Samedi de lire

Samedi de lire avec Megan Durnford - 2026

Amélie Boivin Handfield Season 13 Episode 35

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Chronique littéraire avec Karine Glorieux

SPEAKER_06

Pour la prochaine heure, vous écoutez Samedi de Lire avec Amélie

SPEAKER_05

Boivin-Enfield. Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission Samedi de Lire et aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Mégane Dunford. Bonjour, vous allez

SPEAKER_01

bien? Bonjour, oui,

SPEAKER_05

merci. Si vous permettez, je vous présente aux auditeurs. Alors, vous êtes journaliste culturelle et réalisatrice de documentaires. Vous avez, entre autres, collaboré à Canadian Notes and Carries, Conundrum, Puff Magazine, The Globe and Mail et The Gazette. Vous êtes également l'auteur de Christmas in Quebec, Earth Warming Legend A Tale and Tradition, René Lévesque, The Fascinating Life of a Separatist Icon, et Your Plastic Problem, A Call for Global Solutions, qui est un livre documentaire qui est destiné aux enfants. Et là, vous venez tout juste de publier avec Stéphane Lemardelet la BD Jeanne Benoît, un ouvrage biographique qui se situe au confluent de vos expériences en tant que journaliste et également réalisatrice de films. Qu'est-ce qui vous a d'abord fasciné chez Jeanne Benoît? Pourquoi avoir eu envie de faire un livre sur elle? Est-ce que vous avez grandi avec ces recettes?

SPEAKER_01

Mais alors, comme tout le monde, il avait une encyclopédie de Jean-Benoît chez nous, à la maison. Alors, je l'ai vue depuis toujours. Mais alors, la jeunesse du projet, alors, je vais le raconter. Finalement, Alors, j'aime faire à manger et aussi j'aime lire les bandes dessinées et les romans graphiques. Et alors, à un moment donné, j'ai vu un petit article dans Le Devoir qui disait que les romans graphiques et les BD sur la gastronomie et le vin étaient de plus en plus populaires.

SPEAKER_05

Ah, intéressant.

SPEAKER_01

Et alors, je me suis dit, « Ha, ha, mais alors, peut-être je peux mettre à profit mes compétences en recherche et scénarisation.

UNKNOWN

»

SPEAKER_01

pour créer un roman graphique. Et alors, finalement, je me suis dit, alors, d'abord, c'est sur quoi? J'ai commencé à penser, mais tout de suite, j'ai pensé à Jeanne Benoît parce qu'évidemment, elle est très connue. Et je me suis dit, peut-être, ce serait une histoire intéressante à raconter. Surtout qu'on ne

SPEAKER_05

la connaît pas tant, son histoire à

SPEAKER_01

Mme Benoît. Mais voilà, voilà. Alors, évidemment, la première chose que j'ai faite, c'est que j'ai cherché une biographie. Est-ce que vous connaissez le livre de Guy Deslilles sur... Non. Alors, ça, c'est un roman graphique, mais vous connaissez Guy Deleuze? Oui, je connais très bien Guy Deleuze. Alors, c'est son dernier livre. C'est sur un photographe qui s'appelait Edward Muybridge. Et alors, je sais qu'il a consulté à peu près trois, quatre biographies. pour être capable de créer ce BD sur Muybridge. Alors, c'est normal. Alors, moi aussi, j'ai cherché une biographie pour débuter le projet. Il n'y avait pas. Il n'y avait pas de biographie. Il n'y avait pas d'autobiographie. Il n'y avait pas de film documentaire. Alors, j'étais étonnée. Je me dis, comment ça se fait? Elle était six

SPEAKER_02

élèves.

SPEAKER_01

Tout le monde connaît le nom Jean-Benoît. Et alors... finalement, comme j'aime la recherche, ça rendait le projet encore plus alléchant parce que je me suis dit, alors, d'abord, je dois faire beaucoup de recherches pour être capable ensuite de créer un scénario. Et, Alors, c'est comme ça que ça a commencé. Et en même temps, je me suis dit, mais elle est quelqu'un qui a révolutionné un peu la cuisine québécoise. Et alors, elle mérite peut-être une biographie. Alors, maintenant, voilà, il y a des gens qui ont dit, c'est pas juste un BD, c'est une biographie illustrée. Et je suis d'accord. Oui, je m'accorde avec ça. Oui, c'est vraiment basé sur des recherches à fond. Et alors, j'espère que ça va être comme un œuvre de référence.

SPEAKER_05

Mais pourquoi avoir pas fait un documentaire? Vous en avez tellement fait auparavant. Je suis curieuse de savoir pourquoi

SPEAKER_01

la bande dessinée. Il n'y avait pas assez d'archives visuelles. Ah, ok, c'est pour ça. Non, il n'y avait pas assez. Et même pour le contenu, pour les faits, c'était assez long comme recherche. Pour les vérifier, les contre-vérifier? Non, mais c'est juste le fait. Mais alors, elle était très discrète et elle a... Alors... Je ne sais pas exactement parce qu'il a beaucoup de trous dans son histoire, mais c'est vrai que sa vie personnelle est un peu hors norme. Et alors, par exemple, à un moment donné, elle était mère célibataire. Et alors, elle a aussi marié deux hommes, comme en même temps. Alors, je crois qu'elle était vraiment discrète. Et voilà, c'est une des raisons pour lesquelles on ne trouve pas beaucoup d'informations sur sa vie personnelle. Mais aussi, elle a eu un premier mari et ça n'a pas fonctionné. Et alors... J'ai cherché longtemps, j'ai trouvé une seule photo de ce monsieur. Et je crois que ça se peut qu'elle a tout détruit, mais cette photo-là, c'était dans le journal. C'était une photo de leur mariage dans le journal. Alors, pour te dire que c'était difficile, mais j'ai vraiment aimé la recherche, mais c'était comme suivre une piste de miettes de pain parfois. Je pense que la recherche a duré quoi, six ans à peu près? Alors, évidemment, ce n'est pas tous les jours. Mais du début à la fin, oui. Et alors, il y avait une pandémie pendant ce temps-là aussi. Mais c'est vrai qu'à un moment donné, quelqu'un m'a dit, mais quand est-ce que le projet a démarré? Alors, j'ai cherché dans ma boîte courriel. Et oui, j'ai remarqué que… Alors, ça commence ici. Le premier courriel, c'était… C'est daté de 2019.

SPEAKER_05

Wow!

SPEAKER_01

Alors…

SPEAKER_05

Qu'est-ce qui a été la plus grande découverte que tu as fait dans ces recherches-là qui ont duré plus de six ans?

