Samedi de lire
Chaque semaine, Amélie Boivin Handfield reçoit un auteur.
Entrevue, coup de coeur, chronique littéraire et beaucoup de plaisir.
Samedi de lire
Samedi de lire avec Pierre Lemaitre - 2026
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Chronique littéraire avec Diane Côté
Musique Musique
SPEAKER_05Pour la prochaine heure, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie
SPEAKER_00Boivin-Enfield. Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission Samedi de lire et aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Pierre Lemaitre. Bonjour, vous allez bien?
SPEAKER_02Bonjour Amélie,
SPEAKER_00bonjour. Si vous me permettez, je vous présente aux auditeurs. Alors, vous êtes romancier et scénariste. Vous êtes psychologue de formation. Vous effectuez une grande partie de votre carrière dans la formation professionnelle des adultes. Vous vous consacrez ensuite à l'écriture en tant que romancier et scénariste. Vous vivez de votre plume depuis 2006. Vos romans ont été récompensés pensé par de nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. En 2013, le prix Goncourt vous est décerné pour Au revoir là-haut, premier volet de votre trilogie consacrée à l'entre-deux-guerres, Les enfants du désastre. En 2018, vous avez reçu Le César de la meilleure adaptation avec Albert Dupontel pour ce même roman. Et en 2022, vous poursuivez votre travail dans la même veine romanesque en conservant le principe de la saga dans le cycle où vous parcourez les années glorieuses de 1945 à 1950 73, s'attachant dans chaque tome au destin d'un des quatre enfants de la famille Pelletier. Vous prenez soin de varier les thématiques et les genres dans lesquels peuvent s'inscrire vos livres. Le premier, Le Grand Monde, réactivez les codes du roman d'aventure. Vous choisissez d'éclairer l'époque en évoquant la guerre d'Indochine de 1946 à 1954. Le silence et la colère, roman social qui croise l'histoire de la libération des femmes et celle d'un village condamné à être englouti sous les eaux pour permettre la construction d'un barrage. Je vous avais reçu l'an dernier pour Un avenir radieux où vous jouez avec les codes du roman d'action et d'espionnage en plongeant malgré elle la famille en plein coeur des tensions suscitées par la guerre froide et la menace nucléaire. Les trois premiers tombes de la Tétralogie se sont écoulées à plus de 1,5 million d'exemplaires, et au départ, cette saga devint être une trilogie. À quel moment avez-vous su que ce seraient quatre
SPEAKER_02tombes? Quand je me suis aperçu que je m'étais trompé, c'est-à-dire qu'au début, j'étais parti avec un bel enthousiasme et une grande naïveté, c'est-à-dire que comme j'étais sur une période où il y avait trois décennies, il me paraissait tomber sous le sens que trois livres allaient couvrir les trois décennies, et puis je me suis rendu compte de deux problèmes. Le Le premier, c'était qu'au fond, si les livres étaient séparés par dix ans, je perdais de vue mes personnages. Or, c'est une période, celle des Trente Glorieuses, où la natalité a été très très forte. Ce qui veut dire qu'une jeune fille de 18 ans dans un volume, si dix ans plus tard vous la reprenez, ce n'est plus du tout la même personne. Elle a dix ans de plus, certes, mais elle est surtout mariée. Elle a deux enfants, trois enfants. En fait, l'écart entre les deux livres et les deux personnages faisait que je perdais de vue le personnage et Et il n'y avait pas de raison pour que le lecteur, la lectrice ait plus de chance que moi. Donc, dès le début, dès le grand monde, je me suis dit, bon, il va falloir faire deux ajustements. Le premier, c'est d'abord de rapprocher les différents volets pour que les personnages ne vieillissent pas trop entre chacun des volets. Et puis, accepter de ne pas couvrir l'intégralité de la période des 30 ans. Au fond, je me suis dit, je vais couvrir une période de la moitié de cette période-là, 15 ans sur les 30. Si j'ai réussi à donner une bonne photographie de ce qu'est la période. Ce n'est pas parce qu'il y aura deux ou trois volumes de plus que j'y parviendrai mieux. Si c'est raté, c'est déjà raté. Et si c'est réussi, c'est déjà réussi.
SPEAKER_00Je vous confirme que c'est bien
SPEAKER_02réussi. C'est gentil.
SPEAKER_00Et je vous reçois aujourd'hui parce que vous venez de publier le quatrième et dernier tome de la série Les belles promesses. Si vous me permettez, je vais faire un petit résumé aux auditeurs. Dans le Paris des années 1960, en pleine transformation, avec la construction du périphérique, la famille Pelletier voit ses destins se resserrer autour d'un secret sombre. François, devenu écrivain, commence à soupçonner que son frère aîné Jean Diboboul, entrepreneur en apparence banal, est en réalité impliqué dans une série de meurtres de jeunes femmes. Alors que l'enquête progresse, François est confronté à un dilemme moral déchirant, protéger sa famille ou faire éclater la vérité. Autour de cette intrigue principale gravitent d'autres trajectoires, un jeune homme en quête de lui-même, un fermier déraciné, des tensions familiales qui dessinent le portrait d'une société en pleine mutation. Qu'est-ce que cette tétralogie vous a permis de dire que les 30 gorueuses que n'auriez pas pu faire
SPEAKER_02autrement
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je pense qu'on aurait pu faire autrement, notamment les historiens, ils parviennent très bien. On a des historiens qui ont fait des formidables livres sur ces années qui sont des années assez passionnantes puisque ce sont, pourrait-on dire, c'est assez paradoxal. On pourrait presque dire que cette période-là est le dernier volet du XIXe siècle. Ça peut sembler très étrange que le milieu du XXe siècle soit en fait la fin du siècle précédent. Mais pour une raison qu'on peut comprendre avec les auditeurs, les auditrices vont très bien saisir. C'est qu'en fait, le XIXe siècle est la période où on a confiance dans le progrès. On a confiance dans la technique, on a confiance dans la technologie, on a l'impression que le chemin de fer, l'aéroplane, la voiture, le télégraphe qui viennent d'être inventés, ouvrent la voie à un avenir qui va être le bonheur de l'homme. C'est-à-dire qu'en fait, on considère que le progrès technique va assurer le bonheur des populations. C'est un petit peu ce qu'on se dit aujourd'hui avec l'intelligence artificielle. Et puis, en fait, là-dessus sont intervenues deux guerres, la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale, où on a pas mal déchanté. Et puis, très curieusement, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire à l'entrée des Trente Glorieuses que j'essaie de traiter dans cette tétralogie, on retrouve quelque chose du XIXe siècle, c'est-à-dire une période où les Français ont de nouveau confiance dans le progrès. On a l'impression qu'avec les deux guerres qu'on a vécues, on n'en aura plus. Ça On a eu les grandes catastrophes, surtout la seconde guerre mondiale, avec l'Holocauste. On se dit, voilà, on reverra plus ça, on a appris quelque chose, on ne retombera plus jamais dans les travers qui ont été les nôtres. On a confiance dans le progrès. Et en fait, c'est la dernière période où les gens sont à peu près certains que les enfants, leurs enfants, auront une meilleure vie qu'eux. Et en fait, évidemment, ce sont aussi des années de désenchantement, puisque en fait, au fond, on pourrait presque dire que ces années-là sont des années adolescentes. C'est-à-dire qu'on brûle la chandelle par les deux bouts sans vraiment souci des conséquences. Sauf que les conséquences, c'est nous, les lecteurs et les lectrices d'aujourd'hui qui les vivons. Et
SPEAKER_00le roman se déroule au moment de la construction du périphérique parisien. Pourquoi ce chantier vous intéressait-il comme début, décor
SPEAKER_02romanesque? Alors, je cherchais d'abord un objet qui soit symbolique de cette période-là. Alors, j'avais plusieurs choix. J'ai beaucoup hésité, notamment avec les arts ménagers, parce que les arts ménagers, c'était la période où on inventait pour les femmes des premiers robots domestiques, vous voyez, les centrifuges électriques, les aspirateurs, ces choses-là. Et en fait, on n'arrêtait pas de dire aux femmes, grâce à la technologie, vous êtes libres. En fait, on faisait, évidemment, on allongeait simplement la longueur de la laisse par laquelle on essayait de faire demeurer les femmes au foyer. Alors j'ai cherché un objet qui serait vraiment significatif de cette période et en fait celle qui m'a semblé la plus intéressante c'est la voiture. La voiture parce qu'elle condensait un très grand nombre de mythes de la période. Le mythe de l'indépendance, le mythe de la liberté, le mythe de l'élévation dans l'échelle sociale. Moi je me souviens que mon père dans ces années-là troquait sa dernière motocyclette pour la première voiture. Donc en fait la voiture commençait à devenir un bien de grande consommation pour les couches les plus modestes de la société donc on avait vraiment le sentiment qu'en acquérant une voiture on acquérait pas seulement l'indépendance la liberté, on a d'abord un objet de haute technologie pour l'époque et puis que ça devenait abordable donc en fait cette élévation comme ça du niveau de vie était vraiment incarnée par la voiture, restait et c'était la question que vous posiez, restait la question de savoir où faire évoluer cette voiture et le boulevard périphérique m'a semblé un bel objet parce que d'une certaine manière il devait normalement ceinturer Paris et rendre les choses fluides et en fait on va se rendre compte qu'en fait c'est une espèce de ceinture de chasteté parce que au fond c'est ce qui va protéger la capitale de la banlieue qui va devenir la banlieue communiste de l'après-guerre et donc en fait on a d'une certaine manière une ceinture autoroutière qui sert à protéger la capitale des dangers du communisme.
