Samedi de lire
Chaque semaine, Amélie Boivin Handfield reçoit un auteur.
Entrevue, coup de coeur, chronique littéraire et beaucoup de plaisir.
Samedi de lire
Samedi de lire avec Michel Montreuil - 2026
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Chronique littéraire avec Katy Boyer-Gaboriault
Pour la prochaine heure, vous écoutez « Samedi de lire » avec Amélie
SPEAKER_06Boivin-Enfield. Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien dans l'émission « Samedi de lire ». Aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Michel Montreuil. Bonjour,
SPEAKER_01comment tu vas? Bonjour Amélie, ça va très bien, merci. Toi-même, merci de l'invitation.
SPEAKER_06Ça me fait grand plaisir et j'ai envie de te présenter aux auditeurs à l'art de l'auteur, réalisateur et créateur sonore. Tu as été formé en composition, tu as travaillé comme pianiste, metteur en scène, professeur de théâtre, dramaturge et compositeur de musique multimédia, avant de te consacrer principalement à la réalisation de balados documentaires et de filmages. Parmi tes projets marquants, figure récidive, immersion, cavale, écho, de glace, ainsi que la série documentaire « Ça prend d'un le tronc que ça prend », quête d'un bec dans laquelle tu explores avec auto-dérision et lucidité ton parcours au Bingayman. Tes œuvres ont été récompensées à Londres, Paris et New York. Et avec Louis-Émond Rosemère, ta première autofiction, tu proposes une réflexion sensible sur l'enfance, la mémoire, l'obéissance et la qualité de l'art. identité à travers les rues de la banlieue où tu as grandi. Voilà. Alors, dans le roman, justement, Louis-Émond Rosemère, le personnage retourne dans les rues de son enfance au moment où sa vie adulte vacille. Pourquoi revenir physiquement à Rosemère pour comprendre ce qui lui arrive intérieurement à ton personnage?
SPEAKER_01En fait, il était tellement mélangé, tellement perdu que n'importe quoi aurait été bon pour essayer de se retrouver un peu lui-même. Il était face à un choix super important pour lui et il ne savait même plus c'est qui qui devait faire ce choix-là tellement il n'était plus lui-même. Et donc, à ce moment-là, c'est vraiment par désespoir qu'il s'est retrouvé sur les rues de son enfance pour essayer de provoquer par les souvenirs un petit peu de lui-même, essayer de retrouver la personne qui a été pour en fait se retrouver suffisamment pour faire OK.
SPEAKER_06Intéressant.
SPEAKER_01de faire des liens entre ces souvenirs-là, au sens où je me suis mis à écrire à propos de mes souvenirs et un peu dans le vide, un peu en me demandant pourquoi les gens liraient ça. Et c'est quand je me suis mis à faire des liens métaphoriques entre les choses, de me demander pourquoi j'avais envie d'écrire à propos de ces souvenirs-là, que la toile s'est tissée tranquillement.
UNKNOWNEt...
SPEAKER_01Les souvenirs sont vraiment une base pour ce qui allait devenir quelque chose de, selon moi, plus grand, qui est une quête plus mature du personnage.
SPEAKER_06OK, c'est intéressant. Et ce qui frappe dans le roman, c'est la façon dont l'enfant s'est observé avec énormément de sérieux. Pourquoi t'intéresses-tu autant au regard de l'enfant?
SPEAKER_01Avec sérieux, je trouve ça le fun que tu dis ça parce que je pense que j'ai un problème avec l'infantilisation. Je le prends tout le temps mal quand une personne se présente avec un ton qui se veut rassurant mais que je trouve infantilisant.
SPEAKER_06Un peu condescendant même des
SPEAKER_01fois. Exactement. Et je crois que le petit Michel avait besoin qu'on le prenne au sérieux et c'est ça que j'ai fait à... 25 ans plus tard.
SPEAKER_06Mais je te confirme que c'est réussi,
SPEAKER_01là.
SPEAKER_06Vraiment. Merci. Et ton livre parle beaucoup des moments avant l'action, l'hésitation, l'obéissance, même les limites qu'on s'impose. Pourquoi ce thème t'obsède-t-il autant?
SPEAKER_01Parce que je suis encore là. Ah oui? Oui, absolument.
UNKNOWNCette...
