Samedi de lire

Samedi de lire avec Olivier Simard - 2026

Amélie Boivin Handfield Season 13 Episode 28

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Chronique littéraire de Karine Glorieux

UNKNOWN

Merci à tous.

SPEAKER_01

Pour la prochaine heure, vous écoutez« Samedi de lire» avec Amélie

SPEAKER_04

Boivin-Enfield. Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission« Samedi de lire». Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Olivier Simard. Bonjour,

SPEAKER_05

comment tu vas? Salut, ça va super bien. Merci,

SPEAKER_04

Amélie. Ça me fait plaisir. Si tu me permets, je vais te présenter aux auditeurs à l'entrée titulaire d'un baccalauréat en études littéraires. Tu enseignais au secondaire pendant une douzaine d'années, principalement dans des groupes d'élèves en grande difficulté. En 2012, tu as publié« Kickflip», ton premier livre. Tu as ensuite écrit la série« YouTuber», pour laquelle tu as remporté le prix Tamarac et le prix littéraire des ados. En 2021, tu as publié Mofo. J'ai envie de te demander, Olivier, comment l'écriture est entrée dans ta vie? Est-ce que tu fais partie des jeunes qui ont commencé à écrire très, très jeunes quand ils étaient à

SPEAKER_05

l'école? Non, en fait, quand j'étais jeune, j'étais assez, j'étais correct en français, en écriture, mais je n'avais pas vraiment beaucoup de plaisir à écrire. Je le faisais parce qu'il fallait le faire à l'école. Non, moi, c'est plus, je te dirais, vers l'âge de 16-17 ans, j'ai eu une période un peu plus difficile, je dirais pas une dépression nécessairement, mais juste une période de perte de repère, j'ai lâché l'école, tout ça, puis ouais, l'écriture à ce moment-là, c'est là que j'ai commencé à griffonner dans un cahier, tout simplement, juste un peu laisser sortir ce que j'avais en dedans, sans intention supplémentaire, et ouais, ça m'a comme fait du bien, j'ai pris plaisir à ça. Puis quand je suis retourné à l'école, à un moment donné, il y a un prof qui m'a dit qu'il trouvait que j'écrivais bien. Fait que là, je fais« Oh, OK». Puis ça m'a comme un peu donné le goût d'explorer ça davantage. Puis comme il y avait absolument... J'avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie, bien j'ai comme, tranquillement, j'ai suivi ce chemin-là, un petit peu un pas à la fois. Je suis allé étudier en création littéraire à l'université, tout

SPEAKER_04

ça. Mais comment tu t'es retrouvé à

SPEAKER_05

écrire du livre jeunesse? Oui, En fait, comme tu l'as dit, j'ai été prof au secondaire pendant un bout de temps.

UNKNOWN

Et...

SPEAKER_05

J'avais des groupes d'élèves en grande difficulté, des troubles du comportement qu'on appelle. J'étais dans un centre spécialisé, je faisais ça pendant une couple d'années, dans un centre avec des élèves qui ont des problèmes de comportement, des jeunes de 14, 15, 16 ans. J'étais avec eux toute la journée. J'étais leur prof titulaire, j'étais leur seul prof. J'apprenais à bien les connaître. À la fin de l'année, on était vraiment comme une petite famille. Donc, ça me permettait de beaucoup m'imprégner d'eux, de leurs expressions, leur vécu, leur personnalité, toutes les petites choses, cette culture-là, si on veut. Puis, c'est ça. Puis une grosse difficulté que j'avais, c'est quand je leur proposais des livres, c'était plutôt compliqué, je te dirais. Mes élèves, c'était beaucoup des gars.

SPEAKER_04

C'est dur d'intéresser les garçons à la lecture.

SPEAKER_05

Absolument, absolument. Puis, je comprends, moi-même, ado, je lisais pas. Non, plus. Fait que, un moment donné, je me suis dit, bien... je pourrais peut-être écrire de quoi, qui essaient d'écrire quelque chose qui leur ressemble. C'est là que j'ai commencé à vraiment écrire des courts textes dans mes classes où je les imitais un peu. J'imitais un peu mes élèves dans les dialogues, tout ça. Je m'amusais pour les faire rire. Je mettais leurs expressions à eux dans mes histoires que je leur faisais lire ensuite. Puis je voyais que ça marchait, ils riaient, tout ça. Je me suis dit, OK, là, j'ai eu l'idée d'écrire un roman avec ce style-là ou en tout cas avec des dialogues très oraux. C'est là que j'ai écrit Kickflip en 2010.

SPEAKER_04

Comment les élèves ont réagi? Ça montre qu'elle a publié un livre à partir d'eux qui t'ont inspiré.

SPEAKER_05

C'est drôle, ils ne l'ont pas tant su parce que il y en a qui l'ont su par la suite, qui m'ont écrit« Monsieur, j'ai lu votre livre.» Mais sur le coup, dans le fond, moi, j'enseignais, c'était en 2009. Puis là, j'ai dit, OK, j'ai pris une année sabbatique pour écrire, une année où j'ai fait juste de la suppléance. Mais mes élèves, pour eux, c'était assez abstrait. Puis quand je suis revenu, c'était d'autres élèves qui étaient là. Eux ne le savent pas. Ils ne savent pas à quel point je me suis inspiré d'eux. Puis tu sais, je me suis inspiré très librement d'eux dans leur roman, dans Kickflip. C'est pas... Il n'y a pas un élève précis qu'on retrouve dans le livre, mais il y a des clins d'œil, il y a des prénoms, il y a des... C'est comme un gros mix de moi-même aussi comme ado. J'ai fait beaucoup de skateboard. Un kickflip, c'est une figure en skate. Le personnage fait du skate. C'est un gros mix. Je n'ai pas eu le temps de retour direct de mes

SPEAKER_04

élèves. Aujourd'hui, je te reçois parce que tu viens de publier un roman pour adultes qui s'intitule« Comment mon père est devenu cascadeur». Si tu me permets, j'ai envie de faire un petit résumé pour les auditeurs. Ça raconte l'histoire de Bobby Bernier, un garçon d'environ 10 ans qui voit son père changer Mm-hmm.

