Les Frappés

Apprendre à écouter ses émotions avec Julia Virat, guide de haute montagne et navigatrice

Julia Virat Season 1 Episode 49

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Julia est guide de haute montagne et adepte de courses au large.

La montagne 🏔  et la mer 🌊, deux univers différents et pourtant qui se ressemblent. Exigeants, dangereux, superbes. Les plus belles histoires d'aventure s'y déroulent 🤩 comme les disparitions les plus tragiques 🥺. Ce sont des environnements hautement émotionnels, qui fascinent et attirent. Et pourtant l'image que l'on a du guide ou de la navigatrice est plutôt celle de professionnels de la technique, de débrouillards qui n'ont peur de rien et qui peuvent tout affronter.

Julia a mis longtemps avant de trouver SA façon d'exercer son métier et d'accepter d'être elle-même dans sa pratique de la montagne et de la mer. Il lui aura fallu une ascension de 11 jours en solo d'El Capitan, le mastodonte des Big Walls avec ses 1000m de hauteur au cœur du Parc du Yosemite aux US 🇺🇸, pour finalement accepter ce qui est aujourd'hui une évidence pour elle : Laisser la place à ses émotions est juste essentiel.

De ses débuts en snow jusqu'à son rêve de prendre un jour le départ de la Route du Rhum, Julia partage dans cet épisode son parcours, comme pour beaucoup semé d'embuches ⛔️ mais dont elle a su tirer des enseignements qui ont tout simplement changé sa vie. Parce qu'on ne contrôle pas le résultat de ses actions mais bien ce qu'on décide de mettre en place, Julia nous invite à la réflexion 💭 sur la valeur de la résilience et le pouvoir des rêves.

Un épisode absolument incroyable pour lequel j'ai pris énormément de plaisir à échanger avec une invitée d'une humilité et d'une authenticité exceptionnelles. Mille mercis à toi Julia 🙏🏼 et bon vent !

Un grand merci également à Marie-Laure Brunet pour la mise en relation.

🎙 Les épisodes de podcast auxquels nous avons fait référence sont :
Épisode #8 - Anthony Bourbon - CEO de Feed. et 200% déterminé
Épisode #20 - Marie Laure Brunet - Double Médaillée Olympique de Biathlon et passionnée des relations humaines

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Je me suis lancée dans l'escalade d'El Capitan, qui est la plus haute des parois du Desoliti, qui fait 1000 mètres. C'est des murailles de granit qui sont raides, voire déversantes. C'est vraiment une ampleur, c'est monumental. Là, je suis partie faire cette ascension en solitaire et j'avais calculé que je ne partais pas 12 jours. Ce que j'aime bien dire, c'est que j'ai fait El Capitan en solitaire, en pleurant.

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Hello, hello, c'est Loïc Blanchard, le créateur et host du podcast indépendant Les Frappés. Je suis un ancien sportif de haut niveau, aujourd'hui reconverti en sportif aventureux, mais aussi entrepreneur, coach et préparateur mental certifié. Passionné d'outdoor et de défis en tout genre, j'ai voulu créer une communauté autour des valeurs de résilience, de dépassement de soi et de détermination, en vous offrant chaque semaine des conversations inspirantes avec des invités incroyables issus d'univers très variés. J'ai reçu aussi bien des athlètes olympiques que des entrepreneurs à succès, des aventurières professionnelles ou encore des anciens des forces spéciales. Leur point commun, la passion pour leur projet et l'audace de se lancer. Alors fonçons ensemble découvrir mon invité de la semaine. Excellente écoute à vous les frappés

UNKNOWN

!

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bienvenue sur le podcast

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Julia

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merci Loïc je suis ravi de te recevoir merci beaucoup de nous avoir fait une petite place dans ton agenda super chargé pour partager un petit peu ce que tu fais je suis très très content et avant qu'on commence à parler de toi je voulais quand même remercier Marie-Laure Marie-Laure Brunet qui m'a très gentiment enfin qui nous a mis en relation qui m'a dit écoute je connais une personne fabuleuse c'est Julia va lui parler je pense qu'elle sera elle cochera pas mal de cases pour les critères les frapper entre guillemets et c'est juste super quand des anciens invités nous mettent en relation enfin me mettent en relation avec des nouveaux donc un grand merci Marie-Laure si tu nous

SPEAKER_00

écoutes bah ouais merci à Marie-Laure effectivement pour la mise en relation et puis à toi voilà d'avoir contacté ça me fait hyper plaisir comme j'écoutais ton podcast récemment sans te connaître ça me fait hyper plaisir que tu m'aies appelé j'ai trouvé que c'était une belle belle

SPEAKER_01

coïncidence génial bah écoute ce que je te propose c'est peut-être de commencer par nous dire ce que tu fais

SPEAKER_00

alors normalement dans la vie ce que je fais c'est que je suis victime de montagne voilà ça c'est mon métier c'est ma passion c'est l'histoire de ces 20 dernières années et là en ce moment cette année je suis à Saint-Malo pour un projet de course au large à la voile donc un peu rien à voir donc j'ai quitté les montagnes pour cette saison et donc je m'entraîne à naviguer pour prendre le départ de la course en novembre en double voilà

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excellent Excellent. C'est quelque chose qui m'a tout de suite interpellé quand je suis allé faire un tour sur ton site, juliat-guide.com. C'est vraiment ce mariage mer et montagne. Je vais peut-être commencer par ça, si ça te va. C'est quelque chose que je retrouve assez souvent auprès de navigateurs ou d'alpinistes, cette fascination pour ces deux univers qui sont différents, je ne sais pas d'ailleurs, c'est ma question. Qu'est-ce qui fait, tu penses, que tu as eu cette fascination qui est venue un peu plus tard

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?

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mais

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quand même qui est venu pour la mer

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?

SPEAKER_00

Il y a beaucoup de choses. Moi, je trouve que c'est quand même deux univers qui sont vachement proches, en tout cas dans le positionnement qu'on a par rapport à ces univers, dans la place que l'homme a dans une nature aussi forte, aussi impressionnante. Du coup, je n'étais pas du tout partie pour avoir un bout de vie près de la mer. Je n'avais jamais pratiqué de sport nautique, donc c'était mal barré. Mais pourtant, dès que j'ai découvert ça, je me suis sentie aussi bien qu'en montagne. Enfin, disons, positionné exactement de la même manière par rapport au milieu, avec moins d'expérience, tout à apprendre, etc. Mais par contre, il y avait une espèce d'évidence, et je crois que je ne suis pas très originale, qu'effectivement, il y a beaucoup de marins qui retrouvent ça en montagne et vice-versa. Et pour essayer de te l'expliquer, je dirais... Moi, ce que j'aime, c'est que déjà, on est commandé, régi par les éléments eux-mêmes. C'est-à-dire que tu as beau penser être quelqu'un, en fait, au final, ce ne sera jamais toi qui décideras. Tu vas t'adapter au milieu. Et du coup, ce qu'on cherche à faire, c'est juste à s'adapter à ça, essayer d'être humble et puis un peu méthodique pour y passer du bon temps et gérer la sécurité. Mais grosso modo, moi, j'aime dans les deux univers cette espèce de présence qui est hyper fort et qui te met à un niveau égal peu importe qui tu es d'où tu viens donc ça ça se retrouve vraiment tout de suite dans les deux univers et puis après j'ai l'impression qu'il y a moi l'exercice qui me plaît dans les deux c'est le fait d'avoir beaucoup de beaucoup d'éléments à analyser à comprendre, à apprendre et ensuite à hiérarchiser pour prendre des décisions qui vont faire que d'une part tu vas être en sécurité d'autre part tu vas aller rechercher de l'efficacité voire de la performance et donc en fait ça crée comme une espèce d'arbre décisionnel, un truc vachement complexe où tu peux faire entrer vachement de paramètres et cette façon de fonctionner alors je trouve que c'est exactement la même dans les deux univers, donc c'est peut-être aussi pour ça que c'est plus facile de retranscrire quand t'as développé cet arbre décisionnel dans un des deux domaines de le retranscrire à l'autre plutôt que de partir de zéro quand t'arrives d'univers où ça n'a rien à voir donc ça c'est vraiment une petite gymnastique mentale qui moi me plaît énormément qui est ce que j'aime en montagne et du coup que j'ai retrouvé immédiatement en mer donc voilà maintenant le chemin que j'ai à faire c'est d'apprendre tout le contenu pour mettre et puis de prendre l'expérience pour remplir pour étoffer un peu cet arbre là mais par contre la gymnastique je me sens à l'aise avec ça c'est mon ADN c'est vraiment ce que j'aime

SPEAKER_01

Ah, c'est super intéressant. Tu dirais que l'aspect technique également est important pour toi

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Parce qu'il y a la notion de sécurité, mais justement dans l'arbre décisionnel, la façon dont je le vois moi de l'extérieur, c'est aussi que tu as un certain nombre d'éléments à maîtriser techniquement pour pouvoir t'aider justement à prendre ces décisions.

SPEAKER_00

Oui, et puis pour moi, le côté technique, c'est qu'une des branches de l'arbre, c'est-à-dire qu'on en parlera plus tard, mais moi, je forme beaucoup… en alpinisme des équipes, on en parlera après. Et grosso modo, ce que j'enseigne, c'est de dire qu'il n'y a pas de niveau attendu. On peut avoir n'importe quel niveau. L'important, c'est de se faire plaisir et d'être en sécurité. Et du coup, ce qu'on met sur cette branche-là, c'est de la conscience de son propre niveau. C'est-à-dire, voilà où j'en suis, voilà ce que ça me permet de faire et voilà ce que ça ne me permet pas de faire. Et je tiens juste compte de ça pour prendre la décision par rapport à l'avancée du projet, de l'objectif, de la journée, peu importe. et donc le côté technique tu le fais évoluer au fur et à mesure de ta pratique, de ta vie mais tu prends toujours les mêmes décisions donc par exemple pour illustrer ça moi des fois je sais que j'ai une limite technique à quelque chose c'est pas grave, c'est juste que j'en tiens compte pour ne pas faire ça ou alors prendre un choix qui va m'offrir plus de plan B et c'est parce que mon niveau technique risque de me ralentir ou typiquement en voile ça va être si une manœuvre je suis pas capable de la faire assez vite à ce moment-là je vais peut-être privilégier de ne pas faire cette manœuvre alors qu'elle serait bénéfique pour quelques minutes mais moi je vais plutôt privilégier le fait de ne pas faire d'erreur parce que je n'ai pas encore la marge technique et d'être un peu moins efficace mais de ne pas aller à l'erreur donc voilà c'est un peu ça moi je trouve l'enjeu de connaître son niveau technique et d'en tenir compte mais après heureusement tout le monde peut faire peu importe le niveau qu'on a peut faire des activités comme de l'alpinisme ou des activités sur l'eau c'est ça qui est génial il faut juste être conscient en fait de là où on en est et du coup c'est ça que c'est que tu peux moi j'ai l'impression d'avoir passé ma vie à ça c'est à je me vis toujours comme quelqu'un de vraiment pas très fort par contre je me dis je suis une petite maligne parce que j'arrive à exploiter le maximum de tous les paramètres des fois j'en dis t'es vraiment une impostrice mais en fait non c'est juste que je suis vachement consciente tu vois des différents paramètres et de mes limites quoi et voilà

SPEAKER_01

comment je vois les choses tu dirais que qu'est-ce que t'as amené du coup de l'univers de l'alpinisme où t'as passé tu le disais 20 ans t'as fait 20 ans d'alpinisme avant d'arriver dans la voile ou ça fait 20 ans que tu fais de l'alpinisme et la voile a commencé il y a quelques temps

SPEAKER_00

je dirais ouais c'est ça j'ai fait 20 ans d'alpinisme avant de switcher mais sachant que je me suis mis à la voile et j'ai tout de suite pris un gros tournant ouvert une grosse parenthèse donc j'ai viens de commencer quoi pour vous dire c'est très récent on va dire j'ai passé 20 ans en montagne un peu tout sport confondu à faire que ça que ça et qu'est-ce que donc qu'est-ce que m'a apporté le qu'est-ce que j'apporte de la montagne vers cet univers là pour l'instant je suis encore en découverte de comment le milieu il fonctionne je me fais encore surprendre par des gens par des situations par des fonctionnements un peu inhérents au milieu et Hum... donc ma réponse elle serait évolutive tu me la redemande ou tu me reposes la question dans un an je te dirai autre chose aujourd'hui je me dis moi je pense que ce que j'apporte moi dans ce milieu là avec moi c'est une grande rigueur parce que je pense que en haute montagne et encore plus quand t'es guide et que t'as la responsabilité de gens sur ta cordée et ben une erreur elle peut être fatale et elle va t'être reprochée donc en fait on a toujours un énorme degré d'anticipation sur toutes les erreurs qui peuvent arriver alors de manière humaine, c'est-à-dire que c'est faillible. Il y a aussi des accidents. Mais on essaye d'avoir toujours un, deux, trois trains d'avance et d'avoir toujours un, deux, trois plans de secours à toutes les situations, tout le temps. Et ça, sur les toutes petites situations de chaque minute, mais aussi sur les trucs plus empiriques pour la journée, pour la saison, pour ta carrière. Enfin, on est toujours à vraiment... Je pense qu'un bon guide, un bon montagnard, c'est quelqu'un qui anticipe énormément. Et du coup, c'est ce qui me surprend un petit peu dans le milieu de la mer, c'est que ils sont face à un univers qui est très changeant aussi, mais comme celui de la montagne, j'ai envie de dire, et ils fonctionnent beaucoup plus en dernière minute. Ils s'adaptent toujours en dernière minute, mais du coup, ils sont beaucoup moins dans l'anticipation. Alors, je dis ni pour ni contre, mais par contre, ce qui est sûr, c'est que moi, je n'ai pas ce fonctionnement-là naturellement et même dans tout ce que j'ai appris en montagne. Je pense que ça reste quand même une qualité pour la montagnarde que je suis, c'est d'être extrêmement rigoureuse je laisse rien passer au hasard parce

SPEAKER_02

que

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je suis habituée à ce que ce soit grave si je le fais donc je le fais pas je laisse pas de hasard dans tout ce que je prends

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c'est super intéressant ce constat que tu fais avec ton oeil de montagnarde sur l'univers de la voile tu penses que ça vient d'où cette différence de la façon dont les voileux abordent leur discipline

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moi j'ai l'impression qu'il y a quelque chose alors c'est des réflexions que j'ai en ce moment c'est pas du tout abouti c'est juste des pistes auxquelles je réfléchis en ce moment j'ai l'impression que les budgets en fait qui sont inhérents au monde de la course au large ils sont très beaucoup c'est à dire que un projet de course au large il ne marche qu'avec des énormes budgets donc ça veut dire des sponsors ou des mécènes et qui sont reconduits ou pas et donc en fait les marins sont toujours à la recherche de partenaires et des fois ça marche des fois ça marche pas et donc en fonction de si ça marche ou pas ça change complètement leur programme donc des fois quelques mois avant une course ils savent pas s'ils vont pouvoir la faire ils savent pas si l'année d'après ils vont pouvoir continuer à faire ça ils savent pas s'ils vont pouvoir se rémunérer donc il y a quand même une énorme incertitude qui est liée au budget et par contre du moment où ils signent un contrat d'un coup il faut être capable de tout mettre que tout soit déjà mis en place en fait donc il y a c'est marrant il y a une énorme anticipation parce qu'ils gèrent des projets d'une énorme ampleur donc ils sont obligés d'avoir énormément d'éléments sous contrôle et à la fois ils sont obligés d'accepter que tout puisse se construire ou pas, se casser la gueule et du coup j'ai l'impression que ça c'est une partie des raisons pour lesquelles ça fonctionne beaucoup plus en dernière

