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Rûmi et ses maîtres
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« J’ai appris que chaque mortel goûtera la mort. Mais seuls certains goûteront la vie. » Nous avons célébré le 750e anniversaire de la mort de Jalâl al-Dîn Mohammad Balkhi, dit Rûmî, (1207-1273) en 2023, sans aucun doute une des plus grandes voix de la spiritualité universelle. Il est connu dans tout le monde musulman, comme un mystique, sage et poète, fondateur de la célèbre confrérie soufie qui porte son nom, connue en Occident sous le nom de derviches tourneurs.
Article de la revue Acropolis de novembre 2023, par Isabelle Ohmann, Philosophe, rédactrice en chef de la revue Acropolis. Lecture par Noëlle Vannini.
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Les podcasts de Nouvelle Acropole France. Rumi et ses maîtres. Article de la revue Acropolis de novembre 2023 par Isabelle Aumane, philosophe, rédactrice en chef de la revue Acropolis.
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SPEAKER_00J'ai appris que chaque mortel goûtera la mort, mais seuls certains goûteront la vie. Nous avons célébré le 750e anniversaire de la mort de Jalal al-Din Mohamed Balri, dit Rumi, 1207-1273, en 2023, sans aucun doute une des plus grandes voies de la spiritualité universelle. Il est connu dans tout le monde musulman comme un mystique, sage et poète, fondateur de la célèbre continuité frérie soufie qui porte son nom, connu en Occident sous le nom de Dervish Tourneur. Djalal al-Din Bahri, connu comme Maulana, qui signifie « maître », et par les occidentaux sous le nom de Rumi, fut un grand maître spirituel, mais aussi l'un des plus grands poètes de la littérature persane et des mystiques les plus incandescents de la tradition de l'islam spirituel. Sa vie et son itinéraire spirituel sont exceptionnellement bien documentés, même s'il est difficile de faire la part des choses entre les faits historiques et la légende. La première initiation de l'enfance Rumi, connu trois maîtres essentiels dans sa formation spirituelle. Le premier fut son père, Bahar al-Din Walad. C'était un maître soufi célèbre que l'on appelait « sultan des savants ». On dit qu'il possédait, outre des connaissances exotériques, d'autres connaissances qui s'obtiennent non par l'étude, mais par une expérience intérieure. Mais c'est une dimension qui ne sera révélée à son fils qu'après sa mort. Déjà âgé d'une soixantaine d'années à la naissance de Rumi, certains Certains disent qu'il avait reconnu la précocité de son fils et c'est pourquoi il l'appela dès l'enfance « Maulana, maître ». Originaire de Balh, actuel Afghanistan, la famille finit par s'établir à Konya après plusieurs étapes dans ses pérégrinations où elle s'installa en 1229 en Anatolie, invitée par un sultan Seljukide, protecteur des sciences, des arts et de la spiritualité soufie. Le père de Rumi y fut comblé d'honneur et de marques de respect. Pendant deux ans, il enseigna dans une medersa, une école religieuse, jusqu'à sa mort deux ans plus tard, en février 1231. Le deuxième maître. À la mort de son père, Maulana lui succéda jusqu'à l'arrivée d'un ancien disciple de son père, Burhan al-Din, qui reprit en charge la direction de l'école et devint le maître spirituel de Maulana jusqu'à sa mort neuf ans plus tard. Burhan al-Din l'envoya poursuivre ses études auprès des savants d'Alep, puis à Damas 1232-1237 où il rencontra sans doute le grand savant Ibn Arabi qu'il avait déjà croisé avec son père quand il était enfant. Ibn Arabi se serait écrié en le voyant « Louange à Dieu, un océan marche derrière un lac ». Rumi acquit une large culture religieuse, philosophique et littéraire. Il reçut l'autorisation d'enseigner et de statuer sur des questions théologiques. Son initiation au soufisme fut complétée à son retour de Syrie par Burhan al-Din, qui lui révéla les écrits de son père. Il passa quelque temps dans la solitude, les exercices spirituels et les mortifications, étudiant le journal spirituel de son père et le commentaire mystique du Coran de son A la mort de ce dernier, Maulana était devenu un élève accompli, à la fois versé dans les savoirs exotériques et initié au soufisme. De 1240 à 1244, il commença donc à enseigner les disciplines traditionnelles, jurisprudence et loi canonique, à Konya et s'occupa de la direction spirituelle d'un large cercle de disciples. A 36 ans, on commence à l'appeler Maulana notre maître. Son érudition attire à Konya les plus illustres savants du monde dits civilisés. Sa carrière de sage professeur était toute tracée. La révélation décisive. À l'âge de 37 ans, une rencontre capitale allait totalement bouleverser le cours de la vie de Rumi et le transformer à jamais dans le maître qu'il restera pour la postérité. Le 29 novembre 1244, Le derviche errant Shams de Tabriz vint à Konya et s'installa dans le caravanserai des marchands de sucre. Cette date très précise a été soigneusement notée car elle marque, dans