Les Frappés

Récit d'une transatlantique à la voile ⛵️ en solitaire et sans assistance avec Sasha Lanièce

Sasha Lanièce Season 3 Episode 149

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Cette semaine je reçois à nouveau sur le podcast Sasha Lanièce qui nous parle de la Mini Transat, la dernière des courses au large en solitaire, sans assistance et sans communication, dont elle est venue à bout en 2023.

Quelques chiffres hallucinant sur cette aventure épique :

🥵 2 années intensives de préparation
⛵️ 7500km parcourus depuis Les Sables-d'Olonne jusqu'en Guadeloupe 🇬🇵
😴 Des phases de sommeil de 5 à 15min
⏱️ 26 jours 22 heures et 12 minutes pour franchir la ligne d'arrivée.

Absolument époustouflant ! On enfile le ciré et les bottes étanches, on prend le large avec Sasha.

Dans cet épisode on parle de rééducation au mal de mer, d’hallucinations, d’endurance mentale extrême et d’un poisson volant qui s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

🎙 Les épisodes qui pourront vous intéresser :
👉 Épisode 99 - Se préparer pour la Mini Transat ⛵️ avec Sasha Lanièce
👉 Épisode 40 -S'engouffrer dans l'inconnu et affronter le danger avec Louis Saillans (Forces Spéciales)
👉 Épisode Bonus - Mon récit de la PTL by UTMB - Plus de 300km autour du Mont Blanc

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Il faut être à la barre, il faut gérer ça. Le bateau, il prend énormément de chocs. Quand il surfe en haut d'une vague et qu'il remonte et qu'il tombe dans le vide, il peut tomber de la hauteur de la vague. Donc là, on avait 3 à 4 mètres de creux. Ça fait un choc gigantesque. Le bateau, il doit faire peut-être 6 mm d'épaisseur max. Quand ça, ça tape, ça vibre. Moi, j'avais l'impression que le bateau, il allait éclater. Je passais mon temps à me dire« ça va péter, ça va péter, je ne sais pas où, ça va péter, c'est sûr».

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Vous écoutez Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous un frappé au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires, des forces spéciales. Toutes et tous partagent à mon micro des récits inspirants qui vont vous faire passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irrévocables dans vos vies. Dans cet épisode, on parle de course au large en solitaire, de rééducation en mal de mer, d'hallucinations, d'endurance mentale extrême et d'un poisson volant qui s'est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Mais juste avant ça, je vous partage le feedback de Jonathan, un auditeur du

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podcast. Quel impact a eu le podcast des Frappés sur ma vie

UNKNOWN

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Ça a été un véritable électrochoc, c'est un énorme déclic. Les récits d'aventures des invités de Loïc ont vraiment agi comme un électrochoc, notamment un épisode en particulier, c'était celui d'Eric Le Blachère, qui nous racontait comment il a pu se relever d'un terrible accident. Le fait qu'on pouvait réaliser tout ce que l'on souhaitait au final, qu'on avait zéro limite, qu'on n'avait qu'une seule vie, qu'un certain nombre de jours à passer sur cette belle planète et qu'il n'appartenait qu'à nous d'en faire une merveilleuse aventure, c'est un magnifique message. Donc merci Loïc et merci les frappés.

SPEAKER_02

Merveilleux, Sacha. Je suis trop content que tu reviennes sur le podcast. La première fois, c'était en janvier 2023. Si certains veulent aller écouter ce premier épisode, l'épisode 99, tu étais la dernière invitée avant MyCorn. J'avais oublié ce petit détail. Et on avait parlé de plein de choses. De ton taf, puisqu'à l'époque, tu étais encore data scientist à l'Assemblée nationale. On avait parlé de la manière dont tu jonglais entre ce taf prenant et puis ta préparation pour la Mini Transat, qui est, tu nous avais expliqué à l'époque, la dernière course au large en solitaire sans assistance. Et puis, j'imagine qu'il s'est passé plein de choses depuis, depuis janvier 2023. Donc, trop hâte que tu nous racontes tout ça. Peut-être qu'on va commencer par, tout simplement, comment tu vas en ce début d'année 2024, après une année 2023

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

sur les chapeaux

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de roue et bah écoute Loïc je suis ravie de te retrouver aussi c'est c'est une année qui démarre très différemment de l'année dernière parce qu'il s'est passé tellement de choses ma vie a complètement changé mais l'année démarre bien c'est toujours toujours dans la course au large toujours plein de projets et ça fait super plaisir super plaisir de relancer un peu la machine comme on le fait après une transat et voilà il y

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a Excellent. Donc, la Mini Transat, à l'époque, on en parlait, janvier 2023. Tu nous avais expliqué que c'était… Je ne vais pas faire un résumé dans le détail de l'épisode. Allez l'écouter. Mais moi, ce que j'en retiens, en tout cas, c'est que c'était une sacrée préparation. Ton taf était à Paris. Donc, le bateau, évidemment, on n'était pas à Paris. Donc, entre les allers-retours, les entraînements, la préparation du bateau, etc., c'était super impressionnant la manière dont tu arrivais à jongler avec tout ça. Et cette mini Transat, tu l'as réalisée. Le départ était en septembre. Tu l'as même réalisée avec brio puisque je te suivais évidemment. J'ai l'impression qu'il y a eu des coups de stratège qui ont été faits sur des choix de navigation, etc. Avec des résultats, des gains de place dans le classement absolument exceptionnels. Donc, trois, tu nous parles de tout ça. Mais peut-être qu'avant de parler de la course, tu peux nous faire un petit récap de ce qui s'est passé sur 2023 jusque à ce fameux

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départ

UNKNOWN

?

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La Mini Transat, elle se prépare en deux ans parce qu'il faut se qualifier. On n'en voit pas n'importe qui traverser l'Atlantique sans communication et sans assistance. Et du coup, autant 2022, c'était l'année où j'ai reçu mon bateau, j'ai appris à naviguer dessus et j'ai commencé à faire énormément de courses pour me qualifier. Autant 2023, c'était un peu une année plus tranquille vu que j'étais qualifiée. Et donc là, j'étais plus dans la navigation, à la recherche de la paire pas mal d'entraînement des courses où j'allais pousser le curseur un peu plus loin et puis aussi la préparation de la transat en elle-même parce que il y a énormément de choses qui sont très spécifiques à une transat t'as beau naviguer pendant deux ans en Europe quand tu vas traverser l'Atlantique la météo c'est pas la même la durée de vie à bord est tellement plus longue que du coup t'as quand même une partie confort qui rentre énormément en jeu dans la performance et puis Et puis, pareil, naviguer aussi longtemps sur un bateau de course, donc avec une intensité aussi élevée, ça abîme le bateau très fort. Et donc, il faut le préparer avant. Il faut renforcer certains trucs. Il faut faire sa caisse à outils avec le matériel. Il faut trouver assez de matériel pour pouvoir tout réparer. Et en même temps, il faut que ça pèse le moins lourd possible parce que c'est quand même la compète. Donc voilà, tout ça, ça demande énormément de préparation. Et j'y ai passé un peu l'été dernier, avant le départ qui était en septembre 2024. Et puis aussi, toute la partie... gestion des partenaires parce que c'est un sport qui fonctionne avec du partenariat et donc il faut réussir à embarquer les équipes qui te suivent le plus possible donc je leur ai pas mal raconté l'aventure on leur a fait voir le bateau et puis après on a géré un peu la com parce que qui dit course sans communication dit qu'il faut quelqu'un qui raconte à ta place ce que t'es en train de vivre et ça c'était un petit challenge aussi

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parce que donc toi t'as pas possibilité à moins que tu sois en situation de détresse t'as pas possibilité de communiquer avec la terre ferme en revanche on peut te suivre parce que sur le bateau il y a des balises en

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fait ouais c'est ça en fait nous on a à bord une radio VHF donc qui permet de communiquer avec les gens autour de soi en mini la portée elle est 10-20 km max donc en fait on croise pas grand monde même si notamment sur la partie transat on a l'impression sur la carto que les bateaux sont toujours à côté mais en fait nous on se croise pas du tout moi j'ai passé presque 8 jours sans voir personne Et après, on a cette radio VHF. On a une balise de secours qui est par satellite. Mais celle-là, elle a juste un bouton qui dit« Au secours, venez me

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chercher

SPEAKER_00

». Aucun autre moyen de communication. Et on a les trackers de la course qui permettent de suivre les bateaux. Et eux, ils envoient une position GPS à leur gars qui la retransmet. Et on peut recevoir un texto là-dessus si jamais leur gars a une chose importante à nous communiquer. Donc ça peut être de se dérouter pour aller voir un concurrent. Ça peut être... changer de balise parce que si jamais il n'y a plus de batterie on en a une deuxième ou attention cyclone en gros voilà et on reçoit aussi tous les jours un bulletin météo avec les classements de la course, donc le classement du matin à 8h et c'est un peu notre seul moyen de communication avec l'extérieur

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mais par contre c'est du one way ce truc c'est à dire que toi tu peux pas répondre au texto de l'organe

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non tu peux pas répondre tu peux juste devenir fou derrière les annonces météo ou derrière le classement il arrive assez souvent finalement

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2023 ça a été aussi un gros changement côté pro il me semble

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non

UNKNOWN

?

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oui comme tu le disais l'année dernière je jonglais entre un travail j'étais à 80% à l'assemblée et le projet mini j'avais une chance énorme c'est que mon équipe me laissait travailler comme je faisais du code j'avais pas forcément besoin de faire beaucoup de réunions donc je pouvais travailler en asynchrone et ils me laissaient travailler la nuit et le week-end comme ça je pouvais naviguer la journée c'était vraiment chouette mais clairement tu tiens pas un an en bossant 10 jours par semaine donc à la fin ça devenait un peu compliqué et j'ai des partenaires qui m'ont suivi pour remettre un peu d'argent dans la caisse et donc ils m'ont permis de quitter mon travail à l'assemblée et depuis mars de l'année 2023 je suis à temps plein sur le projet et ça ça a vraiment changé ma vie

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tu m'étonnes parce que du coup je suis suppose que tu as déménagé, tu n'es plus

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basé à Paris

UNKNOWN

?

