Samedi de lire

Samedi de lire avec Danielle Laurin - 2026

Amélie Boivin Handfield Season 13 Episode 30

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Chronique littéraire avec Léa Arthemise

UNKNOWN

Merci à tous.

SPEAKER_00

Pour la prochaine heure, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_06

Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien dans l'émission Samedi de lire et aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Daniel Lorrain. Bonjour Daniel,

SPEAKER_04

comment tu vas? Bonjour Amélie, ça va très très

SPEAKER_06

bien. Très content de te recevoir à mon micro et j'ai envie de te présenter aux auditeurs à l'Artuiné à Montréal. Tu es journaliste et autrice reconnue pour ta contribution à la littérature et au journalisme québécois. Depuis les 30 dernières années, tu as collaboré au journal Le Devoir, au magazine Elle Québec et tu as animé plusieurs émissions à télé et Québec et à Radio-Canada. Tu es lauréate des prix Jules Fournier, du Grand Prix des magazines du Québec, du Prix du magazine canadien et du Prix Judith-Jasmin. Tu t'imposes comme une voix influente tant dans la littérature que dans les médias. Tu as signé quelques essais, récits, biographies, en plus d'avoir créé et de diriger la collection 3 aux éditions Québec-Amérique, collection que

SPEAKER_04

j'adore. Que j'adore aussi, moi, parce que j'adore travailler avec les auteurs vraiment de si près. Tu vois, là, on est rendu... Je viens de publier le 14e de la collection, Samuel Larochelle, donc. Et à chaque fois, en fait, ce qui est intéressant dans la collection, c'est que je demande toujours aux auteurs de raconter trois souvenirs marquants de leur vie, avec à chaque fois, s'ils le veulent, une porte ouverte vers la fiction, de telle sorte que quand les lecteurs découvrent le livre, ils ne savent pas toujours ce qui est vrai et ce qui n'est pas vrai. Et donc, à chaque fois, chaque ouvrage, Alors, évidemment, ses souvenirs personnels, mais aussi son style d'écriture, sa voix littéraire. Et ça, j'adore travailler avec les auteurs. En fait, tu sais, j'ai été journaliste littéraire pendant 30 ans et là, c'est comme une continuité pour moi. C'est travailler de l'intérieur avec les auteurs.

SPEAKER_06

J'adore ça. Comment t'es venue l'idée de la collection 3?

SPEAKER_04

C'est complètement fou. J'avais vu un film d'Arnaud Despleuchins qui s'appelle« Trois» Trois souvenirs de ma jeunesse dans lesquels on suit le personnage dans trois moments marquants de sa vie. Et j'avais lu un livre qui s'appelle, mon Dieu, elle raconte, l'autrice, que sa mère était suicidaire, avait des problèmes psychologiques. C'est Virginie... cherche son nom.

SPEAKER_06

C'est fou. Delphine de Vigan, est-ce que

SPEAKER_04

tu... Delphine de Vigan, c'est ça. Je ne sais pas pourquoi. Donc, j'avais lu le livre sur sa mère, sur la mort de sa mère. Puis ensuite, elle a publié un autre livre où elle raconte qu'après le succès de ce livre-là, les gens allaient la voir dans les librairies un peu partout pour lui demander, mais est-ce que tout ça, c'est vraiment vrai? Est-ce que ça vous est arrivé? Puis après, dans le livre, quand on allait plus loin, ça s'en venait comme une espèce de Pollard à la Thriller, à la Stephen King.

SPEAKER_06

Moi, c'est mon préféré de Delphine de Vigan, celui qui a suivi.

SPEAKER_04

Exactement. Et là, j'avais lu ça et je m'étais dit, oui, l'idée, les gens sont curieux, un, de savoir ce qui est vrai et ce qui n'est pas vrai. Puis elle, donc, elle partait d'un genre d'auto-fiction pour aller vers la fiction. J'ai un petit peu mêlé ces deux idées-là et j'ai créé la collection 3 comme

SPEAKER_06

ça. Est-ce qu'un jour, toi, tu vas participer à cette collection-là?

SPEAKER_04

Je ne sais pas parce que il faut avoir une distance d'un éditeur. Je n'oserais pas m'auto-éditer. Je pense que c'est important d'avoir... Il

SPEAKER_06

pourrait peut-être avoir un auteur de la maison qui t'édite parce que moi, j'aurais envie de t'entendre dans cette

SPEAKER_04

collection-là. Écoute, je vais peut-être... Je vais le

SPEAKER_06

passer. Peut-être pour un anniversaire, peut-être pour les 10 ans de la collection ou les 20 ans, quelque chose comme

SPEAKER_04

ça. Les 10 ans, ça s'en vient. Ça va être à l'automne qui vient.

SPEAKER_06

Déjà, ça

SPEAKER_04

va

SPEAKER_06

vite. Oui. Et Daniel, comment l'écriture, la lecture est arrivé dans

SPEAKER_04

ta vie? Écoute, j'ai pas mal toujours lu depuis que je suis petite. J'ai fait des études, en fait, j'allais au collège d'Assomption au secondaire, puis j'ai eu de très bons profs de français, littérature, qui nous faisaient lire de tout. C'est vraiment là que j'ai commencé à développer le goût de la lecture, mais j'ai aussi développé là-bas le goût pour le théâtre, ce qui fait que j'ai fait mon cégep en théâtre interprétation à Saint-Hyacinthe pendant trois ans. Et quand je suis sortie de là, je me suis dit, je ne connais rien. Je suis rentrée à 16 ans. Tu comprends, j'étais vraiment jeune. Je me disais, je ne connais rien. Il faut que je trouve un lieu pour apprendre davantage. J'avais lu, évidemment, pendant que j'étais étudiante en théâtre, les grands textes de théâtre, etc., Shakespeare, Molière, tout ça, mais Je trouvais que je n'en connaissais pas assez. Donc, j'ai dit, comme j'aime beaucoup lire, je me suis inscrite en littérature. Et donc là, j'ai fait mon bac, ma maîtrise, etc., etc. Donc, j'ai toujours continué finalement. Après ça, quand je suis devenue journaliste littéraire, c'était encore ma passion qui me guidait pour la lecture. Quel plaisir d'être payée pour lire.

