Culture Bréck
Danseurs, comédiens, chanteurs, artistes : les figures qui font rayonner le Luxembourg culturel aujourd’hui racontent leurs parcours, construits en lien étroit avec la France et la francophonie. Un "break" culturel avec celles et ceux qui façonnent le Grand-Duché d’aujourd’hui.
Culture Bréck
La création contemporaine: Marco Godinho & Laura Mannelli
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Dans cet épisode de Culture Bréck consacré à la création contemporaine, Marco Godinho et Laura Mannelli se livrent à une conversation croisée autour de leur vision de l’art aujourd’hui. Entre mémoire, territoire, identité et expérimentation, les deux artistes évoquent leurs inspirations, leurs processus créatifs et leur manière d’interroger le monde à travers des formes mêlant installation, performance, image et son. Un échange sensible et libre qui met en lumière une scène artistique luxembourgeoise contemporaine ouverte, audacieuse et connectée aux enjeux de notre époque.
Musique
SPEAKER_01Paris, Luxembourg, Séoul, Berlin. Pour nos invités du jour, les frontières ressemblent surtout à des lignes de passage, des trajets du quotidien, des espaces de création. Dans ce nouvel épisode de Culture Break, nous recevons Marco Godinho et Laura Manelli pour une conversation autour de l'art contemporain, mais aussi du mouvement, des langues, de l'identité et de cette étrange sensation d'habiter plusieurs endroits à la fois. Tous les deux vivent entre le Luxembourg et la France, avec Paris comme point d'ancrage autant que terrain d'exploration. Pour eux, le train devient un bureau, une ville devient une extension d'une autre, et la création naît souvent dans cet entre-deux permanent, entre plusieurs langues, entre plusieurs cultures, entre plusieurs vies. On parle avec eux de la scène artistique française, du regard critique des écoles d'art parisiennes, du Luxembourg comme laboratoire européen, de la marche comme espace mental, de nomadisme contemporain, et de cette idée fascinante, peut-être qu'aujourd'hui, un artiste n'habite plus un pays, mais un réseau de lieux, de souvenirs et de rencontres. Culture Break, épisode spécial art contemporain avec Marco Godigno et Laura Manelli.
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SPEAKER_02Il y a quand même un centre de gravité qui est au Luxembourg et qui permet d'aller explorer, on revient toujours, mais justement, c'est le confort de cette base qui fait qu'on peut naviguer entre les deux.
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SPEAKER_01Marco Godinho est artiste contemporain. Son travail explore les notions de déplacement, de territoire et de mémoire. À ses côtés, Laura Manelli développe une pratique autour de l'art numérique et des nouvelles formes immersives. Et justement, quand on leur demande où se situe aujourd'hui leur centre de gravité, leurs réponses disent beaucoup du lien entre le Luxembourg et la
SPEAKER_00France. Oui, pareil pour moi, je trouve que j'ai toujours un peu vécu comme ça, même avec d'autres pays Mais c'est vrai que la France est devenue omniprésente dans mon quotidien, soi-disant, quand je ne suis pas ailleurs. Donc, Luxembourg et la France, Paris surtout, mais pas que. Mais c'est vrai que j'ai besoin de ça aussi, cet entre-deux, cet espace, cette dynamique. Cette dynamique est vraiment importante dans ma pratique, mais aussi pour moi en tant que... en tant qu'être humain, en tant qu'être social un peu. Et Paris, c'est incomparable.
SPEAKER_02On est quand même reliés de manière extrêmement simple. Moi, je fais des allers-retours journées très souvent. Et du coup, ça fait qu'on n'a plus l'impression vraiment de traverser les... les pays. Enfin, moi, je n'ai plus vraiment cette notion-là. Mais de toute façon, de par notre... de par l'être luxembourgeois, je trouve qu'on est tellement proche des autres que du coup, il y a une espèce d'effacement comme ça des frontières, quoi, qui nous est peut-être plus simple à appréhender que beaucoup de gens, quoi. On est peut-être même plus ouverts aussi. Je trouve qu'on est hyper ouverts sur... sur les autres, sur
SPEAKER_00d'autres pays. Oui, ça fait exister aussi une certaine... Tout à l'heure, on en parlait un peu, mais une certaine Europe, quoi, qui dynamise, qui mélange les cultures d'une façon très naturelle aussi. Mes amis me disent, tu vas à Paris comme si t'allais... acheter, faire ses courses, tu vois, et après tu reviens.
SPEAKER_02Moi, le train, c'est un bureau.
