Grains de savoir

Cécidomyie : moins traiter, mieux gérer

CÉROM Season 1 Episode 4

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La cécidomyie du chou-fleur inquiète bien des producteurs de canola au Québec : des dégâts qui semblent surgir du jour au lendemain, un insecte minuscule au cycle de vie de trois jours, et des larves bien cachées dans les bourgeons.

Annie DeMelt reçoit Sébastien Boquel (chercheur, CÉROM) et Hélène Brassard (agronome, MAPAQ) pour faire le point sur les recherches des dernières années : seuils d'intervention, capacité étonnante du canola à compenser, rôle des ennemis naturels et pistes concrètes pour intervenir plus juste, parfois avec moins.

Un balado de CÉROM, le Centre de recherche sur les grains.

SPEAKER_02

Bonjour et bienvenue à cette nouvelle épisode du balado du sérum, le Centre de recherche sur les grains. Je m'appelle Annie Demelte et aujourd'hui, on va parler d'un phénomène qui est vraiment déconcertant pour plusieurs producteurs de canola au Québec. Ce sont les dégâts qui sont causés par la cécidomie du chou-fleur. Alors, c'est un scénario que vous connaissez peut-être. Une semaine, votre champ de canola paraît en bonne santé. La suivante, les dégâts sont déjà visibles, comme si l'attaque était survenue du jour au lendemain. Grâce aux recherches du sérum, on comprend bien maintenant beaucoup mieux cet insecte et surtout, on sait que les applications d'insecticides sont probablement pas aussi nécessaires qu'on le pensait. Alors, pour comprendre pourquoi ces dégâts semblent si soudains, qu'intervenir a le plus de sens d'un point de vue économique et aussi comment éviter des traitements inutiles qui grugent votre marge, j'ai le plaisir d'acquérir deux invités, Sébastien Bockel, chercheur au sérum et Hélène Brasseur, agronome et conseillère en grande culture au MAPAC. Bienvenue à vous deux. Bonjour. Bonjour. Pour vous, c'est un insecte ou c'était un insecte mystérieux?

SPEAKER_00

Effectivement, c'est un insecte mystère. Il y a quelques années, il y a une dizaine d'années, parce qu'on ne connaissait pas vraiment le comportement de cet insecte-là. Il est arrivé tranquillement dans nos régions à Québec, mais on a su qu'il était présent en Ontario de façon très importante. Il y a 85 % des champs à l'époque qui étaient impactés en Ontario. Et puis là, il est arrivé tout d'un coup dans nos régions, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en habitabilité miscamingue. Puis là, on était inquiets les producteurs étaient inquiets et on se posait des questions comme conseiller, comme agronome, comme chercheur pour mieux comprendre cet insecte-là et comprendre mieux son cycle de vie pour pouvoir mieux intervenir aussi et mieux accompagner les producteurs agricoles.

SPEAKER_02

Alors, ça se manifeste comment dans un champ de producteurs quand

SPEAKER_00

la CCF a passé? Oui, je me souviens d'appels de producteurs que j'ai reçus qui me disaient que le bord de leur champ était vraiment pas beau, qu'ils fleurissaient c'est beaucoup trop longtemps. On est en canola de printemps, donc l'inflorescence, la floraison peut durer quelques semaines, mais normalement, l'ensemble du champ doit fleurir en même temps, alors que la bordure du champ était moins belle, les plants étaient plus à rabougrir, plus petits. Puis là, il y avait de l'inquiétude de leur part aussi. On allait voir les champs, puis on avait l'impression que la récolte allait être inégale aussi quand on marchait les champs. Par la suite, on a mieux compris que c'est parce que l'insecte a l'habitude de débuter quand elle arrive dans le champ par la bordure du champ, puis par la suite, elle rentre dans le centre du champ. C'est le genre d'informations qu'on a pu acquérir au cours des dernières années, mais à l'époque, c'est ça. C'était un peu