SPEAKER_05

Bobby, en fait, à la base, c'est un livre qui parle de santé mentale, tout ça. Moi, je n'ai pas eu de... Ces enjeux-là, je ne les ai pas vécus personnellement. Je n'ai pas eu un parent non plus qui a eu des enjeux de santé mentale, mais j'ai côtoyé quand même de près des gens qui ont vécu ça, comme entre autres, quand j'avais... Début vingtaine, j'avais un coloc c'est qu'il y avait eu quand même des épisodes qui m'avaient quand même, je te dirais, troublé, marqué et Tout simplement, il y a eu une scène à un moment donné, un truc qui est arrivé avec cette personne-là. Je ne veux pas nommer, je ne veux pas rentrer dans les détails non plus, mais ça m'avait beaucoup marqué. C'était très surréaliste ce qui se passait. J'étais comme, oh my God, qu'est-ce qui est en train de se passer? On dirait qu'on est dans un autre niveau de réalité ou presque. Puis, à la base, ça me donne le goût d'éclater. Donc, en 2013, je suis parti de ce moment-là, de cette scène-là. Je l'ai écrite. Puis là, je l'ai écrite du point de vue d'un enfant, d'un petit garçon, parce que pour moi, c'est vraiment comme naturel. Ça a toujours été naturel d'écrire à travers le regard d'un jeune. Parce que tu peux dire des choses, mais comme de façon par la bande, si on veut. Puis tu peux t'amuser, tu peux prendre plein de libertés qui sont le fun. Donc, je suis parti de cette scène-là, puis j'ai construit tranquillement un... une histoire autour de cette scène-là, ce moment-là.

SPEAKER_04

Est-ce que c'est le fait, justement, que tu es auteur jeunesse que tu as eu envie de le raconter par les yeux d'un enfant parce que tu es habitué d'écrire à ce

SPEAKER_05

lecteur-là? J'imagine. J'imagine. Je pense que... Je pense que je prendrais peut-être, je dirais, la chose à l'envers. Je pense que j'ai toujours... Pour moi, l'adolescence, c'est vraiment une période de la vie que je trouve... Qui est cruciale. qui est cruciale, qui est intense, qui est riche, qui est tellement tripante, de laquelle je m'ennuie parfois, mais en même temps, mon adolescence n'a vraiment pas été super tripante non plus. Ce n'était pas wow.

SPEAKER_04

C'était une période de grand questionnement, l'adolescence.

SPEAKER_05

Exact. On dirait que tout ce que tu vis est comme nouveau, c'est frais, il y a une fraîcheur. Il y a plein d'affaires. Puis, ayant été prof, tout ça, on dirait que j'ai tout le temps le goût d'écrire... à partir de là, à partir de ce point de vue-là. Fait que c'est ça qui m'a amené à être auteur jeunesse. Puis ouais, naturellement, j'ai adopté le point de vue d'un enfant dans ce livre-là.

SPEAKER_04

Et le livre est assez court, mais très dense émotionnellement. Est-ce que c'est un choix volontaire pour garder une forme épurée d'avoir fait un court roman comme

SPEAKER_05

celui-là? Oui. Je pense que c'est un livre où j'ai fait beaucoup de ménage au fil des années. Tu sais, j'ai commencé en 2013, j'ai fini en 2025. Fait qu'il y a quand même du temps qui a passé, il y a eu beaucoup de chapitres qui ont été écrits, beaucoup de chapitres qui ont été enlevés. Puis à un moment donné, oui, j'ai décidé de garder un peu le récit dans sa forme la plus simple pour Juste pour que ça soit clair. Parce que, c'est ça, j'aime beaucoup les textes qui sont clairs, qui sont simples. Donc, oui, j'ai commencé à enlever un peu tout ce qui pouvait peut-être... Je ne sais pas, allonger le truc un peu. Tu es allé à l'essentiel. J'essaie d'aller vraiment à l'essentiel.

SPEAKER_04

Et le roman parle beaucoup de l'effritement du lien père-fils. Qu'est-ce qui t'intéressait le plus dans cette dynamique-là

UNKNOWN

?

SPEAKER_05

Ben, écoute, beaucoup de choses. C'est sûr que, bon, moi, j'ai perdu mon père aussi à l'âge de 8 ans. Ah, OK. Donc, il y a certainement un lien. J'imagine qu'un psychologue enverrait un, assurément. Puis, je pense que moi aussi, j'en vois un. Mais c'est drôle, c'était même pas... Quand j'ai commencé à écrire ce livre-là, c'était même pas intentionnel. Je me suis pas dit, ah, je vais parler de ce thème-là. C'est vraiment tranquillement. J'ai commencé à écrire et un peu naturellement, il y a cette histoire-là qui s'est un peu imposée. Fait que oui, le lien père-fils, c'est ça. J'ai trois enfants aussi, donc il y a ça qui est là-dedans, l'effritement, oui. Puis en fait, oui, j'ai aussi un ami qui m'a conté une histoire de lui. Ça a été beaucoup inspiré de ça aussi. Ça m'a nourri. C'est un chum qui a... dont le père a comme disparu quand il était tout petit, puis il n'a jamais su ce qui était arrivé à son père, puis il l'a revu une fois adulte. Il est retombé dessus Il l'a vu dans un restaurant. Son père était, je pense, cuisinier ou plongeur ou un truc comme ça. Il m'a raconté. Après, je me suis tassé avec. J'ai dit, veux-tu me raconter ça? Il me disait que quand il a vu son père, son premier réflexe, ça a été de s'en aller. Il était bouleversé. Une couple de jours après, il a dit, OK, je retourne. Il est retourné sur place c'est assez au bord il était adulte lui à ce moment là il a commandé une bière puis il ya juste il ya juste Il a juste vu son père. Il a passé un moment avec son père, mais il lui a pas parlé. Il a juste été là. Il a bu sa bière, puis après, il a dit c'est bon. Il est reparti.

SPEAKER_04

– Fait qu'il a même pas dit que c'était son

SPEAKER_05

fils.

SPEAKER_04

– Non, même pas.– Ah, wow!– Ça

SPEAKER_05

m'a fait capoter quand il m'a raconté

SPEAKER_04

ça.– Moi aussi, ça me fait capoter. Si tu me permets, Olivier, on s'arrête et on retourne. Je vais continuer de parler de ton premier roman,« Comment mon père est devenu cascadeur», premier roman adulte.

SPEAKER_05

– Parfait.

