Samedi de lire

Samedi de lire avec Philippe Besson - 2026

Amélie Boivin Handfield Season 13 Episode 31

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Chronique littéraire avec Marie Lavoie

UNKNOWN

Merci à tous.

SPEAKER_01

Pour la prochaine heure, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_03

Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue dans l'émission Samedi de lire et aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Philippe Besson. Bonjour, vous allez

SPEAKER_00

bien?

SPEAKER_03

Bonjour Amélie, ça va très bien. Merci d'être à mon micro aujourd'hui. J'ai envie de vous présenter aux auditeurs. Alors, vous êtes un écrivain français né en 1967. Depuis l'apparition de votre premier roman, En l'absence des hommes, en 2001, vous vous êtes imposé comme une figure importante de la scène littéraire contemporaine. Vous êtes un auteur prolifique, vous avez publié presque chacun année un nouveau livre construisant une oeuvre marquée par l'exploration des sentiments, des amours contrariés, des secrets de famille et des silences qui traversent les existences. Votre écriture à la fois sobre et sensible accorde une place essentielle aux émotions et aux non-dits. Plusieurs de vos romans ont rencontré un large public et ont été adaptés au cinéma, notamment Son frère ou Arrête avec tes mensonges. Entre fiction-réalité, vous puisez souvent dans des histoires intimes pour construire des récits qui touchent à l'universel. Et je commencerais avec une Première

SPEAKER_00

question, comment l'écriture est entrée dans votre vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Elle est entrée, bizarrement, un peu par effraction et à Montréal, en l'occurrence. Alors d'abord, ça vient de loin, parce que quand j'étais enfant, j'avais une imagination un peu débordante, on va dire ça comme ça. Donc j'avais une grande propension à inventer des histoires, à raconter des mensonges, mais j'y mettais suffisamment de vraisemblance pour qu'on se dise que peut-être j'étais en train de dire la vérité. Donc cette imagination foisonnante, elle est là dès l'enfance. Après, j'ai lu beaucoup de livres quand j'étais aussi enfant, donc j'imagine que ça a nourri mon imaginaire. Et puis, en même temps je n'avais pas l'idée que j'allais écrire des livres parce que moi j'étais prédestiné à faire des études parce que j'avais un papa instituteur maître d'école qui voulait que ses fils fassent de longues études et qu'on ait des beaux métiers donc écrivain c'était un truc de saletain banque c'était pas possible donc j'ai fait une autre carrière je suis parti faire autre chose mais j'avais toujours ces histoires qui tournaient dans la tête et puis je me suis mis à écrire des lettres à une personne à qui j'écrivais vraiment sur un rythme soutenu parce que j'en voyais deux ou trois lettres par semaine au point que ça m'a familiarisé avec les mots Et puis, en 99, les hasards de la vie font que j'étais entre Toronto et Montréal et que j'avais une histoire qui tournait dans ma tête, que j'étais très triste parce que je sortais d'un chagrin d'amour. Et donc, le chagrin d'amour, plus le décalage horaire, plus l'hôtel et plus cette histoire qui tournait dans ma tête, je me suis dit, je vais me lancer. Et c'était en septembre 99 et j'ai écrit ce qui est devenu le premier livre, c'est-à-dire En l'absence des hommes.

SPEAKER_03

Wow! C'était ici. Est-ce que c'est un rêve que vous caressez depuis que vous étiez petit dans Jean publier un

SPEAKER_00

livre

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Non, parce que c'était un rêve interdit, vraiment. J'y pensais dans un coin de ma tête, mais je voyais bien que ce n'était pas pour moi, qu'on avait prévu un autre avenir pour moi. Encore une fois, mon père voulait que je fasse un métier honorable, respectable, ce que j'ai fait. J'ai été juriste pendant dix ans, donc voilà, rien à voir. Et puis, c'était là, quand c'est là, et puis Quand j'ai commencé à écrire, je me suis dit c'est absolument ce que je veux faire. C'est-à-dire que c'est ce que je suis intimement. C'est mon identité. C'est ma colonne vertébrale. Alors, j'ai décidé d'arrêter tout ce que je faisais avant pour me consacrer uniquement à l'écriture des livres.

SPEAKER_03

Bravo et très contente de savoir que Montréal a eu une importance majeure dans votre parcours d'auteur. Et aujourd'hui, je vous reçois parce que vous avez publié dernièrement une pension en Italie. Si vous me permettez, je vais faire un petit résumé aux auteurs. Allez-y. Alors, ça raconte l'enquête d'un narrateur qui a un secret sur un secret longtemps en fouille dans sa famille. À l'été 1964, son grand-père Paul part en vacances en Toscane avec sa femme et ses deux filles, mais quelques jours après leur arrivée dans une pension, il disparaît brutalement de leur vie. Officiellement, il aurait quitté sa famille pour une femme, mais en réalité, il vit une histoire d'amour avec un homme impossible à assumer à cette époque. Des décennies plus tard, le petit-fils cherche à comprendre ce qui s'est réellement passé. Entre reconstitution et imagination, il tente de combler les silences familiaux et de saisir qui était cet homme effacé. Le roman explore ainsi les thèmes du secret, de l'identité, du désir refoulé et de l'héritage familial dans une société où certaines vérités ne pouvaient pas être dites à l'époque. Et le narrateur n'a pas de nom, il ne sera jamais nommé, mais on sait qu'il est le fils de Suzanne, la fille aînée de Paul. Pourquoi avoir fait ce choix-là?

SPEAKER_00

Du narrateur qui n'est pas nommé? Oui! Parce que je voulais qu'il y ait une ambiguïté possible sur son identité, c'est-à-dire qu'on se pose la question de savoir si c'est moi ou si c'est à moi, parce que le livre est écrit évidemment donc à la première personne du singulier, il est écrivain, il a une mère qui s'appelle Suzanne et j'ai une mère qui s'appelle Suzanne, il est né la même année que moi, donc on peut supposer qu'il y a des voisinages intimes entre lui et moi. Mais pour autant, ça n'est pas moi non plus, et je voulais faire ce jeu avec le lecteur, c'est-à-dire que le lecteur se dise à la fin du livre, c'est une histoire trop intime pour avoir été inventée, donc c'est une histoire vraie, et en même temps que le lecteur puisse se dire aussi, c'est une histoire tellement romanesque qu'évidemment elle doit être le fruit de son imagination parce que c'est ça aussi ce livre et l'écrivain narrateur il va à la recherche de cette vérité et en allant à la recherche de la vérité il va à la recherche de ses origines et ça aussi ça me ressemble essayer de comprendre d'où l'on vient ce qu'on nous a caché les albums de famille dans lesquels on a retiré les pages et pour savoir qui on est véritablement et donc voilà cette ambiguïté elle est liée au fait que oui il me ressemble un peu même s'il n'est pas tout à fait

SPEAKER_03

moi mais est-ce que cette histoire là vient un peu émotionnellement de ce que votre famille a elle-même

SPEAKER_00

vécu? Oui, il y a des choses dans ce livre qui relèvent de notre vérité familiale, mais il y a des choses qui sont parfaitement inventées parce que moi, ce qui m'importe, c'est de faire roman, c'est de faire fiction et surtout de raconter une histoire. C'est-à-dire que je me méfie toujours des récits trop intimes parce que c'est centré sur notre nombril et qu'au fond, c'est très excluant pour les gens qui lisent. Et moi, je crois que je fais dire aux narrateurs, il faut raconter comme on raconte une histoire. Je crois à ça profondément. parce qu'il faut embarquer les lecteurs avec soi et il faut qu'eux-mêmes trouvent dans les livres un écho à ce qu'ils sont une résonance à leur propre intimité un miroir à leur propre vie et donc il faut embrasser tout ça, il faut élargir le spectre et puis il y a l'Italie qui arrive là-dedans donc ça aidait aussi beaucoup mais en tout cas je crois à cette force du roman elle dépasse parfois le cadre un peu étriqué de la vérité intime ou du récit.

SPEAKER_03

Mais on dit souvent que plus c'est intime, plus c'est universel.