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Oui, je suis à Lorient. J'étais déjà à Lorient parce que j'étais en télétravail beaucoup. Mais c'est sûr, de ne plus avoir à aller à Paris, j'y allais quand même régulièrement. Ça, ça me change quand même pas mal. Et puis, d'avoir une liberté. Le problème, c'est que dans la course au large, notre métier, il est tellement... Enfin moi, mon emploi du temps, il change tout le temps. Déjà par la météo. Tu peux planifier des sessions d'entraînement. Si la météo n'est pas là, il faut les décaler. Tu as vite fait de casser une pièces, de devoir partir en chantier il y a des rushs, on t'appelle pour une course où tu pensais pas la faire etc et donc la flexibilité dont on a besoin c'était compliqué alors que là j'avais vraiment peut-être le métier le plus flexible du monde même ça j'avais du mal à gérer donc ça m'enlève quand même aussi une énorme charge

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mentale

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et ça c'est chouette et puis d'être à fond dans le projet de vraiment être focus que sur ça, ça m'a permis d'être meilleure en tout quoi en préparation physique, en préparation technique en préparation mentale, en navigation et puis en gestion de mes partenaires d'avoir plus de temps pour eux aussi ça c'est vraiment chouette et d'ailleurs eux ils ont bien mieux vécu l'année parce que j'avais plus de temps à leur

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consacrer ça c'est sûr que si t'arrives à t'affranchir de la contrainte de la contrainte je vais y arriver pro ça te fait quand même une charge monstrueuse en moins tu vois j'en parlais avec une invitée récemment Céline Collette qui était pendant longtemps chez Amazon puis ensuite chez Google à des gros postes et qui en même temps était en train d'essayer de devenir beach volleyeuse pro et en fait elle disait mais il n'y a pas photo quoi par rapport à des femmes qui font que ça qui après l'entraînement vont chez le kiné au lieu d'aller au taf bah elle avait un énorme désavantage et depuis qu'elle a décidé de tout quitter pour se consacrer à ça bah c'est sûr que les résultats la performance est carrément plus au rendez-vous et c'est carrément moins contraignant donc pas très surpris de t'entendre dire la même

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chose ouais c'est sûr et c'est vrai que l'année dernière j'avais Tu fais trois jours d'entraînement et à la fin de la session, le coach va te dire qu'il faut que tu bricoles ça sur ton bateau. Il faut que tu ressortes deux ou trois sessions pour t'entraîner sur telle ou telle manœuvre. Et on se revoit dans trois jours. Je me disais qu'entre maintenant et dans trois jours, je dois aussi bosser quatre jours pour l'assemblée. Ça ne marche pas. C'était hyper frustrant. En plus, j'arrivais aux courses crevées. Ce qui était hyper dur, c'est que je prenais mes vacances pour faire les courses. Je rentrais épuisée parce que les courses, c'est épuisant. et donc je me reposais ni des courses ni du

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boulot

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et à la fin c'était un trop plein j'ai passé une fin d'année je crois que novembre décembre j'étais tellement dans l'eau rouge je me souviens avoir rêvé d'envoyer des mails ou à l'inverse on m'envoyait des mails je les laissais passer enfin tu vois en gestion de partenaire c'est quand même pas dingue enfin vraiment d'avoir des sujets avec des gens où je leur disais mais je vous ai envoyé le mail il y a un mois et tout et puis ils me disaient mais non mais vraiment Sacha je suis désolée tu hallucines et il y avait un peu de ça après ça a toujours un bon entraînement de travailler fatigué dans mon métier c'est quand même la

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base il faut garder de la lucidité ouais c'est clair il y a un point qui m'avait marqué pendant le premier échange c'est que tu es sujette au mal de mer et on en avait un petit peu parlé et tu m'avais expliqué que alors je sais plus si c'était prévu que tu suives un programme spécial ou si t'étais déjà en train de le suivre mais si je me trompe pas t'as suivi un programme de rééducation au mal de mer à dans un hôpital des armées je serais curieux de savoir du coup ce que ça a donné enfin d'abord en quoi ça a consisté et quels ont été les résultats pour

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toi le programme j'avais postulé longtemps avant effectivement ça prend un peu de temps d'avoir de la place donc c'est en fait c'est un programme de recherche qui est développé par l'hôpital Clermont-Tonnerre qui est l'hôpital des armées à Brest et donc c'est dans le service ORL ça s'appelle la NOPATI l'étude du mal de mer et les militaires en fait, tout simplement, ont envie de mieux comprendre d'où vient le mal de mer parce qu'eux, c'est un vrai sujet dans la marine. Et donc, ils ont développé ce programme où le deal, c'est tu viens, ils font beaucoup de tests sur toi, tu fais dix séances de rééducation et ensuite, ils refont des tests avec des mesures. Donc, on va mesurer ton équilibre, la forme de tes oreilles, ta résistance au froid, à la fatigue. Ils mesurent plein de choses. Et l'idée, c'est qu'eux essayent de voir un avant-après entre les séances et et voir un peu ce qui change, et donc déterminer les causes du mal de mer. Donc quand tu y vas, il faut jouer le jeu, c'est-à-dire qu'il ne faut pas juste faire les séances, il faut aussi faire le cobaye. Mais du coup, moi j'ai fait mes 10 séances, qui consistent à venir... Donc tu ne peux faire qu'une séance par jour, par 24 heures, et les séances durent 20 minutes. Et le principe est assez simple, mais redoutablement efficace, c'est qu'on te met sur une chaise qui monte et qui descend, avec un casque de réalité virtuelle. Et dans le casque, tu vois... la mer, des vagues. Et en fait, on fait bouger, on augmente en intensité la mer et les mouvements. Et toi, tu vas bouger un peu ta tête et tout. T'as une infirmière qui te dit comment bouger. Et l'idée, c'est que tu dois tenir les 20 minutes en allant le plus loin possible sans vomir. Si tu vomis, la séance ne compte pas. Et vu que les séances sont hardcore, t'as vraiment pas envie de vomir parce que t'as pas envie de recommencer. Et c'est très simple, mais c'est très intense puisque moi, après une séance, j'avais... bon ça s'est amélioré à la fin mais les premières séances je passais bien trois heures assise dans le jardin de l'hôpital où je pouvais même pas écrire un texto tellement j'étais mal quoi et puis tu rentres pas chez toi moi j'habite à l'Orient donc j'avais une heure et demie de route j'étais obligée de dormir sur place et quand par malheur je faisais la route l'après-midi je faisais deux pauses pour dormir enfin vraiment tu te vides de ton énergie c'est assez

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impressionnant waouh ok et donc à ce stade de la recherche c'est quoi les pistes qui expliquent le mal de mer et il y a des choses un peu concrètes

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déjà

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Eh ben ils ont du mal à trouver parce qu'ils ont pas une énorme cohorte et puis les gens qu'ils ont en fait ont des symptômes assez différents parce que tu vas voir des gens qui sont malades dès la moindre vaguelette moi ils m'ont dit, moi par exemple j'avais l'impression d'être très malade parce que j'étais souvent malade et en fait ils m'ont dit que tu montes en scénario et donc assez vite je crois qu'à la troisième session j'étais au scénario maximum et ils m'ont dit en fait non vous êtes malade que dans des grosses conditions mais comme nous en mer on est souvent très au large sur des petits bateaux on a souvent des grosses conditions donc ils ont encore du mal à savoir mais ce qu'ils observent c'est qu'il y a quand même une nette amélioration et moi j'en suis la preuve puisque après 10 séances ça allait déjà nettement mieux et là tu vois sur la transat j'ai pas été malade j'ai vomi une fois parce que j'ai dû bricoler dans la nuit dans la tempête au fond du bateau et donc j'étais hyper concentrée pour pas me meuler les doigts avec la meuleuse donc là j'ai fait un petit vomito on va dire mais sinon non j'ai pas du tout été malade alors qu'on a eu des conditions quand même très engagées donc ça marche et c'était ouais c'était c'était dur c'est dur parce qu'une fois que t'as fait deux séances vraiment t'as plus envie d'y aller quoi tu sais ce qui t'attend mais je suis ravie de l'avoir fait et puis et là je vais aller revoir pour faire un point après la transat répondre un peu au questionnaire et c'est une chouette équipe c'est un beau projet j'ai hâte de voir les résultats de leur recherche

SPEAKER_02

parce Est-ce que du coup, une fois que tu es passé à travers ce programme de rééducation, c'est quelque chose qui est permanent ou c'est un peu comme l'acclimatation à l'altitude, il faut idéalement le refaire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je pense que si tu ne navigues pas pendant longtemps, tu dois pouvoir avoir besoin de le refaire. Moi, et du coup, je te dirai quand je reprendrai les entraînements dans un mois. Mais non, moi, j'ai trouvé que ça durait plutôt pas mal puisque je l'ai fait cet été. Il y avait une grosse phase de chantier avant la transat et de Donc, je n'ai pas navigué pendant un mois et je n'ai pas été malade pour autant. Il y a des gens qui ont besoin de le faire deux fois. J'ai une amie qui l'a fait deux fois. Alors, elle, après, elle travaille en recherche. Et donc, elle fait de l'analyse de données en cale de bateaux qui sont en haute mer pour faire de la pêche. Donc, autant dire que là-dedans, ça secoue et qu'elle passe la journée derrière un écran. Donc, elle, elle a eu besoin de le faire deux fois, mais c'est le jour et la nuit.

SPEAKER_02

Elle va carrément. Ok. Impressionnant.

UNKNOWN

Oui.

SPEAKER_02

Impressionnant. Est-ce que tu peux nous rappeler dans les grandes lignes ce qu'est la Mini Transat

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

On en avait bien parlé dans le premier épisode, mais il y a peut-être des gens qui nous écoutent là tout de suite sans avoir écouté l'épisode de l'année dernière. Donc peut-être la durée, la distance, l'esprit de la course, les spécificités et puis peut-être quelques chiffres.

SPEAKER_00

Ouais, et ben, la mini-transat, c'est une course... C'est clairement une course d'aventuriers. Deux gars qui se sont dit, un jour, on aimerait bien faire des courses océaniques, mais à petit budget, parce que tout le monde peut pas s'acheter un yacht. Donc, vu qu'on veut faire la même transat, mais sur des petits bateaux, on va appeler ça la mini-transat. Et donc, ça a commencé en 1977. C'est toutes les années impaires. Et donc, alors, le parcours a un peu changé, parce qu'au début, on partait d'Angleterre, ils sont allés aux Antilles, puis au Brésil, et tout. Maintenant, ça a de France, on part des Sables d'Olonne avec une escale au Canary parce qu'en fait il faut partir assez tôt dans l'hiver européen pour pas avoir les grosses dépressions hivernales mais relativement tard en Atlantique pour pas avoir le reste des cyclones d'été donc on a une petite escale au Canary et ensuite on part direction les Antilles donc nous on allait en Guadeloupe et on a à peu près 90 concurrents et cette année on était 14 femmes ce qui est le plus grand nombre depuis le le début de cette aventure et le principe donc c'est de traverser en solitaire sur des bateaux donc mini c'est des bateaux de 6m50 qui sont clairement des bateaux de course ultra technologiques donc c'est vraiment des petites fusées quoi c'est des petites bombes hyper rapides avec des sensations de malade et la course a la particularité on l'a dit de se faire sans communication sans assistance et c'est ce qui fait que cette course est mythique parce qu'en fait tu te retrouves seul face à toi même tu peux pas mentir sur ton niveau de préparation voilà si tu te casses une jambe en mer il faut savoir t'en occuper il faut savoir t'arracher une dent il faut savoir réparer un mât réparer ton pilote un trou dans la coque enfin voilà c'est vraiment une course qui te pousse à aller au plus loin de toi même à repousser tes limites mentales et physiques aussi et et voilà et quand t'arrives de l'autre côté t'es quand même t'es quand même un sacrément bon marin en tout cas t'as vachement progressé c'est parce que t'as appris à faire toutes ces choses qu'on a tendance un peu à oublier quand on peut appeler une équipe technique et se reposer