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minute

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parce que c'est vrai qu'ils me disent à chaque fois que j'évoque ça avec mes amis marins ils me disent toujours bah oui mais le milieu évolue et ça me satisfait moyennement parce que je me dis nous en montagne c'est pareil tu vois les conditions avalancheuses la météo tous ces trucs là en fait c'est pareil on a les mêmes aléas qu'eux avec le vent donc je suis pas sûr que ça puisse être que ça le fait qu'ils soient plus dans la réaction que l'anticipation encore une fois je fais des grandes généralités je suis sûr

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qu'il

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y a plein d'exceptions mais c'est vrai que la moyenne est un peu différente

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des montagnes alors peut-être pour revenir du coup sur ce premier amour qui a été la montagne comment est-ce que t'es tombé dedans entre guillemets et qu'est-ce qui t'a fait dire à un moment donné ce sera guide et guide avec un aspect fort information

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in fine ah ouais alors là l'histoire est du coup un peu longue je vais résumer ça mais faut imaginer que moi j'étais le genre d'enfant et d'ado qui faisait pas de

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sport

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ok j'aimais pas ça, ça ne m'intéressait pas j'arrivais toujours à être plus ou moins dispensée c'était ce genre là quoi une vraie fille qui voulait pas du tout faire de sport alors dans ma famille il y avait un peu de il y avait quand même un esprit un peu montagne parce que mes grands-parents avaient un chalet à la montagne, un chalet de vacances où moi j'allais passer des vacances tous les étés depuis ma naissance où je retrouvais les cousins où on allait faire des balades il y avait quand même un peu cette culture montagne et puis je pense que dans ma famille du coup il y avait aussi un peu le rêve de la haute montagne où ils avaient fait quelques courses avec guide, je parle de ça c'est mes oncles, mon grand-père il y avait eu quand même des petites incursions en haute montagne qui faisaient briller les yeux de toute la famille et ça je pense que je l'ai malgré moi je l'avais intégré donc ça d'une part mes parents pratiquaient pratiquent toujours d'ailleurs un peu l'alpinisme, l'escalade le ski de randonnée mais moi j'étais en révolte complète avec ça hors de question de m'y faire mettre un pied donc j'ai une petite pensée pour tous mes profs d'EPS qui ne pourraient pas me reconnaître j'ai pas dû retenir mon nom, j'ai pas dû les marquer et donc voilà quoi je ressens semblait et à l'adolescence du coup un peu avec cet esprit dissident je me suis mis au snowboard le snowboard c'était pas vraiment du sport c'était plutôt cool c'était une manière d'être un peu rebelle un peu différent je me suis trouvé quelques amis qui étaient là dedans et puis du coup j'avais les posters j'avais les photos collées dans l'agenda enfin voilà c'était à fond de snowboard et puis ça c'était à l'époque du lycée donc je commençais à en faire vraiment

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beaucoup

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et là tu vivais en station à cette époque

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?

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J'avais pas mal déménagé toute ma vie, donc je n'étais pas nécessairement très montagne. Mais par contre, mes parents habitaient vers Grenoble à ce moment-là. Ok. Du coup, j'étais pas en station, mais il y avait possibilité d'y aller quand même sur les week-ends ou les mercredis. Et puis du coup, ma scolarité, c'était particulier, j'avais pas de plaisir, et puis je me projetais pas du tout, et c'était un système qui m'allait pas du tout. Donc en fait, quand j'ai eu le bac, un petit peu jeune, j'ai décidé de partir à la montagne pour faire du snowboard. Donc j'avais pas beaucoup plus de plans que ça, je me suis juste dit, les études, j'ai attaqué la fac j'ai fait un semestre et puis après il y a eu un mois après les partiels où la neige est tombée je suis partie en station travailler et puis en fait je suis jamais redescendue donc voilà comment j'ai débarqué en montagne avec aucun autre plan d'avenir que de faire du snowboard et puis vu que j'allais pas demander à qui que ce soit d'assumer ça à ma place j'ai trouvé un petit boulot alors j'étais encore mineure donc c'était pas simple mais j'étais motivée donc pas de soucis j'ai trouvé un petit boulot en saison j'ai fait du snowboard et les premières années du coup je bossais pas mal l'hiver en station et puis l'été je partais dans l'hémisphère sud faire du snowboard donc l'hiver inversé donc en fait pendant 2-3 ans je me suis gavé gavé gavé de neige et puis je sais pas je pense que j'avais un rêve soit soit d'en vivre par le biais de la compétition parce que j'avais fait un peu de compète soit peut-être de pouvoir l'enseigner mais le problème c'est qu'en France il faut passer le diplôme en ski pour pouvoir enseigner en snowboard et moi j'avais pas assez de ski j'avais pas le niveau pour avoir le brevet en ski donc c'était impossible d'enseigner et puis du coup le côté compète et snowboardeur professionnel au bout de quelques années je me suis rendu compte que ce serait compliqué j'ai perdu un peu l'espoir à ce niveau là et puis les étés dans l'hémisphère sud qui étaient des hivers là-bas j'en ai fait quelques-uns et puis au bout d'un moment mes copains snowboardeurs avec qui j'en faisais pas mal l'hiver en France eux l'été ils restaient dans les Alpes et puis ils faisaient le métier d'accompagnateur en montagne où je me suis dit bah je vais faire ça un peu comme eux j'avais la caisse vu que je faisais pas mal de rando en snowboard j'étais sportive ils m'ont dit ouais vas-y fais ça donc j'ai fait ça mais par hasard vraiment j'ai vu de la lumière j'ai passé le diplôme d'accompagnateur et puis du coup c'était pas mal parce que c'était un moment où mes rêves dans le snowboard s'essoufflaient un petit peu et puis du coup ça permettait de sortir des boulots de saison moi j'ai pas mal bossé en restauration en hôtellerie c'était chouette mais j'aurais peut-être pas fait une carrière là-dedans non plus donc l'accompagnateur ça m'a permis de m'aérer un petit peu de ça et en fait c'était génial j'ai découvert un métier par hasard mais qui m'a énormément m'aiment plus donc j'ai travaillé pendant 10 ans comme accompagnatrice et c'était super chouette parce que j'emmenais les gens faire de la randonnée donc du coup moi je passais ma journée à papoter avec des gens alors que je suis une grande bavarde et que j'adore le lien humain du coup c'était génial et en plus le support était chouette quoi enfin tu vois t'es au soleil dans des beaux paysages avoir des animaux des fleurs enfin c'est le paradis quoi donc du coup je me me régalait vraiment.

SPEAKER_01

Tu peux peut-être nous expliquer la différence entre guide de haute montagne et accompagnateur en

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moyenne montagne

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, bien sûr. Alors en fait, en gros, c'est une différence de moyens utilisés, donc de technicité, c'est-à-dire que l'accompagnateur en montagne, il va faire la randonnée à pied et en raquette et le guide, il va faire tout ce qui est plus technique, donc avec des crampons, des piolets, des cordes, donc la marche sur glacier, l'escalade, l'alpinisme, le ski de randonnée le ski hors piste et du coup c'est pas vraiment une question d'altitude parce qu'un accompagnateur peut faire de la randonnée à pied à 5000 mètres en Himalaya par exemple et un guide peut faire de l'alpinisme au niveau de la mer dans des massifs un peu extrêmes c'est plutôt les moyens utilisés grosso modo le guide c'est technique et l'accompagnateur c'est plutôt randonnée sachant qu'après du coup dans les faits un accompagnateur va emmener des groupes de 12 à 15 personnes alors qu'un guide travaille classiquement avec un ou deux clients et jusqu'à quatre ou six sur des disciplines qui le permettent, comme par exemple le ski hors piste ou la randonnée glaciaire qui sont moins techniques. Mais du coup, on a un lien beaucoup plus intime, beaucoup plus... beaucoup moins dilué que celui qu'on a quand on emmène un groupe de 15 personnes. Donc l'accompagnateur, il va avoir beaucoup plus un rôle social et de transmission de connaissances, etc. Alors que le guide peut avoir ça, mais il a surtout un rôle de technicien et d'expert du milieu dangereux de la haute montagne. C'est

SPEAKER_01

plus ça. Parce que j'avais regardé à une époque le parcours pour devenir... C'est AMM, c'est ça l'abréviation

UNKNOWN

?

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Accompagnateur de la haute montagne

UNKNOWN

?

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et c'est vrai que je me rappelle qu'il y avait une notion quand même hyper importante de connaissance sur le territoire si je ne me trompe pas il fallait en fait tu candidatais pour devenir AMM et tu passes un examen où il y avait des questions liées à un territoire en particulier par exemple je ne sais pas les préalpes ou

SPEAKER_00

pas forcément un lieu géographique en particulier mais par contre c'est vrai que tu es questionné sur tes connaissances en géologie en faune en flore en patrimoine voilà donc t'as des prérequis pour pouvoir entrer en formation et ensuite c'est le gros de la formation c'est là dessus c'est sur tes compétences à connaître et transmettre toutes ces choses là sachant qu'après tu peux te spécialiser donc t'as des accompagnateurs qui vont faire que d'un thème d'autres qui vont être plus généralistes mais ouais c'est plus un métier de transmission et de partage de ces connaissances là là où le guide il va être plus sur la technique quoi

SPEAKER_01

super ok bon bah c'est beaucoup plus clair donc AMM enfin accompagnatrice pendant 10 ans tu disais

SPEAKER_00

pendant 10 ans voilà c'est ça donc en fait pendant ces 10 ans là bon le snowboard ça a commencé à être évolué dans ma tête voilà j'avais saturé et puis du coup j'ai découvert l'alpinisme alors j'avais quand même fait pas mal de snowboard en pente raide donc j'avais déjà une notion de tu vois de la verticalité de l'engagement etc mais donc j'ai découvert l'alpinisme au sens plus escalade les glaciers tout cet univers là donc forcément vu que je gagnais un peu de temps et d'énergie à plus faire de snowboard j'ai tout mis dans l'alpinisme accompagnateur c'était mon métier c'était pas ma passion mes loisirs etc donc en fait tout mon temps libre il passait dans l'alpinisme alors ça a commencé par la cascade de glace un peu par hasard parce que j'ai commencé l'hiver et puis après j'ai découvert tout le reste et je suis devenue complètement barjot à vouloir faire tout ça donc du coup pendant que je faisais mes saisons d'accompagnateur l'été à travailler 6 jours sur 7 le 7ème jour j'allais faire de l'alpinisme dès que je finissais la saison tac je partais 2 mois en voyage faire de l'alpinisme ou de l'escalade ou un truc je revenais l'hiver je bossais encore en restauration mais tous mes congés je faisais du ski ou de la cascade de glace j'avais négocié avec mon patron mes horaires pour pouvoir aller faire du ski de rando le matin avant de

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bosser tu devais avoir la caisse à cette époque enfin j'imagine que tu l'as toujours aujourd'hui vu ce que tu fais mais punaise ok

SPEAKER_00

il n'y avait que ça qui tournait dans ma tête et puis du coup à ce moment là j'avais pas encore l'idée de faire guide parce que j'étais vraiment persuadée que c'était réservé aux autres que c'était pas du tout accessible que jamais j'aurais le niveau que c'était même pas de la pudeur à l'assumer c'était vraiment que j'y croyais pas du tout quand on me disait ça tu feras guide un jour j'éclatais de rire j'ai dit non non moi impossible donc j'ai pratiqué comme ça pour moi un moment et puis et puis j'ai eu envie de faire partie d'une équipe dont j'avais entendu parler qui est l'équipe nationale féminine d'alpinisme qui est une équipe formée par la FFME, les deux fédérations françaises d'alpinisme et donc c'est un cursus où les jeunes sont sélectionnés pour 2-3 ans et elles sont formées par des guides et puis elles partent un peu aux quatre coins d'Europe ou du monde pour progresser sur tous les terrains et à la fin il y a une expédition qui clôture le cursus et donc Je me suis entraînée pour ça. J'ai intégré cette équipe pour trois ans. Ça m'a permis d'avoir une pratique entre femmes. C'était très nouveau. Je n'avais pas connu ça avant. Ça a changé ma vie, clairement. parce que le rapport est hyper différent, donc le rapport entre nous, et puis du coup, le rapport de moi avec moi-même, il a changé. Je pense que... Donc moi, je blâme personne, vraiment, je pense que c'est culturel, sociétal, c'est... Dans nos gènes, j'en sais rien, mais grosso modo, les femmes, moi j'ai l'impression que de manière générale, elles ont du mal à se faire confiance, et moi j'étais vraiment complètement là-dedans, et les hommes ont un côté un peu protecteur de manière générale, et donc ce qui fait que la situation classique, c'est t'es en montagne une cordée mix avec un homme et une femme si la femme c'est son tour de grimper en tête elle regarde la longueur à grimper et puis elle dit oh là là ça a l'air dur j'ai peur je sais pas si je vais y arriver c'est un schéma mais ça marche assez souvent l'homme de manière très sympa va lui dire si tu veux j'y vais et la femme va lui répondre ouais ok et du coup je blâme personne dans les deux mais le résultat au final c'est que les femmes ont tendance à se mettre en retrait parce qu'elles ont peur de pas être assez rapide, de mal faire, d'échouer de ralentir la cordée et les hommes veulent pas pousser les femmes trop loin parce que quand on leur dit qu'on a peur ils disent voilà si elle a peur c'est qu'elle a pas le niveau alors qu'en fait c'est des choses très différentes et du coup entre femmes moi j'ai trouvé que c'était très différent c'est tu dis ben cette longueur a l'air dure j'ai peur je sais pas si je vais y arriver l'autre te dit mais si t'as fait vachement plus dur t'inquiète pas attends tiens je te donne à manger et puis vas-y de toute manière c'est ton tour et puis vraiment si t'y arrives pas on trouvera une solution et bon ben hop ça te reboost un peu puis t'y vas et en fait tu l'as fait la longueur et ce lien là en fait il a été vraiment bon pour moi ça m'a vraiment poussé à un autre niveau que ce que j'avais avant juste le fait de me positionner différemment d'accepter que même quand t'es dans l'inconfort que t'as peur et que tu doutes en fait tu peux y arriver et et voilà t'es pas obligé de te mettre en retrait ou en tout cas même quand t'en as très envie l'autre elle te laisse pas faire parce qu'elle a pas du tout envie d'y aller donc voilà donc en fait cette équipe ça m'a permis d'avoir cette pratique là avec d'autres femmes et puis notamment de faire les 400 coups avec ma copine de l'époque que j'avais rencontrée dans l'équipe qui était archi motivée aussi, Marilyn si tu nous entends tu me rappelles bien toutes ces belles années et donc là on a enchaîné enchaîné enchaîné les courses en se gavé quoi c'était trop bon alors voilà on a fait toutes les grandes classiques beaucoup des écrins parce que moi j'étais dans les écrins à cette époque là donc toutes les classiques des écrins tous les week-ends on était en montagne alors moi j'avais un système c'est que je bossais 6 jours sur 7 en rando et j'avais une copine qui pouvait me remplacer un jour donc je pouvais avoir finalement deux jours de congé avec ma copine qui me remplaçait en rando donc j'avais deux jours de congé donc normalement tu fais une journée tu montes en refuge et le lendemain tu fais la grande course sauf que moi dans ma tête je me disais ouais mais alors si je fais ça j'ai plus jamais de repos quoi tu vois je faisais 5 jours de rando 2 jours d'alpinisme et j'enchaînais 5 jours de rando 2 jours d'alpinisme donc je disais à ma copine on a pas le choix il faut tout faire à la journée comme ça on a un jour de repos après et du coup elle a été sympa elle a accepté donc en fait on faisait toutes nos courses on les faisait à la journée au lieu de les faire sur 2 jours quoi des malades on dormait pas hors-sige on partait tout en bas on montait tout en haut et on redescendait et le lendemain on faisait

