Samedi de lire

Samedi de lire avec Pénélope Jolicoeur - 2026

Amélie Boivin Handfield Season 13 Episode 27

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Chronique littéraire de Diane Côté

UNKNOWN

Merci à tous.

SPEAKER_00

Pour la prochaine heure, vous écoutez« Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission« Samedi de lire» et aujourd'hui, j'ai le bonheur de recevoir Pénélope Jolicoeur. Bonjour, comment tu vas? Bien, ça va bien, toi? Bien oui, ça va très, très bien. Très contente de te recevoir. Et si tu me permets, j'ai envie de te présenter aux auditeurs. Alors, tu es comédienne, chanteuse, metteuse en scène, animatrice, éditrice, autrice. Tu es née et agrandie dans la ville de Québec avant de t'établir à Montréal en 2002. Après un baccalauréat en droit, une maîtrise, un DESS et une courte carrière de notaire, tu quittes définitivement le domaine juridique. Tu as joué dans les courts-métrages« Pense à moi, Carniard»,« Bikini»,« Modèle complexe». Tu as également reçu un excellent accueil du public et de la critique pour ton rôle de Marilyn Monroe dans la piège« Je m'appelle Marilyn» de l'auteur français Yannick Flo, qui a été présenté au Théâtre Prospero en 2009. On a pu te voir sur scène comme imitatrice, comédienne et chanteuse dans de nombreuses éditions de la revue de l'année du cabaret politique et bouffonnerie« Salut». Je suis prête à avoir de nos nombreuses productions de narration, livres audio, publicités, doublages. Plus récemment, t'as prêté ta voix au livre audio« Boire et déboire» d'une des chicaneuses de Marie-Renée Lavoie. Tu es également choriste et chanteuse. Tu as accompagné, entre autres, Manuel Tadros dans divers événements. Et en 2019, tu as fondé Hurlante éditrice, une maison d'édition engagée à faire entendre les voix qui bousculent, qui viment et qui dérangent.

SPEAKER_05

Tout un parcours, Pénélope. Oui, je porte beaucoup de chapeaux et je les change souvent. Est-ce qu'il y a des choses que j'ai oubliées? Non, bien, c'est très complet. Écoute, on remonte jusqu'au notariat. Dans ce temps-là, on est vraiment à la genèse de tout.

SPEAKER_04

Et j'ai envie de te demander, comme première question, Comment t'en es venue à fonder la maison d'édition Hurlante Édition?

SPEAKER_05

Hurlante Éditrice. Oui, Hurlante Éditrice, oui. En fait, à l'époque, je raconte toujours la même histoire, il n'y a rien de glamour là-dedans. J'étais avec une de mes amies, Véronique Pascal, qui est la cofondratrice, qui est plus dans la compagnie, mais qui gravite toujours autour. Et on était en fait à Cuba, dans un tout inclus, un peu chaudail. Et on s'est dit, ah, ça serait tellement drôle de faire une parodie de l'almanach du peuple, mais de faire appel à plein d'autres d'autrices qui viendraient prendre un sujet, mais le twister de façon comme comique contemporaine. Et on avait sorti notre premier livre janvier 2020, juste à temps pour tomber dans l'oubli pandémique. Et ça s'appelait L'almanach des hurlantes. Et on avait fait appel à 20 personnes pour venir faire la faune et la flore, la culture, la politique, etc. Comme un almanach du peuple, qui d'ailleurs est mort cette année. Il n'y a plus d'almanach du peuple. C'est un truc qui existait pour les fermiers depuis des centaines d'années, je pense. Et là, ça s'est terminé cette année. Et on avait fait ce petit projet très fanzine dans la facture, très trash, très comique, tout ça. Et puis voilà, la Genèse de Hurlant, c'était vraiment supposé être juste un mini-projet de rien, peut-être un almanach annuel, un truc un peu funny, punk, fanzine. Par la suite, c'est ça, la pandémie est arrivée, l'écrou a fermé et il y a commu la nature horreur du vide. Donc, avec La mort de l'écrou, moi, l'écrou, en fait, ça a été la raison pour laquelle je me suis mis à aimer la poésie. Parce que moi, avant, la poésie, pour moi, c'était Prévert puis Rimbaud. J'étais, ben, ouais, c'est bien le fun, mais ça ne s'adresse pas à moi. Et quand je me suis mis à lire des livres, des éditions de l'écrou, j'étais juste, OK, il y a vraiment de la poésie, il y a des voix qui sont dans l'oralité, qui sont campées dans quelque chose qui est très keb, très assumé, très franglais, tout ça. Et je me suis suis mise à recevoir un peu ce type de manuscrits-là chez Hurland. J'ai fait« Hey, pourquoi pas?» Bien humblement, je voulais reprendre ce flambeau-là et continuer de donner des voix à des gens qu'on n'a pas nécessairement dans la littérature actuelle.

SPEAKER_04

– Tu t'es retrouvée à devenir éditrice en lançant une maison d'édition.– Absolument, oui. Je n'avais jamais fait ça avant.– Mais c'est la preuve que toi, quand il y a des portes qui se trouvent, tu les prends.

SPEAKER_05

Ah oui, puis moi, c'est toujours ça, le conseil que je donne à n'importe qui dans l'industrie, tu sais, des fois, les gens, je vais dire, ah, mais j'ai pas le CV pour ça. Applique. Essaye. Tu vas peut-être l'avoir. C'est fou de même parce que je trouve que le milieu du livre est le milieu le plus inclusif et le moins snob que j'ai côtoyé, étonnamment, parce que il n'y a pas d'élite nécessairement. N'importe qui peut un jour écrire un livre parce qu'il faut juste une bonne idée, il faut juste une voix. Il ne faut pas que tu aies un bac en littérature, un doctorat, il y en a qui en ont, mais c'est donner à tout le monde ce milieu-là. Si tu as une voix, si tu as des idées, si tu as la drive, si ça te tente, tu peux devenir libraire si tu lis beaucoup. Tu n'es pas obligé d'avoir une maîtrise en littérature pour être libraire. Tu peux être libraire, tu peux être écrivain, tu peux travailler en distribution, en diffusion. Il y a plein de choses dans le milieu du livre qui sont ouvertes à quelqu'un qui n'a pas de formation.

SPEAKER_04

Mais en en parlant dehors du micro, tu as fait presque tous les postes de la chaîne du livre. Qu'est-ce qui t'a amené vers le livre? Parce qu'on le dit, tu es étudiée dans le milieu du droit.

