Grains de savoir

Qui contrôle le ver-gris moissonneur ?

CÉROM Season 1 Episode 1

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Chaque printemps, dans certaines régions de l'Est du Québec, des producteurs de fourrages découvrent que leurs semis fraîchement établis ont été détruits. Le coupable : le ver-gris moissonneur, un insecte natif du sol qui, contrairement à bien d'autres ravageurs, n'a pas besoin de migrer des États-Unis. Il est ici depuis toujours. Pourtant, on sait encore très peu de choses sur lui.

Dans cet épisode, Julien Saguez, chercheur en entomologie au CÉROM, explique le cycle de vie du ver-gris moissonneur, ce qui déclenche les éclosions et pourquoi ses populations sont souvent tenues en échec par leurs ennemis naturels. Micro-guêpes, champignons, bactéries : le parasitisme exerce déjà un contrôle important, ce qui change la manière d'aborder la gestion au champ.

Un épisode pour mieux comprendre un ravageur méconnu, et pour savoir quand intervenir, et quand s'abstenir.

Animation : Annie DeMelt Invité : Julien Saguez, chercheur en entomologie, CÉROM

Bonjour, je m'appelle Annie DeMelt et bienvenue au balado du CÉROM, le Centre de recherche sur les grains. Chaque printemps, dans certaines parties de l'Est du Québec, des producteurs de fourrages découvrent que leurs semis fraîchement établis sont détruits. Le coupable est un insecte natif du sol qu'on appelle le ver-gris moissonneur. Il a toujours été ici, mais on sait à peine ce qu'il contrôle, ce qui déclenche les éclosions ou même quelle est la meilleure approche de gestion. On commence à trouver des réponses. J'ai Julien Saguez avec moi qui est chercheur en entomologie au CÉROM. Bienvenue. Bonjour, Bienvenue, Merci. Dans plusieurs épisodes du balado, on parle d'espèces qui sont envahissantes des États-Unis. Le ver-gris moissonneur, c'est différent dans ce cas-ci, qu'est-ce que c'est en fait ? Puis comment est-ce qu'il s'inscrit dans le paysage agricole québécois ? Ouais. Alors le ver-gris moissonneur, c'est un des nombreux ver-gris qu'on retrouve au printemps. À la différence de ce ver-gris là, c'est qu'il est présent nativement au Québec. On le retrouve chaque printemps. Il a pas besoin de migrer comme les autres espèces dont on a pu parler dans d'autres épisodes. C'est un insecte qui va pondre ses œufs à l'automne dans les champs, et les œufs vont passer tout l'hiver dans le sol, et au printemps suivant, c'est les jeunes larves qui vont se développer pour reprendre le cycle. C'est qu'il y a un seul, une seule génération par année et donc c'est développement ici, naturellement, au Québec. Puis ça a été quand même problématique avec cet insecte insecte là. Donc, cet insecte là était assez problématique, là, en 2017, 2020, 21, qu'est ce qu'on a vu là ? En fait, c'est des insectes qui peuvent faire des dommages sporadiquement. Beaucoup de ver-gris fonctionnent de cette façon là. Ce qui se passe, c'est que les larves vivent dans le sol et puis elles vont sortir pour s'alimenter sur les plants pendant la nuit. Donc, dans l'Est du Québec, pendant quelques années, on a eu plusieurs champs qui ont été, qui ont été infestés par ces larves là de VGM. Donc, ce qui se passe, c'est que la larve va s'alimenter sur les plants, puis souvent on a beaucoup de larves en même temps dans un champ. Donc, ce qui se passe, c'est qu'une journée, on ne voit pas les dommages. Puis à partir d'un certain certain stade de développement, les larves vont faire énormément de dommages. Donc là on va se retrouver avec des champs qui vont être, qui vont avoir des patches de plants manquants. Donc on va avoir des pertes de population. Donc, notamment dans les luzernières, on peut aussi voir dans les céréales. Donc souvent c'est ce qui s'est passé, majeur commun comme problématique. Il y a ces insectes là, c'est pas les seuls ver-gris qui font ces dommages là. On a aussi d'autres insectes qui peuvent faire le même type de dommages. Donc la tipule des prairies par exemple. Dans ces secteurs là. Mais on a d'autres ver-gris aussi qui peuvent s'attaquer très tôt aux cultures. Donc, c'est important de les suivre puis d'aller dépister, parce qu'une fois que la larve est là, elle peut détruire des grandes quantités de champs, puis migrer vers d'autres cultures adjacentes. Est-ce que... est-ce qui s'est passé dans l'Est du Québec où vous avez décidé de voir qu'est-ce qui se passait justement avec le ver-gris moissonneur, là ? Qu'est-ce qu'on