SPEAKER_02

inquiétant,

SPEAKER_00

les

SPEAKER_02

producteurs. Il y a encore un peu de mystère, donc on va essayer d'éclaircir un petit peu. Alors, Sébastien, en tant que chercheur, vous avez passé beaucoup de temps là-dessus. Pour vous, c'est quoi le mystère avec la cécidomie

SPEAKER_01

du chou-fleur? Le mystère avec la cécidomie du chou-fleur, en fait, c'est principalement lié avec son cycle de vie. C'est un tout petit moucheron qui a trois jours de vie. Trois jours de vie, c'est vraiment pas long. Donc en général, les femelles vont sortir la première journée, les mâles la deuxième. Ça va tout de suite s'accoupler, ça va les pondre dans les 24 heures. Puis là, les larves vont se nourrir dans les bourgeons. Donc vraiment à l'abri de... J'ai envie de dire de la lumière, mais c'est pas de la lumière, c'est à l'intérieur des bourgeons. C'est cryptique. Puis ça, ça va causer des dommages aux plantes. Donc c'est principalement lié avec son cycle de

SPEAKER_02

vie. OK. Donc, j'avais entendu que c'est tellement... D'abord, le dépistage est difficile. Il faut aller à l'intérieur du bourgeon. C'est difficile au tout début d'identifier de quoi même ça avait l'air, de quoi les larves avaient l'air. Mais même si on fait un bon dépistage, ça ne veut pas garantir nécessairement qu'on va pouvoir l'éliminer, si je comprends

SPEAKER_01

bien. Non, exactement. Et puis, c'est un excellent point. C'est comme on disait tout à l'heure, une semaine, ça va bien. L'autre semaine d'après, panique. On voit plein de dommages. En fait, La larve, c'est vraiment des toutes petites larves qui injectent une enzyme, ça liquéfie la plante, puis après ça boit le liquide. Et c'est à peu près 5 à 10 jours après qu'on va voir les dommages. Mais quand on voit les dommages, c'est déjà trop tard. Donc là, le fait de dépister des dommages, ça n'apporte rien pour essayer de lutter contre la sassidomie du chou-fleur. Mais on peut utiliser des pièges collants avec une phéromone. La phéromone va être sexuelle, va attirer le mâle. Le mâle va être piégé sur des plaquettes collantes. On peut faire des décomptes, puis baser là-dessus. Sur ces décomptes, en fait, on est capable, il y a des seuils qui ont été développés en Ontario, on n'en a pas au Québec. Mais on peut utiliser ce système de piégeage pour savoir où on en est dans le cycle de vie, puis c'est quoi les populations qu'on a dans notre

SPEAKER_02

champ. – OK. Alors, pour vous, un de vos grands intérêts pour cette recherche-là, c'était les seuils d'intervention.

SPEAKER_01

– Exactement. Au Québec, on disait que c'était mystérieux. Oui, on a fait deux, trois études entre 2018 et 2022. On a essayé de voir un petit peu l'impact sur le rendement. On avait des cages, on lâchait des cécidomies, mais on n'arrivait pas à documenter et puis il n'y avait toujours pas de seuil. On ne comprenait pas ça. En Ontario, eux, ils en ont un, un seuil. Il est très, très bas. Et comme disait tout à l'heure Hélène, la floraison peut se prolonger. En Ontario, ce seuil a été principalement développé pour une homogénéisation de la récolte, de la floraison. Mais par contre, on ne sait pas s'il y a un réel impact sur le rendement. C'est juste que ça va faciliter la récolte. Donc, c'est pour ça que nous, on voulait vraiment aller plus loin en se disant, est-ce que le seuil de l'Ontario est applicable au Québec? Puis c'est pour ça qu'on a fait un projet de recherche. Ça, c'était une des choses. L'autre élément, l'autre volet, en fait, dans le projet de recherche, c'était vraiment d'aller voir, y a-t-il un impact de la sacidomie sur les rendements en fin de saison? Là, on a développé des systèmes.

SPEAKER_02

Sébastien, on disait, on a parlé des seuils d'intervention. Donc, au fond, qu'est-ce que vous avez fait pour mieux comprendre les seuils d'intervention? Puis qu'est-ce que vous avez découvert?