SPEAKER_00

Ce qui est vrai. Moi, je crois à ça. Évidemment, c'est-à-dire que quand vous écrivez des choses sur les sentiments, sur la sensualité, sur les élans, sur les chagrins, sur les peurs, sur les regrets, sur les remords, ce que je fais beaucoup depuis beaucoup de livres, évidemment, ça déborde du cadre et ça parle aux gens puisque chacun s'est posé la question de« Et si j'avais choisi une autre vie

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Et si au moment où s'est posé devant moi un choix fondamental j'avais fait ce choix là plutôt qu'un autre si j'avais choisi l'aventure plutôt que la tranquillité est-ce qu'il vaut mieux vivre avec des regrets ou avec des remords qui sont des questions qui sont au coeur de ce livre là toutes ces questions là on se les est posées nous même en individu et donc elles sont au coeur de mes livres depuis toujours donc c'est en ça que l'intime devient universel c'est parce que les questions du choix sacrificiel du choix existentiel de la vie qu'on décide de mener c'est des questions que tout le monde se pose pose, la question aussi du hasard, des rencontres, du fait que tout d'un coup, on est là, dans une situation, on pense que tout va se passer normalement, et puis il y a un petit caillou dans la chaussure, il y a un événement, il y a un incident qui se produit, et tout change. Et ça, je crois à ça profondément depuis toujours, et là aussi, ça parle aux gens, c'est-à-dire qu'on sait très bien que nos vies, elles sont ce qu'on décide, et puis elles sont ce qui nous arrive, ce qui est là, autour de nous, et qui va changer la trajectoire. Et donc, c'est ce qui arrive aussi dans ce livre-là.

SPEAKER_03

Et ce qui arrive à Paul est à la fois un bonheur mais aussi un malheur parce que ça frappe avec la même intensité tous les deux. C'est un roman nuancé qui rend bien compte justement de la complexité des sentiments. Est-ce que ça a été difficile de trouver cet équilibre-là entre les

SPEAKER_00

deux? Non, c'était pas très difficile parce que justement ce qui m'intéressait c'était de raconter ce point de bascule à tout point de vue. C'est un point de bascule évidemment dans la vie de Paul puisque plus rien ne sera pareil évidemment après cette rencontre et qu'il va effectivement faire un choix qui va faire exploser l'affaire Donc ça, c'est la dose de malheur, si je puis dire. Mais la dose de bonheur, en même temps, c'est que lui va enfin se rapprocher de sa vraie nature, comprendre qui il est véritablement et peut-être trouver son propre équilibre, enfin, et son propre bonheur à lui. Peut-être qu'il va devenir heureux après avoir joué le jeu des apparences et de la comédie et des conventions et des traditions pendant des années. Donc, il y a ça. Et puis, il y a aussi le fait que ça se passe au cœur des années 60. Et là aussi, il faut faire très attention parce que la nuance est importante. C'est-à-dire que quand on regarde rétrospectivement les années 60, on voit ça comme des années d'insouciance, d'émancipation. C'est les années où tout va bien. Il y a la croissance. Nous, en France, il y a les Yeye, il y a Johnny, il y a Sylvie, il y a Sheila, etc. Mais on oublie aussi que c'est des années qui sont marquées par la fin de la guerre et l'après-guerre, qui sont marquées par aussi le poids des conventions, le poids des traditions, le poids de la religion. Par exemple, nous autres Français, il faut savoir quand même que jusqu'en 1967, en France, une femme n'avait pas le droit de signer un chèque sans l'accord de son mari.

SPEAKER_03

C'est épouvantable. Ici, au

SPEAKER_00

Québec, c'est à peu près dans les mêmes années. Une femme qui divorçait, par exemple, au début des années 60, c'était la honte qui était jetée sur elle et le discrédit. Ça devenait une femme de mauvaise vie. Ces années 60, elles sont ambivalentes. Oui, évidemment, on va vers la libération. Il y aura dans les années 70, nous, en France, l'avortement. Mais on voit bien que ça tiraille. Il y a une espèce... Il y a une espèce de lutte qui se passe entre ce poids des conventions, ce poids des normes, ce poids du silence, cette peur de la honte, de la honte sociale et en même temps l'envie de s'en libérer, l'envie de passer à autre chose. Et c'est donc ce moment de bascule et donc de rééquilibrage que j'essaie de raconter dans le

SPEAKER_03

livre. Et aviez-vous l'ambition de faire œuvre de mémoire sur

SPEAKER_00

la condition homosexuelle des années 60 justement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Mais pas

SPEAKER_03

partout

SPEAKER_00

sur la planète encore. Non, ça c'est vrai. Vous avez raison de le rappeler. Il y a des endroits où c'est absolument impossible, où c'est même condamné à mort. On a vu, par exemple, le Sénégal récemment édicter des lois absolument épouvantables. On sait ce qui se passe en Tchétchénie, on sait ce qui se passe en Angola. Donc, évidemment, il y a des endroits sur la planète où c'est absolument impossible. On voit ce qui se passe en Russie, évidemment. On voit aussi, mais même aux États-Unis, le recul des droits LGBT. On a vu, évidemment, le recul sur l'avortement sur les femmes. Donc, on voit bien que toutes les conquêtes qui ont été faites même en Occident, elles sont en recul parfois, donc il faut faire très attention. Mais évidemment, sur l'homosexualité et sur l'homophobie, par rapport à il y a 50 ou 60 ans, des progrès ont été réalisés, il y a une visibilité. Mais qu'est-ce qui se passait dans les années 60

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

D'abord, c'était criminalisé, c'est-à-dire que ça tombait sous le coup de la loi. Vous finissiez en prison si vous étiez reconnu comme homosexuel et si on vous voyait avoir une relation homosexuelle avec un homme ou ou une femme avec une femme. Donc, c'était pas rien. Et il faut aussi se souvenir que jusqu'en 1990, jusqu'en 1990, l'homosexualité est classée par l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, parmi les maladies mentales. L'homosexualité est une maladie mentale pour l'Organisation Mondiale de la Santé jusqu'en 1990. Donc, vous imaginez de là d'où on vient. Donc, évidemment, cet homme-là, il est face à quelque chose qui est terrible. C'est qu'il sait qu'en en décidant de vivre sa propre nature, là où ses inclinations le portent, il prend un risque énorme, un risque social, un risque politique, un risque pour sa propre sécurité. Donc, il faut saluer le courage de ces hommes, mais il faut aussi comprendre leur silence, leur honte, leur déni pendant des années parce qu'ils vivaient dans la peur.

SPEAKER_03

Il essayait justement d'entrer dans le cadre, mais ses pulsions, ce

SPEAKER_00

n'était pas ça. Oui, mais en même temps, s'agissant de Paul, évidemment, ses pulsions, c'est tout à fait autre chose, mais Je pense en même temps que Paul, et en tout cas je l'ai voulu comme ça, et je crois qu'il devait être un peu comme ça, il se marie avec Gabi par amour. C'est-à-dire que je pense qu'au départ, il y a une vraie histoire d'amour, il y a une vraie envie d'être avec une femme et de fonder famille. Je crois que c'est vraiment quelqu'un, et donc il a un élan pour cette femme qui a de l'aplomb, de l'autorité. Gabi, sa femme, c'est quelqu'un qui en impose, c'est quelqu'un vers qui on va, parce que lui, c'est plutôt un sensible, et elle, elle tient les choses, elle tient les rênes.

SPEAKER_03

Et on voit vraiment la relation, surtout toi avec Suzanne, à quel point il y a une relation extraordinaire entre eux.

SPEAKER_00

Très privilégiée, oui. Ça

SPEAKER_03

doit être déchirant justement de la

SPEAKER_00

laisser. C'est terrible parce qu'évidemment, qu'est-ce qui se passait dans ces cas quand ces hommes faisaient le choix évidemment de vivre leur sexualité, c'est qu'ils devaient être coupés de leur famille. Et donc lui, Paul, il va perdre ses deux filles, sa femme et ses deux filles au même moment. Il ne les reverra jamais. C'est quand même une espèce de mort familiale terrible. On vous raye de l'album de famille et on invente une légende, comme vous le disiez, sur vous. On dit il est parti avec une jeune femme, etc. On ne dit même pas la vérité. C'est-à-dire qu'on vous tue deux fois. On vous tue deux fois. Et donc, il faut qu'il survive à ça. Et en même temps, quand il écrit à sa fille, il n'a pas de réponse. Donc, il se dit, on ne veut plus de moi. Donc, c'est terrible à vivre. Ces hommes-là ont vécu effectivement des moments vraiment délicats et douloureux.

SPEAKER_03

Si vous me permettez, Philippe, on s'arrête. Au retour, je compte continuer de parler d'une pension en Italie. Ici

SPEAKER_02

Sophie Lorrain, vous écoutez

SPEAKER_03

Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. J'ai toujours accompagné de mon auteur invité de la semaine, Philippe Besson, et tantôt vous en avez parlé, le roman se déroule en Toscane, en Italie. Pourquoi avoir fait justement le choix de ce lieu-là plutôt que, par exemple, la France? Et les lieux sont toujours des personnages en soi dans vos romans.