SPEAKER_01

Peut-être la plus grande découverte, c'était qu'elle n'a pas suivi une formation à la Sorbonne. Et alors, si on regarde vite, vite sur l'Internet, on va trouver partout, partout qu'elle a fait des études à la Sorbonne. Et je me suis dit, ah oui, mais évidemment, ce serait très impressionnant si c'est vrai. Mais comme je suis journaliste, évidemment, j'ai fait des recherches et j'ai contacté des archives en France. Il fallait attendre très longtemps. Alors, heureusement que c'est un livre et pas une émission de radio ou de télévision qui se font très vite. Mais alors, non, j'ai attendre peut-être six mois. Oui, mais alors... Évidemment, ils sont occupés, mais quand même, quand même, oui. Alors, c'est une région pour laquelle ça a pris tellement de temps parce que parfois, je devais attendre très longtemps pour avoir des réponses, oui. Et

SPEAKER_05

je pense que l'avantage que vous aviez de le faire en bande dessinée, c'est que les dessins pouvaient aussi peut-être pallier dans l'histoire narrative.

SPEAKER_01

C'est

SPEAKER_05

ça,

SPEAKER_01

c'est ça. Alors, on va dire que... J'ai rencontré... Alors, il y a peut-être deux ans... J'avais déjà un scénario de base. Alors, j'avais déjà le concept. J'avais inventé Marianne, qui est un personnage fictif. Et j'avais commencé à rédiger des dialogues. Et ensuite, je me suis dit, OK, maintenant, je dois chercher un dessinateur parce que j'avais un éditeur intéressé. Et alors, je croyais que peut-être l'éditeur pouvait me présenter un dessinateur, mais ils m'ont dit, non, ça ne fonctionne pas comme ça. Alors, toi, tu dois trouver le dessinateur. D'accord. Alors, j'ai commencé à chercher. Et après que j'ai rencontré Stéphane, alors... D'abord, alors, on devait parler de beaucoup de choses et discuter un peu du projet. Est-ce

SPEAKER_05

qu'il a été dur à convaincre de faire une bande dessinée sur Jeanne Benoît? Oui. Ah oui, ça a été

SPEAKER_01

dur? Non, c'était assez facile. Mais est-ce que tu sais qu'il habite à Satin?

SPEAKER_05

Non.

SPEAKER_01

Non. Alors, et la ferme Noirmouton, c'était… Près de Satine. Alors, je peux te raconter comment ça

SPEAKER_05

s'est

SPEAKER_01

passé. Mais oui, j'aimerais ça. Alors, il y a deux ans à peu près, je cherchais un dessinateur. Je suis entrée dans une bibliothèque pas loin de chez nous et j'ai vu l'album de Wim Wenders qui était signé par Stéphane et j'ai adoré parce que j'ai trouvé les dessins vraiment formidables et la palette de couleurs et alors, fantastique. Alors, je lui ai envoyé une lettre ou un courriel tout de suite Il m'a répondu le lendemain. Il a dit, même si je suis français, je connais le nom jambanois parce que j'habite à Saten. Et alors, il a dit, je connais est la ferme Noirmouton. C'est un peu délabré, mais alors je connais. Et j'ai dit, OK, mais j'habite à Montréal. Peut-être on peut dîner ensemble. Peut-être deux semaines plus tard, on a dîné ensemble. Et oui, c'était clair qu'on voulait collaborer ensemble. Alors, évidemment, il y avait quand même beaucoup d'étapes, mais au moment on s'est dit, OK, on veut faire ce livre ensemble, on a fait une demande au CALC pour... C'était assez intéressant pour moi de faire le scénario complet et lui de faire le storyboard en même temps.

SPEAKER_05

OK,

SPEAKER_01

en parallèle. D'habitude, on ne le fait pas comme ça, mais on l'a fait comme ça et j'ai beaucoup aimé ce processus et je pense que j'aimerais le faire une autre fois mais finalement ça a bien été et alors il a un an Lorsqu'on a rencontré Noémie Larouche de l'édition de la presse, on avait peut-être 90 pages de dessins, de faits, alors en noir et blanc évidemment, mais quand même assez pour elle. Elle pouvait regarder ça et comprendre que tout était là. Et alors elle nous a dit, je ne sais pas, après une semaine... oui, on a envie de publier ce

SPEAKER_05

livre-là. Et je pense qu'il y a comme un regain d'intérêt sur Jeanne Benoît. Il y a eu des ouvrages qui ont été publiés dans les dernières années, je pense entre autres au livre de Simon Boulris, qui a un peu comme remis Jeanne Benoît dans le paysage médiatique québécois.

SPEAKER_01

J'ai vu ce livre-là de Simon Boulris, parce qu'évidemment, quand j'ai entendu parler de ça, parce que c'est à propos des micro-ondes, mais aussi c'est à propos de Jeanne Benoît, mais malheureusement, il y a des erreurs. Ah oui? Par exemple, il n'y a pas d'accent circonflexe sur Benoit. Et alors, j'ai trouvé ça un peu dommage quand j'ai lu son livre parce que j'ai vu tout de suite juste des erreurs.

SPEAKER_05

Ah oui, c'est ça. Il manquait peut-être la recherche que vous avez fait. Mais oui, mais oui. Mais bravo pour ce beau livre parce que moi, je ne la connaissais pas. Je connaissais le nom Jeanne Benoit. Mais là, maintenant, j'ai un peu découvert qui était cette femme-là.

SPEAKER_01

Mais c'est ça, il y a beaucoup... Alors, on était au salon de livres à Québec ce week-end, non, week-end passé. Et alors, beaucoup, beaucoup de gens m'ont dit exactement la même chose. On connaît le nom Jean-Benoît, mais on ne connaît absolument rien sur sa vie personnelle. Alors, c'est peut-être pour ça qu'il y a beaucoup de gens qui s'intéressent à ça. Et je

SPEAKER_05

vous entendais dernièrement dire en entrevue que vous considériez que c'était comme la première influenceuse culinaire au Canada. Pourquoi avoir choisi ce terme-là pour la décrire?