SPEAKER_05

Oui, le droit, j'en parle un peu dans mon premier roman que j'ai fait chez Beaumerang qui s'appelle Rêves ou raisons, qui est un roman pour ados, dans la collection de nuances en fait. C'est le choix, est-ce que tu écoutes tes rêves ou tu écoutes T'as raison, slash tes parents. Quand t'es ado, quand t'es... Parce que bon, t'es ado longtemps, quand t'es au cégep, t'es pas encore un adulte formé, désolé aux cégepiens qui nous écoutent. Mais c'est ça, on est encore un peu adolescent à ce moment-là, puis on sait pas trop. Puis les parents ont quand même un rôle majeur à ce moment-là pour nous dire qu'aller faire un bac en littérature, c'est pas payant, qu'on va finir à mourir de faim, que devenir comédien, c'est pas un métier, mais que c'est plus un loisir, etc. Et moi, j'ai écouté mes parents, plate de même, et j'ai été faire un bac en droit pour faire plaisir à mes parents. Et j'ai vraiment haï ça, vraiment détesté le droit. J'ai fait deux maîtrises quand même en droit, maîtrise en droit des technologies de l'information et un diplôme, un DESS en droit notarial. Et j'ai pratiqué comme notaire un petit bout de temps, puis j'aimais toujours pas ça. Étonnamment, tu sais, quand t'aimes pas ton bac, ça se peut que la job non plus, tu l'aimes pas. Alors, voilà, je n'ai pas aimé ça. Et je me suis retrouvée à me chercher à faire des cafés comme barista à deux pas de mon ancien bureau de notaire que j'avais quitté. C'était à Verdun. Et il y a un libraire de la librairie de Verdun qui venait chercher des cafés quotidiennement. Et un jour, il me voyait toujours en train de lire parce que, bon, quand tu fais des cafés, tu as beaucoup de temps pour lire. Il dit, t'as l'air aimé ça, lire. Ah oui, moi, j'adore ça. Il y a un poste de libraire qui vient de s'ouvrir à la librairie, ça te tente-tu? Et là, je suis rentrée en librairie comme ça, par hasard, parce que j'étais la fille qui faisait des cafés et qui lisait. Puis là, tu as gravé tranquillement. Oui, c'est ça. Je me suis retrouvée assez rapidement aux messageries ADP, comme responsable des salons du livre, événements spéciaux. Ensuite, je suis devenue responsable de la convergence en plus des deux autres postes, toujours chez Messagerie ADP. J'ai switché après 5 ans. Je suis devenue directrice générale de communication jeunesse. Par la suite, je suis partie à la pige quelques années. J'ai fondé Hurland quelque part là-dedans.

SPEAKER_04

Si mon information est bonne, directrice commerciale d'Achète

SPEAKER_05

Canada? De Hugo et Glenna pour Achète. C'est comme le regroupement. Je suis directrice commerciale pour le Canada pour Hugo et Glenna. OK. Quand même. Quand même. Elle a fait des grosses semaines.

UNKNOWN

Non, mais c'est intéressant de voir tous les échelons que tu as gravis quand même pas si longtemps que ça.

SPEAKER_05

Non, c'est ça depuis 2000. 9, 2010, dans ces eaux-là. À peu près en une quinzaine d'années. Tout est possible.

SPEAKER_04

C'est vrai. Et moi, je veux qu'on parle de ton rôle d'autrice parce que tu l'as dit brièvement. Tantôt, tu as publié plusieurs livres dans les yeux de mon père. Tu avais écrit une nouvelle dans ce collectif-là, Rêves ou raisons, la trilogie des maléfices, également, je crois, chez Beaumarang aussi. Ensuite, tu as collaboré à des inventions québécoises et canadiennes, des mathématiques, la musique et la découverte d'une histoire sonore de l'humanité. Et là, tu nous reviens avec un livre pour adultes, ton premier roman. Oui. Parce que la vie. Oui. Et si tu me permets, je vais faire un petit résumé. Ça nous plonge dans le quotidien chaotique de Béatrice, relationniste de presse débordée qui jongle avec une garde partagée, une mère envahissante, des finances précaires, un emploi menacé. Cynique et lucide, elle affronte aussi le désert affectif des applications de rencontres jusqu'à l'arrivée de Étienne, un clown humanitaire aussi irritant que séduisant. Et quand l'une des poètes qu'elle représente devient soudainement célèbre, tout s'emballe. Entre ainsi, Tandis professionnel et bouleversement personnel, Béatrice tente de garder l'équilibre et peut-être de laisser une place à l'amour. C'est ton premier roman pour adultes. Pourquoi maintenant? Pourquoi avoir attendu de faire un ouvrage pour adultes? Est-ce que c'est une commande que tu as reçue d'un éditeur? Est-ce que c'est l'envie que tu avais d'écrire pour les adultes?

SPEAKER_05

En fait, ça vient d'un projet. Quand tu es membre de l'Union des artistes, tu as accès à des formations continues extraordinaires à très bas prix. Et j'ai pris la formation continue écriture scénaristique. Il y a un et deux. Donc, à l'époque, j'avais pris un. C'est avec Pierre-Yves Villeneuve, l'auteur de Dans une galaxie près de chez nous, entre autres. Et j'ai commencé cette histoire-là de Béatrice, la relationniste de presse, tout ça, en mode série. Et un soir, j'ai vu Marie Paradis, un... voyons, un spectacle, je ne me rappelle plus, c'était une comédie musicale, je ne me rappelle plus du nom, et j'y parlais de mon projet, tout ça, puis ça semblait l'intéresser. Donc, je me suis dit, ah, bien, je vais l'écrire en roman à la place de l'écrire en série. Donc, j'ai mis la série de côté, j'ai écrit le roman, et là, récemment, je prenais Scénario 2, mon cours, et là, j'essayais de reprendre le roman et d'en réécrire une série à partir du roman. Donc, c'est un truc qui, au départ, dans ma tête était une série télé, mais qui est devenue un roman. Et donc, par accident, je me suis mis à écrire un roman pour adultes, mon premier. Wow! Quand même intéressant. Oui, vraiment. Moi, c'est toujours souvent par hasard que la vie arrive. Puis celui-là aussi, ce roman-là est arrivé par hasard. Puis voilà, mais c'est ça. Au départ, c'était un scénario.