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ça c'est super impressionnant tu vois cet aspect solitaire sans assistance sans communication franchement vu de l'extérieur sans être dans le milieu de la mer c'est même carrément flippant comme tu dis quoi qu'il se passe tu comptes sur ton cerveau et tes deux mains pour résoudre le problème quel qu'il

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soit ouais c'est ça en fait je pense c'est tu pars avec un risque mesuré et il n'y a que toi qui sais le niveau de risque que tu prends parce que ça dépend de ta préparation c'est toi qui décide de prendre le départ même s'il y a des qualifications et tout donc on est quand même un peu guidé mais ouais tu décides de prendre ce risque et je pense que c'est ça qui rend l'aventure aussi folle et c'est d'ailleurs pour ça que la plupart des grands marins sont passés par la mini transat c'est un peu le tremplin de la course au large et la plupart disent t'es plus la même personne quand t'as fait une transat et c'est vrai, moi je le sens, je le vois parmi les concurrents qui sont maintenant des amis il y a quelque chose qui change et je pense beaucoup dans la confiance en toi dans le crédit que tu t'accordes sur certaines choses et puis la confiance en les ressources que tu es capable de mobiliser quand tu te retrouves au pied du mur comme ça a pu nous arriver à tous dans des conditions différentes mais globalement tout le monde se prend un mur à un moment sur une transat et c'est ça qui fait fait la beauté de cette course et les anciens marins disent vous avez tellement de chance ils disent moi si je pouvais refaire une course ce serait refaire ma première mini transat ce serait la plus belle et d'ailleurs il y a des marins qui reviennent après avoir fait des très grandes courses et qui reviennent faire la mini parce qu'ils se disent il faut

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que je recommence tu peux nous raconter peut-être quelques-uns des murs que

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toi tu t'es pris

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moi j'ai eu pas mal de murs de fatigue donc des moments qui ont été techniquement très compliqués sur des courses où j'ai pas beaucoup dormi et en fait au bout d'un moment t'arrives cramé notamment la première étape j'avais eu on est parti dans du vent très faible avec une météo qui était assez compliquée et donc selon les modèles ça divergeait beaucoup et du coup on savait pas trop à quelle sauce on allait être mangé il fallait être capable de très bien lire le plan d'eau clairement moi la première étape je me suis carrément plantée sur les trois premiers jours et donc j'étais toujours en train d'adapter d'adapter et je savais pas ce qui allait arriver donc j'avais du mal à me dire je dors maintenant parce qu'après j'aurais besoin de pas dormir du coup je dormais pas et puis après je m'en rendais compte que je pouvais toujours pas dormir et je suis arrivée à un moment où j'étais en saturation parce que j'ai eu une nuit où j'avais plus de batterie donc au moment où vraiment j'étais au bout bah là il a fallu que je barre encore 12h et donc au petit matin j'étais un zombie et je sais toujours pas d'ailleurs j'étais proche de la côte et je sais toujours pas si les images que j'en ai c'est une hallucination ou pas en plus j'ai perdu ma carte SD de GoPro donc voilà j'ai le souvenir de falaise noire dans une brume blanche même d'un château à moitié en ruine au bord de l'eau et j'étais plus là dans ma tête il y avait ma soeur à bord et je lui passais la barre ça c'était vraiment dur et puis je me suis effondrée j'ai pris la décision il n'y avait pas de vent et je me suis dit c'est le moment là on n'avance pas je vais dormir deux heures ça c'était un peu dur mais c'était plus dur physiquement je pense que le dur mentalement il est venu après quand on On s'est retrouvés tous au large du Portugal et qu'il n'y avait pas du tout de vent et qu'on ne comprenait pas. Les gens qui ne devaient pas avoir de vent, on avait. La zone où il devait y avoir du vent, il n'y en avait pas. Et là, tu passes un, deux, trois jours sans avancer. Tu as l'impression que tout le monde avance plus vite que toi. Et là, mentalement, il ne faut pas vriller parce que du coup, tu ne dors pas parce que tu attends le moindre souffle et tu te fais des films dans ta tête. Tu te dis, tout le monde est en train d'avancer. Moi, c'est sûr, j'ai un problème. Il n'y a que moi qui est bloqué. Et il faut arriver à à gérer ton mental et te dire bah non c'est comme ça c'est comme ça pour tout le monde ça va bien se passer on est quand même au large du Portugal il fait beau on est en t-shirt on va pas se plaindre on pourrait être dans le métro à Paris on allait au boulot donc ouais ça c'était vraiment donc il y avait une partie sommeil une partie physique et puis après il y a enfin une partie mentale et puis après il y a une partie vraiment météo physique et danger mais ça c'était la deuxième étape moi enfin on en reparlera mais j'ai fait une option assez engagée et je me suis retrouvée dans du vent vraiment très fort pendant longtemps.

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Et ça, c'était dur, quoi. On va en reparler, on va en reparler. Mais j'ai posé la question avant qu'on fasse cet épisode, notamment à une auditrice, Marie, Hello Marie, qui connaît bien le milieu de la voile, et en lui demandant, tu vois, quelles questions elle aimerait te poser. Et ça fait partie de ce qu'elle m'a suggéré, c'est finalement de creuser un peu le choix stratégique que tu as fait sur on dit quoi, la navigation l'orientation la stratégie, la navigation on va en parler mais peut-être juste avant ça comment est-ce que t'expliquerais parce que tu parlais de fenêtres météo assez courtes pour faire les transats les transats elles se font globalement toujours dans le même sens à la voile donc comment est-ce que t'expliquerais les vents à quelqu'un qui n'est pas ingénieur et qui n'est pas comme toi docteur de l'école normale supérieure

SPEAKER_00

en fait globalement en hiver en Europe on a des grandes dépressions qui arrivent des Etats-Unis Et donc, en gros, c'est des systèmes météo qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et qui apportent beaucoup de vent. Et dans les dépressions, tu as toujours un front, c'est-à-dire que tu vas avoir une zone avec du vent de sud-ouest. Et après, il y a une ligne qui est très marquée. Alors concrètement, c'est des nuages, de la pluie, du vent très fort. Et de l'autre côté, le vent passe au nord-nord-ouest. et donc ça c'est des systèmes qui balayent l'Europe et qui arrivent en France donc en général vous pouvez voir d'ailleurs le switch du vent qui prend de la droite quand on dit qu'on se prend une tempête et après une fois que le vent a pris de la droite on voit des nuages un peu clairsemés c'est souvent ce qu'on appelle le calme après la tempête on a des nuages un peu clairsemés avec de la pluie encore quelques grains et donc nous c'est globalement ça qu'on va chercher et qu'on va aussi éviter quand ils sont trop forts quand tu navigues en hiver en Europe et après à l'inverse quand tu passes sous les dépressions et que tu t'approches un peu plus des Antilles, tu vas avoir les Alizés. Les Alizés, c'est un vent dominant qui s'établit à peu près de octobre à février et qui part de l'Afrique et qui va vers les Antilles. Les Alizés, ça pousse les bateaux vers les Antilles et c'est ce qui fait qu'on a cette période de transat à ce moment-là. Sauf que les Alizés, c'est des vents qui sont très forts, qui sont assez chauds, donc on peut naviguer dans des vents forts parce qu'en fait, c'est moins dense, donc il y a moins d'efforts sur le bateau et qui lèvent quand même une mer assez dégueulasse on peut le dire, une mer croisée parce qu'en fait les alizés poussent d'est en ouest et à l'inverse il y a la mer des fronts et des pressions qui sont au nord de l'Atlantique qui redescend et donc ça fait une espèce de bouillon et nous notre année comme on avait une très grosse tempête que vous avez dû sentir passer je crois que c'était la tempête Karan il y avait ça juste au moment où nous on était au sud clairement on s'est pris une mer assez immonde et du coup l'idée c'est de jouer avec ces faits phénomène là, quand tu fais une transat et donc t'as toujours les deux options, c'est soit tu passes au nord avec une route assez courte puisque la terre étant ronde la route la plus courte n'est pas forcément, enfin sur une carte n'est pas forcément la plus courte donc il y a l'orthodromie et l'oxodromie donc c'est pas toujours la ligne droite qui est la plus courte, mais tu peux passer au nord et faire la route directe entre guillemets mais bon, tu passes un peu dans les dépressions ou alors tu fais comme moi j'ai eu envie de faire, tu vas chercher les alizés mais il faut aller chercher un peu plus long puisqu'il faut aller jusqu'en Mauritanie pour aller les trouver et il faut être confiant dans le fait que tu vas aller tellement vite que tu vas rattraper la route en plus et ça c'est un pari qu'il faut faire et surtout en mini on n'a pas d'ordinateur à bord vu qu'on n'a pas de communication avec l'extérieur donc la météo c'est un bulletin radio avec un point sur une carte donc l'Atlantique doit être découpée en une quinzaine de zones qui font je crois 200 km de côté et t'as un point au milieu et puis on t'a un point toutes les 12h pendant 3 jours et puis démarre de toi donc voilà faut être assez bon sur comprendre son environnement, comprendre ce qui se passe comment ça évolue et puis la météo elle est pas toujours juste donc quand t'arrives au milieu de ta zone et que t'as sur ton point et que t'as pas la météo que tu devrais avoir il faut que tu sois capable de dire ok la dépression du nord a reculé, a avancé, elle est en avance ou en retard, les anticyclones se sont décalés voilà

SPEAKER_02

du coup cette stratégie tu l'as enfin comment ça se prépare tout ça, est-ce que t'as des scénarios où tu te dis, si les points météo ressemblent à ça, je déclenche ce scénario-là. Inversement, s'il se passe ça, je bascule sur cette option B. C'était clair pour toi que potentiellement, tu allais aller chercher les alizés même avant le