SPEAKER_01

C'est ça. Comme je te disais, on avait deux petits objectifs. Le premier, c'était vraiment le seuil. On ne savait pas. On a testé le seuil de l'Ontario, qui est de 5,6 demi par piège par jour, qui a été rabaissé même à 3, mais on est parti avec le 5. Puis on avait un seuil présumé avec des études antérieures qu'on avait vu qu'on avait peu de pertes de rendement au-delà de 40,6 demi par piège par jour. Donc là, on s'est dit, on va comparer les deux, puis on va essayer d'en valider un pour le Québec. On avait aussi des témoins positifs, négatifs, pour vraiment avoir des comparables. Puis ce qu'on a trouvé, au final, c'est C'est qu'en Ontario, quand tu dépasses ton seuil très régulièrement, il faut faire des interventions. Tu en fais beaucoup plus qu'au Québec. Par contre, on n'a pas nécessairement un retour sur investissement parce qu'en fin de saison, ton rendement peut être équivalent. Ça va dépendre du nombre de ces sidomies. Ça va dépendre du moment où ça va arriver. On a des stades sensibles aussi. Le stade sensible, c'est fin rosette. Vraiment, il y a un petit bouquet juste avant que la tige est longue. Ça va être à partir de là jusqu'au stade où les fleurs vont commencer à apparaître. C'est vraiment à ce moment-ci, c'est là où plus on va avoir de cécidomie, plus l'impact pourrait être

SPEAKER_02

important en fin de saison. OK. Donc, tu sais, Hélène, du point de vue terrain, vous expliquez ça, comment qu'on peut avoir des populations élevées sans nécessairement avoir des pertes qui sont importantes avec le

SPEAKER_00

rendement. Oui, c'est la particularité de la culture du canola de printemps. Le canola a une capacité, une étonnante capacité à compenser en fait les pertes Quand la tige principale, un des symptômes courants d'un dommage de cécidomie, donc quand la tige principale est affectée, le plant de canola va avoir la capacité de créer, de produire d'autres nouvelles tiges, d'autres nouvelles racembes. Donc, ça fait des nouvelles tiges qui vont produire elles aussi, qui vont fleurir et qui vont produire elles aussi des graines par la suite. Mais évidemment, ça peut impacter sur la maturité à la récolte, mais nos conditions du Québec nous font remarquer que notre culture de canola de printemps est capable de supporter cette compensation-là d'une certaine façon. C'est un certain niveau de maturité qui n'est pas égal. On a comme une latitude, comme on pourrait dire, avec nos conditions à nous, comparativement à l'Ontario, par

SPEAKER_02

exemple. Alors, Sébastien, on parle de stade sensible. Est-ce que vous avez des exemples concrets de ce qui peut arriver si la cécidomie arrive exactement au mauvais moment. Ça peut être

SPEAKER_01

quoi l'impact? En fait, ça dépend réellement du moment où ça arrive. Je te dirais le stade le plus sensible, puis celui qui va être le plus impactant, en fait, en termes de dommages, c'est quand on a vraiment l'élongation. Donc, la tige, ça part vraiment du sol, puis ça commence à élonger, puis là, on a des formations de nœuds. Puis ça, c'est des bourgeons, puis c'est là où la cécidomie va pondre. Mais si la tige principale, la cécidomie vient à pondre dedans, ça a Donc au lieu d'avoir un canola qui va monter en hauteur, qui va faire plein de branches, on va vraiment le stopper net. Donc ça, c'est des vrais dommages. Quand elle pond aussi, les larves vont commencer à se nourrir. Puis on peut avoir des cicatrices liégeuses, etc. Donc ça, c'est des symptômes. On voit aussi les boutons qui deviennent violacés. Un canola, normalement, c'est vraiment vert, vert, les boutons. Mais là, quand on voit des taches violettes, ça, c'est signe d'infestation. Puis qu'est-ce que ça peut faire

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Si ça arrête les points d'élongation, on va dire que ça va donner des bouquets de silice. Normalement, la tige, et longues, puis on a des silic, donc les gousses qui portent les grains, qui va être tout le long, réparti tout le long du racème. Mais là, si la cécidomie est là, ça va faire des bouquets, donc le potentiel de rendement est un petit peu diminué parce qu'on a moins de silic qui sont

SPEAKER_02

formés. Donc, comme agriculteur ou comme producteur, on fait quoi avec cette information-là?