SPEAKER_04

Et Béatrice partage un métier que tu as déjà pratiqué, relationniste de presse. Est-ce que ton expérience dans ce métier est une belle source d'inspiration? Absolument,

SPEAKER_05

absolument. C'est C'est un métier qui est méconnu. Oui. Parce que si t'es pas dans les médias, une relationniste de presse, c'est très abstrait, en fait, qu'est-ce que ça fait une relationniste. Puis il y a pas beaucoup de monde, à mon avis, qui ont écrit là-dessus. Fait que déjà, c'est comme une façon un peu de toucher le star-système québécois, mais par la porte d'à côté. Parce que comme relationniste, oui, t'as accès au plateau d'émissions de télé, aux émissions, aux animateurs, aux recherchistes, tout ça, tu fais partie de ce milieu-là, mais sur le côté. Et en même temps, tu fais partie partie du milieu, dans le cas de Béatrice, des auteurs, tout ça. Mais tu peux être relationniste pour les comédiens, pour les influenceurs, pour à peu près n'importe quoi.– Même pour des politiciens.– Pour des politiciens. Et puis là, tu as accès un peu à ce star system-là de l'autre porte d'à côté. Et ces deux portes-là se rejoignent via toi. C'est quand même le fun pour réussir à avoir une galerie de personnages autant du côté médiatique que du côté artistique.– Oui. Fait que je trouvais que Béatrice devenait un bon pont pour faire découvrir un peu ces milieux-là. Moins connus aussi, parce qu'on connaît pas, on connaît nos auteurs chouchous, mais leur vie, ce qu'ils vivent, comment l'industrie du livre est faite, tout ça, c'est pas quelque chose qui est nécessairement connu. Donc, c'est une espèce d'incursion dans des milieux un peu moins connus du sans-système

SPEAKER_04

québécois. Moi, j'ai reconnu des gens, mais t'as changé des noms, mais quand on gravite dans ce milieu, en tout cas, moi, je me suis imaginée beaucoup de gens, est-ce que j'ai raison ou pas, je sais pas, mais j'ai l'impression que t'es inspirée de gens qu'on connaît

SPEAKER_05

du milieu.– Ah, absolument, absolument, puis j'ai hâte que ces gens-là lisent puis se reconnaissent, ou pas, mais non, non, puis souvent, les personnages moins glorieux ne sont pas inspirés de personnes, mais tous les petits clins d'œil, il y a tellement de clins d'œil de personnes qui existent, puis c'est très drôle parce que mon éditrice, elle les écrivait en marge du livre pendant la l'édition, parce que est-ce que c'est telle personne, est-ce que c'est telle personne, puis on rigolait, on essayait de deviner qui était étaient tous ces gens-là.–

SPEAKER_04

Mais

SPEAKER_05

est-ce

SPEAKER_04

que tu as demandé

SPEAKER_05

la permission à certaines personnes?– Non, non, parce qu'il y a trop d'amalgame, puis il n'y a personne qui paraît mal, dans le fond. Puis ceux qui ne sont pas fins, ils n'existent pas. Donc, voilà.

SPEAKER_04

– D'accord. Si tu me permets, Pénélope, on s'arrête et au retour, on continue de parler de Parce que la vie. Ici Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. J'ai toujours accompagné de mon autrice invitée de la semaine, Pénélope Jolicoeur, pour parler de son premier roman pour adultes, Parce que la vie. Et j'ai envie de te demander, à quel moment as-tu su que l'histoire devait être racontée sur un ton aussi cynique et assumé? Ben, je suis comme ça dans la vie.

SPEAKER_05

Je suis vraiment

SPEAKER_04

quelqu'un... C'est un livre à ton

SPEAKER_05

image. Ah, c'est un livre à mon image. Oui, puis c'est drôle parce que les gens qui ont commencé à le lire, il est sorti quand même depuis une semaine et demie, puis tout le monde dit« Ah, je t'entends. J'entends ta voix me lire quand je le lis.» C'est mon ton. Je suis quelqu'un... Toujours un petit sourire en coin qui est capable de rire d'à peu près n'importe quoi, même des pires moments de la vie. Puis pour Béatrice, ça ne va pas super bien, mais elle navigue du mieux qu'elle peut avec une bonne

SPEAKER_04

dose de sinistre. Comment tu trouves justement l'équilibre entre le comique, le malaise

SPEAKER_05

et la tendresse? Ah, mon Dieu, quelle bonne question. C'est une question de dosage. Si c'est drôle tout le temps, ça devient lassant. Si c'est touchant tout le temps, ça devient si rupeux. Ça fait que c'est une espèce d'équilibre qu'il faut réussir à trouver entre les moments de rire et... Je trouve que les romans les plus efficaces ou les récits les plus efficaces, c'est souvent quand tu ris beaucoup. Mettons, je prends pour exemple« Bébé braillard» de Roanne Mercier, qui est un festival de« je ris à haute voix, je braille des rais». Et là, un moment donné, il y a un chapitre qui rentre puis qui est dans l'intériorité puis dans des sujets vraiment sombres puis poignants. Puis c'est beaucoup plus efficace ainsi parce que ton corps, il est ouvert. Parce que quand tu ris, tu n'as plus de défense. t'es toute ouverte, t'es toute... Puis là, s'il y a quelque chose de touchant, mais ça te touche encore plus, parce que t'es dans l'ouverture à 100%, t'as plus de défense, t'as plus de barrière. Fait que je pense que c'est ça un peu, c'est cet équilibre-là qu'il faut réussir à aller chercher, comment ton lecteur va être ouvert au maximum pour ajouter un petit quelque chose de touchant qui va faire en sorte que le mood change, puis là, mais on se vautre pas là-dedans, parce qu'on se gratte pas le bobo, puis ouais, on twist ça pour que ça finisse comique, pour qu'on ait le goût de de tourner une autre page, puis tout ça. Donc, c'est un exercice d'humour, en fait.– J'ai l'impression que t'as eu bien du plaisir à écrire ce livre-là.– Ah, j'ai eu tellement de fun à écrire ça. J'ai eu tellement de plaisir à écrire ce livre, à l'imaginer, à imaginer mes personnages, à les construire. Pour moi, ça a été vraiment une partie de plaisir. Vraiment une partie de plaisir.

UNKNOWN

– OK.

SPEAKER_04

– Ouais.– Est-ce qu'il y en aura un autre?

SPEAKER_05

– Je travaille sur une

SPEAKER_04

suite.– Il y a une suite, hein?– Oui.– C'est sûr qu'elle

SPEAKER_05

va en avoir une.– C'est ça. C'est ça. Moi, comment je travaille, c'est qu'en fait, j'écris tout le livre dans ma tête. Puis ensuite, pendant une semaine à peu près, je l'écris pour vrai. Mais il est déjà tout construit dans ma tête. Il est en train de se construire. Ça prend à peu près six mois, huit mois, un an de construire le truc. Mais après ça, c'est une semaine ou deux de l'écrire. Mais il est tout fait pour moi. Même les dialogues, j'entends mes personnages parler et tout ça.

SPEAKER_04

J'ai hâte de lire ça. Et dans le roman, Béatrice, son constamment en train d'éteindre des feux. Est-ce que c'est une critique justement du rythme de vie actuel qu'on a?