SPEAKER_00

départ

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui. En fait, la veille du départ, même la semaine avant le départ, tu commences à faire un peu de météo. En gros, dix jours avant un départ, tu as une météo globalement fiable et quatre jours avant, localement fiable. Donc, quatre jours avant, tu peux commencer à lancer des premiers routages, voir un peu les options et Et puis surtout, d'un jour sur l'autre, tu regardes comment ça évolue. Donc tu peux te dire, c'est marrant, tous les jours, par exemple, la dépression se creuse. Donc tu peux te douter que le jour où tu partiras, le lendemain, elle va se creuser aussi. Et donc ça te permet de voir des tendances et d'adapter les fichiers après même être parti. Et en fait, nous, quatre jours avant le départ, on lançait un routage le matin, il fallait partir au nord. On lançait un routage l'après-midi, il fallait partir au sud. Et on relançait le soir, il fallait repartir au nord. Donc vraiment, on s'arrachait les cheveux. Et donc on a dû... décider effectivement de trouver quels seraient les points de décision parce qu'on savait que le jour J encore ça pouvait changer donc on en a pas mal parlé après on est suivi moi je m'entraîne dans un pôle donc le pôle Lorient Grand Large où on a des routeurs donc c'est des météorologues qui routent spécialement des bateaux et en fait eux ils font tourner des scénarios sur leur ordinateur et toi tu pars avec ces scénarios mais ce qui est important c'est l'ordinateur il fait le meilleur choix avec les infos qu'il a et donc toi tu pars et tu dois être, il faut pas, voilà, c'est pas une recette de cuisine, il faut savoir que tu pars avec ta recette de cuisine mais qu'au moment où toi tu vas partir t'auras plus les mêmes ingrédients et donc il faut réadapter le calcul et c'est ça qui est super intéressant, d'autant plus en mini où t'as pas d'ordi donc tu réadaptes le calcul en le faisant à la main et tu vois typiquement, moi quand je suis partie notre routeur nous avait dit, il y a une option nord si elle passe c'est l'option gagnante, ils arrivent avec 24 heures d'avance je crois sur l'option sud en revanche la probabilité qu'elle passe et beaucoup plus faible parce qu'ils allaient passer juste sous un front puis attraper la petite zone où il y avait du vent mais entre deux zones sans vent donc si tu te loupais tu restais coincé dans une zone sans vent et puis c'était pas mal d'incertitudes et puis après le front il y a beaucoup de mer alors du coup tu te dis le bateau il va aller moins vite donc le calcul en fait est un petit peu faux ça il faut le prendre en compte aussi et en fait moi je me disais en mini comme on a très peu d'informations la probabilité de se faire coincer dans une zone qui a beaucoup changé, elle était trop forte. Moi, j'ai préféré aller chercher du vent au sud. On savait qu'il y avait du vent, on savait qu'il y en aurait beaucoup. On ne savait pas à quel point ce serait fort, mais on savait qu'on pouvait aller chercher ça. Il fallait juste traverser une zone de molle, donc passer trois jours à l'arrêt. Ça, ça demande un petit exercice mental quand tu vois les autres qui sont partout, pleines balles vers les Antilles. Donc moi, j'avais plutôt confiance en l'option sud parce que je trouvais qu'on avait un degré de certitude plus élevé. Et au final, c'est ça à la beauté de la course au large dans les 10 premiers il y a des sudistes et des nordistes et en fait les deux options se valaient pour peu que tu les joues bien mais voilà après il y a plus de sudistes qui sont arrivés devant parce qu'il y avait un degré de certitude quand même plus élevé pour ceux qui n'ont pas cassé leur bateau dans du vent fort parce qu'il y avait aussi ce petit degré d'incertitude là qui a été un sacré paramètre

SPEAKER_02

du coup est-ce que tu te rappelles du moment où tu l'as prise cette décision où tu t'es dit ok là euh je change de cap et je vais chercher les

SPEAKER_00

Alizés

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ouais, et bah justement moi j'ai pas changé de cap parce qu'on allait au sud et à un moment on passe la dernière île qui était marque de parcours donc il fallait qu'on tournait et là c'était soit tu restes vers le sud soit tu vires et en fait donc moi je regardais mes marqueurs et tout et on a la météo à 17h et ça la décision a dû être prise vers 11h donc on savait pas encore, on avait pas l'update, on avait que la météo qu'on avait prise avant de partir puisque c'était dans moins de 24h après le départ et un moment tu vois un bateau qui vire, deux bateaux qui virent et donc à l'AIS on voit physiquement on le voit d'ailleurs dans le film de la Transat je le montre, on voit les petits points des bateaux qui commencent à mettre le clignotant à droite et puis je regarde la flotte, moi je pensais que ça allait être 50-50 et là ça fait un truc comme 80 et 10 bateaux et là j'appelle les copains autour de moi, j'étais là on est certains là, vous le sentez comment parce que vraiment on n'est pas beaucoup à y aller et donc évidemment on se remonte le moral on en discute, on fait un peu les gros bras parce qu'on sait que les autres nous écoutent à la radio, en disant, c'est sûr que ça ne passera pas au nord, franchement, ils font n'importe quoi, pour essayer de leur mettre le doute, parce que ça joue aussi. Et c'est marrant, on était beaucoup de filles à aller au sud, on était quand même une grosse majorité de filles, et du coup, on s'est un peu confortées dans notre décision, mais on était toutes assez sûres, et on a eu la météo l'après-midi, et ça confortait notre décision, puisqu'ils annonçaient un peu moins de vent au nord, et les Alizés qui se renforcent au sud et là on a vraiment fait la danse de joie sur notre bateau et on était vraiment trop contentes de notre décision et je suis ravie en plus hier j'ai vu en plus le film un des films de la Transat parce qu'il y a le Sailors Film Festival en ce moment que je suis allée voir et il y en a un qui dit qu'ils ont fait du prêt dans 25 nœuds donc la prête est face au vent sous la pluie je me dis c'est quand même moins marrant que faire des surfs comme nous on en a eu sous spi au soleil même si nous c'était assez sportif au moins c'était

SPEAKER_02

marrant donc du coup Tu disais un peu plus tôt que la phase qui a vraiment été dure, c'est quand tu as réussi à prendre tes alizés, mais c'était peut-être plus fort que ce que vous avez imaginé et plus intense aussi. Tu peux nous en parler. Cette route, visiblement, c'était la bonne d'un point de vue choix tactique, mais ça a été quoi les enjeux de se retrouver sur cette route au

SPEAKER_00

sud

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

En fait, le jeu, c'est une fois qu'on a commencé à toucher du vent, qu'on faisait du sud, du sud, du sud, et l'idée, c'était de choper les dès que tu les attrapes tu décides de mettre le clignotant à droite et plus tu es au sud plus t'as de vent Donc, la question, c'était à quel moment tu tournes

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que tu vas chercher toujours plus ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Et donc, au bout d'un moment, moi, j'ai commencé à avoir quand même pas mal de vent. Donc, j'ai mis mon clignotant à droite. Et en fait, le vent a fait que se renforcer. Et on est passé en une journée de 5 nœuds, donc on n'était pas encore dans les Alizés, à 25, 30, 32. Et ça, c'est vraiment beaucoup. Parce que du coup, c'est au portant, donc on est sous spi. Moi, mon spi, il fait 85 mètres carrés. Pour un bateau de 6,50 mètres, c'est énorme.

UNKNOWN

Ouais.

SPEAKER_00

C'est vraiment le moteur de F1 sur la mobilette. Et là, le bateau, avec une mer en plus, comme je disais, qui est vraiment très creuse et assez courte. Donc très creuse, ça fait que le bateau prend des énormes surfs parce qu'il va tomber dans la vague. C'est comme du ski, il y a un moment où tu tombes dans la pente et tu surfes. Et elle est assez courte, donc tu surfes, tu surfes, sauf que tu prends un mur. Donc c'est vraiment le mur de boss en ski. Et il faut être à la barre, il faut gérer ça. Le bateau, il prend énormément de chocs parce que Quand il surfe en haut d'une vague et qu'il remonte et qu'il tombe dans le vide, il peut tomber de la hauteur de la vague. Là, on avait 3 à 4 mètres de creux. Ça fait un choc gigantesque sur des bateaux. C'est des bateaux de course, donc il n'y a rien dedans. C'est très léger, c'est une coquille de noix. Le bateau doit faire 6 mm d'épaisseur max. Quand ça tape, ça vibre. Moi, j'avais l'impression que le bateau allait éclater. Je passais mon temps à me dire que ça allait péter. Je ne sais pas où ça allait péter, c'est sûr. Et donc toi tu te retrouves là-dedans, et autant on avait déjà vécu un peu ces situations en avant-saison, en préparation, autant ça dure 6 heures, 12 heures max, mais là ça va durer 6 jours, donc au bout d'un moment tu dois dormir, tu dois manger, tu dois te changer parce que t'es trempé, moi j'avais beaucoup de mal à manger, donc il faut garder ta lucidité, quand tu te fais à manger avec ton eau bouillante, c'est super dangereux, donc clairement moi je mangeais froid, donc tu réhydrates tes lyophilisées à l'eau froide, c'est pas c'est pas très divertissant et ouais t'es secoué et puis t'es dans une telle tension moi c'est ça qui m'a le plus impressionné je pense c'est que physiquement même si toi mentalement au bout d'un moment tu t'habitues au bruit assourdissant tu t'habitues au choc tu sais que t'es toujours en train de te tenir parce que dès que tu tapes dans une vague bah toi t'es projeté à l'avant donc tu peux pas te prendre te casser les dents sur une paroi te casser une côte et tout t'es cramponné en permanence mais en fait ton corps est tellement tendu moi j'avais les épaules les épaules aux oreilles pendant six jours. T'as une telle tension physique, c'est épuisant. En fait, tu t'épuises juste de stress. Mais c'est du stress... Ouais, c'est pas mental. T'es pas en train de te dire« là, je suis paniquée», mais juste t'es sur le fil. En fait, t'es tout le temps sur le fil. À la barre, t'es sur le fil. Le bateau, il chavire régulièrement parce que dès que t'as une rafale et que ça tombe pile dans une vague et que le pilote, au bout d'un moment, il décroche parce que c'est quand même un peu intense pour le pilote. Et même toi, à la barre, quand Quand tu es fatigué, tu fais des erreurs et parfois tu prends mal une vague. Et en fait, du coup, le bateau, il part au tas. C'est-à-dire que l'avant s'enfonce dans une vague. Du coup, le bateau s'arrête et en fait, il va se coucher sur le côté. Tu te retrouves avec toutes les voiles dans l'eau. Et là, tu es vraiment couché à 90 degrés. Donc du coup, toi, tu es suspendu au bateau. Tu as les pieds dans le vide. Tu as les mains qui sont accrochées en haut et il faut choquer tes voiles.

UNKNOWN

Mais non!

SPEAKER_00

C'est assez impressionnant. Sur le film, on le voit bien parce que j'ai eu le bonheur d'avoir mis ma GoPro Sous-titrage FR

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

à des moments où je partais au tas, il y a des images qui sont assez impressionnantes où, ouais, là, il ne faut pas lâcher, parce que là, sinon, tu tombes dans l'eau, ou alors tu tombes dans ton bateau, mais tu tombes de 3 mètres de haut, donc tu as vite fait de te cogner, de te faire mal, et ça, tu le fais 10 fois par jour, et du coup, ouais, il faut être bien concentré.

