Les Frappés
Des récits inspirants qui vont te faire passer à l’action ! Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs irrévocables dans ta vie 😈
Animé par Loïc Blanchard, ancien sportif de haut niveau en judo, ex-Apple, coach, préparateur mental et entrepreneur.
Les Frappés
60 000 kilomètres à l’école de l’hospitalité, avec Sixte de Maupeou
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Sixte de Maupeou avait 24 ans quand il a quitté sa carrière d'ingénieur pour partir faire le tour du monde en auto-stop. Presque deux ans de voyage, 60 000 kilomètres, 42 pays, et plus de 800 conducteurs et hôtes croisés sur la route 🤯
On parle du jour où il a pris cette décision, des règles du jeu qu'il s'était fixées, et de ce que ça change de dépendre entièrement de la générosité des autres.
On parle aussi de ses nuits : 157 chez l'habitant, 108 dehors, 51 en bateau, 4 en mosquées et même 5 en postes de police. De sa traversée de l'Atlantique à la voile, et d'un vol en « avion-stop ». De l'Iran et des pays en guerre, ces zones que tout le monde déconseille, où il dit avoir trouvé « la bonté, la générosité et l'accueil souvent inconditionnel ».
Sixte est parti porté par une double foi, en Dieu et en l'humanité. Il raconte ce qu'elle est devenue au fil des rencontres, y compris celles qui l'ont mise à l'épreuve.
De ce voyage, il a tiré un livre : « Aux cœurs des mondes », préfacé par Alexandre Poussin.
Excellente écoute 😉
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Police Égyptienne Et Camion Clandestin
SPEAKER_00Et là, un policier nous arrête, il nous emmène au commissariat, etc. C'est parce qu'on n'a pas le droit de faire de l'autostop en Égypte. Et puis là, au commissariat, je lui explique tout le projet de voyager à travers le monde en stop, de rencontrer les gens. Et en fait, il a complètement retourné sa veste. Il nous a ramenés sur la route. Il a lui-même arrêté un camion. Il nous a fait monter dans le camion. Et il a dit aux camionneurs de nous planquer sous des couvertures à chaque barrage de police suivant pour qu'on passe sans problème.
UNKNOWNMerci à tous. ? ? ? ? ? ? ? ? ? ! ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
ADN Du Podcast Et Accueil
SPEAKER_01Hello, hello, tu écoutes Les Frappés, le podcast de celles et ceux qui se dépassent et je suis Loïc, son créateur. Ma conviction, c'est qu'on a tous en nous une version un peu frappée de nous-mêmes qui ne demande qu'à se réveiller. Ma mission, c'est justement de tendre les micros à des athlètes, des aventurières, des militaires, des forces spéciales, des entrepreneurs, bref, des femmes et des hommes qui ont fait le choix de libérer la leur. Pourquoi Eh bien parce que je pense qu'on a tout à gagner à s'inspirer de personnes qui ont osé suivre leur propre chemin. Attention, une écoute régulière peut entraîner des changements positifs, irréversibles dans ta vie. Tu es prévenu. C'est parti. Eh bien, écoute, bienvenue Sixt au micro des Frappés. Je suis super content de te recevoir sur le podcast pour parler de plein de choses, mais principalement de voyages, d'aventures, d'humanité, je pense, peut-être même un peu de foi et d'aventures au long cours en particulier. Merci beaucoup Loïc. Tu as réalisé quelque chose d'énorme. Donc voilà, très content de te recevoir.
SPEAKER_00Merci Loïc. Je suis ravi aussi d'être ici sur ce podcast, Les Frappés, et je pense qu'on va avoir plein de belles choses sur lesquelles échanger.
SPEAKER_01Yes, absolument. Ce que je te propose pour commencer, c'est de nous expliquer dans les grandes lignes qui tu es, qui est SIX, quel a été ton parcours jusqu'à ce jour de 2024, c'est ça, où tu as pris le
SPEAKER_00départ Je suis parti en 2022, revenu en 2024. Voilà, c'était le retour. Alors, mon parcours est assez classique pour un Français parisien j'ai grandi à Paris et puis ensuite je suis parti faire mes études à Londres où j'ai étudié l'informatique je me suis spécialisé en intelligence artificielle donc vraiment le sujet du moment mais pas forcément le sujet que je vais aborder dans cet entretien et j'ai bossé un petit peu à Londres et ensuite je suis revenu à Paris j'ai passé un an à Paris et pendant cette année à Paris est né vraiment le désir de partir découvrir le monde et pas de n'importe quelle manière, de découvrir le monde en autostop. Je pourrais te raconter un petit peu plus comment c'est arrivé. Et voilà, et donc le 2 octobre 2022, je suis parti sur les routes, parti du centre de Paris, de Notre-Dame, pour voyager à travers le monde avec l'idée de passer un à deux ans sur les routes et à rencontrer des personnes de tous horizons, toutes cultures,
De Paris À Un Tour Du Monde
SPEAKER_00toutes religions, différents métiers, différentes vies et des modes de vie très différents. Voilà, pour me confronter un petit peu à l'autre et découvrir l'humain dans ses différentes facettes.
SPEAKER_01J'allais te poser la question, quelles étaient les motivations pour se lancer dans un périple de 60 000 kilomètres, 42 pays, 800 conducteurs et autres Qu'est-ce qui a allumé la flamme initialement
SPEAKER_00Alors, ce qui a allumé la Flamme, c'était le premier voyage que j'ai fait en 2022, donc début 2022. J'avais deux semaines de congé devant moi et j'ai proposé à un cousin de partir le plus loin possible vers l'Est en deux semaines. Et au lieu de partir avec sa 4L, on a décidé de partir finalement en autostop, un petit peu parce que la 4L était en panne aussi. Et donc, je lui ai dit, viens, on part le plus loin possible vers l'Est. Il était au chômage, il avait le temps, il m'a dit oui. Et en deux semaines, en fait, on s'est retrouvés à Istanbul. Enfin, moins de deux semaines même au bout de deux semaines. Et ça a été une aventure assez dingue qui nous a complètement sortis de notre quotidien. On vient tous les deux d'un milieu parisien privilégié et avec une routine, on peut dire, dans nos vies. Et en fait, pendant ces deux semaines, j'ai ressenti une intensité de vie que je n'avais jamais expérimentée auparavant. Et c'était assez dingue, à travers les rencontres principalement. Il y a aussi un peu des défis qu'on s'est donnés, d'aller nager dans les canaux de Venise, sur le chemin ou ce genre de choses. Et puis, il y a des choses improbables qui nous sont tombées dessus et qui nous ont fait voir des personnes et des cultures des pays d'une manière à laquelle on ne s'attendait pas forcément c'était au moment de la guerre civile en Syrie et on voyait tous les Syriens comme de pauvres réfugiés et en fait on se fait prendre par un Syrien extrêmement riche qui possède plusieurs entreprises qui nous prend en stop dans les Balkans qui roule à 200 km sur l'autoroute et pendant ce temps là qui nous sort son deuxième passeport de la grenade qui lui permet d'aller un peu où il veut et voilà un gars qui avait acheté son passeport un petit pays des Caraïbes pour être libre et Et puis, même la première nuit, en fait, on n'avait pas d'endroit où dormir. C'était vraiment à l'arrache. On est arrivés dans les Alpes italiennes. Et là, on voit sur Google Maps un endroit où il y a écrit Rifugio, pas loin. On se dit, trop bien, un refuge, on va essayer de trouver un abri là-bas. Et en fait, c'était un refuge pour migrants. Et il était minuit, ils avaient encore un peu de place dans un dortoir avec des Gambiens. Et ils nous ont dit, on n'a pas l'habitude d'accueillir des Français, mais bon, on a de la place, on ne va pas vous laisser dehors en plein hiver. » Et on s'est retrouvés là à discuter avec les gars, à discuter avec un Afghan notamment, et rencontrer cette personne, découvrir tout son parcours de vie. Lui qui avait fui les talibans, son père s'était fait tuer par les talibans justement. Et Donc en fait, ça c'est juste quelques exemples, mais pour montrer à quel point en quelques jours, on peut s'ouvrir complètement à des nouveaux horizons, sans même être acteur de tout ça. Parce que finalement, ce qui nous a fait vivre de manière très intense, c'était parce que nous, on choisissait de faire. C'était vraiment les rencontres qui nous tombaient dessus. Et nous, on était juste dans une position où on se laissait saisir par toutes les rencontres. et au retour de ce voyage qui nous a amené jusqu'à Istanbul j'ai un ami qui m'a offert un livre qui s'appelle Le Monde en Stop 5 années à l'école de la vie d'un français qui s'appelle Ludovic Hubler et qui entre 2003 et 2008 a consacré 5 ans de sa vie à ce tour du monde en stop et j'ai trouvé ce bouquin complètement fou complètement fou et très beau aussi je me suis dit peut-être que je me suis Je ne me suis rien dit. Simplement, au moment où j'ai refermé le livre, pour moi, c'était une évidence que je devais partir sur ses traces pour vivre ne serait-ce qu'un peu de ce qu'il avait vécu.