SPEAKER_05

Absolument. On dirait qu'on s'était promis collectivement, je ne sais trop, pendant la COVID, quand ça va revenir, on va ralentir, on va être zen, on va avoir vu les vraies priorités, on va être ensemble, les humains, tout ça. On s'en est fait tellement croire en deux ans sur comment le après allait être. Et quand ça a repris, on dirait qu'on va encore plus vite qu'avant. Oui, oui. Après quoi on court? Après quoi on court? C'en est ridicule. C'en est ridicule, surtout dans un milieu où on ne sauve pas des vies personne. Et qu'on ne sauve pas des vies. Oui, on change peut-être des vies avec des mots, mais il n'y a pas personne sur une table d'opération qui est en train d'attendre notre livre. Personne. Et pourtant... On est à un rythme de production. Tout est effréné. Et on dirait qu'on n'a rien appris de ces deux années-là où on a été forcés d'arrêter. Mais on n'apprendra donc jamais. Et pour moi, oui, c'est une critique de cette société qui est rapide, de ces impondérables financiers. On parle beaucoup de crise du logement, tout ça, présentement. Béatrice est là-dedans, à côté. La classe moyenne n'est même plus capable de se loger, de faire une épicerie. c'est la dissipation de la classe moyenne. Tout ça, c'est super grave. Et pourtant, on fonce dans le mur à pleine vitesse, les yeux fermés, en travaillant plus. Ça n'a aucun sens, ce qui se passe. Aucun

SPEAKER_04

sens.– Puis en même temps aussi, c'est que Béatrice va se retrouver avec sa mère parce que ça coûte trop cher d'héberger sa mère dans le centre où elle est.– Oui,

SPEAKER_05

bien oui, parce que nos personnes âgées, je vois juste les parents à mon copain qui sont dans une maison pas de grand luxe, mais ça coûte tellement cher par mois. Je regarde ça, je me dis, mais qui peut se payer ça? Qui pourra, de notre génération, se payer ça? C'est pas possible. C'est pas possible. Et puis, les CHSLD, je veux dire, c'est terrible, les conditions des personnes âgées qui n'ont pas les moyens de se loger. C'est une tragédie. Tout ça, ça va aussi dans ce système qui va trop vite et qui capitalise et qu'à un moment donné, il va y avoir les riches et les pauvres et rien entre les deux. C'est une tragédie. C'est ça. Mais c'est d'essayer de de traiter avec humour, mais oui, il y a une lucidité là-dedans, il y a un propos, il y a ce propos-là dans ce roman.

SPEAKER_04

Et c'est important pour toi aussi d'avoir un personnage principal qui était une femme imparfaite, parfois dépassée par la situation, parce qu'on le dit tantôt, elle travaille à temps plein, elle a une garde partagée, elle a une mère qui vient à la maison, ses finances sont fragiles, elle est dans l'inquiétude constante,

SPEAKER_05

Béatrice. Comme beaucoup d'entre nous, on a beau se faire croire que tout va bien, il y a à peu près personne que je connais, presque Présentement, aussi bonnes les jobs soient-elles,« Ah oui, oui, tout va bien, je peux me payer ça.» On est tous un peu en mode,« Attends, l'hypothèque augmente, les loyers, si je me retrouve, j'ai la chance, le bonheur, la joie immense d'avoir une hypothèque.» Mais je regarde mes amis qui ont des loyers, puis ça augmente, puis ça augmente, puis ça augmente, puis je me dis,« Mais comment tu fais pour te loger

UNKNOWN

SPEAKER_05

Quand 65% peut-être de ton salaire est pour ton logement, je veux dire, tu ne peux même plus avoir une bad luck, tu ne peux plus avoir de... Bien là, les voyages deviennent compliqués. Tu sais, juste les petits plaisirs de la vie deviennent un calcul infini Et puis, c'est ça. La pauvre Béatrice, je trouve qu'elle ressemble à beaucoup d'entre nous qui se font accroire que tout va bien et qu'on est capable de jongler avec 28 problèmes en même temps et qu'il n'y a rien qui va péter jamais. Mais le niveau d'anxiété n'a jamais été aussi haut. On est des petites bestioles anxieuses sur plein d'affaires, que ce soit l'environnement, que ce soit les gars qui nous pètent autour, que ce soit notre voisin du sud. Je veux dire, on ouvre la télé, on ouvre nos cellulaires et les raisons d'être anxieuses sont très, très très, très nombreuses. Et

SPEAKER_04

la précarité aussi beaucoup dans le milieu culturel parce que la plupart du temps, on est à la pige, on est à contrat. Puis en ce moment, on n'arrête pas d'entendre parler qu'il y a des coupures dans le milieu de la culture. C'est sûr que ça crée une certaine

SPEAKER_05

anxiété. Oui, puis les loisirs sont souvent la première chose qu'on coupe quand on n'a plus d'argent. Complètement. Tu as de la misère à payer ton loyer, tu as de la misère à payer ton épicerie, tu n'iras pas t'acheter un livre, tu n'iras pas voir une pièce de théâtre, tu n'iras pas voir un spectacle de musique. C'est les choses qu'on coupe parce que la culture, oui, c'est nécessaire, mais ce n'est pas nécessaires pour vivre à le top de la pyramide de Maslow, finalement. Non, c'est ça. Oui.

SPEAKER_04

Et j'ai envie qu'on parle un peu de dating, parce que ces temps-ci, à cette ère où les applications de dating existent, tu en parles avec beaucoup de lucidité et beaucoup d'ironie. Est-ce que c'est ton côté pessimiste ou simplement réaliste de ce système-là de

SPEAKER_05

dating? Les deux. J'ai été pas très longtemps là-dessus, Dieu merci, et j'ai vu vraiment beaucoup de poissons Ce sont des hommes qui tiennent des poissons, des hommes qui tiennent des haltères, tout ça. J'ai l'impression qu'il y a comme une espèce de marchandisation de la relation là-dessus. Beaucoup de« fake». D'un bord comme de l'autre. La première chose que tu présentes au monde, ce soit une photo de toi déjà là. Moi, j'ai besoin de connecter avec une personnalité. Tout ça est encore une fois une mise en marché, un faire valoir, se vendre, se vendre. On est dans une époque où on se vend. On se vend sur Instagram, on se vend sur Facebook, on se vend sur Tinder, on se vend. C'est pernicieux à un moment donné, parce que l'humain que tu rencontres, il est où derrière toutes ces couches de publicité-là? De superficialité. De superficialité. Puis oui, j'étais là-dedans vraiment pas longtemps, mais assez pour constater... T'as fait une bonne idée. Ah, constater la tristesse de tout ça, puis je... Ouf! Non, vraiment difficile, le monde du dating.

SPEAKER_04

Difficile. Et moi, j'aurais envie de te demander ton personnage de Étienne, ce clown humanitaire-là, il est né comment?