SPEAKER_02

Mais là, on est d'accord que tu es en permanence attachée

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

Ouais. Ok, tu ne peux jamais, même en dormant, tu n'es jamais détachée, en fait, sur toute la durée de la

SPEAKER_00

mini-transat

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ouais. Je l'ai été un peu au début, quand il n'y avait pas trop de vent mais à partir du moment où tu as des conditions comme ça tu lèves forcément et heureusement parce que dans des manques de lucidité tu peux t'endormir à la barre à l'extérieur donc là il faut être attaché et aussi moi ce qui m'est beaucoup arrivé à la fin de la transat parce que la fin de la transat était très dure mais pour d'autres raisons c'est que j'avais des manques de lucidité et même quand je dormais à l'intérieur en fait quand le réveil sonnait j'allais dehors gérer le bateau et j'étais tellement fatiguée que le temps de me réveiller j'étais déjà sur le pont et j'avais pas toujours le réflexe de m'attacher et du coup je m'attachais à l'extérieur mais depuis l'intérieur pour que quand je sorte en fait je sois déjà attachée et ça c'était hyper important parce que il y a des moments où je suis montée sur le pont j'ai mis peut-être 10 minutes à savoir où j'étais tu comprends pas, tu cherches ton lit tu cherches la porte de ta chambre et puis tu te dis attends je suis sur l'Atlantique toute seule sur mon bateau, ça peut bien se passer c'est la minute

SPEAKER_02

en fait oh pinaise par rapport à ce que tu évoquais un peu plus tôt le fait que la mer soit très courte et que du coup le bateau se prenne des chocs chaque fois qu'il retombe de 3-4 mètres de haut de manière maintenant que tout ça c'est derrière toi de manière complètement objective rationnelle c'est possible qu'un bateau enfin qu'un bateau que la coque éclate avec ce type de choc ou clairement c'était dans tu vois dans la zone dans la zone je sais pas comment on appelle ça mais la zone de tolérance de la coque t'étais clairement dedans

SPEAKER_00

Non, c'était clairement à la limite. Moi, j'ai reçu mon bateau la semaine dernière. Là, ils sont arrivés. J'ai commencé le chantier et en ce moment, je commence par vider les fonds et les mousses pour aller regarder. Je suis encore étonnée que ça n'ait pas cassé parce qu'en fait, on était dans notre petite dizaine au sud. On a tellement tiré fort sur les bateaux qu'on a battu les records de vitesse de ces

SPEAKER_02

bateaux-là. Ah oui, j'ai vu ça. C'est toi qui as le record d'ailleurs,

SPEAKER_00

non

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

On est plusieurs à l'avoir eu. Moi, je l'ai peut-être eu parmi les premières, mais il a été rebattu après. Et il y en a même un qui l'a battu. Donc là, c'est des bateaux de série, des bateaux en fibre de verre assez relativement simples. Et il y a Hugues de Primard qui a battu le record en série, donc toutes les séries. Et ensuite, il a battu le record en proto, alors que les protos, c'est des bateaux qui valent trois fois le prix, qui sont en carbone, qui sont beaucoup plus technologiques. Et là, il est allé tellement vite. Je crois que son record, c'est 320 000 en 24 heures. C'est énorme. C'est vraiment des vitesses... De toute façon, on faisait des vitesses. Moi, j'avais je faisais des surfs à 19 nœuds. C'est énorme. Je n'avais jamais fait ça sur des courses d'avant-saison. En vitesse moyenne, on faisait du 13 nœuds. Pour rappel, un bateau de deux fois cette taille-là, un bateau de croisière, ça va à 10, 12 nœuds grand max, mais sa vitesse de croisière, c'est plutôt 5 nœuds. Donc là, tu vas trois fois plus vite et on continue. C'était la folie. Et du coup, Hugues a délaminé son bateau. C'est-à-dire que c'est de la strate, c'est des couches de fibres de verre et donc elles se sont ouvertes. Donc il a un peu... Et du coup, il a d'ailleurs straté sa barre. Il avait une barre de secours et il l'a accrochée à l'avant du bateau. Il l'a straté dessus pour renforcer. Et Mathilde Lagiclet, qui est aussi une sacrée concurrente, elle, elle a ouvert son bateau sur le côté. Il s'est vraiment ouvert en deux. Donc, voilà. Donc, pour

SPEAKER_02

rappel, 320 000 nautiques. 1 000 nautiques, si j'ai bonne mémoire, ça fait 1 850. Le 1 000 terrestres, c'est 1 609 mètres. Donc, 320 000. Alors, attends, si je vous... donc le gars s'est fait 600 km en 24h à la voile

SPEAKER_00

voilà c'est beaucoup sur des petits bateaux

SPEAKER_02

c'est énorme ça va

SPEAKER_00

tellement vite la sensation de vitesse elle est dingo

SPEAKER_02

ça doit être hallucinant mais du coup tu parlais d'intensité un peu plus tôt j'imagine que l'intensité est tellement énorme clairement tu dors pas quand tu fais 320 000 en 24h t'es à la barre en permanence

SPEAKER_00

quasiment mais en fait t'es obligé de dormir un peu parce que ne pas dormir pendant 24h c'est juste décaler ton problème tu vois c'est pas un sprint c'est un marathon la course au large et du coup il faut quand même dormir un peu après on dort par 15 minutes jamais plus en l'occurrence dans des conditions comme ça moi je dormais pas plus de 5 minutes parce qu'en fait il y a toujours un bruit un choc qui te réveille et ce qui est fou moi je le vois dans les vidéos que j'ai tourné c'est que quand tu te vois en train de dormir tu fais des bons tu dors dans une machine à laver et en fait t'arrives à dormir quand même parce que t'es tellement fatigué mais t'es en mouvement et en fait ton corps se cramponne pour pas tomber ouais mais t'arrives quand même à tu te reposes on va dire relativement c'est sûr qu'on s'est un peu plus reposé quand le vent s'est calmé mais ouais c'est intense et puis il faut barrer un maximum c'est là que tu vas vite c'est là que tu peux prendre des surfs et puis en fait t'as envie aussi parce que la sensation elle est tellement dingue les vitesses que t'atteins c'est en fait c'est de l'adrénaline pure quoi c'est ouf et c'est Ça aussi, je pense qu'il nous donne envie d'y retourner. Il y a à la fois ce côté la moindre décision que tu vas prendre dans les prochaines minutes impacte ta vie. Et à la fois, tu fais un sport de glisse incroyable avec des sensations de vitesse de folie. Tu es 100% responsable de tout ce que tu fais. C'est dingue. En fait, tu te sens tellement vivant. Dans ces moments-là, il y a une telle intensité. C'est sûr qu'après, quand tu rentres à la maison, ta vie, elle te paraît un petit peu

SPEAKER_02

naze. Tu ne l'avais jamais vécu sur d'autres courses

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est toujours un peu comme ça, mais là, c'était explosif parce qu'en plus, si ça merde, tu es au milieu de l'Atlantique et personne ne viendra te chercher. Donc, tu es en alerte rouge tout le temps. Moi, j'adore

SPEAKER_02

ça. Parce que concrètement, ce que tu disais sur la coque, si à un moment donné, tu as une avarie sérieuse Tu fais quoi, concrètement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

T'appuies sur ton petit bouton qui dit« Au secours, venez me chercher». Là,

SPEAKER_02

t'attends quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

24 heures au moins,

SPEAKER_00

non

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ouais, si t'es au milieu, c'est plutôt 3-4 jours pour les secours. Après, ils peuvent dérouter des bateaux qui sont proches, s'il y en a. souvent c'est des concurrents les plus proches encore faut-il qu'ils aient le message à temps puis qu'ils te trouvent et tout mais ouais ça va être des concurrents et puis après ça va être les secours mais les secours en fait ils arrivent en bateau parce qu'en hélico ils ont pas assez d'essence donc ils vont apporter un bateau le plus proche possible mais en fait nous la règle sur les bateaux de course c'est qu'ils doivent être insubmersibles donc il y a deux réserves de flottabilité des grandes mousses qui sont dans des compartiments étanches qui font que même si le bateau s'ouvre en deux soit l'avant soit l'arrière il y a toujours une partie qui flotte donc tu peux rester sur ta carcasse le vrai danger le gros danger c'est le feu parce que là si le bateau prend feu t'es dans ton radeau de survie et une fois que t'es dans le radeau de survie ton espérance de vie elle est globalement de 4-5 jours donc c'est le seul danger du coup moi clairement tu fais attention et c'est aussi pour ça que dans des zones de tempête intense tu fais pas forcément chauffer ton eau tu fais attention à tes batteries on surveille un

SPEAKER_02

peu ça et Ça arrive régulièrement sur les éditions de la Mini Transat qu'il y a des grosses avaries, des gros accidents

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, quand même. Là, cette année, il y en a eu vraiment très peu. D'ailleurs, le directeur de course avait dit« Si j'ai moins de 10 abandons, je me rase la tête.» Et il ne pensait pas se raser la tête. Et il a tous accueilli la tête rasée en Guadeloupe. Il y a eu un abandon sur la deuxième étape avec un système de barres et de safran qui était cassé, qui était une avarie qui n'est pas grave... en termes de danger mais qui t'empêche clairement de finir la course donc ça c'était très dur pour le skipper et après sur la première étape il y a eu des avaries un peu plus spectaculaires mais en proto parce que les proto c'est un peu le laboratoire de la course au large donc forcément c'est un peu plus fragile donc il y en a trois qui ont dématé et un qui a perdu sa quille donc ça c'est quand même des avaries embêtantes on va dire mais là globalement les bateaux sont bien préparés et puis il y a eu une telle précision sur le circuit qu'en fait les gens qui ont pu partir il y avait beaucoup de gens en liste d'attente les gens qui ont pu partir c'était les plus préparés puisque c'était ceux qui avaient fait le plus de milles et donc je pense que les bateaux sont plus prêts les coureurs aussi et du coup forcément il y a moins

SPEAKER_02

d'abandon

SPEAKER_00

ouais

SPEAKER_02

ok t'es passé quand même assez rapidement sur les enjeux d'un point de vue mental, sommeil etc enfin assez rapidement moi je serais curieux en tout cas qu'on rentre un peu plus dans le détail parce que tu vois pour avoir eu j'ai fait une épreuve sportive où j'ai dû gérer le manque de sommeil mais c'était sur 6 jours j'avais les deux pieds sur terre il n'y avait pas vraiment de notion de danger il y avait des gens autour de moi donc c'était quand même assez différent Mais pour autant, ouais... Entre le lundi et le dimanche, en tout, j'ai dormi 5h30, je pense. Et c'était quand même déjà une sacrée épreuve. Quand je t'entends dire que tu dormais 5 minutes, 10 minutes, un quart d'heure, tout ça sur... Alors, peut-être pas les 26 jours complets, parce que tu disais qu'au début, c'était un peu plus calme. Mais au global, tu as quand même mis 26 jours, 22 heures, 12 minutes pour terminer la mini-transat. Donc, en vrai, quand tu commences à avoir atteint un peu tes réserves, à être dans le rouge, etc., au bout de... Je ne sais pas. D'ailleurs, à quel moment est-ce que tu dirais qu'à un moment donné... Clairement, tu es passée dans une autre phase en termes de fatigue, d'épuisement nerveux, physique, mental.

