Les Frappés
Des récits inspirants qui vont te faire passer à l’action ! Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans ta vie 😈
Animé par Loïc Blanchard, ancien sportif de haut niveau en judo, ex-Apple, coach, préparateur mental et entrepreneur.
Les Frappés
Amputation et renaissance : explorer l’extrême avec Frank Bruno
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Avec plus de 200 épisodes enregistrés à ce jour, des parcours de vie atypiques, j’en ai entendu sur le podcast. Pourtant celui de Frank Bruno m’a laissé sans voix. Amputé tibial suite à un accident sur le porte-avions Foch, celui qui a quitté l’école a 13 ans démarre une nouvelle vie.
Son handicap, il en fait une force, une source d’énergie intarissable et contagieuse. Il a atteint le Pôle Nord avec l’armée Russe, traversé l’Atlantique à la rame, il a relié le Groenland à la Corse du Sud en kayak et à vélo en 116 jours. Le Groenland, il en est d’ailleurs tombé amoureux au point d’y acheter une maison et d’y vivre une partie de l’année pendant 7 ans.
Un parcours de vie hors norme, dont cet épisode n’est finalement qu’une brève introduction qui, je l’espère, vous donnera envie de vous intéresser plus en détail au personnage.
Excellente écoute à vous.
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Et
SPEAKER_03mon père, qui n'est pas un tendre, ex-mercenaire, le putsch d'Alger, etc., il est rentré dans ma piole. Sur le moment, je l'ai pris pour un enfoiré. Après, je me suis dit, ça, c'est un acte d'amour. Il m'a dit une chose incroyable. Il m'a dit, ou tu vis plus fort qu'avant, avec ta jambe en moins, ou tu te mets une balle dans la tête. Et si t'as pas les couilles, je te la mets moi. L'homme que je suis maintenant, ça a été dans la rigueur et la discipline. Et je rajouterai dans l'amour et le partage. Mais d'abord, dans la rigueur et la discipline.
UNKNOWNMerci à tous.
SPEAKER_00Hello, hello, vous écoutez les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent. Je suis votre hôte Loïc, ancien sportif de haut niveau en judo, coach, préparateur mental et amoureux d'activités outdoor en tout genre. Ma conviction, c'est qu'on a tous une petite étincelle de folie et d'audace, une version un peu frappée de nous-mêmes au potentiel exceptionnel qui sommeille en nous. J'ai créé ce podcast pour vous faire découvrir des femmes et des hommes qui ont osé le réveiller. Mes invités sont des athlètes de tout niveau, des aventuriers professionnels, des voyageuses au long cours, des entrepreneuses ou encore des militaires. des forces spéciales. Leurs témoignages au micro du podcast sont de puissantes invitations à passer à l'action. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans vos vies. Avec plus de 200 épisodes enregistrés à ce jour des parcours de vie atypiques, j'en ai entendu sur les frappés. Pourtant celui de Franck Bruno m'a littéralement laissé sans voix. Amputé d'une jambe suite à un accident sur le porte-avion Foch, celui qui a quitté l'école à 13 ans démarre alors une nouvelle vie. Son handicap, il en fait une force, une source d'énergie intarissable et contagieuse. Il atteint le pôle Nord avec l'armée russe, il a traversé l'Atlantique à la rame, il a relié le Groenland à la Corse du Sud en kayak et à vélo en 116 jours. Le Groenland, il en est d'ailleurs tombé amoureux au point d'y acheter une maison et d'y vivre une partie de l'année pendant 7 ans. Un parcours de vie hors normes, dans cet épisode n'est finalement qu'une brève introduction qui, je l'espère, vous donnera envie de vous intéresser plus en détail aux personnages. Excellente écoute à vous
UNKNOWN! Merci à tous.
SPEAKER_00Je sens que cet épisode va être absolument fabuleux. En tout cas, bienvenue Franck sur le podcast, je suis ravi de te recevoir en direct de Corse. Je ne te cache pas que quand on a commencé à échanger par mail et que j'ai vu que tu m'écrivais depuis le Groenland, je me suis dit que ça s'annonce intéressant comme échange. Bref, bienvenue encore Franck sur le podcast, ravi de te recevoir. Ce que je te propose, c'est tout simplement de commencer par nous expliquer dans les grandes lignes qui tu es
UNKNOWN?
SPEAKER_00Alors,
SPEAKER_03Franck Bruno, 59 ans, encore, plus pour longtemps. Je suis né donc le 31 décembre 1964 et j'ai eu la chance d'avoir des parents aventuriers. Donc moi, l'école, je ne connaissais pas trop, donc je les ai suivis dans des destinations incroyables pour la plongée sous-marine et faire des images sous-marines au Galapagos, aux Philippines, en Chine, au Soudan, en Israël, à Maurice, l'arc Caraïbe, etc., etc. Et puis, son chemin a fait dans ma tête. J'étais très pote avec l'équipe de la Calypso, le commandant Cousteau. Et Albert Falco m'avait dit, si tu veux embarquer avec nous, il faut que tu fasses ton service militaire. Donc, j'ai fait une prépa militaire dans la marine. Je me suis engagé et je suis parti au Liban. Et là, j'ai fait tilt. J'ai perdu une jambe. Il y a un avion de chasse de 16 tonnes qui m'a roulé dessus. 10 jours pour être rapatrié en France. Et ce qui est extraordinaire, c'est que quand je suis venu rentrer en France en soins intensifs, les autres, et je crois que c'est Sartre qui disait l'enfer, c'est les autres, m'ont déclaré inapte à l'aventure, handicapé. On voulait me mettre garde-barrière à Lyon, dans un hôpital. Et je les ai cru, je ne sais pas, 7-8 minutes. Et je me suis dit, je ferais quelque chose de plus fort dans ma vie. Et mon père, qui n'est pas un tendre, ex-mercenaire, le putsch d'Alger, etc., il est rentré dans ma piole. sur le moment je l'ai pris pour un enfoiré et après je me suis dit ça c'est un acte d'amour il m'a dit une chose incroyable il m'a dit ou tu vis plus fort qu'avant avec ta jambe en moins ou tu te mets une balle dans la tête et si t'as pas les couilles je te la mets moi donc il m'a il m'a ouais il m'a bousculé et qui fait que à 59 ans je suis l'homme que je suis maintenant aventurier et donc j'ai repris à bosser avec lui avec mon père qui avait une école de plongée une entreprise maçonnerie des travaux sous-marins c'était pas évident deux caractères fort, j'ai résisté 11 ans et au bout d'11 ans l'armée française finalement m'a rétribué, m'a donné une pension de guerre décoration et tout et tout et comme l'acalypso ne voulait pas parce que j'étais handicapé, j'ai pris mon cabochard un bateau en bois et je suis parti faire un très très très long voyage de plusieurs années à la découverte d'épaves à la découverte de trésors, à la découverte de cultures, de religions différentes j'ai appris le turc, j'ai appris le grec j'ai appris l'espagnol, j'ai découvert l'Afrique du Nord dans des endroits incroyables Enfin, voilà, donc un début de vie riche. Et puis, moi, je dis toujours que les malheurs qui nous arrivent, ce n'est pas des punitions, c'est des défis à relever sur ce voyage. J'ai épousé une très, très, très jolie jeune femme qui était danseuse, blonde, grande, aux yeux bleus. Et on s'est mariés et on s'est séparés parce que vivre sur un petit bateau de 6 mètres carrés habitables, sans douche, etc., etc., je peux comprendre que ça a été compliqué pour elle. Donc, quand les feux de l'amour se sont envolés, elle est partie. Et ça a donné un divorce violent, ça a donné la naissance d'une petite fille qui a maintenant 25 ans. Et grâce à ce divorce, j'ai rencontré un avocat fabuleux, Pierre Chamy, à Nice, qui m'a dit« Ta vie est extraordinaire.» Encore un qui le dit.« Mais tu ne fais rien pour les autres parce que tu es un égoïste. Crée une association.» Je lui ai rigolé au nez. Je lui ai dit« Moi, une association
UNKNOWN?