SPEAKER_00J'étais toujours fasciné, par exemple, par les durées, le temps, par exemple, quand on se questionne aussi sur l'idée du temps, il y a des corollaires qui sont la durée, les distances, la... Aussi la numérologie des choses, je ne sais pas, une certaine heure, une certaine date, etc. Donc ça, dans ma pratique, c'est omniprésent. La question de retenir des traces comme ça, qui sont parfois invisibles, comment tu peux partager un trajet
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SPEAKER_00une certaine expérience du déplacement en général. Ça peut être aussi le voyage, etc. Mais en tout cas, ces allers-retours aussi me donnent beaucoup d'incertitudes. Et ça, je cultive beaucoup aussi ce côté-là ou cette impermanence qui, en tout cas dans mon travail, est nécessaire et que... que je travaille par ailleurs aussi, sans dire autre chose, mais au quotidien. Si on parle de Paris, toujours un peu nomade. Des fois, tu as des espaces où tu vas peut-être rester plus longtemps ou que tu partages avec ta conjointe ou je ne sais pas. C'est quand même comme ça, dans une sorte de nomadisme un peu. Après, on pourrait
SPEAKER_02redéfinir tout ça. Oui, moi, ça a conditionné toute ma pratique d'être luxembourgeoise et d'avoir ce statut particulier quand même au Luxembourg où j'étais, je me rappelle, même en architecture parce que j'ai fait de l'architecture pour ne pas bâtir. Parce qu'au Luxembourg, il y a quand même ce truc où on a plein de communautés différentes. Moi, par exemple, j'étais aussi en architecture. Les gens venaient travailler là et partaient le soir dans les pays à côté. Ou alors, il y a toutes ces communautés qui restent un petit peu, c'est peut-être moins le cas aujourd'hui, mais à l'époque, restaient un peu entre eux. Et Et finalement, travailler aussi dans des... Enfin, là, je parle de mon expérience, dans des sociétés de service qui n'étaient pas sur le territoire. Donc, il y avait une espèce de monde virtuel, pour le coup, où Luxembourg était un véritable laboratoire, je trouve, où il y avait ce truc où tu es toujours dans un espace autre, en fait, et tu n'as pas une pratique du Luxembourg. Moi, les gens qui faisaient de l'architecture, en plus de l'architecture, c'est quelque chose de bâti, ils retournaient chez eux, ils ne venaient pas le week-end et ils bâtissaient au Luxembourg sans même avoir été visiter les lieux. Et au que sans beau on peut le décliner dans plein de là je le fais par rapport à l'architecture parce que j'ai une formation d'architecte mais ça je trouve c'est assez fou qu'on puisse du coup vivre dans des espaces différents et même des espaces du coup alors je dis virtuels autres là je parle du numérique mais ça peut être plein de choses culturelles sans vraiment avoir un ancrage dans le sol où on vit tous les jours quoi
SPEAKER_00J'aime bien penser comme ça, dans une sorte, c'est presque comme un territoire sculptural, tu sais. Quand tu peux tourner autour, tu peux sortir dans différents endroits, tu sais, tu peux vraiment sortir de tous les côtés. C'est une forme, et à chaque fois, tu as d'autres... en fait, d'autres inspirations culturelles aussi. Ce n'est pas la même chose si tu vois vers l'Est ou vers l'Ouest ou vers le Sud. Et donc, c'est vrai que vraiment, en venant vers la France, tout de suite, tu as quand même tout cet impact migratoire. Tu sais, je ne sais pas, je pense à nos amis italiens, après les Portugais. Je suis aussi Portugais, j'ai la double nationalité. Je pensais à ça, par exemple, de venir de Luxembourg à Gare de l'Est. C'est presque plus rapide que si tu fais un bon lieu à... Paris, bon lieu Paris. Et en fait, c'est hyper fascinant. Ces choses-là, ça me fascine dans mon travail de comment arriver quelque part, les distances, qu'est-ce que tu fais entre les choses, comment tu... Quel est ton rapport à l'espace, ton corps dans l'espace, voilà. Moi, ce qui me fascine vraiment, c'est les langues, quoi. Aussi, dans l'école publique, tu sais, si tu vas dans une école
SPEAKER_02publique... On a trois langues officielles. Déjà, ça, c'est un statut qui n'existe qu'au faveur de ma part, j'en connais Je ne connais pas beaucoup de pays qui ont trois langues officielles et qui ont même une histoire par rapport au luxembourgeois qui est maintenant écrit alors qu'il ne l'a pas été. Du coup, il y a une langue administrative, une langue parlée. Ça, c'est quand même assez fascinant et particulier. Et aujourd'hui, au Luxembourg aussi, ce qui est génial, c'est d'entendre parler de tout.
SPEAKER_00Oui, en fait, c'est quand même aussi fascinant d'être en France et surtout à Paris, je trouve. C'était quand même dans un centre où les ça bouge tout le temps et tu te remets en question tout le temps.