SPEAKER_00

Oui, carrément.

SPEAKER_02

Et c'était quand ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_02

C'était à quel niveau de la

SPEAKER_00

course

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Sur la première étape, c'était le moment au Cap Finistère dont je t'ai parlé. Sur la deuxième étape, je pense que c'était la fin des alizés profonds, donc des alizés vraiment très forts. Et aussi, même la fin, parce que du coup, en fait, la Transat, tu te dis, le vent est fort au début et puis après, ça se calme. Mais en fait, tu as la fin t'as des zones de grains donc des nuages orageux pluvieux avec du vent très très fort qui sont vraiment clairsemés un peu partout tu te les prends la nuit quand tu les vois pas arriver enfin bref et du coup ça fait qu'à la fin t'as l'impression que ça va se calmer mais en fait pas du tout la journée ça va à peu près mais la nuit tu te fais défoncer et donc il faut dormir la journée et pas du tout la nuit et comme il fait 37 degrés la journée c'est difficile de dormir dans ton bateau parce que vraiment tu transpires sur ton matelas et du coup à faire des nuits blanches, 100% blanches parce que là pas question de dormir 5 minutes à la fin j'étais dans des états de fatigue de dingo parce que j'étais plus du tout lucide en fin de nuit les 2-3 dernières heures je finissais par m'endormir à la barre et ça m'a amené des épisodes il y a une nuit où je me suis réveillée le bateau était parti à la bâtée donc j'étais au vent, dans l'eau je me suis réveillée sous l'eau je me suis même pris un poisson volant dans la gueule ça m'a bien réveillée mais non

UNKNOWN

!

SPEAKER_00

vraiment j'étais à moitié choquée en plus le temps de me réveiller je me disais mais j'ai rêvé et puis après je l'ai vu à mes pieds clairement il était aussi choqué que moi et il y

SPEAKER_04

a

SPEAKER_00

une nuit où j'étais cette fois j'étais à l'intérieur je me réveille et du coup je sors sur le pont en me disant il faut que j'aille aider les gars à la barre je les vois pas à la barre je me mets à hurler leur prénom en me disant ils sont tombés à l'eau c'est pas possible donc la grosse panique il m'a fallu 5 minutes pour me rendre compte qu'en fait j'étais toute seule sur mon bateau donc j'avais pas perdu les poteaux et ouais et des nuits où je me suis réveillée et puis j'avais l'impression d'être à la maison je suis sortie dehors et dans ma tête j'allais me faire un café alors que voilà, donc ça t'es clairement dans des limites après c'est tout l'enjeu de la préparation en fait mais moi c'est ce que j'adore dans ce sport la partie technique, toute la partie régler ses voiles, faire avancer son bateau, il faut que quand tu prennes le départ, ce soit plus une question je dis pas encore que j'en suis là c'est clairement une progression pour moi mais en gros l'idée c'est une fois que t'es sur l'eau il y a tellement de choses que tu pourras plus gérer parce que t'es fatigué il faut que ce soit en automatique tes manoeuvres tu dois pouvoir les faire les yeux fermés c'est pour ça souvent les gens nous disent quand ils viennent sur mon bateau mais il y a tellement de cordage il n'y a pas écrit qui sert à quoi je la mets moi en fait je ferme les yeux je tends la main j'attrape le cordage que je veux parce que je sais où il est tout doit être automatique le réglage de tes voiles c'est automatique pour qu'il te reste uniquement la prise de décision et donc ton énergie, le peu d'énergie que t'as parce que t'es fatigué, parce que t'as du mal à manger il faut que ce soit la prise de décision et pareil on arrive assez musclé parce qu'on perd nos muscles alors tu prends des bras beaucoup mais tu perds les muscles de tes jambes pendant une course et donc en fait l'idée c'est d'arriver assez musclé pour que faire les épreuves physiques ne nous demandent pas d'effort même à la fin de la course où on aura perdu des muscles donc t'engranges avant et après il te reste uniquement la prise de décision, la stratégie et la tactique à faire et ouais c'est comme ça que tu gères en fait que tu gères ton énergie et il faut aussi que tu gères bien ton mental parce qu'en fait quand t'es crevé vraiment moi je l'ai déjà vécu l'année dernière je le racontais sur la course de la sas la course des assorts quand t'es crevé c'est comme les enfants quoi tu te retrouves à pleurer parce que t'as fait tomber ta brosse à dents par terre et là pour pas arriver dans cet état là c'est interdit dans une course d'arriver à ce niveau là de fatigue et pourtant ça nous arrive tous et du coup là tu vois en plus tu vois sur les vidéos quand tu les après t'es en train de te plaindre à la caméra en train de dire je suis fatiguée puis derrière tu vois tes voiles qui sont mal réglées tu t'expliques des trucs qui n'ont aucun sens et quand tu revois la vidéo reposée t'es là mais ma pauvre vieille va dormir quoi

SPEAKER_02

je t'entends parler des automatismes tu me fais penser à une catégorie d'invités qui la plupart du temps sont aussi à lorient d'ailleurs mais qui sont pas des voileux tu me fais penser aux commandos marines c'est des conversations qu'on a j'ai eu quelques invités 5 6 invités militaires quasi tous des membres des forces spéciales et en fait c'est ce qui donc évidemment on parle de notion tu vois de stress de prise de décision dans une fraction de seconde dans des des environnements où ta vie est en jeu, en fait. Finalement, toi, c'est... il y avait une notion de danger qui est un peu différente, personne ne te tirait dessus, mais les décisions que tu dois prendre rapidement, l'impact, il est finalement aussi énorme, et en fait, ce qu'il disait, c'est exactement ce que tu viens de dire, que l'enjeu, c'est d'être suffisamment préparé pour qu'il y ait des automatismes qui se mettent en place, et que finalement, il y ait une disponibilité mentale, cérébrale, pour prendre des décisions sur autre chose, en fait, des choses imprévues, des choses, pour le coup, qui méritent, pour lesquels il faut vraiment arriver à mobiliser de la matière

SPEAKER_00

grise. Ouais, c'est clairement ça. Et même, en fait, tu t'entraînes beaucoup aux imprévus aussi. Nous, notamment, nos imprévus, ça va être la casse. Quand tu pars sur ton bateau, tu sais, quelle que soit la casse, t'as déjà une solution en tête, en fait. En tout cas, c'est l'objectif. Moi, il m'est arrivé une casse que je n'avais pas prévue.

SPEAKER_02

C'était

SPEAKER_00

quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Moi, j'ai cassé une bastac. Les bastacs, c'est les câbles qui tiennent le mât à l'arrière du bateau. Et moi, j'en ai Donc, c'est des câbles tauronnés. C'est un enroulement de câbles qui forme un plus gros câble. Et moi, j'ai des taurons qui se sont cassés. Et en fait, je n'avais pas du tout anticipé cette casse-là parce que pour moi, c'est du câble métallique. Ça ne casse pas comme ça. Et en plus, c'était assez récent. Et là, en plus, c'était dans les moments très forts. Donc, c'était un moment où j'étais fatiguée. Et la prise de décision, elle a été longue. Et quand je revois les vidéos, le journal de bord... je me dis j'aurais pu réagir beaucoup plus vite mais en fait sur le moment tu tournes un peu en rond, tu sais pas quoi faire et puis j'avais pas de solution toute prête normalement t'as une casse, un outil un bricolage, t'as déjà pensé à ce que t'allais faire et là en l'occurrence c'était pas le cas mais bon j'ai fini par trouver une solution qui a tenu à peu près la route mais ouais c'est sûr qu'il faut arriver à gérer, à anticiper tout ce que tu peux et anticiper un maximum d'imprévus c'est ça qui fait la différence dans ta préparation c'est

SPEAKER_02

sûr et côté préparation si jamais tu te blessais tu te faisais une plaie ouverte ou autre vous vous formez sur je sais pas comment se recoudre un avant-bras une joue une langue il me semble qu'il y a une édition je sais pas si c'était sur la mini transat mais il me semble qu'il y a un gars sur une course au large qui s'était plus ou moins tranché la langue et qui avait dû se recoudre lui-même je sais pas si c'est une légende urbaine ou si c'est vraiment

SPEAKER_00

arrivé c'est Bertrand de Broc si je dis pas de bêtises c'est sur un Vendée Globe je crois. Il s'est effectivement recousu la langue. Sacrée partie de plaisir. Et lui, pour le coup, Vendée Globe, ils ont une communication, donc ils ont un médecin au téléphone qui leur dit quoi faire. Nous, on n'a pas ça. Après, avec les trackers, on peut envoyer des textos en cas d'urgence médicale, et c'est d'ailleurs la seule communication qui est autorisée sans être disqualifiée. Parce qu'en fait, ils ne veulent pas que les gens empirent des blessures en se disant, je ne veux pas me disqualifier, donc je n'écris pas au médecin, donc... c'est la cata. Donc ça, c'est la seule communication qu'on a le droit d'avoir. Mais globalement, non, tu fais tout tout seul. Et puis pour le coup, c'est des textos. C'est même pas du T9 pour ceux qui connaissent. C'est pire que ça. Bref, t'envoies pas des textos à rallonge. Et non, on se forme avant. On se forme, on a une pharmacie qui est blindée. Moi, je le disais en rigolant, mon objectif, quand on me demandait quel est l'objectif sur cette transat en termes de performance sportive, moi je disais, mon objectif, c'est de ne pas avoir à ouvrir le kit dentaire pour s'arracher une dent et j'ai la joie de te dire que c'est un objectif

SPEAKER_02

atteint génial ça fait franchement ça fait une quantité de paramètres de potentiellement tu vois d'éléments complexes à prendre en compte c'est vraiment c'est super impressionnant je t'avais posé la question il me semble sur le premier épisode qu'on avait fait ensemble est-ce qu'il faut aujourd'hui tu vois en 2020 2022 2023 2024 est-ce qu'il faut être ingénieur ou en tout cas un très bon mateux pour faire de la voile j'ai pas réécouté ta réponse mais il me semble qu'on s'était quand même dit que tout devient tellement technique en tout cas pour les nouvelles générations de marins il faut être quand même bien câblé mais j'ai l'impression que ça va quand même plus loin que ça parce que c'est même une capacité finalement je trouve ça juste super impressionnant en fait le nombre de paramètres avec lesquels vous devez jongler et tout ça dans un environnement où potentiellement vous pouvez y rester c'est juste franchement c'est hyper Et tout ça évidemment sur 26 jours, c'est pas une sortie en mer de 2-3 jours, c'est 26 jours.

SPEAKER_00

C'est ça qui rend le sport beau je trouve, en fait il y a tellement de paramètres qu'il y a aussi différentes façons de gagner et c'est ce qui fait qu'il y a souvent autant de gagnants au départ... Autant de gagnants à l'arrivée que de concurrents au départ en termes de possibilités parce que tu peux être le meilleur et casser ton bateau.