SPEAKER_05

Ah, il est né... Je sais pas. Lui, il a surgi un moment donné parce qu'il fallait bien un love interest à cette histoire. Question de pimenter le tout. Tu sais, ça reste un peu la chiclite. J'aime pas beaucoup ce vocabulaire de littérature de volaille, mais quand même, appelons un chat un chat. Donc, il fallait un love interest, bien entendu. Puis, à un moment donné, je sais pas, je me suis dit qu'est-ce qui fitrait le moins avec cette fille qui va à toute vitesse, qui jongle avec les aléas de la vie, mais tu sais, dans le quotidien pur, la garde partagée, la job, ça c'est des choses très, très concrètes. Là, je me suis dit, aïe, le C'est sûr que c'est son opposé, pas son opposé dans les valeurs, parce qu'ils peuvent avoir des valeurs communes, mais dans le day-to-day, c'est sûr que c'est l'opposé. Puis, bien entendu, les clowns, c'est pas son bague. Donc, ça fait un petit plus dans la relation entre ces deux-là.

SPEAKER_04

Ah non, mais c'est drôle. Moi, je l'ai beaucoup aimé, ce personnage-là, même si à certains moments, il me tape ses nerfs et on le trouve chiant. Oui. Mais il est quand même très

SPEAKER_05

sympathique. Ben oui, mais c'est un peu le... Ben, comme je parlais tantôt, l'espèce de voix de la raison, on travaille trop, on fait trop si, tout ça, les valeurs, c'est important. Puis, lui, il est là un peu pour rappeler ça, mais elle est juste,« Hey, j'essaie juste de survivre, man.» C'est ça.« T'as beau me parler de la faim dans le monde, de la misère, de ci, de ça, peux-tu juste vivre?» Mais oui, mais lui aussi a raison, et tout le monde a raison là-dedans, à des niveaux différents, mais voilà,

SPEAKER_04

là. Complètement. Et rapidement, je veux qu'on parle des chapitres qui commencent tous par« parce que». Comment cette idée-là t'est venue? Est-ce que c'est venu dès le départ, ou c'est venu en cours d'écriture, ou à la fin complètement? À la fin

SPEAKER_05

complètement, j'ai eu flash en deux Deuxième round de correction, je pense. Pas de correction, mais d'édition. Je me suis dit, on dirait qu'il faudrait des noms au chapitre. Puis là, je me suis dit, ah, des proverbes, c'est drôle. Puis là, j'ai fait de la recherche de proverbes pour trouver des proverbes qui fitaient avec ce qui se passait dans chacun des chapitres. Je me suis dit, OK, oui, c'est possible. Je suis capable de faire l'exercice puis de me rendre jusqu'à la fin. Puis non, non, c'est arrivé super tard, ça. Puis je suis bien contente d'avoir eu ce flash-là.

SPEAKER_04

Oui, c'est très original. Bien, merci. Si tu me permets, Pénélope, on s'arrête et on retourne. Je veux qu'on parle de tes coups de cœur littéraires.

SPEAKER_01

Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

On est maintenant rendu au segment des coups de cœur littéraires de mon autrice invitée de la semaine, Pénélope Jolicoeur. Et qu'est-ce que t'as envie de présenter aux

SPEAKER_05

auditeurs? Comme ancienne libraire, ça me tentait d'y aller vraiment avec beaucoup, beaucoup de suggestions. C'est bon ça. Parce que j'aime ça y aller en rafale, puis ça veut pas nécessairement dire qu'il y a une affaire qui fit pour tout le monde. Fait que si je parle d'un seul coup de cœur, puis que ça parle pas à moitié des auditeurs et des auditrices, bien, j'ai manqué mon coup.

UNKNOWN

Donc,

SPEAKER_05

Mes coups de cœur, l'an dernier, 20-25, le Bézoard de Pascal Monpetit trône au top de mon palmarès de ce que j'ai lu de meilleur. Bien d'accord avec toi, j'ai beaucoup aimé. C'est tellement bon. Et en fait, j'ai été surprise parce que Pascal est une fille drôle, drôle. drôles. Ça n'a aucun bon sens. Je ne sais pas si vous avez attrapé les capsules qu'elle faisait de ses influenceuses un peu avant. C'est tellement... C'est niaiseux. L'humour niaiseux, ça me fait vraiment rire. Mais là, ce livre-là, une intériorité, coup de poing... Mais aussi, un humour aussi au travers de tout ça. Une vérité. Une plume. Une plume extraordinaire. J'ai tellement trouvé ça bon. J'ai été sciée en deux. Cette lecture-là, lue d'un trait, j'ai tout aimé. Autant l'écriture, le propos, la richesse de la langue, des images, c'est tellement, tellement bon. Vraiment, baisoir, gros coup de cœur. Ensuite? Sinon, un de mes préfs ici, Paul Kavzak, Autant ténèbre que le bonheur. Peut-être un petit plus encore pour le bonheur, qui est une lecture exigeante. Je le dis, je le répète à tout le monde à qui je propose ce livre-là. Oui, les premiers chapitres, on se demande, mais qu'est-ce que je suis en train de lire? Mais non, il faut persévérer, il faut continuer et tout s'explique. Et moi, dès que j'ai refermé la dernière page de ce livre-là, je l'ai recommencé au complet, à la lumière de ce que J'avais compris du reste. Je voulais relire le livre à partir de la page 1. C'est la première fois que je fais ça de ma vie, fermer un livre et le recommencer et le relire en son entièreté. Et j'avais presque envie de le lire une troisième fois à la lumière de ce que j'avais compris de la deuxième et de la

SPEAKER_04

première. Wow! Moi, j'ai lu le Ténéam que j'avais beaucoup aimé, mais je n'ai pas lu Le Bonheur.

SPEAKER_05

Ah, c'est vraiment bon. C'est intelligent. C'est une écriture précise, ciselée. Ses personnages sont forts. Ses images sont belles. C'est cinématographique. Même, il y a de l'humour là-dedans. Là, où il ne serait pas supposé en avoir. C'est vraiment bien écrit. Type, d'ailleurs, formidable, avec qui j'avais eu la chance de faire une entrevue cette année ou l'année passée. Je ne me rappelle plus. Le temps passe si vite. Mais oui, Paul Kavzak, grand auteur ici. L'œuvre entière de Marie-Renée Lavoie. J'aime Marie-Renée Lavoie. La petite et le vieux, j'en avais vendu des centaines en librairie. J'étais folle de ce livre. Mais sa série Diane, les Diane, dont je suis la voix maintenant. sur, entre autres, audio, qui sont disponibles gratuitement. Diane n'est pas sortie du bois. Et boire et déboire d'une déchicaneuse, c'est moi qui prête la voix à Diane maintenant. Et ça m'émeut beaucoup parce que c'est un personnage que j'adorais. Et quand j'ai eu ce rôle-là, j'étais bien, bien excitée. Marie-Renée Lavoie, qui est une autrice qui est drôle, qui est touchante, qui est un modèle d'écriture pour moi, autant dans la construction de ses personnages que dans la construction de ses histoires. Formidable autrice qui mériterait être plus lue, plus connue.– Tellement d'accord avec toi. Pleurer au fond des mascottes de Simon Boulris, autre immense coup de cœur, Simon qui est si vrai, si touchant, humain, sans aucun filtre, sans aucun égo, quel être extraordinaire, d'une douceur, d'une gentillesse, d'une vérité. ce livre-là qui est touchant, extraordinaire. J'ai tellement aimé ça. Aussi, c'est les livres« Géolocaliser l'amour»,« L'enfant mascara»,« Jeanne Moreau a le sourire à l'envers». Je veux dire, Simon, c'est une soixantaine, soixante-dix livres, soixante-quinze