SPEAKER_04

Ici Sophie Lorrain, vous écoutez« Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield. J'étais toujours en compagnie de mon auteur à inviter de la semaine, Olivier Simard, et on continue de parler de ton roman« Comment mon père est devenu cascadeur» et j'ai envie qu'on parle justement de santé mentale et d'itinérance. Je trouve que tu l'abondes vraiment de belles façons avec délicatesse. Comment tu as travaillé

SPEAKER_05

ça? En fait, c'est ça que je trouvais que le point de vue de l'enfant permettait de parler de ces choses-là. Si on veut en effleurants mais en étant à la fois précis en étant imagé de mettre ça dans les mots d'un enfant, ça ajoutait un peu de légèreté, mais en même temps, c'est comme si les mots sont légers parfois, mais on comprend ce qu'il est en train de dire, en fait. Donc, ça permettait, je pense, d'adoucir tout ça. J'ai vraiment fait attention pour justement doser le... dosé D-O-S-E-R, pour que ça soit équilibré. Je voulais un récit qui était équilibré entre la tendresse, un peu d'humour, de la douceur, mais aussi qu'on aille dans le sujet pour vrai, qu'on ne l'évite pas. Écoute-moi, ça a été quelque chose, je te dirais que la fin particulièrement a été, c'est toujours ça, une fin de livre, c'est toujours un casse-tête, c'est toujours un Tu

SPEAKER_04

ne la savais pas en commençant à l'exterminer? Non, pas du

SPEAKER_05

tout. Non, non, vraiment pas. Puis j'ai jonglé beaucoup, beaucoup. D'ailleurs, le livre a été un... On l'a écrit en théâtre en premier. En fait, j'ai travaillé avec une metteur en scène à un moment donné. Au début, c'était un roman. Après, c'est devenu une pièce de théâtre qui n'a jamais été jouée. Et c'est redevenu un roman par la suite.

SPEAKER_04

Est-ce que c'est toi qui t'es rendu compte que ça ne s'adaptait peut-être pas bien pour le théâtre et que tu as eu envie d'en faire un

SPEAKER_05

roman? Non, je pense que j'ai peut-être manqué d'initiative, tout simplement. Le texte s'est terminé et là, il était dans mon ordinateur et on dirait pour moi, naturellement, je viens du milieu littéraire. J'ai jasé avec ma Hélène Poitras de chez VLB. J'ai dit, j'ai un texte, veux-tu le lire? Naturellement, ce n'était pas trop difficile parce que la pièce était déjà un monologue. Ça n'a pas été super compliqué.

SPEAKER_04

Mais rien n'empêche qu'elle soit jouée un jour, cette pièce de théâtre-là, vu qu'elle est écrite.

SPEAKER_05

Complètement, oui. Tout à

SPEAKER_04

fait. Peut-être qu'à la sortie du livre, ça va peut-être faire montrer un intérêt peut-être. Oui, je pense que ça

SPEAKER_05

serait une super belle pièce, honnêtement. Ça pourrait être super tendre, super touchant. Fait que la fin du livre, ça a été quelque chose. J'ai trouvé cette fin juste là. C'était très

SPEAKER_04

difficile. OK. Et malgré les épreuves, il y a beaucoup de lumière dans l'histoire. Est-ce que c'est important pour toi de garder justement cet équilibre entre gravité et aussi espoir?

SPEAKER_05

Tout à fait. Tu sais... C'est un petit gars de 8 ans qui vit une épreuve qui n'est pas évidente. Je ne voulais pas juste prendre ce garçon-là et juste l'amener dans une chute et le laisser là. Je voulais l'amener ailleurs. Je voulais que ce qu'il vit, oui, ça va l'éprouver, mais aussi ça va l'amener à grandir et à... à s'ouvrir à sa communauté. Autant il perd un élément important, un gros morceau, mais autant il y en a d'autres qui se rapprochent et qui se resserrent autour de lui.

SPEAKER_04

Complètement, parce qu'il y a vraiment une communauté qui est importante autour de Bobby. Il joue un rôle important, cette communauté-là. Est-ce que c'est une façon pour toi de montrer justement que la famille peut dépasser le simple lien biologique?

SPEAKER_05

C'est intéressant. Je n'y avais pas réfléchi encore, mais oui, je pense que c'est ça qui se passe, en fait. C'est que lui... Il y a comme une nouvelle famille qui se crée autour de lui. Sa vraie famille.

SPEAKER_04

Sa famille choisie, en fait. Sa

SPEAKER_05

famille choisie, exactement. Des gens qui sont là pour lui, qui le supportent. Puis c'était le fun parce que ces gens-là, c'est beaucoup d'autres enfants. Donc, il y avait comme un beau... Il y a des belles dynamiques. Il y a des dynamiques le fun entre ces enfants-là aussi. J'ai eu beaucoup de plaisir

SPEAKER_04

à écrire ça, sincèrement. Et Bobby, c'est un garçon à la fois sensible et déterminé. Comment tu construis Puis sa voix et son regard sur

SPEAKER_05

les adultes. Ça, c'est particulier. Tu as dit sensible et... Déterminé. Déterminé, oui, effectivement. C'est étrange un peu ce qui s'est passé avec Bobby, sincèrement. À un moment donné... c'est ça, j'ai commencé à vraiment, ça s'est comme un peu fait tout seul. Au début, c'était moi qui écrivais, puis qui m'amusais à me mettre dans la peau d'un enfant, puis à un moment donné, tu sais, je veux pas que ça sonne trop mystique, mon affaire, mais à un moment donné, c'était comme, OK, cette voix-là, elle est intégrée, puis là, quand j'ai écrit, c'est comme, boum, c'est Bobby. J'aurais pu t'écrire cent mille mots que c'est Bobby qui parle, ça aurait jamais... Tu sais, c'était comme super naturel. Fait que, oui, c'est ça, j'ai essayé de trouver un équilibre entre la... Comment dire? D'avoir une forme, un petit côté littéraire dans cette voix-là. C'est ça que j'ai... C'était l'équilibre à trouver. Le côté littéraire et juvénile. De joindre les deux pour que ça soit crédible. Que cet enfant-là puisse nous parler de façon imagée. Puis qu'on fasse, ah, c'est cool ce qu'il vient de dire. C'est drôle. Un moment donné, il dit il y avait neigé dehors et il y avait des petits, on aurait dit des petites plumes de glace dans la fenêtre. Puis là, il dit, c'est comme s'il y avait dehors, il y avait une explosion d'oiseaux. Là, j'étais comme, OK, c'est-tu trop imagé? Est-ce qu'on y croit que l'enfant? Je pense que ça sonne à la fois comme, c'est poétique, mais en même temps, ça sonne enfantin aussi. Ça a trouvé cet équilibre-là. Mais un coup, je l'ai eu trouvé J'ai eu beaucoup, beaucoup de plaisir.

SPEAKER_04

Mais est-ce qu'il t'a surpris à un certain moment en cours d'écriture,

SPEAKER_05

Bobby?

UNKNOWN

Bobby? Euh...

SPEAKER_05

Pas tant que ça. Je ne te dirais pas qu'il m'a

SPEAKER_04

surpris. Parce qu'exemple, est-ce que toi, tu allais à quelque part, puis finalement, le

SPEAKER_05

personnage t'emmenait ailleurs? Écoute, je ne pense pas que j'ai atteint ce niveau de transcendance, de channeling mon personnage. Mais je te dirais, non, c'était plus dans ce qu'il disait des fois. C'est comme des répliques. C'est beaucoup les répliques des autres aussi. Je te dirais, Dario, son cousin Dario, c'est tout un moineau, celui-là. Pas mal. Lui, il m'a surpris. Des fois, il sortait des réflexes. Ça me faisait rire. Je l'écrivais tout de suite avant de l'oublier.