SPEAKER_01

Parce qu'elle était partout. Alors, elle était sur la radio, télévision, sur des scènes Elle a écrit des articles pour des magazines. Et alors, elle a écrit des livres. Alors, vraiment, elle était partout. Tout le monde, mais pas juste au Québec, tout le monde au Canada connaissait le nom de Jeanne Benoit. Et alors, je dirais, oui, première femme comme influenceuse, mais aussi vedette culinaire. Maintenant, il y a beaucoup de vedettes culinaires, n'est-ce pas? Mais à ce moment-là, elle était vraiment la seule. Mais au Canada, c'est... Si

SPEAKER_05

vous me permettez, Mégane, on s'arrête et au retour, je veux qu'on continue de parler de cette bande dessinée Jeanne-Benoît.

SPEAKER_04

Ici Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_05

J'étais toujours en compagnie de mon autrice invitée de la semaine, Mégane Dunford, pour parler de sa bébé Jeanne-Benoît. Et Mégane, j'ai envie de te demander, qu'est-ce qui rendait si moderne Jeanne-Benoît à cette époque-là?

SPEAKER_01

Alors, elle était... Très moderne, d'abord parce qu'elle était bilingue. Oui. Alors, elle parlait l'anglais aussi bien que le français et c'était vraiment pas l'habitude de la plupart des gens à cette époque-là parce que la plupart des gens étaient soit anglophones ou francophones. Mais son père a inventé un système pour enseigner l'anglais et c'est pour ça qu'elle était bilingue. Et alors, juste ça, le fait d'être bilingue. Alors, c'est pour ça qu'elle a Elle a débuté sa carrière au Québec, mais ensuite, elle a continué sa carrière à travers le pays. Alors, ça, c'était moderne.

SPEAKER_05

Est-ce qu'elle était aussi populaire du côté francophone qu'anglophone? Oui,

SPEAKER_01

oui. Et alors, il y a beaucoup de journalistes qui ne savaient pas ça, qui ne savaient pas qu'elle était aussi connue. Mais c'est pour ça qu'il va y avoir une version anglaise du livre. Parce que clairement... Il va y avoir un intérêt pour les anglophones. Oui. Et l'autre... Alors, elle était moderne pour plusieurs raisons. Alors, autre chose. Alors, elle a dirigé deux entreprises dans les années 30. Et alors... Les femmes n'avaient même pas le vote au Québec provincial à ce moment-là. Alors, c'est vraiment surprenant qu'elle était capable et même le fait qu'elle a voulu, parce que ce n'était pas

SPEAKER_05

évident. Non, non, on le voit dans la bande dessinée, comment elle s'est battue.

SPEAKER_01

Et peut-être, il y a beaucoup de raisons, mais une troisième raison, c'est que son premier mariage était malheureux et elle n'a pas accepté de rester avec ce

SPEAKER_05

gars-là. grand désespoir de sa mère.

SPEAKER_01

Oui. Et alors, je vois qu'elle était vraiment courageuse parce que la plupart des femmes, même si elle était malheureuse, n'avaient pas vraiment le

SPEAKER_02

choix.

SPEAKER_01

Et alors... peut-être qu'elle ne voulait pas rester avec leur mari, mais elle n'avait pas le choix. Mais Jeanne, évidemment, elle avait beaucoup de courage, mais aussi... Une certaine liberté aussi avec la prestance qu'elle avait. Oui, et alors, même quand sa mère a voulu qu'elle reste avec ce mari-là, Jeanne était prête à non seulement quitter son mari, mais aussi subir les conséquences de la relation qui a détérioré avec sa mère. Alors, j'ai trouvé ça assez courageux parce que finalement, elle s'est dit, non, mais alors, on a juste une vie, pourquoi est-ce que je vais sombrer dans une vie malheureuse?

SPEAKER_05

Bravo. Bravo à Jeanne-Benoît. Oui, oui, oui. Et on découvre dans la BD que son rapport au féminisme est assez ambigu à certains moments. Comment l'interprétez-vous? Justement, d'un côté, elle a encouragé les femmes à s'émanciper, puis de l'autre côté, d'être une bonne ménagère à la maison puis de combler leur mari?

SPEAKER_01

Oui. Alors, il y a des personnes qui m'ont demandé est-ce qu'elle était féministe? Je dirais non. Non. Parce que même si elle a brisé des barrières et même si elle était courageuse et alors, finalement, c'est comme elle a Elle a aidé les ménagères à devenir de meilleures ménagères. Alors, c'est vrai qu'elle était une modèle. Alors, je ne sais pas, peut-être il y a des femmes ou des jeunes femmes qui l'ont regardé sur scène et se sont dit, moi aussi, je vais poursuivre ma passion. Ça se peut, ça se peut. Mais je ne pense pas que c'était son

SPEAKER_05

but.

SPEAKER_01

OK. Non.

SPEAKER_05

Et diriez-vous que son passage à Paris, ça a été déterminant dans sa carrière?

SPEAKER_01

Oui. Je crois que le fait qu'elle a rencontré Édouard de Pomian

SPEAKER_02

qui

SPEAKER_01

était un médecin scientifique, mais aussi un gourmand. Alors, je crois que, oui, alors on ne sait pas exactement comment elle a rencontré Édouard de Pomiane, mais elle mentionne souvent que lui était vraiment son mentor. Et alors, je comprends très bien parce qu'il aimait beaucoup la science, mais aussi le plaisir scientifique. de la table, les plaisirs de la table. Alors, il n'y a pas beaucoup de gens qui ont comme combiné ces deux choses-là, mais alors, Édouard de Pomian l'a fait et Édouard de Pomian aussi avait une grande curiosité et beaucoup d'enthousiasme. Et alors, je... Jeanne, je ne sais pas si elle a suivi des cours avec lui ou bien elle a juste écouté des émissions à la radio. On ne saura jamais. Mais tout ce qu'on sait, c'est que c'est sûr qu'elle a été beaucoup influencée par lui.

SPEAKER_05

Et on peut dire qu'elle a modernisé la cuisine québécoise. Oui. Puis elle trouvait des moyens pour que les femmes puissent continuer à faire des recettes, mais avec des ingrédients qu'on avait ici.

SPEAKER_01

Oui. Oui, parce qu'elle avait une curiosité sans limite. Et elle voulait que les femmes prennent plaisir à cuisiner et aussi elle voulait vraiment que les Québécoises s'ouvrent davantage. au monde. Un peu comme René Lévesque. Et moi, j'avais envie de

SPEAKER_05

faire peut-être un parallèle avec Ricardo, l'arrivée, qui a vraiment révolutionné quand même la cuisine du quotidien familial avec les femmes qui travaillent. Un peu à sa manière, Jeanne Benoît a fait la même chose auprès des ménagères.

SPEAKER_01

Oui, je dirais que alors, démystifier un peu la cuisine, je dirais que c'est Ricardo qui est arrivé à faire ça aussi, mais pour une autre génération.