SPEAKER_06

Bien

SPEAKER_04

oui, complètement. N'est-ce pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_04

Je suis

SPEAKER_06

d'accord avec toi parce que moi aussi, je suis payée pour lire et c'est très, très agréable. Et Daniel, aujourd'hui, je te reçois à l'émission parce que tu viens tout juste de publier ton premier roman, L'Ontre Camille. Et tu as écrit beaucoup de non-fiction avant celle-là. Pourquoi maintenant un roman? Est-ce que tu avais ça en tête depuis très

SPEAKER_04

longtemps? Je dois dire que oui. Et surtout, le sujet, la confusion des sentiments, c'est un sujet qui m'habite depuis énormément longtemps. Et je ne me voyais pas l'écrire en dehors de la fiction parce que, bon, tout ce que j'ai écrit, tu vois, j'ai un livre sur Marguerite Duras, comment elle a changé ma vie. Bien, j'en parle au jeu, je m'implique là-dedans. C'est un essai, mais c'est aussi un récit. Mon livre sur le journalisme de guerre, c'était personnel parce que mon chum est journaliste, a été journaliste de guerre, donc je m'investissais beaucoup aussi. Donc, pour moi, ça, c'est, même si je n'avais jamais écrit de fiction, je m'investissais quand même beaucoup. La différence ici, c'est que justement, j'avais une liberté, je n'étais pas obligée de respecter les faits et je pouvais mêler des choses qui me sont arrivées, qui sont arrivées à mes amis et inventer des personnages, inventer des situations et j'avais besoin, je crois, de cette liberté pour pouvoir plongée vraiment dans

SPEAKER_06

mon sujet. Ok, intéressant. Est-ce que tu veux faire le résumé de l'autre Camille ou tu veux que

SPEAKER_04

je le fasse? Ah, fais-le donc.

SPEAKER_06

D'accord, j'y vais. Alors, je lis mon petit résumé. Ça raconte l'histoire de Camille, une éditrice et journaliste québécoise dont la vie bascule entre Montréal et Paris. Prise dans des relations troubles et manipulatrices, elle se retrouve progressivement piégée dans une spirale de peur, d'emprise et de confusion. Alors qu'un homme menaçant s'immisce dans son quotidien et qu'une passion amoureuse devient étouffante, Camille peine à réagir. Figée par des traumatismes anxieux, Elle revisite son passé pour comprendre l'origine de son immobilisme. À la frontière du trailer psychologique et du récit introspectif, le roman explore les mécanismes de la passivité face à la violence et le long chemin vers la reprise

SPEAKER_04

de pouvoir sur soi. Ah, c'est un bon résumé, ça. Bravo.

SPEAKER_06

Merci. D'où est venue l'inspiration de cette histoire-là de l'autre

SPEAKER_04

Camille? Bien, en fait, c'est parti du fait que... vraiment ce que j'appelle la confusion des sentiments, c'est-à-dire quand tu ne sais plus quoi penser, tu ne sais plus comment réagir dans une relation qui t'est imposée. Par exemple, là, c'est un gars qui, finalement, est en plein délire amoureux et projette sur Camille, mon héroïne, un amour qu'il a vécu avec une autre fille. Et ma Camille, ici, qui est aussi la narratrice, elle fige complètement. Elle ne sait pas comment réagir face à ce cet homme là qui va de plus en plus s'immiscer dans sa vie va commencer à la suivre dans la rue elle va avoir peur pour sa vie etc et ça je le savais dès le début que ce serait ça et ça c'est vraiment le noyau dur si tu veux du roman mais tu disais elle va dans son passé c'est parce qu'elle essaie de comprendre pourquoi elle se sent si impuissante face aux dangers, face aux abuseurs. Elle a besoin de fouiller dans son passé. Et donc, je l'ai construit de telle façon qu'on alterne entre le récit de ce qui se passe au quotidien dans la vie de Camille et ce que j'ai appelé des traces où elle retourne dans son passé, dans son enfance pour comprendre pourquoi elle a ce sentiment d'impuissance qui l'habite, cette fragilité intérieure. Mais je dois te dire que c'est pas au passage-là, au passé

UNKNOWN

?

SPEAKER_04

Je dois te dire que ces passages-là au passé, je les ai écrits il y a très longtemps, il y a 18 ans, pas tous, mais en partie. J'étais partie à Rome pendant un mois dans un monastère pour écrire. Et ce qui me venait à l'époque, ce sur quoi j'avais envie d'écrire, c'était les traumatismes d'enfance. Et donc, ce que j'ai fait quand j'ai écrit mon roman, je suis allée rechercher ces textes-là tout en les réécrivant et en les adaptant pour faire en sorte de connecter ma Camille enfant et ma Camille adulte. En fait, c'est ça que j'ai fait.

SPEAKER_06

Très intéressant. Et dans le roman, j'en ai parlé brièvement dans le résumé, tu parles justement des traumatismes subis par Camille et tu explores vraiment un état qui est très peu, je trouve, abordé en littérature, celui du freeze. Pourquoi c'est important pour toi d'en parler dans ton roman?

SPEAKER_04

Parce que je pense que, écoute, on est plusieurs personnes à avoir vécu ça, plusieurs femmes, entre autres, dans des situations où on ne sait pas comment réagir et quand on se sent dans une relation qui nous est imposée, on peut figer et à ce moment-là, on est comme un no man's land dans notre tête, puis on attend que ça finisse au plus tôt, on est gelé. Et j'en ai parlé avec plusieurs personnes qui ont souvent vécu des situations comme celle-là, on dirait qu'au lieu de, c'est après que vient le sentiment, oh là là, t'es fâché, puis t'es fâché contre toi, non? de ne pas avoir réagi davantage. Puis moi, je voulais explorer ça. Puis je le sais que, écoute, mon héroïne, même moi, en l'écrivant, j'avais envie de dire, bon, là, vas-y, fais quelque chose. Sors de ton impuissance. Ça n'a pas de sens d'être comme ça. J'avais envie de la fouetter. De la brasser un peu. Mais en même temps, je voulais aller au bout de ça. Je voulais explorer jusqu'au bout comment on peut se sentir dans des situations comme celle-là.

SPEAKER_06

Et dans le roman, tu montres que le corps, c'est avant l'esprit. Est-ce que tu as écrit ce roman avec le corps autant qu'avec la tête?