SPEAKER_04

Pourquoi avoir choisi une quête, le fait qu'il fugue pour retrouver son père comme moteur narratif

SPEAKER_05

de l'histoire? Ça, ça fait partie des éléments un peu mystérieux de cette histoire-là. J'avais... J'avais le goût de... Je te dirais, quand t'écris, ou en tout cas moi, quand j'écris, c'est le fun d'avoir une quête active. Puis là, avec l'histoire avec son père, c'était surtout... Il n'y avait pas de quête. C'était plus lui qui subissait un petit peu. Il nous raconte les événements. L'impact que ça a sur lui. Il y a quand même un suspense parce qu'on veut savoir ce qui va arriver, mais dans tout ça, lui, il a 8 ans, donc il est assez passif, puis c'est normal parce que c'est un petit gars de 8 ans. J'avais envie d'équilibrer ça avec vraiment un mouvement vers l'avant, une quête active où il va chercher quelque chose. Il y a un désir qui est clair et il va se mettre en action pour ça. C'est comme on a un va-et-vient entre ces deux narrations-là.

SPEAKER_04

Est-ce que tu savais dès le

SPEAKER_05

départ que ça allait être un livre pour adultes et non un livre pour ados? C'est une autre bonne question parce qu'on s'est beaucoup posé la question. Même encore aujourd'hui, c'est ça. Moi,

SPEAKER_04

je pense que ça pourrait toucher facilement les ados.

SPEAKER_05

Complètement. En fait, à la base, c'était un livre pour ados, je te dirais, du deuxième cycle du secondaire. Quand je l'écrivais, c'était un peu ça. Même qu'on était allé dans des classes pour en lire des extraits, tout ça pour un peu prendre le pouls et faire des brainstorms avec des jeunes. puis leur parler de leur relation avec leurs parents, puis tout ça. Puis éventuellement, en l'écrivant, je me suis dit... j'ai eu envie de faire le pari que ça pourrait plaire à des adultes. Je me suis dit, je pense, parce que, tu sais, il y a comme une croyance un peu, des fois, en littérature, on dit, bon, bien, on écrit un récit pour ados, le personnage, c'est un ado. Puis, tu sais, je comprends, c'est vrai. Puis là, bien, si on écrit un personnage ado, bien, ça peut pas être un roman pour adultes, ou c'est rare. Tu sais, c'est rare qu'on voit des ados. Tu sais, il y en a. Fait que là, c'était comme, là, j'ai C'est comme, OK, le personnage, dans le fond, il a huit ans dans l'histoire, donc ça doit être un roman pour les jeunes du primaire, techniquement.

SPEAKER_04

Mais en même temps, Romain Garry a écrit un petit roman

SPEAKER_05

classique avec un jeune enfant. Il y en a plein. La vie devant soi, il y a l'Oscar et la Dame Rose. Il y en a plein. Il y en a plein des exemples. Même Léolo, qui est un film que moi, j'ai adoré. Je me suis dit, attends, j'ai envie de faire le pari que des adultes vont être capables de se projeter dans ce garçon-là puis de vivre quelque chose, puis de triper. Puis on a eu beaucoup de discussions à ce sujet-là avec mon éditrice, honnêtement. On en a vraiment beaucoup jasé. On a demandé autour de nous, qu'est-ce que vous en pensez, néné? Puis finalement, oui, on a fait le pari. Puis je pense que je suis content d'avoir pris cette décision-là de le publier en adulte.

SPEAKER_04

Vraiment, je suis content.– Ah, intéressant.– Oui.– Et justement, est-ce que l'écriture de ce livre-là, ça a été en partie peut-être un peu libérateur pour toi? Parce qu'en ton tour, tu parlais de la perte de ton papa.

SPEAKER_05

– Hum-hum. Pas tant. Parce que l'histoire est loin de toi. L'histoire est loin de moi. Il n'y a pas beaucoup de points communs entre la perte de mon père. Mon père est mort d'une maladie, du cancer, en fait, quand j'avais 8 ans. Il n'y a pas tant de parallèles dans

SPEAKER_04

ce livre-là. Peut-être au niveau du fait, quand les gens lui posent des questions sur son père, puis là, il ne sait pas trop quoi

SPEAKER_05

répondre. Peut-être. Peut-être. Il y a peut-être ça, effectivement.

SPEAKER_04

Parce qu'enfant, je pense que tu n'as pas envie de rentrer dans les détails.

SPEAKER_05

Non, c'est ça. C'est vrai. Ça, c'est quelque chose. C'est vrai, tu vois. Tu dis ça, puis c'est vrai qu'il y a quelque chose. Quand tu perds un parent, puis que tu es jeune... Les autres autos, ils te posent des questions, c'est un peu maladroit, tu ne sais pas trop quoi répondre. Les profs sont comme très protecteurs avec toi. Tu sens comme une forme de presque de la pitié un peu dans leur regard. C'est quasiment là que tu dis, c'est vrai, il vient de se passer quelque chose de grave dans ma vie parce que dans les yeux de ma prof, je vois que c'est sérieux tout ça. Mais toi, tu es dans ta vie d'enfant et tu essaies de gérer

SPEAKER_04

ça. Oui, peut-être. Peut-être quelque chose comme ça. Mais aimerais-tu éventuellement justement nous raconter cette histoire? soir-là, de toi, enfant qui a perdu

SPEAKER_05

son papa? Oui, c'est un peu peut-être le projet du prochain livre. Pas exclusivement ça, mais de retourner dans cette zone-là, dans ces années-là. T'as

SPEAKER_04

envie d'écrire pour les

SPEAKER_05

adultes? Oui. Je pense que oui. Je dis pas que j'écrirais plus pour les ados. C'est le fun d'écrire pour les ados. C'est un public extraordinaire. Mais oui, écrire pour les adultes, c'est... Moi,

SPEAKER_04

j'aime... Y a-t-il une plus grande liberté?

SPEAKER_05

C'est drôle, hein? Comme... Oui. Je pense que oui. Écrire pour les ados... d'un ça pardonne pas parce que dès que ton livre si t'as deux pages qui sont plates c'est terminé ferme le livre bye

SPEAKER_04

bye oui puis

SPEAKER_05

ils vont te le

SPEAKER_04

dire ils vont te le dire ah vraiment vraiment la vérité sort de la bouche des enfants et

SPEAKER_05

des ados complètement un ado ne se force pas pour lire alors que nous les adultes des fois on donne une chance au livre on dit je vais lire 100 pages puis je vais voir si j'aime ça fait que c'est ça je pense que d'écrire pour les ados ça m'a appris à être comme direct puis d'écrire de façon efficace si on veut Mais oui, écrire pour les adultes, c'est le fun. Je trouve une belle liberté là-dedans. Ça me permet d'être vraiment moi-même comme à 100%. Puis de m'adresser à d'autres personnes qui peuvent... que ça pourrait rejoindre, mais complètement.