SPEAKER_05

Et quelle place s'occupait justement de l'Encyclopédie de la cuisine canadienne aujourd'hui. Est-ce que c'est encore présent dans le quotidien quand vous avez rencontré les gens? Est-ce qu'il y a aussi à la fin, je pense, plusieurs chefs cuisiniers que vous avez interrogés. Est-ce que, eux, c'est quelque chose qui les a influencés à devenir des chefs cuisiniers

SPEAKER_01

aujourd'hui? Non. Alors, je dirais qu'en 1963, alors, je dirais que c'était… extrêmement important. Et c'est vraiment fascinant que c'était le cadeau de noces le plus populaire. Et j'ai rencontré beaucoup de gens au salon de livres qui m'ont dit qu'ils ont chez eux l'encyclopédie que leur mère a reçu un cadeau de noces. Et alors... j'ai trouvé ça très intéressant. Pas juste quelques-uns, mais comme toute une génération. Alors, c'était à ce moment-là, le livre de cuisine le plus important. Ça, c'est sûr. Ça, c'est sûr.

SPEAKER_05

Le livre d'une génération. Oui, oui. Vraiment. Et comment, j'ai envie de savoir comment s'est faite la collaboration avec Stéphane pour la création de la bande dessinée? Est-ce que tu as intervenu justement dans sa manière d'illustrer puis d'ajouter photos et illustrations faites par Stéphane? Comment ça s'est la collaboration

SPEAKER_01

oui alors d'abord comme j'ai dit on a fait le scénario et le storyboard en même temps et alors par exemple mais parce que parce que j'ai de l'expérience en film documentaire alors je savais comment regarder la question de structure narratif comme s'il avait une caméra Alors, je me suis dit, OK, par exemple, on va juste parler du sein dans le verger. Oui. C'est au début. Et alors, j'avais lu cette petite anecdote. C'est peut-être un paragraphe dans un livre de cuisine de Jean Ballon. Alors, je sais que c'est quelque chose qu'elle a vécu. Et je sais que c'était quelque chose de très important. Alors, je me suis dit, OK, alors peut-être si on a quatre pages à peu près, alors... J'ai dit, alors, dans la case 1, on voit le verger complet. Ensuite, j'ai vraiment indiqué dans chaque case qu'est-ce qu'on va voir et quels sont les dialogues. Parfois, Stéphane a voulu faire des modifications et on a discuté, bien sûr. C'est normal parce que lui aussi avait d'autres idées. Mais je dirais que la plupart du temps, il a regardé ça et il a dit, oui, je le vois, c'est bien, je vais illustrer comme ça. Et ensuite, mais au début, c'était juste des dessins. Et ensuite, lorsqu'on a rencontré Noémie aux éditions de la presse, on a... discuter de plein de choses parce qu'on avait les dessins. Ensuite, c'est Noémie qui avait l'idée de faire le carnet de recherche. OK. Vous avez la fin. Oui, c'est vraiment bien ça. Oui, c'était l'idée de Noémie parce qu'elle s'est dit, alors, il y a quand même des trous, il y a des mystères. Alors, peut-être pour les lecteurs, ce serait intéressant de savoir qu'est-ce qui se passe ou est-ce qu'il y a des choses qui sont connues, est-ce qu'il y a des choses qu'on ne saura jamais. Et alors, ça, c'est un apport très important de Noémie. Mais l'autre chose, c'est qu'à un moment donné, on a discuté et lorsqu'elle a su qu'il avait des archives, parce qu'évidemment, en même temps que j'ai travaillé sur le scénario, j'ai envoyé des photos de référence à Stéphane. Parce qu'au fur et à mesure que je faisais les recherches, j'ai trouvé des photos, bien sûr. Et alors… J'ai dit, alors, par exemple, je ne sais pas, par exemple, pour l'histoire de Basil Brothers, alors même si... j'ai pas trouvé des images de l'intérieur de ce magasin j'ai quand même trouvé un photo du marché Saint-Laurent qui n'existe plus et alors j'ai envoyé ça et j'ai dit alors pour l'intérieur c'est un peu compliqué mais il faut peut-être avoir pour avoir trop de détails mais pour l'extérieur voici un photo référence et alors lorsque Noémie a su qu'il avait tout ses archives visuelles chez moi, dans un dossier, évidemment. Elle a dit, ah, mais peut-être que ce serait intéressant d'incorporer toutes ces images. Et alors, d'abord... C'est une très belle idée. Moi, j'ai beaucoup aimé. Mais d'abord, il faut regarder pour les droits.

SPEAKER_05

Ah

SPEAKER_01

oui. Parce que c'est quand même... On n'a pas vraiment de budget pour tout... plein de photos, mais dans beaucoup de cas, les photos étaient gratuites. Soit parce qu'ils étaient tellement vieux que personne ne tenait les droits, ou bien ça appartenait à des gens qui voulaient les contribuer. Et alors, finalement, on s'est dit, OK, c'est formidable. Et parfois, c'était des photos qui appartenaient à... quelqu'un qui les a achetées à des enchères, et alors, voilà. Alors, on s'est dit, OK, ça va, parce qu'on sait qu'on peut les incorporer et c'est vrai que ça va être très intéressant, pas juste point de vue visuel, mais aussi, en même temps, le lecteur va savoir, OK, alors, je sais que c'est une histoire vécue, c'est une vraie

SPEAKER_05

histoire. Oui, on s'y rattache

SPEAKER_01

un peu plus de la voir, la vraie Jeanne Benoît

SPEAKER_05

sur

SPEAKER_01

les photos. Et lorsqu'on a fait un premier essai, on s'est dit tout de suite, oui, ça, c'est une très bonne idée. On va ajouter tous les archives possibles. Bien, bravo. Ah, mais merci. Si

SPEAKER_05

tu me permets, Mégane, on s'arrête et au retour, je veux qu'on parle de tes coups de cœur littéraires.

UNKNOWN

Oui.