SPEAKER_04

Beaucoup avec le corps. Évidemment, j'ai vécu certaines choses que je décris dans le livre, mais pas toutes. Il y a beaucoup de choses qui m'ont été racontées ou que j'ai observées. Et en l'écrivant, c'était vraiment physique. Je le ressentais beaucoup plus physiquement que dans la tête. Mais tu sais, c'est Ça m'a pris beaucoup, beaucoup de temps à écrire ce roman-là, à en venir à bout. Mais c'est sûr qu'à la fin, en réécrivant, là, il fallait quand même que je ramasse un peu mes idées. Je ne pouvais pas juste écrire avec mes tripes et mon corps, n'est-ce pas?

SPEAKER_06

Si tu me permets, Daniel, on s'arrête et au retour, je veux qu'on continue de parler de ton roman L'autre Camille. Parfait. Ici Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. J'ai toujours accompagné de mon autrice invité de la semaine, Danielle Lorrain, pour parler de son premier roman, L'autre Camille. Et Danielle, Jean-Michel, c'est une menace évitante dans le roman, mais Charles, lui, est plus insidieux. Pourquoi cette dualité entre ces deux gars-là dans l'ouvrage?

SPEAKER_04

En fait, Jean-Michel, ça se trouve à être le mari de la meilleure amie de Camille. Donc, Camille le connaît, le côtoie depuis plusieurs années. Mais c'est la première fois qu'elle se retrouve dans une situation où elle est seule avec lui. Et c'est là qu'il va complètement délirer, etc., etc. Charles, c'est complètement autre chose. Charles, c'est un homme qu'elle rencontre dans un événement culturel à Paris. Et c'est un coup de foudre instantané. C'est une passion

SPEAKER_06

dévorante. Et tu montres bien que la violence peut être...

SPEAKER_04

C'est-à-dire qu'au départ, il n'est pas violent. et elle se sent étouffée dans tout ça.

SPEAKER_06

Et il va aller très, très, très loin.

SPEAKER_04

Il va aller très loin, on ne va pas dire juste... Non, non, on ne vendra pas de

SPEAKER_06

poche, mais il va aller très loin.

SPEAKER_04

Et donc, elle, ça va la démolir complètement, parce qu'elle croyait vraiment en cet

SPEAKER_06

amour-là. Et parlant, justement, de Jean-Michel, c'est le mari de sa grande amie, Maria, et il va avoir une peine d'amitié entre ces deux femmes-là. Pourquoi avais-tu envie d'explorer ça? Parce qu'on en vit tous dans nos vies, des peines d'amitié, mais c'est très peu abordé, je trouve, en littérature.

SPEAKER_04

Oui, écoute, parce que quand Camille commence, parce qu'il y a une bonne partie du roman, on doit dire qu'il se passe à Paris, parce que Camille, elle est d'abord étudiante en maîtrise sur Marguerite Duras, donc elle va faire des recherches. Ensuite, elle devient journaliste littéraire et éditrice. Donc, oui, j'ai mis un petit peu de moi là-dedans. Et donc, Maria l'a accueillie les premières fois. Elle lui a même offert un gîte gratuitement. Et Maria est un peu plus âgée. C'est C'est comme si elle avait pris Camille sous son aile. Elles deviennent d'excellentes amies. Elles se confient tout. Elles passent des heures ensemble à parler. C'est vraiment une relation fusionnelle d'amitié.

SPEAKER_06

À un certain moment, il va y avoir une certaine domination en amitié dans la relation. Oui, mais en

SPEAKER_04

fait, ce qu'on comprend surtout, c'est qu'à partir du moment où Jean-Michel se met à triper sur Camille, Camille, elle est mal à l'aise. Elle se sent prise en étau entre ce gars-là, dont elle a un peu pitié aussi, et sa meilleure amie qui est sa femme. Alors, elle, Camille, elle dit, mais moi, je ne peux pas cacher ça à ma meilleure amie que son mari a le béguin pour moi.

SPEAKER_06

Puis aussi, à un moment donné, c'est que Maria est blessée aussi, fait qu'elle ne veut pas en rajouter sur ce qu'elle vit

SPEAKER_04

aussi. C'est ça, Maria a eu un gros accident, elle est immobilisée dans un fauteuil roulant, donc Camille, elle ne veut pas non plus en mettre plus qu'il y en a, donc elle hésite, elle va pour la voir, elle veut lui dire, puis elle ne le dit pas, elle va pour lui dire, puis elle ne lui dit pas, puis puis elle se sent lâche de ne pas le dire, puis elle se sent coupable. Puis c'est tout ce déchirement-là aussi que je voulais exprimer. Et donc, en plus de vivre une situation, Camille, avec ce Jean-Michel qui est à moitié fou, bien, elle perd en quelque sorte l'amitié de sa meilleure amie. Donc, c'est deux deuils

SPEAKER_06

qu'elle fait.– Complètement, oui, oui, c'est ça. Elle en vit beaucoup de traumatismes, la pauvre Camille.– Oui, oui, ça finit pas si mal. Il y a de la lumière quand même.– Oui, oui, la lumière vers la fin. Et elle Et maman aussi.

SPEAKER_04

Oui. Sa relation avec sa fille est très importante.

SPEAKER_06

Et la relation aussi avec sa mère et sa grand-mère, ça, je trouvais ça très, très beau, ces liens-là.

SPEAKER_04

Bien, moi, je trouvais ça important de faire la chaîne féminine. Parce que Camille a grandi sans père. Elle n'a pas connu son père. Elle a été élevée par sa mère et sa grand-mère.

SPEAKER_06

Il n'y a pas eu beaucoup d'hommes dans cette famille-là parce que le mari de Madeleine... Non, de... Pauline. Le mari de Pauline

SPEAKER_04

est... de la grand-maman.

SPEAKER_06

C'est ça, est décédée très jeune. Alors, sa mère Madeleine n'a pas eu vraiment de père, de figure paternelle. Même chose.

SPEAKER_04

Pour Camille, donc. Pour Camille, oui, c'est ça. Elle dit qu'elle a grandi dans une maison sans homme. Et puis, je trouvais ça intéressant de faire en sorte que ma petite Camille, elle n'ait pas connu son papa, puis elle n'ait pas connu un homme dans sa vie solide qui, entre guillemets, l'aurait protégé. Et donc, ce qui qui, à mes yeux, rendait ma Camille encore plus fragile. Et c'était pour ça aussi que je ne voulais pas qu'elle connaisse son père.

SPEAKER_06

Très intéressant. Et pourquoi avoir choisi de l'appeler Camille? Parce que ta fille s'appelle Camille?