SPEAKER_01Tu l'as rencontré avant de
SPEAKER_00partir toi-même sur la route Non, je ne l'ai même pas rencontré. Je ne l'ai pas rencontré. Je pense que j'ai un naturel plutôt introverti. J'aurais pu provoquer la rencontre. Mais je me suis dit que je vais aller faire mon truc. Je n'avais pas forcément envie de... de mettre la charrue avant les bœufs et de... et de lui dire ouais je vais faire un tour du monde comme toi quand en fait j'avais fait encore 0 km
SPEAKER_01je te pose la question parce que je l'ai alors j'ai pas lu son livre mais je l'ai croisé il y a plus de 10 ans je pense sur un événement qui avait un peu rien à voir un événement d'entrepreneuriat vers Sofia Antipolis Antibes etc et il m'avait marqué tu vois il a été venu partager son parcours le fait qu'il avait fait ce tour du monde en stop en 5 ans et Et tu vois, son nom m'était resté et je le suis sur les réseaux depuis. Alors, je n'ai jamais vraiment engagé la conversation avec lui, mais son discours, je me souviens que son récit en personne m'avait vraiment chamboulé, tu vois, m'avait donné des idées, fait réfléchir à ce que je voulais faire de ma vie parce qu'il était parti assez jeune de mémoire
SPEAKER_00aussi. Oui, il était parti à 25 ans. Je suis parti à 24 ans. Donc, assez similaire. Et c'est quelqu'un d'extrêmement charismatique. Il Il fait énormément de conférences et son livre a eu un succès fou d'ailleurs. Et pour la petite histoire, ce qui est marrant, je ne l'ai pas encore rencontré mais je vais probablement le rencontrer prochainement parce que en rentrant de voyage ensuite, j'ai écrit un livre et j'ai été frappé à la porte de son éditeur. Pour moi, c'était une manière de boucler la boucle. Géorama. Géorama, exactement. Où j'ai publié ce livre Au cœur des mondes qui est sorti il y a environ un mois et l'éditeur m'a pas mal parlé de lui aussi et m'a un peu décrit le personnage donc ça c'est marrant et il va sûrement provoquer la rencontre prochainement
SPEAKER_01génial
Istanbul En Stop Comme Déclencheur
SPEAKER_01ok donc ce premier voyage à l'autostop jusqu'à Istanbul avec un cousin vous rentrez par le train
SPEAKER_00et on est rentré en avion finalement ce qui était un petit peu dommage moi je trouve que ça a toujours eu une saveur amère de rentrer d'un grand voyage qui se fait à travers les terres, éventuellement les mers aussi, en avion. Mais là, on était contraints par le timing. Et au-delà des enjeux écologiques qu'on connaît tous, pour moi, l'avion, c'est aussi une... un mode de transport qui viole un petit peu toute la terre qui est en dessous, qui la dénigre d'une certaine manière et on ne voit pas la lente évolution des paysages, des cultures, des architectures. Et moi, je trouve ça hyper beau justement dans le voyage d'avoir cette lente progression et Et donc voilà, l'avion de ligne, pour moi, est un mode de transport, mais pas vraiment un mode de voyage.
SPEAKER_01Entre la lecture du livre de Ludovic et le moment où tu pars, sachant que tu avais fini tes études, tu démarrais dans la vie active. Une fois qu'on a démarré, j'entends souvent des histoires de gens qui, à la sortie de leurs études, avant même de se lancer sur le marché, se prennent un break et partent voyager. Chose qui est d'ailleurs beaucoup plus courante dans les pays anglo-saxons que chez nous. Mais toi, tu avais commencé à travailler, si je ne me trompe pas. Oui. Qu'est-ce qui fait que tu passes à l'action et que tu décides de dire non, c'est maintenant que je veux le faire et pas dans 5-10 ans une fois que j'aurai constitué je ne sais pas typiquement rempli les comptes avec le budget qu'il me faut pour un à deux ans de voyage pourquoi est-ce que tu es parti à ce moment-là
SPEAKER_00C'est une très bonne question en fait déjà j'avais déjà un petit peu rempli les comptes j'avais la chance de travailler en freelance dans l'informatique ce qui est globalement plutôt bien payé je m'embarquais dans un voyage qui coûte Très peu. Voyager en autostop, il faut payer ses visas, sa nourriture et un logement de temps en temps. Mais il n'y a rien à payer en termes de transport, globalement. Donc, à ce niveau-là, il n'y avait pas trop de problèmes. Mais malgré tout ça, il faut quand même un coup de pied aux fesses, un élément déclencheur, quelque chose pour partir. Et après le voyage dont je parlais jusqu'à Istanbul, j'avais cette envie de partir qui était né, mais ça aurait pu rester un rêve dans ma tête éternellement sans que je ne le réalise jamais. Et à cela... J'ai deux réponses. La première réponse, c'est que très jeune, il y a quelque chose qui m'a fait réaliser que les rêves pouvaient se concrétiser et que ce n'était pas fait pour forcément rester que dans la tête. Il y a certains rêves qui ne vont jamais se réaliser et puis il y en a d'autres qui peuvent se réaliser. Et ça, c'est une petite anecdote. Bien avant le voyage, quand j'avais six ans seulement, mon grand-père venait de mourir et ma grand-mère nous a demandé à mes frères et sœurs et moi quel était notre rêve. Et mes frères ont dit des conneries, du genre avoir un paquet de bonbons. Ils ont eu un paquet de bonbons. Ma sœur a dit aller à Lourdes. Donc, ma grand-mère l'a emmenée à Lourdes. Et puis moi, j'ai dit aller en Australie. Et voilà. Et donc, ce jour-là, j'ai réalisé à quel point un rêve pouvait être une force pour se mettre en mouvement. Donc, elle t'a amenée en Australie Tout à fait. elle m'a emmené en Australie donc mes frères et sœurs étaient verts évidemment ça a pris quelques années avant qu'elle m'emmène en Australie et il me disait toujours non mais c'est n'importe quoi elle t'emmènera jamais et elle a préféré la liberté à l'égalité ce qui est quelque chose qui me parle beaucoup donc je suis conscient d'avoir été extrêmement gâté à ce moment là mais c'est une
SPEAKER_01histoire
SPEAKER_00un peu folle c'est une histoire un peu folle qui m'a fait vraiment réalisés plus tard que voilà si j'ai des rêves peu importe à quel point ils sont fous ils peuvent être réalisés et Et il faut s'en donner les moyens. Et quand j'étais enfant, c'est ma grand-mère qui m'a offert ce voyage. Mais ensuite, c'était aussi pour moi une histoire de travailler pour pouvoir m'offrir les espaces que je voulais. Et au-delà du travail aussi, de gagner de quoi réaliser un rêve, il y a aussi juste l'idée qu'on peut se lancer. Et le déclic, ça a vraiment été ce livre de Ludovic Hubler. Et sans ce livre, je pense que je ne serais pas
SPEAKER_01parti. Ça sera intéressant, une fois que tu l'auras rencontré en vrai, de lui partager ça. Je ne sais pas si tu as prévu de le faire, mais
SPEAKER_00c'est énorme quand même. J'ai déjà échangé avec lui sur Internet, donc il est au courant. Mais en vrai, c'est encore plus chouette de partager ce genre de choses.
SPEAKER_01Comment réagissent tes proches Là, tu en parles avec beaucoup de calme et une certaine forme d'humilité mais c'est quand même très courageux tu vois assez jeune de partir se lancer pour une période aussi longue avec un mode de voyage aussi spécial quand même ou en tout cas peu commun aujourd'hui pour
SPEAKER_00nous la question qu'on m'a le plus posée sur la route c'est mais qu'est-ce qu'en pense ta mère et on pense pas forcément au père mais on pense beaucoup à la mère pour ce genre de choses et en fait moi je disais souvent en rigolant je viens d'une fête Une famille de six enfants, elle peut se permettre 15% de perte. Mais dans les faits, mes parents, mes proches sont restés plutôt détendus à l'égard de tout ça. ou en tout cas faisaient attention à pas trop montrer à quel point ils étaient stressés sauf vraiment à des moments clés comme par exemple quand je suis allé en Iran ça c'est quelque chose qui les a vraiment stressés on a eu des discussions très houleuses au téléphone en revanche au départ ils
Livre De Hubler Et Passage À L’Action
SPEAKER_00étaient ils avaient pas si peur que ça seulement je sais que pour mon père ça a été très dur parce que pour lui la valeur travail est extrêmement importante et partir un à deux ans sur les routes c'est pas sérieux et finalement petit à petit au fil du voyage il a aussi un peu changé son regard là-dessus ce qui est quelque chose qui m'a beaucoup
SPEAKER_01touché L'autostop donc t'expliquais qu'il y a eu ce voyage déjà jusqu'à Istanbul de ce que je comprends prévalider ce format de voyage puis le livre de Ludovic qu'il a définitivement enregistré ancré comme étant le format que tu voulais toi aussi adopter mais enfin il n'y a pas de mais ma question c'est que moi je ne l'ai jamais fait mais pour avoir interviewé plusieurs personnes qui ont voyagé comme ça ce qui était assez clair ce qui ressortait c'est que finalement tu dépends peut-être pas entièrement mais en très très grande partie de la générosité des autres et la question que je me pose c'est en quoi est-ce que ça change si ça change quelque chose dans ton rapport aux gens non notamment dans les pays, tu viens d'évoquer l'Iran, mais je sais que tu es aussi allé, globalement, tu as traversé beaucoup de pays où on ne retrouve pas forcément le niveau de vie qu'on a en France. Est-ce que ça change le rapport aux autres de, finalement, toi qui es potentiellement les moyens de voyager comme tu l'entends, tu décides de voyager en autostop, qui est un format où tu as besoin de la générosité de l'autre
SPEAKER_00Oui, c'est quelque chose qui est très difficile à accepter au départ. et il y a vraiment un choix à poser et une grande humilité à se dire, je vais accepter de dépendre de la générosité des autres. Et cette humilité, je ne l'ai peut-être pas poussée jusqu'au bout, ou certains diraient poussée le vice jusqu'au bout, dans la mesure où j'essayais de ne pas coûter aux gens. Enfin, je ne suis pas parti dans un état d'esprit de mendiant. Je suis parti dans un état d'esprit de... Il y a des gens qui voyagent un peu partout sur la Terre, qui se déplacent avec leur voiture, leur camion, leur leur tracteur, leur bateau, je vais aller avec eux un peu comme une valise. Ça ne leur coûtera rien. Je ne vais jamais demander aux gens de m'héberger s'ils n'ont pas proposé par eux-mêmes ou s'ils ne sont pas inscrits sur une plateforme type Couchsurfing pour faire ça. Et malgré ça, j'ai dormi 157 nuits chez l'habitant, sans avoir quasiment jamais rien demandé. Et donc, la générosité qu'on rencontre en France, mais dans d'autres pays, parfois plus encore, est énorme. est vraiment exceptionnel, peut désarçonner. Et il y a effectivement des gens qui étaient parfois très pauvres, qui m'ont accueilli chez eux, qui m'ont nourri plus que de mesure. Mais... toutes ces personnes-là, en général, ils trouvaient aussi leur compte d'une certaine manière parce que s'ils m'accueillaient, c'était rarement juste par pitié. C'était souvent par envie de partager quelque chose ensemble, de partager du temps, de partager une discussion. Il y en avait certains qui se disaient « Mais c'est dingue, un tour du monde en stop, mais j'ai envie de faire partie de l'aventure. » Et donc, finalement, le fardeau de dépendre des gens alors que je viens d'un pays et d'un milieu privilégié sur le long terme n'a pas été si lourd à porter parce que je mettais des limites à cette dépendance et puis ça m'a ouvert les yeux sur la générosité de certaines cultures, l'hospitalité dont on entend parfois parler mais quand on le vit c'est autre chose et je suis vraiment parti aussi dans une idée de formation humaine et spirituelle à me dire en fait je vais apprendre aussi des autres comment euh... comment ils pratiquent des actes gratuits, ce qui va les pousser à faire tout ça pour essayer de moi-même devenir meilleur à l'avenir et m'inspirer de ces personnes-là et essayer de mieux accueillir l'autre quel qu'il soit.
