Les Frappés

60 jours d'expédition sur le fleuve Yukon entre le Canada et l'Alaska avec Quentin Kieffer

Quentin Kieffer Season 4 Episode 200

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Le Grand Nord Canadien et l’Alaska. Des territoires loins de tout, où la nature sauvage impose ses conditions aux voyageurs qui osent s’y aventurer.

Dans cette immensité sauvage, se trouve le fleuve Yukon, c’est le plus long fleuve du Canada, avec ses 3185km de sa source, dans le territoire du même nom, et son embouchure dans la mer de Bering.

Quentin Kieffer, graphiste de profession et aventurier par passion, l’a descendu dans sa quasi intégralité pendant 60 jours. Dans cet épisode il nous fait le récit de cette expédition d’envergure. On y parle de villages perdus dans l’immensité du Nord, d’un fleuve difficile à naviguer et d’ours noirs.

Excellente écoute à vous !

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SPEAKER_01

Au moment de repartir, lorsque je donnais mes premiers coups de paillet, je l'ai vu, une grosse masse sombre que j'avais d'abord pris pour un gros tronc d'arbre sur la berge, jusqu'à ce qu'il se dresse sur ses pattes. Là, j'ai compris que ce n'était pas un tronc d'arbre. Et il a passé un moment debout à me regarder. Je ne me sentais pas menacé puisque j'étais quand même sur le fleuve. En quelques coups de paillet, je pouvais me barrer si jamais il décidait de charger. Mais c'était assez magnifique de le voir dresser sur ses pattes.

UNKNOWN

Musique

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Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires. Le grand nord canadien est l'Alaska. Des territoires loin de tout où la nature sauvage impose ses conditions aux voyageurs qui osent s'y aventurer. Dans cette immensité sauvage se trouve le fleuve Yukon. C'est le plus long fleuve du Canada avec ses 3185 kilomètres de long depuis sa source à l'époque. dans le territoire du même nom, jusqu'à son embouchure dans la mer de Béring, entre les Etats-Unis et la Russie. Quentin Kieffer, graphiste de profession et aventurier par passion, l'a descendu dans sa quasi-intégralité pendant 60 jours. Dans cet épisode, il nous fait le récit de cette expédition d'envergure. On y parle de villages perdus dans l'immensité du Nord, d'un fleuve difficile à naviguer au point que les cartes deviennent inutiles et d'ours noirs qui décidément sont bien curieux. Excellente écoute à vous

UNKNOWN

! C'est parti!

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Bienvenue Quentin sur Les Frappés, ravi de te recevoir au micro du podcast. Mais de même, je suis très content

SPEAKER_01

également de te rencontrer, de discuter avec toi aujourd'hui.

SPEAKER_00

Yes, ça va être super. On va parler d'aventure, d'aventure au pluriel, mais surtout d'une aventure en particulier qui je pense va être super intéressante à découvrir. Une aventure que tu as réalisée en 2023. C'est ça, été 2023. Et L'été 2023, ok. Eh bien écoute, hâte que tu nous parles de tout ça. Ce que je te propose Quentin, c'est peut-être qu'on commence par un tableau un peu général, qui tu es, ce que tu fais dans la vie et quelle place a pris peu à peu le monde, on va dire l'univers de l'aventure dans ton

SPEAKER_01

quotidien. Bien sûr. Eh bien du coup, moi je m'appelle Quentin Kiffer, je suis aventurier. Alors je trouve ça classe de se présenter ainsi, mais mais je suis avant tout quelqu'un de très ordinaire. L'aventure, pour moi, c'est toute ma passion, c'est ce qui me fait vivre. C'est ce qui me fait vivre dans ma tête, c'est ce qui me motive un peu chaque jour, mais ce n'est pas ce qui me fait vivre financièrement. À côté de ça, je travaille, j'ai un emploi. De métier, je suis graphiste, c'est dans ça que j'ai fait mes études. Et en plus de ça, je fais des petits boulots en intérim entre deux voyages, parce que c'est ce qui est le plus pratique pour moi. Toutefois, ce n'est pas encore l'aventure qui me fait vivre, mais un jour peut-être. Et par contre, c'est ce qui m'a toujours passionné depuis que je suis enfant, depuis que je suis tout petit. Des gamins, j'ai été bercé par toutes sortes de livres, les livres de Mike Horn, etc., par toutes sortes de films qui m'ont motivé à un jour vivre des expéditions, des expériences aussi incroyables. Et ça a commencé assez rapidement après ma majorité, où j'ai commencé à me lancer dans des voyages un peu en solitaire ou avec des inconnus. C'était une façon de voyager qui me plaisait bien à cette époque-là, de faire passer des annonces sur Instagram, de trouver des parfaits inconnus et de les emmener avec moi dans mes projets. Ça s'est d'abord beaucoup tourné autour des pays scandinaves. Le Grand Nord m'a assez rapidement fasciné après un premier voyage en Norvège. Et donc les expériences se sont multipliées, les projets sont devenus de plus en plus engagés, on va dire, et jusqu'à en arriver à aujourd'hui à réaliser de véritables expéditions sur des longues durées.

SPEAKER_00

Excellent. Et donc, quand tu n'es pas en expédition, tu es dans quel coin de la

SPEAKER_01

France

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ça dépend. C'est assez variable. Actuellement, je suis en Ardèche,

SPEAKER_00

mais disons que ça change tous les

SPEAKER_01

quelques mois.

SPEAKER_00

J'ai un peu la bougeotte. Ok. Ok. Quand tu m'as contacté, tu m'as parlé d'une expédition en particulier, donc celle que tu as fait en 2023. Est-ce que tu peux nous la présenter dans les grands mots

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, cette expédition, c'était l'expédition Arcturus. Peut-être qu'on reviendra un peu plus tard sur son nom. C'est une expédition qui a eu lieu en Alaska et au Canada sur le fleuve Yukon. Le fleuve Yukon, c'est l'un des plus grands fleuves d'Amérique. C'est un fleuve qui fait un peu plus de 3000 kilomètres, un 3187, quelque chose comme ça, si ma mémoire est bonne, et qui prend sa source au Canada, proche de Whitehorse, donc tout au nord-ouest du Canada, et qui traverse tout l'Alaska jusqu'à se jeter dans la dans la mer de Béring, dans l'océan, tout à l'ouest de l'Alaska. Et donc, le projet, c'était de partir du Canada, pas tout à fait depuis la source, mais pratiquement à une centaine de kilomètres de la source, là où c'est déjà pas mal navigable, et de descendre la totalité du fleuve jusqu'à l'océan en packraft. Donc, un packraft, c'est un petit kayak conflable taillé spécialement pour ce genre de projet.

SPEAKER_00

Excellent. Donc, à peu près, du coup, 3000 kilomètres. C'est ça. Si ça fait 3500, un tout petit Au moins 3000, c'est ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

C'est ça. Donc en réalité, si j'ai bien compté, j'en ai fait 3000 dans ces eaux-là.

UNKNOWN

Ok.

SPEAKER_00

Ok. Donc, en packraft, d'accord. Si il y en a qui ne connaissent pas le packraft, tu me dis si je dis n'importe quoi, Quentin, mais le packraft, le principe, c'est que c'est une sorte de kayak qu'on peut gonfler, en fait. C'est un truc qui se gonfle, ce qui permet, je suppose, c'est pour ça que tu as fait ce choix-là, mais tu vas me le dire, ça permet d'éviter les portages un peu compliqués. Tu peux limite le transformer, tu as un sac qui te permet de l'avoir sur le dos, c'est un peu plus transportable qu'un kayak en dur

SPEAKER_01

alors ça a énormément d'avantages en fait à la base quand le projet a commencé à être réfléchi j'avais envie d'utiliser un canoë un gros canoë canadien en dur comme on l'imagine tous sauf que non seulement c'était difficile à trouver enfin je pouvais seulement le trouver sur place évidemment je pouvais pas l'emmener dans l'avion donc déjà c'était un peu compliqué c'était très coûteux très peu maniable c'était assez galère beaucoup de complications et au final donc j'ai choisi le packraft j'ai été accompagné par une petite marque par une entreprise française Mekong Packraft qui m'a prêté un prototype pour ce projet là et le Packraft était finalement le plus adapté parce que non seulement il est très compact ce plié il pèse que 4 kilos donc c'est super pratique pour le transporter dans un sac à dos et pouvoir l'emmener en avion donc c'était idéal je pouvais l'emmener depuis la France j'étais assuré d'avoir mon embarcation pas d'aléa de ce côté il

SPEAKER_00

fait que 4 kilos de plié

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

ah oui

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

je m'attendais à un truc genre comme les paddles gonflables tu vois le machin fait 18 kilos 20 kilos non

SPEAKER_01

non plié je pouvais le porter dans ma main il était plus compact que mon sac de couchage donc super pratique et en plus de ça super maniable super confort sur l'eau pour passer les rapides et tout même s'il n'y en a pas énormément sur le Yukon c'était ce qu'il y a de mieux pour pouvoir accoster sécuriser son embarcation et tout il n'y a pas de portage compliqué et en plus de ça je pouvais quand même mettre beaucoup de charges dessus et même ranger du matériel ou des vivres à l'intérieur des boudins donc à l'intérieur du packraft donc c'était juste idéal j'ai aucun regret sur ce choix d'embarcation c'était

SPEAKER_00

parfait et le risque de crevaison c'est possible ça quand même

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

alors c'est

SPEAKER_01

possible ils sont quand même vraiment costauds donc globalement frotter contre des cailloux et tout il n'y a pas de problème à moins qu'il y ait une pierre particulièrement tranchante mais en principe dans le lit d'une rivière il y a globalement du galet où la roche a été un petit peu polie donc il n'y a pas de gros risques il faut un peu faire attention aux branches malgré tout tu vois sur 3000 km où il a quand même été bien malmené bah j'ai jamais eu de problème de crevaison donc ils sont vraiment costauds

SPEAKER_00

et quand tu dis on rentre tout de suite dans les détails mais quand tu dis que le packraft t'a permis de transporter du poids t'avais combien avec toi

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, si mes souvenirs sont bons, je devais avoir environ 80 kilos. Ah ouais, quand