SPEAKER_00Et on a exproprié beaucoup
SPEAKER_02de gens pour pouvoir construire ça
UNKNOWN?
SPEAKER_02Oui alors ça j'ai envie de dire c'est le travers habituel de tous les capitalistes immobiliers c'est à dire que pour construire il faut d'abord virer des gens donc là on n'a pas hésité on a élargi les zones qui étaient strictement nécessaires et sans beaucoup de soucis de savoir où allaient se reloger ces pauvres gens on a expulsé, on a exilé des centaines de foyers français qui ont eu beaucoup de mal à se retrouver à l'autre bout de la banlieue et parce que au fond ce qu'ils perdaient c'était pas simplement leur appartement ils perdaient leurs amis, le lien social le quartier dans lequel ils vivaient qui était un petit village et tout ça a été rayé de la carte au profit d'une autoroute qui existe encore un siècle après.
SPEAKER_00Et je pense justement au destin d'Emmanuel, notamment qui évoque la transformation du monde rural parce que lui va retourner sur la ferme pour suivre les origines de son père. Est-ce que c'est un écho à des préoccupations qui étaient très contemporaines de votre part?
SPEAKER_02Alors non, pas véritablement. Oui, en partie. C'est-à-dire qu'au fond, on vit aujourd'hui un grand malheur paysan en France. C'est-à-dire que les petites exploitations familiales ont énormément de mal à survivre face aux grandes centrales agroalimentaire. Aujourd'hui, l'agriculture intensive, l'élevage intensif ont rayé de la carte un très grand nombre de petites propriétés. Dans ces années-là, on a un mouvement un peu similaire, c'est-à-dire que dans l'après-guerre, on a beaucoup de bouches à nourrir puisqu'il y a un boom démographique dont votre serviteur est un des témoins. Et en fait, il y a beaucoup de bouches à nourrir et donc l'agriculture a besoin elle est très intensive. Et en fait, on va faire quelque chose d'incroyablement pervers, d'incroyablement malhonnête, ça s'appelle le remembrement. Ce mot-là, on paraissait presque un gros mot, personne ne comprend bien ce que veut dire ce mot-là. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire. Je vais vous l'expliquer. En fait, un très grand nombre d'exploitations familiales étaient des toutes petites parcelles. Des petites parcelles qui étaient ceinturées par des haies, par des chemins, par des rideaux d'arbres. En fait, c'était le résultat d'un morcellement qui était dû à la suite des héritages, des concessions qui avaient été vendues. Tout ça faisait que les propriétés étaient extrêmement parcellisées et que c'était très dur à travailler parce que pour aller dans son champ, il fallait parfois longer très longuement le champ du voisin, passer par un sentier qui faisait faire un détour. Bref, c'était très compliqué pour les petites exploitations d'exploiter des terrains comme ça. Et le gouvernement a une idée formidable. Il veut dire, écoutez, vous savez ce qu'on va faire
UNKNOWN?
SPEAKER_02On va remembrer votre terrain. Vous allez les changer avec votre voisin et comme ça, on va vérifier que vous n'y perdez pas, et puis comme ça, tout le monde pourra travailler plus facilement. Et de fait, les paysans sont absolument fous de joie, parce que c'est fini de devoir faire un quart d'heure en tracteur ou avec des bœufs, puisque c'était vraiment le début des tracteurs, de faire un grand détour pour aller travailler un champ, on va y aller plus directement, ça va simplifier les choses. Donc les paysans, et mon personnage, est très heureux de ça. Ce dont il ne se rend pas compte, c'est la perversité du système. C'est-à-dire que maintenant qu'on enlève les haies, qu'on refabrique des chemins, et qu'on rend ces territoires plus faciles, eh bien, l'agroalimentation va se pluguer sur ces territoires. Et au fond, on a mis le doigt dans un engrenage terrible qui est le fait qu'on va déforester des régions entières au profit d'une agriculture de masse qui va avoir comme premier effet d'expulser les familles pour lesquelles, normalement, ce remembrement était fait. Vous voyez la perversité du système. Ça, c'est tout le système capitaliste,
SPEAKER_00là. Mais merci pour l'explication. Oui, elle est
SPEAKER_02brillante, n'est-ce pas
UNKNOWN?
SPEAKER_00C'est parfait. J'ai tout compris. Et vraiment, on donne souvent
SPEAKER_02la parole au laissé pour compte. Est-ce que c'est une manière de rééquilibrer le récit officiel de l'histoire
UNKNOWN?
SPEAKER_02Non. Je n'ai pas trop de... Je ne me sens pas une âme de redresseur de tort. Et puis, je n'en ai pas les connaissances. Ceux qui peuvent le faire sont les sociologues, sont les historiens. Mais en fait, je suis un pur romancier. En revanche, je suis comptable du fait que je propose une certaine vision de ce qu'est le pays, de ce qu'est le capitalisme dans ces années-là. de ce qu'était le bonheur des gens aussi, puisque le capitalisme a, dans ces années-là, rendu beaucoup de gens fort heureux et beaucoup de gens malheureux. Et moi, mon travail, ça consiste plutôt à dire la famille Pelletier va incarner le progrès heureux de ces années-là, c'est-à-dire ces familles qui s'enrichissent, ces familles qui progressent, le niveau de diplôme des enfants est plus élevé sur cette génération que sur la précédente. En fait, la famille Pelletier va plutôt bien, même Jean Dibouboul, qui est un loser complet, commence à réussir des choses dans ces années où tout le monde réussit, pourquoi pas lui. Mais en même temps, à côté de cette famille Pelletier qui incarne en quelque sorte le bonheur d'être en Glorieuse, il y a d'un côté les exclus du périph' et de l'autre côté les exclus du monde rural. Et j'essaye de faire un peu dialoguer et surtout se faire percuter ces deux lignes narratives, celles des exclus et celles des privilégiés.