SPEAKER_04

Non seulement je l'ai appelée Camille parce que ma fille s'appelle Camille, je lui ai dédié mon livre à ma fille Camille. Parce que quand j'ai commencé à l'écrire, ça fait très longtemps, Camille était dans la vingtaine. Puis je me disais... il ne faut jamais qu'elle vive ce que ma Camille a vécu. Et c'était comme une façon de la protéger et de la prévenir. C'était comme ça que je le voyais. Et c'est drôle parce que Camille a lu, elle n'a pas lu le livre encore, mais elle avait lu une version. Puis moi, j'avais dit, écoute, peut-être que tu vas trouver que ça ne te concerne pas, toi, les filles de ta génération. Peut-être que Tout ce que ma Camille a vécu, c'est un peu dépassé. Aujourd'hui, les filles, probablement, vivent autre chose, d'autres traumatismes, mais peut-être pas la même chose. Elle l'a lu, et la première chose qu'elle m'a dit, c'est« Maman, je me suis tellement reconnue. Moi et mes amis, c'est encore vrai qu'on vit encore ça, des situations comme celles-là.» Elle n'a jamais vécu les traumatismes que ma Camille a vécu, mais cette espèce de sentiment de se sentir... prise en étau à un moment donné quand tu ne sais pas comment réagir face à un danger ou face à un abuseur. Et donc ça, je pense que les filles le vivent encore.

SPEAKER_06

Et est-ce que c'est aussi un message que tu voulais passer aux jeunes femmes avec ce livre-là?

SPEAKER_04

Oui, je ne voulais pas faire un livre à messages, mais oui, je voulais surtout dire... il ne faut pas avoir honte d'être comme on est, puis de se sentir fragile et impuissante. Il faut juste en être consciente. Il faut se préparer à justement réagir, mais il ne faut pas s'auto-flageller soi, s'auto-culpabiliser parce que on ne sait pas comment réagir dans des situations où on se sent agressé.

SPEAKER_06

Et tu en as parlé brièvement tantôt, mais il y a quelques qualificatifs de Camille qui sont les mêmes que toi. Elle est éditrice, journaliste tout comme toi dans le milieu littéraire. Elle est follement amoureuse de Marguerite Duras, qu'est-ce qui est ton cas? Elle se promène entre Montréal et Paris. As-tu eu peur que les gens pensent que c'était ton histoire?

SPEAKER_04

J'ai eu tellement peur que la première version, c'était où elle, j'avais pas mis de« je». parce que je me disais, là, tout le monde va me dire, ah, bien, c'est ta vie, c'est toi, etc. Mais, donc, finalement, je l'ai tout réécrit à la troisième personne, à la première personne. Bien, c'est sûr que j'ai parlé de ce que je connaissais. Donc, j'y ai donné des fonctions que moi, j'ai exercées parce que je connais ça et que je suis capable d'en parler. Mais Camille n'est pas moi, en fait. Elle est une partie de moi, mais elle n'est pas moi.

SPEAKER_06

Et comment tu as trouvé ça d'écrire de la fiction, toi qui es habituée d'écrire des essais, des récits? d'être vraiment dans la non-fiction?

SPEAKER_04

J'ai adoré ça. J'ai vraiment adoré ça de partir parfois de personnages réels, mais d'en faire un vrai personnage de roman. Tellement qu'à la fin, des fois, j'avais oublié le vrai nom de la personne de qui je m'étais inspirée. Parce que j'ai changé tous les noms, évidemment, des personnes dont je me suis inspirée. J'en ai inventé plein d'autres. Il y a plein de personnages là-dedans qui n'ont jamais existé. Donc ça, c'est génial à faire. Puis l'autre chose, c'est d'inventer toutes sortes de situations. Tu peux laisser libre cours à ton imagination tout en restant cohérent avec l'action de ton roman puis le sujet qui est au cœur du roman. Mais tu peux partir dans une situation, inventer toutes sortes d'affaires. J'ai adoré ça.

SPEAKER_06

Et dirais-tu que l'éditrice n'était pas loin de l'autrice pendant que tu écrivais ou tu as réussi à faire fi de ça puis vraiment être dans la création à 100%

UNKNOWN

?

SPEAKER_04

une bonne question. Ça dépend des moments. Il y a des moments où je me suis vraiment lancée à corps perdu, puis je veux dire, j'étais vraiment dans ma bulle, puis il n'y avait rien d'autre qui existait autour. Puis d'autres fois, c'est surtout quand je me relisais, je me disais, ah, c'est poche, ça n'a pas d'allure, mais ça, ça ne marche pas, mais ça, ce n'est pas cohérent, bien, etc. Ça dépendait des moments.

SPEAKER_06

Est-ce que c'est pour ça que ça a pris autant de temps avant que tu le publies, ce roman-là?

SPEAKER_04

Entre autres, parce que j'ai commencé vraiment... à l'écrire un peu dans ma tête puis un peu dans mon journal. C'était en 2014. Je venais d'arriver à Paris où j'ai habité quatre ans. Pendant les quatre ans, je travaillais beaucoup, entre autres pour le devoir pour L-Québec. Je faisais beaucoup d'entrevues avec des écrivains français, tout ça. J'écrivais des chroniques. J'avais pas beaucoup de temps. Puis en fait, c'est surtout, maintenant je me rends compte, c'est que j'en avais pas fait ma priorité. Quand je suis revenue vivre au Québec je me suis dit, bon, là, je vais le faire. J'ai tassé quelques affaires, j'ai réglé plein de choses, puis... je m'y suis mise tranquillement. J'ai tout revu, ce que j'avais déjà décrit. Et je te dirais que les deux dernières années, là, j'ai vraiment mis la priorité sur mon roman.

SPEAKER_06

– OK. Et qu'est-ce que l'écriture de ce roman-là a changé en toi?

SPEAKER_04

– Bien, qu'est-ce que ça a changé? Ça m'a donné le goût d'écrire un autre. Vraiment.– As-tu

SPEAKER_06

déjà commencé à réfléchir à un prochain

SPEAKER_04

roman?– Oui. Oui, j'ai deux sujets en tête, mais c'est encore très vague. Je suis je ne peux pas vraiment en parler. Il faut que ça mûrisse encore, je pense.

SPEAKER_06

Mais tant mieux, on sait qu'il y a une graine qui a été semée, ça fait qu'il y aura éventuellement autre chose de sa part en

SPEAKER_04

fiction. Oui, c'est sûr.