SPEAKER_00

Ah oui, et là, en l'occurrence, c'est vraiment un personnage de roman, la Toscane. Alors, je l'ai choisi pour une raison simple, c'est parce que j'adore la Toscane, j'adore cet endroit. J'avais 20 ans quand j'ai découvert l'Italie la première fois. Ça a été un éblouissement. Ça a été un émerveillement dont je ne me suis, je pense, pas remis. J'ai eu le sentiment d'être là-bas un peu comme chez moi. Alors, je ne parlais même pas la langue. Bon, il n'y avait rien qui me rattachait à ce moment-là, à ce pays-là. Et pour autant, j'ai été ébloui. Et donc, j'y suis retourné beaucoup. J'ai un pays que je connais vraiment bien, la Toscane en particulier. Et j'ai même écrit à plusieurs reprises. J'ai écrit Un garçon en Italie qui se passait en Toscane. J'ai écrit De là en voie la mer qui se passait aussi en Toscane. Et là, j'avais envie d'y revenir. Et en particulier dans ce petit village qui s'appelle San Donato Impoggio, qui est un petit village à équidistance de Florence et de Sienne. Et je voulais qu'on le voit, ce village, et qu'on voit les champs d'oliviers, qu'on voit les allées bordées de cyprès, qu'on voit le village perché en haut des collines, qu'on sente la pesanteur zénitale du soleil, qu'on sente la chaleur vibrante, l'été, comme ça. Qu'on voit aussi la pension avec ses murs blonds, qu'on voit les persiennes à demi-fermées, qu'on devine les chambres derrière les persiennes avec un carrelage frais sous les pieds. Je voulais qu'on voit aussi les lits et les cristes au-dessus des lits et les micelles rangées dans les commodes. Et puis cette femme qui s'appelle Sophia, qui tient la pension, qui est un personnage comme ça, exubérant, qui n'est pas du tout triste, visiblement, d'être veuve, qui est tout à fait contente d'avoir repris cette pension par

SPEAKER_03

elle-même. Et qui va avoir

SPEAKER_00

un rôle quand même important dans la vie de Paul. Absolument. Qui va le protéger quand il aura besoin de l'être protégé, oui. Et donc, je voulais que l'Italie, on la sente, qu'on la voit, que ce soit... Et puis, ça passe par la nourriture, par exemple, parce qu'il y a un personnage, évidemment, dans le livre, qui s'appelle Sandro, qui prépare les repas dans la pension. Et je voulais même qu'on ait des... qu'on sente la papardelle, des choses comme ça. Et donc, c'était pour moi très très important de raconter ça. Et qu'on entre dans cet univers. Et de ce point de vue-là, je trouve que la couverture qui a été réalisée par Mathieu Persan est formidable. Parce que j'avais dit à Mathieu Persan, il faudrait qu'on sente l'Italie et qu'on sente une chambre à la fois. Et je trouve que cette idée de montrer une chambre ouverte avec des persiennes sur un paysage toscan, c'était parfait. C'est une invitation à l'Italie, à une invitation au voyage. On a

SPEAKER_03

envie d'y

SPEAKER_00

aller. Mais c'est ce que je voulais, moi. Moi-même, quand j'écrivais le livre, j'avais ce besoin. Je sortais d'un livre l'année dernière qui était un livre assez sombre, assez dur. Les livres durs, quand vous les écrivez, vous n'êtes pas en grande forme à la fin. C'est un peu compliqué. Et moi-même, quand j'écrivais là, Une pensée en Italie, j'avais l'impression de revenir vers la lumière, de revenir vers le soleil. Et j'avais besoin de ça. C'est aussi pour ça que c'est un livre, je crois, assez lumineux.

SPEAKER_03

Mais est-ce que vous écrivez

UNKNOWN

?

SPEAKER_03

justement, beaucoup à

SPEAKER_00

l'extérieur

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors, j'écris... Avant de commencer à écrire, je retourne sur les lieux parce que j'ai besoin de me réimprégner, de les revoir, de les sentir à nouveau, etc. Quand j'écris, non, je ne veux pas être sur les lieux parce que là, j'ai besoin de faire travailler mon imagination, la sensorialité. Parce qu'un lieu, quand on le raconte dans un livre, il faut que ça passe par les sensations. Il ne faut pas forcément que ça passe par la topographie parce que la topographie, c'est... Comment dirais-je

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

ça fait tomber les choses enfin il y a un moment quand c'est trop exact il y a un moment c'est trop détaillé c'est pas possible il faut qu'on passe par les sentiments la sensorialité la sensualité comme je le disais et après une fois que j'ai écrit le livre je retourne sur les lieux pour être sûr que j'ai pas dit de bêtises quand même que je me suis pas trompé sur telle et telle disposition sur tel et tel lieu voilà je me corrige éventuellement si j'ai fait des bêtises mais en tout cas pendant le temps de la rédaction non je suis pas je suis que dans ma tête et dans mes

SPEAKER_03

souvenirs intéressant et votre écriture est souvent décrite comme épurée allant à l'essentiel Est-ce que c'est une manière de respecter le silence des

SPEAKER_00

personnages? Oui, et puis surtout de permettre que le lecteur lui-même y entre. C'est-à-dire que moi, je ne veux pas écrire en surplomb. Je ne crois pas que le lecteur, ce soit une noix qu'on gave. Il faut au contraire dire, on se regarde comme ça, face à face, et je vous raconte une histoire et vous entrez dans l'histoire. Et vous racontez l'histoire au moins autant que moi je la raconte. Et donc pour ça, je pense qu'une écriture sobre, simple... fluide, direct, souvent à la première personne du singulier, souvent au présent de l'indicatif. C'est quelque chose qui permet d'entrer dans l'histoire, d'y être, d'être avec les personnages et d'être dans le lieu. Et donc, je fais attention à ne pas trop charger la barque parce que je trouve que quand on charge la barque, on coule là-bas. Et puis, parce que ça éloigne les gens, tout d'un coup, on a l'impression que c'est trop. Et j'aime bien, moi, que le lecteur fasse une partie du chemin avec

SPEAKER_03

moi. Et diriez-vous que vous cherchez à

SPEAKER_00

faire ressentir plutôt

SPEAKER_03

qu'à faire

SPEAKER_00

comprendre? Oui. Oui, je dis toujours que je parle au cœur. Notre intelligence, elle est sollicitée en permanence. Elle est sollicitée par les journalistes, par les essayistes, par les sociologues, par les psychologues qui nous donnent une information. J'ai écrit sur le harcèlement scolaire, j'ai écrit sur les violences faites aux femmes et ces sujets-là sont documentés. Sur les violences faites aux femmes, on connaît le nombre des victimes, on connaît les modes opératoires des féminicides parce que les sociologues, les essayistes, les journalistes ont fait un travail formidable de documentation et ils nous ont donné cette information. Notre intelligence, elle a été sollicité, on nous a dit. Sauf que bizarrement, on nous a dit et nous n'avons pas retenu grand-chose. Et moi, je crois à une chose, c'est que si vous parlez au cœur, si vous percutez, si vous bouleversez, si vous jouez sur l'émotion, sur le sensible, alors, tout d'un coup, les gens ne peuvent pas échapper à ce que vous leur racontez. Et à ce moment-là, ça peut éveiller leur conscience. Donc moi, je vise le cœur pour éveiller les consciences.

SPEAKER_03

Et votre inspiration, vous la puisez quoi, justement, dans les quotidiens, dans les faits divers?

SPEAKER_00

Oui, parfois, oui. Pas toujours, parce que là, effectivement, Effectivement, en l'occurrence, sur les féminicides, c'est une histoire qu'un de mes lecteurs m'avait racontée. C'est un lecteur que j'avais rencontré dans une signature, dans une librairie. Et puis, il m'avait dit, est-ce que je peux vous attendre sur le trottoir parce que je voudrais vous dire quelque chose

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Parce que c'est parfois difficile de parler quand il y a des gens autour et qu'on a quelque chose de très intime à dire. J'avais dit, très bien, attendez-moi et puis on se verra. Donc, je l'avais revu à la fin de la signature. Il m'avait dit des choses effectivement très, très intimes, mais qui n'étaient pas liées au féminicide. Mais j'étais bouleversé par ce qu'il me disait parce que... Je sentais qu'il avait une situation personnelle difficile. Mais je n'avais pas complètement le temps. Donc, j'ai dit, on va se revoir parce que je trouvais qu'il fallait que je l'écoute beaucoup plus que je ne l'avais fait. Donc, on s'est revus une première fois, puis une deuxième fois. Puis là, quand je le revois la troisième fois, il me dit, il faut que je te dise, mon père a tué ma mère. Et je suis resté dans le silence et dans la sidération. Et d'ailleurs, je n'ai pas trouvé de choses à dire. Vous savez, quelqu'un vous dit, j'ai un cancer, vous trouvez une phrase même de de compassion, de gentillesse, de bienveillance. On trouve une phrase.« Mon père a tué ma mère. Si vous avez une phrase sous le coude, je suis preneur, j'en connais pas.» Et donc, j'ai attendu un peu, puis je suis revenu vers lui un peu plus tard. Je lui ai dit« Pourquoi tu ne me l'as pas dit avant

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

» Ce n'était pas un reproche. Mais j'ai essayé de comprendre comment ce truc si énorme, il avait pu le passer sous silence. Et il me dit« Parce que moi, justement, je suis réduit au silence et à l'invisibilité. Moi, je n'existe pas. Ce qui existe, c'est ma mère. Moi, je n'existe pas.» Mais je dis« Mais ta vie, elle est dévastée par ce qui s'est passé.» Il me dit« Oui, mais moi, je n'ai pas le droit d'en parler.» Mais je on n'est pas condamné à l'invisibilité au silence quand on est les enfants de ces situations-là. Et puis, il avait ajouté, mais moi, je ne saurais pas raconter l'histoire. Ce qui est un truc qu'il ne faut jamais dire à un écrivain parce qu'il va essayer de trouver les mots pour raconter l'histoire. Et donc, je me suis dit, je vais essayer de raconter son histoire. Et c'est comme ça que je me suis inspiré de ce qui lui était arrivé.