SPEAKER_03Jamais.» Et un jour, en signant mes papiers de divorce où je devais tout vendre, je n'avais pas grand-chose, mais bref, il me dit« tu es le président de Bout de Vie». Bout de Vie, c'est quoi ça
UNKNOWN?
SPEAKER_03C'est une association pour aider les personnes amputées. J'ai mordu à l'hameçon et je me suis lancé après dans le milieu associatif et pour médiatiser mon association dans l'aventure extrême. Voilà en quelques secondes un parcours de vie atypique.
SPEAKER_00Oh punaise, ok.
UNKNOWNOk.
SPEAKER_00Tu le disais, tu as grandi avec des parents aventuriers. Au-delà des voyages, qu'est-ce que tu gardes comme souvenir de cette enfance
UNKNOWN?
SPEAKER_00Qu'est-ce qui fait que tu as décidé de t'engager sur un chemin de vie finalement assez similaire à celui de tes parents
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que parfois, on peut grandir dans un environnement et au contraire, le rejeter complètement, se dire ça n'a plus jamais, ça ne m'allait pas. Je ne veux surtout pas reproduire ce
SPEAKER_03schéma. Je ne veux plus, ça fait presque 20 ans que je n'ai plus vu mes parents, parce qu'on a eu des gros clashs, quand je dis des gros clashs, c'est pas une dispute pour un divorce, non, c'est vraiment des choses terribles que je souhaite à personne, je leur en veux pas, c'est comme ça, c'est ainsi, ça aussi c'est formateur, mais ce que j'ai gardé de leur éducation, une éducation très stricte, mais une éducation en même temps, le mot est peut-être pas le bon, libertine, dans le sens que l'école, on s'en fout, tu y vas pas à l'école, parce que mon père, à l'époque, il savait pas lire, il savait pas écrire, mais putain, il savait gagner des sous, le mec, très très fort. Et bon, mais j'ai gardé ça, que la meilleure école, c'est l'école de la vie, et surtout, j'ai appris depuis que je suis petit, mon premier grand voyage, je sais pas, je dois avoir 9 ans, c'était aux Îles Saintes, au large de la Guadeloupe, et c'était la première fois que je voyais des blacks, et là, ça a été pour moi un truc incroyable, un petit méditerranéen, j'avais jamais vu de personnes à la peau noire, Et je suis tombé sur un mec génial qui est venu m'expliquer, qui m'a dit, ben ouais, moi je suis noir parce que je suis d'origine africaine, on était des esclaves, on est arrivé là avec les colonisateurs, etc. Et je pense que, je ne sais même pas qui il s'appelle, d'où il était, etc. Mais il m'a mis une claque dans la gueule, dans le sens, waouh, la différence, on peut en faire une force. Ça, c'est extraordinaire. Donc, de mon enfance, j'en garde ça, de ces rencontres incroyables. On a été en Chine, j'ai rencontré des jeunes qui étaient dans un monastère Shaolin. j'étais avec eux, je parlais pas anglais, ils parlaient pas anglais, je parlais encore moins mandarin, et on a échangé avec des regards, avec des signes, j'ai été opéré, d'ailleurs j'ai écrit un bouquin aux éditions Arto où je raconte tout ça, j'ai été opéré par une guérisseuse aux Philippines, parce que je m'étais pété la gueule sur le bateau et je m'étais empalé la jambe dans un clou, et tout ça, ça fait que ça a mis des petites graines qui ont germé, et j'aime bien ce proverbe mexicain, il ne savais pas qu'en me jetant à terre, ils avaient semé des graines.
UNKNOWN»
SPEAKER_03donc voilà une enfance incroyable avec des parents incroyables je leur en veux pas tous les matins quand je me lève je leur envoie de l'amour mais c'est fini un champignon quand il est toxique il est toxique et quoi que tu fasses il sera toujours toxique donc je les mets de côté et je vis ma vie et ma vie est
SPEAKER_00magnifique donc quand on a commencé à échanger par mail t'étais au Groenland non j'étais
SPEAKER_03plus au Groenland
SPEAKER_00j'ai vendu ma maison au
SPEAKER_03Groenland j'étais au Finnmark à la frontière russe à 700 km au nord du cercle polaire ah ah ah
SPEAKER_00Ok, bon. Dans le Grand Nord, on va dire, allez. Ouais, dans le Grand Nord. Mais c'est quoi justement ton histoire avec le Grand Nord
UNKNOWN?
SPEAKER_00Parce que là, tu nous as parlé de destination, tu vois, plutôt… Chaude. Ouais, chaude, plongée, etc. Comment t'en es arrivé
UNKNOWN?
SPEAKER_00Déjà, comment t'en es arrivé à posséder une maison au Groenland et ensuite à te retrouver au
SPEAKER_03Finnmark
UNKNOWN?
