Grains de savoir
Grains de savoir est un balado du CÉROM, le Centre de recherche sur les grains. Chaque épisode, l'animatrice Annie DeMelt s'entretient avec des chercheurs et des agronomes pour décoder les enjeux en protection des grandes cultures au Québec. Des maladies fongiques aux ravageurs émergents, en passant par les outils d'aide à la décision et les stratégies de lutte intégrée, découvrez la science derrière les pratiques qui façonnent l'agriculture d'ici. Que vous soyez producteur de grains, conseiller agricole ou simplement curieux de comprendre ce qui se passe dans nos champs, ce balado vous offre un accès direct à la recherche appliquée au Québec.
Grains de savoir
Virus de la mosaïque du concombre (CMV): Retour sur la crise de 2022
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En 2022, des producteurs maraîchers du Québec ont vu leurs récoltes de courges, de concombres et de melons s'effondrer en quelques semaines. Le coupable : le virus de la mosaïque du concombre (CMV), transmis par les pucerons. Pour certaines exploitations, les pertes ont atteint les trois quarts de la récolte. Et personne ne savait vraiment pourquoi cette année-là avait été aussi dévastatrice, ni quoi faire si la situation se reproduisait.
Dans cet épisode, Sébastien Boquel (CÉROM) et Isabelle Couture (agr., MAPAQ) reconstituent ce qui s'est passé. D'où vient le virus ? Qui le transporte vraiment ? Et surtout, qu'est-ce qu'un producteur peut faire concrètement ? La réponse est plus nuancée qu'on pourrait le croire : contre un virus à transmission non persistante, les insecticides sont inefficaces, voire nuisibles. La piste la plus prometteuse est ailleurs, du côté d'une solution simple et à faibles intrants, l'huile végétale.
Une enquête sur une crise récente, et un mode d'emploi pour mieux se protéger la prochaine fois.
Animation : Annie DeMelt Invités : Sébastien Boquel, CÉROM, et Isabelle Couture, agr., MAPAQ
Bonjour. Je m'appelle Annie DeMelt et bienvenue à ce nouvel épisode du balado du CÉROM. Le Centre de recherche sur les grains. À l'été 2022, des producteurs maraîchers Québécois ont vu leurs récoltes de courges, de concombres et de melons baisser de façon significative. Certains ont perdu jusqu'à 75 % de leur production. En cause, le virus de la mosaïque du concombre, aussi appelé CMV, qui est transmis par les pucerons. Alors pourquoi cette année a-t-elle été si dévastatrice ? Et surtout, qu'est-ce qu'on peut faire si cela se reproduit ? Une équipe de chercheurs s'est penchée sur la question, et les réponses pourraient bien tenir à une question de synchronisation. Pour en parler, j'accueille Isabelle Couture, qui est agronome et conseillère en horticulture au MAPAQ, et Sébastien Boquel, chercheur au CÉROM. Bienvenue ! Bienvenue à vous deux. Merci beaucoup. Merci. Alors Isabelle, on revient à l'été 2022. Ça a été vraiment difficile pour beaucoup de gens. Qu'est-ce que vous disiez à l'époque aux producteurs, et qu'est-ce que vous constatiez dans les champs ? Qu'est-ce que vous voyiez? Bien, dans les champs ? Ça a été un petit peu un crescendo. D'abord, moi, je suis avertisseur pour le réseau Cucurbitacées du Réseau d'avertissements phytosanitaires. Donc j'ai la chance de pouvoir avoir plusieurs collaborateurs dans toute la province où il se produit des cucurbitacées. Puis, à chaque semaine, on m'envoie des comptes rendus hebdomadaires de ce qui se passe au champ. Donc, dès le 10 juillet, je commence à avoir beaucoup de collaborateurs, soit dans les Laurentides, Lanaudière, Montérégie, qui m'indiquent qu'il y a une augmentation de la quantité de pucerons, ce qui est quand même curieux. C'est un premier petit drapeau, mais bon, ok. Puis la semaine d'après, le 18, 19 juillet, on commence à avoir quelques plants virosés dans les champs, en Montérégie. Fait que là, c'est quand même quelque chose d'assez particulier, parce que pour qu'on me l'indique, ça veut dire qu'il y a un nombre qui augmente quand même assez. La semaine d'après, fait que là, on est rendus autour du 27 juillet. Ben là, il y a une recrudescence encore de pucerons ailés. Il y a plusieurs collaborateurs encore, dans les principales régions, Montérégie, Lanaudière, Laurentides, qui me disent qu'ils voient beaucoup de pucerons ailés. Mais il y a aussi encore une augmentation de plants virosés.