SPEAKER_03

Comment a réagi ce

SPEAKER_00

lecteur-là

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors, il a été mon premier lecteur, évidemment. Alors, même si le livre est inspiré de son histoire, mais elle est inspirée de beaucoup d'autres après. Et puis, je voulais sortir de son propre cadre. Comme toujours, on raconte comme on raconte une histoire. Mais je savais que je lui ferais lire avant même de le faire lire à mon éditeur parce que je voulais être sûr parce que je... Son intimité n'était pas reconnaissable. On ne pouvait pas le retrouver. Donc, il n'était pas mis en danger. Mais je voulais surtout être sûr d'avoir été juste. Je me suis dit, si je suis à côté de la plaque, lui seul pourra me le dire. Lui, il sait quelque chose que nous autres, nous ne savons pas. Donc, j'ai essayé d'écrire ce livre. Et s'il me dit, ça ne tient pas à ton truc, ce n'est pas comme ça que ça s'est passé, ce n'est pas ça qu'on ressent, j'aurais jeté le livre à la poubelle tout de suite. J'avais besoin qu'il me dise, c'est ça que j'ai ressenti. Et c'est ce qu'il m'a dit. Donc, c'était très émouvant parce que c'est un les moments les plus forts de ma vie d'écrivain. Vraiment, le moment où le jeune homme lit le livre et il revient vers moi et il dit c'est les mots qu'il fallait trouver pour ça. Donc ça, c'est une récompense formidable parce qu'on se dit peut-être qu'on sert un peu à quelque chose de temps en

SPEAKER_03

temps. Et le précédent, ça parlait de suicide aussi, d'intimidation à l'école. Est-ce que vous vous êtes basé

SPEAKER_00

justement sur une histoire en particulier? Je me suis basé sur ma propre histoire déjà parce que moi j'ai été harcelé quand j'étais collégien. Ça a duré 18 mois. C'était assez violent parce que ça commençait... Vous savez, la première fois que j'ai entendu salpédé, c'était dans une cour de collège, ça m'était destiné, j'ai senti que c'était pas gentil, vous voyez, je suis d'une intelligence moyenne, mais j'ai compris que les gens qui me disaient ça n'étaient pas gentils. Et puis, comme je n'ai pas répondu, comme je n'ai pas répliqué, comme je n'ai pas trouvé les mots pour désamorcer, ils se sont dit, on a trouvé quelqu'un qu'on va pouvoir continuer d'insulter, puisqu'il ne réagit pas. Et au fond, je me dis que je me suis mis à écrire des années après pour contrarier le silence de l'adolescent, pour que ce silence de l'adolescent, je lui fasse un sort, pour que je trouve les mots, enfin, que je n'avais pas trouvé à l'époque. Et donc, ça a duré un an et demi d'intimidation, de vexation, de mise à l'écart, de violences psychologiques, physiques. C'était assez violent. Et surtout, j'en ai gardé le souvenir d'une très grande humiliation. Et j'ai gardé aussi le souvenir que mon silence a provoqué de la honte chez moi. Parce que j'avais honte de m'être tué, de n'avoir pas réagi. Et donc, j'ai voulu écrire à partir de ça. Et c'est drôle parce que je ne me souviens pas des noms des gens qui étaient avec moi quand j'étais au collège. Je ne sais pas comment ils s'appelaient. Mais par contre, les noms de mes harceleurs, les visages de mes harceleurs, je ne les ai pas oubliés. Aujourd'hui encore, je me souviens de

SPEAKER_03

tout. Quand vous écriviez, vous pensez à eux? Oui. Complètement? Oui. Bravo. Merci. On est content que votre sort ne soit pas celui du personnage.

SPEAKER_00

Absolument. Il faut dire ça aussi. Beaucoup d'enfants sont conduits aux pires extrémités. Vous imaginez, moi, je vous parle d'un temps où il n'y avait pas un père Donc au moins, le harcèlement, ça s'arrêtait à 4h le soir, ça s'arrêtait le vendredi soir, ça s'arrêtait pendant les vacances. Aujourd'hui, avec les raids numériques, avec le harcèlement numérique, c'est 24h sur 24, 7 jours sur 7, c'est des choses que vous recevez sur votre téléphone, c'est des petites vidéos qu'on balance partout, c'est des fakes qu'on balance aussi et c'est atroce. Ils vivent un enfer aujourd'hui et ils ne peuvent pas échapper à cet enfer et parfois, pour échapper à l'enfer, certains décident de mettre fin à leur jour. Il faut avoir conscience que cette réalité, elle est existe, elle est là sous nos yeux, c'est nos enfants.

SPEAKER_03

Et aussi les parents qui sont un peu dépourvus

SPEAKER_00

là-dedans. Ils sont très impuissants parce que moi j'en ai raconté beaucoup pour écrire le livre et en fait ils me racontaient tous la même histoire. Ils me racontaient d'abord leur sidération et leur stupéfaction parce qu'ils ont découvert toujours trop tard. En fait le truc c'est qu'ils découvrent alors que leurs enfants sont déjà harcelés depuis 3, 4, 5, 6 mois. Mais comme les enfants se taisent, les enfants mentent, les enfants dissimulent parce qu'ils ne peuvent pas dire. Moi vous croyez qu'à 14 ans, quand je suis insulté dans la cour de récréation et qu'on me dit sale pédé, je vais aller dire à mon père, on me traite de sale pédé dans la cour. Évidemment que non. Évidemment que je me tais et quand on me demande si je vais bien, je dis je vais très bien. Parce que je ne peux pas parler. Je ne peux pas dire. Ils ne peuvent pas dire, ces enfants-là.

SPEAKER_03

Et quand on parle, des fois,

SPEAKER_00

c'est pire. C'est pire. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils ne parlent pas souvent aussi, parce qu'ils se disent les représailles vont être terribles, les faits boules de neige derrière. Sauf que quand les parents découvrent, ils tombent de l'armoire. Ils sont stupéfaits. Et puis ensuite, évidemment, ils sont en colère parce que parce que leurs enfants ont été martyrisés, blessés, mis de côté. Ils ont envie de rencontrer les harceleurs, mais c'est souvent une très mauvaise idée parce que ça ne se passe pas bien. Ils ont envie de rencontrer les parents des harceleurs et ça se passe aussi souvent très mal parce que ceux-là défendent leurs

SPEAKER_03

enfants.

SPEAKER_00

Et parfois aussi, ils ont affaire à l'administration des écoles, des collèges, des lycées qui ne sont pas toujours les plus efficaces, qui ferment beaucoup les yeux. Il y a eu beaucoup de pas de vagues, on regarde ailleurs, ce n'est pas notre problème. D'ailleurs, ça ne s'appelait pas du harcèlement pendant longtemps Pourtant, ça s'appelait des chamailleries de cours d'école. Et donc, c'est difficile. On se sent très impuissant, très démuni, très désemparé. Et donc, je les ai écoutés beaucoup et leur désarroi était assez fascinant. Et en même temps, il y avait... Je ne peux parler que pour ceux que j'ai vus. Moi, j'en ai quand même vu 25. Mais les mères et les pères avaient une différence dans ceux que j'ai vus. Les mères finissaient par être, non pas magnanimes, mais par se dire... ce sont des enfants face à des enfants. Et donc, elle ne pouvait pas être dans l'hostilité totale à l'égard des enfants bourreaux, parce qu'elle se disait c'est aussi des enfants. Et les pères que j'ai rencontrés, eux, ils ne pardonnaient pas. Ils ne pardonnaient rien. Leur colère était intacte. Ils avaient envie d'en découdre avec ces enfants-là, de ne rien leur pardonner, de ne rien leur céder. C'était assez terrible. Il y avait quelque chose d'étonnant, que je comprends. C'est tellement... C'est viscéral. Mais bien sûr, on vient de faire du mal à votre fils, à votre fille. Comment vous pouvez réagir autrement qu'en étant... C'est horrible, mais ils sont écorchés. Écorchés.