SPEAKER_03Alors, elle est très simple. En 2005-2006, avec un autre taré qui s'appelle Dominique Benassi, qui est amputé fumeurale, amputé à la cuisse, et qui a 15 titres de… de Ironman et de DK Ironman, avec des valides, avec moi, on ne parle pas d'handisport. Donc, on a décidé de traverser l'Atlantique à la rame en course. Donc, on a fait cette bricole, 54 jours, on a fini 3e, le 26e, le dernier, il est arrivé 30 jours après nous, et on avait embarqué un seul livre d'un fou, un autre fou furieux qui s'appelle Gilles Elkaim, qui était ingénieur en fusion nucléaire à Moscou, français, mais qui avait épousé une moscovite, et qui a tout largué pour faire le tour du cercle polaire en quatre ans, sans assistance, sans spectaculaire. Je ne sais pas si vous voyez un petit peu ce que ça veut dire. Bref. Et ce bouquin m'a happé. Et j'avais un sponsor à l'époque extraordinaire, Banque for Sport, Jean-Christophe Chopin, qui m'a dit, arrivé cette traversée, tu peux imaginer, on était les premiers amputés sur une course valide à faire ça. On a été méga médiatisé, on s'est retrouvé chez les Drucker, Dumas, Fogiel, enfin bon bref, de partout, il me dit il y a une opération, il y a l'armée russe qui monte à pied au pôle nord, c'est que des blessés de guerre, moi j'ai un contact, ils aimeraient bien t'embarquer. J'ai dit mais attends, t'es malade ou quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_03J'ai aucune connaissance de la glace quoi, enfin moi la glace c'est les Alpes l'hiver ou la Corse l'hiver, on skie en peau de phoque mais ça s'arrête là quoi, j'ai déjà dormi dans des trous dans la neige parce que j'ai toujours été comme ça mais enfin bref et je suis arrivé au pôle Nord à pied avec l'armée russe et entre temps ouais ouais ouais ça a été dur aussi et entre temps il y a un guide polaire Nicolas Dubreuil pour pas le nommer qui se pète la gueule au Groenland et c'est au printemps donc mars avril donc il fait encore froid et il est à une heure et quart d'un village donc quand il tombe à l'eau il sait que la seule solution pour lui c'est de courir le plus rapidement jusqu'au village parce qu'il va il va geler quoi et quand il est arrivé au village, il s'est sauvé la peau mais il était vraiment gelé donc il a dû être rapatrié en France et on parlait d'amputation des doigts et des orteils et l'infirmière lui met la télé, lui il est comme moi, on n'a pas de télé les écrans ça nous gonfle et il voit un fou furieux qui traverse l'Atlantique à la rame, qui monte à pied au pôle nord, à l'époque j'étais le gardien de but de l'équipe de la Star Team avec le Prince Albert, avec Schumacher avec Zidane, avec Deschamps, enfin j'ai fait des trucs énormes quand j'y pense des fois je me dis mais c'est une vie de mytho Mais non, mais non, mais c'est comme ça. Bref. Et Nico m'appelle, il me dit, voilà, il se passe ça, ça et ça. La première chose, j'ai dit, est-ce que tu fumes, est-ce que tu bois
UNKNOWN?
SPEAKER_03Il me dit non. Je dis, bon, ça, c'est déjà pas mal. Je peux te le dire, moi, ça m'a sauvé la vie d'avoir une vie stricte sans cigarette et sans la moindre goutte d'alcool. Rien que d'avoir une bouteille de bière, je suis déjà bourré. Donc, bref. J'ai dit, ça peut te sauver. Et il s'est sauvé. Et quand il est sorti de l'hosto, il m'a dit, avec des séquelles, plus de sensibilité au bout des doigts, etc., mais avec ses doigts et ses orteils, il me dit, je te propose à traverser du Groenland d'ouest en est. 500 et quelques kilomètres, à tirer un traîneau de 120 kilos, et au milieu, il y a 3000 mètres d'altitude. Comme je suis taré, j'ai dit, ok, on le fait. Et donc, sponsor, machin, ci et là, on arrive au Groenland, dans un endroit immonde qui s'appelle Kangar-le-Schwack, En traduit en français, ça veut dire le long fjord. Il n'y a que des algécos. C'est un aéroport, point barre. Il n'y a que dalle. Et là, Nico Montréal me fait ça va. J'ai l'impression d'être chez moi. Il me dit pardon, je n'ai pas bien compris. J'ai dit c'est une sensation très bizarre. J'ai l'impression d'être arrivé à la maison. Bref, on fait cette traversée en 34 jours. J'en chie. Là aussi, Première Mondiale, j'ai encore un bouquin. Les médias, machin, si et là. Et depuis cette date, régulièrement, je pars au Groenland, je partais au Groenland à mener des médias, donc des télés, des magazines, des journalistes, et aussi des gamins cancéreux, amputés. Et un jour, en expédition, je suis arrivé en kayak au Ratsout, qui veut dire le Cormoran, et j'ai rencontré Stine et sa famille, ils m'ont adopté, je te la fais brève, et j'ai acheté une maison au village de Ratsout de 18 habitants, et j'y ai vécu pendant 7 ans.
SPEAKER_00Incroyable
UNKNOWN!
SPEAKER_00Alors attends, parce que tu Tu nous as parlé très rapidement de l'accident avec l'avion. Du coup, ton amputation,
SPEAKER_03elle est à quel niveau
UNKNOWN?
SPEAKER_03Tibiale, c'est-à-dire que je suis amputé en dessous du genou. J'ai un moignon long, ce qui me permet ce qu'on appelle d'avoir un bras, un moignon avec un... Un long moignon qui est greffé, qui a plein de cicatrices, mais qui me va bien. Moi, ce que je me suis mis en tête, c'est que je n'ai pas une prothèse. J'ai une jambe artificielle. Cette jambe, elle a un nom, d'ailleurs. Je l'appelle Maggie, Maggie Ball. Et je la connais par cœur. Je sais où je peux aller. Je coache beaucoup de gars, de sportifs de haut niveau, de tout bord. Et là, en ce moment, je m'occupe d'un jeune qui veut faire les 14 8000. Bon. ok j'ai dit on va attaquer par déjà faire un truc bidon le Kilimanjaro et puis et là il me propose il me dit tiens avec toi je voudrais faire la traversée du GR20 en courant on va mettre je sais pas 4 jours 5 jours j'ai dit non Mon moignon, lui, il me dit non. Je dis, par contre, si tu veux, on prend un vélo, on fait une sortie de 500 bornes. Non-stop. Ça, oui. Donc, je me connais par cœur. Moi, je suis très endurant. L'endurance, j'adore. Mon moignon, lui, c'est un témoin. Il me dit, là, tu peux y aller, là, tu ne peux pas y aller. Et c'est génial.