SPEAKER_01

rien et tu dirais que c'est quoi qui t'a qui fait que tu as accroché à ce point j'ai presque l'impression enfin là c'est très négatif comme connotation mais presque tu vois cette boulimie qui s'est installée de course de faire un max de montagne un max de montagne qu'est-ce qui fait que tu as accroché à ce point aussi vite et aussi fort

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

C'est une bonne question. Je pense que ça tient beaucoup à mon tempérament. J'aime bien relever des défis, en tout cas dépasser l'idée que j'ai de ce qui est possible pour moi. Je me limite vachement, j'ai des croyances hyper limitantes sur qui je suis, ce que je peux faire, et comme beaucoup de gens, c'est pas très original. Et moi, j'adore bousculer ça et m'empêcher d'être conditionnée par ça. Et puis du coup, moi, je trouve aussi qu'en montagne, c'est un terrain de création, parce qu'en fait, il n'y a pas une manière de faire, il y en a mille. Et du coup, tu vois, cette petite anecdote de dire, bah tiens, nous on fait les courses à la journée au lieu de les faire sur deux jours, on terminait dans un l'état, c'était pas glorieux à la fin on boitait en rentrant la voiture tellement qu'on s'était mis des chantiers mais par contre tu te dis bah ok c'est un style, c'est ton style, c'est la manière dont tu aimes faire les choses et en fait il y a de la place pour toutes les manières de faire en montagne donc je trouve que c'est un terrain de beaucoup de liberté, de créativité et où tu peux te permettre d'aller vers quelque chose qui te correspond et te fait grandir toi et puis après c'est vrai que c'est beau, tu vois ça reste, je pense qu'on on oublie de le rappeler, mais en fait, la beauté, ça fait du bien. Ça fait vraiment du bien de voir des beaux paysages, des belles choses. Je pense que les gens qui aiment l'art, ils ressentent ça aussi. C'est qu'en fait, on se nourrit et ça rend heureux de voir du beau. Et honnêtement, t'arrives en haut d'un sommet, ça doit être le millième, c'est toujours aussi beau. Et tous ces moments-là, tu les emmagasines et tu le transformes en bonheur, en des petits bonheurs. Mais t'en mets plein d'affilés et t'as envie d'en mettre encore et encore

SPEAKER_01

et encore. Tu me fais penser à Tu vois, quand tu parles de beauté, c'est marrant. C'est une réflexion que je me suis faite cet été. Donc cet été, j'ai fait un peu de voile et on a fait une traversée sur 24 heures. Et donc, à un moment donné, dans la nuit, je suis sorti et il y avait des manips à faire, machin. Et en fait, en mer, c'est tout bête, mais il y a zéro pollution lumineuse puisqu'on était vraiment au large. Donc tu vois la voie lactée. Et bon, ce qui moi me fascine à chaque fois... et en fait dans le même été j'ai eu une autre occasion de rester pendant je pense je restais quasiment deux heures allongé par terre en train de regarder la voie lactée c'était en rando tu vois près d'un sommet et c'est vrai que dans les deux cas tu dis mais en fait c'est fou mais on a ces environnements qui sont entre guillemets à portée de main dans lesquels dans lesquels tu vois c'est relativement facile d'évoluer y'a pas besoin de je sais pas prendre un avion ou c'est à proximité de chez nous et on a accès à des enfin la voie lactée tu peux pas la voir si t'es en ville c'est impossible à partir du moment où t'as une moindre une petite poule lumineuse c'est pas possible de le voir tu vois et du coup je suis complètement d'accord avec toi sur le fait que parfois on l'oublie mais en fait il y a des trucs absolument incroyables qui sont vraiment à portée de main accessibles à n'importe qui mais voilà il faut marcher un petit peu ou tu vois aller faire un petit peu de voile pour y avoir accès et c'est peut-être d'ailleurs le parallèle que je ferais entre mer et montagne tu vois je te demandais en intro mais pour moi c'est ça aussi comme tu viens de le dire tu vois c'est le fait d'accéder à une nature préservée à des trucs qui sont juste beaux parce qu'il n'y a rien

SPEAKER_00

d'autre autour ce qui est marrant t'as vu c'est qu'on se lasse pas souvent les gens ils me disent on dirait que c'est ton premier sommet je fais toujours beaucoup trop de photos et j'arrive là-haut et je m'exclame comme une gamine les gens me disent mais tu te lasses pas et je dis ah mais non on peut pas se lasser de ce million d'étoiles que t'as au dessus de la tête ça reste toujours aussi incroyable en tout cas moi chaque levée de soleil chaque coucher de soleil me fait le même effet j'ai 40 000 photos dans mon téléphone je pense que la moitié c'est des levées des coucher de soleil pourtant c'est toujours orange mais à chaque fois je me dis il est tellement incroyable que je vais lui faire 50 photos à celui-là c'est quand même c'est chouette d'avoir ce truc illimité de le plaisir ouais

SPEAKER_01

D'avoir le luxe de prendre le temps dans ces moments-là aussi pour en profiter.

SPEAKER_00

Oui, alors là, j'ai l'impression qu'on a plus le temps en mer parce que tu as quand même plus de moments où il y a moins d'actions à avoir et où tu peux te permettre effectivement de contempler. Alors, ça doit dépendre des conditions. C'est sûr qu'en pleine tempête, tu ne vas pas trop contempler, mais en montagne, on est absolument tout le temps en mouvement. En mer, c'est le bateau qui est en mouvement. Donc des fois, si le bateau, le mouvement est bien géré, toi, tu peux être un petit peu... un peu plus au ralenti. Alors qu'en montagne, le ralenti, on n'y a pas droit parce qu'on ne sait jamais comment ça va tourner. Donc, on est toujours à essayer de gagner du temps au cas où on doit en perdre après. Du coup, j'ai l'impression que c'est même encore plus fort en mer, ces temps d'observation où tout s'arrête. En montagne, c'est plus quand tu arrives au sommet, tu t'accordes d'aller un quart d'heure, une demi-heure, mais tu as toujours l'œil sur la montre qui te dit qu'il ne faut pas traîner.

SPEAKER_01

Oui. Et puis en mer, des fois les temps de pause ils sont imposés aussi si t'as des tôles absolues t'as pas le choix en fait y'a rien à faire

SPEAKER_00

quoi c'est pas les moments les plus reposants parce qu'en fait t'es comme un dingue à essayer de faire à peu près avancer le bateau à tenir là où t'arrives pas à tenir donc finalement c'est pas le plus reposant quand y'a pas

SPEAKER_01

du tout de vent c'est pas là où t'es le plus détendu ouais j'ai beaucoup moins d'expérience que toi donc je viens de croire sur le fait que si t'es en régate à essayer de trouver du vent tu vas avoir autre chose à faire que regarder les poissons qui passent autour du bateau mais bon pardon

SPEAKER_00

vas-y je pensais quand tu parlais des étoiles en mer je me dis là le dernier c'était quoi vers le 12-13 août on finissait la course en double qu'on a faite cette année pour qualifier notre équipage pour la Jacques Vabre donc on finissait une course qui a duré 5 jours et c'était vers le 12-13 août une des nuits des étoiles filantes je sais pas s'il y a une date précise ou si c'est une période mais bon bref on est arrivé à 5h du mat on a passé la ligne d'arrivée et Et toute la nuit qui a précédé, il y avait très peu de vent. Donc, on avait quand même le temps de regarder le ciel. Et il pleuvait des étoiles filantes toute la nuit. Et donc, moi, je passais mon temps à me dire, tiens, je regarde d'un côté. Et là, je dis, je veux voir une étoile filante. Et paf, il y avait une étoile filante. Je mettais la tête de l'autre côté. Là, je veux en voir une. Et paf, il y en avait

SPEAKER_02

une. C'était

SPEAKER_01

génial. C'est à la demande. C'est le week-end où j'étais en montagne, justement. C'est clair que c'était incroyable. La question que je me pose, c'est parce que tu nous... t'expliquer que tu faisais toutes ces sorties, toutes ces courses quand même relativement techniques et très engagées en montagne alors que tu n'étais pas encore guide et que tu avais cette espèce de croyance qui te faisait penser que tu ne pouvais pas le devenir. Qu'est-ce qui fait que là, quand tu as basculé sur l'univers de la mer, moi j'ai l'impression que ces croyances, elles n'y sont pas parce qu'en réalité, quand je vois le niveau des courses que tu fais, l'engagement, la technicité de ce que tu ambitionnes de faire dans peu de temps, moi je n'ai pas l'impression, à mon avis, extérieur, tu vois, que tu t'es freiné ou qu'il y a eu cette notion de, tu vois, je me

SPEAKER_00

limite. Oui, c'est assez marrant ce que tu dis, c'est intéressant. C'est quelque chose chez moi qui surprend souvent les gens. Quand je dis que je n'ai pas confiance en moi, les gens ne me croient pas. Peut-être parce que j'ai une carapace, peut-être parce que j'ai fait des gros trucs, je ne sais pas. Alors après, dans le secret de mes pensées, de mon intimité ou de mon chez-moi, c'est un peu différent. Mais tu as raison. Tu as quand même raison sur le fait que j'ai beaucoup moins d'appréhension à arriver dans le milieu de la mer, de la course au large, on va dire. Je pense que j'ai été... Je me suis fait des très beaux cadeaux dans ma vie, notamment en passant le diplôme de guide. Et puis aussi une grosse ascension en solitaire qui a marqué ma vie, dans le sens où c'est des choses qui officiellement, pour moi, ont marqué un certain niveau, qui me forcent. Quand je doute, je suis obligée de me rappeler que j'ai fait ça et que ça s'est validé et que même si je doute j'ai réussi à dépasser des choses qui étaient trop grosses pour moi à l'époque qui me semblaient trop grosses et en fait je pense que ça m'a apporté de la sérénité et en tout cas une pensée que si je mets de l'énergie je peux arriver quelque part quoi

SPEAKER_01

alors là tu nous en as trop dit il faut absolument que tu nous expliques qu'est-ce que c'était que cette

SPEAKER_00

ascension alors sachant que dans la chronologie on n'avait pas fini l'histoire

SPEAKER_01

de comment je devenais guide mais c'est pas grave non

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

revenons sur guide comment est-ce que ça serait carrément intéressant parce que tu parles de moments où tu t'es dépassé où tu as affronté des projets qui étaient peut-être plus grands que toi ou que tu pensais plus grands que toi et visiblement clairement le fait de passer ton monitora ça en a fait partie donc peut-être qu'on peut repartir de là, c'est à dire qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné t'as basculé

SPEAKER_00

et tu l'as fait et après sur quelle ascension ouais ouais sur cette histoire là bah du coup en fait de faire toutes ces grandes courses avec cette copine, encore des féminines où d'un coup on devient plus crédible, on prend confiance en nous on fait les longueurs dures nous-mêmes voilà l'expérience s'accumule et puis en fait pour rentrer à l'examen enfin pour rentrer à l'école des guides qui s'appelle l'ENSA, l'école nationale de ski et d'alpinisme qui est une école unique en France, qui est à Chamonix. Pour entrer à cette école pour la formation de guide, tu dois passer un examen d'entrée, qui est la partie la plus difficile, on va dire, du diplôme. Tu as entre 150 et 200 personnes qui présentent cet examen chaque année pour une quarantaine de places.

SPEAKER_02

Et

SPEAKER_00

toutes les personnes sont à peu près au niveau. Et pour avoir le droit de présenter cet examen, tu dois attester ton expérience avec une liste de courses que tu as déjà réalisées en montagne, à un niveau très difficile. Et Du coup, moi, secrètement, j'ai commencé à aller regarder les modalités pour cet examen. Je me suis rendue compte que la liste de course, je l'avais haut la main depuis un moment parce que j'avais eu ces années de pratique en montagne à fond. Du coup, déjà, ça m'a aidée à y croire un peu plus. Je pense qu'il y a eu un élément un peu déclencheur dans ma vie. C'est une anecdote, mais qui est assez importante. C'est que quand j'étais dans cette équipe féminine avec donc sept autres femmes on était huit on était encadré principalement par des hommes et on a eu deux stages encadrés par une femme guide valérie hommage donc était en parallèle était professeur à l'ensa l'école nationale de ski d'alpinisme et du coup de la rencontrer ça m'a un peu démystifié la position de la femme guide alors non pas que valérie soit pas génial c'est quelqu'un d'extraordinaire mais par contre elle était elle était hyper humaine quoi tu vois elle était elle avait une vie de ben comme tout le monde d'une femme normale mal avec ses doutes, avec ses fragilités. Elle a dû me dire, je ne sais plus exactement le nom, mais elle a dû me dire qu'elle n'arrivait pas à enchaîner 10 tractions. Et donc, en fait, ça a donné une figure hyper humaine à la femme guide qui, pour moi, avant était sur un piédestal. Je pensais que c'était que des extraterrestres qui avaient réussi à passer le diplôme. Et donc, à ce moment-là, plus le fait que ma liste de course était largement faite, je me suis dit, allez, je me lance à mon tour. mais il s'est passé des années avant que j'arrive à me dire ça et puis après j'ai eu plusieurs années de blessures donc c'est dommage et à la fois je me dis que c'était pas un hasard je mettais aussi une énorme pression sur la réussite de l'examen d'entrée j'avais vraiment la peur de l'échec j'avais peur de ne pas être à ma place je doutais beaucoup aussi et du coup il m'a fallu des années à gérer ces blessures aussi avant de pouvoir avoir l'examen donc c'est pas un parcours tout tracé Je n'ai pas lu des bouquins de montagne petite à 18 ans à tout niveau et à 20 ans pousser toutes les portes haut la main. Ça n'a pas été comme ça. Il y a eu un gros travail sur mon positionnement, ma confiance. Ça, c'était... c'était des choses qui étaient dures à faire et à la fois hyper formatrices et qui m'ont construite parce que du coup je me rappelle très bien avec mes tripes à quel point j'ai douté à quel point j'en ai bavé, j'en ai pleuré et puis tu sais Cet examen, il est difficile parce que t'es obligé de tout donner. Alors, à moins d'être doué, il y en a qui sont très doués et qui forcent moins, mais la majorité des gens qui préparent cet examen, ils donnent tout. C'est-à-dire que tu mets un peu de côté ta vie de famille, ta vie professionnelle, tes amis, tes loisirs pour faire que t'entraîner, que t'entraîner, que t'entraîner. Et ça, pendant des mois, des années. Et donc, comme il n'y a qu'un examen par an, quand tu le rates, il faut y retourner l'année d'après. Et donc, ça te bouffe quand même une partie de ta vie où t'es un peu monomaniaque tu fais que ça donc à la fois ce que je voulais dire c'est que t'es obligé de tout donner si tu veux y arriver pour atteindre le niveau nécessaire et c'est pas parce que tu donnes tout que t'as une garantie donc c'est l'engagement c'est se dire je me donne les moyens mais l'issue elle sera peut-être pas dans la réussite et ça mentalement c'est pas simple mais je pense que c'est commun en fait ça ressemble vachement à tous les sports de haut niveau c'est de se dire tu donnes tout pour y arriver mais tu connais pas le résultat quoi