SPEAKER_01Les gens que tu as rencontrés, ils comprenaient ce mode de voyage ou tu as parfois dû... Tu viens de le faire là, tu vas expliquer ta démarche, ton approche.
SPEAKER_00Il y a eu des quiproquos parfois quand j'étais avec des personnes dans des pays dont je parlais pas la langue mais dans l'immense majorité j'expliquais clairement mon approche dès le départ et les gens comprenaient et en fait c'est ça qui les embarquait aussi et qui leur permettait de m'embarquer c'est qu'ils adhéraient au projet et j'ai eu des situations parfois lunaires où je pense à un gars qui m'a c'était en Egypte j'étais avec un ami et il y a un policiers qui nous arrêtent. On avait été pris en stop par un triporteur. Et là, un policier nous arrête, il nous emmène au commissariat, etc. C'est parce qu'on n'a pas le droit de faire de l'autostop en Égypte. On n'a pas le droit en général de se balader dans des transports non agrés, dans des transports privés qui ne sont pas faits pour les touristes par mesure de sécurité. Et puis là, au commissariat, je explique tout le projet de voyager à travers le monde en stop, de rencontrer les gens et creuser les questions de l'altruisme, de la charité, de l'hospitalité dans les différentes cultures. Et en fait, il a complètement retourné sa veste, il nous a ramenés sur la route, il a lui-même arrêté un camion, il nous a fait monter dans le camion et il a dit aux camionneurs de nous planquer sous des couvertures à chaque barrage de police suivant pour qu'on passe sans problème. Et donc ça, ça peut montrer à quel point parfois il y avait des gens qui adhéraient à fond au projet alors qu'au début, on se disait « Merde, merde, merde » il nous met des bâtons dans les roues il va m'empêcher de mener à bien mon projet je vais pas pouvoir faire du stop en Egypte et ça va ruiner tout le voyage et en fait il y a parfois des très belles rencontres notamment avec les personnes qui savent désobéir aux ordres par humanité et par compréhension d'un projet qui dépasse cette simple rencontre parce que comme tu
Dépendre De La Générosité Des Autres
SPEAKER_00disais tout à l'heure c'était dans ce j'ai rencontré plus de 800 hôtes et conducteurs et donc c'est quelque chose d'assez dingue cette chaîne d'altruisme qui se déploie à travers les continents et c'est chaque fois que je rencontrais quelqu'un qui me bloquait je me disais mais ce serait trop dommage qu'il arrête le projet là qui est une décision d'une personne qui bloque tout et notamment avec la police dans des zones un peu tendues 60
SPEAKER_01000 kilomètres, 42 pays, on le disait un peu plus tôt. Si tu devais découper ce long périple en grandes phases, ce serait quoi Géographique peut-être ou temporel Comment tu structurerais tout
SPEAKER_00ça Il y a eu deux grandes phases. Il y a eu une première partie à l'ouest et une deuxième partie à l'est par rapport à la France. Pour la première partie, je suis parti vers l'Amérique latine en passant par l'Afrique occidentale, Dakar et puis une transatlantique à la voile et là c'était une première partie où je découvrais un petit peu ce mode de voyage au long cours Je ne m'étais pas forcément tellement préparé. Et dans cette première partie, il y a eu vraiment deux phases entre l'Afrique occidentale, souvent très accueillante, et puis l'Amérique latine, qui l'était beaucoup moins. Je définis pas mal aussi les régions par l'accueil que j'ai pu y
SPEAKER_01trouver. Tu t'es créé un index, l'index accueil sixth. Je
SPEAKER_00pourrais faire un dictionnaire des pays en fonction des indices d'accueil de faciliter de faire du stop des marques de voitures rencontrées et de l'hospitalité mais Mais je n'ai pas encore écrit ce petit dictionnaire. Et ensuite, il y avait la deuxième partie du voyage qui était de l'Inde, donc de Calcutta jusqu'à Paris. Et là, vraiment, ça a été la partie la plus riche du voyage pour moi. Et notamment tout ce qui est Moyen-Orient, tout le monde arabo-musulman, où il y a l'hospitalité qui est une valeur... ancrés dans la culture et dans la religion dominante là-bas et donc ça facilitait énormément les rencontres c'est-à-dire que j'avais beaucoup moins d'heures d'attente au bord des routes et les gens dans la discussion s'ouvraient beaucoup plus. Les gens m'invitaient plus facilement chez eux et c'est dans l'intimité chez les gens qu'on découvre davantage leur culture. Même si déjà dans les voitures d'Amérique latine, j'ai pu faire connaissance avec une ribambelle de personnes qui m'ont appris plein de choses sur la politique, l'histoire de leur pays, leur vie, la situation économique et puis même aussi toutes leurs questions existentielles on retrouve ça sur tous les pays et où qu'on soit quand bien même l'Amérique latine était moins accueillante parce que les gens ont souvent peur de l'étranger là-bas comme je voyageais en stop j'avais un filtre exceptionnel qui faisait que je ne rencontrais que les personnes les plus ouvertes à la rencontre j'attendais peut-être plus longtemps mais finalement je finissais toujours par rencontrer une personne souvent exceptionnelle qui était prête à aller au-delà des œillères que pouvait lui mettre sa culture ou les pratiques habituelles dans son pays et prendre un inconnu en stop et ça c'était ça c'était merveilleux donc j'ai fait voilà quels que soient les pays j'ai fait des belles rencontres j'ai été accueilli par des gens qui souvent me prenaient en stop je n'allais pas leur demander directement comme je disais de m'héberger mais souvent au fil de la discussion en stop ils finissaient par proposer de me loger et après bon il y a des différences culturelles aussi en fait en France si je suis pris en stop par quelqu'un et qu'on s'arrête dans une station essence chacun va s'acheter son sandwich au Moyen-Orient il n'en est pas question et quand bien même on n'est pas censé s'arrêter dans une station essence parce qu'il n'y a pas de plein à faire les gens vont s'arrêter pour m'offrir le thé je pense au Pakistan ça en devenait comique parce que sur chaque course de 10 minutes en stop on s'arrêtait une demi-heure pour prendre le thé donc j'avançais pas plus vite que dans les autres pays mais c'était extrêmement sympa et on prenait vraiment le temps de faire connaissance avec chaque conducteur
SPEAKER_01Tu as fait de
SPEAKER_00l'avion stop également Oui alors ça c'est C'est un des épisodes les plus fous peut-être de ce voyage. Je pense que c'est là où mes hormones, ma dopamine a atteint peut-être les niveaux les plus stratosphériques parce que ça paraît complètement improbable, impossible même de faire de l'avion stop. Et en fait, c'est assez simple finalement. Je vais pouvoir donner un petit tuto. Je pense que c'est même plus simple que de faire du bateau stop pour le bateau stop j'ai souvent attendu longtemps sur les ports, dans les bureaux des douanes sur les petites îles des Caraïbes etc à Dakar j'ai attendu un mois pour trouver le bateau pour m'emmener sur l'Atlantique et l'avion stop ça s'est fait en 20 minutes c'est à dire que j'ai été dans un aérodrome c'était en Martinique où il y a l'aéroport et il y a une partie avec les petits
SPEAKER_02coucous
SPEAKER_00et les jets privés J'ai vu un petit coucou atterrir. Dès que le pilote est sorti de l'aéroport, de l'aérodrome, j'ai été l'aborder et je lui ai dit « Je fais un tour du monde en stop et je rêve de faire de l'avion stop. » Ça en revient encore aux rêves qui peuvent être réalisés aussi improbables soient-ils. J'ai dit « Je rêve de faire de l'avion stop et je suis prêt à partir n'importe où. » est-ce que t'es prêt à m'embarquer avec toi et en fait les aviateurs les pilotes de petits coucous sont souvent des passionnés qui aiment bien partager leur passion et donc je me disais bon il y a des chances qu'ils disent oui en fait il a dit non mais il m'a dit non mais j'ai mon pote un peu plus loin là tu peux aller lui demander au bar il y a peut-être moyen qu'il te dise oui je vais voir son pote qui était un jeune antillais de mon âge très sympa et qui me dit j'aurais bien pu t'emmener mais en fait je décolle dans 20 minutes donc il aurait fallu que tu aies tes affaires avec toi donc c'est dommage et je lui dis bah si j'ai mes sacs avec moi là on peut partir quand tu veux et donc 20 minutes après on se retrouve on va faire le plein sur le tarmac et on décolle et il m'avait dit je vais à Canoane et