SPEAKER_00

même. Sachant que toi, tu pèses combien

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Moi, je pèse 65. Ah ouais, donc il y avait quand même du poids sur le... Ouais, tout à fait. Tout à fait. Ok. Ok. Ok. Alors, avant qu'on continue dans le détail de cette expédition, Arcturos, c'est ça que t'as dit

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ok. Et donc... Bah tiens, on va commencer par ça. Le nom, ça vient d'où

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Du

SPEAKER_01

coup, pour expliquer un petit peu le nom, il faut peut-être que je revienne un chouïa sur le contexte de la réflexion de cette expédition. Comme je l'ai dit au début du podcast, j'ai commencé par explorer les pays scandinaves, et c'est lors de l'une de mes premières aventures en Laponie suédoise, où j'ai traversé le parc du Sarek à pied, où je m'attendais à rencontrer des ours, c'était une éventualité, même si je n'y étais pas là pour ça, et ça n'a pas eu lieu. Je n'ai pas croisé d'ours, ce qui m'a laissé un petit goût amère, j'ai un petit peu regretté de ne pas avoir rencontré ces grands prédateurs et donc l'année suivante je suis parti à nouveau en Laponie pour essayer cette fois vraiment de les rencontrer, de voir des ours, de voir des loups de voir des gloutons, c'était vraiment avec cet objectif là, c'est un objectif qui a été mis à bien puisque j'ai fait ma première rencontre avec un ours de bien trop près mais c'est une autre histoire et à la suite de ça j'ai eu envie d'en voir plus en fait, d'aller voir dans d'autres habitats, d'aller retourner encore dans le Grand Nord mais cette fois de plonger encore plus dans cette nature sauvage, de voir davantage d'animaux. Et pour ça, l'Alaska, c'était l'endroit parfait. Et c'était une terre, en plus de ça, qui me faisait rêver depuis que je suis gamin. Donc l'Alaska, ça m'est paru évident, j'avais envie d'y aller. Et donc pourquoi le nom d'Arcturus

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Eh bien parce que c'est le nom d'une étoile. C'est l'étoile la plus brillante de l'hémisphère nord, donc une sorte de guide pour les explorateurs. Et puis ça signifie gardien des ours. Et je trouvais la symbolique un petit peu sympa.

SPEAKER_00

Excellent. Excellent. Et donc... donc l'expédition tu disais White Horse donc extrême nord-ouest du Canada dans les territoires du nord du Canada jusqu'à un petit village

SPEAKER_01

jusqu'à Nunami quoi Nunami quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

ok alors l'objectif à la base c'était de rejoindre Emonax ça devait être la fin c'est un peu le plus grand village qu'il y a sur la côte de la mer de Bering sur la fin du Yukon, qui est à une vingtaine, trentaine de kilomètres de l'océan, sauf que l'expédition s'est prolongée plus loin que ce que je

SPEAKER_00

prévoyais. Ok, ok, ok. Eh bien écoute, tu vas nous raconter tout ça. Donc initialement, est-ce que tu es parti solo et combien de temps tu avais prévu pour cette expédition

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

J'ai du mal à me rendre compte 3000 kilomètres sur l'eau, sur une rivière, enfin sur un fleuve, ce que ça représente.

SPEAKER_01

C'est sûr que c'est difficile à estimer combien de temps l'expédition va durer. C'est toujours une grosse problématique pour prévoir les vivres, etc. A la base, j'estimais à 3 mois d'expédition. Les 3 mois, ils étaient un peu grossis pour avoir une marge de sécurité. En réalité, je m'attendais plus à 2 mois et demi, à frôler les 3 mois tout de même. Et ça aura finalement duré 2 mois. Donc pile poil 60 jours. Et cette expédition, à la base, elle a été réfléchie à 2. C'est un projet qu'on devait faire avec un ami à ce moment-là. Et donc, on est partis à deux au Canada. Pas tout à fait à deux puisqu'il y a une équipe de tournage de France 2 qui nous a accompagnés sur la première semaine. Donc, au départ, on était quatre plus un local, donc cinq, sur la rivière pendant une semaine. Au bout d'une semaine, l'équipe de France 2 est partie. On s'est retrouvés donc plus qu'à deux pour la suite. Et par la suite de l'expédition, je me suis ensuite retrouvé tout seul en compagnon de... de baguillage on va dire à arrêter l'expédition à un moment donné et j'ai continué tout

SPEAKER_00

seul ok et donc c'était chacun son packraft c'est ça oui on avait chacun un packraft heureusement ok ok donc quand t'arrives je serais curieux de savoir quand t'arrives à Whitehorse tu vois dans quel état d'esprit t'es est-ce que ça représente d'un point de vue logistique est-ce que vous débarquez quand on peut voir dans certains reportages d'un petit avion qui se pose au milieu de nulle part avec 200 kilos de matériel et il redécolle et vous êtes tout seul presque au milieu des ours ça ressemblait à quoi d'un point de vue logistique et émotion l'arrivée à Whitehorse

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Le départ était plus impressionnant que l'arrivée parce que Whitehorse c'est quand même une ville, c'est pas une grande ville comme on peut avoir en France, c'est pas Paris mais ça reste une grande ville, il y a du goudron l'aéroport est pas gigantesque mais c'est un aéroport tout à fait décent. Donc on arrive comme une arrivée de voyage somme toute classique, sauf qu'on a beaucoup plus de bagages, on a beaucoup de sacs. Et alors l'état d'esprit, c'est un peu particulier en fait. C'est un petit peu difficile à décrire parce que ça fait des mois et même ça fait en fait un an que cette expédition est en réflexion. Ça fait, je crois qu'il y a eu six mois de préparation vraiment à plein temps en fait pour réfléchir le projet, pour tout prévoir. Donc ça fait des mois et des mois que c'est dans la tête que... qu'on fantasme là-dessus, qu'on pense qu'à ça, qu'on en rêve la nuit, c'est un gros projet, c'est un rêve qui se réalise, donc il y a à la fois un niveau d'excitation qui est à son comble, autant dans l'avion qu'à l'arrivée, mais aussi il y a une petite sensation, un peu comme une petite déprime, une petite tristesse, parce qu'on sait qu'on part pour très longtemps, On ne sait pas tout à fait quand est-ce qu'on va revenir non plus. Et du coup, on dit au revoir à ses proches et on ne va pas les voir pendant très longtemps. Donc, il y a une petite tristesse liée à ça, une petite déprime. Mais à l'arrivée au Canada, à l'arrivée à Whitehurst, quand les premiers paysages commencent à se dévoiler, tout de suite, c'est une grosse excitation qui monte. C'est assez

SPEAKER_00

dingue. C'est quoi comme paysage autour de Whitehurst

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Whitehurst, c'est une ville, comme je l'ai dit, pas immense. Et tout autour, c'est des montagnes dont, à cette période de l'année, il y a encore pas mal de neige un peu sur les sommets. C'est tout des forêts d'épinettes, de sapins, de résineux, et c'est assez magnifique. Et la première fois où on voit le fleuve, déjà en approchant en avion, qui commence à se dévoiler, c'est assez fou de voir sur quoi on va pagailler. C'est un fleuve, à ce stade-là, pas encore très large, bien moins large que le Rhône, par exemple, à titre d'exemple, mais qui est absolument magnifique, avec une eau, une eau bleue, bleu-gris, un peu turquoise, qui serpente, qui fait des boucles un petit peu dans tous les sens, ça fait envie, quoi.

SPEAKER_00

Et donc ce fleuve, quasiment jusqu'au bout, il est libre

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est-à-dire que tu n'as pas d'entrave type barrage, station hydroélectrique

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Aucune.

SPEAKER_01

Il y a seulement un barrage, mais il se trouve avant Whitehorse. Donc c'est pour ça que le choix de partir à Whitehorse et pas depuis la source s'est fait. Parce qu'il y a des gros barrages. Et la source, ou du moins le petit lac glaciaire où le fleuve commence, n'est accessible que par hydravion. d'accord

SPEAKER_00

mais parce que du coup comment t'as construit cet itinéraire le fait que tout était libre jusqu'à la mer de Béring t'as des infos en ligne sur ça il y a des gens qui ont déjà fait cette descente du Yukon comment t'as eu accès à toutes ces infos et comment t'as préparé cet itinéraire en

SPEAKER_01

particulier alors pour tracer l'itinéraire c'est plus simple que sur d'autres expéditions puisque j'ai suivi le fleuve donc le chemin était déjà tracé par la nature on va dire après effectivement sur les informations il n'y en a pas énormément en ligne alors c'est quelque chose qui a déjà été fait par d'autres mais il n'y a pas eu beaucoup ou du moins pas ma connaissance beaucoup de récits, de films, de livres ou quoi sur ce genre de périple j'ai rien trouvé la plupart de ceux qui se sont lancés dans ce projet ont renoncé avant la fin ou ils sont sans doute arrivés mais n'ont donné aucune trace de ce qu'ils ont réalisé en fait par contre il y a eu plusieurs plusieurs reportages ou plusieurs livres sur des documentaires qui se portent sur les saumons ou sur d'autres choses et qui ont eu lieu sur le Yukon. Et du coup, en croisant les informations avec différents livres, avec différentes choses, ça permettait de récolter un petit peu des informations. Mais c'est vrai que c'était beaucoup une aventure vers l'inconnu quand même.

UNKNOWN

Hum.