SPEAKER_03

– Bien, bravo d'avoir fait ce roman-là. Il est très dur, mais c'est un très bon roman et qui est très utile.– Merci.– Bravo. Si vous me permettez, on s'arrête et au retour, je veux qu'on parle de vos coups de cœur littéraires.

UNKNOWN

– D'accord.

SPEAKER_04

Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_03

On est maintenant rendu au segment du coup de cœur littéraire de mon auteur invité de la semaine, Philippe Besson. Qu'est-ce que vous avez envie de présenter aux auditeurs?

SPEAKER_00

Je voudrais vous parler d'un livre qui m'a beaucoup marqué, qui est un premier roman signé J.C. Raymond Lacroix. C'est chez Robert Laffont et ça s'appelle Les bateaux sur la terrasse. Et là, c'est aussi un livre justement sur le harcèlement. Alors, J.C. Raymond Lacroix, il est connu, nous au moins en France, on le connaît bien parce qu'il est à la radio très souvent sur France Inter et surtout, c'est un humoriste C'est quelqu'un qui fait du stand-up et qui a un succès considérable, qui remplit des salles. Et là, il publie son premier roman et il raconte la relation à sa mère, justement, en disant qu'il aurait aimé que sa mère voit ce qu'il était en train de lui arriver. Et c'est comme une espèce de règlement de compte avec elle, mais c'est en même temps aussi une façon de lui dire qu'il l'aime, qu'il lui a pardonné qu'elle ne voit pas et qu'aujourd'hui, évidemment, le lien qu'il a avec elle est le lien le plus important de tous. Et donc, c'est aussi une déclaration à la fois de guerre et d'amour à sa mère. Et c'est très très beau dans une langue qui est très réussie, parce que c'est à la fois très oral, parce que c'est quelqu'un qui s'exprime sur scène. Donc il y a une oralité de l'écriture qui est assez intéressante. Et en même temps, c'est toujours beau quand quelqu'un est connu comme un humoriste, un comique, quand il va sur un autre terrain, qui est le terrain évidemment du sensible. Et donc moi, j'ai été très ému par ce texte-là. Et quand je me dis que c'est un premier texte, moi je suis très sensible au premier roman. Parce que je trouve que c'est là qu'on peut voir la naissance des écrivains. Il y a des premiers textes où tout d'un coup on se dit celui-là ça peut durer un peu, ça peut durer longtemps même. Il y a des moments où on découvre des textes comme ça où on se dit ça pourrait raconter un destin d'écrivain. Et là je crois qu'il y a quelque chose comme ça. Je pense qu'un écrivain est né avec ce jeune

SPEAKER_03

homme. Comment vous l'avez découvert ce premier

SPEAKER_00

roman-là? Alors je savais qui il était parce que je connaissais ses spectacles et puis on m'a dit ça, on me dit il y a ce livre qui est sorti, ça devrait vous intéresser. Et ça parle du harcèlement donc je m'imagine que c'est aussi pour ça qu'on m'a m'a conseillé de le lire donc j'y suis allé mais je vais vous dire j'y suis allé un peu non pas un reculant mais en me disant justement le mélange des genres quelqu'un qui fait autre chose je me suis dit ah là là pourquoi il écrit un livre il aurait mieux fait de continuer à faire des one man show et tout ça bon et puis j'ai été cueilli j'ai été saisi je suis rentré dans le livre tout de suite ça m'a vraiment beaucoup beaucoup ému et voilà j'aime bien être surpris en fait j'aime bien être surpris en bien comme on dit mais ça a été une vraie révélation c'est Et

SPEAKER_03

est-ce que la lecture occupe une grande place dans votre

SPEAKER_00

quotidien? Oui, je lis beaucoup. Moi, j'essaie de lire beaucoup mes contemporains. J'ai adoré, par exemple, Laurent Mauvignier, La maison vide, laquelle il concourt l'année dernière, puisque je lis Laurent Mauvignier depuis 20 ans, donc je crois que j'ai tout lu de lui. Je trouve que c'est l'un des plus grands écrivains français, donc j'étais tellement heureux qu'il ait le concours. Et ce livre, La maison vide, est pour moi un chef-d'oeuvre absolu. C'est sans doute un des livres qui m'a le plus marqué sur les dix dernières années. Voilà, mais j'ai aussi lu le livre d'Adélaïde Clermont-Tonnerre, qui est habite Milady, le personnage d'Étienne Bousqueter. Je lis les livres de Philippe Claudel, je lis les livres de Marie-Hélène Laffont, de Laurent Godet, de Véronique Ovaldé. C'est mes contemporains et c'est des gens, on a presque tous commencé au même moment. Delphine de Vigan, c'est aussi, on a commencé tous au début des années 2000 et donc on se suit, on se lit de temps en temps. Alors moi je lis pas tout et puis eux ne lisent pas tous mes livres non plus. Mais c'est vrai qu'on se donne des rendez-vous comme ça de temps en temps et c'est agréable de retrouver une plume qu'on connaît, qu'on aime. Et puis, quand on connaît la personne, on entend un peu plus sa voix. Quelque chose de... Comme si ça nous parlait à l'oreille. Voilà, on entend un peu plus les choses. Donc, je trouve qu'on a, en tout cas, une littérature extrêmement foisonnante et riche. Donc, ça me plaît beaucoup.

SPEAKER_03

Ah, bien, bravo. Merci pour la belle suggestion. Et si vous voulez, on va retourner à votre livre, La pension en Italie. Et je vais vous demander, à quel moment avez-vous senti que cette histoire-là devait devenir un roman plutôt qu'une enquête intime?

SPEAKER_00

Parce que, justement, je me disais, ça a Ça déborde de son propre cadre, ça raconte l'histoire de tous ces hommes. Ce n'est pas seulement le destin de Paul, c'est le destin de beaucoup d'hommes et de beaucoup de familles. La question aussi des secrets de famille, c'est une question qui...

SPEAKER_03

Et ça revient beaucoup dans

SPEAKER_00

vos romans. Oui, beaucoup. Mais pour des raisons que vous pouvez imaginer. Parce que je pense que beaucoup de familles ont un secret. Certains de ces secrets sont parfois absolument terribles. C'est des secrets affreux que des enfants déclarent de nombreuses années après parce qu'ils ont été violentés ou plus. Parfois, c'est des secrets qui sont certes terribles, mais plus heureux. Le secret de Paul, finalement, c'est un secret heureux d'une certaine manière. C'est quelqu'un qui a refait sa vie et qui aura été heureux dans une autre vie. Et tant mieux, finalement. Mais ça a quand même fait exploser la famille initiale, la famille originelle. Et les

SPEAKER_03

enfants qui ne comprennent pas trop ce qui s'est

SPEAKER_00

passé. Et les enfants qui n'ont pas compris ce qui s'était passé, bien sûr. Donc, évidemment, il y a des dégâts et des dommages collatéraux. Et donc, moi, ça m'intéresse d'essayer de comprendre comment on est fabriqué par des choses qui ont été décidées par d'autres que nous. C'est C'est-à-dire comment on est les héritiers d'une histoire ancienne. Comment on porte une hérédité et comment effectivement notre propre sort, notre propre destin a été décidé par d'autres il y a longtemps. Et c'est ça aussi que racontent les Secrets de famille. Et puis parce que j'aime bien qu'on allait, comme je le disais, à la quête des origines. Essayer de comprendre d'où l'on vient. C'est intéressant de savoir à quelle ascendance on appartient. Donc voilà, c'était ça aussi la volonté de ce

SPEAKER_03

livre. Et pensez-vous qu'il y a une forme de violence dans le silence, même ce qui leur ce qu'il est censé

SPEAKER_00

protéger

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors non, il n'y a pas forcément une violence dans tous les silences. Au contraire, je pense qu'il y a des silences justement qui sont nécessaires parce qu'ils sont protecteurs. Il vaut mieux taire certaines choses pour ne pas créer des dégâts considérables. Il y a des silences réparateurs aussi. Mais je pense quand même que la majorité des silences sont des silences destructeurs. Ce sont des silences qui cachent des choses terribles. Et ces choses terribles, il faut à un moment les poser sur la table. Parce qu'on ne construit pas sa vie en mettant la poussière sous le tapis. On ne construit pas sa vie en oubliant les traumatismes du passé. On construit sa vie en posant les choses, en regardant en face la situation et en disant, voilà, il s'est passé ça un jour et il faut que les comptes soient soldés à un moment. Donc c'est aussi ça. Il faut solder les comptes de son passé autant que

SPEAKER_03

possible. Et le narrateur cherche à comprendre d'où il vient. Peut-on vraiment se construire sans connaît toute

SPEAKER_00

son histoire passée

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Alors, on peut très bien se construire si on ne sait pas. Vous savez, je dis toujours, il ne faudrait pas faire des tests ADN à ses parents, ou en tout cas à son père, parce que je pense que si on fait faire un test ADN et si on compare l'ADN à celui de notre père, parfois on peut avoir beaucoup de surprises. On sait que beaucoup d'enfants ne sont pas les enfants de leur père. Est-ce qu'on a envie de le savoir

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Je ne sais pas. Est-ce qu'on a été élevé par quelqu'un

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que finalement, à 25 ou 30 ans, on se dit, mais finalement, la personne qui m'a élevé n'est pas mon père

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce qu'on a envie de l'apprendre ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce qu'on a envie de le savoir ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que ça nous dévaste si on l'apprend

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que ça change quelque chose à nos vies ou pas

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, souvent. Donc, il faut toujours être prudent. C'est une matière inflammable, on va dire.