Deux Grandes Phases Du Périple
SPEAKER_00en fait moi je n'avais même pas pris le temps de lui poser la question où était Canoane et dans l'avion je lui ai dit au fait c'est où Canoane donc j'avais aucune idée d'où on partait je m'en volais avec un inconnu complet dans un avion dans les Caraïbes qui m'a qui m'offre ce trajet parce qu'il partait de toute façon et il volait à vide et il me dit c'est une petite île dans les grenadines un paradis d'ultra riche et je peux te déposer là-bas ou alors si tu veux je te dépose à Sainte-Lucie parce qu'en fait je vais ramasser une amie à Canoane pour l'emmener à Sainte-Lucie et donc j'avais même le choix dans quel pays, sur quelle île je voulais aller ce qui est complètement fou et je suis extrêmement reconnaissant à Alex ce pilote qui m'a emmené au Grenadine et sachant que ce qui est encore plus dingue dans l'histoire c'est que de toute façon il volait à vide et ça lui coûtait rien du tout de m'emmener avec lui et je pense que si vous allez sur des aérodromes vous pouvez assez facilement trouver des pilotes qui seront partants pour vous faire découvrir leur passion et vous emmener alors ce sera peut-être juste un tour dans l'air et pas forcément un un voyage d'une destination à l'autre comme j'ai eu la chance de le faire mais je pense que c'est vraiment pas si difficile que ça et j'ai eu un peu de chance mais je pense que ça peut arriver à tout le monde donc n'hésitez pas à aller visiter votre aérodrome le plus proche
SPEAKER_01Donc, tu as décollé de Martinique, vous vous êtes posé à Sainte-Lucie, récupéré une amie à lui, puis vous êtes allé...
SPEAKER_00C'était dans l'autre sens, en fait. Il m'a posé à Canoane. Son amie montait dans l'avion à Canoane et allait à Sainte-Lucie avec lui. Et moi, ça m'arrangeait de rester à Canoane, finalement. Donc, je débarque dans l'aéroport de Canoane et j'étais tout seul. C'était assez marrant. C'est assez improbable d'arriver dans un aéroport international comme ça, tout seul, en descendant sur le tarmac, sans personne. Et voilà, donc une expérience assez marrante.
SPEAKER_01Et comment tu as quitté du coup Comment tu es reparti ensuite
SPEAKER_00Après, ça a été assez compliqué parce que, comme je disais, c'est un paradis d'ultra-riches où déjà, l'immigration me demande, au bureau des douanes, dans quel hôtel je vais loger. Et c'est une île où il n'y a que des palaces hors de prix. et donc j'ai inventé un petit mytho pour pouvoir rentrer dans le pays en disant je dois jeter un tel hôtel et j'ai planté ma tante sur la plage sauf que l'île est toute petite le gars du bureau des douanes m'a retrouvé deux jours après avec ma tante sur la plage et donc là il a commencé à m'emmerder et pendant ce temps je cherchais un bateau pour repartir ou alors un autre avion j'ai essayé avec l'avion je me suis même fait virer de l'aéroport parce que je demandais aux gens qui partaient, mais c'était que des Américains très riches qui repartaient. Il y avait très peu d'avions de ligne qui atterrissaient là-bas. Je ne sais même pas s'il y en avait. Et donc, les gens repartaient en jet privé aux États-Unis. Et j'ai demandé à quelques personnes qui repartaient en jet aux États-Unis. Il y en a qui voulaient me prendre, mais qui finalement n'avaient pas de place. Et puis... un gars qui s'est plaint auprès de l'aéroport donc je me suis fait virer et j'ai été donc sur le port et là j'ai fini par trouver un bateau avec des français qui allaient sur l'île suivante et ensuite j'ai été un peu d'île en île comme ça dans les Caraïbes dans des endroits magnifiques et ça c'était assez fabuleux et en même temps pas toujours facile d'être dans une situation un peu de vagabond de bitnique des mers quand Quand je me retrouvais sur des îles qui étaient faites que pour les milliardaires. J'exagère un peu quand je dis milliardaires. Il y avait sûrement des milliardaires qui passaient là, mais pas que. Mais finalement, je m'en suis sorti en allant d'île en île, en étant pris par des Youtubers brésiliens qui étaient ravis d'avoir un autostopper à mettre dans leur vidéo Youtube parce que ça faisait bien pour leur vidéo. Et puis des Françaises en césure qui... qui m'ont embarqué avec elle aussi sur leur bateau elle faisait un tour de l'Atlantique donc trop sympa et voilà et donc de fil en aiguille je suis arrivé en Amérique Latine et où là ça a été très différent parce que j'avais tout le continent devant moi et j'ai ressenti une sensation de liberté immense en fait à partir du moment où j'étais sur le continent j'avais plus besoin d'attendre des jours et des jours pour des bateaux il s'agissait uniquement d'attendre quelques heures heures des voitures, ça ne changeait plus de la perspective. Je me sentais presque prisonnier, en fait, sur les îles dans les
SPEAKER_01Caraïbes. Tu es rentré en Amérique latine via quel pays, du coup Le Venezuela, la Colombie Via le Guyana.
SPEAKER_00Guyana. Guyana. J'ai hésité à passer au Venezuela, mais en fait, bref, avant, j'étais à Trinité. Trinité, Tobago. Et le Venezuela, c'était quand même très chaud. Et j'étais... prêt à ce moment-là à aller m'aventurer là-bas et notamment la partie du Venezuela qui est à côté de Trinité c'est la péninsule de Paria qui est ou qui en tout cas à l'époque était tenue par des cartels de drogue plutôt que par le gouvernement donc c'était pas forcément la zone la plus rassurante où m'aventurer et je pense que le degré de tolérance au risque que j'ai a augmenté petit à petit au fil du voyage et Et plus tard, je me suis rendu en Iran, en Irak, par exemple. Et si j'étais parti vers l'Est au début et que j'avais commencé par aller vers le Moyen-Orient, je n'aurais pas osé me rendre dans ces pays-là. C'est exactement la question
SPEAKER_01que j'allais te poser. Ton rapport
Avion Stop Et Galères Des Îles
SPEAKER_01à la notion de danger, ou en tout cas de danger, avéré ou pas, mais avait évolué. Donc, visiblement, oui.
SPEAKER_00Oui, tout à fait. Ça a vraiment évolué. Je pense que ça a évolué aussi parce que dans le cadre de l'autostop, je n'ai pas fait la moindre mauvaise rencontre dans le sens que je ne me suis pas retrouvé face à quelqu'un qui m'ait menacé ou quoi. J'ai eu des conducteurs parfois très lourds. Des rencontres bizarres quand même. Bizarres aussi. Effectivement, on pourra l'aborder. Mais j'ai eu finalement que des belles rencontres dans le cadre de l'autostop. J'ai eu des mauvaises rencontres, mais en dehors de ça. l'autostop et dans chaque pays où on me disait fais attention ils sont dangereux là-bas et ça je l'ai pas mal vécu notamment en passant de l'Inde au Pakistan où on me disait va pas au Pakistan c'est un pays dangereux etc en fait à chaque fois j'avais une bonne surprise de l'autre côté de la frontière
SPEAKER_01et on te disait ah mais tu viens là-bas ils sont méchants comment t'as fait j'imagine
SPEAKER_00exactement de l'autre côté de la frontière on me disait la même chose sauf qu'au moins je pouvais me défendre en disant bah non j'y ai été et ils sont pas comme vous le décrivez et il y a souvent dans énormément de pays il y a une vraie peur de l'étranger et il y a des pays où il y a effectivement plus de risques que d'autres je pense pas qu'on soit très bon pour juger à quel point un pays est dangereux parce que par exemple un pays comme le Pakistan on va l'estimer assez dangereux de notre point de vue français parce que quand il y a des choses qui se passent mal en général là-bas c'est des attentats terroristes qui font beaucoup de bruit qui sortent dans les nouvelles etc et on va peut-être juger ça plus dangereux qu'un pays lambda d'Amérique latine où en fait il y a beaucoup plus de criminalité et où on va voyager beaucoup plus facilement et sans peur. Et moi-même, quand j'allais dans les montagnes du nord du Pakistan où il y avait eu un attentat la semaine précédente, je n'étais pas rassuré. Et alors qu'en Amérique latine, où il y avait des bandes qui se baladaient armées de machettes, etc., pour racketter les gens la nuit, j'en ai croisé. En fait, j'étais beaucoup moins stressé.