SPEAKER_04

OK. Si tu me permets, Olivier, on s'arrête et au retour, je veux qu'on parle de tes coups de cœur littéraires.

UNKNOWN

Parfait.

SPEAKER_02

Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. On est maintenant rendu au segment d'écoute-cœur littéraire de

SPEAKER_04

mon auteur invité de la semaine, Olivier Simard. Qu'est-ce que tu as envie de présenter aux auditeurs?

SPEAKER_05

Oui, j'ai quelques coups de cœur à partager aujourd'hui. Écoute, j'ai cherché, j'en avais plusieurs, j'en ai choisi cinq. Le premier, en fait, c'est un roman qui s'appelle Petit pays, qui a été écrit par un auteur qui s'appelle Gaël Feil J'ai beaucoup aimé ce roman. Évidemment, bon, ça parle d'adolescence. Ça se passe en Afrique, au Burundi, dans un petit pays. Petite anecdote, c'est drôle, mais j'ai grandi au Burundi moi-même. J'ai passé les huit premières années de ma vie là-bas. Cela dit, c'est pas pour ça que j'ai aimé ce livre-là. C'est vraiment... C'est un livre sur l'adolescence. C'est un petit gars qui vit une enfance à Bujumbura, la capitale du Burundi, dans les années 90. Puis à un moment donné, bon, il y a la la crise au Rwanda qui est juste le pays voisin. Ça va venir bouleverser sa vie. C'est un livre que j'ai beaucoup aimé. Je trouve que c'est un livre qui est simple, qui est clair. Moi, j'adore les livres qui sont simples et clairs. C'est super important pour moi. C'est un livre qui est assez linéaire dans sa trame. Puis, c'est l'écriture. Comme on disait tantôt, je suis un fan de style, de ton, de voix narrative. Je suis un fan de plumes. L'écriture de Gaël Faire me fait triper. C'est super sensoriel.

SPEAKER_04

Moi, j'ai lu Jacques Arenda que j'ai beaucoup aimé, mais je n'ai pas lu Petit pays. Oui, je viens de finir

SPEAKER_05

Jacques Arenda que j'ai beaucoup aimé aussi. Petit pays, j'ai adoré. C'est dans le même ton, je te dirais. Même genre de livre. C'est super beau, c'est touchant, mais c'est jamais trop... Lui, c'est un défi parce qu'il parle du Je n'ai assez du Rwanda,

SPEAKER_06

mais

SPEAKER_05

c'est pas... Évidemment, il va. Dans Dark Canada, il va encore plus dans vraiment les horreurs. En détail, oui, oui. Il va en détail parce que je pense que tu ne peux pas écrire un livre là-dessus si tu n'y vas pas. Il faut que tu y ailles. Mais encore une fois, c'est fait avec doigté dans Petit Pays. Il va là-dedans, mais... C'est ça. C'est juste bien fait. C'est beau. C'est une écriture qui est fraîche, qui est croustillante. J'ai bien aimé. C'est vraiment un des livres que j'ai le plus aimé. Je l'ai

SPEAKER_04

dévoré. Ok. Tu me donnes vraiment envie de l'aider. As-tu une autre

SPEAKER_05

suggestion? Oui. Deuxième suggestion. C'est un auteur que j'adore. C'est Pierre Lemaitre. Oui. Au revoir là-haut. Son livre pour lequel il a gagné le prix de concours en 2013, un livre extraordinaire, en fait une trilogie, c'est le premier tome d'une trilogie. Ça se passe donc après la Première Guerre mondiale, il y a deux soldats qui vont, qui se sont rencontrés sur le champ de bataille dans des circonstances un peu particulières et quand même très, très violentes. Et ils développent l'un pour l'autre une forme de loyauté, une amitié, une comme assez particulière. Il y en a un des deux qui est solidement amoché.

SPEAKER_04

Il peut être défiguré complètement.

SPEAKER_05

Complètement défiguré. Mais ce qui est le fun, c'est dans la façon dont c'est décrit, dont c'est raconté, cette défiguration-là, je ne sais pas si c'est un mot qui existe, mais ça devient un personnage en soi. Édouard, c'est tellement bien décrit, c'est tellement beau, ce livre-là. En même temps, c'est cruel. C'est une écriture absolument époustouflante l'ouverture du livre est extraordinaire. Moi, dès que j'ai lu la première page, c'était terminé. J'étais comme, OK, on va finir ce livre le plus vite possible.

SPEAKER_04

Et souvent, c'est que c'est des grosses briques, mais on les lit rapidement parce qu'on embarque dans l'histoire, dans

SPEAKER_05

son écriture. C'est rare que je lis des grosses briques, honnêtement, mais celle-là, je l'ai dévorée. C'est passé d'une traite. Oui, c'est beau. Le tome 2 est aussi excellent. J'ai pas encore lu le tome 3, mais c'est un maître. C'est un grand auteur. C'est un grand auteur. Ça m'a rappelé un peu comme Alexandre Dumas ou des affaires comme ça, mais j'ai le goût de dire encore mieux. C'est super bon. J'ai adoré ce livre. Les personnages sont extraordinaires. Les deux gars, à un moment donné, c'est comme pour dire que la France, après la guerre, un petit peu laisser ses combattants, un peu les laisser tomber, ou en tout cas, c'est un peu ça le propos. Puis eux, ils sont complètement cassés, ils doivent survivre. Donc là, ils vont mettre sur pied un plan. C'est ça, un plan, j'en dirais pas plus, mais pour gagner de l'argent.

SPEAKER_04

Une belle série de Pierre Lemaitre.