SPEAKER_01

exactement tu contrôles pas disons que tu contrôles les actions que tu mets en place pour atteindre le résultat mais en réalité il dépend pas vraiment de toi c'est ça mais c'est super c'est super intéressant ce que tu dis sur le enfin tous ces exercices d'introspection de comprendre comment est-ce que tu fonctionnes prendre connaissance de tes croyances par rapport par rapport à l'examen parce que c'est vrai que enfin moi typiquement et pourtant j'adore la montagne et tu vois je pense que j'ai lu pas mal de risques d'alpiniste, j'ai déjà discuté avec pas mal de guides, mais je n'avais jamais vraiment entendu avant ce volet, encore une fois, développement personnel, entre guillemets. Pour moi, guide d'haute montagne, c'était des monstres techniques et des mecs qui ont 4 cœurs et 20 poumons, tu vois. C'est tout. Je n'avais pas forcément conscience, comme tu dis, du fait que, oui, déjà chacun a son parcours, mais que, évidemment, c'est un petit peu... un petit peu comme si tu préparais des championnats du monde. Il y a l'engagement, le fait d'être sûr de où est-ce que tu vas, les sacrifices que ça implique. Il n'y a pas que l'aspect technique et je fais 30 courses par semaine. C'est super intéressant de voir que ça a été tes challenges et qu'au final, ce qui est génial, c'est de voir que tu as réussi à surmonter tout

SPEAKER_00

ça. Ce qui était dingue, c'est qu'il y avait ces blessures.

UNKNOWN

C'était drôle.

SPEAKER_00

bien sûr tu peux dire oh bah non c'est un hasard c'est pas de chance tu t'es tordu la cheville mais en fait c'était toujours très symbolique c'était placé juste avant les examens c'était je vais pas dire que c'était de l'auto-sabotage parce qu'on en sait rien et c'est juste une théorie mais en tout cas ça m'obligeait à vachement me remettre en question quoi et me dire pourquoi je me blesse à ce moment là de cette manière là et puis du coup les gens y allaient de leur commentaire tu vois moi j'ai eu pas mal de gens qui me disaient oh là là tu t'es blessé deux fois de suite juste avant de passer ton examen bah il faut peut-être te poser des questions c'est peut-être pas pour toi et ça moi ça résonnait en moi mais d'une manière triste parce que je me disais non c'est pas vrai quoi c'est pas ça c'est pas que je suis à la mauvaise place et donc j'ai cherché pendant longtemps le sens quoi de ces blessures et de pourquoi j'arrivais pas à pousser la porte j'avais jamais raté l'examen d'entrée j'avais juste pas réussi à aller faire toutes les épreuves à cause de mes blessures et en fait un jour j'ai eu par hasard une conversation avec une nana qui m'a dit mais en fait ce qui t'arrive ça a aucune importance l'important c'est ce que toi t'en fais et ça a été un déclic alors que c'est vraiment une pensée toute bête mais moi le déclic ça a été de me dire aujourd'hui après deux années de blessures consécutives je suis encore plus motivée qu'avant mes blessures c'est à dire que j'ai aucun doute sur le fait que je vais y retourner et que je veux faire ça quoi et ce qui a été génial c'est qu'en fait ça a vraiment assis ma motivation et ça m'a rendu plus forte et après du coup après deux années de blessures ce que j'ai fait c'est que je me suis dit bah maintenant il faut que je travaille mon positionnement face à l'examen et donc j'ai fait pas mal de sofros, j'ai beaucoup bossé en visualisation, et en fait, mon objectif n'était plus d'avoir l'examen, mais était d'être capable de donner 100% de mes capacités, ou 99, on va dire. Et le résultat, j'avais accepté de m'en détacher. Et c'était assez marrant, c'est que les gens qui m'avaient connue les deux premières années où je me préparais, où je me suis blessée, et qui m'ont vu cette troisième année où j'avais fait six mois de travail vraiment sur mon positionnement par rapport à l'enjeu, ils m'ont dit, ah ouais, mais là, c'est juste pas la même personne, alors que techniquement, j'étais trop plus forte j'avais maintenu mon niveau mais j'avais pas gagné mais par contre j'étais indestructible à ce niveau là quoi c'est à dire que j'étais décidée à donner ce dont j'étais capable et à le rater si ce niveau là ne suffisait pas tu vois et ce qui est marrant c'est que ouais à tel point qu'en fait donc on a plusieurs épreuves et en fait la meilleure note que j'ai pris à toutes les épreuves c'était là où j'avais mon point faible et c'est là où j'ai fait le plus de points tellement que tu vois dans ma tête c'était posé j'étais là pour donner mon pour

SPEAKER_01

donner mon max et donc j'ai donné quoi tu me fais penser à j'ai eu vraiment la chance d'avoir trois invités sur le podcast j'ai de la chance avec tous mes invités mais trois en particulier qui sont des anciens des forces spéciales et donc ils sont tous passés par la même chose le même examen qui n'a pas changé depuis 60 ans qui s'appelle le stage commando qui dure neuf semaines et qui est un truc absolument atroce physiquement mentalement tout ce que tu veux. Et en fait, sur les trois, il y en a un qui l'a raté la première fois, Tony, et qui expliquait qu'en fait, un petit peu comme toi, c'est-à-dire que la première fois, il se disait, ça serait pas mal que je réussisse, tu vois, ou il faudrait que j'y arrive. Il y a eu une blessure. Aujourd'hui, il dit que cette blessure, elle a plus été psychologique qu'autre chose. Par contre, la deuxième fois, quand il est retourné, c'était j'y laisse mes dents, mes pieds, mes jambes, je donne tout à 300% et je vais y arriver. Et c'est vraiment un discours que j'ai aussi entendu avec Anthony Bourbon qui est entrepreneur, pas forcément sportif aventurier mais entrepreneur et qui disait la même chose, qui a créé une boîte qui vaut 300 millions 4 ans plus tard et qui disait mais j'aurais pu créer une boîte de slip ou d'alcool ou n'importe quoi, ça aurait marché parce que j'ai une détermination à toute épreuve et c'est clairement ce que j'entends avec toi et quand t'en parles, d'ailleurs moi j'ai de la chance, je te vois mais pour les auditeurs et les auditrices, je pense qu'ils l'entendront aussi, la façon dont tu l'as dit, tu Tu vois, c'était vraiment, voilà, je suis revenu, j'ai été déterminé. Ça s'entend, tu vois. Donc, je trouve ça juste génial de voir comment tu as réussi à rebondir et à changer ton état d'esprit en te disant, je donne tout, 300%, quel que soit le résultat. Puisqu'encore une fois, le résultat, on ne le contrôle pas vraiment. Mais par contre, on contrôle la façon, les actions qu'on met en place.

SPEAKER_00

Et ça, tu l'as fait de façon empirique toute seule ou tu as été accompagnée

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Eh bien, j'ai été accompagnée par un gars qui faisait un peu de la préparation physique et qui était kinésiologue et sophrologue à côté donc qui était quelqu'un qui alliait vraiment et la performance et tout le positionnement mental autour voilà qui a eu je pense une grande importance pour moi dans ce passage là parce que d'une part il comprenait le fonctionnement de l'entraînement d'une échéance donc il était vraiment dans des sports poussés et puis à la fois il connaissait aussi les rouages des différentes personnalités notamment de la mienne et des complications que j'avais quoi et puis après moi j'ai mis beaucoup de régularité c'est à dire que je m'entraînais mentalement en plus du boulot physique je me forçais à m'entraîner entre une demi-heure et une heure tous les jours cinq jours par semaine à faire bon bah tout un petit circuit si tu veux comme tu ferais un circuit training de préparation physique bah moi du coup je le faisais mentalement donc j'avais tout un conditionnement pour mettre pour me détendre et puis en état de détente aller à ancrer tu tu vois, des images positives, et puis de ces images positives, travailler des points techniques spécifiques, et que je remettais en pratique le lendemain dans mes journées d'escalade ou de pratique de la montagne. Donc en fait, c'était vraiment... J'étais hyper assidue cette année-là, et ça m'a fait du bien, tu vois, ça m'a donné un cadre aussi à me dire, je sais où je mets mon énergie, même si je n'ai aucune garantie du résultat, moi c'est méthodique, quoi. C'est méthodique, je mets le volume qu'il faut là-dessus, et donc j'ai passé le temps que j'aurais peut-être passé d'habitude à stressée et à imaginer le pire, je me passais à me calmer et au contraire faire du positif pour mon moral. Et je pense que c'était super. Et notamment, ça m'a permis d'arriver aussi beaucoup plus solide à l'entrée en formation. Alors que si finalement, je ne m'étais pas blessée deux ans avant et que j'étais rentrée directement à l'école, à l'ENSA, à mon avis... j'aurais souffert. J'aurais vraiment beaucoup plus souffert que ce que ça a été le cas, là, parce qu'il y avait besoin d'être vachement d'aplomb, quoi. C'est une formation qui passe bien pour certains et qui est hyper dure pour une partie d'entre nous, quoi. C'est hyper exigeant. Et donc, finalement, le travail que j'avais fait pour l'examen d'entrée, juste pour quelques épreuves de cet examen, bah, il m'a vachement servi pour tout le positionnement dans la formation. Donc, heureusement, enfin, tu vois... Voilà, c'est ça. Maintenant, je me dis que ça a eu une utilité, ces échecs-là. Par contre, après, c'est facile maintenant d'avoir le sourire et de dire que c'était bien, mais il fallait me voir. C'était drame. Chaque blessure où je perdais un an, c'était de la torture. Mais bon, je suis là aujourd'hui.

SPEAKER_01

Émotionnellement, comment est-ce que tu as réagi quand tu as eu la réponse positive que ça y est, tu as intégré la formation et que c'était

SPEAKER_00

bon

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

c'est assez drôle parce que t'as en fait t'as des épreuves l'hiver et des épreuves l'été donc le gros de l'examen il est l'été on a 15 jours d'épreuve la première semaine c'est tous les jours une épreuve technique différente avec le soir ils affichent la liste des admis pour le lendemain et les autres rentrer chez eux revenir l'an prochain tous les soirs tu vas voir la liste voir s'il y a encore ton nom dessus alors moi heureusement mon nom de famille il est tout à la fin donc j'arrive à trouver mon nom très rapidement on se parait donc je m'épargnais quelques secondes de de stress, mais bon, bref, voilà, il y a ton nom pour le lendemain, ok, il est 18-19h, t'as un briefing pour le lendemain, et hop, c'est reparti, tu refais un sac, tu vas refaire des épreuves, toutes les épreuves, elles sont super éliminatoires, c'est beaucoup de stress, donc chaque fois que tu passes une épreuve la première semaine, tu te rapproches vraiment très vite de l'examen, quoi. Par contre, la deuxième semaine, c'est un peu différent, c'est que t'as quasiment réussi, sauf que tu fais une semaine à trois stagiaires, trois futurs stagiaires avec un prof, et là, ils te regardent évoluer sans te parler juste pour voir tes décisions, ton analyse ton comportement en montagne et il te dit rien juste pour voir la personne que t'es en montagne et donc tu fais toute la semaine avant de savoir s'il valide quand même ton attitude d'alpiniste et donc c'est une semaine qui est un peu moins stressante parce que t'as pas la guillotine au dessus de la tête tous les soirs mais t'es quand même pas super détendu mais il y a moins d'échecs pour cette deuxième semaine et en fait ce qui est drôle c'est que moi j'ai fait une belle boulette le dernier jour de cette deuxième semaine donc après t'imagines 3 ans d'inscription de blessure d'entraînement de machin le dernier jour de cette semaine là donc la semaine s'était bien passée tout était quasiment validé et on arrive au pied d'une grande voie d'escalade où on avait donc fait une heure de route plus une heure de marche d'approche à fond parce que t'es derrière le prof là et qu'il faut montrer un peu ce que tu vaux et au pied de la voie d'escalade je vide mon sac et là je deviens toute blanche et je bégaye je dis j'ai oublié mon baudrier.

SPEAKER_01

Ah

SPEAKER_00

ouais. Notre truc à ne pas faire, quoi. Et alors là, tu vois, j'avais les larmes dans la gorge. C'était terrible, quoi. Je me rendais bien compte que là, c'était le truc qu'il ne fallait pas avoir fait. Donc, le prof, je lui demande, je lui dis, en fait, tu sais, si c'était la connerie à ne pas faire, je préfère que tu me le dises et que tu ne me laisses pas faire la journée en me laissant croire que, quoi. Sous-entendu, si tu dois me virer, dis-le-moi

SPEAKER_02

maintenant.