SPEAKER_00Si vous me permettez,
SPEAKER_02Pierre,
SPEAKER_00on s'arrête et on retourne quand on continue de parler de les belles promesses.
UNKNOWNVolontiers.
SPEAKER_00Ici Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. J'étais toujours en compagnie de mon auteur invité de la semaine, Pierre Lemay, pour parler de son plus récent roman, Les Belles Promesses. Et je veux qu'on parle du personnage de Jean Dibouboule, qui est vraiment au centre de ce livre-là. Pourquoi avoir choisi de faire de lui un personnage aussi
SPEAKER_02sombre? Alors, aussi sombre, je ne suis pas trop d'accord avec cet objectif. Non, non, pas trop d'accord. Parce que j'ai l'impression, en tout cas, c'est ce que les lecteurs, les lectrices me renvoient le plus souvent, c'est d'un personnage qui est à la fois un personnage assez... tendre, sur lequel on a tendance à s'attendrir parce que c'est un homme malheureux, c'est un homme maladroit, c'est un homme qui est victime d'une épouse épouvantable, qui est victime aussi de l'injonction paternelle à laquelle il a essayé d'obéir et qui a rendu sa vie aussi difficile. En fait, avant tout, c'est un loser magnifique. Alors, évidemment, il a une face sombre, mais quand vous dites que c'est un personnage sombre, il ne l'est pas, je trouve, intégralement. J'ai essayé, au contraire, alors peut-être que c'est un échec, que ce mot-là vous vienne à la bouche, c'est d'avoir un personnage qui soit à la fois un côté sombre que l'on condamne et en même temps un côté tendre pour lequel on a de la compassion et en fait on a l'impression quand même d'avoir pour lui des tendances qui sont un peu ambivalentes et moi j'aime beaucoup je ne vous cache pas dans la littérature les moments où l'auteur me piège un peu dans mes identifications et où je me rends compte quand même que j'ai de la tendresse pour un personnage qui est assez noir ou au contraire beaucoup d'antipathie pour un personnage qui au contraire mériterait de la
SPEAKER_00compassion. Je suis d'accord peut-être un peu de tendresse
SPEAKER_02pour Jean. Bon si J'arrive à vous convaincre sur le tard.
SPEAKER_00Mais pourquoi ce choix de suspense inversé? Parce qu'on sait dès le départ que Jean est coupable. Pourquoi que le mystère
SPEAKER_02classique? Parce que la question n'est pas la culpabilité de Jean. La question est de savoir ce que son frère va faire
SPEAKER_00de cette information. Ce que François va faire. Oui,
SPEAKER_02parce que la ligne narrative, elle est évidemment pilotée par le fait que Jean a une face sombre, mais avant tout, narrativement, pilotée par le fait que son frère va enquêter sur lui et que s'il découvre par malheur ce que le lecteur s'est délimité dès le départ que son frère a effectivement une face sombre, la grande question est de savoir ce qu'il va en faire. Il a deux solutions qui sont aussi mauvaises l'une que l'autre. Soit il dénonce son frère et dans ce cas-là, son frère est premier à la guillotine. Nous sommes dans des années où la peine de mort existe encore. Donc imaginez la mère de François et Jean avoir son fils, un de ses fils qui envoie son frère à la guillotine. C'est une histoire, c'est des atrides. C'est une tragédie terrible. Et puis s'il ne le fait pas, il condamne hypsophacto, un certain nombre de jeunes femmes continuent de se faire tuer, puisque si son frère, effectivement, est un tueur de jeunes femmes, il n'y a aucune raison pour qu'il s'arrête là. Donc, en fait, il y a le choix entre deux mauvaises solutions et j'essaye progressivement d'amener le lecteur et la lectrice à se demander ce qu'il ferait lui-même. Et je crois qu'il y a beaucoup de lecteurs et de lectrices qui se disent« François, je serais bien emmerdé.» Mais c'est clair qu'on serait emmerdé. Et j'essaye de trouver une issue qui soit à la fois moralement satisfaisante, intellectuellement soulageante, et narrativement surprenante.
SPEAKER_00En tout cas, en tant qu'électrice, j'étais contente de ce qui est arrivé
SPEAKER_02à Jean. Bon, c'est bien. J'espère que vous serez nombreux êtres dans ce cas.
SPEAKER_00Et je veux qu'on parle de sa conjointe Geneviève, qui est un personnage presque monstrueuse, mais fascinante. Pourquoi êtes-vous souvent si inspiré par les personnages
SPEAKER_02antipathiques? Parce que je suis romancier, Amélie. Parce que je suis romancier. Vous savez, on ne fait pas beaucoup de bons romans avec des gens heureux et des gens sans problème. Vous savez, si je dis, je l'aime il-même, nos parents sont d'accord, je vais avoir beaucoup de mal à faire un bon livre. Bon, il faut donc avoir des personnages sombres rappelez-vous ce que disait Hitchcock meilleur est le méchant, meilleur est le film et donc on a besoin d'avoir surtout dans la littérature populaire dans laquelle j'essaie de m'illustrer modestement, on a besoin d'avoir des contrastes forts et à côté des personnages comme Colette comme Philippe, comme Thérèse qui sont des beaux personnages pour lesquels on a de la tendresse on a besoin d'avoir des antagonismes forts et rien n'était mieux que de l'incarner par l'intérieur de la famille et par cette Geneviève que, finalement, on adore détester.
SPEAKER_00Mais comment vous arrivez à trouver les deux, l'équilibre entre les deux, justement, des personnages qui sont remplis d'émotions auxquelles on s'attache et des personnages antispathiques comme Geneviève? Eh
SPEAKER_02bien, il faut avoir deux compteurs. Comme un pilote d'avion, il faut avoir deux compteurs. Il faut avoir le compteur de la méchanceté et le compteur de la tendresse et essayer de faire en sorte que les aiguilles soient à peu près alignées.
SPEAKER_00Et plusieurs critiques disent que vous revenez au polar dans ce moment-là. Est-ce que c'est une volonté consciente de votre part?
SPEAKER_02Oui. Oui, alors ils n'ont pas beaucoup de mérite de le dire, au moins pour les critiques qui lisent les livres, ce ne sont pas les plus fréquents. Mais en tout cas, ce n'était pas trop de revenir au polar, c'était plutôt de donner un petit coup de chapeau à ce genre littéraire dans lequel j'ai travaillé longtemps avant de commencer cette longue série romanesque. Avant, j'étais écrivain de romans policiers, de romans noirs.
SPEAKER_00Très très bon, moi j'en ai lu
SPEAKER_02plusieurs. Oui, c'est gentil. Et en fait, si vous voulez, c'était au fond une petite saluite à ce genre. Alors, évidemment, ce n'est pas du tout un roman policier. Il y a une enquête, mais il n'y a pas de policier. Il y a même un meurtrier dont on sait dès les premières pages qu'il est le meurtrier. Donc, en fait, il n'y a pas de grand suspense. Le suspense, il est dans le dilemme moral de François. Et ça, c'était pour moi le cœur du sujet. Or, le dilemme moral, c'est plus un narratif du roman noir que du roman policier.
SPEAKER_00Et j'ai envie de vous demander comment vous construisez vos intrigues dans une saga aussi foisonnante que c'est là avec autant de
SPEAKER_02fils narratifs
UNKNOWN?