SPEAKER_05

Absolument. Et même

SPEAKER_04

ceux qui suivent sont

SPEAKER_05

vraiment très bons. Tout à fait. As-tu une autre suggestion? Oui, dans plus léger, maintenant Maintenant, c'est une série de romans graphiques. C'est« L'Arabe du futur». J'ai bien apprécié cette série. Je l'ai dévorée encore une fois. Très populaire, cette série-là. C'est l'histoire d'un petit gars qui grandit en Syrie avec ses parents. Il a une mère française d'origine et un père syrien. qu'on le suit là-dedans. Puis éventuellement, bon, il y a des événements un peu plus peut-être dramatiques, mettons, qui vont arriver. C'est autobiographique, donc l'auteur Riyad Satouf raconte son enfance, sa jeunesse. Mais ce qui est le fun, c'est qu'au final, c'est un livre super drôle. C'est un page-turner, c'est un livre où il y a beaucoup d'humour, d'observation, c'est... C'est comme il a été capable de juxtaposer quelque chose de très... Genre, je ne sais pas comment dire ça, mais c'est comme un sujet quand même sérieux. Ça parle de la Syrie, ça parle de la guerre, du régime politique là-bas, tout ça. Mais il a comme jumelé ça avec beaucoup d'humour, de situation, des petits moments. En même temps, tu es dans la peau d'un ado, d'un petit gars qui... C'est très drôle. Lui, il se dépeint beaucoup comme un peu une sorte de loser. C'est une écriture, ça se lit tout seul. Même mon fils, il a lu ça à 13 ans. Il a dévoré tous les tomes. Puis moi, je les ai dévorés à 40 ans. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette

SPEAKER_04

série-là. Es-tu un grand consommateur

SPEAKER_05

de bandes dessinées et de romans graphiques? Pas pire, je dirais pas pire. J'aime ça. J'en ai une autre d'ailleurs à... à te recommander. Mais oui, j'en lis pas

SPEAKER_04

mal. C'est quoi l'autre

SPEAKER_05

recommandation? L'autre recommandation, c'est d'un auteur de manga qui s'appelle Hiro Taniguchi. C'est C'est des mangas, mais c'est des mangas pour adultes. Ce n'est pas des mangas comme One Piece ou l'attaque des titans. Il n'y a pas de bataille dans ces mangas-là. C'est très, très beau. Le livre s'appelle Quartier lointain. C'est l'histoire d'un homme qui, au retour d'un voyage d'affaires, il débarque du train et il se retrouve projeté. Il retourne dans son passé alors qu'il avait 14 ans Il retourne dans son corps d'ado de 14 ans. Mais ce n'est pas un livre. Il n'y a pas de machine à voyager dans le temps. Ce n'est pas un livre comme ça. Ce n'est pas un livre spectaculaire. C'est juste un livre très, très, très touchant, très sensible parce que, dans le fond, lui, il retourne au moment de sa vie à l'âge de 14 ans. Il retourne dans sa famille. Il est dans sa vie normale de gars de 14 ans. Il va à l'école. Il Il peut revivre ces moments-là, mais ce qu'on découvre, c'est que quelques mois plus tard, son père a disparu mystérieusement, a quitté sa vie, a quitté sa famille. Il n'a jamais su pourquoi, mais ça l'a marqué. Il retourne juste un petit peu avant que son père parte. Il observe sa famille, il observe les dynamiques. Il essaie de comprendre pourquoi son père a fait ça, qu'est-ce qui n'allait pas dans la famille, qu'est-ce qui ne marchait pas avec sa mère. Il va essayer de comprendre et éventuellement, il va comprendre pourquoi son père a quitté sa famille. C'est très, très beau. Ce que j'ai trouvé le fun dans ce livre-là, c'est vraiment un homme de 40 ans qui regarde, c'est comme il vit son adolescence mais à travers les yeux d'un homme adulte. Donc, il revoit ses parents, mais autrement.

SPEAKER_04

Avec un angle. Avec un

SPEAKER_05

angle. C'est comme si tu pouvais retourner dans ton passé, puis là, tu pourrais voir tes parents, les conversations au souper, puis là, t'es regardé, puis t'es comme, wow, j'avais tellement pas remarqué ça. Cette dynamique-là, ma mère, toutes les petites choses que mes parents faisaient que je remarquais pas. Fait que c'est super beau. C'est vraiment touchant. C'est bien écrit. C'est un grand auteur, Taniguchi, vraiment. C'est plus publié chez Casterman. Il y en a publié plusieurs. C'est vraiment, vraiment bon, honnêtement, à découvrir.

SPEAKER_04

– Bien, merci beaucoup, Olivier, pour les super suggestions. On s'arrête et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.

SPEAKER_01

Vous écoutez«Samedi de lire» avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Karine Glorieux. Bonjour, ça va bien? Ça va bien, et toi? Bien oui, très contente de te recevoir encore ce mois-ci avec de belles suggestions littéraires. Et on commence avec«Aussi étrange que toi, Frida» de Christine Gosselin, publiée chez Mémoire d'en crier.

SPEAKER_03

Oui,«Aussi étrange que toi, Frida». Donc, à la fois une autofiction, un essai. Ça prend parfois des allures de pièce de théâtre et ça parle du désir de se détruire finir hors des normes. Dans un monde où la pression que subissent les femmes, on le sait, pour se conformer aux attentes sociales est énorme. Particulièrement dans tout ce qui est lié au corps. Elle se demande un peu comment se libérer des injonctions contradictoires qui disent à la femme d'être ceci, cela, mais jamais trop. Sexy sans être aguicheuse, frondeuse sans paraître trop masculine, toujours en forme, même quand on est malade, avec au bout du chemin la maternité. C'est un livre très personnel où on rencontre l'autrice à différents moments de sa vie, alors qu'elle se fait appeler, elle a toutes sortes de surnoms, donc elle se fait appeler Christine, bien sûr, mais aussi parfois Titi, Chris, Gosselin, Christine, et tout ça correspond donc à des périodes de son existence. Elle convoque aussi d'autres femmes indépendantes, rebelles, particulièrement Frida Kahlo. comme l'indique le titre, mais d'autres aussi, Gritta Thunberg, Nelly Arcand, Annie Ernaux, c'est assez vaste. Et elle les fait finalement discuter comme dans une conversation. On a l'impression d'avoir, je ne sais pas, des moments où ces voix se dialoguent entre elles, se répondent, puis elles parlent de ce qui les anime, de leurs amours, de leurs désirs, de leurs blessures aussi. Et elles sont reliées comme par une volonté de se redéfinir, de redéfinir la place qu'elles occupent dans le monde et de décrire leur rapport complexe au corps. On sait que Frida Kahlo, avec ses accidents, sa condition, avait une situation compliquée par rapport à son corps, qu'elle a beaucoup souffert. Donc, elle parle aussi du pouvoir féminin et, bien sûr, de tous les rôles stéréotypés dans lesquels les femmes sont cantonnées. Christine Gosselin, elle montre à quel point il peut être, en fait, il est nécessaire, mais il peut être aussi très, très douloureux de se détacher des stéréotypes pour inventer une autre façon d'exister. C'est vraiment un livre prenant qui est raconté par une femme à laquelle on s'attache. Un livre qui brasse et qui rappelle qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour se libérer.

SPEAKER_04

Complètement. Ça me donne vraiment envie de le lire. Ça s'intitule Aussi étrange que toi, Frida, de Christine Gosselin, publié chez Mémoire d'encrier. On poursuit maintenant avec Moteur de recherche de Mathieu Dugal avec la collaboration de l'équipe radio. C'est publié aux éditions La Presse.