SPEAKER_01

Oui, c'est un excellent point. En fait, nous, la recherche, comme je te disais, on avait deux objectifs. Le premier, on a voulu voir l'impact de la cécidomie sur le rendement. Ce qu'on a fait, c'est qu'on a fait une dizaine de champs à chaque année pendant trois ans. Donc, on a une trentaine de champs dans lesquels on mettait des cages pour cacher que la cécidomie ne puisse pas venir. Puis, dans les autres, on laissait la cécidomie. On n'a jamais pu corréler le nombre de cécidomies dans les pièges avec l'impact sur le rendement. Donc, encore là, on a vu un effet cage. Les cages produisaient un peu plus, mais jamais en lien avec la densité de ces cèves. Donc, encore là, tu sais, je crois que c'est mystérieux. On en apprend, mais on ne sait pas encore exactement l'un impact sur le rendement. Deuxième objectif, c'était vraiment de valider le seuil. En tout cas, on voulait tester le seuil. Ce qu'on s'est rendu compte, c'est que quand tu as des CCF vraiment au stade sensible avec des abondances qui sont relativement élevées, donc au-delà de 40 et puis pendant une durée, par exemple, si la CCF, le pic va durer en disons 3-4 jours ou un 15 jours, la pression qui est mise sur le canola n'est pas la même. Donc, l'impact peut être plus important. Mais ce qu'on a vu, c'est que le 5 versus 40 a on a vu des différences qui n'étaient pas significatives seulement une année. Sauf que tu sors deux fois plus pour mettre deux fois plus d'insecticides. Donc, ce n'est peut-être pas forcément rentable. Puis, l'analyse économique qu'on a faite va venir démontrer qu'en fait, ton économie n'est pas là à utiliser un seuil de 5 versus un seuil de 40. Donc, pas qu'on recommanderait, mais le canola est capable d'en absorber des dommages de ces sidomies.

SPEAKER_02

Et puis, l'aspect que Tout

SPEAKER_00

à fait. C'est vraiment un point d'importance à considérer quand on utilise des insecticides, particulièrement pour la culture du canola, parce que la marge économique n'est quand même pas énorme. On a des contextes de mise en marché aussi. Donc, les producteurs, quand ils viennent le temps de choisir cette culture-là, ils l'aiment, l'ajouter dans leur rotation. Mais faire une application d'insecticides, faire un traitement, c'est un coût à chaque fois pour eux. Donc, il n'y a pas tant d'avantages économiques à faire ces applications-là. surtout si on n'est pas encore certain qu'ils vont impacter positivement le rendement. On a encore de l'information à aller acquérir, quoique les dernières années nous démontrent quand même que les applications, ça donne des résultats peut-être pas aussi probants qu'on aimerait avoir. au niveau des insecticides. Donc, on a confiance, d'une certaine façon, à la compensation du canola, aux plants qui sont capables de compenser. Puis... T'allais rajouter...

SPEAKER_01

C'est ça, c'est parce qu'en fait, je le mentionnais, le cycle de vie, c'est trois jours. Si tu veux timer une intervention au bon moment, il faut vraiment arriver au bon moment, puis tout de suite, pour avoir un impact. La rentabilité, c'est pour ça que des fois... C'est tout un défi. C'est ça. Je dis pas que c'est aléatoire, mais il faut que tu arrives vraiment au bon moment bonne application. Puis là, tu pourrais avoir un impact, mais souvent, on ne va pas avoir le retour sur investissement. Donc, c'est vraiment de se poser la question, est-ce que j'en ai réellement besoin? Est-ce que je vais avoir un impact direct en fin de saison qui va être bénéfique pour le

SPEAKER_02

producteur? Surtout quand on observe ce qui se passe en Ontario aussi. C'est sûr que les conditions sont un petit peu différentes pour eux, mais on voit le côté financier difficile chez nos voisins.