SPEAKER_02– Ah, écoutez, c'est pas compliqué, Amélie.– Ah non, c'est pas compliqué
UNKNOWN?
SPEAKER_02– Je passe mon temps à faire des plans. Je fais des plans du livre, je fais des plans de chapitres, je fais des plans de dialogues.
SPEAKER_00– Est-ce que vous les respectez
UNKNOWN?
SPEAKER_02– Ah ben non
UNKNOWN!
SPEAKER_02Ah ben non, pas du tout
UNKNOWN!
SPEAKER_02Non, non, il faut aller respecter les plans. Non, non, ils servent uniquement à réfléchir et à vous rendre compte de ce qu'il ne faut pas faire. Uniquement.
SPEAKER_00– Et est-ce que c'est plus difficile d'écrire un dernier conte comme celui-ci
UNKNOWN?
SPEAKER_02–
SPEAKER_00Oui.– Parce qu'il faut résoudre toutes les intrigues
UNKNOWN?
SPEAKER_00–
SPEAKER_02Absolument, absolument. Vous avez tout à fait raison. En fait, on a ouvert un certain nombre de portes pendant deux livres, trois livres. Je me permets de signaler comme ça aussi à ceux et celles qui nous écoutent que chaque livre peut se lire indépendamment. On n'est pas du tout obligé de commencer par le premier pour aller vers le quatrième. Chaque livre peut se prendre
SPEAKER_00indépendamment. Mais c'est plus agréable de
SPEAKER_02le lire dans le bon sens. En même temps, ne culpabilisons pas ceux qui n'y seraient pas parvenus. Et en fait, j'ai malgré tout dans les romans précédents ouvert un certain nombre de portes. À la fin de cette tétralogie qui est les adieux à cette génération, cette deuxième génération de la famille Pelletier, il faut fermer toutes les portes qu'on a ouvert. Et donc, le cahier des charges est un peu plus compliqué. Il ne s'agit pas simplement d'avoir une bonne histoire. Il ne s'agit pas d'avoir un bon enjeu. Il ne s'agit pas d'avoir une peinture assez juste de la période. Il y a encore à boucler des lignes narratives sur lesquelles, évidemment, tout le monde a une certaine attente.
SPEAKER_00Et on vous compare beaucoup à Alexandre Dumas, Victor Hugo, et vous dédiez même le livre à ces deux hommes-là. Est-ce que c'est une filiation que vous revendiquez?
SPEAKER_02Non. Non, parce que ce serait me situer dans les pas de Dumas et de Hugo. Qui prendrait Pierre Lemaitre au sérieux s'il disait« Après Hugo, il y a Lemaitre». On sentirait bien la motrume.
SPEAKER_00Mais il y a beaucoup de critiques qui vous comparent à
SPEAKER_02eux. Oui, mais eux peuvent le faire, mais moi pas. En fait, ce que je fais quand je salue Dumas et Hugo, c'est moins un clin d'œil à ses auteurs qu'un clin d'œil aux lecteurs et aux lectrices qui tous savent qu'avec les auteurs communs, qu'on aime, ceux qu'on a suivis. Quelqu'un me disait hier, le nouveau Fred Vargas va sortir dans huit jours, je serai à la porte de la librairie à huit heures du
SPEAKER_00matin. C'est bon de voir des gens fans comme ça. Oui, et moi,
SPEAKER_02j'avais ça avec John le Carré, j'avais ça avec William Boyd, j'avais ça avec Russell Banks, avec un certain nombre d'auteurs que nous aimons. Eh bien, nous finissons, et je crois que n'importe quelle auditrice, n'importe quel auditeur va le comprendre, nous finissons par avoir pour ces auteurs qu'on n'a souvent jamais rencontrés, mais qu'on a lus pendant des décennies ni, parfois 20 ans, 30 ans qu'on suit leur travail, on finit par avoir un lien qui est d'ordre affectif. Alors évidemment, on ne les connaît pas personnellement, mais on ne peut pas prononcer leur nom simplement comme le nom d'un auteur parmi d'autres. On le prononce comme quelqu'un avec lequel on a une certaine intimité, une grande familiarité et d'une certaine manière, un lien d'une certaine façon affective. Alors moi, j'avais deux raisons de saluer affectueusement Alexandre Dumas et Victor Hugo. C'est que non seulement je les ai lus comme ceux qui sont parmi mes préférés, mais ce sont aussi ceux qui m'ont appris à faire des romans, c'est-à-dire ceux qui m'ont été le plus utile pour essayer de conceptualiser ce que j'avais envie de faire sur le plan
SPEAKER_00romanesque. Oui, parce que vous écrivez un peu comme eux, très feuilletonesque, avec un rythme, avec des chapitres qui sont très courts, des rebondissements très souvent pour nous tenir en
SPEAKER_02haleine. Oui, alors j'ai tiré beaucoup de leçons de Dumas et de Hugo. Chez Dumas, vous avez raison, le goût du feuilleton, ça ne se faisait plus beaucoup dans la littérature française. Quand j'ai commencé à le faire, il y a une dizaine d'années, c'était même un genre assez suranné. Et je me souviens quand même de la première réception de mes livres, il y avait quand même beaucoup d'auteurs qui trouvaient que c'était un peu dépassé. C'était une littérature un peu vieillotte. Alors bon, on me disait les histoires sont bien, les personnages sont pas mal, mais quand même ce système narratif, c'est un peu poussiéreux, un peu suranné. À quoi je répondais, mais j'espère que vous ne regardez pas les séries télé, parce que les séries télé sont faites sur ce modèle-là. C'est nous, les romanciers, qui avons appris aux scénaristes leur métier. C'est nous qui avons appris aux scénaristes de séries télé, qu'à la fin d'un épisode, il fallait donner envie de voir le suivant, et à la fin d'une saison, donner envie d'acheter la saison suivante. Donc c'est nous, les romanciers qui avons inventé le feuilleton, et cette modalité narrative est devenue la plus moderne de toutes. Puisqu'en fait, toutes les séries du monde entier, qu'elles soient coréennes, américaines, chinoises, russes, toutes, toutes, toutes, toutes, fonctionnent sur le même moteur, et c'est nous, les romanciers, qui l'avons inventé. Et moi, j'ai l'impression, quand je commence cette série-là, que je ne mets pas le pied sur une ligne un peu surannée, mais que je revendique au nom de la littérature, très modestement, je revendique le droit de continuer de faire ce dont nous sommes les inventeurs.
SPEAKER_00Bravo, vous avez réussi. On est rendu à 1,5 million d'exemplaires vendus de cette série-là. C'est la preuve que vous aviez raison.
SPEAKER_02Oui, j'espère que ce sera considéré comme cela.
SPEAKER_00Et avec ce roman, avez-vous le sentiment d'avoir refermé un cycle personnel avec cette
SPEAKER_02tétralogie-là? Oui, oui, vous avez tout à fait. Ce sera juste la façon dont vous vous présentez parce que Cette génération, c'est la mienne. C'est-à-dire qu'en fait, la première trilogie parlait d'une génération de l'entre-deux-guerres. La tétralogie des Trente Glorieuses, c'est les années où je suis né. Moi, je suis né en 1951. Je suis donc un enfant qui a l'âge de mes personnages. Donc, en fait, il y a quelque chose d'un petit peu plus personnel dans cette partie-là. Quand on va aborder les années 70, 80, 90, je serai un jeune homme, puis après un homme. Et en fait, je serai moins un personnage d'un genre devenir que dans cette période-là où je suis garçon, jeune, lycéen, étudiant. Cette période-là me touchait un petit peu plus que les autres par identification.