Là, je me dis :oh, il y a quelque chose qui se passe, puis effectivement... Un peu plus tard, on est rendus au 27 juillet. Il y a beaucoup de plants virosés qui sont rapportés dans plusieurs régions, puis par la suite, c'est un petit peu la débandade au 7 août. C'est là qu'on voit qu'il y a un producteur de concombres qui a perdu au-delà de 70% de sa production. Donc ça, c'est une année vraiment très, très difficile. Au 25 août, là, ils commencent à avoir des virus dans les tomates, dans les poivrons, dans la cerise de terre, on en voit un petit peu dans les crucifères. Donc il y a une cellule de crise qui s'installe au MAPAQ, au niveau de la Direction de la phytoprotection. Il y a aussi une autre direction qui est plus de développement économique du secteur agroalimentaire qui se met en place, avec la Financière, avec les associations de producteurs maraîchers du Québec,
pour dire :oh, il se passe quelque chose. Qu'est-ce qu'on fait pour mettre en place une stratégie ? Fait que ça a été une grosse année. Est-ce que vous avez déjà vu une mobilisation comme celle-là ? Non, non, non, non, non. Non, non, non, parce que là, il y avait vraiment la panique qui était prise. Les producteurs voyaient qu'il y avait de plus en plus de virus dans les champs. C'est très visuel. Il y a vraiment eu un mouvement de panique, puis le MAPAQ ne pouvait pas ignorer ça. Fait que la cellule de crise, avec la Financière, avec les associations de producteurs, était importante, là, pour faire un bilan, à chaque semaine, de la situation. Ok. Et puis, est-ce que vous avez pu déterminer tout de suite que c'était le CMV ? Est-ce que c'était évident ? Ça, ça, c'était... Comment ça s'est passé, le processus de diagnostic ? Bien, c'est sûr que des plants virosés, ça se reconnaît, parce que le plant est peut-être très rabougri, il peut y avoir du jaunissement, il peut y avoir des déformations, il va y avoir des mosaïques. Ça, on le voyait. Sauf que, à limite, tous les virus peuvent avoir des symptômes similaires. Fait que pour vraiment distinguer que c'était le virus de la mosaïque du concombre, il fallait envoyer des échantillons. Puis dans la cellule de crise qui avait été mise en place,
c'est là qu'on a dit aux producteurs :envoyez des échantillons pour confirmation du virus en cause, ça va être gratuit. Donc le laboratoire de phytoprotection, le laboratoire du diagnostique du MAPAQ, a été submergé d'échantillons. Ils en ont eu presque 200. Puis la grande majorité des échantillons ont sorti le virus de la mosaïque du concombre, seul ou parfois en présence de petits virus. Il y a un autre groupe de virus qui est transmis par les pucerons, et les pucerons visiteurs. Donc c'est ça, une fois que c’était confirmé, c'était quoi, l’hypothèse, là, à l'époque, en 2022, de pourquoi ça avait été une année aussi difficile par rapport à ce qu'on avait pu connaître auparavant ? Mais je l'ai dit, là, je suis avertisseur cucurbitacées. En 2007, j'étais aussi avertisseur. Puis en 2007, il y a aussi eu une crise au niveau des cucurbitacées. Il y avait eu beaucoup, beaucoup de virus, mais ça n'avait pas pris toute l'ampleur qu'en 2022, parce qu'il y avait quelques régions qui étaient en cause, mais ça avait été quand même significatif. Puis là aussi, on avait observé beaucoup, beaucoup de pucerons ailés. Et puis, parallèlement à ça, il y avait aussi, en 2007, une augmentation du nombre de pucerons dans le soya. Donc, l'hypothèse... Puis là, en 2007, c'était la première fois que les producteurs de soya devaient traiter, parce qu'il y avait vraiment des craintes de population.
Donc, l'hypothèse de base a été :ok, les pucerons ailés qu'on observe... Il est fort à parier que c'est du puceron du soya. Par contre, à l'époque, c'était... c'était difficile. C'est difficile de récolter un puceron ailé sur un plant parce que souvent ils sont pas hyper nombreux, mais c'est tous les plants qui vont avoir peut-être un, deux pucerons ailés. Le laboratoire était pas forcément, à l'époque, équipé pour identifier le puceron ailé, parce que la plupart des clés d'identification sont faites à partir des pucerons qui sont aptères, qui n'ont pas d'ailes. Non, hypothèse de base, c'était de dire bon, c'est peut être le puceron de soya, mais ça restait une hypothèse.