SPEAKER_00Dans des environnements de grand froid, du coup, comment tu le... C'est un bordel, ça. Ça crée des complications
SPEAKER_03ou pas
UNKNOWN?
SPEAKER_03Oui. À traverser du Groenland, à un moment, j'ai dû carrément me faire des injections de morphine dans le genou parce que ça ne voulait plus. Le froid, c'est très simple à comprendre. Moi, j'organise des stages de survie, donc j'explique ça à tout le monde. Quand à un moment, il commence à faire froid, le corps, il dit hop là, danger. Donc là, j'alimente en sang les organes, le cœur, le cerveau, les reins, le foie, etc. Mais j'oublie les extrémités. J'oublie les mains, j'oublie le nez, j'oublie les oreilles et j'oublie les pieds. Et donc, mon moignon, c'est déjà quelque chose qui est pas très bien vascularisé parce que bon voilà c'est pas normal d'être amputé donc il retraitit et il peut faire très très mal mais quand t'as mal c'est une bonne information ça veut dire t'es vivant donc ça c'est intéressant tu te dis bon je suis encore vivant donc tu serres les dents et
SPEAKER_00t'avances c'est quoi toi le fil rouge que tu vois qu'est-ce qui t'amène tu vois comment c'est quoi le lien entre le Groenland la traversée de l'Atlantique à la rame toutes tes expériences dans les pays plus chaud
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est quoi le lien entre tout ça
UNKNOWN?
SPEAKER_03Il y a un seul lien, la curiosité et l'amour de la vie. Être curieux
UNKNOWN!
SPEAKER_03C'est Joe Le Gouin, un navigateur français, que j'ai fait venir au premier stage de bout de vie. Donc, c'était que des jeunes amputés. Il a six à sept semaines où je l'ai bousculé tout. Lui, il avait traversé la Tantique à la rame en solitaire, ensuite avec un détenu sur cette fameuse course, dix ans auparavant. Et il avait tenté la traversée entre la Nouvelle-Zélande et le Cap Horn à la rame. Et le bateau a été stocké à côté de bois exotiques. Et avant de partir, il y a une mer d'un insecte qui était dans les bois exotiques, qui est rentré dans son bateau, et ça l'a piqué sur les pieds, et ça s'est infecté au fil de cette traversée avec un opinel, il s'est amputé les orteils. Bref, donc il s'en est sorti vivant, mais il n'est pas arrivé au Cap Horn, parce que c'est un breton, c'est une tafiole, donc voilà, il n'est pas arrivé au bout. J'ai dit quand même, tu t'es amputé, puis tu continuais, qu'est-ce qui nous fait
SPEAKER_02chier
SPEAKER_03là
UNKNOWN?
SPEAKER_03Et à la fin du stage, il se lève, il dit, vous voyez là, les deux tarés, les deux Corses, Doumé et Franck, dans quatre ans, ils vont traverser la Tontique à la rame. C'est Ça aussi, c'est des rencontres qui font que ça change ta vie. Parce que moi, je n'avais jamais pensé une seule fois traverser un océan à la rame. Donc, les rencontres, il n'y a pas de hasard. Le hasard, c'est le nom que prend Dieu pour rester anonyme. Et donc, la vie, c'est un puzzle. Tu jettes toutes ces pièces sur la table et tu te dis, mais c'est quoi ce bordel
UNKNOWN?
SPEAKER_03Mais jamais je vais arriver à faire quelque chose avec ça. Et puis, tu rencontres Pierre qui te fait mettre une pièce du puzzle. Et puis, tu rencontres Paul. Et et puis tu rencontres Jacqueline, et puis tu rencontres Pierrette, et puis à la fin, quand le puzzle est sur la table qu'il est monté, ben oui, c'était assez simple. Mais c'est ça aussi la beauté de la vie. Donc, ma vie d'aventure, elle a été de rencontres aussi, de rencontres extraordinaires. Donc voilà. Donc, pour moi, grâce à Boudvi, j'ai découvert qu'aussi, dans le milieu du handicap, en vérité, c'est une micro-société qui regroupe les mêmes personnes. Et on s'en branle si le type, il est tétraplégique ou s'il lui manque juste un orteil, quoi. Tu vois ce que je veux dire
UNKNOWN?
SPEAKER_03Ça aussi, c'est hyper important. Et je comprends que dans le milieu valide, quand on voit un gars comme Jérôme, comme Philippe, on se dit« Waouh
UNKNOWN!
SPEAKER_03» Non, creuse. Va voir ce qu'il y a derrière et tu vas voir que le mec, il a un putain d'ego surdimensionné et qu'il s'en branle des autres. Alors, l'ego pour faire des trucs extrêmes, il le faut. Mais si à un moment, tu ne partages pas, ça ne sert à rien. Et c'est Doumet qui dit dans le film« L'iceberg». Est-ce que tu as vu le film« L'iceberg»
UNKNOWN?
SPEAKER_03Non. Ah, il faut que je te l'envoie. C'est un film qui a été diffusé par TF1 et qui est incroyable. Et Doumé, dans ce film, il dit« Rien ne sert de briller si tu n'éclaires
SPEAKER_01personne.