SPEAKER_04

livres, je ne sais plus.– Même son dernier,« Ma vie au micro-ondes».– Oui! Bien oui, aux éditions Cardinal, j'ai tellement aimé ça.– Dans lequel il se dévoile tellement. Moi, Simon, je le connais depuis une quinzaine d'années, puis j'ai appris des choses sur Simon, là-dedans.– Oui! Ah, mais quel

SPEAKER_05

auteur qui se renouvelle tout le temps une plume Il y a une voix personnelle. C'est magique. Lire du Simon Bouliris, il y en a vraiment pour tous les goûts et tous les âges. Et on en a pour des heures et des heures à découvrir Simon Bouliris, parce qu'il est très, très prolifique. Sinon, dans deux que je trouve qui se ressemblent, sans se ressembler, encore une fois, des œuvres complètes, j'adore les deux, c'est deux de mes préfs, Bret Easton Ellis et Jean-Philippe Barry-Guerrard. Avec des personnages qui passent au travers de la vie sans que... sans nécessairement qu'ils évoluent d'une manière ou d'une autre, des portraits très incisifs, autant sur la société que sur les humains, sur les travers, sur les pires côtés. Et on réussit quand même à s'attacher, on réussit à passer des moments extraordinaires, des écritures précises, ciselées, avec du rythme. C'est des auteurs, deux très, très grands auteurs, mais bref, probablement du côté anglophone comme du côté francophone. Bret Easton Ellis, Jean-Philippe Barry-Guerrard, bien entendu, Bertie Stone Ellis, ça dépend des livres, parfois, il faut avoir l'estomac bien accroché.

SPEAKER_04

– Mais le dernier de Jean-Philippe Barry-Guerrard, sa pièce de théâtre, Un nouveau jour, j'ai beaucoup, beaucoup aimé, justement, comme si le Québec devenait indépendant, puis on veut célébrer tout ça, c'est vraiment très, très bon, très incisif, rire jaune.– Ah oui,

SPEAKER_05

mais c'est un gars tellement intelligent, avec un propos... toujours précis. Et ce qui me fascine, c'est sa recherche. Parce que moi, j'ai fait ma course au stage. Quand j'ai lu Royal, j'étais sciée en deux parce que c'était ma vie que je lisais. Et ce gars-là n'a pas fait sa course au stage. Mais encore une fois, haute démolition, le milieu de l'humour, tout ça. Il y a une recherche de ces milieux-là qui sont des cercles fermés et qui réussit à non seulement comprendre, mais nous faire revivre ce qu'on a vécu. C'est époustouflant. Quel auteur de grand talent. J'ai hâte de lire le

SPEAKER_04

prochain roman. Il travaille là-dessus depuis une couple d'années. Il m'a dit que ça s'en venait éventuellement.

SPEAKER_05

Oui, moi aussi, j'ai très, très, très hâte. Sinon, écoute, les deux Joël Martel. Pour moi, c'est des petits bijoux. Le chien ne meurt pas à la fin, puis comme un long accident de char. Joël, c'est des phrases simples, des idées qui pourraient paraître simples, mais dans sa plume... on rit aux éclats, puis

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on est touché aux larmes. Oui, parce que c'est des sujets très négatifs, la mort de son père dans le premier, mais en même temps, on rit. On rit aux éclats, on

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rit aux éclats, puis c'est un tour de force toujours de réussir à faire rire puis à bouleverser en même temps. Et c'est d'une simplicité. Et c'est ce que j'adore dans l'écriture de Joël. C'est simple. Tout le monde peut lire ça. Et tout le monde peut être touché. Et tout le monde peut rire. Et pour moi, c'est deux petits bijoux. Deux petits bijoux de livres. Un roman au four de Marie-Cécile Abreche. J'adore Marie-Cécile Abreche. J'adore tout ce qu'elle fait. Et un roman au four, moi, ça me parle. La liste infinie d'affaires à faire, d'affaires à dire, de ce que j'aurais pas dû dire, de mon anxiété qui vient là-dedans, de ma pensée intrusive par-dessus mon autre pensée intrusive. et la petite joke et le petit punch. C'est tellement bien écrit. Ce fil ininterrompu de pensée, elle me rejoint tellement.

SPEAKER_04

Mais c'est comme si on entrait dans la tête de Marie-Cissé, parce que Marie-Cissé, c'est quelqu'un qui parle vite, qui dit plein de choses en même temps, puis dans son écriture, elle a réussi à le transposer. C'est extraordinaire. Ah oui, quel bon livre.

SPEAKER_05

Quel bon livre. Essoufflant. Mais tellement vivant, foisonnant de plein de réflexions. J'ai adoré ça. Les détournements de Marie Demers. qui pour moi est un chef-d'oeuvre d'humanité. C'est une arme à vif. On a accès à tout sans aucun filtre. Quelle belle écriture, quel propos, sans aucun filtre, sans aucune censure. Tout est là, tout est dit. Très, très grand livre, Les détournements. Le don de Christina Gauthier-Landry, plus une écriture poétique, fine, douce Le rapport à la mère, mère-fille, le territoire aussi là-dedans. Ah, c'est tellement humain. J'ai adoré ça. Ça, c'est un autre que j'ai lu d'une traite. Je n'ai pas été capable de le déposer. Quel beau livre. Un petit dernier peut-être? Ah, une grande surprise. Grande surprise. Famille royale de Stéphane Rousseau. Et que je ne m'attendais à rien et j'ai été soufflée. Quel livre? Non, ce n'est pas une biographie de Stéphane Rousseau. Il va parler de Mme Jäger. Ce n'est pas ça. Donnez une chance à ce livre parce que c'est un récit de vie bouleversant, troublant, très bien écrit. punché, gros coup de cœur pour ce livre auquel je ne m'attendais pas du tout.

SPEAKER_04

– Moi, j'ai beaucoup, beaucoup aimé aussi, puis je sais qu'il y a une version audio qui est lue par Stéphane, qui est vraiment très, très bonne.–

SPEAKER_05

Ah oui! Ah, bien oui, bien, encore plus, pourquoi

SPEAKER_04

pas?– Mais merci beaucoup, Pénélope, pour les super belles suggestions littéraires. On s'arrête pour la chronique et on se retrouve pour la conclusion.

SPEAKER_00

Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Diane Côté. Bonjour, tu vas bien? Oui, je vais bien, Amélie. Merci. Et on commence ce mois-ci avec une pension en Italie de Philippe Besson, publiée chez Julliard.