SPEAKER_01cette frontière-là psychologique à franchir, je ne peux pas parler pour les autres, mais moi, ça me mine encore aujourd'hui. Je pense qu'un des plus beaux exemples du fait que je m'améliore malgré tout à ce niveau-là, c'est le livre qui est là, justement, qui était un livre que j'avais en tête depuis 20 ans et qu'à un moment donné, par cette image-là de la frontière psychologique qu'on doit traverser pour vaincre ses peurs. J'ai cliqué que le livre, c'était lui-même, cet objet-là, une frontière pour moi.
SPEAKER_06Mais est-ce que ça faisait longtemps que tu avais envie de le faire, ce livre-là? Qu'est-ce qui a été le déclic qui t'a amené à le publier? Parce que tu dis que ça fait 20 ans que tu y réfléchis.
SPEAKER_01Oui, effectivement, le déclic, en fait, je pense que c'est justement le balado « Ça prendra le temps que ça prend » que j'ai fait. Ou est-ce que j'ai eu, après coup, beaucoup de... commentaire qui parlait de l'écriture. Alors que j'ai tout le temps écrit pour mes propres projets au théâtre, etc., le livre était pour moi quelque chose d'un petit peu inaccessible et de surtout terrifiant. Et d'avoir ces encouragements-là et d'avoir un peu trouvé mon sujet, ce qui a été assez dur, j'ai dit pourquoi pas. Et je me suis lancé avec ces encouragements-là et avec cette urgence-là qui était que, bon, là, il faut que je le fasse ou que j'arrête de le penser parce que ça me prend beaucoup trop de temps dans ma tête pour un truc qui n'est pas fructifiant. Et
SPEAKER_06tu as travaillé longtemps avec des auteurs de romans et tout ça. J'ai l'impression qu'eux aussi t'encourageaient peut-être à passer à
SPEAKER_01l'acte. Et en même temps, à force de
SPEAKER_06travailler... Est-ce
SPEAKER_01qu'ils savaient que tu travaillais là-dessus? À force de travailler avec des grands auteurs, je dirais que ça complexe autant que ça libère. Non, je ne crois pas que que d'avoir travaillé avec des auteurs, mais tant que ça, encouragé, si ce n'est que, oui, j'avais envie de mettre mon grain de sel un petit peu partout, évidemment. Tu me demandais si ces joueurs-là étaient au courant. Absolument pas. Je suis un ami assez proche Kim Thuy, et elle l'a su le jour où j'ai fait une publicité pour le lancement. Je ne voulais absolument pas qu'on vienne à mon aide, parce que je voulais absolument que ce soit un projet personnel qu'on me choisirait pour le mérite plutôt que l'influence, parce qu'en tant que personne... souvent en manque de confiance, j'avais besoin de le faire par moi-même, je pense.
SPEAKER_06– OK, c'est intéressant.
SPEAKER_01– Oui.
SPEAKER_06– Si tu me permets, je veux qu'on revienne, justement, à l'histoire de Louis-Mont-Rosemar. Le narrateur semble fasciné par ses propres renoncements. Est-ce qu'on écrit aussi pour revisiter les versions de soi qu'on n'a pas osé devenir?
SPEAKER_01– Oh, tout à fait. En fait, je pense que la première chose que le personnage se rend compte à propos du petit lui-même qui est en train de redécouvrir, c'est à point qu'il n'a pas été le héros qu'il aurait voulu. Et je ne suis pas sûr que, jeune, j'avais cette perspective-là, mais c'est vraiment avec le recul ou est-ce que l'adulte qui était là était un peu déçu de voir tout en le comprenant parce qu'il n'a pas changé tant que ça, d'être déçu de voir le peu de risques que le jeune prenait, le fait d'avoir accepté d'être obéissant, alors qu'il n'aurait peut-être pas dû l'être tant que ça. Et donc, c'est un livre sur le prix à payer de
SPEAKER_06l'obéissance. Oui, c'est bien. C'est très, très bien décrit dans le roman. Et tu te fais de trois rues de banlieue, un véritable territoire romain. Qu'est-ce que la banlieue québécoise permet littéralement qu'on sous-estime souvent?