SPEAKER_03

Tu

SPEAKER_00

peux être le meilleur et te retrouver coincé dans une zone sans vent. Tu peux être le meilleur et t'endormir et louper le coche d'un virement de bord. Donc, il y a vraiment énormément de choses. Et puis, oui, être ingénieur, c'est une énorme aide. Après, c'est comme tout. Tu apprends un peu sur le tas. Mais il y a aussi la partie avant la course et il y a aussi être entrepreneur. Et ça, c'est une phase... qui est tellement important dans la course large du fait que ça marche par du sponsoring des partenariats contrairement à d'autres sports où en fait le skipper il passe peut-être 20-30% de son temps sur l'eau et le reste c'est la partie ingénieur donc chantier, anticipation, météorologie analyse et la partie entrepreneur aller voir des partenaires trouver des fonds, leur faire des propositions commerciales parce que évidemment les gens qui me donnent de l'argent dans la voile justement c'est pas du don c'est un investissement, il y a un retour derrière et donc toi il faut que tu leur vendes des produits de la communication moi j'aime bien dire mon métier c'est de vendre du rêve mais c'est un peu ça tu vends une aventure, tu vends de la publicité tu vends des choses plus ou moins concrètes mais ça fait partie du boulot et en fait ça fait aussi partie de la course parce que si tu es un bon entrepreneur tu vas avoir un peu plus de sous et du coup tu pars avec des voiles neuves, tu pars avec un peu plus de formation météo, tu pars un peu mieux entraîner parce que t'as pu, comme c'était mon cas, être à temps plein pendant quelques mois. Donc voilà, ça fait la différence. Et moi, c'est ce que je trouve super, c'est que du coup, tu peux arriver dans ce sport avec tellement de profils différents et tellement de façons de réussir. Et donc, c'est pas parce que t'es né en bord de mer en faisant de la voile que t'es forcément le gagnant. Voilà, ça permet de rattraper des gaps, on va dire, en sur certains paramètres et notamment moi c'est aussi une cause qui m'est chère et notamment pour les femmes on est dans un sport où c'est pas la force physique qui fait la différence et au contraire l'anticipation la gestion de projet ça joue énormément et du coup on a clairement les mêmes chances de gagner que les hommes et ça c'est trop chouette c'est un sport mixte c'est 100% mixte y'a pas de désavantage

SPEAKER_02

comment tu l'as mentionné très rapidement tout à l'heure tu disais que quand on vit des moments aussi intenses sur une période aussi longue forcément le retour à la maison il est il y a peut-être un effet un peu déceptif quand on revient dans son quotidien donc comment ça se passe l'après-course pour toi quelques mois après au moment où on enregistre quelques mois après l'arrivée

SPEAKER_00

il y a toute une phase à l'arrivée de fait clairement on va pas se mentir toi t'arrives en plus la classe mini c'est une classe qui est très connue pour ça on parle de l'esprit mini l'esprit mini c'est ce côté ben voilà on fait tous une aventure sur nos petits bateaux on est tous plus ou moins en train de galérer contrairement aux plus gros projets on est tous en solo à terre comme en mer donc on n'a pas d'équipe technique du coup ben voilà c'est toi qui nettoie ton bateau c'est toi qui fais les courses pour t'acheter à manger avant un départ de course c'est toi qui vas réparer voilà sur ton terre plein donc Donc du coup, on s'entraide beaucoup. Sur l'eau, comme il n'y a pas de communication, je peux te dire que quand tu croises quelqu'un, même si tu ne l'aimes pas beaucoup, ça devient ton meilleur ami. Ça fait huit jours que tu n'as parlé à personne. Les gens se confient, les gens s'entraident. Il y a énormément de solidarité. Il y a plein de super belles histoires de la classe mini, d'entraide entre concurrents. Et du coup, il y a une tradition, c'est qu'on accueille le suivant. Quand toi, tu viens d'arriver, tu accueilles le suivant. Et tu accueilles aussi tes copains. Et globalement, tu accueilles à peu près tout le monde, sauf le moment où toi, tu finis par t'effondrer et aller dormir après ton arrivée et surtout on accueille le dernier et ça cette année c'était magnifique parce que le dernier c'était Romain Vanenis qui a cassé une barre de flèche donc qui a dû faire la transat avec un tout petit morceau de voile et une voile de tempête à l'avant donc il y a la 5 nœuds au lieu des 15 nœuds comme nous et donc il est arrivé longtemps après tout le monde et c'était très très dur pour lui et en fait on lui a fait la surprise il est arrivé au petit matin fin de nuit on s'est tous cachés dans les bateaux dans le port silence de mort personne il y avait juste sa maman je crois qui l'attendait sur les pontons et lui il arrive et puis il se dit bah ouais mince je suis arrivé trop tard dans la nuit les gens sont allés se coucher c'est dommage et en fait au moment où son bateau passe dans la rangée entre tous les minis là tout le monde qui sort on fait péter les feux de détresse les fusées le corps était rouge de la fumée des flammes c'était magnifique c'était vraiment un très très beau moment et après on a fait quand même un peu la fête entre nous t'as tellement envie de savoir de raconter tout le monde a vécu une chose différente. C'est ça, en fait. On a vécu la même chose, mais chacun a une histoire différente à raconter. Et ça, ouais, ça prend quand même quelques jours de faire le tour des 90 skippers, de partager ses expériences. Et puis, en même temps, il faut ramener les bateaux. Les minis sont trop petits pour traverser l'Atlantique face au vent. Donc, ils rentrent par cargo. Et donc, il y a toute une phase où il faut amener les bateaux aux ports de commerce, les démâter, les désosser. Voilà, on les vide, on fait le tri, on range les affaires, on répare un peu. Et donc, Et donc là, ça fait deux semaines où on est tous ensemble à bricoler. Donc ça, c'est sympa aussi. Et après, il y a la remise des prix début décembre. Pour les plus chanceux, c'était mon cas. Moi, je suis restée en Guadeloupe prendre un peu des vacances parce que tu t'aperçois que tu en as bien besoin après deux années sur l'eau. Et ensuite, remise des prix. Et ensuite, chacun rentre chez soi. Et le mini, en plus, c'est un circuit pro amateur. Donc il y a ceux qui repartent comme moi pour la suite. Et puis il y a ceux qui rentrent chez eux, qui retrouvent leurs femmes, leurs enfants. leur boulot et toi tu te dis que tu sais pas quand tu les reverras parce qu'il y en a qui rentrent en Belgique en Suisse, en France donc voilà c'est un peu triste de quitter les copains c'est un peu la famille les minis il y a un truc comme ça tu passes deux ans à te retrouver sur l'eau, sur les courses et puis un jour on te remet un prix et puis tu te dis au revoir c'est un peu dur et en fait ce qui était vachement dur c'est que moi j'étais à Paris j'ai fait mes études à Paris, j'ai beaucoup d'amis à Paris tu te dis chouette je vais revoir tous mes copains ça fait longtemps que je les ai pas vus parce que j'étais prise par le projet et en fait tu te rends compte que t'as envie d'être contre-ministre parce que tout le monde te demande de te raconter ta transat et toi tu sais pas trop quoi dire parce que c'est tellement intense, t'as l'impression que les gens comprennent pas en même temps c'est un peu c'est un peu un moment tellement intime que tu te dis si je le raconte ça va partir t'as peur de casser la

SPEAKER_04

bulle

SPEAKER_00

tu te dis si j'en parle trop ce sentiment, ce que j'ai vécu ça va s'estomper donc t'as envie de garder ça pour toi mais du coup en plus tu te retrouves après les fêtes de famille, Noël, le nouvel an donc t'es dans un milieu tellement différent ça c'est assez dur psychologiquement et puis t'as le boulot qui reprend parce que tu as tous les partenaires qui veulent savoir, il faut raconter, il faut monter ton film, il faut aller le présenter, et en même temps, tu es trop content de voir les partenaires qui t'ont suivi, de leur raconter, parce que eux, ils ont suivi un petit point sur une carte, mais ils ne savent pas que quand j'ai fait du Sud au milieu de l'Atlantique, c'était parce que j'ai cru que j'allais perdre mon mât. Ils ne savent pas que quand j'ai fait des ronds dans l'eau au Cap Finistère, c'est parce que je m'étais endormie de fatigue. Tu es content de reprendre, et puis après, tu te dis aussi, mais qu'est-ce que je fais

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Qu'est-ce que je fais de ma vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors moi, j'ai la chance de pouvoir... continuer mais j'ai des collègues qui ont repris le boulot et puis au bout d'une semaine me disent ça va pas, ça va pas du tout j'arrive pas à être derrière un ordi je comprends pas ce que je fais là je vois plus l'horizon je suis perdue et ouais honnêtement on a quelques amis qui sont en dépression et ouais il faut se reconstruire

SPEAKER_03

quoi

SPEAKER_00

c'est normal ça prend un peu de temps je pense après tu reviens à une vie normale aussi mais je pense que le sentiment le plus fort c'est pour tous c'est quand est-ce qu'on y retourne

SPEAKER_02

tu penses que tu y

SPEAKER_00

retourneras toi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

au milieu je me disais mais on est fou je me souviens avoir dit à la caméra j'en ai tellement chié pour être là je me suis fait mal pour avoir mal une fois que j'y suis c'est tellement dur pourquoi on s'est fait autant de mal pour être là et puis en fait une heure avant l'arrivée je regardais les étoiles parce que je suis arrivée au petit matin je regardais le soleil qui se levait puis les nuages au loin et je me disais mais on va m'arracher au large, la« je veux pas», j'ai pas envie et d'ailleurs mes dernières images filmées par les photographes à l'arrivée je tourne le dos à la ligne d'arrivée parce que j'ai envie de retourner et ouais moi c'est sûr j'ai envie de retourner et puis en plus j'ai envie de j'ai envie d'aller tout aussi vite sans rien casser, j'ai envie de donner plus j'ai envie d'être en meilleure forme pour aller plus loin, de battre le record, enfin je sais pas j'ai envie de donner plus et de revivre ça en étant un peu plus consciente de ce que c'est, de jusqu'où ça peut aller J'ai

SPEAKER_02

envie d'y être. C'était trop bien. D'ici la prochaine, c'est quoi les prochaines échéances pour toi d'un point de vue course au