SPEAKER_03

Est-ce que tu écoutes Moteur de recherche de temps en

SPEAKER_04

temps? Pas tout le temps, mais oui, de temps en temps.

SPEAKER_03

C'est vraiment sympathique comme livre. Dans le fond, on a décidé de répondre aux questions qui étaient formulées par les auditeurs et les auditrices. Et c'est des questions variées. Est-ce qu'il y a des océans ailleurs que sur la Terre? Est-ce que le soleil fait du bruit? Le poisson rouge a-t-il une mémoire Aussi courte qu'on le dit, c'est une des questions, paraît-il, qui revenait le plus souvent. Et tu sauras que ce n'est pas vrai, qu'en fait, c'est une invention des animaleries qui voulaient vendre leurs poissons rouges en faisant croire que finalement, ils ne souffriraient pas d'être tout seuls dans son petit bocal. Donc, plein de questions avec des réponses qui sont claires. C'est de la vulgarisation scientifique à son meilleur, accessible. Il y a des illustrations assez amusantes du bédéiste Francis Desharnais. des petits quiz par-ci, par-là. Et puis, ça nous montre finalement que la science est loin d'être ennuyeuse. Il y a toujours aussi quelque chose de satisfaisant de lire un texte et d'en sortir en se disant, bien, ce livre-là m'a rendu moins niaiseuse. Donc, c'est le cas ici. Puis, d'ailleurs, j'en profite pour souligner que l'émission Moteur de recherche va, en fait, a, depuis le 20 mars, une version télévisée sur ici, Explora. Donc, pour ceux qui sont intéressés par la science.

SPEAKER_04

Très intéressant. On rappelle le titre moteur de recherche Mathieu Dugal, publié aux éditions La Presse. Et là, on poursuit avec Honneur, le chant des cœurs rebelles de Triti Umrigar, publié chez Flammarion Québec.

SPEAKER_03

Oui, donc il y a des romans qu'on lit pour se retrouver, pour trouver ce qu'on connaît déjà, et d'autres qui nous emmènent très loin de nos repères. Honneur, c'est vraiment un livre qui fait partie de la deuxième catégorie. Un roman qui nous entraîne dans les pas de Smita, une journaliste d'origine indienne, comme l'autrice d'ailleurs, qui a émigré aux États-Unis avec ses parents à l'adolescence. Et là, pour la première fois depuis son départ, un départ qui a été assez douloureux, on va apprendre pourquoi pendant le roman, elle retourne en Inde à afin d'enquêter sur un fait divers bouleversant. Une jeune femme hindoue a été blessée, brûlée, défigurée par ses propres frères parce qu'elle refusait son mariage avec un homme musulman. Donc, hindou-musulman, des réalités qu'on connaît peut-être un peu moins. Puis à travers cette enquête, le livre va nous plonger dans certaines réalités de l'Inde contemporaine, une société où les traditions pèsent encore très lourd, où les castes et la religion continuent C'est un roman qui est particulièrement prenant parce qu'on a l'impression qu'il y a en fait deux romans à l'intérieur, deux histoires qui se côtoient. D'un côté, il y a un récit engagé, touchant, révoltant, qui met en lumière les inégalités de genre et de religion en Inde, la corruption, la violence qui frappe les femmes et les minorités. Mais d'un autre côté, en parallèle, on découvre une histoire plus sentimentale, parfois presque fleur bleue, qui rappelle, pour vrai, mais qui rappelle un peu l'univers des comédies romantiques de Bollywood. Puis, ça peut avoir l'air vraiment, il y a quelque chose d'un peu dichotomique là-dedans, mais sérieusement, ça marche très bien. Mais j'ai

SPEAKER_04

l'impression

SPEAKER_03

que ça doit nous faire respirer après

SPEAKER_04

les

SPEAKER_03

moments difficiles. Oui, tout à fait. Puis, les deux fonctionnent en parallèle et ça fait que le livre est très prenant et donne un grand plaisir de lecture tout en nous informant et en nous apprenant comment ça peut se passer là à certains endroits du monde qu'on connaît moins.

SPEAKER_04

On rappelle le titre« Honneur, le chant des cœurs rebelles» de Triti Umrigar, publié chez Flammarion Québec. On poursuit avec« Partir vers soi» de Lily Gaudreau, publié chez Libre Expression.

SPEAKER_03

Quand j'ai commencé ce livre-là, en fait, je pensais que j'allais lire un roman de la route. C'est un peu ça, mais pas tout à fait. Tu vois la page couverture, on montre un VR sur une route perdue au milieu d'immenses montagnes, et le résumé va dans le sens du roman de la route. On lit qu'à la mort de sa femme, Vincent décide de réaliser seul le voyage qu'ils avaient prévu faire ensemble à travers l'Amérique, mais qu'il finit donc par partir plutôt visiter ses enfants pour reprendre contact avec eux. Finalement, je trouve que c'est le titre qui dit le mieux de quoi il s'agit. Partir vers soi, c'est avant tout un roman sur la perte et sur la redéfinition de soi. Dans ce roman-là, on suit Vincent, alors qu'il traverse les différentes étapes du deuil, tente de comprendre qui il est maintenant que sa femme n'est plus là, elle qui était une femme vraiment de tête, de cœur, qui prenait beaucoup de place alors que lui était plutôt assez réservé. J'ai particulièrement aimé le naturel des dialogues dans ce livre-là. On sent la famille vivre, on comprend les rapports complexes qu'ils ont les uns avec les autres. C'est un livre assez long, tu l'as vu, environ 400 pages, et le rythme peut sembler parfois un peu lent, mais je pense que ça va avec l'idée que finalement, l'autrice veut prendre le temps d'explorer les relations humaines, montrer la solidarité qu'il y a entre les membres de la famille et rappeler qu'au-delà du deuil, du drame, il y a souvent de la douceur et de la bienveillance. Et un

SPEAKER_04

deuil, des fois, c'est long aussi.

SPEAKER_03

Oui, c'est ça. Donc, on sent la durée. Puis le fait que ce n'est pas des étapes claires, on revient sur certaines choses. Et donc, voilà, un livre lent où on fait... vraiment une quête, on suit une quête intérieure.

SPEAKER_04

On rappelle le titre Partir vers soi de Lily Gaudreau, publié chez Libre Expression. Et on termine avec On ne dira jamais assez de bien des mauvais romans de François Gravel, publié chez Druide.