SPEAKER_01Je ne sais pas, si ce n'est que ça faisait partie de moi, tout comme ça fait partie du personnage. Il faut retourner à ses propres racines et... Et souvent, j'ai la tendance d'associer des souvenirs au territoire.
UNKNOWNAh, c'est intéressant.
SPEAKER_01Et même aujourd'hui, il y a... Je vais me rappeler d'une conversation par le lieu où j'étais à ce moment-là. Donc, il y a vraiment quelque chose pour moi d'ancré dans l'émotion et dans le lieu même qui vient... qui vient... raviver des choses plus fortes que... purement intellectuelle. Et je pense que c'est sur ça que je capitalise.
SPEAKER_06Parce qu'en lisant, nous aussi, les souvenirs reviennent. Et on sent dans le livre une affection immense pour les détails ordinaires du quotidien. Par exemple, les voisins, les terrains vagues, les boissons gazeuses, les maisons montées miniatures. Pourquoi ces fragments du quotidien deviennent-ils si puissants avec le temps?
SPEAKER_01Avec le temps, effectivement. C'est bien dit parce que je n'ai pas du tout le culte de l'objet. Sauf qu'il faut croire que l'univers... que l'enfant avait à ce moment-là, c'était ses portes de sortie. L'univers était tellement petit que n'importe quel objet prenait une profondeur assez insoupçonnée et c'était un moyen d'évasion pour lui d'avoir cette espèce d'objet de désir qui était une chose accessible alors que ses vrais désirs étaient pour lui une montagnes à surmonter qui ne se seraient même pas imaginées,
SPEAKER_06d'ailleurs. Si tu me permets, Michel, on s'arrête et au retour, je veux qu'on continue de parler de ton premier roman, Louis et mon Rosemère.
UNKNOWNN'importe quand. ...
SPEAKER_04Ici Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_06Je suis toujours en compagnie de mon auteur invité de la semaine, Michel Montreuil, pour parler de son premier roman, Louis-Émond Rosemar. Et Rosemar est à la fois très précis géographiquement et très universel émotionnellement. Comment as-tu travaillé cet équilibre-là entre les deux dans le
SPEAKER_01roman? Tout simplement en ne travaillant pas sur l'universel. J'ai vraiment travaillé de façon personnelle en... n'ayant confiance que l'universel viendrait s'y accrocher à un moment donné. Mais par contre, ce que j'ai fait, c'est que je me suis vraiment informé sur ce qu'il y avait autour de chez moi pour essayer de retrouver la grande histoire dans la petite. Et j'ai été surpris de voir à quel point il y avait des personnages qui ont... passer par là, des situations qui étaient le reflet de trucs plus larges de l'époque. Donc, c'est vraiment en tissant des liens que j'ai trouvé le moyen de sortir des trois rues.
SPEAKER_06OK, c'est intéressant. Et le livre aussi avance par fragments, souvenirs, associations d'idées. Pourquoi cette structure éclatée était-elle nécessaire dans le cas de ce livre-là?
SPEAKER_01Nécessaire parce que je ne pense pas que je serais capable d'écrire autrement. OK. Je n'ai pas un grand souffle loin de là. C'est mon premier livre aussi, mais je pense que personnellement, je n'ai pas un grand souffle. Je me tanne vite. Je me tanne très vite. Tu as mes propres idées, surtout. Donc, chacun de ces petits chapitres-là a été fait en une seule séance d'écriture parce que j'ai besoin que ça sorte. J'ai besoin de faire des liens en temps réel. J'ai besoin que les choses se... se bâtissent sous forme d'improvisation. Parce que dès que j'arrive avec un plan, une structure trop claire, je perds l'intérêt de façon extrêmement rapide.
SPEAKER_06Et dirais-tu que tu as écrit ce roman-là comme on marche, c'est-à-dire sans toujours savoir exactement où ça allait te mener, à penser?
SPEAKER_01En fait, oui, tout à fait. Puis j'aime ce lien-là. Et il y a que je perds l'intérêt dès que je sais où je m'en vais. Donc, vraiment, de errer, c'est non seulement le sujet, mais c'est aussi la méthode.
SPEAKER_06OK. C'est intéressant.
SPEAKER_01Mais c'est super insécurisant, remarque.
SPEAKER_06Ah, bien, c'est sûr.