SPEAKER_03» Tu vois, quand j'étais à la Star Team avec le prince Albert de Monaco, t'imagines, je joue avec des gars comme Schumacher, Deschamps, Zidane, tous les pilotes de Formule 1. Ça me gave à un moment. Je me dis« Mais ça sert à rien, ça. Ouais, pour ton égo.» Je vais voir le prince, je lui dis« Écoute, moi, les prochains matchs, je vais faire venir des gamins amputés de mon association dans les vestiaires. Je veux qu'ils discutent avec Schumi, je veux qu'ils discutent avec Didier, je veux qu'ils discutent.» Et le prince, il me regarde, il me fait Putain, ça, c'est une super idée. Ben voilà. Donc, il y avait mon égo, t'es gardien de but, tu rentres dans un stade, il y a 20 000 bonhommes qui t'applaudissent, tu arrêtes, tu te prends la tête avec Schumacher, etc. Les gens sont là. Et puis, tu partages. Et cela fait bref, il s'appelait, je ne sais plus, Benjamin. Oui, Benjamin, qui, j'ai dit, ben Benjamin, toi, tu veux double amputer Tibiale. Il avait voulu faire comme dans les films, il avait sauté d'un train. Et en sautant du train, ben, il a loupé. Donc, Donc, elle a perdu les deux jambes. La mère, elle tapinait. Le père était en tol. Et donc, j'ai dit, tu veux faire quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_03Moi, la mécanique, je veux faire mécanicien, mécanicien. Et il n'y a pas de hasard. Et il y a Schumacher qui était à côté de moi et il ne parle pas français. Donc, entre nous, on parlait italien. Il m'a dit, qu'est-ce qu'il a eu le gamin
UNKNOWN?
SPEAKER_03Je lui explique. Et son rêve, c'est de faire la mécanique. Il me regarde. Il me dit, mais est-ce qu'il peut avoir un week-end pour lui, samedi, dimanche
UNKNOWN?
SPEAKER_03Je ne sais pas. J'ai dit, c'est qui qui gère
UNKNOWN?
SPEAKER_03Il m'a dit, j'ai une tutrice. Appelle-la. Je l'appelle, je dis, bonjour madame, président Bouddhi, merci ce que vous faites pour Benjamin. Je dis, ce week-end, est-ce que vous l'autorisez à partir
UNKNOWN?
SPEAKER_03Où
UNKNOWN?
SPEAKER_03À partir, j'ai un copain qui voudrait l'inviter à la maison. Ah, mais volontiers et tout. Je vous donnerai les coordonnées de son majordome palestinien. Ah bon
UNKNOWN?
SPEAKER_03Pourquoi le majordome
UNKNOWN?
SPEAKER_03Voilà, j'y vais partir un week-end chez Michael Schumacher. La femme, elle m'a pris pour un mytho, quoi. et le gamin est parti et il a conduit des bagnoles de sport enfin donc rien ne sert de briller si tu n'es clair personne voilà ça c'est vraiment ma devise donc il y a plein de mecs que je mets de côté parce qu'ils me gonflent et d'autres extraordinaires si un jour tu veux faire l'interview d'un mec hors norme il s'appelle Thierry Corballon personne ne le connait il est amputé des deux bras et il nage et il nage et il nage je lui ai piqué le cul je lui ai je l'ai bousculé la dernière traversée qu'il a faite il a été électrocuté était à Mandelieu-Lanapoule et il a vécu quelques années en Corse. Il est parti d'Ajaccio jusqu'à Mandelieu-Lanapoule à la nage parce qu'il avait envie. Tu vois
UNKNOWN?
SPEAKER_03Et lui, on n'en parle pas et Thierry est dans la bienveillance quand il y a un gamin amputé il va le voir, il discute, il échange. Ça, j'adore. Et après, il y a son égo qui fait des choses extraordinaires. Ça, oui.
SPEAKER_00Ça doit être absolument incroyable pour les nouveaux amputés d'avoir des gens comme toi, des associations comme la tienne. Un, pour montrer l'exemple et puis surtout, deux, pour éviter de tout de suite se mettre dans une situation d'isolement parce que je ne suis pas amputé mais pour avoir discuté avec pas mal de gens qui sont dans cette situation, apparemment, ce qui est très difficile, c'est, surtout quand ça t'arrive pas très jeune, c'est que socialement, tout de suite, t'as une distance, des complications qui s'installent.
SPEAKER_03Mais parce que c'est toi qui l'as créé. Les personnes qui disent ça, c'est elles qui créent leur différence. Moi, elle est très simple. Mon père avait une école de plongée. L'école de plongée, t'es en maillot, quoi. T'arrives pas avec la doudoune, les baskets, et moi, je sors de mon accident, j'arrive à bord, j'étais en survette, chaussettes, baskets, quoi. Et l'associé de mon père, un pied noir et une grande gueule, me regarde, il faisait 40 degrés, l'eau à 30, l'eau de mer à 30 degrés, il me fait« ça va, habillé comme ça
UNKNOWN?
SPEAKER_03T'as pas chaud, là
UNKNOWN?
SPEAKER_03» J'ai dit« ta gueule, laisse-moi tranquille». Il me rentre dedans. Il me dit« mais tu vois pas que tout le monde te regarde parce que t'es le seul en survête avec des baskets, etc.» Et il me bouscule tellement que le lendemain, je me mets en short, pieds nus. Et j'arrive sur le bateau. Et là, il n'y a personne qui me regarde. Et là, j'ai pris une claque. J'ai compris que c'était moi qui émettais le recul, qui émettais la crainte. Moi, quand je vais dans les écoles, les gamins, Maggie, je la prends, je l'enlève, je la pose sur la table. Je dis, bon, s'il y en a qui veut jouer avec, ouais, mais il me la rend. Alors, t'as ceux qui... Parce qu'ils ont une éducation où ils sont fermés, nationalistes, religieux, enfin, bref. Et puis, t'as ceux qui sont ouverts, qui vont l'apprendre, qui vont rigoler. Et puis, au bout d'un quart d'heure, ça y est. Et on voit plus la différence. Tu vois un mec en fauteuil ou une nana en fauteuil roulant qui... Tu as un mec qui s'est garé sur sa place handicap. Il sort, il hurle. Mais la seule chose que tu as envie de faire, c'est fuir. Tu n'as pas envie d'aller. Tu sors et tu vois le mec, il est mort de rire. Il se garde devant. Il se dit, on va attendre qu'il arrive. Puis, il arrive en fauteuil et il dit, excusez-moi, je vous ai bloqué parce que c'était ma place. Est-ce que c'est grave
UNKNOWN?