SPEAKER_02

Alors, depuis le début des années 2000, Philippe Besson nous offre presque chaque année un nouveau roman, inspiré par des régions qu'il a visitées. Il en avait même écrit un, Dîner à Montréal, qui se passe à Québec. Cette fois, voici, il nous emmène en Toscane au début des années 60. Il nous raconte l'histoire de son grand-père, Paul, de sa grand-mère, Gabi, et de leurs deux filles, Suzanne, qui est en fait la mère de l'auteur, une jeune fille de 18 ans au moment du livre, et de Colette, la petite fille de 8 ans. Paul a choisi d'amener sa famille en vacances dans une pension dans le village de San Donato, un village situé entre Sienne et Florence. Dans cette charmante pension. Un événement foudroyant va se produire, mettant brutalement fin aux vacances familiales. Plusieurs années plus tard, Philippe Besson décide d'enquêter sur ce qui s'est passé pour brutalement mettre fin aux vacances et sur ce qui est resté un secret jamais dévoilé par les membres de la famille. On comprend rapidement que le mariage des grands-parents était plutôt un mariage de convenance qui arrangeait tout le monde et que c'était surtout pour Paul, le grand-père, un moyen de lutte Oh! Un événement longuement raconté dans le livre permettra à Paul de reprendre sa vie en main en faisant un choix déchirant qui va briser la famille. Une pension en Italie, c'est un roman, comme tous les romans de Philippe Besson, en fait, un roman tout en douceur où les mots laissent la place à l'émotion et à la tendresse envers les personnages. Il fait preuve de beaucoup de sensibilité dans cette histoire émouvante et il nous réserve une fin magnifique où les lecteurs comprendront que ce que l'auteur partage avec son grand-père qu'il n'a jamais connu.

SPEAKER_04

Wow, c'est magnifique. Oui. On rappelle le titre Une pension en Italie de Philippe Besson, publié chez Julliard. Et là, on y va avec Les belles promesses de Pierre Lemaitre, publié chez Calment Lévis. J'ai hâte de t'entendre, parce que moi, j'ai beaucoup aimé le précédent.

SPEAKER_02

Bien oui, c'est fini, ça y est. Avec Les belles promesses, Pierre Lemaitre vient de mettre un point final à cette Le roman commence par un acte héroïque de Jean, que l'on appelle Bouboule, qui réussit à sauver un bébé d'un immeuble en flammes, devenant ainsi un héros. héros malgré lui. Son épouse, Geneviève, toujours aussi détestable et mesquine avec ses enfants, son mari et cette fois-ci sa sœur, qu'elle traite comme une domestique, sera tirée profit du geste de son mari, évidemment, pour attirer l'attention sur elle et sur leur entreprise de magasins bon marché. On ne l'aime pas, elle. Non, mais on aime la détester. Oui, c'est ça. On retrouve aussi le frère de Jean, François, le journaliste devenu un écrivain à succès, qui mène une enquête sur le passé de Jean qu'il soupçonne d'avoir assassiné des femmes. Évidemment, cette enquête le rend complètement anxieux parce qu'il a peur de ce qu'il va découvrir. Mais toujours poussé par les manigances de son épouse, Jean s'associe à un groupe d'entrepreneurs pour financer une partie du boulevard périphérique et là aussi, on va aller de surprise en surprise. Ce quatrième roman est un aboutissement magistral de la saga et Pierre Lemaitre utilise toute sa puissance romanesque pour nous faire vivre une histoire fascinante dans un climat social et moral d'une époque où les certitudes économiques et la confiance dans le développement à tout prix commencent à s'effriter. Il s'agit d'un roman où les choix individuels et les choix de société viennent nourrir la grande et les petites histoires. C'est un roman remarquable comme les trois qui l'ont précédé. Je pense qu'il est beaucoup plus intéressant d'avoir lu les trois autres avant de lire Les belles promesses. Ne vous en privez pas, vous succombrez certainement au charme de cette famille et surtout à celui de cet auteur qui est un grand romancier et un fabuleux conteur d'histoire.

SPEAKER_04

C'est des livres qui sont quand même assez volumineux, mais qui se lisent tellement rapidement parce qu'on est embarqué,

SPEAKER_02

happé par l'histoire. Oui, on vit avec eux autres pendant toutes les pages du roman. C'est merveilleux.

SPEAKER_04

Complètement. On rappelle le titre Les belles promesses de Pierre Lemaitre, publié chez Calment-Lévis. Et on poursuit cette fois-ci avec« Marée noire» de Luc Chartrand, publié chez Québec Amérique.

SPEAKER_02

Alors, Marie-Noire, c'est le troisième roman policier écrit par Luc Chartrand, qui est aussi connu comme journaliste, entre autres, à l'émission Enquête à Radio-Canada. Aujourd'hui, il est retraité et il utilise ses talents d'enquêteur pour écrire des romans policiers bien construits, habilement documentés, dont le personnage central est Paul Carpentier, un journaliste retraité comme par hasard. Depuis la mort de son épouse, Carpentier vit en ermite sur l'île d'Anticosti, où il travaille comme guide de chasse Au début du roman, il se prépare à passer l'hiver tout seul dans un chalet déserté pendant plusieurs mois lorsqu'il trouve le corps d'une femme flottant au bord de la plage. Il va la sauver de l'hypothermie en la ramenant dans son chalet, mais il va faire face à une personne secrète, inquiète, qui sait se battre comme il le verra rapidement lorsque deux hommes sortis d'on ne sait où tentent de la tuer. Elle s'enfuit avec la motoneige de Carpentier. En voulant la retrouver, il va découvrir un immense complot éco-terroriste qui vise à empêcher la circulation maritime dans le Saint-Laurent. Le projet est dirigé par des militants trop écologistes qui se déplacent en sous-marin et qui sont dirigés par un oligarque russe, rien de moins. Ça vraiment se passe dans un contexte politique international et la guerre en Ukraine, les horreurs de Gaza et les changements climatiques sont en trame de fond du récit. C'est un roman vraiment palpitant, bien écrit, très documenté et le récit ainsi que les personnages sont crédibles malgré tout. Évidemment, une bataille de sous-marin dans le golfe du Saint-Laurent, ça peut paraître un brin exagéré, difficile à croire, mais quand on regarde le monde actuel et les enjeux écologiques, l'histoire que nous propose Chartrand n'est peut-être pas si tirée par les cheveux qu'on pourrait le croire. C'est un roman qu'on lit d'une traite et qui nous garde bien éveillés sur les enjeux du monde.

SPEAKER_04

On rappelle le titre« Marais noir» de Luc Chartrand, publié chez Québec-Amérique. Et là, on termine avec« La maison aux neuf serrures» de Philippe Gray, publié aux éditions Sonatine.