SPEAKER_03

Et vous décrivez, Paul, dans le roman, comme un homme pris dans son époque. Est-ce que vous le voyez comme une victime, un héros ou simplement un homme

SPEAKER_00

ordinaire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Moi, je ne le vois pas comme un homme ordinaire parce que je trouve qu'il fait quelque chose d'extraordinaire. En tout cas, c'est un homme ordinaire qui fait quelque chose d'extraordinaire. C'est-à-dire que c'est un homme qui banal, il est professeur d'italien, il a une vie normale, il est marié, il a deux filles, il part en vacances en Toscane dans sa 404 et il a pour seule ambition de visiter des musées, des églises et la campagne avoisinante de la Toscane. Donc c'est un homme qui a 44 ans, il est entré dans la vie, voilà, tout va bien. Et puis tout d'un coup, effectivement, il lui arrive quelque chose qui va l'obliger à d'abord à se souvenir des choix sacrificiels qu'il a fait dans le passé, c'est-à-dire tous les sacrifices qu'il a consentis sur sa propre propre nature et toutes les mutilations qu'il s'est infligées depuis des années. Donc, il est renvoyé à ça. Et puis, cette idée de se dire, est-ce que je choisis la liberté

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que je choisis l'émancipation

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Est-ce que je choisis l'affranchissement

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Vous savez, c'est la fameuse scène sur la route de Madison que j'évoque dans le livre. C'est-à-dire qu'on se souvient de la scène de la fin du film quand Meryl Streep est dans la voiture qu'elle attend son mari qui est parti faire une course et qui doit revenir. Et puis, il y a son amant qui arrive, qui est joué par Clint Eastwood, qui arrive sous la pluie battante et qui l'implore de le suivre. Et elle elle a la main sur la poignée de la portière et elle a un choix à ce moment-là. Et le choix, c'est de dire soit je baisse la poignée, je vais avec mon amant et je choisis une nouvelle vie, je choisis l'aventure, je choisis la fièvre, je choisis la ferveur, je choisis l'émancipation ou au contraire, je laisse la main sur la poignée, j'attends que mon mari revienne et je choisis la sécurité, la sérénité, d'être fidèle à l'engagement que j'ai pris 20 ans plus tôt et au père de mes enfants. Et ces deux choix... Déchirants. Déchirants et qui sont... respectables l'un et l'autre. Il n'y en a pas un qui serait le bon choix et un autre qui serait le mauvais choix. Les deux se comprennent. Moi, je sais ce que j'aurais fait comme choix, mais je peux comprendre qu'on fasse l'autre. Et donc, cette question-là, lui, il la règle, Paul. Il fait effectivement un choix. Lui, il va baisser la poignée de la portière et il va aller vers l'aventure. Mais c'est vrai que du coup, je le vois comme, de ce point de vue-là, un héros. Parce qu'il y a si peu d'hommes qui l'ont fait à ce moment-là. Il y a si peu d'hommes qui l'ont fait. Donc, lui, qu'il ait le courage de le faire, oui, ça m'impressionne. Je suis toujours impressionné par les êtres qui gagnent leur liberté et c'est ce que dit Suzanne, la mère du narrateur dans le livre, elle dit j'ai toujours été admiratif des êtres qui ont le courage d'être eux-mêmes. C'est une phrase que ma vraie mère a vraiment prononcée dans la vraie vie, oui. Oui, cette idée-là, je trouve que, oui, elle dit ça, elle dit c'est toujours, j'ai toujours été admiratif des gens qui ont le courage d'être eux-mêmes. Cette phrase m'est restée. Elle va

SPEAKER_03

me rester mon

SPEAKER_00

aussi.

SPEAKER_03

– Bon, ben voilà.– Merci beaucoup, Philippe. On s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.

SPEAKER_00

– Très bien.

SPEAKER_02

Ici Mélissa Morlone-Dupuis, vous écoutez« Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield. C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en

SPEAKER_03

compagnie de Marie Lavoie. Bonjour, comment tu

SPEAKER_05

vas? Je vais

SPEAKER_03

très bien, et toi, Amélie? Très, très bien. Et on commence ce mois-ci avec Vincent Guigues et Isabelle Bonamo avec le livre« J'ai trop envie» publié chez Les 400

SPEAKER_05

coups. Alors, il s'agit d'un album en carton pour les petits, l'éditeur dit à partir de 6 mois. Quand Flonflon, l'éléphanto, déclare qu'il a envie, il se met à la recherche d'un endroit où il pourrait être seul puis se laisser aller à son en vie. Mais il y a toujours quelqu'un, un singe, un lézard, un crocodile. La finale est surprenante et a fait rigoler même les adultes. Alors, c'est une belle

SPEAKER_03

lecture pour les petits. On rappelle le livre« J'ai trop envie» de Vincent Guigues et Isabelle Bonamont, publié chez Les 400 coups. On y va maintenant avec« Une girafe, sa souris, oui» de André Poulin et Geneviève Després aux illustrations. C'est également publié chez Les 400 coups.

SPEAKER_05

Ah, Amélie, ce magnifique album a été inspiré par un événement réel qui est arrivé au Kenya en 2020 Suite à des grandes pluies en Afrique, un girafon et sa maman se sont retrouvés coincés par les eaux. Une opération de sauvetage a donc été lancée pour transporter les girafes dans une réserve naturelle, assurant ainsi leur survie. Cette histoire-là est racontée en court poème, sans être à coup classique, mais ça s'en approche. Puis les illustrations sont pleines de tendresse, puis ils font qu'on s'attache à la petite girafe, au girafon. C'est vraiment un très bel album, à partir de 5 ans.

SPEAKER_03

On rappelle le titre« Une girafe, sa souris, oui» de André Poulin-Geneviève. des prix publiés chez les 400 coups. On y va maintenant avec À l'envers de Orbi, également publié aux 400 coups.

SPEAKER_05

Bon, Alphonse, il vit entouré de beaucoup d'objets, puis l'ordre, c'est pas du tout sa priorité. Un jour, il court pour répondre au téléphone, il trébuche, puis il s'enfonce un verre sur la tête. Verre qu'il est incapable de retirer par lui-même. Il court donc chez sa voisine pour de l'aide. Très vite, le problème d'Alphonse devient le problème du village, puis chacun tente de l'aider à sortir la tête du verre. Non, Oui, c'est ça. Avec des instruments qu'il possède. Donc, une pompe à vélo, un souffleur à feuilles, un siphon, une grue, un poisson, plein d'autres trucs. Alors, cet album-là, qui est aussi un album bande dessinée, c'est très drôle. Le rythme est enlevant. C'est rempli d'idées ingénieuses. Puis, on y voit la solidarité des gens du village. Les illustrations sont vives. Elles sont pleines de mouvements. C'est un plaisir de lecture qui est garanti, on dit, à partir de 5 ans.

SPEAKER_03

On rappelle le titre à l'envers de Orbi, publié chez Les 400 coups. On poursuit avec La vie rangée de T. Alors, Théodore

SPEAKER_05

est un garçon qui aime que tout soit en ordre. Il aime classer les éléments de ses collections, des insectes, des roches, des chocolats, des figurines. Il est attaché à ses habitudes, à sa place dans la classe, à ses quatre amis. Et voilà que sa vie familiale a changé et qu'il éprouve des difficultés à s'adapter à sa nouvelle vie dans sa famille recomposée. Moi, j'ai été vraiment charmé par cet album-là qui est comme un roman grand. qui racontent de manière délicate puis touchante les bouleversements intérieurs que vit Théodore. Les illustrations simples et colorées nous transmettent parfaitement toutes les émotions. On dit à partir de 8 ans.