SPEAKER_01C'est étonnant ce paradoxe de la peur de l'étranger, mais de ce que je comprends, l'étranger domestique en réalité, c'est-à-dire ton voisin qui est un peu plus loin que là où tu vas d'habitude au quotidien. Par contre, un accueil exceptionnel pour l'étranger, entre guillemets, le véritable étranger qui n'est pas un étranger
SPEAKER_00domestique. Oui, c'est assez marrant. Il y a des pays où c'est plus flagrant que d'autres, et je pense notamment au Maroc, où en fait les Marocains me prenaient en stop, mais Ils ne prenaient pas tellement en stop les autres Marocains qui faisaient du stop à côté de moi. Et ça, c'était assez perturbant. Par peur Pas évident. Ils te l'ont expliqué Oui, souvent par peur. Ils se disaient qu'ils ne pouvaient pas faire confiance aux autres Marocains. Et ça, il y en a plusieurs qui m'ont dit ça. Et j'ai trouvé ça assez triste de voir ce phénomène. Et puis, effectivement, bien sûr, des Indiens, ils auraient... a voulu prendre un Pakistanais en stop et peut-être pas non plus un autre Indien. Et finalement, moi, il me... ils me prenaient en stop aux abords de la frontière du Pakistan avec une grande joie. Et je pense que c'est aussi, comme je disais, dans la rencontre, chacun y trouve son compte. Et en fait, il y a beaucoup de gens qui étaient peut-être ravis de rencontrer un étranger et qui auraient eu la flemme de prendre en stop quelqu'un qui vient de la ville voisine où ils se disent qu'ils auront pas grand-chose à en apprendre et pas grand-chose à raconter de cette rencontre après. Il y avait plein de gens qui étaient ravis de notre rencontre parce que derrière, c'était quelque chose qu'ils pouvaient raconter. C'est assez amusant, ça.
SPEAKER_01Tu as été invité à des mariages ou des enterrements, des événements un peu improbables
SPEAKER_00en tant qu'étranger Des enterrements, non, mais j'ai été invité à un mariage, oui. J'étais invité à un mariage indien. Et ça, c'était... C'est marrant parce que c'était un moment où j'étais un peu plus en mode touriste. J'étais avec une amie où on a été voir le Taj Mahal dans la ville d'Agra. Et là, on a logé dans une auberge de jeunesse, comme n'importe quel touriste. Et il y avait un gars qui travaillait dans l'auberge de jeunesse qui nous a invités au mariage de son cousin. et donc on a été au mariage de son cousin et c'était à la fois magnifique et très marrant aussi de pouvoir vivre cette expérience c'est quelque chose dont on rêvait aussi d'assister à un mariage indien c'est quelque chose qui est assez mythique je pense plus encore que les mariages dans d'autres pays et c'était incroyable c'est quelque chose qui dure sur plusieurs jours où les deux mariés sont vêtus comme un Maharaja et sa princesse. Et c'est vraiment fabuleux. Après, c'est beaucoup mis en scène aussi aujourd'hui où il y avait un vidéaste qui filmait la mariée qui arrivait en dansant, etc. Et puis, dès que la vidéo s'arrête, la mariée s'arrête et puis on fait une prise et puis la mariée se remet à danser et tout avec la musique. C'était... c'était assez marrant de voir ça où il y a à la fois un côté très traditionnel et en même temps un aspect très moderne où les réseaux sociaux sont présents, etc. Mais il y a toujours plein de coutumes qui sont respectées, entre des échanges de colliers, par exemple, qui sont faits entre les époux, etc. Et comment ils sont habillés, comment se déroule la cérémonie. Ça, c'est assez chouette à voir. Et je n'ai pas vu d'enterrement, mais toujours en Inde... Enfin, si, en fait, c'était un enterrement. d'une certaine manière mais je ne considère pas ça comme un enterrement parce que moi j'ai une conception de l'enterrement qui est très différente mais en Inde j'ai été aussi à Varanasi au bord du Gange qui est un lieu saint pour les hindous et où ils vont essayer, il y en a beaucoup qui veulent mourir là-bas et être brûlés au bord du Gange avoir leur cadavre brûlé au bord du Gange pour briser le cycle des réincarnations et c'est un donc il y a des brasiers funéraires comme dans Game of Thrones où il y a une personne qui est allongée sur ce lit en métal recouverte d'un drap et puis on va allumer une torche au feu sacré de Shiva donc il y a un feu là-bas qui brûle apparemment depuis des millénaires alors c'est un petit feu qui paye pas de mine donc on a du mal à croire qu'il s'est pas éteint pendant une averse il y a mille ou deux mille ans mais c'est très beau en fait c'est très beau et en même temps terriblement étranger pour nous de voir en fait un cadavre se faire brûler en plein air comme ça avec avec tout le monde autour qui y assiste. On voit la peau carbonisée, etc. Et les gens qui ont tous un air très résigné autour, souvent, qui n'ont l'air ni vraiment dans la peine, il n'y a pas de pleurs, ni vraiment dans la joie. C'est assez étonnant. Et... Et je pense que nous, on est beaucoup plus dans des émotions très fortes, ou en tout cas, on manifeste des émotions plus fortes chez nous dans ces moments-là. Et voilà, il y a aussi des coutumes où le fils de la personne dont on brûle le cadavre, en général, se fait raser la tête à ce moment-là aussi. Il marque quand même vraiment aussi ce départ. Et ça, c'était une expérience assez folle de pouvoir assister à ça. Et ça se fait en public en fait. C'est vraiment au bord du Gange. N'importe qui en est tombé dessus par hasard. N'importe qui qui passe là peut tomber là-dessus.
SPEAKER_01Étonnant.
Risque Réel Et Peur Fantasmée
SPEAKER_01Ça m'amène à une autre question. J'ai la chance d'avoir ton livre entre les mains. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de le finir, mais je me suis absolument régalé. Il y a des anecdotes drôles, parfois très étonnantes, comme ce chauffeur iranien. Je crois que c'était en Iran, il me semble. Clairement pas un pays où on s'attend à être témoin de ce genre de scène. Mais bref, avant qu'on rentre dans le détail, je pense que dans ton livre que j'ai lu ça, où tu expliques que tu es parti pour porter par une double foi, tu vois, en Dieu, en l'humanité. Oui. Donc, tu disais un peu plus tôt, tu n'as fait que des belles rencontres, en tout cas sur la partie autostop. Tu as eu quelques galères. Je crois que c'est au Costa Rica où tu es tombé malheureusement sur...
SPEAKER_00Oui, je me suis quand même fait agresser par un gars avec une machette. Mais pour moi, ça reste l'exception plutôt que la
SPEAKER_01règle. Ça allait être
SPEAKER_00ma
SPEAKER_01question.
SPEAKER_00Et... Et donc... en fait pour moi c'était évident qu'il y avait des choses comme ça qui allaient arriver dans le voyage j'étais presque étonné que ça n'arrive pas plus tôt parce que je suis parti en me mettant vraiment à la merci de tous en me disant je vais monter dans la voiture de tout le monde peu importe s'il m'inspire confiance ou non et finalement j'ai pas eu de galère dans le cadre de l'autostop et c'est en dehors de l'autostop en dormant sur une plage comme n'importe quel backpacker pourrait le faire que je me suis fait agresser par un gars avec une machette ce qui a provoqué d'ailleurs mon retour en France avant la deuxième partie du voyage et voilà et donc je veux quand même porter le message que c'est pas ça ce qui compte finalement et même cet homme en fait je l'ai pas vu comme un méchant pour caricaturer j'ai plutôt eu pitié de lui parce qu'en fait je me suis dit mais il doit être dans une misère matérielle et ou psychologique assez terrible pour se retrouver à devoir agresser un inconnu pour lui prendre son téléphone. Et si les gens sont parfois mauvais, c'est avant tout parce qu'ils sont malheureux. Et... Et qu'ils n'ont pas le strict minimum dont ils ont besoin. Et donc, finalement, j'avais pas mal de pitié, même aussi pour lui, qui allait devoir porter sur sa conscience ces actes-là. Et voilà. Donc, mon message reste que le monde est quand même plus accueillant et... plus aimant et clairement moins dangereux que l'image qu'on s'en fait. Et je pense que nous, on vit ça dans une moindre mesure. En Amérique latine, c'est encore plus le cas. S'il y a beaucoup de gens qui ne m'ont pas accueilli, c'était parce qu'ils avaient peur. Et s'ils avaient peur, c'est parce qu'ils regardaient en boucle des... des faits divers, sur TikTok notamment, à la télé parfois aussi. C'est beaucoup plus présent, en fait, les vidéos de faits divers en Amérique latine que chez nous, j'ai l'impression. Et vraiment, ça va matrixer les gens. Ça va un peu les faire vriller dans le sens de leur faire penser que la mort est au coin de la rue. Quand oui, il y a de la criminalité, oui, il y a... Il y a des meurtres, ça arrive. Mais quand on regarde d'un point de vue statistique, ça reste extrêmement faible. Et la probabilité de se faire tuer par un inconnu au coin de la rue est extrêmement faible, quel que soit le pays.