SPEAKER_00

Exactement. On n'en a pas parlé beaucoup, mais il y a quand même un des observations qu'on fait depuis les dernières années grâce au réseau d'avertissement phytosanitaire. On fait un suivi quand même de cette culture-là, puis on a pris l'information sur les moments, les applications, puis à chaque saison, quand on revient sur l'information qu'on a récoltée, on n'est pas encore en mesure de faire une corrélation. Ça fait que ça vient un peu corroborer les résultats de recherches scientifiques qui sont faites au sérum. Ces traitements insecticides-là ne viennent pas toujours améliorer la situation en termes de rendement. Par contre, ça a un impact au niveau économique pour le producteur

SPEAKER_02

dès

SPEAKER_01

qu'il fait une application. Oui, vas-y. C'est un excellent point, parce que justement, un des projets, juste avant celui qu'on est en train de finir, on avait regardé la base de données, on l'avait analysée, puis on voyait dans les années 2010, 2012, on avait beaucoup, on avait des interventions phytosanitaires, insecticides qui étaient faites contre la cécidomie, puis on voyait plus on avançait, plus ça diminuait, jusqu'au point où on n'en avait même plus à toutes les ans. On en avait une fois au deux ans où c'était très ponctuel. Donc, il y a eu une diminution naturelle et pour autant, les rendements moyens au Québec ont toujours resté autour de 2,2, 2,3. Donc, on voit clairement une diminution de l'utilisation de pesticides et tu n'as pas forcément une baisse de rendement qui suit. Ça reste quand même aléatoire l'impact que la cétidomie peut avoir sur les rendements.

SPEAKER_02

Est-ce qu'il y a une explication pour

SPEAKER_01

ça? Non, c'est ça. On voit vraiment la diminution, mais on ne voit pas la baisse de

SPEAKER_02

rendement. Donc,

SPEAKER_00

tu sais,

SPEAKER_01

on se dit potentiellement qu'on pourrait les enlever, qu'on ne verrait

SPEAKER_00

pas de différence. – Je pense que les producteurs agricoles ont pu faire leur propre constat aussi. Nous, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a certains producteurs qui avaient des problématiques avec cet insecte-là, puis ont choisi de peut-être cesser pendant quelques années de cultiver du canola ou de faire des rotations différentes, puis ça a déjà amélioré la situation. Donc, il y a des éléments de régie, de choix de culture qui peuvent déjà aider à améliorer la situation pour les producteurs qui sont aux prises vraiment avec le problème. Tandis que quand les populations sont moyennes ou faibles, ils voient bien qu'il n'y a pas avantage à appliquer un insecticide parce que leur rendement au cours des dernières années n'a pas été tant impacté que

SPEAKER_02

ça. Sébastien, vous avez aussi étudié les ennemis naturels de la CCF. C'est intéressant parce qu'il y a un insecte en veillissant qui était pas mal absent du tableau il n'y a pas si longtemps, puis là, tout d'un coup, ça peut être un allié intéressant.

SPEAKER_01

Effectivement, souvent, bien, la cécidomie, c'est un insecte exotique envahissant. Souvent, on n'a pas forcément l'ennemi naturel qui vient avec l'insecte, c'est des introductions. Donc là, elle a pris du terrain au Québec, ça a augmenté tout doucement. En Europe, il y avait eu une étude qui avait été faite sur les parasitoïdes, donc c'est des petites guêpes qui viennent pondre à l'intérieur des larves, puis la larve de la guêpe va se nourrir de l'intérieur, donc on va diminuer la pression de cécidomie, puis on va avoir une nouvelle guêpe qui va émerger de la larve, qui elle va aller repondre sur d'autres larves donc tu sais ces guêpes parasitoïdes c'est vraiment bon de les avoir dans nos champs de canola l'étude en Europe il y avait une espèce majoritaire là on s'est dit on va regarder puis en fait la première mention qui a été faite de ce parasitoïde ça a été en 2016 à partir de là on a déposé un projet 2018 à 2022 pour voir la répartition au Québec les taux de parasitisme etc au final elle est présente partout la guêpe donc tu sais potentiellement dans les champs de canola il va y avoir de la lutte biologique naturel qui va se faire. Les taux de parasitisme aussi étaient relativement bons, surtout en Abitibi, mais l'Abitibi, c'est là où on a le plus de cécidomie. Donc, techniquement, on a plus de potentiel d'avoir d'ennemis naturels. Saguenay-Lac-Saint-Jean aussi, les populations sont quand même assez élevées. On avait un beau bassin de guêpes naturels avec des bons taux de parasitisme. De là à gérer la cécidomie, probablement pas, mais ça reste un outil qui rentre dans la gestion intégrée des ennemis des cultures.