SPEAKER_02

C'est un roman époustouflant, où les L'écrivain britannique, c'est un écrivain britannique, Philip Gray, nous emmène à Gans, en Belgique, en 1952. Les premières pages sont assez classiques pour un roman policier. Elles mettent en scène la mort d'un homme dans l'incendie de l'imprimerie nationale, là où sont imprimés les billets de banque. L'homme a été enfermé à l'intérieur. Il s'agit certainement d'un crime qui sollicitera toute l'intelligence et les compétences de l'inspecteur de Smith. Ensuite, on revient un peu en arrière, en 1951, pour rencontrer Adélaïs, une jeune adolescente de 11 ans, atteinte de polio, mais armée d'une volonté farouche et d'une grande, grande ténacité. Pour son anniversaire, son oncle lui offre un tricycle pour handicapé qu'elle peut faire rouler avec ses bras. Ce cadeau va changer sa vie, puisqu'il lui permettra de s'éloigner de sa triste famille et aussi de sauver la vie du beau Sébastien qui deviendra son ami. Ce Cet oncle, qu'elle admire, lui laisse en héritage une maison, dont elle ignorait complètement l'existence, la maison aux neuf serrures. En alternant entre les années, nous comprenons que les deux histoires, celle de l'inspecteur et celle de la déesse, vont se rencontrer. La maison aux neuf serrures, et surtout ce qu'elle contient, va changer la trajectoire de la jeune fille. Avec son amie Saskia, elle pourra s'offrir une vie de rêve et de luxe. Il y a un nombre incroyable de rebondissements dans ce livre, des secrets, des personnages malicieux et complexes, et un suspense qui nous tient sur le bout de notre chaise pendant tout le livre. Mais c'est surtout le personnage d'Adélaïs qui nous charme et comme les pistes de l'enquêteur se rapprochent d'elle, nous prenons sans hésiter son parti. Vous aurez compris que c'est un livre qu'on lit sans s'arrêter et que l'on referme avec regret après 500 pages de pur ravissement.

SPEAKER_04

Oh, intrigant! Ça s'intitule« La maison aux neuf serrures» de Philippe Grain, Publios Éditions Sonatine. Merci beaucoup, Diane, pour les belles suggestions.

SPEAKER_02

Merci à toi. Bonne journée.

SPEAKER_03

Ici Audrey Willenmy, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

On est déjà rendu à la conclusion de l'émission avec mon autrice invitée de la semaine, Pénélope Jolicoeur. Et j'ai envie de te demander, Pénélope, des comédiennes, chanteuses, éditrices, animatrices, qu'est-ce que chacune de ces expériences a apporté à ton écriture romanesque?

SPEAKER_05

Des anecdotes. Un répertoire infini d'anecdotes.

SPEAKER_04

Mais est-ce que ça joue sur ton style d'écriture?

SPEAKER_05

Ah oui, bien oui, oui, oui, parce que l'écriture humoristique, c'est quand même quelque chose qui est difficile. Moi, je trouve ça plus dur de faire rire quelqu'un que de le faire pleurer. Je pense que justement, des années de scène, à faire des revues de l'année, à puncher, à animer... Tu as ce rythme-là. Le rythme est essentiel en comédie. Je pense que c'est ça que ça a apporté. En tout cas, je l'espère.

SPEAKER_04

Est-ce que tu écris différemment pour les ados que pour les adultes ou c'est sensiblement la même

SPEAKER_05

chose? Pour les adultes, il y a beaucoup plus de sacres. Mais... Écrire pour les ados, c'est différent parce que c'est l'époque des premières fois. Puis c'est l'époque de l'effervescence des émotions. Puis tout est vécu à son maximum. Tu t'engueules avec ton ami, puis c'est comme« Ah, ma vie est terminée!» Puis c'est ta première peine d'amour. Puis c'est comme« Je vais mourir, je vais finir là!» C'est comme tout est too much, tout est excessif tout le temps. Puis c'est le fun d'aller là, puis c'est le fun d'écrire dans ce mood-là aussi. Mais quand on écrit pour les adultes, on tourne down 80% de tout ça parce que ce ne sont pas les mêmes émotions. Ça fait que c'est deux types de littérature complètement différentes, mais que j'adore faire, les deux.

SPEAKER_04

Et j'ai envie de te demander, en écrivant ce livre-là, as-tu découvert quelque chose sur

SPEAKER_05

toi-même? Ben... Je me suis découvert un souffle que je ne savais pas que j'avais, que je savais que j'avais, mettons, pour huit minutes, faire une chronique, faire un show, un number d'humour, faire une animation, tout ça. J'écris comme ça des petits chunks, d'habitude, des petits quatre, des trois, des huit, des six. Mais le faire sur un livre au complet, je me suis prouvé que j'étais capable de le faire, d'écrire de l'humour sur deux cents quelques pages. Puis ça, je ne sais pas, ça m'a fait un petit« Ah, bien, j'ai ça de plus que je suis capable de faire Et

SPEAKER_04

le prochain, Béatrice, parce que je te dis qu'il va y en avoir un autre. Oui, il va y en avoir un autre. Quoi, d'ici un an à peu près? Là, je ne sais pas.

UNKNOWN

Ok.

SPEAKER_04

Tu n'as pas mis de deadline. Non,

SPEAKER_05

je ne me suis pas mis de deadline, mais quand ça débouche, ça débouche vite. Mais il est en train de s'écrire dans ma tête.

SPEAKER_04

D'accord. Puis, qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les prochains mois? Je présume que tu vas faire des salons du livre avec ton roman du livre.

SPEAKER_05

Oui, oui, tout à fait. Je vais faire des petits tours à Québec pour des dédicaces. C'est sûr que je suis là aussi dans les salons pour hurlantes éditrices, donc je suis toujours un peu là. en train de flotter. Quelqu'un part dans les salons. Je vais faire un petit tour à Trois-Rivières. Je vais faire un petit tour en Abitibi aussi parce que j'ai une autrice qui va sortir un livre, une autrice de là-bas qui sort un recueil de poésie. Donc, c'est ça. Je vais flotter un peu partout dans les salons. Je viendrai me faire un petit

SPEAKER_04

coucou. Est-ce que tu es active sur les réseaux sociaux pour les gens qui voudraient te faire des commentaires suite à la lecture de Parce que la vie?

SPEAKER_05

Oui, je suis sur Instagram et je suis sur Facebook. Péniope Jolica. Péniope Jolica, oui. Vous voyez beaucoup la promo présentement sur mes réseaux. On

SPEAKER_04

peut pas me manquer.– Bien, merci beaucoup, Pénélope, d'être allée à l'émission.– Bien, merci à toi! Merci beaucoup.– Et j'ai une copie de« Parce que la vie a fait retirer», alors je vous invite à vous rendre sur le site internet de l'émission, samedi-lire.com, dans l'onglet« Concours». Merci à vous à la maison, passez une excellente semaine, je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission, et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine! À la semaine prochaine!