SPEAKER_00

Il me répond, écoute, c'est effectivement une connerie à ne pas faire, mais est-ce que tu sais faire un baudrier de fortune

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je dis oui. Il me dit, vas-y montre moi je lui montre il me dit bon bah tu fais la journée comme ça et on te laisse ta chance donc c'était ouais un gros stress mais du coup en fait ça m'a boosté je m'en voulais tellement d'avoir fait cette erreur enfin ce ouais cette boulette que du coup en fait j'ai super bien grimpé la journée quand même et puis t'as jamais pu

SPEAKER_01

oublier un baudrier de ta vie

SPEAKER_00

non

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

bah je crois que si mais par contre je suis vraiment sur le baudrier de fortune je suis incollable quoi et du coup j'avais une double satisfaction c'était déjà d'avoir survécu à cette énorme boulette et puis ouais effectivement on a fait la fête on était hystérique c'était génial c'est des années de doutes et d'investissement et d'un coup ça y est ça commence mais sauf que ça fait que commencer à ce stade là tu vois tu commences 3 années et demie de formation et tu viens juste de rentrer donc c'est assez fou t'es hyper content de l'avoir fait et à la fois t'as rien fait c'est encore tout à faire tu

SPEAKER_01

peux encore être éliminé entre guillemets une fois que tu es dans la formation ouais

SPEAKER_00

tu peux être éliminé tout le temps après dans les faits il n'y a pas beaucoup de gens qui sont éliminés ou disons il y a des gens qui sont retardés tu vois qui vont rater en stage et qui le refont l'année d'après donc ils perdent une année ou deux dans le cursus mais il y a peu d'échecs sur une promotion il va y en avoir peut-être 1, 2, 3, 4 qui finiront pas guide mais c'est C'est anecdotique. C'est le temps que ça va te prendre et les efforts que ça va te demander qui peuvent varier d'une personne à

SPEAKER_01

l'autre. Cool. Et ma punaise, elle est énorme l'anecdote du

SPEAKER_00

boudrier. J'ai tout avoué, voilà, ça y est, on le sait. Ça y est. Moi qui essayais de me faire passer pour quelqu'un de très méticuleux

SPEAKER_01

au début de l'interview. C'est clair. Non, mais c'est marrant, tu vois, puis c'est... Voilà, c'est une belle histoire aussi pour montrer que c'est jamais fini, en fait. Et encore une fois, on décide ce qu'on fait, les situations qui nous arrivent. Plutôt que là de baisser les bras, ben voilà, tu vois, tu t'es fait ton baudrier de fortune, t'as préféré être clair tout de suite avec lui, et au final, l'issue a été juste incroyable. très belle histoire

SPEAKER_00

aussi ouais et puis c'est vrai que le copain avec qui j'étais encordé il voyait que j'étais dans tous mes états tu vois je m'en voulais tellement de cette boulette là j'avais les larmes aux yeux et tout et le copain avec qui j'étais encordé donc c'était pas le prof le prof était avec le 3ème stagiaire le copain me dit tranquille repose toi on échange je vais faire la première longueur en tête comme ça toi tu redescends un peu émotionnellement et là moi je dis non je suis trop énervé de ce que j'ai fait il faut tout de suite que je me remette de et en fait je pense que c'est aussi ce que le prof il a vu tu vois c'était de se dire bah des erreurs en fait on va tous en faire mais par contre la réaction qu'on a face à ça lui il a jugé je pense plus ça ce jour là il s'est dit bah d'une part j'ai une solution technique pour faire un baudrier de fortune et puis d'autre part j'ai retrouvé la niaque quoi je me suis dit au contraire ça m'a donné une énergie pour grimper hyper vite parce que parce que je m'en voulais et que je voulais faire mieux que ça et ouais ouais ça c'était peut-être une qualité qui a été mise en avant du coup grâce à mon erreur ouais ouais je me suis pas laissé abattre quoi excellent

SPEAKER_01

jamais se laisser abattre excellent et donc c'est en formation que t'as commencé à t'attaquer à des big walls

SPEAKER_00

oui alors non en fait je faisais déjà des big walls avant la formation j'ai commencé en 2000 mon premier big wall c'était en 2011 aux Etats-Unis donc c'est ce que je faisais pendant mes fameuses vacances dès que l'automne arrivait grosso modo je partais en voyage et j'ai découvert les Etats-Unis en 2009 et ça a été un vrai coup de cœur et j'y suis retournée depuis quasiment chaque année et donc notamment les big walls aux Etats-Unis on en fait pas mal dans le parc du Yosemite dans l'ouest en Californie et c'est des gros murs en fait dans lesquels on passe des nuits parce que c'est trop haut pour arriver à les gravir en une journée donc moi j'avais commencé les big walls à deux tu vois en cordée un peu classique comme tu fais une grande voie à deux sauf que tu dors en plus et tu hisses des sacs parce que tu as tout le matériel, la nourriture, l'eau, etc.

SPEAKER_01

C'est là où tu dors sur ces plateformes. C'est quoi

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

C'est de la toile tendue que tu peux démonter et du coup, tu le transportes un peu plus haut le lendemain et tu enchaînes les nuits comme ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, exactement. Ça ressemble à un lit de camp, mais suspendu. Et donc, tu as effectivement cette toile qui est dans un cadre métallique pendue au-dessus du vide et tu la démontes tous les matins, tu la remontes le soir en fonction de là où Et là, ça a été un coup de cœur direct. C'est vraiment une discipline qui m'a plu parce que ça correspond un peu à ce que j'aime dans l'alpinisme et dans toutes mes pratiques, c'est quand ça te pousse loin. Je suis plutôt quelqu'un qui aime pousser mon corps, ma fatigue, me pousser loin dans mes retranchements et continuer à exiger de la technicité et de la performance dans cet état-là plutôt plutôt que de faire un mouvement répété à l'extrême au point qu'il soit bien meilleur. C'est-à-dire que moi, en escalade sportive très technique sur une voie qui dure 10 minutes, j'aime bien, mais ce n'est pas ce que je préfère. Alors qu'à l'inverse, en montagne, quand tu passes 24, 30, 40 heures d'affilée sans dormir, sans manger, sans boire, quand tu es au bout de ta vie et que tu ne sais plus comment tu t'appelles, je suis dans le plaisir. Tu peux être un peu masochiste. Pour ça, c'est que tu fais une journée, t'es déjà au bout de ta vie, quoi. T'as déjà tout donné en une journée et tu dis, ah, il en reste encore 3-4 derrière, quoi. Et donc, c'est empiler des énormes journées les unes après les autres, c'est génial. C'est... c'est beaucoup trop quoi et donc c'était devenu un peu un rituel d'aller grimper tous les ans ou tous les deux ans aux Etats-Unis et de faire une partie du voyage dans le paris océmitique pour grimper ces fameux big walls et par contre ce que je me suis mis à faire pendant que je passais le diplôme de guide c'est que je me suis mise à faire ça en solitaire et c'est là où tout à l'heure j'ai un peu évoqué ces fameuses ascensions en solitaire j'ai pas fait du tout de solitaire en en haute montagne, en alpinisme. D'ailleurs, je n'ai jamais rêvé de faire du solitaire ou jamais trouvé sa classe. Ce n'était vraiment pas du tout une valeur que j'avais au fond de moi. C'était plus un concours de circonstances, une année, qui fait que j'avais un billet d'avion pour aller aux États-Unis avec une copine. J'avais quand même, depuis quelques mois, cette idée de solitaire qui trottait dans ma tête en me disant« je ne sais pas, c'est peut-être une mauvaise idée». Et puis, la copine s'est blessée et le billet d'avion n'était pas remboursable. et du coup je me suis dit est-ce que ce serait pas un signe donc je suis partie aux Etats-Unis toute seule vu qu'elle pouvait pas et c'est là que j'ai commencé à faire ma première ascension en solitaire et donc après j'ai remis ça chaque année pendant 3-4 ans je suis allée tous les automnes grimper en solitaire au Yosemite

SPEAKER_01

Et donc cette ascension où tu disais t'as fait quelque chose de vraiment plus gros que toi et que tu t'en rappelles c'est peut-être ça qui fait que maintenant dans la voile t'as plus confiance que quand t'avais attaqué l'alpinisme il y a eu une ascension en particulier

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

en solitaire ou là j'ai passé un cap ou c'est la succession de plusieurs

SPEAKER_00

non non t'as raison il y a une ascension qui moi a marqué tout mon être à vie je pense pas trop m'avancer en disant ça mais j'en ai une en particulier dans mon coeur qui est très importante même si tout le cheminement pour y arriver a été important et hyper riche en tout cas cette ascension dont je parle c'est donc la troisième ascension année où je suis allée faire du solitaire là-bas, je me suis lancée dans l'escalade d'El Capitan, qui est la plus haute des parois du Yosemite, qui fait 1000 mètres. C'est des murailles de granit qui sont raides, voire déversantes. C'est vraiment une ampleur... C'est monumental. Souvent, si tu fais tomber un truc, il ne touche même pas la paroi, il tombe dans la forêt au pied direct. C'est vraiment très raide. C'est super impressionnant. Du coup, 1000 mètres, normalement... quand tu fais ça encordé avec quelqu'un d'autre, où tu grimpes en réversible en tête chacun ton tour, et où tu répartis tout le travail entre deux personnes, tu mets à peu près 3-4 jours pour faire cette ascension. Moi, en solo, il faut que je précise que c'est du solo encordé que je fais. C'est pas comme... Souvent, on pense à Alex Honnold, qui est très connu, qui grimpe juste avec son petit sac à poche autour de la taille et rien d'autre, et qui met 4 heures à arriver au sommet du truc et si jamais il fait une erreur bah il tombe moi c'est pas du tout ça c'est des techniques un peu particulières mais où j'utilise les cordes comme si j'étais encordée avec quelqu'un sauf que bah du coup c'est en fixant des cordes en redescendant en remontant etc et que je monte mais du coup je monte et je descends pour défixer tout ce que j'ai fixé pour pouvoir être assurée et puis une fois que j'ai fini l'escalade il faut que je lisse mes sacs donc en fait je fais à peu près trois fois le travail que je fais si je suis encordée de deux ok donc donc moi dans mes statistiques des années d'avant je savais que je mets 3 fois le temps en solitaire du temps que je mets en cordée donc j'avais déjà grimpé sur El Capitan plusieurs fois en cordée 2 et à chaque fois ça nous avait pris 4 jours, 4-5 jours donc là je suis partie faire cette ascension en solitaire et j'avais calculé que je partais pour 12 jours

SPEAKER_01

mais du coup avec tous les challenges que ça implique parce qu'au delà du fait que tu fais 3 fois la distance en gros, enfin 3 fois le travail 12 jours ça veut dire niveau nourriture l'eau parce que bon bah l'eau comment tu fais pour l'eau par exemple

SPEAKER_00

t'as 12 jours d'eau avec toi ouais c'est ça t'as 12 jours d'eau donc forcément t'en prends moins que ce qu'il te faudrait parce qu'il faut la hisser donc c'est hyper lourd et c'est beaucoup de fatigue donc tu acceptes de te déshydrater donc ça moi l'avantage c'est que ça faisait 10 ans que je faisais des bigoles donc je savais exactement tu vois quelle quantité d'eau je pouvais me permettre de prendre pour tenir l'effort et s'emporter trop donc c'est mesuré, enfin tu vois, je savais exactement tout ce qu'il me fallait, en nourriture pareil, et effectivement, je suis partie pour les 12 jours, j'avais 60 litres de flotte dans le sac, donc 60 kilos d'eau, plus la nourriture, plus ma plateforme pour dormir qui s'appelle un portaledge, plus le duvet, une corde en rab, du matos, le duvet, des fringues, des batteries, enfin voilà, il y a tout un gros chargement, en fait, quand je suis partie dans la voie, j'avais sur moi ou sur le rocher le matériel technique, les les coinceurs, tous ces trucs qu'on utilise pour l'évolution, et les cordes. Donc ça, c'était fixé sur le rocher dans mes longueurs. Par contre, le chargement que je hissais du pied d'une longueur en haut d'une longueur faisait 120 kg au départ. Ah ouais. Voilà. Donc ça veut dire que 120 kg, j'ai beau être costaud, je suis incapable de déplacer 120 kg comme ça à main nue. Donc je suis obligée de mettre en place des systèmes de mouflage, de palan, une démultiplication des forces grâce à des systèmes de poulies et de bloqueurs. qui fait que je peux réduire le poids de mon chargement, mais par contre, l'inconvénient, c'est que moi, je réduisais de 3 pour 1, c'est-à-dire que mon sac, il faisait l'équivalent de 40 kilos au lieu de 120, enfin, mes sacs, plus, on va dire, les frottements, donc j'étais à plus que 40 kilos en termes d'effort, mais par contre, je hissais 3 fois la longueur, vu que je divisais par 3 pour 1 le système de mouflage, donc ce qui fait que chaque... En fait, le mur qui faisait 1000 mètres, moi, j'ai hissé au minimum 3000 mètres de sac, tu vois

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Et vu chaque longueur, vu que mes cordes étaient fixées, il fallait que je redescende et que je remonte. Moi, j'ai monté et descendu deux fois la montagne au minimum. Et ça, c'était quand tout se passait bien et qu'il n'y avait rien qui coinçait. Sinon, hop, je gagnais un aller-retour au relais du dessous. Donc, en fait, c'est ça qui est très long en solitaire. Tous les efforts sont plus longs. Tu triples à peu près tous tes efforts. Et puis, il y a un autre paramètre, c'est qu'en fait, tu n'as pas de... tu n'as pas de relais ni à ta fatigue, ni à tes émotions. Il n'y a personne pour te relayer, il n'y a personne pour t'encourager. Donc, ça veut dire que quand tu es diminué par de la fatigue ou de l'émotion, tu restes avec ça et il faut composer avec. Et donc, ça impacte plus ou moins selon les personnes, je pense, en tout cas pour ces émotions. Et pour la fatigue physique, on imagine bien que quand tu grimpes à deux, celui qui assure le grimpeur, en fait, il il a une heure ou deux où il peut un peu regarder le paysage écouter de la musique en faisant filer la corde tu vois gentiment il se repose quoi alors que quand t'es en solitaire chaque minute est remplie donc si une journée elle dure 15 heures bah quand t'es en à deux tu vas avoir 10 heures d'effort on va dire sur les 15 heures quand t'es tout seul c'est 15 heures donc du coup tu cumules aussi vachement plus de fatigue quand t'es tout seul

SPEAKER_01

et puis il y a un autre un autre critère auquel je pense c'est quand tu pars sur 15 jours au lieu de 4 comment tu fais pour la météo parce que j'imagine que t'as pas des prévisions hyper précises à 12 jours et donc si tu te retrouves au milieu de la voie tu fais quoi avec un orage de ouf

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ah honnêtement ça c'était ma terreur c'était vraiment le truc qui me faisait le plus peur c'était la météo donc moi je suis partie le début j'avais un créneau de beau de sûr pour les premiers jours c'était anticyclonique parfait donc je me suis dit bon bah ça c'est déjà c'est déjà pris et j'avais alors j'avais de quoi endurer une tempête dans le mur on va dire déjà j'avais prévu de la marge un petit peu de marge en eau ça si tu prends du mauvais temps t'as moins soif parce que tu fais moins d'efforts et qu'il y a moins de soleil donc je pouvais réduire un peu aussi ma quantité d'eau donc par rapport à l'eau ça posait pas de soucis la nourriture je pouvais aussi un petit peu serrer la ceinture donc pour tenir après moi j'étais équipée avec la plateforme de parois tu peux l'équiper avec un abri un fly c'est comme une tente que tu mets par dessus et puis après j'avais pas mal réfléchi au système de protection de toutes les fringues de toutes les affaires dans les sacs parce que tu peux te prendre des torrents de flotte sur la tête quand t'es dans le mur donc j'avais théoriquement les moyens d'être là dans le mur à regarder le mauvais temps sauf que moi ma peur principale c'était de me dire mais là si t'es pris dans un orage énorme ou dans une tempête avec des éclairs t'es quand même que sur du métal tout est accroché à du métal le cadre du portaledge il est métallique donc ça me faisait vachement peur et puis alors je me disais bon si jamais si jamais ils annoncent un jour ou deux de mauvais il faut que j'endure donc voilà j'avais préparé mes techniques pour endurer ça dans le mur en ayant très peur et si jamais ils annoncent plus et bien la solution ça aurait été de faire demi-tour et de redescendre mais alors là quelle galère parce qu'en fait il faut imaginer que le mur est en déversant avec une partie des longueurs en traversée ah ouais t'imagines que j'ai moi à redescendre, mais il faut que déjà je rejoigne 50 mètres plus bas le relais du dessous, et puis il faut que je fasse descendre mon sac. Donc s'il est pendu dans le vide parce que la longueur est déversante ou en traversée, comment je le récupère