SPEAKER_01Il faut se laisser aller là-dedans. Et souvent, je me dis que je devrais juste prendre le temps de faire une structure et d'être bien et de stresser moins à l'écriture mais je fonctionne malheureusement pas comme
SPEAKER_06ça. Mais peut-être que ça te bloquerait s'il y avait trop de structure.
SPEAKER_01Je n'ose même pas imaginer.
SPEAKER_06Et ton écriture est à la fois drôle, mélancolique et très lucide. L'humour, est-ce que c'est une façon de survivre aux malaises
SPEAKER_01existentiels,
SPEAKER_06tu dirais?
SPEAKER_01Oui, tellement, tellement. Je pense que ça a été justement l'instinct de survie de cet enfant-là, d'essayer de prendre les choses de ce côté-là. En tant que plus petit de la famille, peut-être de s'assurer d'avoir une place, alors que ça vient un peu contredire ce que je disais au début de vouloir être pris au sérieux à travers ça. Puis je pense que la blague, étrangement, est quelque chose qui te donne l'occasion d'être pris au sérieux si tu arrives à bien le faire. Puis il y a aussi le fait que je pense que je suis drôle. Et ça, il ne faut pas prendre ce que je dis pour du cash. Ma copine pourrait vous dire à quel point je pense que je suis drôle.
SPEAKER_06Mais c'est bien, on le sent dans l'écriture. Moi, je ne te connais pas personnellement, mais ce que je dois dire, c'est qu'en te lisant, j'écris. Il doit y avoir un lien entre l'auteur et ce qu'on lit.
SPEAKER_01On aime ça comme
SPEAKER_06ça. Et comment sais-tu qu'un souvenir mérite d'entrer dans un livre? Qu'est-ce qui fait qu'une anecdote devient littérature?
SPEAKER_01Je pense que c'est ces liens-là, justement. C'est lorsque, à force de... me demander en l'écrivant pourquoi que... En fait, d'où vient mon propre intérêt à... à être en train d'écrire ça. Je suis vraiment tombé sur des thèmes à travers ça qui n'étaient pas prévus et auxquels je n'aurais pas pensé probablement, qui voulaient faire une espèce de rappel aux scènes précédentes, aux scènes qui vont suivre. Et c'est vraiment ce casse-tête-là qui m'a motivé le plus. Même plus que les souvenirs même, plus que l'histoire même. Cette espèce de... tapisserie qui se forme tranquillement. OK. Et qui apporte, selon moi, justement cette clarté-là que le personnage recherche en bout de ligne.
SPEAKER_06Et il va en prendre beaucoup à ton vécu. Est-ce que l'autofixant, ça t'a libéré ou ça t'a exposé
SPEAKER_01davantage? L'exposition, je n'ai pas nécessairement beaucoup de problèmes avec ça, dans le sens que j'ai l'impression que je n'ai pas grand-chose à cacher dans les sentiments que j'ai vécu. En fait, c'est mon père qui m'avait déjà dit des sentiments... Il n'y a rien de bon et rien de mauvais, c'est juste ce qui se produit. Donc, je ne pense pas être gêné de ce que j'ai vécu à ce niveau-là. Maintenant, la fiction, si j'emploie l'exemple de l'auteur français Jean Eschnose, qui a dit que la fiction sert à farter le réel. Et je trouve ça... D'abord, je trouve ça très vrai. Je trouve que ça bouche les coins qui... les coins de réel qui auraient besoin d'être expliqués plus. Mais aussi, j'étais super impressionné qu'on puisse utiliser le terme « farté sans qu'il y ait de ski ». Dans la même phrase, j'étais vraiment impressionné.
SPEAKER_06C'est une belle explication, je ne l'avais jamais entendue, mais là, j'en prends note. Très bien. Et ton personnage se regarde souvent avec sévérité. Est-ce que l'écriture te permet d'être plus tendre envers toi-même
UNKNOWN?
SPEAKER_01Oui, je pense que le personnage regarde ce qu'il était jeune avec ces yeux-là d'essayer de se pardonner, d'essayer de se pardonner d'avoir été seulement ça. et en même temps tout ça. Et je pense que cette espèce de regard, pas d'admiration, mais de complicité entre les deux, à travers l'adulte qui regarde l'enfant comme ce qu'il a été et comme toutes ses failles personnelles, et l'enfant qui regarde l'adulte en même temps et qui espère beaucoup. Puis je pense qu'il y a ce regard tendre-là entre les deux,
SPEAKER_06effectivement. Et tu explores beaucoup la fragilité masculine, mais sans cynisme. Est-ce important pour toi de montrer un homme qui doute, hésite et cherche encore sa place?