SPEAKER_02

Puis, c'est ça que j'allais dire aussi, aussi, il y a des pratiques qui vont favoriser justement les pollinisateurs et les ennemis naturels dans

SPEAKER_01

ce cas-ci. Oui, effectivement. La réduction de pesticides, on le sait, ça ne cible pas uniquement la cécidomie, ça va cibler tous les insectes, même les ennemis naturels. Donc là, on va baisser notre population. Mais à côté de ça, on peut avoir aussi des bandes enherbées, des brise-vents, tout ça, c'est des... C'est

SPEAKER_00

des aménagements qui sont favorables à la biodiversité et aux pollinisateurs et à ces à ces ennemis-là naturels qu'on souhaite conserver.

SPEAKER_01

Ça leur donne des zones

SPEAKER_00

de refuge, oui,

SPEAKER_02

exactement. OK. Alors, Hélène Servin, avec les producteurs, est-ce que vous avez vu des changements dans leurs pratiques depuis le début de ces études-là, puis depuis aussi le début de l'arrivée de la CCF?

SPEAKER_00

C'est certain qu'avec l'information qu'on a grâce au réseau d'avertissement phytosanitaire, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup moins d'applications d'insecticides pour contrôler ce spécifiquement cet insecte-là. Les producteurs se sont fait leur propre idée. Moi, ce que je verrais, c'est qu'il y a quand même une diminution malgré tout de l'utilisation d'insecticides, même si c'est un insecte qu'on n'a pas des réponses complètes encore à ce jour. Mais donc, oui, il y a un peu d'ajustement. Puis, il y a des ajustements sur les pratiques aussi. Les producteurs sont plus à l'aise maintenant avec le concept de lutte intégrée. Donc, ils améliorent leur connaissance, ils prennent des données, ils font des observations champ avant d'intervenir avec un traitement

SPEAKER_02

insecticide. Est-ce qu'il y a des questions qui vous posent encore, par contre, des choses qu'il aimerait éclaircir, encore des questions qui leur trottent dans la tête par rapport

SPEAKER_00

à... Par rapport à cet insectologue, beaucoup moins. Je pense qu'il voit plus la culture du canola qu'une culture qui a beaucoup de ravageurs qui s'y intéressent. Donc, c'est d'émaler un peu les différents insectes, ceux qui sont problématiques, qu'ils sont moins ceux qui ont des ennemis naturels. Ça, c'est le genre de compréhension qu'ils veulent avoir de plus pour mieux comprendre comment intervenir

SPEAKER_02

dans leur culture. Puis, c'est ça, pour vous, vous avez mentionné une approche de gestion intégrée. On s'en va vers où avec ça, avec le MAPAC en ce moment?

SPEAKER_00

On l'encourage depuis quand même déjà de plusieurs années. On appelle ça la gestion intégrée des ennemis de culture. C'est une méthode pour prendre de bonnes décisions, pour prendre des décisions éclairée sur un aspect économique de la culture, mais sur un aspect aussi environnemental. Parce que toute utilisation de pesticides a un risque pour l'environnement, on le sait, pour les pollinisateurs, mais aussi pour la santé des utilisateurs. Les principaux utilisateurs, c'est les producteurs agricoles. C'est eux qui travaillent avec ces produits-là. Le fait d'utiliser cette méthode-là, on l'appelle la GIEC, de gestion intégrée des ennemis de culture, c'est Ça leur permet de prendre de meilleures décisions et d'être plus confiants envers l'utilisation des pesticides et l'utiliser quand c'est nécessaire.