SPEAKER_03

On rappelle le titre La vie rangée de Théodore de Guillaume Courbain et Cécile Gariepi. C'est publié à la Pastèque. On poursuit maintenant avec le volet adulte avec Fantasmer, ma réinvention, parcours d'un corps imparfait de Tania Derry-Aubin, publié chez Québec Amérique.

SPEAKER_05

Alors, d'emblée, l'autrice nous dit qu'elle vit dans un corps gros, noir et anxieux. Dans cet essai personnel, elle nous raconte son parcours à la recherche de l'acceptation apaisée de son corps. On explore les multiples oppressions que vivent les personnes grosses et les humiliations fréquentes dues à un espace mal conçu pour elles, l'avion, les glissades d'eau, les chaises, etc. On comprend l'obsession constante du corps puis la honte que crée le fait de vivre dans une société qui est grossophobe où les injonctions actuelles par rapport au corps sont inatteignables. L'autrice qui est militante anti-grossophobe nous expose honnêtement ses contradictions entre, d'une part, la lutte contre la grossophobie et, d'autre part, son désir d'être bien et d'être main. Le désir de contrôler son corps l'amène à la pratique d'activités physiques intenses dans le but de perdre du poids, mais en oubliant le plaisir du mouvement, le plaisir de bouger. On voit aussi l'impact toxique de la culture des diètes où la restriction alimentaire crée forcément un craquage en clenchant un cycle nocif pour le corps puis l'estime de soi. Puis l'autrice se tourne, chemine vers une période plus douce où elle tente de se reconnecter à son corps, à ses sensations, à ses besoins. Elle dit« Je ne comprends pas encore que je n'ai pas besoin d'aimer mon corps pour accepter son existence, le respecter, lui faire confiance, être reconnaissante de sa protection. C'est un essai qui m'a fait une forte impression. J'en ai beaucoup parlé autour de moi, puis je te dirais que ça continue, Amélie, à m'habiter. Puis je continue à réfléchir sur ce sujet-là. Comme le dit bien la quatrième de couverture, c'est une invitation à explorer les côtés contradictoires de nos relations à nos corps de façon à radicalement connecter avec soi.

SPEAKER_03

J'ai l'impression que c'est un livre qui est essentiel. Absolument. On rappelle le titre fantastique« Assumer ma réinvention, parcours d'un corps imparfait» de Tania Derry-Aubin, publié chez Québec Amérique. On poursuit avec« Les aiguilleuses du ciel» de Corinne Larochelle, publié chez Chevaldou.

SPEAKER_05

Alors, l'autrice, je dirais, Amélie, que c'est de la poésie. Alors, l'autrice a fait une crise d'anxiété lors d'un vol en avion. Elle cherche à en comprendre la cause en fouillant dans son passé, dans son histoire familiale. Puis, pour l'aider à passer outre sa panique, elle part sur la trace de trois femmes aviatrices. Sophie Blanchet, qui qui a été la première, une pionnière de l'aéronef. Bessie Coleman, qui a été la première femme noire américaine et personne autochtone à détenir une licence de pilote. Et Amelia Earthart, je ne sais pas si je le dis comme il faut, qui est la première femme à traverser l'Atlantique en avion. Alors, ce sont ces femmes-là qu'elle convoquera lorsqu'elle va reprendre l'avion pour l'aider à faire grandir son courage, à dépasser sa peur, puis à reprendre sa liberté. C'est de la poésie, puis ça raconte, c'est pas un récit, mais ça raconte son parcours en petites touches délicates. C'est très, très beau.

SPEAKER_03

On rappelle le titre Les aiguilleuses du ciel de Corinne Larochelle, publié chez Chevaldou. On poursuit avec Sans âme ni conscience de Michael Connelly, publié chez Calment Lévis Noir.

SPEAKER_05

Bon, bien là, voici un roman dont les thèmes sont très actuels. Ça parle d'intelligence artificielle, d'éthique, de responsabilité des grosses compagnies, d'incel et de féminicide. Donc, dans ce roman, on retrouve un des personnages fétiches de Michael Connelly, l'avocat Mickey à Allaire, qui vient de délaisser le droit criminel pour le droit civil. Mickey Allaire est entouré de son équipe habituelle, soit Cisco, son enquêteur, sa première ex-femme, Maggie, qui est aussi district à tourner, et Lorna, sa deuxième ex-femme, qui dirige son bureau. Et dans l'enquête présente, se joindra l'équipe Jack McEvoy, qui est aussi connu des amateurs, des fans de Michael Connelly. Alors, c'est lui, Jack McEvoy, il est journaliste d'enquête, il est spécialisé en sciences et technologies. Alors, les faits maintenant. Un adolescent qui entretenait une relation avec un assistant personnel de de type robot conversationnel, a tué sa petite amie. C'est la mère de la fille assassinée qui poursuit la compagnie qui a créé le robot parce qu'elle croit que le robot a encouragé l'adolescent à commettre le meurtre. C'est ce que tentera de prouver Mickey Allaire. On retrouve dans ce roman-là tout ce qui a fait le succès du prolifique Michael Connelly, un personnage attachant, brillant, un peu baveux, une narration rythmée, une intrigue efficace. Puis moi, j'ai beaucoup appris sur l'intelligence artificielle puis j'ai vérifié des choses qu'il y avait dans le voir si c'était vrai. Et tout à fait, c'est bien documenté. Alors, ça a été un plaisir de lecture.

SPEAKER_03

On rappelle le titre« Sans âme ni conscience» de Michael Connelly, publié chez Calment-Lévis Noir. On y va maintenant avec une autrice que j'aime bien, Elisabeth Gilbert avec« Jusqu'à la rivière, l'amour, le deuil et la libération», également publié chez Calment-Lévis.

SPEAKER_05

Alors, on retrouve ici la voix de l'autrice de Manche-Préhème qui nous partage son expérience personnelle avec beaucoup d'honnêteté. On a toujours l'impression qu'Elisabeth Gilbert nous parle, OK? Alors, Lise nous raconte sa rencontre avec Rayas dans un salon de coiffure à New York. Ce sera le début d'une très grande amitié. Rayas est une personnalité charismatique, directe, entière, ex-toxicomane. Puis, on apprend le cancer grave de Rayas à qui il reste peu de temps à vivre. Lise, à ce moment-là, se rend compte que son amitié est plutôt une grande histoire d'amour. Elle quitte son mari, puis elle et Rayas décident de vivre ces derniers temps ensemble jusqu'à la rivière, disent-elles. Au départ, elles fusionnent. C'est une période intense et très heureuse. Puis, Rayas retombe dans la drogue. Leur relation devient alors très toxique. À travers cette histoire, Elisabeth Gilbert nous confie surtout sa grande dépendance affective et sexuelle. Elle nous explique ce que cette dépendance-là fait et ce que ça la pousse à faire pour être aimée. Puis, après, elle nous expose le chemin qu'elle a pris pour entamer sa guérison et devenir plus libre, démontrant une quête spirituelle qui est bien

SPEAKER_03

personnelle. On rappelle le titre« Jusqu'à la rivière, la Amour, le deuil, la libération de Elisabeth Gilbert, publié chez Calment Lévis. Et on termine avec Le chant des icebergs de Thomas Sabourin, publié chez E2. Édition au carré.

SPEAKER_05

Oui, l'auteur est urgentologue au Québec, puis professeur en même temps en médecine, et c'est son deuxième roman. Alors, Claire vit entourée de ses proches, Charles, son amoureux, sa fille, sa mère, sa tante et son frère Marco, dont la soeur jumelle est morte à l'âge de 15 ans. C'est un clan bien serré. Malgré une vie qui se déroule paisiblement entre ses proches et sa vie d'enseignante, Claire fait un cauchemar qui est récurrent, où elle se voit dans un lac où des phares lumineux l'attirent avant de se transformer en iceberg étouffant. Au moment où sa mère est hospitalisée, celle-ci demande à Claire de retrouver son père biologique. Claire sait très peu de choses sur sa naissance. Alors, c'est avec un nom et le nom d'une ville qu'elle part pour les États-Unis pour connaître enfin l'histoire de sa naissance, puis ainsi découvrir la partie manquante de son identité et les secrets qui avaient été gardés enfouis par sa famille. Peut-être qu'elle y trouvera une clé pour comprendre ses cauchemars. Alors, dans ce roman, ce qui m'a particulièrement intéressée, c'est les relations entre les gens qui vivent plein de trucs... mais toujours l'amour qu'ils ont les uns pour les autres est plus fort. Alors, l'auteur nous mentionne que ce roman-là, c'est une fiction, mais qui a été inspirée par des vraies personnes qu'il a rencontrées et qui avaient vécu des choses qui ressemblaient à ce qui s'y déroule.