Alors c'est ça, on disait :le MAPAQ s'est mobilisé, s'est tourné entre autres vers les chercheurs, vers la recherche, vers le CÉROM. Alors, Sébastien Boquel, vous avez un parcours assez particulier avec votre parcours. Est-ce que c'est surprenant de voir ce que vous avez vu en 2022 ? Mais surprenant de le voir. Non, mais je sais que le MAPAQ est venu nous chercher au CÉROM parce que moi, dans le cadre de mes études, j'avais travaillé dans la pomme de terre, la transmission du virus de la pomme de terre par les pucerons. C'est... c'est un cas qui était très similaire, donc je n'étais pas... pas étonné qu'on con... qu'on vienne frapper à la porte du CÉROM. Puis vous, votre objectif avec ça ? Qu'est ce que vous vouliez accomplir dans le projet de recherche ? C'est ça... en fait, comme disait Isabelle, il y a cellule de crise, il y a eu des rencontres ensemble en se disant tu sais c'est quoi l'état du situation ? C'est quoi la problématique ? Quand en réfléchissant, on s'est dit bon bah on va on... Il y a plusieurs questions auxquelles il faut qu'on réponde. La première, une des problématiques, c'était d'identifier l'espèce de puceron responsable, l'espèce ou les espèces. Ça, c'était la première chose. La deuxième chose, quand on parle de transmission de virus, ça prend une source de virus quelque part dans le paysage. Donc le deuxième objectif, c'était vraiment d’échantillonner des plantes aux alentours des champs de cucurbitacées qui avaient été endommagé pour justement essayer d'aller trouver une source de virus, ou en tout cas aux alentours du champ. Puis le troisième volet, en fait, c'était de. C'était de tester des méthodes, des méthodes de lutte alternatives. On sait que les insecticides, on reviendra peut être un peu plus tard, mais les insecticides ne fonctionnent pas avec ce type de virus, ce type de transmission. Donc là, c'est vraiment de s'outiller avec des méthodes de lutte alternatives pour limiter la propagation de virus. Ok, donc on parle un petit peu de transmission pour mieux la comprendre. Comment est-ce que le CMV va passer d'un plant à l'autre ? Qu'est-ce qui se passe avec le puceron pour que ça puisse se transmettre comme ça ? Mais il faut voir le puceron comme... ben je vais déjà définir. Un virus, on a différents types de virus. Le virus de la mosaïque du concombre, CMV, c'est un virus qu'on dit non persistant, c'est-à-dire que lui, il va être transmis juste en piquant la plante. Donc quelques secondes suffisent pour infecter la plante. Les pucerons, eux, arrivent. Qu'est-ce qu'ils ont ? Ils ont un stylet pour boire, bon, boire ou goûter les plantes. Puis souvent un puceron quand il va atterrir sur la plante, on dit qu'il va faire des piqûres exploratoires. Il va goûter la plante. S'il l'aime, il va rester, il va s'installer, il va se multiplier. S'il n'aime pas, il part. Mais le fait d'avoir goûté la plante, il y a déjà eu transmission de virus. Donc c'est ça qui est un petit peu spécial dans ce type de transmission, c'est que tous les pucerons vont être vecteurs du CMV. Alors que pour des virus persistants, qui est l'autre type de virus ? Rien à voir avec le CMV, eux ça va être les pucerons colonisateurs, ceux qui vont aimer la plante, qui vont rester, qui vont se multiplier. Ok, donc dans ce cas ci, là, les insecticides c'est pas nécessairement l'idéal. Non exactement parce que comme je disais donc, on distingue colonisateur ceux qui vont rester, les non colonisateurs, eux, vont piquer. Prenons l'exemple d’un puceron qui se développerait sur, je ne sais pas moi... dans le soya par exemple, le puceron va atterrir sur la courge, il va goûter, il aime pas, il va repartir, il va regoûter, il n'aime pas, etc. On en a déjà parlé là, puis dix minutes après, il est déjà sorti du champ. Même si on voit des pucerons puis on intervient, l'insecticide souvent c'est des insecticides de contact. Il faut que les pucerons soient présents dans les champs et la transmission a déjà eu lieu puis les insecticides n'ont aucun effet. Il est trop tard. Exactement. Donc si on tient compte de tout ça,