SPEAKER_02Ça peut être impressionnant, Paris, parce que je crois que c'est même rare d'avoir autant de... Enfin, rare, ce n'est pas vrai, mais tu as beaucoup de cultures. C'est quand même assez foisonnant dans différents milieux. Tu peux n'avouer que c'est pratique à l'eau.
SPEAKER_00Avec cette intensité-là, tu as New York, plein d'autres villes, mais ce n'est pas vraiment...
SPEAKER_02Mais après, ce qui est difficile quand même à Paris, c'est qu'il faut... Peut-être ailleurs aussi, je ne sais pas, mais c'est difficile de naviguer, trouver les bons réseaux. Déjà, de se comprendre soi, dans son médium, dans sa pratique. Ensuite, il faut comprendre comment t'insérer dans un réseau, dans le système de l'art contemporain.
SPEAKER_00Maintenant, je trouve que ça se démocratise encore plus, un peu, mais même des artistes qui viennent des mêmes écoles, qui avancent ensemble et qui se compliquent parfois de...
SPEAKER_02On a toujours besoin d'un ancrage.
SPEAKER_00Ça fonctionne un peu pareil, mais dans une dimension plus large, plus foisonnante, plus multiple.
SPEAKER_02On revient vers la question du début, l'entre-deux. Moi, je ne me vois pas être dans un endroit... Il y a toujours l'idée d'une base. Et de pouvoir quand même aller, d'être libre, de passer trois mois là ou quatre mois là, c'est génial d'avoir cette liberté. Si tu as une stable quelque part en fait. Aujourd'hui, on est quand même dans des vies Ou même, tu vois, avec ma compagne, on voudrait aller peut-être justement l'avenir. On se dit, on en a un peu marre des voitures parce qu'on a deux enfants en bas âge. C'est quand même dommage de les mettre dans les pots d'échappement. Pourquoi pas aller un petit peu au vert, même à une heure de Paris. Enfin, c'est génial. La banlieue parisienne est aussi incroyable et même un peu plus loin. Et moi, si tu veux, j'aime bien Paris, évidemment, mon chocolat chaud ou mon truc ou aller voir d'autres. Comment je fais si je suis... Et elle m'a dit, mais en même temps, on n'est pas obligé de se dire, OK, on va partir définitivement. Tu peux te dire, on part un mois Ou alors, tu ne pars pas trop loin. Tu peux imaginer, les transports te permettent quand même de se faire, même deux heures de temps, c'est ce que tu disais, Luxembourg, on a l'impression que ce n'est plus très loin, alors que c'est à côté. Donc, il y a quand même moyen d'imaginer d'autres manières d'habiter le territoire ou de se projeter dans un ailleurs. Il peut être plusieurs. Et ce n'est pas forcément un choix non plus
SPEAKER_00définitif. Et aussi, la réalité, c'est que ça revient toujours dans la même... Et on sait, je veux dire, aussi la réalité, si on parle de Paris, en fait, c'est l'immobilier, l'idée pour les artistes, etc. Moi, j'ai une belle base. Maintenant, j'étais toujours un peu nomade et je suis toujours, vraiment, je pense que je garde ce côté très mobile. Mais quand même, j'ai un endroit où reviens toujours pareil où je me sens bien où je ramène mais mais c'est moi qui fait les choix aussi de partir donc ça aussi c'est fascinant tu décides d'aller vers et quand les gens viennent et juste des fois je me sens super je dis toujours un peu en blaguant si tu viens me voir tu dois dormir au moins une ou deux nuits donc je trouve que les gens si tu vois c'est un peu comme l'idée de l'accueil et de l'autre et de se sentir un peu accueilli aussi
SPEAKER_02Est-ce qu'il y a
SPEAKER_00une Luxembourg Touch
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SPEAKER_00Luxembourg Touch, ça c'est fascinant parce que je pense que non. Et c'est ça qui est intéressant. Et aussi, par exemple, quand j'ai étudié en France, après je suis allé par exemple à Düsseldorf, à la Côte d'Académie, ou à Lausanne, à l'École, des choses comme ça. Effectivement, même je trouve que les beaux-arts, en tout cas quand je les ai vécus, ce qui est fascinant, c'est que tu n'as pas une... Tu ne te suis pas peut-être aux beaux-arts de Paris, tu peux avoir ça un petit peu, mais tu n'as pas un... d'un professeur entre guillemets comme en allemagne et tout ça et ça je trouve fascinant parce que tu dois tu commences tout de suite à créer ta propre et dans l'art le caractère de chacun est fascinant tu sais tu que chacun devrait devrait développer aller dans ses propres petites différences mais qui vont connecter avec les autres
SPEAKER_01Entre Luxembourg et Paris, entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs façons d'habiter le monde, Marco Godinho et Laura Manelli cultivent un centre de gravité singulier. Une manière de préserver sa différence, pour mieux se connaître, mais aussi pour mieux se connecter aux autres. Musique