SPEAKER_06

Si tu me permets, Daniel, on s'arrête et au retour, je veux qu'on parle de tes coups de cœur littéraires.

UNKNOWN

Parfait.

SPEAKER_02

Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_06

On est maintenant rendu au segment d'écoute-cœur littéraire de mon autrice invitée de la semaine, Danielle Lorrain. Danielle, qu'est-ce que tu as envie de présenter aux auditeurs? On commence avec lequel?

SPEAKER_04

Avec Je ne m'éloigne jamais trop de la maison de Carola, qui est parue chez VLB. Écoute, j'ai trouvé ça vraiment... touchant, ce livre-là. Évidemment, on connaît la comédienne, la réalisatrice, l'actrice, tout ça. Mais là, j'ai vraiment eu l'impression de découvrir une écrivaine. C'est son premier roman. Je n'en reviens pas. Il y a des perles d'écriture dans ce livre-là.

SPEAKER_06

Moi, j'ai beaucoup aimé aussi. Je l'ai lu récemment. J'ai beaucoup,

SPEAKER_04

beaucoup aimé ma lecture. Évidemment, c'est inspiré de sa vie. Ça commence, c'est assez difficile. Donc, elle raconte que sa mère est morte en lui donnant naissance, presque. Donc, elle ne s'est jamais vraiment remise de cet abandon. C'est ça qu'elle raconte. Elle dit, la perte pour toujours des bras d'une mère, ça déchire l'âme. Il y a toutes sortes de phrases comme ça qui reviennent constamment dans le livre, où elle revient à cette idée de l'absence de sa mère. Elle dit qu'elle porte sa mère en elle, que sa mère l'habite, mais qu'elle va toujours lui manquer en même temps. Donc, il y a sa mère morte à sa naissance. En plus, son père qui l'a donnée en adoption alors qu'elle n'avait que quelques jours. Donc, c'est deux chagrins immenses dont elle ne s'est jamais vraiment remise. Mais ce qu'on comprend, c'est que ce qui la sauve, c'est qu'elle a été prise en adoption, prise en main par une famille extraordinaire.

SPEAKER_06

Complètement.

SPEAKER_04

Une famille qui avait, je pense, six enfants adultes quand elle est arrivée. Et donc, elle parle de la mère, Blanche, le père, Georges. Elle parle aussi d'une sœur qui était infirmière qu'elle appelle sa sœur-mère parce qu'elle s'en occupait beaucoup quand elle était malade, elle la soignait. Et elle dit« Je suis reconnaissante d'avoir reçu deux temps d'amour.» Et dans le fond, j'ai lu ce livre-là, moi, comme un hommage à cette famille qui l'a accueillie, qui l'a nourrie. La mère, elle appelait ma petite petite s'en sut parce que la petite était toujours collée sur elle. Elle lui faisait des tresses. Elle lui faisait ses vêtements. Il n'y a rien qu'elle ne faisait pas pour sa petite fille. Le père qui la berçait longuement, qui lui racontait des histoires, qui lui faisait découvrir la nature. Donc, elle nous raconte tout ça. On est dans son quotidien à Shawinigan jusqu'à l'âge de 18 ans. Et avant qu'elle... En fait, à un moment donné, on se rend compte que sa soeur a est très, très malade. Et donc, Carole va l'assister jusqu'à la fin, jusqu'à son dernier souffle. Et on comprend toute l'affection qu'elle avait pour cette soeur, mais aussi pour ses parents. Moi, j'ai lu ce livre-là comme un hommage à la bonté. La

SPEAKER_06

bonté

SPEAKER_04

des gens qui sont dans l'ombre, dont on parle presque jamais. J'ai trouvé que c'était un bel hommage. Et c'est aussi un hommage à l'amour, parce qu'elle raconte sa rencontre avec Louis Furry, un coup de foudre extraordinaire. Elle dit quelque chose comme, quand j'ai vu ce gars-là, j'ai su tout de suite que c'était l'homme de ma vie. Puis là, elle raconte que, bon, elle a une première, elle donne naissance à un premier bébé mort-né, grand drame. Mais après ça, elle a deux autres enfants avec Louis. Puis elle dit que c'est la plus belle chose de sa vie, Et donc, c'est aussi une ode à l'amour aux enfants. Et j'ai trouvé que c'est un livre qui fait du bien.

SPEAKER_06

Complètement. Surtout en ce moment, dans ce qu'on vit, avec tous ces trucs très négatifs-là, c'est juste comme une bouée de bonheur, de lumière.

SPEAKER_04

Il y a une douceur aussi. Puis il y a Boris Cyrulnik qui a signé la post-fast et qui dit, ce livre n'est pas une autobiographie, c'est un poème à la vie. Et c'est tout à fait ça, en fait, je dirais. Un poème

SPEAKER_06

à la vie. Oui, veux-tu rappeler le

SPEAKER_04

titre? Alors, Je ne m'éloigne jamais trop de la maison Carole

SPEAKER_06

Or. Oui, une belle recommandation que j'approuve. Et t'en as un deuxième que t'as envie de nous présenter?

SPEAKER_04

Oui, brièvement. En fait, c'est le dernier livre de Monique Proulx qui s'appelle Le bien ne fait pas de bruit. Alors, il y a tout un rapport entre les deux livres parce que c'est un livre sur le bien, sur la bonté. C'est incroyable. Moi, j'ai lu ces deux livres-là dans la foulée. C'est comme s'ils répondait en quelque sorte. Alors, Monique Proulx, là-dedans, elle explore la relation entre Gabrielle Roy, la grande écrivaine, et Berthe Simard, avec qui elle a été amie pendant 30 ans. Elles étaient voisines dans Charlevoix. Mais elle explore cette relation-là sous... avec la fiction, en fait. Elle en fait un roman. Donc, Berthe Simard devient Flora et Gabrielle Roy devient Margaret Meir. Et Donc, elles racontent leurs relations et ce qui est intéressant, c'est deux femmes complètement contrastées. Berthe Simard, une femme modeste, effacée, une femme de l'ombre, qui respire la bonté, qui est au service de tout le monde. Et donc, cette grande écrivaine à côté, Gabrielle Roy, qui est connue à travers le monde, qui vit pour son œuvre et Berthe va devenir, en fait, dans un premier temps, son aide-ménagère. Elle va lui faire la cuisine, elle va l'aider Mais peu à peu, va se développer une grande, grande amitié. Elle va devenir la confidente de Gabrielle Roy, donc de son homonyme, si vous voulez. C'est vraiment touchant, cette relation-là. Et c'est de voir le dévouement de Flora. C'est de voir à quel point elle aime Gabrielle Roy et comment ce n'était pas destiné, ces deux femmes-là, pour se rencontrer et avoir une relation si forte. Et l'autre chose, lien que je fais avec le livre de Carole Lord, c'est le rapport à la nature. Parce que Carole Lord nous parle beaucoup de la rivière, donc elle vient de Shawinigan, de la nature, son père qui lui fait découvrir tous les petits animaux, la nature, etc. Et il y a beaucoup, beaucoup de place pour la découverte de la nature dans le livre de Monique Proulx, alors que les deux femmes sont assises sur la balançoire et observent le ciel, observent observe la nature. Et c'est beau. Et c'est des moments de paix intérieure extraordinaires. Donc, encore une fois, je dirais, c'est un livre qui fait du bien. Et je dois dire que je vais rencontrer ces deux autrices-là en même temps au Salon du livre de Québec, bientôt, pour une entrevue croisée entre les deux. Donc, j'imagine qu'on va beaucoup parler de la bonté.