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

En faisant le moins d'aller-retour possible en haut, en bas, en haut, en bas, tout ça avec le mauvais qui arrive. Donc ça, c'était un bordel dans mes têtes pour concevoir les manips de s'il avait fallu que je fasse une retraite. Et grosso modo, ce qui se passe, c'est que passer un certain point dans la paroi, ça vaut plus le coup de redescendre en fait. C'est tellement long et fastidieux d'organiser une redescente avec tes sacs énormes et le dévers et les traversées qu'il y a un moment il vaut mieux rester sur place et encaisser la tempête en attendant toi waouh ok c'est marrant donc déjà il y avait personne qui savait que j'allais faire ça enfin quand je dis personne c'est pas vrai il y avait 4-5 personnes qui étaient au courant de mon projet et donc il y avait deux amis et ma mère grosso modo à qui j'en avais parlé et qui suivait mon avancée, tu vois, j'avais du réseau sur une partie du mur, donc j'envoyais des nouvelles, ils savaient exactement où est-ce que j'en étais, comment j'étais préparée et tout, et j'avais demandé aussi leur avis à deux grimpeurs, donc un que j'avais rencontré au Yosemite quelques années avant, qui avait fait des trucs en solitaire incroyables, qui me semblaient complètement extraterrestres, parce qu'il avait passé 16 jours dans une paroi, et vraiment, je m'étais dit, mais lui, il est complètement malade, quoi. Mais bref, j'étais restée en contact avec lui, on avait échangé, on s'était recroisés plusieurs fois dans la vallée, là-bas, et puis... et puis c'est vrai qu'entre il y a tellement peu de monde qui fait du solo que ça crée des liens donc j'avais lui et puis j'avais eu le contact d'un guide Laurent en France que je connaissais pas mais qui avait fait aussi du solitaire en big hall comme ça et donc je l'ai contacté il me connaissait pas du tout je lui ai dit écoute je voudrais parler avec toi de cette pratique là faire évoluer un peu ma vision des choses est-ce que tu serais ok pour faire un genre de brainstorming ou avoir juste une discussion et donc je l'ai rencontré il m'a regardé un peu de traviole au début en me disant mais c'est qui quoi tu vois elle se rend pas compte de ce qu'elle dit et puis en fait rapidement il a vu que d'une part dans les méthodes que j'avais déjà mises en place depuis plusieurs années j'étais cohérente dans mon approche mentale j'étais cohérente donc il m'a quand même prise au sérieux et donc j'avais ces deux gars là qui savaient que j'allais faire cette ascension là et quand même quelques jours avant de partir dans le mur j'ai renvoyé un mot enfin je crois qu'on était sur messenger avec l'alien qui avait fait 16 jours dans le mur là qui était un anglais et puis je lui demande quand même je lui dis mais en cas de tempête quoi vraiment ça me chagrine je dis comment tu fais et alors il m'explique très techniquement tu mets ton sac à l'envers il faut que tu t'enfermes avant que la pluie arrive des détails un peu logiques très techniques et puis à la fin de la conversation il me dit et puis une fois que t'as fait tout ça et que t'es enfermé dans ton portaledge et que ça commence à tomber il me dit là il te faut de la drogue alors c'est marrant parce qu'au Yosemite il y a quand même pas mal il y a toujours eu un peu la culture de la drogue tu vois depuis 70 ans c'est une vallée où les gens les gens tournaient autour de ça ce qui est pas mon cas tu vois mais je trouvais ça tellement drôle ce qu'il disait ou de l'alcool ou n'importe quoi mais il me dit là tu vas vivre quelque chose quoi donc en réflexion elle voulait tout dire tu vois c'était juste dire bah tu vas te taper un trip le trip de ta vie si tu te prends la tempête là-haut tu vas tout vivre mais tu vas vivre quelque chose

SPEAKER_01

bon toi heureusement t'as pas eu à vivre ça

SPEAKER_00

et non j'ai eu 11 jours de bleu fluo pas un pet de vent j'avais même trop chaud mais j'ai eu un créneau incroyable comme il qu'il n'y en a pas souvent en fait donc heureusement j'ai

SPEAKER_01

pas touché du doigt ma plus grande hantise cool alors tu disais que ça avait été un peu l'ascension le point tournant dans ta carrière d'alpinisme ou en tout cas celle qui t'a fait réaliser un certain nombre de choses sur le plan perso c'est quoi du coup bon là je pense qu'on a bien compris d'un point de vue technique logistique et les risques c'est assez clair que c'était un truc de fou mais mais toi maintenant avec du recul ou même je sais pas peut-être directement après avoir fait l'ascension qu'est-ce qui t'a fait dire ok là j'ai passé un palier

SPEAKER_00

alors directement après l'ascension c'est sûr que non parce qu'en fait je me suis tellement poussé loin avec moi-même avec ce que j'ai exigé de moi de mon corps de mon mental que c'était super désagréable en fait juste après l'ascension souvent les gens me disent ah tu devais être trop contente mais pas du tout en fait j'étais comme une bouteille de coca que t'as secoué dans tous les sens et qui explose quoi je me sentais vraiment comme ça, à me dire je ne contrôlais plus rien de ce que je ressentais, je ne faisais que pleurer, je n'étais pas du tout fière de ce que j'avais fait, c'était assez bizarre le chamboulement que j'ai vécu, et donc ça, ça a duré quand même plusieurs semaines, et j'ai vachement utilisé le regard des autres pour m'aider à un peu apaiser ça, et puis poser une autre vision sur ce que je venais de faire, mais par contre, après coup, j'ai énormément réfléchi et revécu tout ce qui s'était passé, et essayé de comprendre déjà pourquoi je l'avais fait, ce que j'en avais retiré, et moi je pense que ce qui m'a construite énormément dans ce projet-là, c'était le fait de pouvoir être totalement moi-même. En fait, je pense que toute ma vie, et encore plus particulièrement dans la pratique de l'alpinisme, et encore plus dans le cursus pour devenir guide, je me suis toujours sentie décalée, ou l'impression de ne pas coller aux attentes, de ne pas fonctionner comme il faudrait fonctionner ou comme une moyenne des gens fonctionne et ça ça a été en fait ça a été dur pour moi toute ma vie je pense que c'est pour ça aussi que j'ai arrêté les études très tôt que je suis partie un peu sur des chemins originaux et malgré mes chemins originaux je me heurtais toujours à ce cadre où j'avais l'impression de pas coller et j'en souffrais et j'en souffre encore c'est un truc qui est pas simple pour moi dans la vie et en fait du coup le solitaire qui plus est personne n'était au courant donc ça veut dire que j'avais pas de pression je devais rien à personne et encore plus dans un sport qui est pas du tout à la mode c'est à dire que ce que je fais du big wall en solo il y a personne qui veut faire ça parce que c'est une très mauvaise idée c'est très fatigant ça mène nulle part alors qu'on peut aller très vite la preuve Alex Honnold il a mis 4h là où moi j'ai mis 11 jours quoi tu vois et moi je dis non je veux faire du slow and heavy quoi donc en fait tout ça pour dire que j'avais vraiment pas de pression sur ce que je faisais en tout cas la seule pression que j'avais elle était par rapport à moi même et mes propres exigences et du coup la manière dont je l'ai réalisé elle a été extrêmement juste pour moi et je vais m'expliquer grosso modo moi ce que j'ai vécu alors certes j'ai fait El Capitan en solitaire mais ce que j'aime bien dire c'est que j'ai fait El Capitan en solitaire en pleurant alors c'est pas vrai j'ai pas pleuré tout du long mais par contre j'ai eu énormément d'émotions qui peuvent être perçues comme négatives ou on se dit elle va pas y arriver ou faut pas qu'elle y aille ou si t'as peur c'est que t'es pas prête ou ce genre de choses et en fait pour moi avec ma personne c'est différent, c'est-à-dire que ces émotions, elles font partie de moi, et que Al Capitan, ça m'a permis d'accepter de vivre avec ça, plutôt que de repousser ça, parce qu'il faut repousser ça. Et du coup, ça a été comme une validation du fait que moi, je peux arriver à fonctionner avec mes émotions, même si elles sont très fortes et très impressionnantes par rapport à la moyenne, et donc sortir un petit peu de cette attendu qui dit qu'on est plus performant si on met ses émotions de côté. Moi, c'est l'inverse. Et donc, toutes les émotions que j'ai eues avant le mur et puis pendant le mur, toutes les émotions, plutôt que de les brimer, de les empêcher, je faisais l'inverse. Je me disais, bon, ok, j'ai peur. Ok, j'ai envie de pleurer. Ok, je pleure. Voilà, d'accord, c'est un constat. Et après, moi, qu'est-ce que je fais de ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je reste la personne que je suis, qui est capable de faire des grosses choses et d'encaisser des grosses charges de travail, d'effort et de fatigue. Et puis, quand il y a une émotion, j'ai la laisse vivre et puis derrière je recrée ce que j'ai créé moi-même quoi et du coup en fait j'ai vécu au rythme de ça et ça pour moi c'est le plus grand de mes succès quoi c'est de me dire j'ai été moi-même et en plus de ça un peu cette je sais pas si c'est peut-être négatif de dire ça comme ça mais un peu cette revanche de dire de montrer aussi bah vous savez ce que je l'ai fait je l'ai fait en pleurant quoi et je l'ai fait en étant celle que vous m'avez toujours demandé de pas être et bah celle-là elle arrive quand même en haut du mur quoi et ça pour moi ça a été je pense pas que ce soit ouais je pense pas que ce soit que le prouver aux autres mais ça a été m'offrir la possibilité à partir de là d'accepter que je suis comme ça et que à partir de maintenant bah je fonctionnerai comme ça point barre quoi la preuve en est ça m'a emmené en haut d'elle capitaine donc bon je fais l'ananas sur d'elle c'est pas simple tous les jours je te rassure il faut quand même que tous les jours je me remette dans cette direction mais en tout cas j'ai la preuve tu vois je me suis offert la preuve que j'étais capable de faire un truc qui était énorme dans mon système enfin dans mon échelle de graduation un truc qui était énorme pour moi en le faisant à ma manière en étant qui je suis et ben ça c'est le plus beau cadeau je pense que je me suis fait c'est pour ça que je te dis je sais qu'à l'échelle d'une vie ça restera un événement pour toujours quoi je pense qu'il y

SPEAKER_01

aura un avant et un après quoi ouais et justement qu'est-ce que ça a changé après que ce soit dans ta pratique de l'alpinisme ou même maintenant maintenant que tu rentres dans l'univers de la mer

SPEAKER_00

et ben j'ai l'impression que sans prétention c'est pas du tout ça que je veux dire mais j'ai l'impression J'ai l'impression que c'est comme un acquis. Toutes les fois où je vais douter, je me rappelle l'état dans lequel j'étais au pied du mur avant de partir pour mes 11 jours. Quand je te le décris, j'étais en larmes. Grosso modo, j'étais en larmes à me cacher derrière un arbre en me disant qu'il faut que je trouve quelque chose pour me barrer d'ici, changer mon billet d'avion et rentrer illico presto en France et abandonner tout ça. C'est de la folie. Parce que j'avais peur, parce que cette peur prenait trop de place et parce que... Et du coup, je me rappelle très bien de cet état-là. Il était moche, enfin il était moche, je veux dire, c'est pas glorieux de se dire tu t'attaques à un monstre et t'es dans tous tes états. Et pourtant, j'y suis allée parce que j'avais des raisons objectives de me dire que techniquement j'avais le niveau, physiquement j'avais le niveau, logistiquement j'avais tout préparé. Enfin, à part mes émotions, il n'y avait rien qui m'empêchait d'y arriver. Et donc moi, j'ai pris le parti de m'embarquer là-dedans avec mes émotions et de les surpasser et d'arriver là-haut. Et donc du coup quand dans ma vie je ressens cet état là qui est un état qui est pas confortable du tout à me dire t'es pas capable t'es nul fais pas ça fuis enfin tu vois toutes ces un peu ces croyances négatives ou ces peurs qu'on a avec soi même je me dis ouais sauf que cette fois là tu ressentais ça mais puissance 10 et tu l'as quand même fait donc j'ai la preuve que ces émotions elles sont pas limitantes tu vois même si c'est difficile de les surpasser et en fait moi ce que j'ai retenu c'est surtout ce mécanisme avec moi même de me dire je vis un truc qui est hyper dur et pour Pourtant, je peux arriver à m'en sortir par une petite porte qui n'est pas évidente ni pour les autres ni pour moi, mais elle existe et je vais y aller. et c'est ça du coup que je réutilise beaucoup pas au quotidien mais en tout cas dans toutes les grosses choses de ma vie je me rappelle très bien l'état pitoyable dans lequel j'étais au pied de ce mur et la nana qui était en haut du mur 11 jours plus tard et ça c'est une preuve c'est une preuve dans mon univers là où dès que quelqu'un va essayer de me prouver avec des arguments que mais si t'es quand même forte mais non t'es pas comme si en fait ça marche pas j'y crois pas par contre à chaque fois que j'essaye de douter de moi il y a une petite voix qui me dit ah ouais elle capitane

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

points

SPEAKER_01

t'as raison c'est un peu ça c'est une super histoire c'est vraiment une super histoire et comme tu dis tu vois je trouve que je pense ça fera écho à plein de gens ce moment avant de te lancer dans des projets où tu vois t'as peur tu flippes tu l'as jamais fait tu doutes mais le fait de quand même te lancer de te dire non mais il y a des éléments objectifs qui font que j'ai toutes les raisons d'y arriver d'y aller quand même et comme tu dis de t'as dit de surpasser tes émotions pour au final, tu vois, venir valider ce passage de palier. Ce que je trouve fou aussi quand même, c'est que t'as réussi à faire ça sur, t'as mis 11 jours, c'est

SPEAKER_02

ça

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Sur 11 jours, tu vois, donc c'est pas, je vais faire un marathon et puis voilà, je me fais un peu, je me fais un peu, je me force un petit peu et puis ça va passer quoi, tu vois, en 4 heures. Là, c'est 11 jours quoi, donc je trouve ça juste génial comme histoire. En tout cas, vraiment, merci beaucoup de nous l'avoir partagé avec autant de détails et et autant de transparence parler de ses émotions et de la façon dont on les gère c'est pas forcément un exercice hyper facile mais je trouve ça hyper inspirant de voir que t'as réussi à tirer plein de leçons de cette ascension en particulier