SPEAKER_01Justement, tu disais en introduction que je crois que tu parlais de l'Iran et de l'Irak quand ça a été les pays pour lesquels tu as eu des discussions peut-être un peu plus vive avec tes parents. Toi, tu y as trouvé quoi, notamment en Iran, qui est, je pense, un des pays qui doit être le plus déconseillé par le ministère des Affaires étrangères français. La réalité sur le terrain, ça a été quoi pour toi
SPEAKER_00Alors, je tiens déjà à préciser que j'y étais début 2024 et fin 2023, en Iran. Donc, c'était avant la guerre, bien entendu. Je Je pense que la situation est encore à un autre niveau. C'était déjà évidemment complètement en zone rouge pour le ministère des Affaires étrangères, mais c'était avant la guerre. Les manifestations qui avaient suivi la mort de Massa Amini et qui avaient été réprimées très sévèrement par le gouvernement avaient globalement pris fin. Et ça faisait près d'un an qu'il y avait, à ma connaissance, de tout ce que j'ai pu trouver sur Internet, aucun occidental qui avait été arrêté de façon arbitraire. Il y avait eu pas mal, il y avait une vague d'arrestations au moment des manifestations, et puis après, ça s'était arrêté. Il y en a eu d'autres depuis, quand même, mais c'était une période un petit peu plus calme, on va dire. Et malgré tout, c'était formellement déconseillé. Moi, j'y ai trouvé des merveilles, vraiment. Je suis rentré forcément avec... avec un petit peu d'anxiété. Et je faisais attention à ce que je filmais, aux endroits où j'allais, à ce que je disais aux gens, notamment aux gens que je ne connaissais pas, vu que de toute façon, rentrant dans le pays, je ne connaissais personne. Et je laissais pas mal parler les gens aussi. J'étais là pour écouter. J'ai été très surpris à de nombreux égards. Et... Et j'ai trouvé un pays quand même magnifique, au-delà du régime qui est terrible. Un pays avec une architecture de dingue, avec des paysages à couper le souffle. Je pense notamment à l'île d'Ormuz, qui est une merveille géologique, des déserts, des oasis canons, et puis une histoire incroyable qui se reflète dans les monuments, dans les ruines qu'on peut voir aussi à différents endroits, notamment autour de Bersepolis. Et puis, une population qui m'a vraiment surpris, comme je disais, le premier camionneur qui m'a pris en stop, donc ça devait être mon deuxième jour en Iran, les premiers mots qu'il me dit en ouvrant sa portière, c'était « Fuck Islam ». Et moi, j'en revenais pas parce qu'en fait, pour moi, c'était un pays où tout le monde était musulman et j'arrivais du Pakistan où tout le monde est musulman, mais plus par choix. Le Pakistan est tenu par un régime militaire avant tout, mais pas militaire plus que théocratique, contrairement à l'Iran. Mais je m'attendais à trouver un peu la même chose en Iran, et en fait, pas du tout. Il y avait... énormément de gens j'ai trouvé ce pays très désislamisé parce que justement le gouvernement qui est détesté par beaucoup s'appuie sur la religion pour légitimer
Iran Entre Régime Et Rencontres
SPEAKER_00son pouvoir et donc beaucoup de gens font l'amalgame entre cette religion et le gouvernement en tout cas associent les deux et donc comme ils détestent le gouvernement ils vont détester cette religion aussi ou en tout cas s'en éloignent petit à petit. Et donc ça, c'était extrêmement surprenant comme rencontre. Et puis c'était un camionneur kurde qui était extrêmement sympa et qui m'a fait découvrir un petit peu tous les moyens de contourner les restrictions du gouvernement en me partageant son VPN installé sur mon téléphone, etc. pour pouvoir avoir des communications par WhatsApp. C'est aussi Il y a plein de sites qui sont bloqués en Iran et d'autres non. C'était une période où il y avait Internet dans le pays, mais ils avaient un blocage partiel en place. On pouvait consulter le Figaro, mais pas Libération. Je ne sais pas si les mollas ont quelque chose contre Libé plus que contre le Figaro, mais grâce à ce camionneur kurde, je pouvais consulter les deux. J'aime bien avoir différentes sources de nouvelles et donc Je consultais aussi beaucoup le Terran Times, qui est le journal de propagande officiel, on va dire, qui permettait de savoir, de prendre l'attention un peu du gouvernement et savoir, comme il y avait la guerre à Gaza, savoir à quel point ça chauffait et s'il fallait que je décampe en vitesse ou pas. Voilà, et puis ensuite, je peux aborder la deuxième rencontre très improbable dans cette même veine, si c'est ça qui t'intéresse.
SPEAKER_01Disons que je t'avoue que je ne m'attendais absolument pas à lire ça dans ton livre, encore moins en Iran. Je ne voulais pas forcément faire un zoom là-dessus. Encore une fois, tu l'as dit, tu as fait 800 rencontres, donc c'est très anecdotique. Mais c'est vrai qu'elle dénote particulièrement, vu le pays où elle s'est
SPEAKER_00Oui, tout à fait. Tout à fait. Je peux te dire en quelques mots. J'étais dans la République islamique d'Iran où... la loi religieuse est assez assez sévère et moi j'avais pris le parti de monter dans toutes les voitures et là il y a une camionnette qui s'arrête en plein milieu de l'Iran, je me rendais vers Yazd qui est la ville vraiment au centre de l'Iran et là le camionneur c'était une camionnette le gars s'arrête il me propose de monter à bord et il me dit d'ailleurs je regarde un film ça te dérange pas si je continue à regarder et je lui dis non pas de soucis fais comme chez toi et il regardait donc un film porno au volant et déjà j'étais surpris même qu'il ait accès à ça depuis là-bas et c'était une situation assez gênante mais extrêmement absurde et drôle à la fois et donc moi j'ai essayer de regarder la route. Lui, il ne regardait pas forcément trop la route. Il était un peu captivé par son téléphone qui était contre le pare-brise. Ça a duré, je pense, encore 10-15 minutes son film. C'était un peu long. Après ça, il m'a fait des avances, etc. Ça aussi est très étonnant. C'est extrêmement étonnant. Mais je pense aussi qu'il a pu se permettre de me faire des avances en se disant il est étranger je prends aucun risque avec lui c'est peut-être plus voilà comme l'homosexualité est acceptée dans son pays etc peut-être que peut-être qu'il y aura une ouverture etc et voilà mais moi j'en revenais pas de voir ça je me disais mais déjà il y a beaucoup de gens où je sentais dans la conversation qu'ils osaient pas du tout dire leur avis sur plein de sujets puis il y en avait d'autres à l'inverse qui n'avaient aucun filtre et qui ne respectaient absolument pas les... les lois du pays ce qui est imposé par le gouvernement et ça c'était complètement dingue de voir que finalement même dans un pays comme l'Iran il y a vraiment de tout et donc finalement c'était aussi une forme de prise de conscience et je ne regrette pas même si c'était un moment extrêmement gênant je ne vais pas rentrer dans la manière dont se sont fait les avance etc je ne regrette pas du tout d'être monté dans cette voiture pour pouvoir prendre conscience de ça et après bien sûr j'ai rencontré plein de personnes tout à fait classiques et certains qui détestaient le gouvernement d'autres qui l'appréciaient ça m'est même arrivé qu'un gars embrasse la tête de l'ayatollah sur le billet de banque que je lui donnais en payant un resto donc voilà il y a vraiment de tout et c'est pas un pays tout noir ou tout blanc Comme
SPEAKER_01souvent, je pense. Comme souvent. Le fait d'écrire un livre, c'était une évidence pour toi déjà pendant le voyage
SPEAKER_00C'est venu petit à petit. En fait, j'ai pris des notes tous les soirs pendant le voyage et...
SPEAKER_01Dans des carnets sur ton téléphone, tu disais ça
SPEAKER_00comment Ça aurait plus de charme de dire dans des carnets, mais en réalité, c'était sur mon téléphone. C'est quand même vachement plus pratique pour pouvoir noter. Souvent, même quand j'avais des idées qui me passaient par la tête, ce n'était pas juste raconter ce qui se passe dans le voyage. Comme tu peux voir dans le livre, il y a aussi des réflexions. Et... et donc c'était noter ses réflexions noter aussi ce qui m'arrivait et parfois j'étais debout au bord d'une route j'avais pas le temps de me poser de sortir un carnet je prenais trois notes sur mon téléphone et le soir je détaillais un petit peu plus et j'écrivais des polar steps comme beaucoup de personnes en voyage aujourd'hui et j'ai des amis qui m'ont dit mais t'écris très bien il faudrait que t'écrives un livre etc... Déjà, ça m'a motivé pour m'appliquer davantage sur mes notes, sur ce que je partageais aussi en Polar Steps. Et puis, en rentrant du voyage, j'ai repris toutes ces notes qui m'ont servi d'aide-mémoire finalement pour écrire un récit d'ensemble sur le voyage. Et donc ça, j'ai vraiment écrit à mon retour. Mais l'idée est venue progressivement et puis même pas Pendant le voyage, il y a des gens qui me disaient « Ah, mais il faut que tu écrives un livre et je veux être mentionné dans le chapitre sur mon pays. » Donc voilà, j'ai mentionné un certain nombre de personnes et puis à la fin, il y a la liste d'environ 800 noms de personnes rencontrées au fil du chemin.