SPEAKER_06

Ah, mais tu me donnes vraiment envie de lire celui de Monique Proulx. Et j'ai envie de te demander, Daniel, la lecture, est-ce que ça occupe une grande place dans ta vie?

SPEAKER_04

Écoute, ça a toujours été, dans le temps que j'étais au devoir à ma chronique chaque semaine, puis dans le L-Québec à chaque mois, je lisais souvent 4-5 livres. par semaine, bien là, je me suis calmée un peu. Je lis. Je lis plus...

SPEAKER_06

Mais est-ce que tu lis pour ton plaisir personnel ou c'est toujours en vue du travail?

SPEAKER_04

C'est pas toujours. Non, c'est ça. C'est ça qui a changé. Quand tu travailles à temps plein en littérature, tu lis ce qui sort, puis il faut que t'en parles, puis tu sais ce que c'est. Bien là, tu sais, je peux même relire des livres que j'ai déjà lus. Puis je lis aussi pour nourrir ma propre écriture. Donc, tu vois, là, j'ai un projet, donc... de romans. Donc, je lis sur des sujets connexes, un peu pour m'inspirer, etc. Donc, c'est une démarche différente. On ne lit pas de la même façon. Tu sais, je ne sais pas toi, mais moi, quand je lis un livre pour en faire une chronique ou une entrevue, le livre, ce n'est plus un livre, c'est un carnet de notes, puis toutes sortes de... Tu sais, on ne lit pas de la même façon. Quand on lit pour le plaisir, ce n'est pas pareil. On se laisse... On se laisse bercer, oui.

SPEAKER_06

Oui, davantage, je dirais. Complètement. Mais merci beaucoup, Daniel, pour les deux belles suggestions. On s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.

SPEAKER_00

Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_06

C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Léa Artemis. Bonjour, ça va bien? Oui, ça va bien, Amélie, et toi? Très, très bien. Et on commence ce mois-ci avec l'Aquarium de Anne-Catherine Bowman, publié à la Peuplade.

SPEAKER_01

Oui, donc il s'agit du troisième roman de la suédoise Anne-Catherine Baumann. Et je ne sais pas si tu t'en souviens, son premier roman de mémoire, je crois qu'il sortit à la Peuplade en 2022, 2023, avait fait beaucoup parler de lui. Il mettait en scène la rencontre entre un psychanalyste en fin de carrière et l'une de ses dernières patientes, Agathe, qui a perdu l'envie de vivre. Et j'en parle en fait parce qu'Anne-Catherine Baumann, elle est psychologue. Et ça se traduit dans son écriture, ça se traduisait dans Agathe, puis encore plus je trouve aujourd'hui dans l'Aquarium, par une approche très précoce passionneuse, voire délicate de ses personnages. Donc lorsqu'elle se retrouve pour la première fois devant l'océan, Viga ne s'attendait probablement pas à faire face à un bâtiment sans âme conçu pour, je cite,« aspirer les visiteurs sous la surface de l'eau». Et nous non plus, en fait. L'océan, c'est rarement ce que ça nous évoque. Viga, c'est une jeune femme introvertie et elle aimerait que le monde ne change jamais. Alors qu'elle débute son stage à l'aquarium, qu'elle surnomme la prison des poissons, elle apprend que sa meilleure amie Maïken attend un enfant. Terrifiée à l'idée de perdre sa seule amie, Viga se renferme sur elle-même, jusqu'à ce qu'elle croise le regard de Rosa, un magnifique octopode. Lentement, au gré de ses quarts de travail, elle se met à observer la pieuvre déployer ses ventouses et appréhender le monde à sa manière. Car si les pieuvres ont un cerveau central, comme les humains, apprend-on, la majorité de leurs neurones se situent dans leurs bras. Les bras de Rosa, ils peuvent se mouvoir de manière autonome jusqu'à s'allonger du double de leur longueur. Rosa aussi, elle change de couleur, puis elle possède une grande intelligence. Donc au contact quotidien de la pieuvre, Viga dont l'ex-petite amie avait dit d'elle qu'elle ne serait jamais à l'aise quoi qu'elle fasse et où qu'elle soit, revisite son passé, s'ancre dans le présent et tente de se projeter dans le futur. À travers cette amitié aussi sincère qu'improbable quand même, une amitié entre une jeune femme et une pieuvre qui n'en est pas moins bouleversante aussi, Anne-Catherine Beaumont tisse une histoire sensible sur la différence et sur la beauté des liens entre les vivants quels qu'ils

SPEAKER_06

soient. Intéressant et intriguant, ça s'intitule L'Aquarium de Anne-Catherine Beaumont, publié à La Peuplade. On poursuit maintenant avec Puis, je serai seule, de Gilles Archambault, publié chez Boréal.