SPEAKER_00Bravo pour cette tétralogie-là. Si vous me permettez, on s'arrête et on retourne. Je veux qu'on parle de vos coups de cœur littéraires.
UNKNOWNVolontiers.
SPEAKER_04Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_00On est maintenant rendu au segment d'écoute car littéraire de mon auteur invité de la semaine, Pierre Lemaitre. Et qu'est-ce que vous avez envie de présenter aux auditeurs?
SPEAKER_02Alors, j'avais envie de parler d'un Québécois qui s'appelle Normand Bayargeon. Oui. Normand Bayargeon, c'est un universitaire. Il est à la fois spécialiste de la philosophie. Il est docteur en philosophie et docteur en sciences de l'éducation. Et c'est un homme très prolixe. Il a publié beaucoup de livres et beaucoup, beaucoup d'articles. Et il vient de publier un livre absolument formidable, qui est un livre collectif, qu'il a dirigé, et qui s'appelle« 10 leçons de vie et de philosophe». En fait, il a proposé à une dizaine de ses copains de philo de dire en quoi le philosophe sur lequel ils ont le plus travaillé a changé quelque chose dans leur vie. Alors, il va aller du côté de Socrate, d'Adam Smith, d'Anna Arendt, lui-même, Normand Bayarjon va écrire sur Bertrand Russell, dont il est un des spécialistes, et en fait, il pose une question qui moi, m'apparaît intéressante, il fait aller volontairement très grand public. L'idée, c'est de convaincre les gens qu'au fond, ces gens, Aristote, Bertrand Russell, Socrate et d'autres, ne sont pas simplement des noms pour les universitaires, ne sont pas simplement des représentants de langue morte, mais sont des gens dont les leçons de vie ont pu changer des existences. Elles ont souvent modifié la trajectoire des philosophes qui ont écrit sur eux, des professeurs dont ils sont devenus un petit peu les spécialistes, et je trouve qu'il a une très belle approche très concrète de ce que c'est que la philosophie. La philosophie, c'est... Je ne suis pas du tout philosophe, donc je le dis comme un amateur, un peu, je pense, comme l'écouteront les auditeurs et auditrices. C'est-à-dire que la philosophie, on a l'impression que c'est une science difficile et que c'est surtout une science d'intellectuel pur. C'est au fond une sorte d'expérience de pensée permanente, et que c'est très abstrait, et que c'est très loin de nous, très loin du quotidien...« Voyez, moi, je descends ma poubelle le matin, je ficture mon œuf le soir, et puis j'ai l'impression qu'Aristote est loin.» Et en fait, il n'est pas loin du tout. Et ce que nous dit Bayard-Jean et ses collègues, c'est que la philosophie, quand on sait la lire, quand on fait le tout petit effort d'aller le lire, et surtout qu'il n'y a pas beaucoup d'efforts à faire là, le travail nous est mouliné par des gens qui sont des formidables vulgarisateurs, eh bien, au fond, ces philosophes ont des leçons de vie, nous apprennent un certain nombre de choses parfois fort simples, dont on peut faire vraiment son lait au quotidien. Donc, moi, je conseille ça. En plus, j'ai plaisir à parler de Normand Bayargeon parce que il y a une quinzaine d'années, il avait publié un livre qui était arrivé chez nous à Paris et qui s'appelait« Manuel d'autodéfense intellectuelle». Et ce petit livre a eu énormément de succès. D'ailleurs, il a des imitateurs innombrables. Le nombre de manuels de résistance sont maintenant légion. En fait, ce que vous Et Bayer-Jean était intéressant, il nous disait, voilà, on est rentré dans une période d'inflation de l'information, d'inflation du commentaire, et en fait, on a intérêt à avoir des modalités défensives, simplement pour qu'on ne nous fasse pas prendre en permanence des vessies pour des lanternes, et qu'au fond, comme on est matraqué par un certain nombre de messages, on a intérêt à avoir les outils qui nous permettent de décrypter ce que ces messages nous disent, pour continuer d'être authentique, pour continuer de penser par soi-même, et non pas simplement de répéter. était la pensée de ceux qui tentent de nous intoxiquer avec leur message. Et en fait, il avait un livre qui était vraiment très intéressant, très amusant, très distrayant en même temps, où il nous disait, voilà comment il faut essayer de comprendre les choses. Donc, il nous faisait une petite histoire de l'information, une histoire de l'intoxication par l'information. Il nous expliquait quels étaient les outils qui pouvaient nous permettre de prendre de la distance par rapport à l'information. Ce livre, il doit avoir une quinzaine ou une vingtaine d'années. Peut-être que je le vieillis un peu. J'ai J'espère que Bayerjon ne voudra pas. Mais en fait, il n'a pas vieilli d'un poil. C'est-à-dire qu'au fond, aujourd'hui, avec les chaînes d'information continue qui ne matraquent à longueur de temps des messages qu'ils tentent de nous imposer comme des vérités, on a plus que jamais besoin d'avoir des instruments intellectuels qui nous permettent de critiquer, prendre la distance, mettre en relation, comparer, hiérarchiser. Et tout ça, c'est un travail que nous devrions tous faire à l'école. Et comme l'école ne le fait pas, eh bien, Bayer-Jean le fait pour les adultes.
SPEAKER_00Je pense que ce sera un bon livre, peut-être, à faire entrer dans les écoles secondaires, cégeps, universités. Moi,
SPEAKER_02pour moi, il devrait être au programme dès le début. Enfin, je veux dire, à 14 ou 15 ans, c'est un livre qu'on devrait prendre un trimestre pour étudier parce qu'au fond, qu'est-ce que c'est que l'école
UNKNOWN?
SPEAKER_02Et là, ça rejoint aussi un des piliers de Bayer-Jean qui est les sciences de l'éducation. Au fond, qu'est-ce que c'est que l'école
UNKNOWN?
SPEAKER_02Aujourd'hui, l'école, en tout cas chez nous, je ne sais pas, au Québec, comme en En France, l'école est devenue, au fond, une fabrique d'individus employables.
SPEAKER_00On
SPEAKER_02essaye avant tout de rassurer les parents en donnant à leurs enfants un diplôme dont on espère qu'il leur permettra d'éviter le chômage. Et au fond, d'épouser les valeurs du moment, du néolibéralisme, etc. Et en fait, on fabrique des individus formatés, alors que normalement, l'école, elle est là pour fabriquer les individus individu. Et là, on fabrique des masses. Et moi, je trouve quand même que...
SPEAKER_00C'est préoccupant.
SPEAKER_02Oui, c'est très préoccupant. Et d'ailleurs, je pense que ce que nous voyons sur la planète en ce moment est la preuve que plus que jamais, on a besoin d'avoir des outils qui nous permettent de mettre à distance la formation. Quand je vois le fait qu'un très grand nombre de jeunes gens sont victimes des réseaux sociaux, ça veut dire que leurs parents, quand je dis leurs parents, je veux dire la génération d'avant, pas leurs parents en tant que tels, mais la génération d'avant ne leur a pas donné les outils qui leur permettent de ne pas tomber dans le piège des réseaux sociaux. Alors ça, c'est normalement le but de l'école et le but des parents. Parce que bien sûr, l'école n'est pas là pour éduquer à la place des parents. Mais normalement, le transfert devrait se faire entre les enseignants et les parents pour qu'il y ait une convergence de soucis des uns et des autres pour faire en sorte que les enfants ne tombent pas dans le premier piège qui leur est tendu dès la jeune enfance, qui est le mythe des écrans. Rendez-vous contre Amélie. On vient de faire une étude en France sur le temps de concentration des jeunes gens. 20 minutes. 20 minutes. C'est-à-dire qu'au fond, nous avons des jeunes Français aujourd'hui qui sont incapables de se concentrer plus de 20 minutes.