est-ce que vous diriez aux producteurs :ça ne vaut pas la peine de pas pulvériser les d'insecticide lorsqu'on voit des pucerons ? Ou est-ce que... est-ce qu'il y a des cas où ça pourrait être utile ou qu’est-ce que vous leur dites finalement ? Pour le... pour limiter la transmission du CMV, les virus non persistants, les petits virus d'ailleurs, font partie des virus non persistants. Contre ce type de virus... ça ne sert à rien. Le temps qu'on arrive et qu'on intervienne, les pucerons sont déjà sortis du champ. On ne va pas avoir un effet, on ne va pas avoir l'effet escompté. Ok Isabelle, vous vous travaillez justement directement avec les producteurs. Est-ce que c'est un... c'est un message qui est difficile à leur passer ? S'ils sont réceptifs à ça ou c'est quelqu'un qui voit sa culture se détériorer ? Est-ce que c'est facile transmettre ce message là ? C'est sûr qu'il faut le répéter souvent puis le producteur se sent un peu impuissant de dire : ben là, si je mets pas d'insecticide, je risque peut-être d'avoir le virus. Mais il faut vraiment expliquer le type de virus auquel on a affaire, puis le fait que la transmission soit presque instantanée. Donc il faut vraiment décortiquer la problématique de leur expliquer... ... puis après c'est sûr à force de le dire, je pense qu'ils acceptent. C'est vrai que c'est compliqué, puis on veut toujours intervenir. Oui, puis au-delà de l'intervention phytosanitaire, tu sais comme ça peut aussi diminuer tes populations enemies naturels. Et on sait qu'il y a certains ennemis naturels qui peuvent avoir un impact sur les pucerons, principalement les pucerons qui colonisent. Mais tu sais, les coccinelles par exemple sont très friandes de pucerons. Donc c'est sûr que de faire une intervention... mais déjà qui sert à rien pour diminuer la transmission de virus, mais en plus va te limiter au niveau de tes ennemis naturels. Mais tu sais, c'est au final tu perds sur les bords. Mais c'est sûr qu'avec ce qui s'est passé en 2022, j'imagine une plus grande ouverture et on veut avoir cette information. Ah oui. Tout à fait, tout à fait. Puis le fait aussi qu'on a quand même fait des fiches techniques, on a fait des webinaires. Je pense qu'on comprend davantage c'est quoi les virus non persistants, les pucerons ailés également. Fait que on est plus au fait de dire ok, il y a peut-être d'autres choses qu'on peut faire, mais les insecticides c'est pas la solution. Puis votre recherche a voulu aussi trouver la source du virus. C'est ça ? Donc vous êtes allés chercher, vous avez échantillonné quand même 1250 plantes en bordure de champs autour des fermes qui avaient été touchées en 2022. Ça, c'est important. Vous avez trouvé quoi ? Non, c'est vraiment important de dire que c'était des fermes qui étaient touchées parce qu'il y en a eu de la transmission qu'on s'est dit il doit y avoir des sources aux alentours. On a essayé de vraiment trouver la source. Effectivement, grand effort d'échantillonnage, c'était à peu près une vingtaine de champs qu'on a échantillonnés. Puis on a trouvé seulement six plantes qui étaient qui étaient positives au CMV. Je me rappelle plus des noms des plantes, mais c'est ça, il y en avait six dont trois qui n'avaient jamais été répertoriés dans la littérature. Donc c'est des nouvelles plantes source ou hôte du CMV. Puis le CMV en fait est capable de se développer dans plus de 1000 plantes, donc c'est c'est quand même.. il y a une source d'autre qui est quand même assez importante pour le CMV qu'on en a trouvé six. C'est beaucoup et c'est pas beaucoup. Ça vous dit quoi au juste ? Oui, c'est ça. Des années où on a pas beaucoup de pucerons, on a la source de virus qui va être là. La chance que le puceron visite la plante, c'est comme un peu jouer au 6/49. Il tombe là-dessus et il va le prendre, il va, il va le transmettre peut-être à l'intérieur du champ, puis ça, ça va donner un nouveau foyer d'infection pour multiplier dans le champ. Donc, les années où on a été chaque année, on a du puceron partout, mais les chances sont moins, sont plus faibles d'avoir une année à forte transmission. Les années par contre, on a beaucoup, beaucoup, beaucoup de pucerons ailés. Mais là, c'est sûr qu'on inonde le paysage avec des pucerons ailés. Il y a beaucoup plus