SPEAKER_00

et c'est marrant c'est que, excuse moi je suis bavarde je te laisse

SPEAKER_01

même

SPEAKER_00

parler je te grille ton c'est marrant c'est que du coup pour revenir à ce dont on parlait tout à l'heure où je t'expliquais ma vision un peu de cet arbre décisionnel en fait maintenant pour moi mes émotions je les mets pour moi c'est une branche aussi alors une branche qui on va dire qui domine un peu toutes les autres parce que pour moi c'est le premier truc à passer mais par contre c'est juste c'est juste un élément qu'il faut prendre en compte en tout cas moi pour ma pratique ma façon de faire et que je retrouve chez beaucoup de gens en fait du moment où ils sont face à une émotion notamment toujours pour ce rôle de formatrice que j'ai dont on parlera peut-être ou pas mais dans tous les cas quand je parle de formation les filles souvent elles ont les filles que je forme elles ont tendance à me dire ouais mais toi au début elles disent toi t'as pas peur ouais mais toi t'es forte ouais mais toi machin je dis ah non pas du tout je dis non non non et je leur parle de ça je dis juste en fait l'émotion c'est un truc qui existe et dont tu dois tenir compte si t'en tiens pas compte ça va envahir tout le reste et si t'en tiens compte bah oui c'est pas ce que t'aurais voulu mais tu peux construire autour quoi et donc c'est valider la place de cette émotion et décider que ce n'est qu'une partie de la chose. Moi, dans mes objectifs et ma pratique, il y a de la place pour les émotions, parce que j'en suis remplie, il y a de la place pour la technique, il y a de la place pour la fatigue, il y a de la place pour le lien aux autres, il y a de la place pour le budget. Je gère un peu tous ces paramètres et les émotions en font partie. Et du coup, après, tu peux devenir hyper subtil avec tes émotions, c'est-à-dire que tu peux les relier à ta fatigue, pour nous les femmes, à ton cycle hormonal, aux liens que tu as aux gens qui t'entourent, qui vont créer plus ou moins telle ou telle émotion. Et donc, tu peux être hyper subtil avec ta gestion de tes propres émotions mais par contre moi ce qui est sûr c'est que ce que je fais de moins en moins j'ai envie de dire quasiment plus même si je me fais encore avoir c'est de les nier ou de les refuser tu vois parce que ce que je dis toujours le chemin le plus court c'est là où t'es c'est en partant de là où t'es si tu cherches déjà à aller là où t'es pas tu perds déjà du temps pour y aller quoi donc en fait le plus simple c'est d'accepter là où t'es donc là où je suis j'ai peur ou je me sens pas capable ou je suis triste ou j'ai de la colère où toutes ces émotions négatives où on se dit je dois pas ressentir ça je dois être joyeuse, neutre etc bah en fait déjà pour devenir ça tu perds déjà du temps parce que ça marche pas alors le plus simple c'est de partir de là où t'en es même s'il y a une émotion négative qui semble te pénaliser bah c'est la réalité quoi tu l'as tu l'as donc si tu pars de là hop t'attaques le chemin le plus court et de là tu te reconstruis tu vois ça part de là en fait ça part de là où

SPEAKER_01

t'es cet état d'esprit c'est quelque chose t'as que t'as pu observer dans le milieu de l'alpinisme ou en mer ou ça vient un peu casser certains codes je crois que je connais un peu déjà la réponse

SPEAKER_00

mais bon en plus tu vois ma tête en même temps ouais non je pense que là on est loin des schémas classiques c'est ce qui fait que moi j'en ai bavé pour et me faire ma place et me sentir bien dans ce milieu là c'est parce que ouais je me sens décalée je pense que je suis pas la seule à être décalée mais qu'il y a des gens qui arrivent plus ou à le cacher, moi j'y arrive pas j'ai toujours été trop entière pour ça et donc je pense que le coup de l'émotion on progresse et on accepte de plus en plus mais je pense que c'est pas du tout habituel dans des milieux rudes comme ça en tout cas traditionnellement très rudes, très masculins après à mon avis on ouvre un petit peu nos mentalités à ça un peu plus tu vois notamment tout le travail de coaching c'est aussi de tenir compte de ça de la personne qu'on est et donc là on se rend bien compte que la performance elle doit tenir compte de ça mais moi j'entends aussi toujours le discours dans les sports de haut niveau de gens qui disent que tu dois pas avoir d'émotion pour pas donner davantage à tes concurrents tu vois de pas leur laisser d'emprise sur toi s'ils savent que tu ressens telle ou telle émotion j'entends vachement ce discours et j'arrive pas à y être parce que je me dis certes dans la compétition il y a une comparaison aux autres mais il y a surtout une performance par rapport à soi même c'est à dire que ce que tu veux c'est être à 100% de ce que tu peux être capable de donner et donc pour ça moi je suis persuadé que la place de l'émotion elle est hyper importante même si après on va pas forcer quelqu'un à avoir des émotions s'il en a pas je suis d'accord que la même chose que de demander à moi de pas en avoir ça marche

SPEAKER_01

pas quoi mais c'est vrai que c'est super intéressant tu vois parce que bon alors moi encore une fois je connais assez peu le milieu de de la haute montagne ou la mer mais dans un univers que par contre je connais bien le judo bon historiquement ça vient du Japon et en termes de performance mondiale les japonais ça reste c'est la meilleure nation au monde en judo quand tu regardes je sais pas si ça t'es déjà arrivé mais si tu regardes des vidéos des jeux par exemple qui viennent d'y avoir à Tokyo tu regardes n'importe quel japonais qui gagne une médaille olympique que ce soit bronze, argent ou or, en termes d'émotion, c'est le néant total. et bah en fait au judo c'est un truc qu'on t'apprend enfin en tout cas dès que tu commences à faire du haut niveau tu vois c'est tu rentres sur le tapis il y a plus d'émotion et tu vois des gars qui gagnent une médaille d'or au JO au Japon chez eux ça fait peut-être 8 ans qu'ils s'entraînent il y a même pas un sourire quoi tu vois c'est jusqu'à ce qu'ils sortent du tapis il y a rien et c'est hyper intéressant ce que tu dis parce que bon après je pense que c'est bon dans le cas du judo je sais pas si si c'est quelque chose qu'il faut encourager parce qu'il y a un code moral qui vient avec ça, où il y a des valeurs très très fortes, des valeurs de tradition aussi. Je ne saurais pas dire si c'est bien qu'il faut qu'il y ait des émotions ou pas, mais c'est vrai qu'en tout cas, effectivement, à haut niveau dans certaines disciplines, tu vois qu'il n'y a pas vraiment la place pour ça. En tout cas, il n'y a pas la place. On nous apprend à ne pas laisser la place à ça. Après, est-ce

SPEAKER_00

que c'est préjudiciable ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, c'est super intéressant. moi j'ai pas raison à la place des autres en fait je me dis juste que pour moi ce serait de la folie de fonctionner sans mes émotions parce que ça me diminue beaucoup plus qu'autre chose et puis l'avantage de mon émotion c'est que c'est elle aussi qui va me permettre d'avoir un surcroît d'énergie, de motivation alors Il y a des phases. C'est sûr que c'est peut-être moins stable que quelqu'un qui fonctionne sans émotions. Mais à la fois, j'ai envie de dire qu'on est différents.

SPEAKER_01

Oui, clairement.

SPEAKER_00

Du coup, je peux juste le juger pour moi et savoir que je fonctionne beaucoup mieux en acceptant et vivant avec mes émotions. En fait, vu que je les ai, ces émotions, le plus simple, c'est de leur laisser la place au moment où elles sont là. Et ensuite, une fois qu'elles se sont faites entendre, elles acceptent de se dissiper. Alors que si je les repousse ça fait l'effet

SPEAKER_01

inverse et je perds du temps quoi ouais du temps et tu vois pour revenir à cette notion de sport je pense très certainement aussi de la performance tu la connais très bien donc j'en parle ici puis ça a été une invitée Marie-Laure c'est ce qu'elle nous expliquait dans l'épisode dans l'épisode qu'on a fait ensemble où elle disait qu'en fait je crois que c'était à Sochi de mémoire ouais c'est à Sochi où elle s'est en fait elle s'est effondrée elle a fini en fait elle a pas fini les jeux elle a fini elle est partie sur une civière et ça a été un espèce de je ne sais plus si c'est le terme qu'elle a utilisé, mais un espèce de burn-out sportif, une explosion en vol. Justement parce que, et ça c'est la leçon qu'elle a apprise après coup, il y avait eu, qu'elle n'avait pas laissé place à elle, ses motivations, ses émotions, comment est-ce qu'elle se sentait, et que c'était performance, performance, performance, jusqu'au point de rupture.

SPEAKER_00

Donc, ouais. Et puis moi, j'ai aussi, moi j'évolue dans des milieux qui sont dangereux quand même, tu vois, au-delà de la blessure il y a quand même des risques des risques de d'accidents très graves de mort enfin à la haute montagne en particulier c'est c'est un milieu qui pardonne pas beaucoup les grosses erreurs et du coup du coup tu vas avoir besoin d'être connecté à toi d'être connecté au milieu d'écouter un peu une sorte d'intuition de de pas nier trop de choses parce que parce que tu peux le payer de ta vie quoi tu vois donc je trouve que c'est pas inintéressant de d'accepter d'écouter voilà toutes ces choses qui sont qui étaient pas mises en avant euh avant et qui maintenant ont un peu plus de place et en tout cas moi dans ma vision c'est

SPEAKER_01

capital et justement tu aurais une anecdote à nous partager d'une situation où tu t'es retrouvée que ce soit en mer ou en haute montagne tu t'es retrouvée en situation de danger et le fait de laisser parler tes émotions a fait partie de la réponse

UNKNOWN

? hum

SPEAKER_00

Non, je pense que les quelques situations dramatiques où ma vie a été en jeu, là, j'ai touché un truc du doigt qui est... c'est assez difficile de l'expliquer avec des mots, et je crois que les gens qui le vivent le savent de quoi je parle, mais sinon, c'est dur à bien détailler, qu'une espèce de réaction de survie un peu surpuissante, où t'as un stock d'énergie auquel t'as pas accès le reste de ta vie. Pourtant, moi, je vais en chercher de l'énergie dans moi tous les jours, mais là, dans les situations de survie, c'est un truc qui est vachement animal, tu vois, c'est vraiment une réaction de survie... hyper puissante donc c'est bon à savoir que t'as ça parce que du coup ça te ça te donne aussi un peu de paysage à ta pratique tu te dis ben ok il y a bon tu peux pas compter dessus mais par contre moi il y a une espèce d'évidence de survie que j'ai déployé dans des situations où j'aurais pas pu penser que j'avais cette cette réserve là par contre pour revenir à ta question je pense que je me suis beaucoup servi de mes émotions et de mon ressenti pour gérer des situations et éviter des incidents ou des accidents ça par contre c'est mon quotidien. C'est d'être énormément connecté à ce ressenti-là et on m'avait questionné une fois dans une émission sur la place des intuitions et moi ce que je pense c'est que l'intuition en fait c'est pas un truc qui est mystique, c'est juste quelque chose qui n'arrive pas à la conscience mais qui est fondée quand même. C'est-à-dire que je pense qu'on a beaucoup plus d'expérience et de choses en nous que ce qu'on peut ramener à notre conscience. Donc pour moi l'intuition c'est juste le fait de faire confiance à ce qu'est en nous mais qu'on met pas à la conscience donc pour moi l'intuition c'est hyper positif et je m'en sers je m'en sers je dirais pas que je vais suivre que ça parce que tu peux être biaisé aussi par plein de choses dans ton intuition mais par contre c'est hyper intéressant d'aller jouer avec ça et c'est ce que je dis souvent quand je forme c'est de dire la peur en fait c'est un grand terme mais il y a mille peurs il y a mille manières d'avoir peur et même avec soi même on a des peurs qui sont plus ou moins vraies qui sont plus ou moins traîtres qui sont plus ou moins importantes t'en as qui se mettent pour réellement te protéger de quelque chose t'en as d'autres qui se mettent parce que t'as une vieille croyance qu'il faut que t'ailles bousculer t'as plein de peurs différentes et donc c'est apprendre moi ce que je trouve génial c'est quand t'apprends à fonctionner avec ça c'est de se dire ah bah cette peur là elle me fait bien rire et une fois que je vais lui dire oui oui c'est bon je t'ai entendu en fait je vais passer par dessus alors que t'en as d'autres où elles vont me faire dire aujourd'hui je rentre à la maison et je ne bouge plus quoi je suis en danger voilà et donc ce que je trouve génial c'est quand tu commences à jongler avec ses émotions tu peux être hyper subtil avec elle quoi de la même manière que toutes les autres branches de l'arbre tu vas pousser ton expérience et ta technicité pour être très fin dans ton jugement mais tu peux faire pareil avec les émotions et c'est de dire ben ok j'ai cette émotion là mais je vais creuser plus loin

SPEAKER_02

quoi

SPEAKER_00

ouais pleure un coup mais en même temps je réfléchis de tiens qu'est-ce qu'elle me parle cette émotion est-ce que je pousse ou est-ce que je pousse pas quoi qu'est-ce qui est juste de

SPEAKER_01

faire rester attentif au signaux en fait j'ai l'impression

SPEAKER_00

au signaux et puis se connaître se mettre mille fois à l'épreuve d'une émotion pour savoir qu'elle est beaucoup plus subtile que juste le grand terme qu'on utilise je pleure, je suis triste c'est beaucoup plus subtil que ça nos émotions et du coup de se créer un peu une base de données de nos réactions et de nos possibilités face à nos émotions et puis de les rendre plus fines que ça de pouvoir vraiment jouer avec quand tu peux

UNKNOWN

Merci.

SPEAKER_01

Waouh

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

En fait, ce n'est pas un échange sur l'alpinisme et la course au large. C'est du développement personnel. C'est génial

UNKNOWN

!

