n'est pas quelque chose qui est forcément mis en avant dans les études musicales. Et j'avais 10 ans à l'époque, et elle m'a dédié ce morceau elle m'a dit voilà ça je vais te faire découvrir ce monde plus tard il y a eu d'autres collaborations notamment également à Quatre mains on a travaillé avec Camille Kerger aussi qui nous a dédié un morceau et bon également des compositeurs français je pourrais citer François Chauveau qui elle nous a dédié le poème pour Quatre mains qu'on a enregistré sur le CD Musique
SPEAKER_01Un lien direct avec la création, avec les compositeurs d'aujourd'hui. Une autre manière de faire vivre la musique, une musique qui évoque la vie, en permanente évolution, entre plusieurs espaces, entre Paris et le
SPEAKER_00Luxembourg. C'est ça que j'aime bien aussi, parce qu'on a le Luxembourg, c'est vrai qu'on a cette tranquillité, mais à Paris on a le... On ne s'ennuie jamais, on a cette effervescence de la ville qui équilibre un peu. C'est vrai que les deux font un très bon équilibre.
SPEAKER_01Deux parcours, deux façons de s'exprimer. Laura Thorne avec la voix, Zala Kravos avec le piano. Mais un point commun, un ancrage fort au Luxembourg et un lien naturel avec la France. Un équilibre entre plusieurs cultures, plusieurs scènes, c'est aussi ça la force du Luxembourg aujourd'hui.
UNKNOWNMusique