de chances pour qu'ils tombent sur des plantes infectées puis qu'ils le transmettent. Donc c'est là où en fait le premier pic. On en reparlera un petit peu plus tard, mais on a différents pics de pucerons au cours de la saison. On va avoir une transmission primaire qui va se faire dans le champ, puis ensuite quand c'est massif avec plein de pucerons, ben là on va avoir une transmission secondaire, puis ça va vraiment se multiplier très, très, très vite. Ça vient exponentiel quand il y a beaucoup de pucerons parce qu'à chaque année on peut avoir un plant viroses dans un champ qui fait cinq hectares si on est habitué à ça. Mais de voir des grandes grandes infestations comme 2022 ou 2007, mais ça dit, c'est très très rare quand même. Puis pour revenir encore une fois, la distinction entre les pucerons colonisateurs et ceux qui ne colonisent pas. Le puceron qui colonise pas lui, il va prendre le virus, mais il va piquer trois, quatre ou cinq plantes. Donc là, il va avoir l'occasion de transmettre deux, trois ou quatre fois à la plante. Un puceron qui colonise lui, quand bien même il l'aurait, il arrive, il aime bien la plante, y reste. Donc il n'y a pas de... on multiplie pas les foyers. Donc les non colonisateurs sont vraiment les pucerons responsables de ces épidémies. Puis donc là aussi on parle de réservoir local, de mauvaises herbes. C'est pas un moteur pour les grandes années d'éclosion. Qu'est-ce qui peut l’être ? En fait, ça l'est, ça l'est. On a l'impression que c'est pas beau. Six plantes sur un, sur 1250, c'est un très très faible pourcentage. Mais comme je disais, plus on va multiplier les pucerons, plus on a de chances d'avoir des trous, des transmissions. Donc vous avez installé des pièges dans les champs, deux saisons complètes, plus de 150 000 pucerons ailés qui sont capturés. Qu'est-ce que ça vous a pris sur le moment de leur arrivée et pourquoi c'est important ? Oui, mais en fait, l'un des premiers objectifs du projet de recherche, c'était de documenter la dynamique de population des pucerons. Nous, ce qu'on a fait, c'est qu'on a mis des pièges bien jaunes dans quarantaine de champs sur les deux années. On en a mis dans les champs de soya, on en a mis dans les champs de courges. On voulait voir la différence si les dynamiques étaient les mêmes. Au final, on s'est rendu compte que les dynamiques étaient semblables. Que tu sois dans un champ de courges ou un champ de soya, les grandes, les grands patrons de vol sont les mêmes dans ces deux cultures. Puis ce qu'on a vu aussi, c'est qu'on avait deux pics de population. Il y en avait un mi-juillet, fin juillet, puis l'autre non... début août, mi-août. Donc ça, c'était vraiment deux grands pics de population. Puis on a voulu aller plus loin dans l'identification des espèces de pucerons. Par contre, c'est très très très compliqué. Ce qu'on a fait, ce qu'on a fait, une pré-identification au genre et non à l'espèce. Puis on s'est rendu compte que 75% des pucerons, c'était du groupe Aphis. Et ce groupe Aphis en fait le puceron du soya en fait partie. Le puceron du melon en fait partie aussi. Donc c'est compliqué encore une fois de savoir. L'avantage, c'est qu'on sait qu'on a deux pics, puis on le sait que plus on va avoir de pucerons, plus on va avoir de transmission. Donc le fait de savoir ces pics, déjà, ça nous donne une idée des périodes, des périodes à risque. Et c'est pour ça que c'est important de confirmer ce type là, pour nous dire, nous indiquer quand ça va être. En fait le fait de le savoir, on le sait qu'on a deux périodes critiques pour la transmission du virus. Nous, on voudrait aller plus loin en faisant de l'identification des espèces en fait, parce qu'on peut avoir dans ces deux pics, nous, on voit généralement, et les données du Réseau d'avertissements phytosanitaires aussi donnent la même chose en grandes cultures dans le soya... le puceron arrive à la mi-juillet, fin juillet, et immigre en fait des États-Unis. Ils survivent pas l'hiver, qui viennent par les vents, puis arrivent en général mi-juin, fin juin, mi-juillet, fin juillet, et ceci correspond en fait au deuxième pic de population. Nous, quand on fait les dépistages