SPEAKER_01Ce qui est assez hallucinant. Tu as pu tout noter. Ça fait quoi Ça fait cinq pages Je
SPEAKER_00ne sais même plus, mais oui, ça doit faire pas loin de 5 pages, je pense. Et encore, il en manque quelques-uns, mais je les ai mis quasiment tous. Je demandais systématiquement aux gens leur prénom. Et parfois, c'était pour une course de 300 mètres et parfois pour trois jours ensemble dans un camion où on s'arrêtait pour la nuit ensemble. pour dormir etc donc il y a eu des courses très différentes et puis parfois la rencontre faisait qu'en 5 minutes on avait l'impression d'être les meilleurs amis du monde et parfois c'était plus laborieux je pense notamment à la transatlantique où j'ai mis j'ai passé 18 jours avec des danois sur un bateau et à la fin j'avais l'impression de ne pas les connaître du tout donc ça c'était assez assez rude parfois on arrive à se confier très vite et parfois on n'arrive pas à briser la glace mais beaucoup de gens se sont confiés en fait j'avais souvent l'impression d'être un peu un psy à écouter les gens qui regardaient la route, qui ne me regardaient pas dans les yeux et qui me racontaient leur vie tout en sachant que qu'ils allaient jamais me revoir a priori et bon il y en a certains que j'ai revus mais la plupart j'ai je ne les reverrai jamais, et c'était des rencontres éphémères, mais qui avaient quand même toutes leurs valeurs. Le présent
Religions Et Hospitalité Comme École
SPEAKER_00a pour moi quand même énormément de valeur, même si c'est une rencontre
SPEAKER_01éphémère. Question qu'on a dû déjà te poser plusieurs fois, mais qui ne doit pas être facile, dont la réponse ne doit pas être évidente, s'il y en a une, mais est-ce qu'il y a une rencontre en particulier qui t'a vraiment marqué et dont tu te souviendras le reste de ta vie
SPEAKER_00Il y en a plusieurs. J'aurais pu citer Alex avec l'avion stop parce que c'est évident que ça, ça sort du lot.
UNKNOWNJe...
SPEAKER_00Peut-être plus
SPEAKER_01une rencontre... Effectivement, je comprends, pour Alex, l'avion stop, c'est complètement improbable, mais peut-être plus d'un point de vue spirituel ou qui t'a fait reconsidérer certaines croyances ou a priori que tu pouvais avoir
SPEAKER_00Oui, en fait... Tu as changé des valeurs Il y a eu une rencontre qui m'a marquée, c'était... Au début du voyage, vers le début, c'était au bout d'un mois de voyage environ, où j'arrive en Mauritanie et je suis accueilli. J'étais avec un ami aussi à ce moment-là. J'ai plusieurs amis qui m'ont rejoint à différents moments pendant le voyage. Et nous sommes accueillis dans une maison dans le désert, dans le Sahara. Par quelqu'un qui nous avait pris en stop d'abord et emmené dans sa maison du désert où il avait une petite palmerie. Sa maison, c'est très simple. C'est un cube de béton qui fait 2 mètres sur 3 et dans lequel il y a un lit de camp, quelques matelas, une théière... et un fusil et donc on sort les matelas, le lit de camp on les met autour du feu on fait un feu et puis toute la soirée en fait on a discuté et on a beaucoup parlé de religion et je pense que c'était la première fois de ma vie que je parlais de religion avec un musulman moi je suis chrétien j'ai 4 comme pas mal de Français qui ont grandi dans un pays où c'est assez courant. Et puis, lui avait grandi dans son pays où tout le monde est musulman quasiment. Et en fait... je trouve qu'on n'échange pas du tout assez avec les personnes d'autres religions. Et j'ai eu des super belles discussions avec lui sur nos foi respectives, ce en quoi on croit, sur ce qui diverge entre nous, sur le rôle aussi de l'endroit où on est né, où on a grandi, sur le rôle que ça va avoir dans nos croyances. Et c'était vraiment extrêmement beau et c'est là où j'ai compris vraiment que dans ce voyage au delà de la découverte d'autres pays, d'autres cultures il y aurait aussi vraiment la découverte de différentes religions et l'idée d'essayer de voir dans chaque religion ce qu'elles ont de beau dans leurs préceptes et qu'il faut cultiver et qu'il faut répandre aussi qu'on adhère à telle religion ou non je pense qu'il y a du bon à prendre partout et donc ça c'est une soirée qui m'a marqué et puis ça avait un charme aussi exceptionnel de se dire je suis dans le Sahara là au coin du feu au milieu de nulle part avec ce gars qui n'a pas de titre de propriété mais qui a juste construit sa maison en béton et qui a mis un cercle de pierre autour pour délimiter son terrain qui a planté sa palmerie c'était magnifique
SPEAKER_01c'est lui dont le cousin essayait à tout prix de te convaincre qu'il fallait qu'il
SPEAKER_00convertisse ou quelque chose comme ça j'ai un souvenir effectivement à côté il y en avait un autre plus jeune qui essayait de me convertir et qui me disait et qui me disait que que la vérité, c'est le Coran parce que ça vient directement de Dieu, etc. Et en fait, à partir du moment où la personne considère ça comme une vérité, le fait que le Coran vienne directement de Dieu et considère que il n'y a rien de négociable dans sa vérité. Ça bloque tout le dialogue. Après, certaines personnes peuvent considérer avoir détenu une vérité, mais quand même s'intéresser à l'autre. Lui, il ne s'intéressait absolument pas à ma culture, ma foi, etc. C'était son grand frère, il me semble. Son grand frère était beaucoup plus... beaucoup plus ouvert en fait juste à discuter à ce que chacun partage ce qu'il a apporté à l'autre et qu'on s'enrichisse mutuellement et je trouve que la fermeture d'esprit des personnes qui pensent avoir le monopole de la vérité à l'exclusion de tous les autres est terrible et c'est souvent une grande arrogance parce que quand on va en Inde on se rend compte que t'as Tu as un milliard d'hindous qui croient avec quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qu'on croit. Pourquoi est-ce que c'est nous qui aurions raison, eux qui seraient dans l'erreur Et pourquoi pas les musulmans, etc. En fait, on se dit, je crois dans quelque chose et je vais enraciner ma vie là-dedans. dans ma culture, dans mes croyances. Et servir aussi tout ce qu'il y a de tout ce qu'il y a de bon qui peut être porté par ses croyances mais pour autant je vais pas aller je vais pas les menacer les autres parce que parce qu'ils adhèrent pas parce qu'ils adhèrent pas à mes croyances et voilà donc donc ça a été vraiment un voyage très tournée aussi surtout pendant la deuxième partie de l'inde jusqu'en france très tournée sur les religions en Inde en fait où j'ai côtoyé des hindous qui m'ont parlé du karma du sens que ça a dans la dimension de l'accueil en fait qu'ils m'offraient des sikhs aussi dans le nord de l'Inde ensuite des musulmans sunnites au Pakistan chiites en Iran des yézidis en Irak des des des chrétiens orthodoxes aussi au Mont Athos et au Mont Sinaï. Et donc, j'ai eu un... un panel de différentes religions où j'ai pu aller essayer de trouver un peu ce que je trouvais le plus beau dans chacune et ça veut pas dire que pour ma vie je vais être partagé entre un mélange de 12 religions mais en revanche je pense que chaque peuple et chaque religion a des valeurs dont il faut qu'on s'inspire et quand je vois l'hospitalité que j'ai reçue en Irak euh... où tous les soirs il y avait des gens qui nous ouvraient les portes où j'avais même pas besoin de lever le pouce pour faire du stop parce que les gens s'arrêtaient j'étais avec un ami à ce moment là qui m'a dit mais c'est un surpeuple dans le sens nous on est pas un surpeuple parce qu'on est pas à la hauteur de ce qu'ils pratiquent comme accueil comme hospitalité alors ça peut être tempéré aussi par le fait que pour les Et pour des Irakiens, ça peut être beaucoup plus facile d'accueillir chez eux parce que souvent, c'est leur femme à la maison qui fait tout et eux, ils passent juste du bon temps avec un invité et ils sont ravis. Mais n'empêche qu'ils accueillent. Et voilà. Et pour... Revenir juste sur un point auquel je pensais, c'était sur un lieu qui m'a beaucoup marqué dans l'interreligieux, c'était le Mont Sinaï, qui est un lieu qui compte... pour les chrétiens, les musulmans et les juifs. Au sommet, il y a une chapelle chrétienne et aussi une salle de prière musulmane. J'ai dormi dans la salle de prière musulmane. J'ai dormi quatre ou cinq fois dans des mosquées pendant mon voyage. Il y a des pays où c'est assez courant là-bas. Ils ont toujours cette tradition de l'accueil du voyageur dans les lieux saints. Et... Y compris pour dormir en Iran aussi, j'ai dormi dans des mosquées. Mais... Mais ce que je voulais dire, c'est que là-bas, il y a des pèlerins de différentes religions qui affluent au même endroit. Au pied du Mont-Sinai, il y a un des monastères les plus anciens au monde, le monastère Sainte-Catherine, où vivent des moines grecs orthodoxes depuis le 5e siècle et qui sont... 5e ou 6e siècle, et qui ont été sous la protection de Mahomet pendant... pendant que quand il y a eu la conquête musulmane qui a envahi ces terres ça fait partie de l'empire byzantin et puis ensuite ça a été conquis par la conquête musulmane ce qui est assez marrant c'est que ces moines là ils ont un document où ils avaient un document apparemment signé de la main de Mahomet mais on ne sait pas si c'est un vrai ou un faux qui leur garantissait une protection et qui disait à tous musulmans qu'il ne fallait pas les emmerder et donc ce monastère a pu continuer de subsister pendant des siècles en terre musulmane et il y a toujours eu une forme de symbiose entre les bédouins du coin et les moines qui se rendaient des services mutuels incroyable et donc ça j'ai trouvé ça extrêmement beau et aujourd'hui encore il y a toujours des bédouins qui vivent autour du monastère qui s'occupent qui servent de guide aussi pour les gens qui viennent là en pèlerinage etc et qui ont un peu l'exclusivité pour faire ça Et d'ailleurs, il y a un minaret aussi dans ce monastère. C'est assez étonnant. Et très beau. Pour moi, c'est un symbole dans un monde qui est souvent divisé par des conflits, qu'ils soient géopolitiques, d'ordre divers ou religieux. C'est pour moi un assez beau symbole d'espérance que ce lieu.