savait ou qu'est-ce que vous saviez à l'époque sur ce qui contrôle ces populations là ? En fait, comme c'était sporadique, on n'avait pas beaucoup d'informations sur la biologie de l'insecte. On savait son cycle de développement, mais on n'a jamais eu l'occasion de pouvoir suivre de façon plus proche cet insecte là. Donc l'idée, c'était vraiment de documenter la biologie et aussi comment on peut lutter contre cet insecte là. Il y a quand même des cas chaque année de cet insecte là qu'on retrouve dans certaines cultures maraîchères, notamment dans la betterave, donc dans des cultures très très tôt au printemps. Mais on avait jamais vraiment focusser sur ça dans les grandes cultures. Donc là, l'idée c'était de faire un projet pour voir c'est quoi l'ampleur des dommages qui créé. Est ce qu'il est contrôlé naturellement par des ennemis naturels. Donc il y avait tout un projet qui avait été proposé à ce moment là. Par contre, ce qui s'est passé, c'est que il y a eu, il n'y a pas eu d'infestation majeure les années suivantes suivant le dépôt du projet. Mais par contre, on a quand même réussi à récolter des larves pour faire certaines expériences avec celle là. Ok ? Pourquoi c'est si important aujourd'hui de savoir quels sont les ennemis naturels qui peuvent gérer un insecte comme ça ? Mais en fait, les ennemis naturels jouent un rôle important dans notre environnement. Ils sont ils sont naturellement présents. Donc, avant de faire une intervention phytosanitaire, il faut faut savoir si on va tuer l'insecte ravageur et aussi son ennemi naturel. Parce que c'est ça. Souvent, si on utilise des pesticides, on va tuer la combinaison des deux. Donc l'idée c'est d'essayer de réduire l'utilisation des pesticides en laissant faire la nature. C'est sûr que c'est pas toujours possible pour un producteur parce que les dommages sont tellement conséquents et rapides que le producteur veut une solution rapidement. Mais si on vient tuer les populations d'ennemis naturels, on va augmenter les chances d'avoir à avoir recours aux pesticides. Donc l'idée, c'est de pouvoir comprendre comment fonctionnent ces insectes là, comment fonctionnent les agents de lutte biologique pour pouvoir éviter d'avoir recours à ces pesticides là. Puis c'est ce qu'on suppose qui s'est passé justement en 2017, 2020, c'est que depuis, on n'a pas revu de population si importante de ver-gris moissonneur. Donc on suppose qu'il y a eu un effet du parasitisme qui est important et qui a contrôlé une bonne partie des populations les années suivantes. Puis justement, c'est il y a une éclosion 2021. Ça vous a quand même offert une occasion rare. Qu'est ce que vous avez fait avec cette occasion là et qu'est ce que vous avez trouvé ? Ce qu'on a fait, c'est qu'on a récolté des larves dans les champs qui étaient infestés avec le ver-gris moissonneur, et on a mis ces larves là en élevage, en laboratoire, pour voir un petit peu s'il allait y avoir du parasitisme qui allait émerger de ces larves-là. On s'est retrouvé avec différentes espèces de ver-gris parce que quand on collecte des larves dans le champ, comme je disais, c'est difficile de les identifier, mais on a quand même beaucoup de ver-gris moissonneur. Et ce qu'on a vu, c'est qu'à partir d'un certain moment, il y avait du parasitisme qui se développait à l'intérieur. Donc on a nous récupéré juste les larves. Mais on voit que naturellement, il y a beaucoup de parasitisme qui se fait. Donc c'est aussi bien du parasitisme par d'autres insectes. Donc ça peut être des micro-guêpes, mais ça peut être aussi par d'autres agents pathogènes comme des champignons ou comme des bactéries, aussi des baculovirus qui peuvent tuer un insecte au cours de son développement. Puis il y a des parasites qui vont affecter les larves, mais on sait que les papillons ont une phase qui passe par la chrysalide, donc pendant la métamorphose, et ce qu'on a vu, c'est qu'il y avait des émergences de parasites au niveau des larves mais aussi au niveau de la chrysalide. Donc ça veut dire que malgré que la larve continue son développement et qu'elle fait sa chrysalide, elle est capable d'héberger... d'héberger à l'intérieur d'elle-même, le parasitoïde qui lui va finir de compléter son cycle de développement à l'intérieur de la chrysalide. C'est quand même quelque chose qui est au niveau de nature de la nature. C'est super bien fait la et ça permet aussi dans certains cas à ce que le parasitoïdes lui puisse passer une