SPEAKER_01Je pense que j'aurais essayé de faire autrement, que je n'aurais pas été capable. Je suis en plein là. Oui, je pense que c'est important de montrer ces choses-là.
UNKNOWNOui.
SPEAKER_01Et justement, le personnage est un peu dans une quête de masculinité en même temps, d'essayer de retrouver une force qui sait qui est en lui. Donc, c'est une espèce de retour à la masculinité, mais effectivement un peu à contre-courant de ce qui est dit présentement. Donc, c'est une contre-quête qui prend un sens quand on regarde l'actualité, je pense que oui. Et
SPEAKER_06est-ce qu'on finit vraiment par comprendre son enfance ou est-ce qu'on réécrit simplement une
SPEAKER_01légende personnelle, tu dirais? Je crois que le personnage a vraiment fait l'effort d'essayer d'être honnête dans ce regard-là. Est-ce qu'il arrive à l'être? Je ne le sais pas. Est-ce que l'enfant était beaucoup plus fort qu'il lui donne le mérite? Probablement. Mais il va chercher ce don Il y a besoin, à ce moment-là, pour faire ses choix et pour survivre. Et je pense que... Je crois pas que les souvenirs... Que le but des souvenirs, c'est d'être... d'être précis et d'être réel, c'est qu'est-ce que ce souvenir-là peut m'apporter aujourd'hui.
SPEAKER_06Et j'ai envie de te demander, qu'est-ce que l'enfant que tu étais penserait de l'homme que tu es
SPEAKER_01devenu
SPEAKER_06aujourd'hui?
SPEAKER_01Euh... Ouais... En fait, je pense que ce qui est vécu dans ce livre-là, c'est comme le déclencheur de ce qui s'est... Passé après ça dans ma propre vie, les choses dont je rêvais, dont l'enfant rêve dans ce livre-là, j'ai vécu. J'ai vécu depuis. Je pense que j'ai gagné. C'est beau! Oui, bien oui, je pense que j'ai gagné.
SPEAKER_06Et après avoir écrit ce livre-là, est-ce que Rosemarie est devenue un lieu différent pour toi?
UNKNOWNOui.
SPEAKER_01C'est un lieu que j'ai ménagé au sens où, à chaque fois que j'y vais, j'essaie de faire en sorte que je puisse en profiter parce que je ne veux pas avoir cette trop grande proximité-là, dans le sens que je n'ai pas envie d'épuiser mes souvenirs. Mais ça reste pour moi cet endroit mythique-là, un peu.
UNKNOWNEuh...
SPEAKER_01qui
SPEAKER_06est un genre de refuge aussi. OK. Et ton travail récent sur le bégaiement dans « Ça prendra le temps que ça prend » résonne avec le roman, j'ai l'impression. Y a-t-il un lien entre difficulté de parole et difficulté
SPEAKER_01d'agir? Oh, mon Dieu! J'espère que non. Mais j'imagine que oui, mais j'espère que non. Au sens... Est-ce qu'il y a... Est-ce qu'il y a des lignes psychologiques à parler? Oui. Oui, absolument. Pour un bec, je crois que tout se joue là, dans cette frontière qui est même solide, qui est même... physiologique, juste pour parler, il y a effectivement un mur à traverser à chaque fois. Maintenant, ce que j'essaie de montrer dans le livre, c'est que ce mur-là n'existe pas. Et que c'est pas en frappant dessus qu'on va le traverser. C'est juste de devenir conscient que le mur n'existe pas. Et ça, soudainement, tu viens de me donner de l'espoir en lien avec le bégayement. Est-ce que ce mur-là... et purement psychologique. Non, parce qu'il y a une trame génétique derrière ça aussi. Mais c'est de l'encouragement, puis je vais le prendre.
SPEAKER_06Bien, il
SPEAKER_01faut.