l'itinéraire spirituel de Rumi, sa deuxième naissance. Qui était ce derviche Shams de Tabriz, appelé dans les sources « prince des aimés » et dont le nom signifie « soleil de la religion ». On dit qu'il avait quitté sa ville natale, Tabriz, au nord-ouest de l'Iran actuel, dans sa jeunesse, et ne s'était plus fixé nulle part, allant de ville en ville et gagnant sa vie tantôt comme précepteur, tantôt comme journalier. Plusieurs sources affirment que le motif de l'errance de Shams était la quête d'un compagnon spirituel qui aurait pu entendre ce qu'il avait à dire. Shams a 60 ans quand il rencontre Rumi. Plusieurs histoires racontent leur rencontre, mais elles semblent toutes relever de la légende. En effet, le propre fils de Rumi, Sultan Walad, dans la biographie de son père, mentionne qu'il cherchait un maître spirituel et ne parle pas de la façon dont ils se sont rencontrés. Dans l'une des versions légendaires, Rumi était chez lui avec ses disciples lorsque Shams rentra, le salua et lui montra ses livres en demandant « Qu'est-ce que cela
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SPEAKER_00» Rumi lui répondit « Tu ne le sais pas
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SPEAKER_00» Un feu surgit de nulle part et embrasa les livres. Rumi, effrayé, demanda « Qu'est-ce que cela
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SPEAKER_00» et Shams lui répondit « Tu ne le sais pas
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SPEAKER_00» Ce récit édificateur tend à transmettre l'idée que si Shams ignore les sciences religieuses exotériques représentées par les livres, Rumi, lui, ignore l'expérience divine qui anéantit la raison démonstrative et conduit à la véritable connaissance. Le cheminement mystique de Rumi commencera par l'effacement de tout ce qui faisait jusqu'ici sa vie et sa gloire. Il va devoir apprendre à distinguer la voie intellectuelle ou doctrine de l'œil, c'est-à-dire la connaissance des choses extérieures, de la voie mystique ou doctrine du cœur qui conduit à la connaissance ésotérique de la réalité. Le philosophe est asservi aux choses perçues par l'intellect, mais le saint est celui qui chevauche comme un prince sur l'intellect de l'intellect, l'intelligence universelle, écrit-il ainsi dans le Matnaoui, son principal ouvrage qui est considéré comme le plus profond commentaire ésotérique du Coran. À la suite de sa rencontre avec Shams, Rumi et lui ne se quittent plus pendant ces mois. Shams était un personnage qu'on appellerait aujourd'hui transgressif par rapport au dogme religieux. Il détourna Rumi des études courantes et des formes de piété approuvées par l'ordre social et les pratiques et lui donna accès à la musique des sphères, à la contemplation de l'invisible et surtout à l'expérience de la théophanie. Pour Rumi, Shams était une manifestation de Dieu et le moteur de l'élévation à l'amour divin. Ainsi, dans la formation de Rumi, son père Bahar al-Din, son maître Burhan al-Din et son bien-aimé Shams semblent avoir correspondu aux trois étapes d'un cheminement spirituel. Le premier l'instruisit dans les sciences religieuses, étape de la charia. Le second lui ouvrit les portes du soufisme, la tariqa. Le troisième lui dévoila la Hakika, c'est-à-dire Dieu. Tous les poèmes de Rumi reflètent la quête et l'expérience de l'amour divin. Il écrit dans ses zones mystiques « L'amour est l'ordre universel. Nous sommes un atome. Il est l'océan. Nous sommes une goutte. » L'amour ardent de Maulana pour Shams le poussa à négliger ses disciples et sa famille. Ceux-ci, jaloux, poussèrent Shams à l'exil, puis après un bref retour, celui-ci disparut définitivement de façon mystérieuse. Après son départ, Maulana devient plus extatique, exprimant son amour de Dieu et sa joie. Il nous le décrit ainsi. « Jamais il ne cessait un instant d'écouter la musique et de danser. Il ne se reposait ni jour ni nuit. Il avait été un savant, il devint un poète.
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SPEAKER_00Il avait été un ascète, il devint enivré d'amour, nom du vin du raisin. L'âme illuminée ne boit que le vin de la lumière. En fait, le maître extérieur et le maître intérieur ne faisaient plus qu'un. À sa mort, Rumi laissa une œuvre écrite considérable de plus de 60 000 vers, une communauté de soufis d'Hervige Tourneur qui porte son nom, Maulaouis, et l'image d'un homme que l'amour brûla tout entier. Aujourd'hui, son mausolée à Konya continue d'attirer des visiteurs du monde entier. Chaque 17 décembre, on y célèbre la commémoration de sa mort sous le nom de « Nuit de noces » non seulement comme un moment de deuil, mais comme la réunion mystique de l'âme avec le divin après la mort. Les festivités rassemblent des personnes de différentes cultures, religions et régions pour honorer les valeurs de paix, d'amour universel et de transcendance spirituelle que Rumi a exprimées dans ses poèmes et dans sa vie.
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