SPEAKER_00

pour les premiers coups de pagaie comment est-ce que ça se passe parce que t'avais déjà fait des aventures avant j'imagine que les packrafts vous les aviez testés mais peut-être pas avec tout le poids de l'équipement pour initialement 90 jours d'exp et je suppose que le fleuve Yukon c'est peut-être pas le même type de courant ou de challenge que le Rhône par exemple donc ça ressemble à quoi cette première phase on va dire d'acclimatation et combien de temps elle a duré je t'ai dit quelques jours mais peut-être que ça a duré quelques semaines

SPEAKER_01

ouais c'est un peu plus long que ça je pense alors les packraft effectivement je les avais testés en France avant de partir quand même à vide et avec un peu de poids même si c'était pas tout le poids de l'expédition je les avais testés sur le Rhône notamment et effectivement ça se compare pas du tout de la même manière sur le Rhône ou sur le Yukon les courants sont totalement différents le fleuve n'a absolument rien à voir et sur ça j'avais trouvé trouvé très peu d'informations à l'avance et ça a été un petit peu la surprise et il a fallu avoir une bonne acclimatation dès le départ enfin ça s'est pas fait depuis le départ en fait ça a pris bien deux semaines à commencer à s'acclimater à comprendre un petit peu les courants et je pense même qu'il a fallu bien attendre un mois avant que je sois véritablement à l'aise avec le fleuve et que je commence à réellement bien le connaître sur les premiers jours et même sur la première semaine c'était les épaules qui étaient en feu le corps il souffrait à lutter contre les courants parce qu'on les comprenait pas et qu'on avait du mal à on se battait contre le fleuve plutôt que d'avancer avec lui en fait il y avait beaucoup de courants qui étaient assez retors des courants contraires des bras de fleuve qui nous emportaient pas forcément où on voulait beaucoup de siphons, les siphons qui représentaient un danger très important un siphon c'est comme ce que t'as dans ta baignoire ou dans ton lavabo mais beaucoup plus grand que ça et il y en a parfois des siphons si grands qui peuvent t'aspirer avec ton canoë. On a eu des récits sur le fleuve de locaux qui sont morts ainsi, qui se sont fait absorber avec leur canoë. Donc, pas mal de dangers liés au fleuve, pas mal de galères avec ces courants, à les comprendre, à les éviter, ou ou à s'en servir ce qui fait qu'il y a eu besoin d'un moment d'acclimatation et puis c'est un fleuve qui est totalement naturel il n'a pas été artificialisé comme les fleuves qu'on peut avoir en France comme le Rhône qui trace tout droit et dont les berges ont été modifiées là c'est un fleuve qui fait des boucles qui va dans tous les sens avec de nombreux bras qui partent un peu de partout et le fleuve est tellement grand que quand on est dessus alors depuis le ciel ça paraît évident mais quand on est dessus c'est difficile de savoir qui est le bras principal en fait et parfois le courant il nous emmène pas dans le bon bras et c'est le risque de se retrouver dans un bras mort qui se termine sur un cul-de-sac, qui est bloqué par un barrage de castors ou ce genre de choses. Donc l'orientation est parfois un peu compliquée et on est parfois obligé de lutter contre les courants, à pagailler comme des dératés pour se sortir d'un bras mort, pour essayer de remonter un petit peu le courant pour pouvoir prendre le bras principal, celui qui nous mène là où on

SPEAKER_00

veut. Et ça tu navigues comment d'ailleurs

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Vous aviez des cartes, des GPS

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors

SPEAKER_01

on croisait un petit peu les informations, on avait un GPS satellite tout à fait, On avait des cartes achetées à Whitehorse, qui couvraient au moins les deux premières semaines d'expédition, et puis des cartes qu'on avait imprimées à l'avance, des vues satellites, etc., qui dotaient de différentes années, histoire d'avoir pas mal d'informations différentes, parce que toutes les cartes sont différentes, en fait. Le fleuve, comme je l'ai dit, il est naturel, donc il change en permanence. Il y a des boucles qui se créent, des îles qui apparaissent, d'autres qui disparaissent, de nouveaux bras. Chaque année, le fleuve est dit donc aucune carte n'est bonne ce qui fait que en croisant les informations on arrive à y voir un peu plus clair mais c'est beaucoup d'improvisation aussi sur le moment

SPEAKER_00

ok et je suis en train de faire des j'ai la carte satellite là sous les yeux enfin vue satellite effectivement il y a des méandres des bras qui partent de tous les côtés c'est compliqué franchement même en zoomant c'est compliqué de suivre le cours

SPEAKER_01

principal sur la première partie de l'expédition encore le fleuve était pas mal encaissé dans des montagnes ce qui fait que forcément ça recentre le fleuve mais par la suite sur la fin de l'expédition ou même sur une zone qu'on appelle les flats où les montagnes disparaissent on se retrouve sur des régions très très plates alors à ce moment là oui le fleuve ça devient un labyrinthe il crée des méandres gigantesques qui s'étendent sur des kilomètres et des kilomètres de large et là ça devient très compliqué sur

SPEAKER_00

l'orientation ok vous aviez vous aviez découpé du coup l'itinéraire en étapes un peu plus

SPEAKER_01

petites

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

pas tout à fait non alors on se fixait pas quand on pagaillait on se disait pas la prochaine étape ou l'objectif c'est Monac parce que ça paraissait trop lointain donc dans nos têtes on fixait généralement le village suivant qui se trouvait en général à 5 jours donc en général on se fixait un peu des petites étapes de 1 semaine 5 jours et

SPEAKER_00

après envoyer l'étape suivante ça aide un petit

SPEAKER_01

peu pour le

SPEAKER_00

moral et pour voir qu'on avance ok question morale d'ailleurs comment qu'est-ce que tu peux nous dire là-dessus parce que vous étiez deux alors peut-être que tu vas pouvoir nous dire exactement à quel moment tu t'es retrouvé tout seul mais vous étiez deux mais en même temps chacun sur son packraft j'imagine que vous étiez pas tout le temps à portée de voie à vous suivre exactement à quelques mètres l'un de l'autre donc sûrement de longues périodes finalement solitaires donc tout ça comment est-ce que toi tu l'as géré moralement on va

SPEAKER_01

dire le moral comme dans toute aventure il y a des hauts et des bas je pense que alors je vais pas parler pour l'autre mais pour ma part le moral je peux pas trop m'en plaindre ça a plutôt été pire je pense Concrètement, ma motivation et l'excitation du fait d'être là, des paysages, des rencontres animalières, etc., suffisaient à ce que mon moral se remonte à bloc en permanence, malgré les difficultés qui pouvaient y avoir. Il y a eu quelques petites baisses de moral liées pas tant à la solitude. Je pense que ça, c'est un truc auquel je ne suis pas trop confronté. J'ai assez la chance. Je suis quelqu'un d'assez solitaire, donc j'en souffre relativement peu, même si ça arrive parfois. Et dans ces moments-là où le sentiment de solitude, d'avoir pas grand monde à qui parler, le manque de la famille, etc. Il était comblé par par des lettres, par des enregistrements audios que les proches avaient laissés auparavant. Donc, c'est des lettres que j'ai relues et relues et relues encore et encore jusqu'à les connaître par cœur. Mais dans des petits moments de baisse de morale, ça faisait du bien de les avoir apportées pour les voir, notamment une fois que je me suis retrouvé tout seul. Et après, il y a eu des baisses de morale liées à de la casse matérielle. Il y en a eu beaucoup. Dans toute aventure, il y a des casses matérielles à certains moments donnés qui, pour moi ont été très lourdes j'ai perdu beaucoup de choses dans cette aventure donc à chaque casque de matériel ça fait mal au coeur autant au niveau financier quand on perd un appareil photo ou quoi ça fait toujours mal mais aussi dans ce genre d'aventure on a déjà très peu de confort quand on perd le peu de confort qu'on a parce que notre matelas a été percé par un porc épique parce que notre siège de packraft s'est envoyé dans une tempête parce que notre moustiquaire a été déchiré parce que ce genre de choses ça fait toujours un coup au moral et puis j'en parlerai plus tard mais Je me suis pris une sacrée tempête sur la fin de l'expédition qui a été assez dure à encaisser moralement.

SPEAKER_00

Tu évoquais le confort. C'était quoi vos conditions au niveau du décansement, de la nourriture

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Quel niveau de confort est-ce que vous

SPEAKER_01

aviez

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Le niveau de confort s'est dégradé petit à petit de l'expédition. Au début, c'était tout confort. fort, j'ai envie de dire ça comme ça, mais on dormait en tente au milieu de la nature tout le temps, le confort se résumait à du bivouac, on n'avait pas grand chose, nos packrafts nous permettaient de porter beaucoup, mais quand même avec une certaine limite, on ne pouvait pas se permettre d'emporter des chaises ou des tables, bien évidemment, mais sur le début de l'expédition, on avait quand même profusion de nourriture, on avait pu partir avec des vivres frais, avec de la viande, avec des légumes, avec des pâtes, ce genre de choses, au bout d'une semaine on a atteint le tout petit patelin de Karmark puis au bout de deux semaines Dawson City ce qui nous a permis de nous réapprovisionner sur les premières semaines par contre après ça nulle part on se réapprovisionnait donc plus de vivres frais donc niveau nourriture ça s'est commencé par la suite à devenir un peu plus compliqué à devoir se rationner un petit peu plus à manger uniquement du lyophilisé donc déjà le confort alimentaire il se dégrade petit à petit au fil de l'expédition mais aussi comme je disais avec la casse matérielle et tout il se réduit petit à petit à chaque fois on perd un matelas il y a un sac de couchage qui se déchire ça devient de plus en plus spartiate au fur et à mesure que ça avance et puis le terrain évolue aussi dès le début de l'expédition même s'il faisait froid au départ la glace et la neige étaient seulement en train de fondre on avait des températures de quelques degrés la journée négatives durant la nuit mais les berges étaient confortables on va dire beaucoup de plages de sable etc ce qui n'était plus le cas par la suite où on se retrouvait davantage dans des marécages ou dans des berges très compliquées

SPEAKER_00

pour monter un canton ok question j'en profite parce que comme j'ai la carte sous les yeux Dawson City qu'est-ce qui se passe dans cette ville d'un point de vue satellite il y a des espèces de pâtés hyper bizarres à l'est de la ville comme si des vers de terre géants avaient laissé des traces tu vois derrière eux c'est quoi c'est une ville minière

SPEAKER_01

alors Dawson City, c'est une ville qui a beaucoup d'histoire. C'est une petite ville de chercheurs d'or. Maintenant, c'est globalement une ville fantôme. À son apogée, à l'époque de la ruée vers l'or, je crois que ça a abrité plus de 10 000 personnes. Je crois même que c'est bien plus que ça, alors que maintenant, il n'y en a même pas 1 000. La ville est bien abandonnée. Malgré tout, c'est toujours peuplé par des chercheurs d'or. Tous les gens qui sont là sont chercheurs d'or ou trappeurs. Il y a une ambiance très particulière dans dans cette ville qui est pleine de vestiges de cette époque, assez passionnant à voir. C'est une toute petite ville où il n'y a pas de béton, pas de goudron, les rues sont en terre battue, toutes les façades sont en bois dans un style très western. Les petites super-aides, c'est des petits trading centers avec des pots de bêtes, de lynx, de loups qui pendent du plafond, des artefacts amérindiens de tous genres, des armes, des pièges, des... le mec qui t'accueille dans son magasin, il a les pieds avec ses bottes de cow-boy sur le comptoir, sa carabine à côté de lui, il est en train d'aiguiser son couteau, il te demande ce que tu viens foutre là, il y a une certaine ambiance. Tout le monde se balade dans la rue avec des armes et des pépites d'or autour du cou, et puis le lieu où on se rassemble à Dawson City, c'est le saloon, exactement comme on peut imaginer un saloon dans notre imaginaire, tout pareil, les petits portillons en bois à porte battante là, un joueur de piano dans un coin, des animaux en paille sur les murs