SPEAKER_00Moi, je pensais que c'était quelques secondes. Il y a quelqu'un qui me disait que rapidement, un peu comme les trucs sur TikTok et sur les réseaux sociaux, que l'attention, c'est
SPEAKER_02quelques secondes. Non. Alors, c'est la mémoire à court terme qui est de quelques secondes. Mais la concentration, c'est-à-dire la capacité à rester sur un seul objet pendant un certain temps, n'est que cette pas les 20 minutes. Ce qui veut dire que des étudiants dans une école de cinéma ne peuvent plus voir des films intégralement en une seule fois et en fait j'ai même entendu des gens qui disent je mets en accéléré les films je les mets en accéléré pour qu'ils ne durent plus que 20 minutes donc en fait il faut comprendre pourquoi c'est épouvantable c'est épouvantable parce que pour penser il faut du temps pour penser il faut des mais et des si et des parce que et des comment faire une pensée fabriquer une pensée il faut du temps or quand le temps ne nous est plus donné on ne peut plus penser, on ne peut plus faire que répéter. Et c'est le succès des chaînes d'information continue qui nous matraquent en permanence avec des injonctions à penser qu'on finit par imiter en pensant soi-même qu'on a pensé. Mais simplement parce qu'on n'a plus le temps et pour avoir du temps, il faut poser les écrans, il faut ouvrir un livre. Lire un livre, c'est long. Vous voyez, un livre comme Les Belles Promesses, c'est un livre qui fait 500 pages, il faut quand même quelques dizaines d'heures. Et si vous avez quelqu'un qui n'est pas capable de se concentrer plus de 20 minutes, au bout de 3 jours, il va abandonner. Il va abandonner parce que c'est un format qui va lui être complètement étranger. Vous voyez, moi, j'ai un fils de 33 ans, je sais qu'il ne lira jamais Les Misérables intégralement. Les Misérables, c'est un livre qui fait 1300 pages. C'était exclu qu'il lisse un jour. Or, moi, je suis convaincu qu'il y a dans Les Misérables de Victor Hugo des choses qu'il n'y a nulle part ailleurs. Et donc, ça veut dire que ce sont des choses auxquelles il sera à tout jamais étranger. Alors, en même temps, sa culture lui apporte plein de choses que dans ma génération, nous n'en avions pas. Je ne suis pas en train de dire que c'était mieux avant. Je suis simplement en train de dire que c'est un état de la culture qui est en train de changer et que les formats vont changer et que dans les nouveaux formats, il y a un certain nombre de choses qu'on ne pourra plus dire, qu'on ne pourra plus entendre ou qu'on ne pourra plus comprendre. C'est un petit peu le travail qu'a fait Normand Bayard-Jean.
SPEAKER_00Mais vous parlez de la nouvelle génération qui lit de moins en moins. Est-ce que ça vous inquiète en tant qu'auteur?
SPEAKER_02Non, c'est un nouvel état de la culture, c'est-à-dire qu'au fond, ce qui passait par nos livres dans ma génération passera sans doute par d'autres vecteurs. Vous voyez, je pense qu'aujourd'hui, des jeunes gens voient beaucoup plus de séries télé qu'ils ne lisent de livres, mais certaines séries télé sont des véritables chefs-d'oeuvre. Ce sont des choses qui nous font réfléchir, penser, qui sont haletants. Donc, en fait, je ne suis pas en train de dire que c'était mieux avant, mais j'ai quand même un petit peu l'impression d'être un brontosaure, parce que je pense, je crains, d'être la dernière génération des écrivains qui peuvent encore avoir des lecteurs capables d'acheter un livre et de lire un livre de plus de 500 pages. Mais
SPEAKER_00tout ça, c'est
SPEAKER_02préoccupant. C'est une préoccupation. Il ne faut pas non plus s'imaginer que c'est une catastrophe. Comment vous dire? Mon sentiment.
SPEAKER_00Mais c'est peut-être pour ça qu'il y a des livres de plus en plus courts. Moi, je vois de plus en plus des livres beaucoup plus courts, à peu près 200, 250 pages, parce que j'ai l'impression, peut-être, que les gens essaient de s'adapter au niveau lecteur.
SPEAKER_02Oui, oui, je suis convaincu que vous avez raison. Je pense que les éditeurs... ont très bien compris ça, et font travailler leurs auteurs aussi en conséquence. Moi, un petit peu ma crainte, c'est de revenir au XIXe siècle. Vous voyez, j'ai un petit peu la crainte, je parle pour la France, pour le Québec, je ne me permettrai pas d'avoir une opinion, mais pour la France, ma crainte, c'est qu'au fond, les vrais lecteurs, les grands lecteurs, finissent par être une frange assez réduite de la population, comme au XIXe siècle. Le nombre de librairies à Paris sera à peu près le nombre de librairies qu'il y avait à Paris au XIXe siècle, et que ça sera réservé, d'une certaine manière, intellectuellement à des grands lecteurs qui seront de moins en moins nombreux, de plus en plus grands lecteurs et qu'on aura comme ça une espèce de frange un peu flottante de gens qui lisent encore des livres et qui franquent encore les quelques librairies qui seront acharnandées. Donc voilà, moi je trouve ce mouvement assez régressif et je ne sais pas par quoi il sera remplacé. Je n'ai pas de doute qu'il sera remplacé par quelque chose, mais je ne sais pas par
SPEAKER_00quoi. Merci beaucoup Pierre pour la belle suggestion, ça me donne envie d'aller lire les deux livres de Normand Bayargeon. On s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion
SPEAKER_02Volontiers.
SPEAKER_05Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_00C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Suzanne Dion. Bonjour Suzanne, vous allez bien? Oui, très bien. Et on commence ce mois-ci avec le chant du jardinier de Thomas Slécher, publié chez Albain Michel.