SPEAKER_03

On rappelle le titre? Le chant des icebergs de Thomas Sissabourin, publié aux éditions Carré. Merci beaucoup, Marie, pour les belles suggestions. Ça me fait plaisir, Amélie. À la prochaine!

SPEAKER_01

Vous écoutez« Samedi de lire» avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_03

On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon auteur invité de la semaine, Philippe Besson, et vous écrivez un roman par année. Est-ce que c'est une discipline, un besoin ou une contrainte que vous-même vous vous imposez?

SPEAKER_00

Alors, contrainte, sûrement pas. Je ne suis pas le genre à m'imposer la moindre contrainte. Tant mieux. Voilà, j'ai gagné ma liberté, donc je m'y accroche à cette liberté-là. Non, j'écris des livres parce que j'ai envie d'en écrire, parce que j'ai le désir de le faire. J'y trouve un grand plaisir, y compris quand j'écris des histoires sombres et terribles, parce que je trouve que, voilà, on invente un monde, on crée des personnages, on investit des psychés, on propose une histoire à des lecteurs, voilà, et donc on est un peu dieux pendant quelques semaines ou quelques mois, ce qui n'est pas si mal, finalement, comme job. Et donc, non, non, je... Et puis c'est mon rythme d'écriture, j'écris des livres plutôt courts, et je les écris en plus, comment dirais-je, portés par la nécessité de la fluidité. On évoquait tout à l'heure l'écriture fluide, pour moi c'est comme une eau qui coule ou comme un fleuve, il faut que ça jaillisse, il faut que ça aille. Si vous écrivez un livre dans la difficulté, en vous y reprenant, en vous disant non, c'est pas ce que je devais écrire, peut-être que j'aurais dû faire ça, ça c'est pas possible, c'est que c'est pas le livre qu'il fallait écrire. On a eu tort de le commencer, il vaut mieux le jeter à la poubelle. En revanche, quand ça jaillit, quand c'est là, quand c'est fécond, quand c'est fertile, c'est merveilleux. Donc moi j'y trouve ce plaisir-là et je trouve que mon rythme d'écriture, oui, c'est d'écrire un livre par an, mais si demain ça devient un tous les deux ans, ça sera un tous les deux ans, mais peut-être qu'il y aura aussi deux livres par an, parfois. Donc, on verra. Je n'obéis qu'à ma seule envie, le moteur, c'est ça, c'est retourner chaque matin à la table d'écriture et se dire qui je suis aujourd'hui, quelle voie je dois trouver, quel rythme je vais imposer, et quel péripétie je vais vivre dans les personnages. Ça, c'est assez drôle, quand même. Donc, c'est assez jubilatoire, vraiment.

SPEAKER_03

À quoi ressemble votre routine d'écriture? Est-ce que vous écrivez

SPEAKER_00

tous les jours? Alors, J'ai appris justement une chose depuis 25 ans, c'est que quand l'écriture est là, quand ça jaillit justement, quand ça surgit, quand ça sourd, à ce moment-là, il faut écrire parfois même jusqu'à l'épuisement. Il ne faut pas s'arrêter. Quand on entend la musique, quand on entend le rythme, il faut être dedans, il faut continuer. Donc moi, j'annule mes obligations sociales, je n'apparais pas au déjeuner, au dîner, je continue à écrire, à

SPEAKER_03

écrire. Êtes-vous capable

SPEAKER_00

d'écrire sur la route

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, absolument. Je peux écrire dans un train, je peux écrire dans un avion, je peux écrire dans un café, parce que j'arrive très bien à faire abstraction du monde autour. Ce n'est pas une difficulté pour moi. En revanche, ce que j'ai appris, c'est que quand ça ne vient pas, ça ne sert à rien de forcer. Quand vous êtes devant le clavier et que vous dites« Qu'est-ce qui leur arrive aujourd'hui

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Ce n'en est pas la moindre idée. Quelle est la phrase que je vais écrire après la phrase que je viens péniblement d'écrire

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

» Là, j'ai compris qu'il fallait poser le stylo ou se sortir du clavier et puis justement aller voir ses amis, reprendre des déjeuners, reprendre des dîners, retourner dans la vie normale et ça ira très bien. Parce que si vous forcez, quand vous relisez le lendemain ce que vous avez écrit la veille, c'est toujours mauvais ou très mauvais. Donc, ça ne sert à rien. Donc, ma seule discipline, si je puis dire, c'est ça. C'est de respecter cette... ça. C'est-à-dire, quand ça vient, je tiens et quand ça ne vient pas, je m'en

SPEAKER_03

vais. Avez-vous commencé à écrire le prochain

SPEAKER_00

livre? Il est fini.

SPEAKER_03

Ah oui?

SPEAKER_00

Voilà. Mais je ne vous en dirai rien. Ah, OK. Mais je voyais dans votre regard et non, j'ai dit non, non, non, non.

SPEAKER_03

Mais est-ce qu'on sait à peu près quand ça va sortir?

SPEAKER_00

Bientôt.

SPEAKER_03

Ah, bientôt, OK. C'est cette année qu'on va en avoir deux dans

SPEAKER_00

la même année. Possible, possible. On ne peut rien exclure.

SPEAKER_03

Et qu'est-ce que ça en vient pour vous dans les prochains

SPEAKER_00

mois

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Là, je vais continuer d'aller à la rencontre des lecteurs parce que ça, c'est une chose qui est importante. C'est-à-dire qu'il faut avoir en tête qu'on écrit quand même dans la solitude, dans le silence. Même quand on écrit dans un café avec des gens autour de soi, on a fait la solitude, on a fait le silence. Surtout majoritairement, la plupart du temps, j'écris dans mon bureau, chez moi, dans ma maison. Donc là où je suis vraiment seul et vraiment dans le silence. Et donc, aller à la rencontre des lecteurs, c'est justement l'occasion parfaite fait rêver de sortir de la solitude, de sortir du silence, d'aller à la rencontre des gens et de comprendre aussi ce qui a pu les intéresser, les toucher, les émouvoir, les agacer, les importuner, tout ce que vous voulez dans un livre. Parce qu'ils sont sans filtre, les lecteurs, ils viennent vous dire« Oh, ben alors celui-là, franchement, alors cette année, vous l'avez raté, votre livre, il n'est pas terrible.» Oui, il y en a qui vous disent ça, oui, parce qu'ils ont un rapport très, très franc et très honnête, très sincère. Moi, ça me va très bien. Puis, il y a certains autres moments, ils disent« Alors là, cette année, celui-là, qu'est-ce que c'est bien

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

» Alors, c'est plutôt le cas avec« Une peau sur l'Italie», j'ai un sentiment que là, tout le monde aime beaucoup ce livre, donc tant mieux. Mais donc, ça fait du bien aussi. Et puis, très vite, on débouche sur un dialogue intime. C'est-à-dire qu'en fait, les gens vous disent, moi, évidemment, mon père, c'est la même histoire que votre grand-père, etc. Et donc, vous enchaînez sur une discussion très intime. Donc, c'est très touchant et c'est très beau.

SPEAKER_03

Et la lecture, c'est très intime

SPEAKER_00

aussi. Absolument, bien sûr. Et donc, du coup, je vais continuer d'aller à la rencontre des lecteurs dans des librairies, dans des salons pendant les mois qui viennent. Et puis après, je prendrai des vacances bien méritées. Enfin, je ne sais pas si elles sont bien méritées, mais moi, j'estime qu'elles le sont. Parce qu'on a aussi besoin, à un moment, de couper. On a aussi besoin de... Recharger les batteries

UNKNOWN

?

SPEAKER_00

Oui, de recharger les batteries et de sortir de cette folie de l'écriture. Parce que c'est quand même une folie. C'est une folie magnifique, c'est une folie... Mais c'est de la folie, quand même. Et donc, il faut essayer de s'extraire de ça, de revenir, oui, dans une vie normale ou avec les gens, avec les vrais gens. Parce que on ne peut pas être qu'avec des personnages de fiction tout le temps et qu'avec des histoires qu'on invente dans sa tête parce que c'est quand même pas un métier normal c'est quand même bizarre de se dire je vais inventer l'histoire d'un féminicide je sais pas quoi, c'est quand même curieux et donc l'idée c'est ça il faut revenir dans la vie dans la vie comme elle était avant donc c'est bien aussi

SPEAKER_03

ça Merci beaucoup Philippe Besson d'être à l'émission et on attend le prochain roman

SPEAKER_00

Voilà,

SPEAKER_03

bientôt Merci à vous à la maison, passez une excellente semaine je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.