SPEAKER_00

tout ça tout ça quoi ok en tout cas je suis en train de regarder les noms des hôtels là Eldorado Hotel The Drunken Goat Taverna la taverne de la chèvre sou c'est assez drôle ok et ok bah étonnant en tout cas sur la carte là je suis quand même curieux je vois pas bien ce qui peut créer des espèces de monticules comme ça monstrueux qui font des kilomètres de long mais j'irais j'irais creuser si c'est un rapport avec l'or ok et alors tu parlais d'ambiance les gens quand ils vous voient débarquer de vos packrafts là ça a été quoi

SPEAKER_01

les réactions

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

alors ça dépend où ça a beaucoup varié d'un village à l'autre à Dawson City ça a suscité quand même quelques intérêts alors la partie White Horse Dawson City qui représente environ deux semaines d'expédition elle est quand même très fréquentée en canoë c'est pas une partie vraiment alors c'est sauvage c'est de la nature il y a des animaux partout etc c'est pas artificialisé ou autre mais l'été du moins pas la période où j'y étais mais plus tard dans l'été il y a beaucoup de gens qui se lancent dans cette aventure de deux semaines pour faire du canoë c'est très fréquenté donc à Dawson City on a l'habitude de voir des gens débarquer en canoë en Packraft moins c'est ce qui étonnait un peu plus les gens et surtout quand on discute et qu'on raconte qu'on va jusqu'à l'océan là par contre les gens voient ça un peu différemment ça suscite beaucoup d'intérêt et rapidement ça fait un peu tout le tour de la ville et tout le monde a envie de de connaître un petit peu le projet, un petit peu l'histoire, de venir prendre des photos et tout, c'est un petit peu marrant. Et après, par la suite, dans les villages suivants, donc les villages suivants, c'est uniquement des villages de Première Nation, seulement d'autochtones. Et là, c'est très différent parce que déjà, des Blancs, ils n'en voient pas tant que ça. Des gens qui descendent en canoë, c'est très rare. Le fleuve en entier, ça n'arrive jamais. Et en packraft, ils n'ont jamais vu ça. Donc, quand on arrive dans un village, on est l'attraction touristique du moment en pour eux tout le monde a envie de venir nous voir tout le monde a envie de vouloir nous rencontrer on est un peu la star du moment c'est un petit peu rigolo excellent

SPEAKER_00

Ok, donc Dawson City, là, vous avez moyen de vous ravitailler. Et ensuite, l'autre grosse... Je ne sais pas, j'ai des villes qui apparaissent quand je dézoome, donc je ne sais pas si plus elles restent affichées longtemps sur la carte quand je dézoome, plus ça veut dire qu'elles sont grosses, mais j'ai Fort Yukon qui ressort en gros. Est-ce que ça a été une grosse étape, ça, pour vous, notamment côté

SPEAKER_01

réapprovisionnement

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Pas spécialement, non. Après Dawson City, il n'y a rien eu de... Il n'y a eu aucune ville, en fait, à proprement parler. C'était des tout petits villages qui ne sont reliés par aucune route, par rien du tout les plus gros d'entre eux ont une piste d'avion c'est une piste en terre, c'est assez sommaire, mais ça s'arrête à peu près là, c'est des villages généralement de 100, 200 habitants, les plus grands faisaient peut-être 300 habitants, guerre plus hormis Emona qui est un peu plus grand et la plupart n'ont pas de supérette ni rien en fait, il n'y a pas de magasin, il n'y a rien du tout les gens y vivent d'autosuffisance donc Fort Yukon, oui, c'était une étape un petit peu importante ça a été l'un des plus grands villages rencontrés par la suite et dans lequel il y avait une supérette donc bon dans la supérette il n'y a pas grand chose à acheter c'est pas un supermarché comme on peut les connaître tout est extrêmement cher et à part 2-3 barres de céréales et 2 paquets de chips on n'y trouve pas grand chose donc il n'y a pas grand chose pour se rapprovisionner si ce n'est quelques snacks pour se remonter le moral il ne faut pas compter là dessus pour pouvoir manger Du coup, vous avez dû pêcher ou chasser

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, chasser, non. Globalement, c'est pas quelque chose que j'aime faire. Alors, j'ai appris à chasser, j'ai appris à poser des pièges, mais c'est quelque chose que je ne fais qu'en ultime recours, parce que si je me plonge dans la nature, c'est avant tout pour l'observer, pour vivre avec elle, pas pour la tuer. Et si je me plonge dans des conditions comme ça, c'est volontairement. La faune qui est autour n'y est pour rien, j'ai pas envie de l'impacter. Pêcher, ça a été un petit peu compliqué assez rapidement sur le fleuve je me suis essayé à la pêche et ça a été un cuisant échec en fait parce que même si j'ai appris en France à pêcher le fleuve n'avait rien à voir avec les fleuves qu'on connaît en France déjà les courants sont très très forts ce qu'on porte différemment et en plus de ça l'eau n'est pas claire du tout même si elle est propre et exempte de pollution ou du moins qu'il y a très peu de polluants il y a énormément de limons énormément de sédiments qui sont retournés dans tous les ce qui fait que l'eau est totalement trouble, quand on plonge sa main dedans, elle disparaît immédiatement, on ne la voit pas, ce qui fait que les poissons ne voient pas nos leurres. Donc pêcher, c'est assez compliqué, et pendant très longtemps, pas moyen d'attraper le moindre poisson, parce que je n'avais pas les bonnes techniques. Et c'est par la suite, un local, dans un village, un membre de la tribu Olicachouk, dont je suis resté ami avec, qui m'a appris à pêcher avec les bons leurres, avec les bonnes techniques, à chercher les bons endroits, et qui m'a permis de pêcher les premiers saumons. Mais au début, non, je ne pouvais pas compter sur la pêche, ça ne fonctionnait

SPEAKER_00

pas. Ok. Ça a été quoi les... Donc là, on est à Fort Yukon, c'est à peu près la moitié en fait, non

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

En distance, j'ai l'impression

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Non, la moitié était plus loin. mais Fort Yukon en revanche c'était l'endroit le plus au nord de l'expédition le fleuve il monte vers le nord-ouest jusqu'à Fort Yukon et ensuite il redescend vers le sud-ouest donc ça a été l'endroit le plus au nord qu'on a atteint dans cette

SPEAKER_00

expédition ok et tu parlais des flats un peu plus tôt l'endroit où il n'y avait plus de montagne et où le fleuve avait des bras un peu partout j'ai l'impression que là c'était le cas il y a des

SPEAKER_01

îles partout partout c'est exactement là c'est cette zone là le terrain ça devient des immenses marécages en fait l'eau s'étend dans cette zone plate elle envahit tout et le fleuve ici il est très particulier il change énormément vraiment il y a zéro carte fiable autant à d'autres endroits on peut regarder un peu les cartes autant ici ça sert à rien les cartes on les range dans des sacs elles servent plus il faut essayer de trouver le courant principal ce qui est pas évident parce qu'il y a quasiment plus aucun courant sur la la partie avant, là, entre Watertown et Ocean City, le courant est très fort. On faisait environ 90 km par jour. Là, on n'en faisait plus que... quelques dizaines 17, 20 km par jour parce qu'il n'y avait plus aucun courant il y a des moments où on arrêtait de pagailler pour essayer de voir où allait le courant et en fait on n'avançait pas c'était totalement plat comme sur un lac alors on essaie de voir de mettre une feuille dans l'eau voir vers où elle se dirige pour essayer de trouver où est le courant principal, quel est le bras principal mais quand tout est plat qu'on n'a aucune visibilité, qu'on voit juste des chemins, des rivières en fait qui partent dans tous les sens et puis plein d'arbres bah difficile de voir où il faut aller, des fois on est même plus sûr de, est-ce qu'on remonte le fleuve, est-ce qu'on le descend, par où il faut aller, et quand il y a très peu de courant dans ces endroits-là, c'est un peu le royaume des castors, qui font des barrages un peu dans tous les sens, qui bloquent un peu tous les chemins. En plus de ça, il faut savoir que la débâcle, elle a eu lieu il n'y a pas très longtemps, donc la débâcle, c'est quand le fleuve est complètement gelé, et que la neige, la glace dans les montagnes commence à fondre, le débit du fleuve augmente, il y a beaucoup plus d'eau, et d'un coup, ça augmente la pression du fleuve, toute la glace se brise d'un seul coup, tout est et ça fait des blocs de glace gigantesques qui sont charriés à une puissance phénoménale et qui rassent tout sur leur passage. Ce qui fait qu'au bord du fleuve, tout est massacré, tout est chamboulé, les arbres sont retournés, tout est détruit, il y a des blocs de glace un peu partout, tout a été ravagé. Donc c'est un énorme chaos dans lequel il est très difficile de trouver son chemin. Et dans ces flats, on y reste piégé assez longtemps, entre le fait qu'on n'a pas de repères vraiment visuels, pas trop de paysages à regarder, pas de montagnes à se donner comme objectif, très peu courant, c'est un peu démoralisant. On a

SPEAKER_00

l'impression de ne pas avancer. Il y a des endroits où on voit que le fleuve, il y a certains bras là, si tu t'engages dedans, si je le suis avec mon curseur, le truc te fait revenir en arrière. Ce genre de choses arrive souvent. Si on

SPEAKER_01

prend le mauvais bras, on se retrouve avec des détours...