sur les plants, on a vu qu'il y avait une corrélation entre les ailés et les aptères. Ce qui nous inquiète maintenant, c'est peut-être le premier, la première dissémination avec le premier pic de population. Puis là on ne sait pas s'il y a du puceron de soya... donc tu sais il est responsable ou pas ? On le sait pas. Oui, en partie pour les, pour la fin de saison, mais le début de saison, ça serait intéressant d'aller plus loin dans les identifications. Ok. Puis est ce que c'est enclenché ? On a Oui, effectivement, on a une étudiante à la maîtrise qui travaille, qui va travailler les deux prochaines années en fait, pour faire ça. Donc, on devrait avoir encore plus de de réponses. En fait, par rapport à ce projet. Isabelle Et si c'est ça qui est confirmé comme principal responsable, qu'est ce que ça veut dire pour les producteurs qui ont qui ont pas vraiment de contrôle sur ce qui se passe dans le champ de soya autour d'eux ? Si c'est confirmé. Mais ça revient encore à la surveillance. Le réseau d'avertissement des cucurbitacées est vraiment très relié à celui-là des grandes cultures. Donc il y a vraiment une veille qui se fait, les réseaux s'alimentent aussi. Donc ça va être de voir s'il y a une corrélation entre les pucerons ailés qu’on observe, est-ce qu'il y a une augmentation du nombre de puceron dans le soya ? Et puis si c'est le cas, on a maintenant davantage de pistes suite à la cellule de crise, suite au fait qu'il y a eu des chercheurs qui sont impliqués, on a maintenant des moyens d'intervenir qui peuvent nous aider à diminuer le risque d'avoir des virus. Puis ça c'est la pulvérisation d'huile que Sébastien... pour en parler davantage, mais qui s'avère être intéressant. Puis c'est quelque chose qu'on savait pas en 2007, qu'on savait pas non plus en 2022, fait qu'au moins là, on a un moyen qui pourrait nous aider à diminuer les quantités de virus. Non seulement on comprend mieux ce qui se passe, mais on a des solutions. C'est la bonne nouvelle aussi. Donc. Sébastien C'est ça. Maintenant qu’on comprend mieux la propagation du virus. C'est quoi les outils que vous avez pu tester pour leur efficacité ? Ouais, c'est ça le troisième volet du projet dans lequel on voulait tester des méthodes de lutte alternatives à l'utilisation d'insecticides surtout... c'est pas vraiment recommandé. Dans ce cas-ci, on a testé le sarrasin en intercalaire. On a testé du kaolin aussi, qui est un produit qu'on applique, qui va en fait brouiller les signaux visuels des pucerons qui vont pas être capables de reconnaître la plante et ils vont pas atterrir sur la plante. Donc... c'est intéressant.....diminuer la transmission du virus. Puis le troisième, c'est l'utilisation d'une minérale ou d'huile végétale. En fait, on a testé les deux. C'est utilisé dans la production de pommes de terre, de semences pour justement diminuer les transmissions de virus. Ça fonctionne qu'on s'est dit on va le tester. Donc on a testé ces trois méthodes. Les méthodes les plus prometteuses, je dirais, c'est l'utilisation d'huile. Là où on a vu, on l'a vu en laboratoire, on l'a vu aussi en champ. Mais tu sais, on a eu deux années de faire. La recherche en champ c'est quand même compliqué. On savait pas si on allait avoir des années à pucerons ou pas. 2022, c'était énorme en termes de pucerons, il y a celui de crise de 2023... je pense que c'est l'année où on a vu le moins de pucerons depuis les dernières années. Donc c'est dur de faire de la recherche en conditions non contrôlées en champ. Donc là ça nous a rien donné en 2023. 