SPEAKER_03

Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_05

On est maintenant rendu au segment du coup de cœur littéraire de mon autrice invitée de la semaine, Mégane Dunford, et on va parler du roman Entre ciel et terre de John Calman Stevenson. Pourquoi ce livre-là? Comment il est entré dans ta

SPEAKER_01

vie? Ah, OK. Alors, j'aime beaucoup flâner dans la bibliothèque, mais plusieurs bibliothèques, et je trouve parfois, je trouve des livres juste par hasard. Et évidemment, c'est peut-être la couverture. Alors, ça fonctionne parfois. On choisit à propos du titre ou bien la couverture. Mais dans ce cas-là, non, je pense que c'est parce que quand j'ai lu le synopsis, ça m'a tentée parce que c'était à propos d'une histoire du 19e siècle en Islande. Et je me suis dit, OK, alors je connais... Pas beaucoup sur l'Islande du 19e siècle et ça m'intéresse. Alors, c'est pour ça que je l'ai pris. Mais ensuite, j'ai commencé à lire ce livre-là. Et alors, c'est du point de vue d'un garçon qui a à peu près, je ne sais pas, peut-être 12

SPEAKER_02

ans.

SPEAKER_01

Et... je me suis rendu compte très vite que c'était vraiment de... C'était un roman, mais un roman très poétique. Et alors, je me suis dit, OK, alors, c'est un livre très, très précieux. Je ne vais pas le lire avant de dormir. Non, parce que je dois vraiment me concentrer sur chaque mot.

UNKNOWN

Et...

SPEAKER_01

Alors, finalement, je lis d'habitude très vite, mais ça m'a pris peut-être deux semaines pour le lire. Je suis curieuse, est-ce que tu lis en français ou en anglais

SPEAKER_05

quand tu lis une traduction comme ça? Ça dépend.

SPEAKER_01

OK, dans ce cas-ci? Dans ce cas-ci, oui, c'était en anglais. OK. Mais j'ai déjà lu des traductions de livres, je ne sais pas, espagnols ou portugais, en français, oui. OK. C'est de mélange, oui.

UNKNOWN

Parfait. Oui. Mais...

SPEAKER_01

Et alors, l'histoire s'est portée sur un garçon qui est orphelin. Et alors, son père est mort. Il est un pêcheur. Il est mort... à la mère, et sa mère est morte très jeune à cause d'une maladie, on ne saura jamais quoi. Mais j'ai trouvé que c'était vraiment réaliste parce qu'à ce moment-là, s'il habitait un village en Islande, et alors s'il avait un malheur, alors c'était vraiment dommage. Et ce gars-là, il adore les livres. Et alors... Ce n'est pas évident ce qui va arriver parce que comme il n'a pas de parents pour s'occuper de lui, normalement, il doit trouver un boulot. n'est-ce pas? Bien oui. Il faut qu'il vive, il faut qu'il

SPEAKER_05

puisse

SPEAKER_01

se nourrir. Oui, même s'il a juste 15 ans. Alors, il est un homme. Il est un homme et il doit être indépendant. Il n'a personne pour s'occuper de lui. Et alors, il ne sait pas quoi faire parce que le seul boulot qu'il peut trouver, c'est comme être assistant pour des pêcheurs. Et alors, d'abord, c'est très dangereux. Son père est mort, n'est-ce pas? Comme ça. Et alors, il a un peu peur, mais aussi, c'est comme il a un une imagination vraiment vive et alors une imagination très fertile et on voit qu'il trouve ça assez plate aussi en même temps et alors c'est comme Bien, voilà, ça commence comme ça, oui. Ah,

SPEAKER_05

c'est intriguant. Oui. Et j'ai envie de te demander, Mégane, qu'est-ce qui priorise pour toi quand tu fais une lecture? Est-ce que ça va être le personnage auquel tu vas t'attacher ou plus le style d'écriture de l'auteur?

SPEAKER_01

C'est peut-être les deux. Un mélange des deux. Un mélange des deux. Mais une chose intéressante, c'est que... Alors, je l'ai lu pendant... Alors, peut-être c'était janvier, février, alors plein hiver. Et j'ai trouvé ça intéressant parce qu'évidemment, le... Ce livre-là aussi, ça se passait pendant l'hiver. Alors, il parlait d'une tempête de neige. Et alors, je regardais dehors et c'était tempête de neige. Grande différence. Alors, même si les météos étaient semblables, alors, eux autres, au 19e siècle, ils n'avaient pas beaucoup, beaucoup à manger, évidemment. Parce que même s'ils pouvaient pousser des choses, quelques légumes ou quelques fines herbes ou quelques, même pas des fruits, peut-être des petits fruits. Alors, pendant l'hiver, alors ils avaient, qu'est-ce qu'ils avaient? Alors, ils avaient du gruau, ils avaient des poissons marinés, alors ils avaient du gras de l'agneau qu'ils utilisaient comme la beurre sur un pain, mais... Il y avait du café. Je crois que le café, c'était la seule chose qu'ils devaient acheter, qui était importée. Mais tout le reste, c'est comme les gens qui faisaient, évidemment, leur pain et leur pâté de mouton et leur poisson mariné. Alors, ils avaient juste ça à manger pendant l'hiver et tout le monde attendait évidemment l'été, mais comme nous autres. Mais je me suis dit, OK, mais oui, on attend l'été, mais quand même je peux manger des tomates demain si je veux. Et j'étais tellement prise dans l'histoire qu'à un moment donné, même si je mangeais juste quelque chose de très simple, je me suis dit, oh, mais je suis vraiment chanceuse. Parce que ce gars-là, il a très, très faim et Il doit attendre jusqu'au mois de mai pour bien manger.

SPEAKER_05

Moi, je peux manger bien tout de suite. Et j'ai envie de te demander, Mégane, comment tu choisis tes livres que tu vas lire? Tantôt, tu parlais peut-être de pages couvertures, de titres. Est-ce qu'il y a un genre en particulier que tu affectionnes plus qu'un autre?

SPEAKER_01

C'est une bonne question. Alors, je suis vraiment assez ouverte. Peut-être que je suis toujours en train de chercher des nouveaux livres. Et alors, parfois, c'est des critiques. Par exemple, dans dans le devoir. Parfois, c'est des recommandations d'amis. Alors, quand j'étais au salon de livres à Québec, je flânais, je regardais, j'ai posé des questions. Et alors, peut-être, je suis toujours à l'affût parce que, voilà, il n'y a pas comme une sorte de livre que j'adore. Est-ce que c'est plus du roman que tu vas lire? Plus de romans que d'ouvrages? Oui, que mettons

SPEAKER_05

d'essais ou de recueils de poésie

SPEAKER_01

ou de nouvelles. Oui, c'est surtout des romans.