SPEAKER_00

large

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Le grand projet, c'est de faire la Route du Rhum en 2026. La prochaine édition, c'est tous les 4 ans. La Route du Rhum part de Saint-Malo et elle va en Guadeloupe aussi. C'est autrement plus intense parce que, je le disais, nous on s'arrête, on part un peu tôt pour éviter les grandes dépressions et puis on arrive tard pour éviter les cyclones, là tu pars pile au milieu donc tu prends les deux risques c'est des bateaux plus grands donc des classes 40 c'est une édition assez engagée c'est une course mythique parce qu'elle est vraiment dure mais j'ai trop envie de faire ça parce que moi je suis malouine aussi donc forcément c'est la course que tu vois qui part de la maison donc j'ai envie d'y aller ça c'est vraiment mon rêve le plus fou et pour ça il faut changer de bateau et donc en 2026 route du Rhum l'idée ce serait de faire la Transat Jacques Vabre en 2025 qui est aussi une course transatlantique Le Havre Martinique en double cette fois et donc moi j'aimerais bien changer de bateau au courant de cette année 2024 donc là je continue sur mon petit bateau que maintenant je connais par coeur donc je vais aller faire des courses avec un énorme avantage par rapport aux autres du circuit c'est que moi j'ai une Transat dans la poche et j'ai envie d'aller jouer avec mon bateau parce que vraiment il l'a mérité et donc pourquoi pas refaire la course Les Sables et les Açores que j'avais faite l'année dernière en étant éclatée d'une saison de course et en connaissant pas très bien mon bateau et là j'ai envie de la refaire avec un peu le feu quoi et ça ce serait l'objectif de cette année génial j'ai

SPEAKER_02

hâte, j'ai hâte, on est au large quoi tu m'étonnes mais j'ai pas rebondi tout de suite mais c'est super intéressant ce que tu expliquais sur le dans la phase d'après course que finalement tu en fait tu es un peu coincé par rapport au récit que tu peux faire de ton de ce que tu as vécu parce que les gens comprennent pas et donc c'est un peu l'espèce un espèce de cercle vicieux ou si tu en parles les gens comprennent pas donc un effet déceptif où tu dis non mais là en fait ils captent pas ce que je dis donc tu vois ça fait peut-être revivre les émotions tellement intense que tu as vécu mais sans pouvoir les partager avec les gens qui sont là tout de suite au de toi et c'est un point que j'aborde assez souvent avec alors pas forcément sur les épisodes mais quand même souvent en off aussi soit avec des amis qui ont fait de l'aventure soit avec des invités qui sont partis faire des gros projets d'aventure et on se le disait encore parce que cet été je suis parti faire une expé sur un bateau d'ailleurs mais un bateau un peu moins technologique que le tien un drakkar donc un bateau viking ouvert en bois de 12 mètres on a fait euh on a fait 7 jours le long des côtes norvégiennes jusqu'à Bergen donc 7 jours c'est assez court mais en réalité l'expédition globale ils sont partis des Lofoten jusqu'à Bergen donc ça faisait 1500 kilomètres terrestres et en fait c'est ce que le président le capitaine du bateau me disait c'est que c'est hyper dur au retour ça a duré un mois c'est hyper dur de raconter tout ça même à des partenaires parce que là c'était en mode bivouac donc Il y avait quand même de la rencontre avec des gens. Donc, ça fait tellement de souvenirs, de moments intenses, de choses incroyables que tu ne vis pas dans ton quotidien que c'est super dur à résumer, synthétiser ou juste à présenter à quelqu'un qui n'a pas vécu

SPEAKER_00

ça. Oui, carrément. Et je pense qu'en plus, il y a un truc de... Toi, dans ces moments-là, tu es quand même dans un état un peu second dans le sens où tu es entièrement tourné vers cette aventure. Et du coup, les choses que tu vis... sont vraiment très fortes et donc quand bien même tu raconterais je sais pas tu racontes tu fais un bivouac tu rencontres un chasseur qui vit là bon bah t'as rencontré un chasseur mais en fait toi c'est un moment où t'es tellement perméable à la rencontre t'es ouvert tu ressens plus les choses qu'en fait le moindre détail est pour toi un moment très fort et quand tu le racontes les gens le voient pas forcément et ça crée un peu un décalage qui peut être douloureux parce que oui comme tu le disais après t'as plus envie de raconter et tu te dis les gens ils comprennent pas et c'est dur parce que parfois c'est ta famille tes amis et c'est long à transmettre moi je pense que les gens qui le comprennent le mieux c'est soit ceux qui sont venus me voir dans mon quotidien ici à Lorient soit ceux qui ont vu le film même si dans le film tu peux pas tout montrer et puis les images ne rendent vraiment pas justice à la violence de la mer et du vent ça c'est vraiment injuste il y a que les ministres quand ils voient nos vidéos qui disent ah ouais là il y avait vraiment de la mer t'es là Merci, merci, ça se voit pas à la caméra, mais tu sais que, en gros, tu sais que tu peux multiplier par un, un et demi, voire deux, les vagues, quand tu les vois sur les vidéos, mais bref, ouais, je pense que t'es, il y a ce truc-là, ouais, c'est dans des moments où toi t'es fatigué, t'es ouvert à tellement de choses, les émotions sont plus fortes, et donc le récit, même si les gens comprennent ce que tu dis, ils le ressentent que s'ils l'ont vécu.

SPEAKER_03

Je

SPEAKER_00

pense. Peut-être d'autres aventuriers, entre sportifs et En tout cas, on se comprend

SPEAKER_02

vachement là-dessus. Écoute, en tout cas, Sacha, même si je n'ai pas vécu une mini-transat, je t'ai dit plusieurs fois, mais ton récit est super inspirant. Merci beaucoup d'être venu nous raconter cette aventure. Chapeau, franchement, chapeau. Parce que tu vois, quand je repense à tout ce qu'on s'était dit il y a à peine plus d'un an maintenant, c'est quand même fascinant de voir que tu as réussi à mener ce projet à terme donc félicitations encore une fois et ce sera peut-être d'ailleurs ma toute dernière question c'est que voilà la mini transat qui était ton objectif de ces deux dernières années ça a été énormément de travail des choix des renoncements des milliers d'heures de préparation d'entraînement de rééducation au mal de mer du coup qu'est-ce que maintenant ça c'est derrière toi que voilà tu as réussi à le faire qu'est-ce que potentiellement, tu aurais envie de dire à des gens qui nous écoutent, qui ont des projets en tête, mais qui n'osent pas forcément se lancer, ou qui se sont lancés, mais qui sont actuellement dans une phase difficile, comme je suis sûr que tu en as vécu plein, toi, sur le projet.

SPEAKER_00

C'est une très bonne question. Je pense que les gens qui osent pas se lancer, je leur dirais un pas après l'autre. Moi, ça a toujours été ma technique. Pour faire des choses compliquées, il faut les découper en pas simples, et après, tu fais un pas après l'autre, et tu réfléchis plus trop. Et les gens qui sont au fond du trou... Il faut se rappeler l'objectif final. Moi, j'ai un petit truc quand j'ai des doutes, c'est que je vais regarder des vidéos de Transat, des vidéos de Rome, de Mini et tout. En fait, il faut se rappeler pourquoi tu as envie de faire ça, essayer de revivre un peu les émotions. Et ça te donne des forces de dingue. Et aussi se dire que même si ça ne marche pas, tout ce que tu as fait jusque-là, c'est déjà énorme. Et donc, il faut continuer. Et puis, si ça ne marche pas, ça ne marche pas. Mais en fait... en fait, tu auras appris plein de trucs et c'est déjà énorme et il faut être fier de ce qu'on fait. Et tu arrives toujours quelque part, en fait, même si ce n'est pas l'endroit que tu visais au début. Et il faut savoir profiter du chemin parce que quand tu montes un projet, c'est tout ce que tu apprends, tout ce que tu construis, ça te servira pour la suite et ça te servira peut-être pour un autre projet si celui-ci n'aboutit pas. Moi, je rappelle que quand j'ai lancé mon projet, je voulais faire la Transat en 2021, donc il y a eu quand même des hauts et des bas et finalement, j'ai fait la 2023. Il faut savoir rebondir dire il faut savoir s'adapter mais chaque pas en avant il faut en être fier et il faut construire à partir de là

SPEAKER_02

Génial. Super inspirant. Un grand merci, Sacha, une fois de plus. Si les gens veulent te suivre, j'imagine que le mieux, c'est toujours Instagram, LinkedIn, ton site Internet

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ouais, je pense que c'est Instagram où je suis la plus active parce que je raconte un peu ma vie au quotidien. Je raconte clairement beaucoup de choses, mais on aime ou on n'aime pas, mais je pense que ce qui est cool dans ce compte Insta, c'est qu'on voit vraiment les mille casquettes d'un skipper dans une journée. Et après, pour vivre l'aventure vraiment au plus profond, je Je pense que c'est sur YouTube. Là, il y a les vidéos qui sont partagées où vraiment on embarque dans les courses. Et bientôt, il y aura le film de la Transat. Et soit il va passer en festival, soit je finirai par le mettre sur YouTube. Mais en tout cas, il est assez dingue. Et je me permets de dire ça parce que ce n'est pas moi qui l'ai fait. Et la personne qui l'a fait est aussi un ministre. Et du coup, c'est quelqu'un qui a vécu la Transat et qui, en plus, a des qualités de montage assez dingues. Et donc, le film est chouette. Donc peut-être en fait, ou peut-être sur youtube à voir en tout cas il ya la bande annonce déjà qui est sur youtube qui peut donner un aperçu de cette transat

SPEAKER_02

génial merci encore Sacha bonne tu dirais que t'es encore dans la phase de récup là ou t'as complètement récupéré d'ailleurs

SPEAKER_00

clairement pas récupéré mais je suis dans la phase de chantier donc là j'essaie de remettre mon bateau sur pied au plus vite pour aller naviguer et j'ai

SPEAKER_02

trop hâte bah écoute bonne phase de chantier du coup bonne reprise des courses et peut-être à une prochaine pour un nouvel épisode débrief sur je sais pas la Transat Jacques Vabre par exemple

SPEAKER_00

exactement ça peut être un rendez-vous annuel ça

SPEAKER_02

me va très bien. Génial. Merci Sacha.

SPEAKER_00

Merci à toi.

UNKNOWN

Au revoir.

SPEAKER_02

Merci d'avoir écouté cet échange avec Sacha jusqu'au bout. J'espère que ça vous aura inspiré à vous lancer dans vos propres projets. Pensez à partager l'épisode autour de vous et si vous appréciez les frappés et que vous souhaitez soutenir le podcast, il y a plusieurs manières de le faire. La première, c'est tout simplement de vous abonner si ce n'est pas encore fait et de laisser une note ainsi qu'un commentaire sur votre plateforme d'écoute. Ensuite, vous pouvez rejoindre le groupe des Tipeurs. Ce sont des auditrices et auditeurs qui soutiennent financièrement le podcast à partir de 1€par mois. Le lien est en description. Merci d'ailleurs à Florian, Cyril, Alex, Stéphane, Jérémy et Lilian pour leur soutien et enfin vous pouvez tout simplement parler du podcast à fond autour de vous pour qu'encore plus de gens osent se lancer dans leur projet je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode dans lequel j'échange avec Jérôme un homme hallucinant de détermination qui a récemment parcouru une partie du GR20 en étant amputé des deux jambes et du bras droit