2024, on avait une tendance avec l'huile végétale comme quoi ça diminuait. Kaolin et Sarrasin, ça a pas donné tellement de bons résultats. Oui, ça peut être pratique qu'on peut utiliser, mais pas au point de faire réduire drastiquement les transmissions de virus. L’huile végétale, minérale, c'est quand même assez... assez prometteur. Ok. Mais malheureusement, il va peut être falloir attendre qu'on ait une grosse année pour... Un peu moins c'est rassurant là. Oui, oui, oui, c'est. Ça, on en souhaite pas. Tu sais, il y a eu quand même quinze ans d'écart entre les deux crises. On souhaite que ça soit le plus loin possible, mais on aura toujours les pulvérisations d'huile qui vont se faire en préventif. C'est pas juste une seule fois, il faut pulvériser à peu près à sept jours d'écart de façon régulière pendant peut être quatre cinq semaines. Fait que c'est pas facile non plus, mais il y a moyen de. ça quoi, comme impact ? Ça signifie quoi cette solution là pour les producteurs ? C'est quand même assez et c'est assez significatif. Oui, c'est très positif. On sait que dans la pomme de terre, ça fonctionne bien. Maintenant, il faudrait avoir quand même beaucoup, beaucoup de pucerons ailés pour le mettre, pour mettre cette solution-là en branle. Mais au moins c'est intéressant parce qu'il y a un outil qui a des, qui était à risque réduit pour la santé, pour l'environnement. Donc c'est certain que les producteurs vont l'adopter s'ils jugent qu'il y a une menace réelle et qu'il y a beaucoup de pucerons ailés pendant plusieurs semaines. Mais c'est ça qui est vraiment intéressant je trouve. Avec le projet de recherche qu'on a eu, c'est que on s'est documenté à différents niveaux, c'est les dynamiques, l'utilisation d'une huile minérale. Il y a-tu des sources de virus ? Donc maintenant on a, on remet tout ça ensemble, on sait qu'on a des sources de virus, c'est pas vrai qu'on va faucher toutes les bordures et avoir plus de réservoir de virus. Donc on sait, c'est présent, on sait qu'on a des pucerons qui vont transmettre. Et l'avantage, c'est que le suivi qui est fait, que ça soit dans les grandes cultures ou dans les cucurbitacées, on peut se servir de ça pour dire attention, il y a des envolées qui s'en viennent ou même des États-Unis. On est capable de voir quand est ce que ça va arriver. Donc là c'est de se dire si on a une année vraiment hâtive, par exemple de pucerons, peut-être qu'on devrait commencer à utiliser par exemple de l'huile pour se protéger de manière préventive. Donc, tu sais, il y a une... il y a beaucoup d'informations, je trouve, qu'on a cherché. Une compréhension qui est qui est vraiment meilleure. Mais si ça, j'allais dire, c'est un des cas où vous avez eu vraiment une très grande compréhension, là, comparativement à 2022, ça a été un succès, là, finalement, la recherche, cette étude là. Oui, bien, c'est sûr qu'on n'arrive pas avec des méthodes magiques. On utilise une affaire, et puis ça fonctionne. Par contre, le fait de savoir comment ça fonctionne, d'appréhender ça, je trouve que c'est plus facile. Puis l'huile minérale ou l'huile végétale va rester un outil que le producteur peut utiliser. Il y a d'autres choses qu'on peut utiliser. Des cultures, par exemple de sarrasin. Si on peut essayer ça, utiliser aussi des cultivars résistants mais tolérants. Il y a certains cultivars en fait de cucurbitacées qui peuvent être plus tolérants aux virus. Donc la tolérance c'est. Même si je suis affecté le temps que le virus se multiplie et que ça devienne jusqu'aux fruits. Par exemple un concombre de transformation, ça va prendre plus de temps. Donc si on prend plus de temps, si on récolte plus tôt, on n'a pas de virus, on est capable. Tu sais, il y a plein de choses en fait qui sont qui sont disponibles. Il y a des filets aussi, ça dépend des cultures. Mais l'huile végétale ou les huiles minérales reste un outil qu'on peut utiliser. Ok. Alors Isabelle, en 2026, qu'est ce que vous dites aux producteurs qui vous disent comment est ce que je peux me protéger là cette année ? Qu'est ce que vous allez leur conseiller ? C'est sûr, on n'a pas de boule de cristal non plus, là. Comment ça va se passer cette année ? Je pense que la bonne idée, c'est peut-être s'inscrire au Réseau d'avertissements phytosanitaires. Déjà. Nous, on collige l'information, on voit de façon un petit peu plus macro ce qui se passe. Donc ça, ça va, c'est une première source d’information. On est en lien avec le réseau de grandes cultures, puis si jamais il y a des envolées qui sont anormalement grandes, à ce moment-là le producteur pourrait être informé que l'huile est parmi un outil qui peut l'aider à diminuer le risque de la transmission de virus, comme le virus de la mosaïque du concombre. Isabelle Couture, Sebastien Boquel. Merci