SPEAKER_06Et pourquoi pas? Et tu travailles énormément avec la voix, radio, balado, théâtre, alors que tu racontes ta lutte avec la parole. Comment ces deux réalités-là cohabitent-elles?
SPEAKER_01L'esprit de contradiction, je pense. Je ne vois pas d'autre chose. Je ne vois pas pourquoi on fait des émissions de radio quand on est bec. Je ne le comprends pas. Si ce n'est de vouloir se prouver des choses, j'imagine.
UNKNOWNEt...
SPEAKER_01Mais je ne suis pas arrivé directement à la radio. J'y suis arrivé par le théâtre et par l'interprétation et peut-être de voir des gens, d'avoir enseigné le jeu théâtral à des gens et donc de... de comprendre toutes les possibilités du langage, l'importance du rythme, l'importance des nuances. C'est pour ça ensuite que je me suis mis à faire du podcast pour essayer de retrouver toutes ces subtilités-là que j'entendais au théâtre et que là, je pouvais fixer sur un ruban une fois pour toutes. Et je pense que j'aime d'autant... ces subtilités-là, que lorsque moi je parle, souvent, j'y arrive pas. Donc, oui, j'imagine que ça rentre un peu dans le romantisme de la personne qui trouve un autre sens pour s'exprimer, même si je l'ai jamais vécu de même de façon consciente.
SPEAKER_06Et est-ce que le bégaiement t'a rendu plus attentif au silence, aux
SPEAKER_01hésitations, au rythme humain? J'imagine. J'ai toujours été bec, donc j'ai pas été un autre qui ne bégaya pas. Oui, bien, c'est des choses qui me touchent. Est-ce que ça vient de là? Je ne sais
SPEAKER_06pas. OK. Puis, en radio, le silence est important.
SPEAKER_01Oui. En fait, et ça, je pense que ça se retrouve aussi dans l'écriture. J'aime bien ne pas dire. J'essaie d'enlever le plus d'informations possibles pour que le lecteur et le l'auditeur aussi, pour ce qui est du podcast, est un peu à avoir à travailler, avoir à remplir les vides, justement, par sa propre expérience. Et c'est là que vient l'aspect du casse-tête, de l'exploration, de sa propre exploration du médium. J'aime pas quand les choses sont dites. Parce que je trouve que les choses les plus importantes dans la vie, que ce soit, je sais pas moi, le bonheur, la conscience, le rêve, c'est toutes des choses que si on tente de mettre des mots dessus, l'essence s'en va. Donc, j'essaie tout le temps de ne pas dire.
SPEAKER_06C'est bien dit. On s'arrête là-dessus, Michel, et on se retrouve après pour tes coups de cœur littéraires.
SPEAKER_03Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie
SPEAKER_06Boivin-Enfield. On est maintenant rendu au segment d'écoute-cœur littéraire de mon auteur invité de la semaine, Michel Montreuil, et on commence avec Les Anneaux de Saturne de Sebald. Oui. Je ne connais pas ce livre-là.
SPEAKER_01Je suis intriguée, là. Sebald se trouve être un grand auteur de la fin du 20e siècle, d'origine allemande, mais qui écrivait en Angleterre, et qui a cette même cette même passion-là que j'ai pour le territoire. Dans ce livre-là, il prend une marche à travers l'Est de l'Angleterre et se laisse inspirer par les buildings qui sont autour, la grande histoire. Bref, ce que j'ai fait, c'est un peu un plagiat. à ma propre échelle de ce livre-là. Beaucoup moins sérieux, beaucoup plus drôle, beaucoup plus simple, je dirais. Mais j'ai cette influence-là de cet auteur-là qui a beaucoup écrit sur le... sur la honte du peuple allemand pour ce qui s'est passé à travers le XXIe
SPEAKER_06siècle. Fait que c'est un roman?
SPEAKER_01Oui. Un récit, non? C'est un roman? C'est un roman. Ce n'est pas de l'autofiction, quoiqu'il y a des éléments d'autofiction à travers ça, effectivement. Et il fragilise cette frontière-là entre ce qui est vrai et ce qui n'est pas vrai. Chose... qui m'a aussi inspiré pour ce livre-là. Et il utilise aussi des photos en noir et blanc au travers de son livre.
SPEAKER_06Comme tu as fait
UNKNOWN?