SPEAKER_01Thomas Slécher répète ici son exploit des yeux de Mona. Ah oui? Qui a été traduit en 37 langues, semble-t-il. Dans les yeux de Mona, on suivait une petite fille qui, selon les vision des médecins deviendrait aveugle et son grand-père veut que, avant que ça arrive, nourrir son imagination avec les grands chefs-d'oeuvre de l'histoire de l'art. Bon, alors, il l'amène chaque mercredi dans l'un des grands musées parisiens découvrir une oeuvre alors qu'il fait croire à ses parents qu'il l'amène chez un psychiatre. Alors, ça nous présente à nous, évidemment, lecteurs, les grands mouvements artistiques de la peinture, surtout. Ici, on va suivre un jardinier et son chat. Le chat est menacé d'une tumeur, ce n'est pas le jardinier. Alors, leur rencontre à ces deux-là, le jardinier et le chat, avec leur voisin et surtout la voisine, férue de poésie, va nous faire découvrir de nombreux poètes de toutes les époques et de tous les styles. Le jardinier va s'ouvrir à sa sensibilité au contact de cette voisine qui lui demande de sauver son jardin après une tempête qui l'a dévasté, et elle promet en contrepartie de lui offrir des mots, car il fait partie, disons, des hommes de peu de mots. Alors, cette voisine est elle-même un personnage poétique, c'est une Mary Poppins des mots, de la poésie. Elle cite les poètes comme on dit bonjour. Alors, comme dans les yeux de Mona, il faut accepter un peu d'invraisemblance, mais le voyage vaut la suspension consentie de de l'incrédulité, comme dit Émilie Perrault. Il n'y a pas beaucoup de personnages là-dedans. Il y a le jardinier, Louis, dans la trentaine, ses deux voisins, Tali, la férue de poésie, et Nicolas, qui sont à leur retraite. Et ils vont se rapprocher, ces deux voisins-là. Il y a un autre voisin problématique qui fait peser une menace, mais dont Louis se tient loin. Il y a un vétérinaire au téléphone, un chat sans nom et le chien Archibald. Voilà tous les personnages de l'histoire. Il y a une vie qui s'établit entre eux. On prend soin du jardin, du chat, on prend un verre de on fait une promenade, on fait face aussi à certains événements plus dramatiques, mais il n'y a pas là-dedans de grandes surprises, de grands suspens. Cependant, on s'attache aux personnages, puis on s'intéresse à leur vie, on voudrait finalement être avec eux en Provence. Alors, chaque événement donne lieu à la découverte d'écrits politiques, des sonnets jusqu'aux grandes épopées, par de courts extraits de poèmes. Certains sont très connus, d'autres moins, et il n'y a pas que des écrivains francophones là-dedans. Cet auteur manifeste vraiment une très large culture. Il fait des liens entre les auteurs, leur vie, les cultures, les événements quotidiens, les événements historiques, les grandes questions existentielles, toujours avec de la hauteur et sans s'apesantir. Alors, ça donne le goût de lire de la poésie, de la lire même à petite dose parce que dans la poésie, évidemment, quelques lignes parfois disent beaucoup. Alors, ce sont des concentrés de sens. Alors, il n'est pas nécessaire d'en ingurgiter des tonnes à la fois. Alors, c'est ce qu'il fait, lui. Un peu comme on voit parfois des extraits d'auteurs sur les murs. Il y en a beaucoup. Il y en a ici à Montréal, mais il y en a aussi à Trois-Rivières, là où il y a un festival de la poésie. Alors, juste de courtes phrases comme ça peuvent déclencher émotions, réflexions, enthousiasme, souvenirs. Alors, je le cerf nous administre ça à dose homéopathique et ça peut même guérir.
SPEAKER_00Ce qui est vraiment intéressant, c'est que je vois, c'est que la jaquette, c'est un poème de Rimbaud, l'éternité. On a son manuscrit écrit, alors c'est vraiment intéressant. Dans le précédent, on avait les peintures, là
SPEAKER_01on a le manuscrit. Oui, c'est le livre, on porte attention à la facture du livre aussi.
SPEAKER_00On rappelle le titre,« Le chant du jardinier» de Thomas Léchère, publié chez Albain-Michel. On poursuit maintenant avec l'homme au mille pot de air, Lavallée, publié chez Fides.
SPEAKER_01Alors, Ronald Lavallée n'est pas un auteur que l'on voit ou entend souvent dans les entrevues. C'est un journaliste et réalisateur de Radio-Canada et engrandi au Manitoba. Il a publié six romans. Il vit maintenant au Québec, là, et c'est à peu près tout ce que je peux dire de lui. Mais c'est le troisième roman de cet auteur que je propose au cours des ans. Si on est les histoires qui peuvent nous faire connaître en même temps un contexte historique, avec lui, on est servi. J'avais beaucoup apprécié« Tous les loups» qui se déroulait avant la guerre de 14-18 dans les territoires du Nord-Ouest et« Le crime du garçon exquis» qui se passait pendant la guerre de 14-18, mais cette fois en Europe. Une grande partie de l'histoire actuelle se passe au Manitoba, au Montana, au Missouri, dans la deuxième partie du 19e siècle, à l'époque où on chassait encore les bisons, mais on était sur le point de les exterminer et où les autochtones et les métis étaient chassés aussi de leur territoire, parfois de la même manière que les bisons, pour faire place au Canada et aux États-Unis aux gens qui arrivaient d'un peu partout dans le monde pour prendre possession de ces terres. Il nous décrit un monde dur où chacun tente de faire sa place sans beaucoup de scrupules sur le choix des moyens. Le personnage central de cette histoire est un homme qui chasse et qui surtout fait le commerce des pots de bison. Il bénéficiait d'une grande réputation dans les plaines. C'est un type courageux, habile, qui emmène large, le genre d'aventurier canaillé, comme on disait à ce moment-là. Et aux États-Unis, on les appelait aussi les Frenchies. Alors, ce couteau se fait parfois passer pour métisse, mais il ne l'est pas. Il parle plusieurs langues indiennes. Il agit parfois comme truchement, c'est-à-dire comme traducteur Il sait communiquer avec un peu tout le monde. Il respecte et exploite un peu tout le monde aussi. C'est un personnage complexe. Il a beaucoup de gestes sur la conscience, mais se fait aussi justicier. Son entêtement, sa rage, son impulsivité vont lui coûter très cher. C'est très bien raconté. La structure maintient l'intérêt. Les descriptions nous font vivre les milieux où l'action se déroule. On y présente des faits historiques sur lesquels nos professeurs d'histoire ne se sont pas trop attardés. Il faut dire que je n'aurais pas aimé apprendre tout ça au secondaire. Il faut beaucoup de recherches pour créer ces milieux-là, pour créer cette histoire. J'ai beaucoup aimé l'utilisation aussi de termes que l'on utilisait à cette époque-là dans ces milieux-là. Alors, lui, il ne fait pas parler les bandits comme des professeurs. Il les fait parler comme des bandits. Il y a des termes que ma grand-mère utilisait et ses franchises, évidemment, étaient partie des campagnes On
SPEAKER_00rappelle le titre« L'homme omé, le pot de air, la vallée» publié chez Fidesz. On y va maintenant avec une certaine tristesse de Mathis Savard-Véauvenne, publié à La Peuplade.
SPEAKER_01Voilà un petit grand roman. C'est le premier roman de cet auteur qui est aussi un acteur. C'est très réussi, émouvant, prenant. Le récit se fait en une seule phrase. Il n'y a pas de ponctuation, il n'y a pas de paragraphe. Et personnellement, habituellement, j'ai l'impression que c'est un petit roman. Je n'aime pas ce type d'écriture. J'ai l'impression d'être pris dans un ascenseur. Ça me rend claustrophobe. Mais là, je suis entrée là-dedans très rapidement. Le narrateur est un enfant, Noé. Je l'ai imaginé à 10-12 ans. Je ne sais pas si c'est ce que l'auteur voulait montrer. C'est un petit garçon très sensible, très intelligent, qui regarde les adultes avec sévérité et justesse, qui analyse ses sentiments, ses peines, qui tente de contrôler sa culpabilité sans trop de succès. Il est très sévère envers lui-même. Il recherche la vie, la joie. C'est émouvant parce qu'on sous-estime souvent ce qui se passe dans le cœur et la tête des enfants. Noé nous parle de ses parents, de sa grand-maman, de son école, de ses quelques amis. Ce n'est pas un récit qui est autobiographique, bien que l'auteur s'est inspiré de sa grand-mère, entre autres, de gens de sa famille. C'est un récit qui est c'est très bon. Ce récit pourrait être présenté au théâtre et comme l'auteur est comédien, ça pourrait arriver.
SPEAKER_00On rappelle le titre Une certaine tristesse de Mathis Savard-Veroven, publié à la Peuplade. Et on termine avec L'incroyable histoire de l'automobile en bande dessinée de Jean-Louis Loubet, Laurent-Frédéric Bollé et Christophe Merlin, publié chez Édito.