partie de l'hiver dans le sol par exemple et émerger le printemps suivant. Ça, ça semblait en santé, l'ensemble. On peut avoir des larves qui paraissent en santé effectivement, qui vont se développer normalement, mais qui vont être parasitées. Puis au cours de la phase semi finale du développement, qui vont, qui vont émerger. Ok. est ce que c'était assez inhabituel cette façon là de fonctionner ou on voit ça dans d'autres espèces, dans d'autres avec d'autres insectes ? Ou c'était une surprise pour vous de constater ça ? En fait, on retrouve du parasitisme aussi chez d'autres insectes. Chaque année, on récolte des larves de différentes espèces de papillons ravageurs ponctués, le ver-gris noir. Puis c'est des insectes qu'on trouve généralement parasités. Donc il y a naturellement, notamment pour la larve de légionnaire ponctuée, on a des larves qui sont capables d'être parasitées jusqu'à 50 %, et c'est quand même un bon taux de parasitisme. Ce qu'on a mis en évidence, c'est qu'il y avait quand même des nouvelles espèces qu'on avait jamais décrites au Québec. Donc ça, c'est vraiment intéressant parce qu'il y a justement très peu d'études sur sur, sur ces insectes là et sur ce parasitisme là, étant donné que les populations sont souvent sporadiques et puis très peu présentes d'une année sur l'autre. Ok, il y avait des guêpes parasitoïdes, que vous n’avez jamais... Qu'on a décrit pour la première fois. Ok. Bon, après avoir découvert tout ça, qu'est ce qui. Qu'est ce qui vous intrigue toujours ? Qu'est ce qui reste à découvrir quand c'est pas encore ? Il reste encore beaucoup de choses à découvrir, hein ? C'est comment ? Comment on explique justement les... les baisses de populations si rapidement et pourquoi ça met si longtemps à revenir ? Pourquoi c'est sporadique ? Pourquoi est-ce que c'est un impact des changements climatiques ? Est-ce qu'il y a d'autres facteurs environnementaux qui expliquent aussi les baisses de population ? Comment est-ce qu'on peut aussi améliorer justement ce parasitisme naturel là, en venant ajouter des bandes fleuries, en venant ajouter plein d'autres choses qui vont favoriser ce parasitisme là ? Est ce qu'on est capable de maintenir justement un certain équilibre naturel sans avoir recours aux pesticides ? Donc ça, c'est tout des questions vers lesquelles on veut s'attarder, notamment la biodiversité, des ennemis naturels. Est ce qu'on va avoir plus d'ennemis naturels qui vont être présents dans le futur ? Au moins ? Tout ça, c'est des choses qui nous intéressent actuellement. Quelque chose que vous avez constaté, c'est que la plupart des larves mouraient de ce qui semblait être des infections fongiques ou bactériennes et bactériennes. Puis à quel point vous êtes confiant de cette interprétation là et qu'est ce qui resterait à confirmer ? Eh bien, en fait, c'est facile à identifier pour certains pathogènes. Les champignons, par exemple, ça va se développer à la surface de l'insecte. On va avoir des champignons qui vont pousser dessus tout ce qui est bactéries, virus et autres pathogènes qui peuvent affecter les larves. Des fois, c'est plus difficile à identifier, donc ça prend des tests moléculaires. Il faut mettre en culture des choses comme ça. Donc là on a pas encore tous les résultats concernant ces identifications là, mais les symptômes qu'on voit sur les larves correspondent à ce qui est déjà décrit pour d'autres espèces d'insectes. Donc c'est un peu du fait du parallèle avec ce qui est déjà connu dans la littérature. C'est juste qu'il faut maintenant aller plus loin dans l'identification de ces pathogènes. Ok ? Puis quand même, depuis 2021, on parlait, vous faites une veille, là, vous vous essayez de dépister chaque année, dans certaines régions qui ont été touchées dans le passé, et vous trouvez rien pour l'instant. Donc, qu'est-ce qui se passe ? On trouve rien. C'est pas tout à fait vrai, mais on trouve quand même quelques quelques spécimens par année. Si on va dans des serres par exemple, on peut en trouver. L'année 2025, c'était une année où on a revu une petite recrudescence de ver-gris en général, mais aussi un peu de ver-gris noir et de ver-gris moissonneur. On a notamment retrouvé des spécimens un petit peu partout, dans toutes les régions. Donc on a un nouveau projet qui a été mis en place avec notamment une un autre centre de recherche avec qui on collabore. Et ce projet là nous a permis de mettre en évidence la présence d'ennemis naturels. Il