SPEAKER_00

Colosso. Là, j'imagine que humainement, c'est le désert total absolu, personne ne vit là. Non,

SPEAKER_01

en effet, personne. Il y avait un petit village au début des Flats, Circle, si je me souviens bien le nom. On se reposait un peu sur ce village pour se rapprovisionner, etc. Et au final, quand on arrivait, il n'y avait plus de village, il avait été emporté par la débâcle, complètement rasé par les blocs de glace. Donc, malheureusement, pas possible de se approvisionné là et effectivement humainement on a plus fait de rencontres avant un bon moment après

SPEAKER_00

ça Là comment tu te sens quand parce que tu vois je pense que de se retrouver dans des environnements comme ça c'est à la fois un luxe parce que ça devient tellement rare de te retrouver dans un endroit où la main de l'homme est vraiment pas visible et en même temps Là, en termes d'engagement, c'est un peu total parce que je ne vois même pas où est-ce qu'un avion de brousse pourrait atterrir dans ce bazar des flats. Tu vois, sur la carte, c'est juste hallucinant. Comment tu te sens

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Comment vous vous êtes senti quand vous vous êtes retrouvé sur cette section à la fois difficile où vous avanciez très peu et où vous saviez qu'il n'y avait à peu près que

SPEAKER_01

vous

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

En fait, moi, je trouve ça assez excitant de savoir que tu es seul. Alors après, Cette impression de se retrouver seul dans la nature, elle arrivait très rapidement. Parce que même dans les endroits où il y a un peu des villages, en fait, les villages sont très petits. Et puis, avant d'arriver au centre du village, on est plongé dans la nature. On s'écarte de quelques pas de la cabane la plus proche et immédiatement, on est plongé dans une forêt profonde où on croise un élan, on croise un ours juste là. Il n'y a pas de campagne. La nature est très sauvage. Donc, dès l'instant où on sort de Whitehorse, on a déjà ce sentiment-là. n'arrive pas seulement dans les flats. Et moi, je trouve ça grisant d'être tout seul, de savoir que tout ce que tu vois autour de toi, il n'y a quasiment personne qui l'a déjà vu aussi. Il y a déjà des gens qui sont passés par là, oui, mais c'est très rare. Tu as une chance monumentale de pouvoir voir, de pouvoir contempler tout ce qu'il y a autour et de vivre tout ça. Moi, je trouve ça super excitant. Et de savoir également que tu es le seul maître de ton destin, qu'il n'y a que toi, que tes efforts qui peuvent te permettre d'avancer, qui peuvent te permettre de sortir d'un mauvais pas, etc. Moi, ça me motive. Je trouve ça incroyable. Et puis, je disais qu'il n'y avait plus trop de paysages à ce moment-là dans les flats, que ça pouvait être démotivant. Par contre, la nature reste quand même magnifique. C'est l'une des grosses motivations au quotidien, parce que parfois, pagailler, c'est long, on est un peu plongé dans son esprit. Mais en fait, je passais mes journées les yeux rivés sur la berge, sur la forêt, pour espérer voir un ours, espérer voir un loup, espérer voir n'importe quel animal. Ce qui fait que c'est une espèce de chasse au trésor toute la journée pour essayer de dénicher tous les animaux qui sont autour. Et souvent, il y a des magnifiques rencontres, notamment dans cette partie-là, dans les flats, ou même avant et un peu par la suite, il y avait énormément d'élans. Dans cette période où on était dans les flats, c'était la période des naissances sur le fleuve. Tous les élans venaient sur les petits îlots un peu dans le fleuve pour mettre bas un peu à l'abri des prédateurs qui sont un peu plus dans les terres. Et du coup, tous les jours, on voyait plusieurs élans, plusieurs bébés, Et c'était tout le temps des rencontres magnifiques qui te motivent à continuer d'avancer et qui rendent ton quotidien

SPEAKER_00

magnifique. Incroyable. Là, du coup, comme tu disais que les berges étaient complètement défoncées par la débâcle avec des arbres retournés, de la glace, etc. Vous campiez sur les îles au milieu du bras principal quand vous arriviez à rester dessus ou vous alliez à terre à chaque fois

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Oui, tout à fait. On visait au maximum les îles pour différentes raisons. Déjà parce que les îles la végétation est moins épaisse parce que ça arrive régulièrement qu'elle se fasse ensevelir par l'eau donc quand il y a des arbres en général ils sont petits ou il y en a assez peu ce qui permet non seulement d'avoir une bonne visibilité pour s'assurer qu'il n'y a pas un ours sur l'île ou que même si un ours débarque sur l'île on arrive mieux à le voir donc niveau sécuritaire c'était déjà mieux que sur les berges où la forêt était trop dense pour voir quelconque danger arriver mais aussi parce que les îles sont très ventées ce qui nous mettait un peu plus à l'abri des moustiques parce que ceux qui n'ont jamais été dans le Grand Nord l'ignorent, mais c'est pas au niveau de l'équateur où il y a le plus de moustiques, c'est au niveau du cercle arctique. À cette période-là, l'été, c'est un enfer de moustiques, c'est des millions et des millions de moustiques qui sont autour de toi en permanence, et donc on cherche les endroits où il y a le plus de vent possible pour essayer de se mettre un peu à l'abri

SPEAKER_00

d'eux. Ok, vous étiez armé d'ailleurs, tu as évoqué les ours plusieurs

SPEAKER_01

fois

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Non, on n'a pas pris d'armes, alors la plupart qui se lancent dans ce genre d'aventure prennent une arme, moi je préfère pas, j'étais uniquement équipé d'une bombe au poivre pour pouvoir repousser d'éventuelles attaques d'ours, personnellement je ne suis ni chasseur ni militaire donc même s'il était possible pour moi d'apprendre à tirer avec une arme à feu j'estime savoir mieux utiliser une bombe au poivre qu'une arme que je risquerais plus de me tirer dans le pied qu'autre chose et je n'ai pas envie non plus de menacer ou d'attenter à la vie d'un ours je préfère essayer de le repousser plutôt que de le blesser ou de le tuer En plus de ça, une arme, ça pèse très lourd et ça complique beaucoup la logistique. Donc, j'ai préféré utiliser seulement une bombe au poivre. Et pour ça, j'ai été traité de fou dans tous les villages que j'ai croisés. La base déplacée sans arme, c'est vraiment considéré comme une

SPEAKER_00

folie. Oui, tu m'étonnes. Les bombes au poivre, s'il y en a qui ne connaissent pas, c'est un peu comme un... C'est une sorte de spray, mais dont le jet, en fait, par... Moi, celle que j'avais au Canada, c'était 15 mètres, je crois. Et donc, c'est un liquide rouge un peu poisseux qui... qui brûle en fait et et ça marche très très fort enfin je l'ai jamais utilisé contre un ours mais j'avais pour la petite parenthèse drôle le j'étais dans une coloc et le proprio de la coloc était un jeune à Montréal s'était ramené avec une je sais pas ce qu'il foutait avec une une bombe anti-ours dans sa veste et en enlevant sa veste en fait elle était dégoupillée il l'a activée dans l'appart et Et c'était l'horreur absolue. On a mis trois jours à ce qu'il n'y ait plus d'odeur. C'est assez violent quand même. Même si tu ne te prends pas un jet direct, juste le nuage de gaz qui filtrait à travers la poche de sa veste, c'était abominable. Il faut se dire que ça a suffi à priori pour repousser un ours. Donc, c'est assez puissant. Mais bon, bref. Donc, bombe au poivre. Je te demandais parce que par exemple Svalbard, Groenland c'est obligatoire d'être armé, du coup je me demandais si en Alaska en plus, territoire américain, territoire sauvage, si c'était aussi obligatoire parce que t'as pas eu à prendre de permis ou quoi que ce soit

SPEAKER_01

pour ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Non, là-bas le port d'armes n'est pas obligatoire comme au Groenland ou quoi, puisque au Groenland ou au Svalbard, le risque c'est les ours polaires, c'est un risque bien au-dessus, c'est l'un des seuls animaux au monde qui considère l'homme comme une proie en fait donc d'où l'un intérêt de se défendre. Là, sur la partie que j'ai parcourue en Alaska, même si sur certains endroits, notamment vers la côte, il peut y avoir des ours polaires de temps en temps, et c'est arrivé un tout petit peu avant que je débarque dans ces villages, que des gens se fassent manger par des ours polaires, c'est arrivé. C'est quand même assez rare, ce qui fait que ce n'est pas obligé d'avoir une arme pour y aller, mais de toute manière, tous les locaux sont armés, Et il n'y a pas de touristes là-bas, donc pas vraiment d'intérêt d'imposer un port d'armes pour s'y rendre. Personne n'y va,

SPEAKER_00

en fait.

UNKNOWN

Ouais, ok. Ok.

SPEAKER_00

depuis qu'on a commencé là j'ai la carte sous les yeux je navigue à droite à gauche c'est hallucinant à quel point c'est vide en fait il n'y a rien il n'y a pas de route c'est incroyable ça vous l'aviez cette sensation même en étant à deux de vide absolu de bout du monde

SPEAKER_01

totalement et puis même quand on débarque dans un village les villages sont si petits c'est juste des petites cabanes en bois avec quelques natifs qu'on n'a pas du tout l'impression d'arriver à la civilisation et quand ça arrive le moment rare où il y a un avion qui passe dans le ciel ça fait bizarre on a l'impression de se retrouver dans un endroit différent tout à coup qu'il y a la civilisation qui passe on avait oublié que ça puisse exister et il y a le seul moment de civilisation réellement qu'on a eu à part quelques avions de temps en temps c'est en plein milieu de l'expédition ça coupe pile poil l'expédition en deux c'est la grosse pipeline qui traverse tout l'état tous les Etats-Unis pour cheminer le pet cette grosse pipeline elle coupe le Yukon en deux donc elle le traverse donc à ce moment là il y a un pont avec un énorme tuyau qui achemine du pétrole et une route sur laquelle passent quelques camions de temps en temps et quand on arrive là qu'on voit ce pont et qu'on passe en dessous ça fait bizarre ça fait un mois que tu pagailles au milieu de rien et là il y a un pont et tu vois un camion passer ça fait une impression très étrange

SPEAKER_00

c'est la Dalton Highway c'est

SPEAKER_01

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

ouais c'est ça c'est juste après à la fin des flats en fait ouais tout à fait ok d'accord ok ok donc là à ce stade vous étiez encore deux comment ça se passait du coup parce que vous étiez parti donc vous vous connaissiez depuis longtemps au début du podcast tu disais que ça t'est arrivé de te lancer dans des aventures avec des inconnus est-ce que là ça a été le cas ou est-ce qu'il y avait une relation déjà préexistante et surtout comment ça s'est passé humainement parce que j'imagine qu'avec tous les challenges que vous avez auxquels vous deviez faire face au quotidien les conditions de confort assez sommaires finalement j'imagine que ça joue aussi sur les relations