SPEAKER_05

Puis un peu de bande dessinée, je présume? Oui. Tu parlais

SPEAKER_01

de ton amour de la bande dessinée. Oui, beaucoup de bande dessinée. Mais c'est vrai que les bandes dessinées, on peut les lire assez vite, n'est-ce pas? Alors, c'est comme, je dirais que j'ai toujours comme un mélange, mais beaucoup de romans. Et je dirais que j'ai même pas juste un plaisir de lire des romans, mais un besoin. Et alors, chaque journée, vers peut-être 4 heures, j'arrête tout le travail que je fais, je prends un thé et je lis peut-être un chapitre d'un roman. Et c'est comme j'ai besoin de m'évader.

SPEAKER_05

La postée, comme on

SPEAKER_01

dit. Oui, non, mais c'est...

SPEAKER_05

Comme les Britanniques

SPEAKER_01

font le Vatapra. Mais alors, je ne prendrais pas une magazine et je prends... Non. Vraiment, j'ai besoin de m'évader, de sortir de tout ce que j'ai fait, de sortir de tout ce qui arrive dans le monde. Wow. Et alors... Oui, ça fonctionne très bien. Si c'est un livre que j'aime, évidemment. Mais alors, je lis beaucoup, clairement. Si chaque journée, j'arrête pour prendre comme un pause de, je ne sais pas, 40 minutes, ça suffit. Et après, je suis renouvelée, je peux faire tout ce qui est nécessaire. Mais si je ne réussis pas à avoir cette pause-là, pause littérature, c'est comme je... je ne fonctionne pas aussi bien.

SPEAKER_05

Mais je trouve que c'est une belle idée de le faire à cette heure-là. On a fait notre journée de travail en grande partie, la petite pause, puis après, c'est la vie familiale, le souper, tout ça qu'on

SPEAKER_01

peut faire. Et s'il reste encore quelques courriels, ce n'est pas grave, mais c'est vrai. Parce que je me lève assez tôt, vers 7 heures, alors à 4 heures, oui, j'ai déjà fait beaucoup de travail.

SPEAKER_05

Oui, c'est ça. Je trouve que c'est une belle idée. Je garde ça en tête.

SPEAKER_01

Mais c'est intéressant parce que ce n'est pas juste, comme j'ai dit, ce n'est pas juste pour le plaisir. Honnêtement, vraiment besoin maintenant. Peut-être que c'est parce que je le fais tous les jours.

SPEAKER_05

C'est une certaine hygiène que tu as instaurée dans ton quotidien. Oui. Merci beaucoup de la suggestion, Mégane. On s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.

UNKNOWN

D'accord.

SPEAKER_06

Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_05

C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Karine Glorieux. Bonjour, comment tu vas? Ça va très bien et toi? Très très bien et on commence ce mois-ci avec Les vagues, c'est les rates de Hélène Rompré, publiée chez Québec Amérique.

SPEAKER_04

Oui, donc c'est un premier roman pour adulte d'Hélène Rompré. Une autofiction l'autrice raconte sa rupture avec un homme qui met fin à leur relation de 4 ans par un petit texto laconique il écrit j'ai des sentiments pour une autre femme. Bon, pas très sympathique. Pourtant, avant le fameux message, tout semblait aller bien. En apparence, du moins, ils s'apprêtaient à vivre ensemble. La relation semblait faite pour durer. Et à ce titre-là, on peut dire que les vagues scélérates, c'est bien choisi. Est-ce que tu sais c'est quoi des vagues scélérates? Non. C'est des vagues qui apparaissent en mer sans explication. Et là, l'autrice explique, elle dit tout est calme, puis un mur de 30 mètres s'abat sur le navire et l'écrase comme une coquerelle. Donc, la coquerelle dans cette histoire,

SPEAKER_02

c'est

SPEAKER_04

elle. Et heureusement, les coquerelles sont résistantes. Alors, c'est le livre de cette rupture et des mois qui ont suivi, mais pas seulement. Hélène Rompré est prof d'histoire, spécialiste des grands conflits et met aussi de l'avant dans son livre des bribes de l'existence de celles et ceux qui ont traversé des guerres et en sont sorties avec des blessures d'autant plus profondes. Donc, l'histoire, la petite histoire personnel croise l'histoire avec un grand H. J'ai aimé ce récit qui se lit d'une traite avec des chapitres très courts, faits de fragments donc elle se dévoile, raconte sa vie de mère, parle de sa maison, son rapport à l'écriture et on aime prendre les petits faits historiques qui sont glissés tout au long de l'oeuvre et surtout j'ai trouvé que c'était assez bien qu'elle garde son sens de l'humour. On parle d'une rupture de façon originale avec un ton qui reste humoristique. Donc, un livre assez unique. J'ai trouvé délicat, lumineux, malgré qu'on parle de guerre. et

SPEAKER_05

de rupture. OK. On rappelle le titre « Les vagues scélérales » de Hélène Rompré, publié chez Québec Amérique. On poursuit maintenant avec « La lenteur des ombres » de François Kearney, publié chez Hurlante Fiction.

SPEAKER_04

Oui, je ne croyais pas autant aimer ce livre. Le narrateur, en effet, de « La lenteur des ombres », c'est un acte qu'on pourrait détester. Un flammeau, alcoolo, menteur, obsédé par l'idée de se faire publier. Pas tant parce qu'il aime la littérature, mais surtout parce qu'il voudrait qu'on le reconnaisse lui, autant que, par exemple, Sébastien Dulude, l'auteur d'Amiante, le texte est truffé de références assez comiques au monde littéraire actuel. Donc, pendant une grande partie du roman, même si on annonce en quatrième de couverture qu'un manuscrit anonyme viendra tout changer dans sa vie, c'est à cette existence-là qu'on assiste, celle d'un auteur raté qui a hérité de la librairie de son père, qui est, lui, à la fois discret et génial. Et on qu'on pourrait se lasser, mais ça n'arrive pas. On finit par s'attacher à ce personnage. Loseux, mais tellement sympathique. On le regarde se mettre les pieds dans les plans en se demandant « Mais pourquoi il fait ça? » Puis on se reconnaît quand même à travers ça. On reconnaît une part de nous-mêmes dans ses faiblesses, son besoin d'être aimé, et c'est franchement drôle. Puis une fois qu'on est bien attaché à ce Victor qui ne fait pas grand-chose de sa vie, le roman prend un virage, celui qu'on n'attendait plus, et les surprises déboulent. L'auteur exploite donc le thème connu, là, finalement, du manuscrit volé, mais réussit à le faire en s'amusant avec les codes de la littérature et en gardant son lecteur captif. Il réussit finalement, d'une certaine manière, à faire ce que son personnage a tant de difficultés à accomplir, divertir, toucher, faire rire et réfléchir. Donc, c'est pas si mal.