SPEAKER_03Et le mec, ça fait un quart d'heure que j'attends et tout. Moi, ça fait 20 ans que je suis dans le fauteuil. Quand tu lui sors ça, tu le sors avec de l'humour, de l'amour, de la bienveillance, il va être différent. C'est ma manière de voir. Attention, elle ne s'engage que moi. Donc, ceux qui te disent j'ai du mal le regard des autres et tout attention à ta vibration on est des animaux et les animaux ils sentent et donc la vibration c'est qu'est-ce que tu fais de ta différence moi ma différence souvent les nanas quand on me regarde un peu comme ça je fais beau gosse putain ça va plus se mettre ça va plus se mettre c'est dommage que bon là on a quand même 35 ans de différents âges je suis pas sûr ça va le faire quoique et ça les fait rire et voyez un personnage souvent c'est le loustique le mec ben
SPEAKER_00oui mais oui donc toi ton approche c'est hyper intéressant ce que tu dis ça fait plusieurs fois que tu utilises le terme de bousculer c'est Tu penses que c'est quelque chose que tu as développé après l'accident du fait de ton amputation
UNKNOWN?
SPEAKER_00Ou c'est dans tes gènes
UNKNOWN?
SPEAKER_00Tu étais déjà quelqu'un du fait de ton éducation, de ta personnalité, qui est un fonceur, tu vois
UNKNOWN?
SPEAKER_00J'ai été éduqué
SPEAKER_03comme ça. À 13 ans et demi, je mets une rouste à un gamin à l'école. Je suis convoqué, donc je suis viré de l'école. C'est la troisième école où je suis viré. Mon père vient me voir, il me dit« Bon, Tu vas partir en passionnage chez des moines. Quoi
UNKNOWN?
SPEAKER_03Là, ils vont te mettre d'équerre. Ou alors, tu bosses avec moi. 13 ans et demi. Je bosse avec toi. Et Moriane me fait, au fait, un métier, ça ne s'apprend pas. Un métier, ça se vole. Alors bouge-toi le cul. Oh l'enfoiré. Ça a été un été, il y avait une bergerie abandonnée qu'on devait restaurer et on devait enlever de la terre. Il n'y avait pas de moyens. Le seul truc, c'était une lessiveuse sur le dos et à monter la terre. Il y avait 54 marches. Tu vois, j'ai 13 ans et demi, j'en ai 59, donc ça fait longtemps. Il y avait 54 marches. Et j'ai porté pendant trois mois de la terre sur une lessiveuse. J'avais une croûte sur l'épaule. Putain, ça, c'est l'école de la vie. Il m'a bousculé. Il me donnait 5 francs par jour. Et à la fin de ces trois mois, il me dit, alors, tu veux continuer ou tu veux retourner à l'école
UNKNOWN?
SPEAKER_03Je veux continuer. Et là, il m'a dit, on va acheter un lingot d'or. J'ai dit, ça y est, il a pété un câble, il est devenu... Il a pété un câble. Et on va chez un copain qui vendait des matériaux de maçonnerie, etc. Et il m'a acheté un niveau, une truelle, une taloche, une gamate, et je ne sais plus quoi. Il m'a dit, voilà, là, je te donne de l'or. Putain, ça, c'est l'éducation. Donc, oui, ma manière de faire avec les gens, c'est ça. Tu vois, je m'occupe de sportifs de haut niveau. Quand je rentre dans les vestiaires, je me suis occupé, entre autres, le plus médiatique, ça a été les hockeyurs du Genève Servette pour le championnat d'Europe. Je suis rentré dans les vestiaires, mais je les bouscule, les mecs. Ils m'ont détesté pendant une semaine. Et au bout d'une semaine, On commence à échanger. On finit vice-champion d'Europe. Maintenant, ça va faire un paquet d'années. Il y en a quelques-uns qui sont à la retraite. Entre autres, le Français Laurent Meunier, qui était capitaine de l'équipe de France avec le plus de sélections jamais dans l'histoire du hockey sur glace, il m'a détesté. Si je passe en Suisse et que je ne vais pas le voir, il m'insulte. C'est génial. Donc oui, bousculer les gens. Je trouve qu'actuellement, on ne veut plus bousculer les gens. On ne veut plus de rigueur. On ne veut plus de On clique et on obtient. Non, moi je suis désolé. L'homme que je suis maintenant, ça a été dans la rigueur et la discipline. Et je rajouterai dans l'amour et le partage. Mais d'abord dans la rigueur et la discipline. Donc il faut bousculer les gens. Parce que la vie, elle nous bouscule. Et quand on nous bouscule de nos jours, on porte plainte, on pleure, on dénonce. Non, putain, non, non.
SPEAKER_00On assume. C'est hyper intéressant. J'en parlais avec un vieux copain du judo que j'ai retrouvé la semaine dernière, malheureusement à l'occasion d'un enterrement d'un autre vieux copain du judo. Et on parlait de ça, de l'évolution. J'ai 34 ans, donc ce n'est pas non plus très vieux, mais on se disait qu'on voit déjà l'évolution des comportements des parents, des élèves, dans le sport en général et en particulier dans le judo. Et nous, on était... moi j'ai fait du judo haut niveau, j'étais en équipe de France pendant quelques temps, et j'avais des profs durs. Durs, mais justes. donc t'arrivais en retard et en gros c'était compliqué pour toi quand tu mon premier stage où je suis rentré en groupe France donc en présélection équipe de France c'était très très difficile je suis revenu j'avais tous les vaisseaux sanguins des yeux éclatés parce qu'on se faisait étrangler au sol c'était un peu le le rite de passage de bienvenue mais pour autant tu vois moi qui étais plutôt timide introverti c'est un truc qui m'a forgé et qui a c'est des piliers de confiance en moi que j'ai bâti à travers ces épreuves un peu difficiles dans le sport. Donc, on était plutôt en train de se dire que finalement, c'est intéressant, c'est important d'avoir ça quand tu es jeune, de te confronter à des phases un peu difficiles pour pouvoir mieux
SPEAKER_03grandir. Mais la rigueur, tu ne peux pas obtenir des choses sans rigueur et sans discipline. Ce n'est pas possible. Tu peux tourner long en large en travers, ce n'est pas possible. Et si je pense que... Alors, il y a beaucoup de choses positives dans la jeune actuelle, mais il y a aussi beaucoup de choses négatives. Et dans le côté négatif, ce que je vois, c'est qu'on a enlevé la rigueur. Et tu sais, moi, j'adore l'histoire. Déjà, le voyage que j'ai fait le tour de Méditerranée, ça m'a permis d'aller sur les traces d'Ulysse, des Grecs, des Égyptiens, des Perses, etc. C'est que toutes les grandes civilisations, à un moment, elles se sont pétées la gueule parce que, justement, le confort est arrivé. Toutes, sans exception. Le plus flagrant, ça a été les Romains qui avaient une vie incroyable et ils ont eu l'eau courante à la maison avec des tuyaux en plomb le saturnisme et ça a décimé l'élite romaine les égyptiens avec la dernière pharaone Cléopâtre parce qu'elle voulait plus elle voulait plus et puis ils se sont pétés la gueule donc moi je pense qu'actuellement on est dans une phase stagnante on va aller dans la descente parce que parce que parce qu'il n'y a plus la rigueur il n'y a plus la discipline Moi, je peux en parler un petit peu maintenant. j'ai fait beaucoup d'opérations obscures avec l'armée française, parce que il paraît que mon discours est parlant, remuant, etc. Et ce que j'ai vu dans les nouveaux arrivants militaires, pour être des commandos d'élite, pas pour être plantons, pour être nageurs de combat, pour être commandos, etc., c'est qu'il y a de moins en moins de jeunes qui veulent être dans la rigueur. Ah ouais, mais putain, soit un peu souple. Ouais, mais si t'es souple, mec, à quoi tu vas arriver
UNKNOWN?