SPEAKER_01

Donc, Gilles Archambault, contrairement à Anne-Catherine Baumann, je ne vais pas le présenter, je pense que ce n'est pas nécessaire. Donc, il nous livre ici un court recueil de textes personnels et de nouvelles. C'est un ouvrage hybride, en fait. Donc, la première portion, ce sont ses pensées à lui. Et la seconde portion, donc, on a des toutes petites nouvelles qui, au final, se correspondent, se parlent et de manière très, très chouette. Donc, dans ce recueil, il explore, il exploite et développe avec beaucoup de finesse la notion de solitude. Chaque dimensions étant soigneusement étudiées et présentées au détour d'un paragraphe ou d'une image. Parmi les belles images qu'on trouve dans ce livre, je cite notamment celle superbe de son appartement verrière. Alors j'ai essayé de me figurer ce que ça pouvait être un appartement verrière. J'ai eu beaucoup d'images très belles dans ma tête. Un jour j'aimerais ça aller voir son appartement quand même à Gilles Archambault. Dans lequel il vit seul au milieu de ses petites habitudes, observé de loin par ses voisins anonymes, ses inconnus comme il les appelle, qui le soutiennent par leur évanescente réalité. Car à 92 ans, Gilles Archambault a fait le choix de détruire son passeport, de ne plus ou peu quitter son quartier, d'avancer à son rythme dans ce qu'il nomme le vieillage et d'apprécier avec vigueur et humour toutes les aspérités de la solitude. Donc je cite une réplique que je trouve hilarante à la page 54. Je ne comprends pas la tolérance que l'on a face aux vieux. Une civilisation trop peuplée de centenaires m'horripilerait. En faire partie serait pour moi une calamité. Et on comprend. Donc ces fragments de textes personnels et incisifs sont suivis d'une série de courtes nouvelles qui démontrent tout le talent et le talent intact de Gilles Archambault, sa maîtrise exquise de la langue et son humour. On y découvre une galerie de personnages truculents, comme Sylvaine, actrice et écrivaine reconnue qui confie non sans sarcasme à son voisin que ses nombreux prétendants s'imaginent qu'elle souffre de solitude car ils n'ont jamais mis les pieds chez elle. L'ego démesuré des hommes. Donc à travers cet ouvrage hybride façonné par les vagues de souvenirs, les mots choisis et les déclats créatifs, Gilles Archambault nous offre une belle leçon de littérature et de

SPEAKER_06

vie. Ok, ça s'intitule« Puis je serai seule» de Gilles Archambault, publié chez Boréal. On y va maintenant avec« Le monde est à toi» de Martine Delvaux, avec les illustrations de Catherine Gauthier. C'est publié chez Éliotrope Illustré.

SPEAKER_01

Oui, donc en fait, il s'agit de la réédition illustrée du texte de Martine Delvaux, qui était aussi intitulé« Le monde est à toi», initialement paru en 2017. Donc,« Le monde est à toi, c'est un texte intime, sensible et militant, structuré comme une lettre d'amour de Martine à sa fille Eleonore, qui était adolescente au moment de l'apparition initiale. A travers ses mots, Martine Delvaux, elle explore la nature du lien unique qu'elle entretient avec sa fille, tout en interrogeant les racines de son combat féministe. J'ai pris un grand plaisir à relire ce texte presque dix ans après, avec un regard neuf, un peu plus adulte, un peu plus usé par le monde aussi. Entre temps, je suis devenue mère d'un petit garçon, et plus que jamais, je comprends le difficile exercice des auxquelles se prêtent au quotidien les parents. Comment expliquer le monde et les injustices aux enfants

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Comment les aider à devenir ce qu'ils sont, développer leur indépendance, leur esprit critique, déconstruire les préjugés et les aider à se libérer des fiertés mal placées

UNKNOWN

?

SPEAKER_01

Martine Delvaux nous livrait ces questions en 2017 et elles m'apparaissent encore plus chargées de sens aujourd'hui, incarnées par les illustrations ultra réalistes au crayon graphique de Catherine Gauthier. Je mentionne notamment la superbe illustration, page 69, des préjugés poubelles qui tombent d'un sac à dos d'un sac à dos d'adolescente dans un camion Ben donc Martine Delvaux et Catherine Gauthier nous montrent par l'image et le texte à Léonore qui est une jeune adulte aujourd'hui et à nous qui nous appartient plus que jamais de bâtir nos récits individuels et collectifs de déconstruire un à un des préjugés bons achetés aux ordures de renforcer la solidarité et l'amour et surtout de croire en leur super pouvoir

SPEAKER_06

à quel public tu penses que ça pourrait s'adresser vu qu'il est illustré est-ce que des ados du secondaire ou du cégep ça pourrait

SPEAKER_01

oui complètement

SPEAKER_06

OK.

SPEAKER_01

Surtout dans la mesure où Martine Delvaux l'avait écrit pour sa fille qui était adolescente à l'époque. Donc, c'est un texte qui est tout à fait abordable à hauteur d'adolescent, à hauteur d'adulte, à hauteur de toute personne, en fait, qui est en train de développer son sens critique. Et les illustrations le sont également.

SPEAKER_06

Très bien. On rappelle le titre« Le monde est à toi» de Martine Delvaux, illustré par Catherine Gauthier, publié chez Iliotrope Illustré. On pourrit ici maintenant avec« H» de Sarah M. Tambeau, publié chez Tri Sous-titrage ST' 501

SPEAKER_01

alors H c'est le premier roman de Sarah M. Tambo Sarah avec un H donc muet une lettre anodine qui prend toute son importance ici cette lettre qui n'aurait jamais pu exister parce qu'on peut s'appeler Sarah sans H au final se mue ici en personnage avatar littéraire de l'autrice avec beaucoup d'humour et de détachement donc Sarah avec un H donc l'autrice envoie à son double en thérapie pour en explorer les différentes facettes elle expose ses revendications contradictoire, son positionnement culturel. Elle triture ses contradictions, épouille ses souvenirs, ses traumatismes d'enfance, son quotidien de mère, oscillant entre la confidence, le bluff, l'humour, l'esbrouf, pour redessiner ses propres contours et se réconcilier enfin avec elle-même. Ce livre, ça aurait pu être une sorte d'exercice de style un peu pompeux, ça l'est pas du tout. Parce qu'en fait, plus qu'un exercice de style autour d'une lettre, donc une lettre muette qui, entre silence et cendre, H ça veut dire Sandre aussi, en anglais, convoque tout un univers littéraire. H est un texte qui sautille habilement entre le récit de soi et le roman.

SPEAKER_06

Intriguant, ça donne envie de le lire. Ça s'intitule H de Sarah M. Tambeau, publié chez Triptyque. Et là, on termine avec Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça, de Omar L. Akkad, publié chez Mémoire d'Ancrier.