SPEAKER_05

Tu m'intrigues avec ce livre-là. Ça s'intitule « La lenteur des ondes » de François Corny, publié chez Hurlante Fiction. On poursuit maintenant avec « C'était ça ou mourir » de Télécine Aurélien, publié chez Boréal.

SPEAKER_04

Oui, c'était ça mourir le grand succès en librairie du printemps. L'éditeur québécois Boréal, j'allais dire Montréal, ça se passe à Montréal à la fin, a annoncé avoir vendu Les Droits dans 21 pays et on parle même d'une adaptation prochaine au cinéma. J'avais beaucoup d'attentes quand j'ai commencé ma lecture, d'autant plus que j'enseigne le roman de la route dans mes cours et qu'il s'agit justement du genre choisi par l'auteur. Donc, on découvre la route prise par Jonas, le personnage principal et narrateur, qui est celle d'un migrant qui fuit la violence d'Haïti pour trouver une vie meilleure ailleurs. Ce périple va le faire aboutir au Québec après plusieurs épreuves. J'ai d'abord été saisie par le rythme de l'écriture. Presque chaque phrase semblait faite pour qu'on s'y attarde, semblait contenir une vérité, une saveur spéciale. Tu sais, les phrases qu'on a envie d'écrire, puis d'accrocher sur notre babillard devant notre bureau. J'étais très curieuse de voir cette histoire m'amènerait Et je dois dire que le trajet du personnage est intéressant, puisqu'il retrace la complexité du parcours migratoire de milliers, vraiment de beaucoup de personnes. Par contre, il y a quelque chose dans la structure des chapitres que j'ai trouvé assez répétitive, peut-être dans le trop-plein de figures de style, par exemple, beaucoup, beaucoup de comparaisons, et un peu dans le manque d'approfondissement de la psychologie des personnages qui m'a fait décrocher à plusieurs moments. C'est un livre flamboyant qui parle d'un sujet essentiel Mais la mécanique du récit me semblait un peu artificielle et ça n'a pas réussi à me rejoindre tant que ça. Donc, un avis mitigé pour ce roman. Mais je le répète, ce roman-là a le vent dans les voiles. Donc, c'est vraiment personnel.

SPEAKER_05

On rappelle le titre « C'était ça ou mourir » de Télécine Aurélien, publié chez Boréal. Et là, on change complètement de registre avec « Mon chien est mort » de Ben Sir, préface de Guy Jodoin, publié chez Libre Expression.

SPEAKER_04

Ah oui, complètement autre chose. cette fois-ci. Premier livre de Ben Sir. Mon chien est mort parle de, je te laisse deviner.

SPEAKER_05

La mort de son

SPEAKER_04

chien. Exactement. Donc, la mort de son chien, mais aussi, surtout, en fait, de l'intensité de la relation qui unit un humain à son chien. C'est un livre vraiment sans prétention l'auteur raconte l'arrivée d'un monsieur, c'est le nom de son chien, dans sa vie, dans sa famille. Un chien qui devient rapidement son chien à lui. Son projet, son partenaire de course et de vélo. Le best- chien, comme il l'appelle. Une source de bonheur quotidienne. J'ai commencé ma lecture pas trop convaincue avec l'impression qu'un livre sur les chiens, c'était seulement intéressant si on apprenait des faits concrets. Comment le nourrir, comment l'élever, etc. Je me disais que pour le reste, je le savais. Après tout, j'ai un chien. Je sais comment ça marche. Mais finalement, j'ai vraiment aimé ce petit livre. C'est souvent drôle, c'est aussi très émouvant et ça pousse à réfléchir à ce que signifie amener dans notre vie une bête à laquelle on va énormément s'attacher. et qui presque inévitablement mourra avant nous. Je le recommande vraiment à celles et ceux qui ont un chien. Pas nécessairement pour qu'ils se préparent au deuil, parce qu'on ne veut pas penser à ça tout le temps, mais vraiment pour qu'ils apprécient encore plus leur bête le temps qu'elle est

SPEAKER_05

là. Wow! Et je vois sur la page couverture que l'auteur va remettre un dollar par lit vendu à la SPCA. Oui,

SPEAKER_04

donc une belle action en

SPEAKER_05

même temps. Bien oui, on rappelle le titre, c'est Mon chien est mort de Ben Sir, publié chez Libre Expression. Et là, on termine avec Explosion de Thomas au Saint-Pierre, publié chez L'Homéac.

SPEAKER_04

Oui, Explosion, donc un roman qui est empreinte des voix multiples. C'est un livre qui s'intéresse au monde universitaire, avec ses fortes rivalités et ses divergences d'opinion. Et ça tarde plus spécifiquement la vie de trois profs de philosophie, alors que l'une vient de se séparer, qu'un autre prend une sabbatique et cherche à mettre en pratique certains de ses idéaux dans son nouveau chalet, tandis que le troisième, qui a enfin publié la somme de ses réflexions, s'enferme chez lui, au milieu des livres après une altercation avec une étudiante qui a porté plainte. On découvre des personnages à l'égo énorme, névrosés, mal dans leur peau et je vais dire que l'auteur réussit bien avec une narration qui passe de l'un à l'autre à créer une ambiance tendue. Avec le titre qui s'appelle Explosion, on a hâte de voir vers quoi ça va mener. Et donc, toute l'ambiance reste tendue pendant tout le livre et on arrive à une finale qui est un peu précipitée, j'ai trouvé. Les motivations des personnages, j'aurais peut-être mérité un peu plus de développement pour qu'on croit réellement au dénouement. Mais il reste que Thomas O. Saint-Pierre a une plume habile, un talent indéniable pour créer des personnages. J'ai particulièrement apprécié Dominique, un personnage féminin complet, complexe, dont le point de vue ironique sur ce milieu majoritairement masculin m'a semblé lucide et crédible. Donc, quand même un livre... que je recommande, qui est « Aller dans un chalet ». Ça se passe en grande partie dans un chalet. Donc, peut-être dans un chalet cet été.

SPEAKER_05

Ah, intéressant. Ça s'intitule « Explosion » de Thomas O. Saint-Pierre, publié chez Le Méac. Merci beaucoup, Karine, pour les belles suggestions.

SPEAKER_00

Ici Audrey Willenmy, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.