SPEAKER_03Moi, souvent, quand je rencontre des jeunes, ils me disent, moi, je vais faire comme toi, écrire des bouquins, faire des films, les interviews et tout. Je dis, mais ça, ça vient à la 152ème place, quoi. Si je suis arrivé à plein de choses, c'est que dans la vie, je me suis mis dans la difficulté, parce que c'est Lao Tzu qui le dit, quand deux chemins se présentent à toi, prends le plus difficile, c'est celui-ci qui va te faire grandir. C'est pas le plus facile.
SPEAKER_00Tu me fais penser à une interview que j'ai vue, je crois que c'était un ancien du premier RPI, qui racontait... Donc, il s'est retrouvé avec son groupe dans une embuscade, je ne sais plus dans quel pays du Moyen-Orient. Et il avait dans son groupe, je crois que c'était son chef de groupe, qui était un gars... je veux pas mettre des mots je sais plus exactement le terme qu'il employait mais on pourrait dire un peu old school tu vois le vieux gars qui a des années de contrat dans l'armée dans les forces spéciales et qui était le mec un peu relou qui leur faisait faire systématiquement un exercice alors je sais plus comment ça s'appelle mais en gros où tu portes ton collègue sur les épaules et il leur faisait faire constamment constamment constamment des parcours d'obstacles avec le gars sur les épaules et le jour où ils se sont fait prendre dans cette embuscade ce gars qui témoignait là il s'est pris une balle Et il était en bas dans un espèce de ravin et tout son groupe était au-dessus. Et impossible pour lui de remonter, en fait. Et donc, il entend à la radio un ordre qui est de se replier, en fait, de le laisser. Parce que c'était impossible pour eux d'aller le chercher, a priori, sous le feu des balles. Et là, en fait, ce fameux gars de la vieille école, instructeur, qui les saoulait avec cet exercice de porter des bonhommes sur les épaules, il descend, il le prend sur ses épaules. Et il remonte, le tout en se faisant tirer comme des lapins par les insurgés qui étaient en face. Et il lui sauve la vie en fait. Et en fait, le gars expliquait, mais jusqu'à ce jour-là, je ne comprenais pas l'intérêt de ces exercices, de cette rigueur finalement. Je te parle de ça parce qu'on parle de rigueur. Et là, j'ai compris. En fait, le gars m'a sauvé la vie parce que cet exercice, par sa rigueur, parce que cet exercice, ça faisait peut-être 15 ans qu'il le faisait non-stop 20 fois par semaine. Et là, c'était la fois où… il a pu le mettre en pratique et ça a sauvé
SPEAKER_03une vie. Moi, je dis toujours, ne donne pas l'exemple, sois l'exemple. Tu ne peux pas dire à quelqu'un, fais ça. Non, toi, tu le fais. Et tu te retournes et tu le regardes dans les yeux. Le mec, il va le faire, quoi. Non, mais, tu vois, j'organise et ça, je survis pour gagner des ronds pour mon assos. Il y a toujours un module, c'est traverser un torrent un peu costaud. Moi, j'arrive, j'y vois là, il y a le torrent, donc j'explique tout le protocole, ça dure 10 minutes. Je dis maintenant, vous vous organisez c'est votre histoire c'est plus la mienne vous organisez moi je la traverse à ma manière j'enlève le pantalon la chaussette etc je mets la prothèse sur le sac à dos et avec mes béquilles sur une jambe je traverse le torrent et j'arrive de l'autre côté je le regarde j'ai fait ah sympa sympa comme exercice puis je remets ma prothèse et je ferme ma gueule je peux te dire en 15 ans que je fais ces stages de survie il n'y en a pas un qui n'a pas osé me traverser tout de suite il dit ouais c'est bon lui il traverse sur une patte quoi ah ah ah ah Donc, ne donne pas l'exemple. Sois l'exemple. Tu es l'exemple. Tu fais quelque chose, mais le mec, il ne peut
SPEAKER_00que suivre. Tu vois une différence par rapport à tout ce qu'on évoque sur peut-être cette rigueur qui disparaît un peu dans nos sociétés. Tu vois une différence, comme tu disais que tu as vécu sept ans en Groenland, entre des gens qui vivent dans un environnement quand même très rigoureux et nous, dans le confort de notre climat un peu plus tempéré avec l'électricité, l'eau courante,
SPEAKER_03etc.
SPEAKER_00Ils nous prennent pour des rigolos.
SPEAKER_03Ils ne me le disent pas, mais ils nous prennent. Déjà, eux, ils ne parlent pas. C'est fou. Tu vas à un anniversaire, il n'y a personne qui parle. C'est complètement dingue. Tu es d'accord avec moi
UNKNOWN?
SPEAKER_03Ils sont assis côte à côte. Par contre, les gâteaux, il y en a. Du phoque, de la baleine, du narval, des oiseaux, il y en a sur la table. Et ça ne parle pas. Déjà d'une. Ensuite, ces gens-là, ils vont à l'essentiel. il y a leur priorité. Et leur priorité, ce n'est pas les nôtres. Leur priorité, c'est manger. Leur priorité, c'est abriter du froid. Le reste, c'est la littérature. Et donc, quand tu vis des années avec des gens comme ça, que tu reviens ici, moi, je ne comprends plus. Et je suis de moins en moins à ma place ici. Parce qu'ici, il n'y a pas de rigueur. Et ma déduction, là, j'ai fait un truc pour RTL et j'ai dit ça au bonhomme.