SPEAKER_01

c'était pas tout à fait un inconnu presque puisque je l'avais déjà emmené avec moi dans un autre projet quand je parlais d'aller observer des prédateurs, des ours, des loups en Finlande c'était avec lui, à ce moment là c'était un inconnu c'était la première fois que je le voyais et donc on s'était dit qu'on partait en Alaska ensemble, donc je le connaissais un petit peu, mais pas de très loin non plus. Et du coup, en effet, partir en aventure avec quelqu'un qu'on connaît à peine, voire pas, c'est assez particulier. Mais comme on partage la même tente, qu'on est dans les mêmes galères chaque jour, des liens se créent très rapidement, ça rapproche, ça soude. Après, il se trouve que c'était peut-être pas forcément une bonne idée de partir sur ce genre d'aventure avec quelqu'un qu'on connaît peu, ce qui a pu poser quelques problèmes, quelques de difficultés et c'est un peu un regret sur cette expédition c'est qu'on aurait peut-être dû apprendre à mieux se connaître auparavant et voilà

SPEAKER_00

parce que du coup c'est quand tu dis que ça a pu poser des problèmes c'est quoi c'est sur les objectifs de chacun ou le rythme c'est quoi exactement humainement je trouve que c'est hyper intéressant tu vois c'est quand même rare des gens qui se lancent dans des expéditions comme la

SPEAKER_02

vôtre

SPEAKER_00

donc je suis sûr qu'il y a plein de choses à apprendre sur la manière de faire ça avec tu vois en binôme en équipe peu

SPEAKER_01

importe ouais c'est ça bah en fait le problème c'est que c'est dans les difficultés où les personnalités elles se révèlent réellement et même si au départ on se fixe le même objectif« descendre tout le fleuve, atteindrait Monac». Cet objectif était commun, on était d'accord tous les deux sur cet objectif. En fait, il se trouve qu'on n'avait pas les mêmes attentes derrière soi, pas les mêmes volontés. Moi, personnellement, c'était l'envie de vivre quelque chose, de vivre le moment présent qui m'intéressait, alors que ce n'était peut-être pas forcément le même objectif pour lui. Ce qui fait que quand des difficultés se présentent, moi, je les accueillais différemment que lui

SPEAKER_00

et c'est ce qui a je pense fait qu'on s'est séparé à un moment donné ok ce qui ne doit pas être évident parce que les options de sortie enfin je veux dire ça ne doit pas être évident quand ça ne se passe pas bien au point de dire bon tu vois chacun part de son côté parce qu'en fait tu n'as pas de porte de sortie une fois que tu es sur le Yukon à des milliers de kilomètres de toute civilisation enfin on va dire en tout cas de grandes villes tu peux pas te poser sur le côté et attendre.

SPEAKER_01

Non, ça se fait pas si facilement. Alors comme je le disais tout à l'heure, il y a des villages de différentes tailles, certains sont trop petits, mais d'autres, généralement les villages d'environ 200-300 habitants ont une piste pour les avions, donc c'est une petite piste en terre, et c'est clairement pas un vol international, c'est des tout petits avions, mais dans l'un de ces villages ça a été possible donc pour lui de prendre un petit avion qui l'emmenait ensuite vers une ville un peu plus plus important pour ensuite prendre un vol international donc il y a eu une porte de sortie mais qui imposait quand même d'aller jusqu'au village suivant et aller jusqu'au village suivant ça fait tout de suite plusieurs jours de paquillage en

SPEAKER_00

plus au moment où tu te retrouves seul du coup qu'est-ce que ça change pour toi dans cette aventure

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

ça change à la fois beaucoup de choses et finalement assez peu parce que même si avant ça on était deux comme tu l'avait dit un peu plus tôt, on n'est pas côte à côte tout le temps. Souvent, on est un peu éloigné sur le fleuve, on pagaille, mais on discute finalement assez peu. Le fait qu'on soit deux personnalités différentes, en plus pas forcément deux personnes très extraverties, ça fait qu'on ne parle pas non plus énormément. Donc, donc il y avait déjà un peu un sentiment de solitude avant ça et je suis quelqu'un d'assez solitaire donc me retrouver tout seul c'était pas quelque chose qui m'a spécialement mis à mal ça fait un peu bizarre un petit moment quand même notamment à terre en fait sur le fleuve la journée ça va on sait ce qu'on fait on avance on pagaille tout ça le soir quand on monte le campement qu'on monte la tente qu'on se retrouve tout seul qu'il y a un gros silence et que tu t'entends un ours qui rôde pas très loin tout de suite tu te sens un peu moins serein d'être tout seul tu vois donc les premières nuits notamment étaient un petit peu stressantes et puis après on s'habitue on s'acclimate et ça lance un nouveau challenge donc forcément une nouvelle motivation aussi le fait d'être seul ça change un peu tout sur sa façon de voir l'environnement de voir l'aventure que tu fais et c'est une dimension très différente c'est chouette de pouvoir partager des moments avec quelqu'un c'est aussi chouette de pouvoir être seul à à gérer ses propres galères, à prendre les choses en main et à savourer l'instant présent avec toi-même. C'est une façon totalement différente de voir la chose qui est très bien aussi.

SPEAKER_00

C'était quoi les rencontres les plus marquantes que ce soit côté faune ou côté humaine on va dire

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Les rencontres je vais parler du côté faune avant tout parce que c'est vraiment ce que je venais chercher ça a été assez incroyable je m'attendais à beaucoup de rencontres animalières et j'ai peut-être été un peu déçu sur les rencontres avec les ours je m'attendais à avoir énormément d'ours j'en ai pas vu autant que ce que j'imaginais et autant que ce que les récits que j'avais pu lire qui remontaient à quelques décennies avant pouvaient raconter. La raison à ça, c'est que les saumons se font de plus en plus rares, malheureusement. La crise écologique qu'on connaît actuelle est une vraie difficulté là-bas. Il y a très peu de saumons aujourd'hui, quasiment plus, ce qui fait que forcément les ours ont plus d'intérêt à venir au bord du fleuve puisqu'ils n'ont plus grand-chose à pêcher, donc on voit bien moins d'ours. En plus de ça, c'était une année où le fleuve a été particulièrement haut, où il y a eu quand même des grosses crues des grosses tempêtes qui font que toutes les plages où les ours viennent normalement pêcher étaient sous l'eau donc les ours allaient plutôt davantage dans les terres chercher de la nourriture ailleurs donc il y a eu des belles rencontres avec des ours des très belles ou des moments assez magiques parfois des rencontres assez proches mais pas autant que je l'imaginais c'est vrai

SPEAKER_00

Assez proche

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est-à-dire que tu pouvais le regarder dans les