SPEAKER_02

Donc, on n'a pas de données qui sont vraiment conclusives sur les seuils d'intervention. Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on peut faire pour prévenir la CCF? Qu'est-ce qu'on a comme approche?

SPEAKER_00

Contrôle des plantes hautes parce que le canola est dans la même famille que les brasses cassées ou les crucifères. Donc, il y a certaines mauvaises herbes comme la moutarde des oiseaux, la moutarde des Jean Boursapasteur, je donne tout le nom de mauvaises herbes qui sont dans la même famille. Fait qu'il faut les contrôler. Comme ça, on va éviter d'avoir une source où est-ce que la cécidomie peut héberger puis compléter son

SPEAKER_03

cycle.

SPEAKER_00

Fait que contrôler bien les mauvaises herbes aussi, ça aide en plus d'avoir des solutions comme Sébastien a

SPEAKER_02

proposé. – Mais aussi, en revenant à tes solutions, Sébastien, y a-tu des moments où on se dit, OK, il faut que les solutions... Pour que ça vaille la peine, de faire des pièges et tout ça, est-ce qu'il faudrait que ça soit... Est-ce qu'on a... Est-ce qu'on attend que les conditions météorologiques nous indiquent que ça va peut-être être problématique cette année, comme il fait chaud, c'est humide? À quel point est-ce qu'on commence? Parce que j'imagine qu'il y a un certain montant d'énergie et de ressources nécessaires pour faire ces interventions préventives.

SPEAKER_01

Ça, c'est encore difficile. On n'arrive pas à prévoir la météo qu'on va avoir au courant de l'été. La seule chose qu'on peut faire, c'est essayer d'implanter la culture le plus tôt possible, mais dans des très bonnes conditions. des scions de canola, il faut vraiment que ça soit... Il faut qu'il y ait un bon contact sol-semence. Ça, ça va favoriser le départ rapide. C'est une température assez clémente. Pas froid, pas humide. Sinon, la culture va prendre du temps pour germer. Donc, si on optimise toute cette implantation, là, on peut déjà sauver du temps. Mais on ne peut pas prévoir si on va avoir un été chaud et humide ou le nombre de précipitations. Mais on le sait que c'est très important pour la cécidomie. C'est une pluie, puis là, on voit des pics d'émergence souvent derrière.

SPEAKER_02

Donc, est-ce que, petit mot de la fin, quelque chose que vous aimez que les gens retiennent des résultats de l'étude?

SPEAKER_01

Pour moi, c'est ça. C'est sûr qu'on n'a pas pu définir un seuil concret pour le Québec. Par contre, on en sait plus. Un seuil de 5 ou un seuil de 40, ce n'est pas forcément plus rentable et on ne sauve pas plus de rendement en fin de saison. Je pense qu'on peut être un petit peu plus tolérant par rapport à la à la sassidomie du chou-fleur. L'impact sur le rendement, on n'arrive pas à le documenter depuis 4-5 années. Puis la deuxième chose, c'est de combiner ce qu'on sait avec la mise en place de méthodes de prévention, ou en tout cas de favoriser l'implantation de la culture pour que, justement, il soit plus tolérant à la sassidomie du

SPEAKER_00

chou-fleur. Il y a pas mal tout dit. Moi, je conclurai en disant que toutes les conditions qui vont faire en sorte que le canola croît rapidement, donc toutes les conditions favorables à la bonne croissance du canola au printemps, ça aide à mieux supporter la cécidomie du chou-fleur. Même s'il y a des fortes populations, le potentiel de compenser est quand même là pour cette culture-là. Donc, il faut le considérer aussi avant de choisir de traiter avec un insecticide, en plus de considérer la marge

SPEAKER_02

économique.

UNKNOWN

Merci à vous, merci Sébastien, merci Hélène. Merci à toi.