UNKNOWNTu vois?
SPEAKER_03plus tu descends dans le sud, plus la vie, elle est facile. Dans le sens que, quand tu es dans le sud, en Corse, t'as pas de bois pour l'hiver, t'as une cheminée, t'as pas de bois pour l'hiver. Tu prends la tronçonneuse, tu trouves un arbre mort en plein hiver, c'est bon. T'es pas organisé dans le Grand Nord, en été, tu fais pas tout le boulot, t'es mort. T'es dans le sud, des fruits, des légumes, ça pousse dans la forêt, dans le maquis, dans la garigue, où tu veux. Là-haut, ça n'existe pas, ça. Donc, Ça fait que plus tu vas aller dans le Nord, plus tu es obligé d'être rude, plus tu es obligé d'être rustique, plus tu es obligé d'être dans la rigueur. Et plus tu vas dans le Sud, plus c'est le bordel. Et c'est pour ça que les pays du Sud, moi, me gonflent. Rigueur et discipline. Et si tu l'appliques au quotidien, rigueur et discipline, mais putain que la vie, elle est facile. C'est ma manière de voir. Je suis rustique, je suis rugueux, mais si tu veux allumer un feu, il faut frapper des pierres pour faire des étincelles. Sinon, tu ne le fais pas. Je vais te demander 5 euros de
SPEAKER_00coaching. Hyper intéressant. Écoute, Franck, c'était absolument génial. Est-ce que toi, il y aurait peut-être un mot de la fin, tu as déjà partagé énormément de choses, mais s'il y avait un message à retenir pour toutes celles et ceux qui t'ont écouté, ce serait lequel pour toi, celui qui est à tes yeux le plus important
UNKNOWN?
SPEAKER_03Je crois que dans la vie, quand on veut obtenir des choses, il faut que les rêves soient grands. Si les rêves ne sont pas assez grands et qu'ils ne te font pas trembler, c'est qu'ils ne sont pas assez grands. Donc, donc avoir des rêves très très grands et s'en donner les moyens. Et la base, l'huile essentielle de tout ça, ce n'est pas pour le paraître, c'est pour le message qui va suivre à ce que l'on veut dans la vie, être chef d'entreprise, changer de bord, c'est-à-dire avouer qu'on est homosexuel, changer de religion, démissionner, divorcer. Tout ça, ça a un sens
UNKNOWN?
SPEAKER_03qu'on va chercher au fond de soi. Donc lui, l'essentiel de tout ça, c'est la rigueur, la discipline, l'amour et le partage. Et tout est possible. Tout est possible. Moi, au lendemain de mon accident, le 9 juin 1983, quand on m'a... Enfin, dix jours après, on m'a annoncé qu'on m'avait amputé la jambe droite et que la jambe gauche, elle était vraiment en morceaux aussi. J'ai cru que la vie était finie. En vérité, c'était une renaissance. Donc ça, c'est ce qu'il faut voir dans la vie. Tout est renaissance.
SPEAKER_00Est-ce qu'il y a un rêve, toi, qui te fait trembler, que tu peux partager
UNKNOWN?
SPEAKER_03Ouais, un rêve de fou. J'ai 59 ans, j'ai honte. J'ai jamais vécu avec une femme. Jamais. J'ai eu des femmes prestigieuses, connues, archi-connues, aventurières, navigatrices, de tout en commun, journalistes, etc. Chaque fois, je suis parti. Chaque fois, comme on dit, maintenant, on se marie, je me suis cassé, j'ai eu peur. Fais-moi un enfant, je suis parti. Mon rêve le plus fou, ce serait acheter une paire de pantoufles et avoir une femme et partager plein de beaux moments avec bon je sais pas
SPEAKER_00si ça existe un immense merci Franck pour cet échange c'était passionnant et puis bah écoute je vais suivre donc là il y a quoi qui arrive il y a des livres des documentaires alors
SPEAKER_03j'ai un livre j'en sais rien parce que c'est stock et comment ça me stock et plomb c'est pas moi qui m'en occupe il y a une personne qui s'occupe de moi pour ça mais il me gonfle ouais mais ça c'est un peu dur ouais ouais on va faire la belle photo quand Mike Horn est venu me rejoindre et puis voilà on fait non c'est Ça me gonfle. Moi, ce que je veux faire voir, c'est ça. Donc, il y a ce livre-là. Il y a France Télévisions qui voudrait encore un doc sur ma vie dans le Grand Nord. Ah ouais, tiens, je vais t'envoyer l'iceberg. Tu me diras ce que tu en penses. Fais gaffe. Avec grand plaisir. Assis-toi, tu vas prendre des claques dans la gueule. Je l'ai présenté dans plein de festivals. Putain, à la fin, Besançon, presque 1000 personnes dans la salle. Je monte avec mon équipe sur scène. 6 minutes. impossible de dire les gens debout qui pleuraient qui applaudissaient ça a duré 6 minutes je me suis dit putain le réalisateur c'est David Thiago Riberio et il a travaillé 10 ans avec Mike Horn et il a fait la série frère de sport avec Lisa Razou et c'est Bichane qui me l'a présenté parce qu'on a un frère de sport aussi avec Lisa Razou sur notre fraternité et c'est Bichane qui me l'a présenté
SPEAKER_00et je travaille plus qu'avec lui donc je vais
SPEAKER_03t'envoyer
SPEAKER_00tout ça excellent merci énormément Franck à très bientôt bonne
SPEAKER_03journée au revoir
UNKNOWNGénérique
SPEAKER_00Merci d'avoir écouté cet échange exceptionnel avec Franck jusqu'au bout. N'hésitez pas à le partager autour de vous. Pensez à parler des frappés si vous appréciez le podcast. Parlez-en, parlez-en là aussi à un maximum de personnes. C'est une excellente manière de remercier toutes celles et ceux qui viennent témoigner au micro du podcast. Je vous rappelle que si vous souhaitez soutenir financièrement cette fois-ci les frappés, c'est possible. C'est à partir de 1€par mois. Un immense merci d'ailleurs à toutes celles et ceux qui sont déjà passés à l'acte. Si vous souhaitez les rejoindre, c'est sur tipeee.com Merci à toutes et à tous pour votre fidélité. Je vous dis à la semaine prochaine pour un nouvel épisode.
UNKNOWNCiao les frappés!