SPEAKER_01

yeux

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Oui. Le premier ours rencontré, c'était un ours noir. Il était juste sur le bord de la berge. En se laissant dériver, je suis arrivé assez proche de lui. Effectivement, on s'est regardé dans les yeux avant qu'il m'observe un petit moment avant de détaler. C'était assez magnifique. Les autres ours ont été plus craintifs. Dès qu'ils nous voyaient un petit peu arriver, ils avaient tendance à aller se cacher dans la forêt, à se barrer. Il y en a tout de même un sur vers la fin de l'expédition lors des dernières semaines où en fait il se trouvait sur la même île que moi où j'avais monté mon campement peut-être qu'il avait passé la nuit avec moi et qu'on s'était pas capté tous les deux bien heureusement mais au moment de repartir lorsque je donnais mes premiers coups de paillet je l'ai vu une grosse masse sombre que j'avais d'abord pris pour un gros tronc d'arbre sur la berge jusqu'à ce qu'il se dresse sur ses pattes là j'ai compris que c'était pas un tronc d'arbre et il a passé un moment debout à me regarder et je me sentais pas menacé puisque j'étais quand même sur le fleuve en quelques coups de paillet je pouvais me barrer si jamais il décidait de charger mais c'était assez magnifique de le voir dressé sur ses pattes. Après, je ne me suis jamais senti spécialement menacé. J'évoquais tout à l'heure une nuit où il y a eu un ours qui a rodé un petit peu près de ma tente où je n'étais pas très serein. Là, oui, j'ai eu un peu peur, même si je n'ai pas été menacé personnellement. Si je dois raconter un petit peu l'histoire, j'étais dans ma tente, je commençais à essayer de m'endormir, j'avais un petit peu du mal parce qu'il fait grand jour à cette latitude et qu'en plus de ça, j'étais un chouïa stressé de commencer à me retrouver tout seul, je crois que c'était après un nuit où je me retrouvais tout seul, et j'entends des pas un peu lourds dans la forêt juste derrière moi, et ce genre de pas, j'ai appris à les reconnaître avec le temps. J'ai appris à faire la différence entre des pas d'élan et les pas d'un ours, à travers mes différentes aventures, et là j'ai compris que c'était pas un élan. Et j'entends des oiseaux qui commencent à paniquer, qui prennent leur envol, et notamment un canard, dont j'ai oublié le nom de l'espèce, peu importe, qui décolle, qui s'enfuit de la forêt en poussant des des cris d'alerte pour prévenir tous les animaux des alentours, et qui se posent dans le fleuve derrière moi. Ils poussent des cris d'alerte un moment, j'entends plus beaucoup de bruit, et d'un coup, j'entends un gros bruit dans les broussailles derrière moi, quelque chose qui charge, qui se précipite sur la berge, qui plonge dans l'eau, des gros éclaboussures, un cri de canard en détresse qui tente de s'enfuir, puis des cris de douleur, d'agonie d'un canard, et puis plus rien. J'ai entendu sa nuque craquer, et Et ensuite, un grand silence qui a duré des heures et des heures. Et au bout de peut-être deux heures, j'ai entendu les corbeaux qui arrivaient et qui venaient chercher les restes. Après ça, je suis sorti de ma tente et j'ai trouvé une patte du canard à deux mètres de ma tente. Donc, je suis à peu près certain que c'était un ours. Moi, je suis resté bien caché dans ma tente, ma pompe aux poivres entre les mains à préagir si jamais il se retournait vers moi. Ça met dans une certaine ambiance directe pour la première nuit. Mais autrement, je ne me suis jamais senti senti menacé par les ours dans cette expédition, et au-delà des ours, il y a eu des magnifiques rencontres animalières, il y a eu plusieurs espèces de loups différentes, des loups gris, loups arctiques, loups noirs, c'était assez rare de voir ça, énormément de porcs épiques, les élans, j'en ai parlé plus tôt, j'ai arrêté de les compter rapidement mes rencontres, il y en avait tous les jours, plusieurs tous les jours, parfois de très très proches, magnifiques à observer, un élan c'est colossal, c'est très impressionnant, parfois des élans qui débarquaient au beau milieu du campement en se courant après, énormément de rapaces énormément de pigargues beaucoup de castors de loutres incroyables et je pense que ma plus belle rencontre autant humaine qu'animale tout confondu ça a été avec des belugas les belugas j'espérais en rencontrer parce que j'avais entendu dans les villages que parfois ils remontaient le fleuve alors j'espérais en voir parce que c'est un animal qui me semblait magnifique que j'avais jamais vu de ma vie malgré tout j'arrivais sur les derniers jours d'expédition en approchant de l'océan et et j'y croyais plus en fait à les voir et en fait je venais juste d'atteindre l'océan c'était le moment de la fin de l'expédition quoi, j'atteins l'océan il est midi, je me mets sur la berge face au paysage qui n'existe plus en fait juste l'horizon de l'océan je commence à manger un petit peu mon saumon séché et je me décide à me plonger nu dans l'océan pour un bel acte symbolique de fin d'expédition tu vois donc je me jette à l'eau et là je me rends compte que je suis pas tout seul dans l'eau. Ça bouge autour. Et je vois une boule blanche qui sort de l'eau. C'était la tête d'un beluga. Et il me regarde. Il me regarde droit dans les yeux. Je vois son œil noir au milieu de sa grosse tête blanche qui me fixe. Alors, je ne reste pas longtemps dans l'eau avec eux, parce que l'eau est glaciale, on ne tient pas longtemps là-dedans. Je remonte vite sur la berge, je me sèche en toute vitesse, je saute dans mon packraft et je retourne à l'eau. Et j'ai passé quelque chose comme une heure à pagailler au milieu des belugas, au milieu d'un groupe. Je ne sais pas exactement combien ils étaient, mais c'était juste fascinant de les voir nager juste en dessous de soi de tourner autour très curieux comme animal et je savais pas trop à quoi m'attendre parce que dans ma tête un beluga c'est un dauphin blanc quoi car plus que ça sauf qu'en fait c'est bien plus grand qu'un dauphin bien plus impressionnant ça fait presque la taille d'un orc ça fait 6 mètres de long un beluga donc quand tu le vois qui frôle ton pas grave juste en dessous de toi et que tu te rappelles que dans le précédent village t'as vu un mec avec un collier orné de dents de beluga autour du cou et que les dents elles font la taille de ton doigt tu te dis que enfin je sais pas ce que ça mange moi un beluga j'en ai jamais vu de ma vie je connais pas leur comportement je suis peut-être pas forcément en sécurité quoi avec un truc de 6 mètres en dessous de moi et au final il se trouve que ça mange uniquement des saumons et que c'est très très calme très gentil un beluga très amical et la rencontre a été dingue mais c'était sublime de les voir c'était magique dans ma tête à ce moment

SPEAKER_00

SPEAKER_01

incroyable et niveau humain ma réponse elle commence à être longue je crois mais niveau humain humains, les rencontres, elles ont été assez folles aussi, notamment sur la fin de l'expédition avec les peuples premiers. Autant, j'ai mentionné tout à l'heure un ami que je me suis fait de la tribu Olicachou, qui m'a beaucoup appris, avec qui j'ai partagé une journée à pêcher, à chasser, où il m'a appris à tirer au fusil, à pêcher le saumon, à le découper, à le conserver, qui m'a appris énormément de choses, et avec qui je suis encore ami aujourd'hui, et avec qui j'échange de temps en temps par voie postale. Une rencontre magnifique, et surtout sur la fin puisque j'ai vécu une bonne partie au sein d'un peuple Yupi, Kanunamikwa, qui fait partie de la Confédération Inuit, et parmi lesquels j'ai été totalement intégré, qui m'ont appris à pêcher au filet, qui m'ont appris à chasser le phoque à la lance, qui m'ont appris à reconnaître les plantes médicinales comestibles de la toundra, avec qui j'ai participé à toutes les cérémonies, tous les rites, c'était très riche en savoir, des gens incroyablement généreux qui m'ont couvert de présents, de cadeaux, d'artefacts en tout genre, alors que je ne demandais rien du tout, et qui ont tout fait pour m'aider, alors que je ne pouvais, moi, rien leur donner en retour. Et c'était des rencontres dingues, mais sur lesquelles on reviendra peut-être par la

SPEAKER_00

suite. Yes, ça allait être mes prochaines questions. Tu évoquais les belugas sur la fin de l'expédition. Là, tu étais à Emonac, ou c'était encore plus loin

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Les belugas, c'était après

SPEAKER_01

Emonac. En fait, si je te racontais un petit peu ce qui s'est passé, c'est que l'objectif final, c'était Emonac, pourquoi Emonac

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Parce que c'est le dernier village à la fin du Yukon en fait il n'est pas directement au bord de l'océan mais sur un petit bras qui mène à l'océan, l'océan est à 20 km de là et c'est un village, l'un des villages les plus gros du coin en fait, il fait presque 800 habitants je crois, entre 500 et 800 habitants et il y a un petit aéroport, un tout petit aéroport qui dessert Bethel, qui Bethel est une ville où ensuite on peut prendre un plus gros avion donc c'était le bon endroit pour mettre fin à l'expédition et d'où repartir j'avais réservé mon vol depuis depuis Emonac sauf qu'après avoir atteint Emonac après avoir atteint l'océan bah en fait je pensais qu'après deux mois d'expédition j'aurais hâte de rentrer et en fait bah j'avais pas envie j'avais pas envie que l'aventure elle s'arrête là du coup j'ai tout annulé j'ai annulé le vol et puis même si c'était la grosse tempête ça faisait un mois que je me prenais une tempête et la tempête elle continuait bah j'ai malgré tout décidé de repartir sur le fleuve de continuer à pagailler via un autre bras cette fois le bras principal du Yukon pour rejoindre la côte et ensuite aller jusqu'à Nunamiqua et c'est justement un peu avant d'arriver à Nunamiqua que j'ai croisé ces belugas ok

SPEAKER_00

Ah oui, Nunami Kwa. D'accord. Ah oui, c'est bien plus bas. D'accord. Et donc, Nunami Kwa, c'est là où il y avait... Il y a quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ah oui, il y a un tout petit village. C'est vraiment tout petit. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Tu as évoqué la Confédération des Inuits, les Peuples Premiers. De qui on parle quand on évoque les Peuples Premiers

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

et qu'est-ce que c'est que la Confédération des

SPEAKER_01

Inuits

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Alors, c'est tous les peuples qu'on... Les peuples premiers, vulgairement, on les appelle généralement les Indiens. Là-bas, les Blancs, les peu d'Américains, le peu de colonies minières ou quoi dans lesquelles j'ai pu aller, les traites de sauvages ou de peaux rouges encore aujourd'hui, tout ça, c'est des termes assez horribles. Mais même le terme d'Indien ou d'Amérindien qu'on utilise beaucoup en France, c'est des termes extrêmement racistes que je n'aime vraiment pas employer. c'est mieux de parler de première nation ou de natif. Donc c'est tout simplement les tribus qui restent encore aujourd'hui sur le fleuve, les tribus qui ont survécu à la colonisation. Et alors, si je devais un peu expliquer, il y a globalement deux peuples. Au sein des terres, sur la partie Canada et Alaska, au sein des terres du continent, on a le peuple Atabascan, qui est composé de très nombreuses tribus que j'ai rencontrées tout au long du fleuve et qui ont une langue et une culture qui se ressemblent globalement. Et le long de la côte, au ouest de l'Alaska, toute la partie nord et également est, côté Canada, et au Groenland, on a la Confédération Inuite, qui est donc un rassemblement de peuples, les Yupik, les Inupiaq, les Inuits à proprement parler, qui ont une culture qui se ressemble, qui est beaucoup plus proche entre eux, une langue qui se ressemble énormément, des coutumes qui se ressemblent énormément, et qui diffèrent un petit peu plus des peuples atabascans. Donc les Yupik que j'ai pu rencontrer, c'est ceux qu'on appelle vulgairement les Eskimos, qui encore une fois est un terme colonial qui n'est franchement pas apprécié

SPEAKER_00

là-bas. Ok. Et donc là, en te dirigeant vers Nunam Ikwa, je vais y arriver, l'objectif c'était déjà de passer du temps avec eux ou t'avais simplement envie de continuer à voguer sur le Yukon quelque temps

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Il y en a un peu des deux en fait. J'ai J'avais envie d'aller jusqu'à Nunamikwa parce que j'avais rencontré beaucoup de peuples premiers, les rencontres avaient été incroyables, j'avais appris énormément, mais j'avais fait le triste constat que beaucoup du côté atabascan, énormément de culture a disparu, beaucoup de gens ne parlent plus leur langue parce que les colons sont passés par là, on fait tous les massacres qu'on peut connaître, et la culture a été beaucoup perdue. Quasiment tout le monde a été christianisé et ça a été un ravage assez monumental. Et en fait, Nunami Kwa, j'avais entendu parler dans les villages, comme quoi c'était vraiment un petit village très reculé, très peu christianisé, le seul village dans lequel il n'y a pas d'église, et du coup j'avais un peu envie d'aller rencontrer ces gens-là. Ces gens qui sont un peu perdus, qui ont peut-être mieux su conserver leur culture, et qui ont su davantage survivre face au colonialisme. Donc j'avais envie de la rencontrer, et puis j'avais envie aussi tout simplement de poursuivre l'aventure, je n'avais pas envie qu'elle prenne fin à J'avais envie qu'elle continue. Si j'avais pu aller plus loin après Nunamikwa, sans doute que je serais allé encore plus loin. Mais après Nunamikwa, franchement, il n'y avait rien. Je ne pouvais pas aller plus loin. Ou alors, il fallait que je traverse la mer de Béring, que je fasse 200 km de plus et que j'arrive en Russie. Mais ça commençait à être un peu plus loin et je n'étais pas franchement équipé pour ça. En fait, je n'avais pas la possibilité d'aller plus loin. J'étais allé le plus loin que je pouvais aller. C'est pour ça que ça s'est arrêté ici. Et en plus de ça, j'ai appris une fois Nunamikwa, les habitants m'ont appris, mais Nunamikwa, ça signifie là où la toundra prend fin. Je pense que c'était un bel endroit pour s'arrêter