SPEAKER_01J'ai d'abord été attiré par les dessins très beaux qui ont dû exiger de longues recherches, tout comme les textes. En lisant Je me suis rendu compte qu'il s'agissait dans ce livre plus que l'histoire de l'automobile, c'est aussi l'histoire de la technologie, des modèles d'affaires en Europe, aux États-Unis, au Japon et plus. Parlons d'abord de l'automobile. Ce n'est pas un objet ordinaire. L'automobile, ça définit le développement des villes sur notre continent. Pour certains, c'est une passion. Pour moi, c'est l'autonomie. On y parcourt là-dedans les débuts des premières automobiles. qui ressemblait à des vélos ou à des calèches. De la fin du 19e siècle à aujourd'hui, on nous explique que les améliorations techniques, les ingénieurs, les concepteurs, les designers sont nommés. Et au départ, ça se passe en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie aussi. Et bien sûr, il y aura ensuite l'impact déterminant de John Ford aux États-Unis. Alors, non seulement on nous explique les inventions, les composantes de l'automobile elle-même, mais aussi les caractéristiques des compagnies qui vont se créer et qui vont choisir soit une intégration verticale comme Ford ou la diversification et le regroupement des marques comme le fait General Motors, puis d'autres stratégies aussi qu'emploieront Citroën, Renault, Peugeot, Fiat, Michelin. On verra aussi que ces stratégies induiront des innovations de la part des architectes pour la création d'usines très différentes. C'est donc les étapes de l'industrialisation et du développement d'une industrie très importante à l'échec mondial que l'on peut suivre là-dedans. Et cette histoire va traverser deux guerres, ce qui amènera aussi des transformations. Alors, c'est un sujet particulièrement pertinent pour une bande dessinée, car les illustrations sont nécessaires pour un tel propos et elles sont particulièrement soignées. Alors, si l'histoire de l'économie ou de l'automobile vous intéresse, vous
SPEAKER_00serez servi. On rappelle le titre L'incroyable histoire de l'automobile en bas bande dessinée de Jean-Louis Loubet, Laurent-Frédéric Bollé et Christophe Merlin, publié chez Édito. Merci beaucoup, Suzanne, pour les belles suggestions.
SPEAKER_01À la prochaine.
SPEAKER_03Ici Audrey Willenmy, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_00On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon auteur invité de la semaine, Pierre Lemaitre, et vous préparez une nouvelle trilogie avec la génération suivante des Pelletiers. Qu'est-ce qui vous excite dans les années 1970-1980? Alors, ce qui
SPEAKER_02m'intéresse dans ces années-là, c'est le paradoxe entre une jeunesse qui vit beaucoup la communauté, l'amour libre les communautés, les hippies, les premières drogues, c'est les années LSD, etc. Donc des expériences communes. Il y a une jeunesse qui vit le être ensemble de manière turbulente. Le corps a beaucoup d'importance. On aime se mettre en danger dans ces années-là par la drogue, bien sûr, mais aussi par des sports extrêmes. Il y a une jeunesse là assez passionnante. Et puis, de l'autre côté, on a une société là C'est-à-dire qu'on est là dans les premiers chocs pétroliers des années 70 qui va changer la donne économique, qui va ravager un certain nombre de régions françaises, les régions qui étaient traditionnellement minières, qui faisaient du textile. Tout ça va être exporté en Chine, au Vietnam et ailleurs et va mettre sur le carreau des familles entières. Et donc, on a un pays qui est assez étrange, qui est à la fois très turbulent, extrêmement vivant et frappé au cœur de la crise. par le chômage de masse. Et au milieu, vous avez un objet qui réunit les deux, qui sont les radios pirates. Et dans ces années-là, l'État a un monopole de la radio et plein de jeunes gens, principalement des jeunes gens, mais aussi des associations, des syndicats, fabriquent des radios qui se cachent parce que les représentants de la préfecture essayent de les trouver pour les empêcher d'émettre leurs émissions. Et cette radio, au fond, c'est à la fois celle qui incarne la musique rock de ces années-là, la la turbulence de la jeunesse, sa joie de vivre, c'est une période très scintillante pour la jeunesse et en même temps des radios de lutte, celles qui au fond incarnent les luttes des populations en difficulté. Donc cet objet de radio est en quelque sorte le relais un peu entre deux pôles de la société, une qui est intensément joyeuse et l'autre intensément
SPEAKER_00malheureuse. Et vous allez vous rendre jusqu'à la chute du mur de Berlin
SPEAKER_02en 89
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je n'ai pas besoin d'aller jusque-là, je vais faire comme pour les Trente Glorieuses, je vais Je vais faire deux ou trois livres sur cette période-là. Ce n'est pas quand j'en aurais fait cinq que j'aurais mieux travaillé. Si en trois livres, j'ai réussi à donner une photographie de ces années-là, je m'y tiendrais. L'idée, si vous voulez, c'est d'aller le plus près possible de 89. Mais je n'ai aucun intérêt à achever la série littéraire sur les chutes du mur de Berlin parce qu'on me demanderait. Et ensuite, ma série sera
SPEAKER_00terminée.
SPEAKER_02C'est ça. Pourquoi vous vous rendez jusqu'au 21e siècle
UNKNOWN?
SPEAKER_02Amélie, j'ai 75 ans. Oui, il n'y a que vous qui riez devant une information comme celle-ci. C'est-à-dire qu'au fond, j'aurai 3 ou 4 ans de plus quand j'aurai terminé une série d'une dizaine de livres qui vont couvrir un siècle. Si les romans ne sont pas trop mauvais, j'ai l'impression que je n'aurai pas démérité. Il y a 50 ans que je milite pour la retraite à 60 ans et je vais prendre ma retraite à près de 80. Donc je ne veux pas non plus me faire la honte de poursuivre mon travail au
SPEAKER_00au-delà de ça. Alors, votre carrière va se terminer après la
SPEAKER_02trilogie
UNKNOWN?
SPEAKER_02Je ne pense pas que ma carrière sera terminée. J'écrirai autant que ma santé me permettra de le faire. J'espère que les dieux y seront propices. Mais, en même temps, j'aurais terminé une œuvre qui m'aura pris une vingtaine d'années. Je laisserai dix livres de 500 pages. Voilà. Donc, j'ai l'impression que je n'aurais pas démérité. Et je pourrais peut-être faire des choses plus légères. Mais, continuer, vous voyez, à aborder le XXIe siècle, avec la profondeur, pardonnez-moi, j'espère que tout le monde entendra les guillemets que j'y mets, de ces livres-là, je pense que ça outrepassera un petit peu les forces dont je disposerais à ce
SPEAKER_00moment-là. Et là, j'ai entendu entre les branches qu'il y aurait un livre
SPEAKER_02entre les deux séries. Ah, écoutez, je vais vous faire un aveu. Oui, il y aura un livre en février prochain, paraîtra un roman noir. En fait, j'ai eu envie, à la fin de cette tétralogie, de revenir un peu aux sources de ce que je faisais, qui était le roman noir. pas le roman policier mais le roman noir de manière à replonger dans l'énergie génératrice de mon travail de retourner aux sources un peu pour revivifier un petit peu mon énergie narrative et j'ai trouvé une bonne idée pour un roman noir il s'appellera La petite fiancée et c'est un roman sur la domination masculine le sexe et l'argent donc les gens qui sont intéressés par l'argent par la sexualité et ceux qui sont intéressés par la domination masculine l'île seront les bienvenues.
SPEAKER_00– Très intrigant. Merci beaucoup, Pierre Lemann, d'être à
SPEAKER_02l'émission.– Merci beaucoup de m'avoir
SPEAKER_00invité.– Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.