SPEAKER_01

Alors, Omar El Akkad, il est journaliste et écrivain. Il est né en Égypte, il a grandi au Qatar, il a vécu au Canada à l'adolescence et aujourd'hui, il réside aux États-Unis. Son premier roman,« American War», qui est paru chez Flammarion en 2017, a été désigné par la BBC, donc dans sa version anglaise, comme l'un des 100 romans qui ont façonné le monde. Donc ici, dans« Un jour, tout le monde aura été contre ça», il nous livre un essai mémoire qui entremêle reportage et réflexion politique. Il interroge les postures morales, vidées de sens, dénonce la Le silence de l'Occident face au massacre de la population palestinienne dans la bande de Gaza. Un jour, écrit avec en phase Omar El-Akkad, tout le monde aura toujours été contre ça. Comme pour de nombreux massacres passés que l'Occident dénonce aujourd'hui. Comme le génocide orchestré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Comme pour tout ça avec le passage du temps et le recul de l'histoire, un jour tout le monde s'indignera. Comprenez, dénonce l'auteur, qu'aujourd'hui, dans le présent, certaines choses, on le dit souvent, sont complémentaires. compliquées. Certaines choses sont compliquées depuis longtemps. Dans les descriptions de la souffrance palestinienne que l'on trouve dans la plupart des médias occidentaux, le langage accomplit l'inverse de sa fonction. Il supprime le sens. L'auteur signe notamment en exemple une manchette du Guardian. Journaliste palestinien atteint d'une balle à la tête lors d'un raid au domicile d'un terroriste présumé. Donc ici, en fait, la violence de l'attaque, elle est aseptisée. La posture du journaliste et sa présence y sont non explicitées, ce qui pourrait laisser entendre que s'il se trouvait là, ce c'est qu'il avait potentiellement un lien avec des terroristes. Le journaliste qui a rédigé cette manchette, à travers les mots qu'il emploie, décide de ne pas se mouiller, de ne pas prendre position pour ne pas risquer de s'exposer à la critique. Puisque prendre position pour la liberté de la presse, contre la colonisation d'un territoire et la mort de centaines de milliers de personnes, ça pourrait être mal perçu. Dans cet essai coup de poing, Omar Al-Akkad exhorte l'Occident à arrêter de jouer avec les mots, à prendre ses responsabilités et surtout à nommer frontalement la violence et son champ lexical, qui n'ont rien de si compliqué et que nous comprenons tous. Au mois d'octobre 2023, écrit-il, l'armée israélienne, sur les instructions du gouvernement et avec l'appui de la vaste majorité des centres de pouvoir politique du monde occidental, a entrepris une campagne de génocide actif contre le peuple palestinien. C'est dit. Et je terminerai en citant les dernières lignes de la préface de Mona Chollet qui dit bien toute la justesse et la valeur de ce texte dont, je cite,« Chaque paragraphe est un petit diamant incisif, parfaitement taillé, dont la précision met un peu d'ordre dans nos idées et dans le chaos du monde.

SPEAKER_06

Alors, c'est un livre que tout le monde devrait lire, je crois.

SPEAKER_01

Exactement. Nos dirigeants en

SPEAKER_06

premier. Oui, vraiment. On rappelle le titre, c'est« Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça», traduit par Marie Franklin, écrit par Omar El-Akkad, publié chez Mémoire d'un client. Merci beaucoup, Léa, pour les belles suggestions.

SPEAKER_03

Ici Audrey Willenmy, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_06

On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon autrice invitée de la semaine, Danielle Lorrain. Et qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les prochains mois, Danielle?

SPEAKER_04

Qu'est-ce qui s'en vient? Bien là, je sais que j'ai plusieurs rencontres pour mon livre, mais entre autres, j'en ai une qui va être animée par Claudia Larochelle à la librairie Raffin à Repentigny, qui est ma ville. Donc, c'est le 2 mai. Le 2 mai prochain. Ensuite, bien, J'ai

SPEAKER_06

envie de te demander comment tu trouves ça d'être dans le rôle inversé de toi te faire interviewer plutôt que d'être l'animatrice? Ça me

SPEAKER_04

stresse 100 fois plus.

SPEAKER_06

Ah

SPEAKER_04

oui? Ah oui. Écoute, parce que quand tu fais l'entrevue, toi, tu sais où tu t'en vas. Bien oui. Tu as préparé ton plan d'entrevue, tu sais ce que tu veux, tu sais quelles questions poser, mais quand tu es assise là à ma place, tu ne sais pas là, tu ne sais pas ce qu'on va te demander, mais moi, ça, ça me stresse beaucoup.

SPEAKER_06

Fait que tu comprends un peu ce que vivent les autants quand ils se font interviewer par toi.

SPEAKER_04

Exactement. Exactement.

SPEAKER_06

Et qu'est-ce qui s'en vient d'autre après l'activité chez Raffin? Tu allais dire, je m'excuse, je t'ai coupé, mais je vois que c'est une belle

SPEAKER_04

question à te poser. Je suis en train de travailler sur un livre qui n'est pas un roman. C'est un essai sur les 32 ans de Lorraine Pintal à la tête du TNM, donc première femme qui a dirigé le TNM. Qu'est-ce qu'elle a changé? Qu'est-ce qu'elle laisse comme héritage au Théâtre du Nouveau Monde? Donc, j'ai fait une vingtaine d'entrevues déjà avec différents différents artisans du TNM et des acteurs. Là, je suis un peu moins que la moitié de l'écriture. Ça devrait sortir au printemps 20-27 aux éditions La Presse.

SPEAKER_06

Très intéressant. Et après, tu auras un peu de temps pour te lancer dans la fiction?

SPEAKER_04

Après, c'est sûr que... Aussitôt que j'ai remis mon manuscrit aux éditions La Presse, je commence mon prochain roman.

SPEAKER_06

Et s'il y a des gens qui ont envie de te faire des commentaires sur la lecture de ton roman, l'autre... Camille. Le meilleur moyen de te rejoindre, est-ce que c'est sur les réseaux

SPEAKER_04

sociaux?

SPEAKER_06

Exactement. Sur Facebook, je suis facilement rejoignable. Daniel

SPEAKER_04

Lorrain? Oui. Bien, merci beaucoup, Daniel, d'être dans l'émission. Bien, merci, Amélie. Merci beaucoup.

SPEAKER_06

Et j'ai une copie de l'autre Camille à faire tirer. Alors, je vous invite à vous rendre sur le site Internet de l'émission, samedi-de-lire.com, dans l'onglet concours. Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine! À la semaine prochaine.