SPEAKER_00

aussi. Excellent. Excellent. S'il y en a que l'histoire des peuples premiers intéresse, allez vous renseigner, t'évoquer les actions des colons et tout, franchement, c'est juste... Moi, je sais que quand j'étais au Canada, il y avait de plus en plus de... Ça commence à dater, il y a plus d'une dizaine d'années, mais il y avait beaucoup de... Politiquement, il y avait beaucoup de discussions sur... tu vois cet héritage de l'histoire du Canada ce que les canadiens avaient fait en fait à ces peuples premiers qui étaient c'est vraiment c'est abominable c'est genre destruction totale de leur culture on leur enlevait leurs enfants qu'on mettait dans des familles de colons c'est des trucs atroces interdiction de parler leur langue enfin abominable mais bon c'est un pan de l'histoire qu'on connait assez peu et qui pourtant est pas si éloigné que ça de l'histoire nous donc

SPEAKER_01

malheureusement on n'en parle pas assez le canada fait beaucoup d'efforts pour essayer de davantage mettre en avant cette culture cette culture autochtone et mettre en avant un peu ce qui a pu se passer et essayer de de compenser le mal qui a été fait ça c'est beaucoup moins fait côté états unis un niveau alaska au contraire on attend c'est un peu nier ce qui s'est passé à cacher tout ça et il ya beaucoup de sévices qui ont encore lieu des sévices qui sont moins physiques les meurtres les tortures etc ça a pris fin même si même si c'est pas si vieux que ça, j'ai rencontré là-bas des gens qui ont connu les tortures. Il y a encore beaucoup de choses qui sont faites, tous les blancs, le peu de blancs qui vivent en Alaska traitent les autochtones de sauvages, de peaux rouges, il y a énormément de racisme. Quand je suis arrivé à Ruby, c'est une petite colonie minière, l'un des seuls villages blancs dans lequel je suis arrivé, on m'a d'abord pris pour un indien. Quand je suis débarqué, il y a des espèces de cow-boys qui sont arrivés vers moi avec des armes et qui m'ont un peu menacé ils étaient franchement menaçants je n'étais pas du tout à l'aise avec eux et en fait ils m'ont pris pour des peaux rouges de leur propre terme et quand j'ai enlevé ma moustiquaire sur ma tête qu'ils ont vu qu'ils étaient blancs ils ont tout de suite changé de comportement en me disant que j'étais le bienvenu dans le village mais que j'avais surtout pas intérêt à m'arrêter dans les autres villages parce que ailleurs c'est que des sauvages ils sont pas comme nous faut pas côtoyer ces gens là etc et enfin si j'avais réellement été natif je sais pas trop ce qui me sera arrivé dans ce village exactement parce qu'ils ont tout de suite débarqué avec des armes tu vois et j'ai rencontré dans des villages à Nunamiqua par exemple des gens où lors de certaines cérémonies se sont un peu ouverts à moi en larmes en me parlant que en me disant que s'il n'y a pas d'anciens dans le village c'est pas pour rien c'est parce qu'il y a de ça quelques dizaines d'années ils ont tous été tués il y a eu des grosses rafles qu'ils ont connu enfin ils ont vu leurs parents mourir qu'eux-mêmes ont été torturés qu'à cette époque-là quand je dis à cette époque-là c'était il y a 10-15 ans pas plus, que beaucoup d'enfants ont été kidnappés dans les villages, qu'ils ne les ont jamais revus, qu'ils ont été emmenés dans des camps, violés, et comme tu l'as dit, qu'on a tout fait pour supprimer leur culture et tout, et tout ça, c'est très récent, en fait. Ces peuples-là, ils souffrent encore énormément, et aujourd'hui, la christianisation est totalement forcée, en fait. J'ai vu des lavages de cerveau totalement attristants dans certains villages, mais je pense que je pourrais en parler des heures. je

SPEAKER_00

savais pas que c'était aussi récent si tu dis que c'était il y a une quinzaine d'années c'est très récent

SPEAKER_01

et c'est plus aussi violent qu'à cette époque là de nos jours mais ça a pas fini le colonialisme et la destruction de ces peuples là a encore lieu malheureusement

SPEAKER_00

quelle tristesse du coup quand arrive enfin la fin de l'expédition donc t'es parti quand tu disais 60 jours c'était 60 jours uniquement la partie descente du Yukon ou t'inclus aussi le

SPEAKER_01

séjour j'inclus la semaine un peu plus d'une semaine même où j'ai vécu parmi les Yupik parce que je pense que ça fait partie intégrante de l'expédition c'était aussi riche et même encore plus en apprentissage en savoir et puis ça C'était l'un des moments les plus importants de l'expédition, je pense. Donc, je ne l'incrute pas. Excellent.

SPEAKER_00

Entre le Quentin qui a pris le départ de White Horse sur son Packraft tout neuf et le Quentin qui arrive à Nunam Ikwa quasiment deux mois plus tard, tu dirais qu'il y a eu quoi comme changement et comme apprentissage

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Je pense que le Quentin qui arrive à nous Il n'aurait pas reconnu le Quentin du départ et inversement. Déjà, physiquement, je suis arrivé avec une énorme barbe, un visage couvert de charbon, de crasse, de sang et de tout ce que tu veux, 7 kilos en moins, des côtes saillantes, un corps sanguinolent de tous les côtés et des vêtements tout déchirés et couverts de saleté. Je pense que je ne me serais pas reconnu. Et mentalement, je pense que ça m'a beaucoup fait évoluer, notamment côté humain, je pense. Si Si je venais dans cette aventure, c'était pour plonger dans la nature. C'était pour cette nature magnifique. C'était pour les rencontres avec les animaux. C'était pour fuir l'humanité, en fait. L'humanité qui avait tendance à m'effrayer. Et en fait, sur ce fleuve, j'ai rencontré des gens. J'ai rencontré des humains. Et ça a fait totalement évoluer ma façon de penser et mon approche de l'environnement qui m'entoure, l'approche de ma propre espèce. Et j'ai toujours eu tendance à penser... l'homme capable du pire. Et c'est vrai, il est capable du pire. Mais j'ai aussi appris qu'il était capable du meilleur. Et désormais, j'ai beaucoup plus envie d'aller rencontrer les gens. Je pense que tout le monde a une histoire incroyable à raconter. Et j'ai envie de connaître l'histoire de tout le monde. Et c'est l'une des principales choses qui a changé chez moi avec cette aventure. C'est cette envie de connaître l'humain, en fait. Et au-delà de ça, je pense que j'ai énormément gagné en confiance en moi avec cette aventure. Enfin, j'ai découvert des choses dont j'étais capable, dont j'aurais pas pensé. Et ça m'a encore plus confirmé ma soif d'aventure et mon envie de vivre tout un tas d'autres expés.

SPEAKER_00

Excellent. T'as des expés à venir d'ailleurs, en parlant de la

SPEAKER_01

suite

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

C'est peut-être un peu tôt pour dire quelle sera la prochaine expé. Il y en a des tas qui sont en réflexion, il y en a notamment deux sur lesquelles je travaille activement, ce que je peux dire c'est qu'il y en aura une polaire qui va avoir le jour une expé polaire qui arrivera certainement d'ici deux ans pas avant parce que ça nécessite énormément d'entraînement je m'en suis rendu compte et une logistique bien plus importante financièrement ça me coûtait beaucoup plus cher aussi donc il va falloir un peu plus de temps pour la préparer encore et puis certainement une expédition côté africain a priori en Afrique de l'Ouest que j'aurais aimé qu'elle voit le jour au printemps prochain mais je pense que ça va être un petit peu reporté je suis un petit peu en discussion avec l'armée locale pour pour obtenir les droits les accès tout ça ça prend du temps donc c'est un peu tôt pour dire exactement qu'est-ce que je vais faire et quand mais voilà c'est un peu les prochains

SPEAKER_00

produits mais il y a des choses à venir en tout cas ça c'est sûr excellent fabuleux bah écoute un immense merci Quentin pour ce récit c'était passionnant est-ce que t'as est-ce que t'as un mot de la fin pour conclure cet

SPEAKER_01

échange déjà un merci à toi de m'avoir reçu c'était super de pouvoir discuter avec toi et puis si je peux conclure sur un truc c'est que cette aventure était extraordinaire mais que je suis quelqu'un de tout à fait ordinaire et que je pense que tout le monde peut vivre des trucs de fou aussi en se donnant la motivation et que ce que j'ai réussi à faire en Alaska c'était un rêve en fait que j'ai accompli et j'ai simplement envie de dire à tout le monde de croire en ses rêves et de se donner la motivation de les faire parce que je pense qu'on en est tous capables et que que n'importe quelle personne ordinaire est capable d'accomplir des trucs extraordinaires et qu'il n'y a pas d'impossible donc voilà, croyons vos

SPEAKER_00

rêves Fabuleux, c'est la philosophie du podcast donc écoute, ça me va très bien de t'entendre dire ça, merci beaucoup Quentin à nouveau, très bonne préparation pour tes prochaines expéditions et puis hâte d'en avoir le récit Musique Merci d'avoir écouté cet échange avec Quentin jusqu'au bout. S'il vous a plu, n'hésitez pas à le partager à un maximum de personnes autour de vous. Parlez également du podcast Parlez des Frappés. Parlez des Frappés, c'est une excellente manière de remercier tous ces invités exceptionnels qui viennent témoigner au micro du podcast. Je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci les Frappés, c'est possible via le site Tipeee. Le lien est en description. tipeee.com slash les-frappés Chaque euro compte. Un immense merci à toutes celles et ceux qui ont déjà franchi le pas. Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode. Ciao les frappés

UNKNOWN

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