UNKNOWNHum.
SPEAKER_01En guise de conclusion, peut-être, qu'est-ce que tu dirais que tu as appris sur toi après toutes ces rencontres, tous ces pays traversés, ces cultures, ces religions
SPEAKER_00J'ai appris pas mal de choses, je pense. C'est toujours dur de se
Écrire Le Livre Et Le Retour
SPEAKER_00décrire soi-même, comment on a pu évoluer. Il y a quelques... quelques éléments dont j'ai pris conscience. Je pense à quel point on peut avoir des œillères liées à notre culture, liées au mode de vie qu'on a et qu'ont les gens autour de nous.
UNKNOWNEt
SPEAKER_00Et je pense notamment dans notre manière d'accueillir l'autre. Je parlais tout à l'heure du fait qu'en France, quand on prend quelqu'un en stop et qu'on s'arrête sur les stations des centres, chacun prend son sandwich et c'est tout à fait normal. Mais on ne va même pas penser à proposer à l'autre un sandwich. Et moi, en fait, maintenant, j'ai envie d'être celui qui va penser un peu au-delà de ma culture. Je vais me dire, je vais offrir le gars que je vais prendre en stop, je vais lui offrir le repas avec. Comme le font les Pakistanais, comme le font les Irakiens. Et on va essayer d'apporter ça un peu dans la culture française. Donc ça, c'est une première chose. Et puis, j'ai eu une rencontre assez marquante en Colombie avec un Français qui m'a hébergé et qui, lui, avait beaucoup baroudé avant et qui m'a... qui m'a dit qu'il avait pris conscience qu'il y avait trois choses qui nous freinaient dans la relation à l'autre. C'était souvent la peur, la honte et la flemme. Et que chaque fois qu'il prenait une décision, il allait réfléchir à est-ce que sa décision était guidée par la peur, la honte ou la flemme. Et si c'était le cas, si c'était guidé principalement par une de ces trois choses, de ces trois raisons, il n'allait pas prendre cette décision, il allait faire le choix inverse. Et en fait, ça, ça m'a vachement parlé. Et c'est un prisme que j'utilise très souvent. Et bien sûr, par exemple, la peur, c'est symptomatique de quelque chose. Donc, il faut aller chercher la racine de la peur. Pourquoi on a peur Et est-ce qu'on a peur pour une bonne raison ou non Pour moi, c'est un prisme de lecture qui peut changer énormément de décisions en bien dans la vie. De se dire, là, ma décision, je ne veux pas la prendre par peur, par honte ou par flemme, mais je veux avoir des bonnes raisons de la prendre. Ça, c'est quelque chose qui m'a changé. Et une dernière chose qui m'a changé, c'est évidemment les attentes en stop. J'ai fait le compte, j'ai passé, sans compter les bateaux, où là, j'ai passé des jours et des jours, juste les voitures. J'ai dû passer environ 1000 heures à attendre des voitures. Donc, quand je divise ça, j'aime bien diviser ça par une semaine de 35 heures, ça fait pas loin de... Ça doit faire environ 30 semaines. Donc, quasiment pas très loin d'une année si on exclut les vacances, une année de travail. C'est énorme. Et... Et en fait, ça a développé ma patience. Et donc, je ne vois pas du tout ça comme du temps perdu, parce que j'ai pu aussi réfléchir, penser à plein de choses, à des personnes que j'aime, prier, lire, etc. pendant ces temps d'attente. Mais s'il y a une chose que ça a développé, c'est vraiment ma patience. Parce que pour moi, quelqu'un qui est patient, c'est juste quelqu'un qui a pris l'habitude de patienter. Et je pense que c'est quelque chose qui est très précieux aujourd'hui où je sens moi-même aussi que je perds souvent ma capacité d'attention à force de passer du temps à zapper du coq à l'âne sur mon téléphone mais avoir une patience dans la durée c'est quelque chose qui a de la valeur, qui n'est pas négligeable donc ça vaut le coup de prendre le temps de la développer et à l'origine j'étais assez impatient donc on va voir si le naturel revient au galop mais ça fait déjà deux ans que je suis de retour de voyage et il y a beaucoup de choses il y a différentes formes de patience aussi mais il y a beaucoup de choses sur lesquelles je sens que j'ai gardé une certaine patience Quelle est la suite
SPEAKER_01du coup, pour toi. En tout cas, déjà, avant de parler de la suite, qu'est-ce que tu fais depuis ton retour et qu'est-ce qui se prépare
SPEAKER_00Qu'est-ce que je fais depuis mon retour On me pose souvent la question du retour, est-ce que... tu as réussi à rebondir, à te réintégrer, parce que quand on part un an et demi en voyage, on a souvent peur, ou en tout cas, les gens avaient souvent peur pour moi que je n'arrive pas à me réintégrer. Et de fait, j'ai... j'ai repris un CDI où je travaille dans un lieu culturel qui est lié à l'église à Paris. C'est un lieu de dialogue entre l'église et la société contemporaine qui s'appelle le Collège des Bernardins. C'est aussi un monument historique. C'est un lieu magnifique que j'invite tout le monde à visiter. Je travaille là-bas où je m'occupe de la direction des services numériques. C'est de l'informatique et de l'audiovisuel. C'est assez technique et à milieu de... de l'autostop sur les routes du monde mais c'est assez enrichissant aussi et je suis très heureux de pouvoir travailler dans un lieu où j'ai des bonnes relations avec mes collègues et je pense que tout ce que j'ai appris aussi humainement sur les routes c'est quelque chose qui m'aide dans mon travail aujourd'hui On me demande souvent si je vais écrire un autre livre, si je vais repartir, voyager, etc. Et je pense que l'écriture comme le voyage ne doit pas forcément être des caprices, mais plutôt... une réponse à un appel et je pense que vraiment que j'avais cet appel de partir voyager et cet appel voire ce besoin d'écrire au retour et aujourd'hui je n'ai pas un appel très fort pour l'un ou pour l'autre j'ai des désirs un peu désordonnés de partir en voyage j'ai envie d'aller explorer tel pays de retourner dans tel pays etc mais je pense qu'il faut que j'ai la patience aussi d'attendre qu'il y ait un nouvel appel qui se forment pour faire quelque chose qui me corresponde profondément que ce soit dans le voyage que ce soit dans l'écriture que ce soit peut-être dans le prochain job que j'exercerai après
Rêves Courage Et Persévérance
SPEAKER_00celui-là parce que je pense qu'on est aussi dans une génération où on reste pas toute notre vie dans le même job en général et j'ai une curiosité qui me pousse à découvrir souvent des nouvelles choses Et donc, voilà, j'attends l'appel. Peut-être qu'il ne viendra jamais. Mais je pense honnêtement qu'il y en aura d'autres. Mais je ne vois pas non plus le voyage comme but en soi. Pour moi, c'est aussi une manière de se former, de se confronter au réel pour revenir... plus riche et mieux armé face à la vie. Et face à son quotidien qui peut parfois être encore plus difficile que la découverte perpétuelle de nouveaux espaces et la joie qui s'accompagne, la joie qui vient avec cette découverte permanente.
SPEAKER_01Excellent. Écoute, Six, un grand merci. C'était passionnant d'en apprendre plus sur ton parcours et puis surtout de rentrer dans les détails de cette grande aventure autour du monde en autostop. C'était absolument génial. Est-ce qu'il y a une dernière chose que tu voudrais partager en guise de conclusion, un dernier message à faire passer
SPEAKER_00Un dernier message à faire passer, ce serait de ne pas avoir peur, d'avoir le courage si vous avez des rêves, des choses que vous tenez à réaliser. de vous lancer, mais non seulement de vous lancer, mais aussi de persévérer. Parce qu'il y a vraiment deux formes de courage. Il y a le courage de se dire, allez, je pars. Et puis, il y a le courage chaque jour de tenir une fois qu'on s'est lancé un défi de grande ampleur. Et quel que soit votre défi, je pense que vous en reviendrez grandi et qu'on ne regrette jamais un grand défi qu'on s'est
SPEAKER_01lancé.
SPEAKER_00Excellent. Merci beaucoup Loïc pour
SPEAKER_01ton
SPEAKER_00accueil. Merci Sixte, merci à
SPEAKER_01toi.