SPEAKER_05

On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon autrice invitée de la semaine, Mégane Dunford, pour parler de sa BD Jeanne Benoît, publiée aux éditions La Presse. Et j'ai envie de te demander, Jeanne, qu'est-ce que tu voudrais que les gens retiennent de cette bande dessinée-là concernant Jeanne

SPEAKER_01

Benoît? Ah, OK. Alors... Je trouve que Jeanne est quelqu'un de très intéressant parce qu'évidemment, elle a voulu enseigner beaucoup de choses. Alors, je dirais que elle est une communicatrice culinaire et elle voulait enseigner, mais plus que ça, elle voulait vraiment que les femmes prennent plaisir à cuisiner et deviennent assez confiantes pour ajouter même le petit tout personnel. Elle ne voulait pas que les gens prennent sa recette et se disent, OK, alors maintenant, je vais toujours faire ma tourtière comme ça. Non, mais vraiment, je sais que... Parce qu'elle, elle a trouvé que la cuisine était une aventure.

SPEAKER_02

Et

SPEAKER_01

alors, elle voulait vraiment... que toutes les femmes se fassent confiance. Oui, elles regardent la cuisine comme une aventure. Et non pas comme un corvée, ça c'est sûr, mais c'était vraiment une aventure parce qu'elle était vraiment prise dans cette aventure-là et voulait vraiment donner comme ça, comme cadeau aux femmes. Alors, vous pouvez faire une aventure en cuisine et je vais vous aider à s'en aller.

SPEAKER_05

Et est-ce que tu penses que cette bande dessinée-là va changer la perception des gens sur Jeanne

SPEAKER_01

Benoît? Ça se peut, oui, ça se peut parce que c'est vrai que il y a beaucoup de gens qui ont déjà vu des vidéos, évidemment, ou des annonces, parce qu'elle a fait quand même beaucoup de publicité. Oui,

SPEAKER_05

elle est même allée au Japon rencontrer les gens de Panasonic elle invitait les femmes à se procurer un micro-ondes. Elle disait que ça allait révolutionner leur

SPEAKER_01

vie. Oui, oui. Pas juste micro-ondes. Alors, Dainty Race, alors, des boissons, parfois. Alors, des Frugal Seals, c'était des contenants plastiques. Elle a fait beaucoup, beaucoup de de publicité. Mais parce qu'elle est ici connue, n'est-ce pas? Alors, ce n'est peut-être pas surprenant qu'elle était engagée pour faire ça. Un peu comme nos influenceurs, comme tu disais tout à l'heure, qu'on utilise pour vendre des produits. Oui, alors, mais je crois que, oui, elle aimait ça aussi peut-être, mais je sais qu'elle a fait beaucoup, de ses dons, le carnet de recherche, alors il y a quelques images des annonces qu'elle a faites. Mais, attends, qu'est-ce qu'on a dit avant?

SPEAKER_05

On parlait de la perception des gens. Ah, la perception

SPEAKER_01

Pour la perception, je crois que peut-être, oui, pour beaucoup de gens, avant de lire la BD, ils voyaient juste comme l'image d'elle à la télévision en parlant d'une recette ou bien elle en train de… Ventre, quelque chose. Mais maintenant, peut-être, il va y avoir une image plus 3D motionnelle de cette femme-là.

SPEAKER_05

Est-ce que ça t'a donné envie, peut-être, de nous ramener une autre personnalité connue avec un genre de BD documentaire comme celle-là?

SPEAKER_01

Oui, justement, oui. Ah oui? Oui. Alors, je ne peux pas... trop dire, mais je viens de faire une demande au CALC pour la recherche parce que ça commence toujours par

SPEAKER_05

là. Est-ce que ça va être encore Stéphane qui va être aux illustrations?

SPEAKER_01

Mais je ne sais pas encore. Mais la chose, c'est que même si... OK. Alors, ça dépend. Chaque projet est assez différent, n'est-ce pas? Oui. Vraiment. Mais même s'il a moins de recherches, et évidemment, 6 heures, c'est un peu trop, mais... Alors, même s'il n'a pas d'autres pandémies, quand même, il a plusieurs étapes. Et alors, la recherche... Pour Jean-Benoît, j'ai fait de la recherche toute

SPEAKER_02

seule.

SPEAKER_01

Et ce n'est pas juste la recherche. C'est la recherche et trouver le concept, trouver le scénario. C'est quoi la structure narrative du livre. Et alors, c'est vraiment à moi de faire ça. Et ensuite, à trouver un dessinateur qui est approprié parce que... Ça dépend. Je n'ai pas encore abordé ce projet-là, mais ça se peut que ce soit un autre style. Oui, parce que c'est trop tôt. C'est trop tôt pour dire.

SPEAKER_05

D'accord, mais on va surveiller ça. Et qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les prochains mois,

SPEAKER_01

Mégane? Alors, voilà, j'attends les réponses pour ça. J'ai déjà développé un autre film, un film de long métrage. J'attends les réponses pour ça. Il y a un court-métrage, un autre projet de film. et que je développe. Et aussi, je continue à rédiger des articles. Récemment, j'ai rédigé, en fait, une critique d'un bon dessiné portugais. Alors, voilà, j'adore parce que chaque journée, c'est complètement différent. Alors, si je suis toujours en train de rédiger des articles, développer des films, maintenant développer un autre bon dessiné, un biographique aussi, Et aussi, alors, oui, c'est vrai, tu as parlé de cet ouvrage documentaire sur le plastique. Oui. Qui a été édité par un éditeur en Colombie-Britannique. Et alors, ça, c'est un projet qui a été fait pour les enfants de 9 à 12 ans. Et ça, c'est assez différent, évidemment, comme projet parce que c'est… J'ai une formation en biologie. OK. Et alors, la plupart de mes projets n'ont rien à voir avec la science, mais pour celui-là, j'étais très contente d'avoir recours à mes... mes expériences et mes connaissances scientifiques. Et maintenant, je suis en train de les contacter pour un autre

SPEAKER_02

projet

SPEAKER_01

pour les enfants de 9 à 12 ans. Parce que j'ai bien aimé ce défi-là. Alors, j'ai deux enfants. Et alors, ils sont dans la vingtaine maintenant. Mais... Il y a des gens qui m'ont demandé la question, est-ce que c'était difficile, parce que d'habitude, tu écris pour des adultes, est-ce que c'était difficile d'écrire pour les enfants? Et j'ai dit non, parce que j'étais capable de me mettre dans la place de mes enfants lorsqu'ils étaient de cet

SPEAKER_05

âge-là. On invite les gens à se procurer ce livre-là. Merci beaucoup, Mégane, d'être dans l'émission.

SPEAKER_01

Ah, mais merci

SPEAKER_05

beaucoup! Merci à vous, la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.