SPEAKER_01

Justement, si on bascule sur la mer, qu'est-ce que tu vas chercher dans la course au large en solitaire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Pour l'instant, je n'ai absolument pas fait de solitaire parce que je suis plutôt dans une phase de découverte, apprentissage, progression, un peu intégrée. Le milieu, c'est code. Essayer de trouver comment y rentrer et puis y faire une petite place. Donc, je ne peux pas encore comparer mon vécu en solitaire en voile puisque je n'en ai pas. Par contre, ce que je vais chercher dans la course au large et qui est une évidence pour moi dans mes tripes, ce n'est pas mon mental qui m'explique, mais c'est un truc que je ressens très, très fort. C'est exactement la même chose que ce que j'ai trouvé en montagne, avec en plus le plaisir de partir à un peu de zéro et de devoir tout apprendre donc en fait ça me stimule énormément parce que c'est une gymnastique que j'adore, comme je t'expliquais c'est la même gymnastique que l'alpinisme pour moi dans ma tête donc je renie absolument pas mon côté montagne et le plaisir que j'ai à être guide j'ai le même en fait en mer à avoir cette gymnastique là sauf que en plus de ça, ça me stimule pour tout découvrir donc j'ai les yeux grands ouverts, j'ai des questions dans tous les sens le soir j'ai envie d'aller bouquiné, d'aller poser des questions, dès que je rencontre quelqu'un j'écoute tout, enfin tu vois je retrouve un peu je me revois il y a 20 ans quand j'y connaissais rien et que je voulais tout comprendre et ben là je suis pareil mais avec tu vois avec l'expérience du mécanisme de comment mettre tout ça en place donc en fait c'est génial c'est que ça va vachement plus vite en plus qu'en montagne, j'apprends beaucoup plus vite parce que je connais déjà ce mécanisme et je le maîtrise en partie et maintenant j'ai juste à mettre le contenu dedans donc en fait c'est un vrai jeu pour moi c'est un vrai jeu et du coup je je me sens super vivante. Super vivante et en plus... Ce qui est chouette, c'est que tu as compris que tout ne s'était pas fait facilement dans ma vie, qu'il y a eu autant d'échecs que de réussites. Enfin, c'est dur à comparer, mais il y a eu des moments durs. Il a fallu du temps pour que je trouve les voies pour me sentir bien, etc. Et l'avantage de tout ce travail-là, c'est que je ressens si je suis bien ou pas bien, si c'est là où je dois aller ou pas. Et là, j'ai une certitude sur la course large qui est assez bluffante. Je vois bien que le regard des gens est un peu sceptique dans le sens où je Je viens d'apprendre ce que c'était que la voile et direct, je veux me lancer dans un gros truc. C'est un petit peu gourmand. C'est un peu ambitieux et on demande à voir. Et moi, je me dis, peu importe le résultat, ce qui est sûr, c'est que je suis là où je dois être et que je m'y sens vraiment très bien. Même si je suis nulle, même si ça m'aide nulle part, c'est une très bonne place pour moi. C'est aligné. Et ça, c'est chouette. Ça ne m'est pas arrivé très souvent dans ma vie de cette sensation d'alignement où tu... je sais pas si tout le monde a ça ou si les gens ont ça mais l'écoutent pas forcément mais en tout cas ça m'a fait ça pour le guide c'était une certitude et le solitaire ça a été pareil et là j'ai la même chose pour la voile c'est de me dire mais je peux pas faire autre chose, c'est impossible même si je dois galérer même si ça s'annonce très très compliqué je vois pas comment je pourrais faire autre chose de ma vie c'est une évidence une évidence c'est compliqué à expliquer aux gens parce qu'il faut justifier qu'à presque 40 ballets mais comment tu vas faire ben en fait j'en sais rien mince j'ai pas tout établi c'est sûr ça s'annonce pas raisonnable du tout mais

SPEAKER_01

par contre c'est intéressant de voir comment enfin déjà je pense que t'as de la chance d'avoir ces évidences qui sont venues, qui sont imposées et puis surtout du courage de les écouter et de te donner les moyens de foncer dans ces différents univers. Et du coup, peut-être la question sur la suite, c'est quoi l'objectif, le grand objectif, s'il y en a un

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Tu disais que pour le moment, tu n'as pas vraiment de plan, mais est-ce qu'il y a une direction que tu suis

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Est-ce qu'il y a une course en particulier qui te fait absolument rêver

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ou, je ne sais pas, un niveau de technicité que tu aimerais atteindre

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Ou tu dirais, bon, là, j'ai fait mon El Capitan de

SPEAKER_00

la mer

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, c'est marrant comme question. Il y a un côté où j'ai un peu de pudeur, parce que je me dis... c'est des rêves et donc tu vois un rêve il a la possibilité de jamais se réaliser donc c'est un peu gênant d'en parler parce que tu te dis bon mais en soi c'est pas grave parce qu'en plus surtout que ça c'est un truc que j'apprends avec la course au large c'est que t'es obligé de parler des choses avant de les faire parce qu'il y a une question de budget là où en montagne tu peux te permettre d'être caché dans ton coin et de dire juste une fois que c'est fait ce que t'as fait dans la course au large c'est impossible t'es obligé de vendre le projet pour obtenir des budgets donc du coup j'apprends à faire ça à un peu plus assumer mes rêves et les dire donc bah moi grosso modo mon rêve ce serait de faire une route du roman solitaire donc c'est une course transatlantique sur voilà sur un bateau idéalement classe 40 c'est des bateaux de 12 mètres qui sont assez physiques donc où je retrouve quand même le plaisir de la dépense que j'ai la dépense physique que j'ai habituellement en montagne et puis ouais le côté solitaire c'est pas du vrai solitaire parce qu'en fait tu travailles avec une équipe complète pour arriver à mener des projets comme ça à

SPEAKER_01

bout une équipe qui reste à terre mais

SPEAKER_00

sur le

SPEAKER_01

bateau t'es

SPEAKER_00

tout seul voilà c'est ça toute la préparation en fait la course en elle-même c'est vraiment juste la partie visible de l'iceberg mais la préparation elle se fait vraiment longtemps en amont et il y a du monde avec qui tu fais ça donc voilà ça lie un peu comme ce que je fais en montagne et beaucoup de relationnel et à la fois une réalisation où là t'es avec toi toi-même dans ta manière de faire et où tu peux te rapprocher vraiment de l'essence de qui tu es et donc voilà j'avoue que un format un peu long parce que c'est sûr que je pourrais faire traverser Marseille-Corse en solitaire mais pour moi ça va pas chercher assez loin pour que j'aille au fond de moi-même donc voilà voilà un peu mon rêve je sais pas si c'est un rêve ou un projet j'essaye que ce soit les deux

SPEAKER_01

et pourquoi on se rend compte parce que ça fait plusieurs fois que tu parles de l'aspect financier tu vois qui change change quand même pas mal de choses par rapport à l'alpinisme pour les régates, pour la course au large. Typiquement, la route du Rhum, c'est des budgets de

SPEAKER_00

combien

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ça peut être un budget, on va dire que c'est des budgets plutôt annuels parce que tu essayes qu'ils soient un peu pérennes d'une année sur l'autre par rapport à l'amortissement du bateau, mais c'est des budgets à 300 000 euros par an. Ça peut être plus ou moins en fonction de ton ambition de performance ou de ta tolérance à la galère. mais voilà pour être confortable oui un budget de 300 000 euros par an c'est pas

SPEAKER_01

incohérent

SPEAKER_00

ok ah ouais quand même ouais mais ces bateaux qui bon bah déjà qui coûtent cher et puis qui exigent énormément d'entretien et plus après toute la logistique de fonctionnement les inscriptions les réparations les assurances toute la communication qu'il y a autour donc tout ça en fait ça fait ça chiffre énormément quoi donc du coup c'est c'est ce qui fait que c'est impossible en tout cas dans ma situation c'est impossible possible de faire ça moi-même. Je n'y arriverai pas toute seule. Je serai obligée de fonctionner avec des partenaires qui vont écrire l'histoire avec moi et participer financièrement.

SPEAKER_01

On va croiser les doigts et espérer que peut-être quelqu'un sur le podcast connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a une entreprise qui serait intéressée. Ça fait effectivement un gros budget. Toutes ces démarches, tu t'es autorisé à déjà commencer à les lancer tu vois envoyer des dossiers etc pour cette route du rhum ou pas

SPEAKER_00

encore ouais ouais alors j'ai commencé ça a été c'est

SPEAKER_01

un projet alors c'est plus un rêve c'est un projet

SPEAKER_00

ça y est mais s'il marche pas ça redevient un rêve donc je ne sais encore pas ouais non j'ai mis très longtemps à assumer justement d'en parler comme d'hab c'est toujours la partie la plus longue moi je trouve de voilà de croire en soi au point d'en parler au monde extérieur donc j'ai pris du temps pour ça. Ça n'a pas été que rose.

UNKNOWN

»

SPEAKER_00

Voilà, ça correspondait à une période aussi de remise en question par rapport à la montagne, par rapport à des blessures, des trucs comme ça. Donc ça n'a pas été que facile de faire ce chemin-là, mais là, je l'assume à peu près, même si je sais que techniquement, c'est un peu ambitieux de vouloir faire ça, alors que tu as des tonnes de marins extrêmement compétents qui font ça depuis toujours et qui n'arrivent pas à aller sur ce genre de course parce que budget, etc. Moi, j'essaie de travailler, de me forcer à croire dans mes qualités, dans celles que j'ai développées, on va dire, par le biais de la montagne qui sont... voilà les qualités à gérer énormément de paramètres avec beaucoup de précision pour maintenir tout le monde en sécurité en montagne et ça en fait j'ai tendance à me dire oh tu connais rien à la mer tu sais pas naviguer et j'essaie de me répondre oui mais t'es experte d'un milieu qui est extrêmement exigeant et c'est un peu ça qui m'aide à l'assumer quoi et puis après au final je me dis mes rêves ils coûtent rien aux autres au pire des cas ils me coûteront un mois et encore tu vois et si j'y mets de la conscience et que je sais que je prends un risque à essayer d'accomplir un rêve reste à moi d'apprécier le chemin pour y aller au point que si ça va pas au bout j'aurais quand même vécu quelque chose en chemin donc j'essaie d'être dans cette démarche là et effectivement je peux assumer que j'ai ce rêve là et par contre j'ai aucune idée si je serais sur la ligne de départ c'est encore complètement

SPEAKER_01

incertain on l'a dit plusieurs fois dans la conversation mais on contrôle pas le résultat donc full gas sur les actions c'est super intéressant et si tu devais un des objectifs du podcast enfin l'objectif un peu le vrai objectif officieusement dont je parle pas trop c'est qu'en fait c'est juste l'occasion de discuter avec des invités complètement fous et ça c'est génial pour moi mais officiellement l'objectif c'est quand même d'inspirer les gens de faire en sorte qu'ils retiennent des leçons des choses qu'ils peuvent appliquer dans leur vie tous les jours à travers ces échanges avec des personnes qui comme toi tu vois ont ont réussi à trouver des projets sur lesquels ils sont alignés et puis surtout à se lancer. Donc moi, je serais curieux de savoir si tu voulais faire un espèce de mix entre toute ton expérience, tout ce que tu as appris à travers les différentes étapes par lesquelles tu es passé dans l'alpinisme et puis ce que tu es en train de mettre en place dans l'univers de la course au large, quelle leçon est-ce que toi, enfin leçon, quel conseil est-ce que tu aurais envie de partager aux auditeurs, aux auditrices qui potentiellement réfléchiraient à se lancer dans d'autres univers ou pas, mais qui hésiterait

SPEAKER_00

encore

UNKNOWN

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SPEAKER_00

J'ai envie de citer Jean-Louis Etienne que j'aime bien et qui dit une phrase qui me parle beaucoup, il dit on ne repousse pas ses limites, on les découvre. Et ce que j'aime dans cette phrase, c'est qu'en fait, elle dit qu'on se trompe sur ce qu'on imagine de nous-mêmes. Donc, on croit que quand on fait quelque chose de grand, on est devenu quelqu'un d'autre. Moi, je pense juste qu'on a accepté d'être cette personne-là, mais qui sommeillait en nous, forcément. Et donc, en fait, la limite, elle est beaucoup plus loin que ce qu'on imagine. Et moi, il y a une phrase que je dis souvent à mes équipes que je forme. Je leur dis, il n'y a de limite que votre audace et votre imagination. Et tu vois, c'est comme le jour où je me réveille, où je me dis tiens, j'ai navigué quelques jours dans ma vie et je traverserais bien l'Atlantique toute seule c'est une imagination qui est complètement délirante, mais vu que mon imagination elle a pas de limite parfois et que derrière j'ai l'audace de me dire et si c'était vrai, et bien en fait il suffit juste de ça, tu vois, juste de se dire c'est un truc qui me qui me parle, je ne sais pas pourquoi, je peux pas l'argumenter et ça va être compliqué de faire face à ce que les autres vont dire mais juste écouter ce truc là qui ouvre un peu les portes de quelque chose de très grand qu'on a au fond de nous et qu'on s'interdit souvent en fait de vivre quoi d'assumer et donc je pense que les clés on les a tous après moi je juge pas les gens qui vont pas accéder à cet univers là parce qu'on est on est tous très bridés par tout un tas de choses et la vie elle est simple pour personne mais par contre je pense que en acceptant de voilà de sortir un peu de la zone de confort et des attendus de tout le monde, de la société, de l'entourage, de ce soi-même, de ce qu'on s'est fixé, en sortant un peu de ces attendus-là, le monde nous appartient, on peut tout faire. Ou en tout cas, on peut essayer de tout faire, et qu'est-ce qu'on risque, tu vois, au final

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Si on se met bien d'accord, qu'est-ce qu'on risque

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Moi, dans ma pratique, je suis quelqu'un d'hyper sécu, parce que risquer la mort, ça ne me plaît pas du tout. J'ai une pratique qui est très safe, tu vois, souvent les gens ne me croient pas, quand je leur dis que je prends très peu de risques, quand je leur dis que je suis une peureuse, ils ne me croient pas, je dis si, si. C'est juste que ça, je le contrôle, donc j'ai une technique un par pour la plupart des choses j'accepte que le jour où ce sera mon heure ce sera mon heure mais par contre pour le reste je maîtrise tout ce qu'il y a à maîtriser pour ne pas mettre ma vie en jeu par contre le reste qu'est-ce qu'on craint tu vois est-ce que tu seras plus malheureux à avoir tenté quelque chose et de pas avoir atteint l'objectif que t'avais peut-être pas très bien placé en fait c'était peut-être juste que tu t'étais trompé d'objectif ou est-ce que tu seras plus malheureux à ne rien avoir tenté et avoir atteint aucun objectif au final quand même c'est clair ouais mais après faut être un peu joueur et accepter de jouer un petit peu aussi avec son confort, ses habitudes, la vision normée du monde, etc. Il faut un peu jouer comme tu jouerais à la coinge, tu vois, où tu mises un peu et plus tu engages et plus tu vas marquer de

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points, tu vois. Super message. Écoute, un immense merci Julia, c'était absolument passionnant. Je regarderai, mais je crois bien que, j'ai même pas vu le temps passer, je crois bien qu'on vient d'exploser le record du podcast sur la durée d'un épisode donc écoute moi je considère que c'est bon signe c'est que c'était en tout cas moi je me suis vraiment régalé donc un grand grand merci pour tous ces partages et puis surtout pour avoir accepté de vraiment te prêter au jeu et de de partager vraiment tu vois quel a été ton parcours d'un point de vue d'un point de vue très personnel donc je trouvais ça vraiment hyper intéressant et une fois de plus merci et puis qu'est-ce que je peux te souhaiter plein de bonnes choses pour la suite je mettrai évidemment en description de l'épisode ton site comme ça si il y a des personnes qui veulent te suivre et voir un petit peu ce que tu fais ils auront directement le lien notamment sur ton compte insta qui est juste magnifique c'est une invitation au voyage je crois que je ne te l'avais pas dit encore continue de poster ce genre de photos s'il te plaît c'est mon petit bonheur chaque fois que tu en mets le moment d'évasion en mer en montagne juste génial donc ouais tout ça pour dire un immense merci Julia et tout le meilleur pour la suite

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et ben un grand merci à toi aussi Loïc parce que du coup comme je te le disais j'avais écouté tes podcasts avant de te rencontrer et j'étais impressionnée par ton ton humanité la douceur de ton approche et puis ton écoute et donc ça a pas démenti l'impression que j'avais eu donc c'est un vrai plaisir merci pour ça c'est vrai que c'est pas un exercice facile forcément de parler de soi de savoir ce qu'on livre ou ce qu'on livre pas à tout le monde quoi et donc c'était hyper chouette de partager ce moment avec toi et je me suis sentie super bien donc voilà j'espère que ça aura plu aussi et puis à toi je te souhaite plein d'audace et d'imagination pour ton parcours et puis de ton nouvelle rencontre aussi dans les épisodes à venir avec des fous comme tu les

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appelles

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des frappés et bien un grand grand merci merci beaucoup Julia très bonne soirée à toi aussi

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