SPEAKER_03

Vraiment, quel livre sympathique. Sérieusement, ça m'a rappelé comme un roman de Daniel Pénac. Je ne sais pas si tu l'avais lu. Avec de l'humour, un plaisir évident que l'auteur a eu à écrire sur la chose qu'il passionne le plus. Donc, on sent la joie de François Gravel, dont on connaît bien la plume. Et il s'adresse dans ce livre-là à son alter ego, qu'il appelle Walter Ego. Très drôle. Et là, il refait à sa manière des entrevues plus ou moins réussies qui ont eu lieu durant sa longue carrière d'écrivain. Il a quand même écrit à peu près une centaine de livres. Il s'agit d'une discussion entre l'auteur et lui-même, où il aborde toutes sortes de sujets. Donc, il parle du travail d'écrivain, mais aussi de son parcours de prof. Il a été prof au Collège en économie. Il parle aussi de différents sujets, des Beatles, de ses premières blondes, et du fait que c'est grâce aux mauvais romans qu'il a lus qu'il a trouvé le cran nécessaire pour écrire à son tour des romans, en se disant« Si ces livres-là ont été publiés, moi aussi, je peux bien m'essayer.» J'ai particulièrement aimé ses réflexions sur la littérature jeunesse, qui est une littérature qui est souvent regardée de haut, alors que vraiment, c'est une littérature qui joue un rôle essentiel, on le sait, donne du plaisir aux jeunes, elle leur montre que la lecture peut être un jeu, que les livres sont des lieux de liberté, puis j'ai aimé le fait qu'il parle du fait que selon lui, les auteurs jeunesse ont une responsabilité qui est importante et qui, pour lui, il résume ça en disant que c'est de préserver les enfants du désespoir. C'est bien dit. J'ai aimé ça, puis on sent qu'il est proche de ses lecteurs, qu'il y a de l'empathie pour eux, puis il Ils disent, bien, eux, ces enfants-là, ils doivent supporter l'école, leurs parents, plein de contraintes qui viennent d'un monde dont ils n'ont pas décidé les règles. Est-ce qu'on peut leur montrer que l'écriture, c'est plaisant, c'est agréable, ça peut les amener un petit peu partout et on sent que quand ils écrivent ça, ils pensent à l'élève qui l'était lui-même, à l'enfant qui l'était. Puis ça nous ramène aussi à ce qu'on était comme enfant quand on a commencé à lire et ce qui nous a fait apprécier finalement la lecture pour devenir ensuite de grands lecteurs.

SPEAKER_04

Ah! intéressant. Ça me donne vraiment envie de le lire. Ça s'intitule« On ne dira jamais assez» de bien des mauvais romans de François Gravel publiés chez Druide. Merci beaucoup, Karine, pour les belles suggestions. C'était un plaisir.

SPEAKER_00

Ici Audrey Willenmy, vous écoutez«Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_04

On est déjà rendu à la conclusion de l'émission avec mon auteur invité de la semaine, Olivier Simard. Et Olivier, qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les prochains mois? Je présume la promo de ce premier roman pour adultes?

SPEAKER_05

Oui, absolument. Bien là, oui, la promo se met en marche. Le roman est encore assez frais.

SPEAKER_04

Tu seras dans les salons du

SPEAKER_05

livre? Oui, je vais être au Salon de Québec au

SPEAKER_04

mois d'avril. Au mois d'avril. Le 9 au 12 avril.

SPEAKER_05

Exact. Moi, je serai là le 11 et le 12 pendant le week-end. Oui, je suis en train de tranquillement... Je me promène beaucoup dans les écoles aussi, donc je continue de rencontrer des jeunes.

SPEAKER_04

Puis c'est des ateliers d'écriture, je crois, que tu fais avec les

SPEAKER_05

jeunes. Oui, exact. Des ateliers d'écriture, j'en fais avec les jeunes du troisième cycle, du primaire et du secondaire au complet. Je fais ça depuis longtemps, donc j'aime beaucoup ça. J'en fais quand même pas mal à chaque

SPEAKER_04

année. T'as envie peut-être de faire un peu plus de place à l'écriture? Oui,

SPEAKER_05

absolument, absolument. J'ai un... Je travaille tranquillement sur un livre, comme je disais tantôt, autour des souvenirs, autour de là où j'ai grandi, mais pas le Burundi, mais quand je suis revenu du Burundi, j'ai grandi à l'île Perrault, dans l'ouest de Montréal. Donc, c'est comme un territoire que j'ai envie d'explorer à travers l'écriture de fiction.

SPEAKER_04

Ça serait

SPEAKER_05

de l'autofiction? Oui, probablement. Donc, inspiré de, mais avec une liberté. Oui, ça, j'ai vraiment hâte de m'y mettre. Ça fait longtemps que j'y pense, puis je suis assez excité par rapport à ça. J'explore la scénarisation aussi en télé. J'ai quelques projets de ce côté-là, tranquillement, avec des partenaires. On est en

SPEAKER_04

train de... C'est une autre écriture aussi, la scénarisation

SPEAKER_05

télé. C'est complètement... C'est structure. C'est de la structure. Mais ça se complète bien. J'apprends beaucoup, en fait, en... en explorant cette écriture-là. Je pense que ça m'aide aussi dans l'écriture des romans. Vraiment, tout ce qui est structure, j'ai beaucoup progressé, je je pense, au cours des dernières années. J'ai beaucoup appris. Puis oui, c'est ça. J'ai toutes sortes de petites choses comme

SPEAKER_04

ça. Peut-être éventuellement la pièce de théâtre de« Comment mon père est devenu cascadeur». Ça serait le fun de le voir

SPEAKER_05

sur scène. Absolument, absolument. J'ai aussi un autre roman,« Mofo», un roman jeune adulte que j'ai écrit il y a une couple d'années qui ferait une belle pièce de théâtre aussi, je crois. Oui, il y a ça aussi. Honnêtement, si je te faisais la liste de tous mes projets, je pense qu'on n'aurait pas fini.

SPEAKER_04

Mais veux-tu me rafraîchir la mémoire. Mofo, ça parlait de quoi?

SPEAKER_05

Mofo, c'est l'histoire de trois adolescents qui volent une voiture et qui partent sur la route et qui essaient de se prouver à eux-mêmes et au monde entier qu'ils sont des vrais hommes. Donc, ils se prennent plus ou moins de la bonne façon. Puis, on apprend à découvrir un peu ce qui se cache derrière ce masque-là au fil de l'histoire, si on

SPEAKER_04

veut. Bon, on a fait que les gens l'aient. On avait que les gens soient à lire Comment mon père est devenu cascadeur. Merci beaucoup, Olivier, d'être dans

SPEAKER_05

l'émission. Merci. Merci à toi, Amélie. C'était

SPEAKER_04

super. Ça me fait plaisir et j'ai une copie de ton roman à faire tirer. Alors, je vous invite à vous rendre sur le site internet de l'émission, samedi-lire.com, dans l'onglet concours. Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.