y a toujours des petits foyers d'infection, mais c'est pas des explosions de population comme on a pu les voir en 2017. Avec l'information que vous avez. Donc, qu'est ce qui vous vous pensez ? Qu'est ce que vous pensez ? Qui les déclenche ces éclosions là ? On n'a pas encore là, on n'a pas encore la réponse. Il y a l'étude qui est en train d'être faite aussi, et pour essayer de modéliser le déplacement des insectes, de voir quand ils arrivent sur eux. Mais en fait pour le ver-gris moissonneur, il est déjà présent. Mais de voir un petit peu quels sont les facteurs qui peuvent expliquer justement cette recrudescence ou cette absence de présence des ver-gris moissonneur au Québec. Donc, compte tenu de ce que vous savez maintenant, un producteur de fourrages dans l'Est du Québec se réveille un matin et puis les champs sont détruits. Qu'est ce que vous leur dites ? Bien, bon, on va les inviter à aller à contacter leur agronome parce que c'est l'agronome qui va pouvoir faire une validation de ce qui est la cause de ces dommages là. Puisque je disais qu'il y avait plusieurs causes possibles de ça, et de si c'est vraiment des larves de ver-gris, de nous les faire parvenir pour voir justement s'il y a une présence de parasites dans ces insectes là. Une fois que les dommages sont faits, malheureusement ils sont faits. L'idée, c'est peut être aussi de faucher ce qui reste de la culture de prairie pour essayer de détruire les larves qui pourraient être présentes encore dans les champs, et puis de mettre en place d'autres moyens de lutte si nécessaire pour pour contrôler cet insecte là. En espérant qu'il n'ait pas eu le temps déjà de gagner les champs avoisinants. Donc c'est important de faire du dépistage. La surveillance, quand on voit ce type de problématique là, non pas uniquement autour de la zone endommagée, mais ailleurs aussi dans les zones plus plus étendues. Et Il y a quand même vos données où vous laissent entendre que les ennemis naturels, pour l'instant du moins, font leur travail. Est ce que ça change votre façon de penser à l'utilisation de pesticides pour cette problématique là ? Bien, en fait, oui, ça, ça change un petit peu notre façon de faire parce qu'on sait que comme c'est des insectes qui sont sporadiques, c'est le ver-gris, mais ça sert à rien vraiment d'avoir du traitement préventif. Ou c'est vraiment les pesticides comme on dit toujours, dans un programme de gestion de lutte intégrée, c'est vraiment de les utiliser en dernier recours quand on n'a pas eu l'occasion de pouvoir tester d'autres approches. Là, on voit très bien que les ennemis naturels semblent avoir, que ce soit les ennemis naturels ou les agents pathogènes, semblent avoir un bon contrôle jusqu'à maintenant sur ces insectes là. C'est sûr que c'est toujours délicat de perdre une récolte ou, pour un producteur, c'est vraiment son gagne-pain. Donc c'est toujours délicat de perdre ça. Mais en fait, l'idée c'est de retarder le plus possible l'utilisation de pesticides en faisant confiance à la nature. Pour vous, qu'est ce qui vous intrigue encore par rapport à cet insecte là et comment le gérer ? En fait, ce qui nous intrigue, c'est de savoir pourquoi certaines années il va et il va y avoir une explosion des populations qu'on ne l'a pas l'année précédente. Est ce que c'est lié aux conditions climatiques ou est ce que c'est lié à l'enneigement ? Est ce que c'est lié au changement climatique ? Donc actuellement on voit pas d'évolution majeure des populations, on n'a pas d'explosions annuelles. Mais c'est sûr que c'est des questions qui nous chicote un peu. On va vouloir savoir dans le futur. C'est pour ça qu'on continue à faire de la surveillance, du dépistage justement pour être sûr que ces populations d'insectes là vont se maintenir basses. Parce que le fait aussi d'appliquer des pesticides, des choses comme ça, ça peut avoir un impact sur les ennemis naturels. Et donc ça peut aussi réduire le contrôle qui se fait déjà de façon naturelle dans les champs. Donc c'est un petit peu l'objectif aussi de pouvoir suivre et de voir l'évolution de ces populations là dans le temps. Donc ça va être important de rapporter. Oui, oui, ça c'est toujours important de rapporter, notamment pour soi, mais aussi pour les voisins qui nous entourent. Le producteur qui est affecté, si son champ est affecté, ça peut déborder sur le champ du producteur voisin. Ok, merci beaucoup à Julien Saguez, chercheur au CÉROM. Merci beaucoup.