SPEAKER_01comme j'ai fait, justement pour essayer de brouiller la frontière entre les choses qui sont vraies et les choses qui sont moins vraies. C'est d'ailleurs un truc qui lui a été reproché de vouloir faire passer de la fiction pour de l'histoire, mais je ne crois pas que c'était son but. Son but, c'était vraiment de rendre cette frontière-là poreuse pour essayer d'en trouver le
SPEAKER_06sens, je pense. – OK, tu m'intrigues. Ça me donne envie d'aller lire ce livre-là. Et le deuxième que tu viens de nous présenter, c'est « Le voyage du Salème » de Pascal Janowiak. –
SPEAKER_01Oui, pour les mêmes raison, en fait. Et je pense qu'on est un peu un trio parce que lui aussi a appris le même truc de la photographie à travers son livre. J'ai la grande chance de connaître Pascal et j'ai discuté avec lui de son livre et c'est un peu ce qui m'a aussi emmené à faire le mien. Donc, je m'inscris dans une tradition de ce genre d'expérience l'orateur du territoire.
SPEAKER_06Est-ce que tu lui as envoyé une copie de ton
SPEAKER_01livre? Oui, j'ai pas encore reçu de... commentaire, mais ça ne serait tardé.
SPEAKER_06Et j'ai envie de te demander, est-ce que la lecture occupe une grande place dans ta vie?
SPEAKER_01Oui, mais je ne lis pas beaucoup de romans. Je pense que ça paraît dans mon écriture. Pour moi, la lecture, je lis à tous les jours. Je me lève à 6h30 et je lis jusqu'à 9h parce que je tiens à ce moment privilégié-là, le thé, etc. Sauf que j'ai l'habitude de lire avec mon téléphone pas loin. Parce que, pour moi, la lecture, c'est une rampe de lancement pour faire des petites recherches. J'adore ça. S'il y a un lieu qui est décrit, je veux le voir. Je veux être présent. S'il y a un fait historique, je veux... apprendre à propos de ça, je veux le contexte. Et donc, je lis d'une lenteur absolument infinie parce que je me règle à toutes les phrases et je fais plein de recherches tout le temps. Et je
SPEAKER_06dirais que... Ça va te faire décrocher,
SPEAKER_01ça, de faire ça, de décrocher l'histoire? Bien, c'est peut-être pour ça que je lis très lentement et que je n'arrive pas à me farcir des très grands livres.
UNKNOWNHum...
SPEAKER_01Mais ce n'est pas grave parce que le livre devient vraiment un guide à ce moment-là de la vraie vie. Et à travers toutes ces... recherche-là, c'est là où je vais trouver un sens plus profond à ce que je suis en train de
SPEAKER_02lire.
SPEAKER_01Et je dirais que mon propre livre a été écrit un peu de même. Je pense que le premier degré se lit bien. Je ne crois pas avoir oublié le lecteur, mais pour les lecteurs comme moi qui veulent se rendre plus loin, il y a plein de pistes pour... pour faire ses propres recherches, pour triper tout seul après ça. Voilà.
SPEAKER_06Mais tu es la première personne que je rencontre qui me dit qu'il fait
SPEAKER_01ça. C'est
SPEAKER_06surprenant.
SPEAKER_01C'est dommage pour les
SPEAKER_06autres. C'est dommage pour les autres, mais je devrais peut-être essayer de faire plus de recherches. Moi, j'ai plus tendance à lire le livre au complet, puis après, aller faire des recherches.
SPEAKER_01Bien, c'est sûr que c'est moins de l'immersion à ce moment-là, effectivement. Peut-être que... Sauf que de la façon que je le fais, j'ai l'impression que... En fait, ça ne me donne pas l'impression de décrocher du livre, mais de raccrocher le livre à la vraie vie.
SPEAKER_06C'est bien dit, c'est intéressant. J'ai envie d'essayer de voir ce que tu fais. Et tu as été pianiste, compositeur, metteur en scène, réalisateur de balados. Pourquoi le roman, maintenant, dans ta
SPEAKER_01vie? En fait, on parle de balados... j'ai été très chanceux de connaître la période du Far West du balado. J'ai été parmi les pionniers et ça venait avec une liberté parce qu'on ne savait pas c'était
SPEAKER_02quoi.
SPEAKER_01C'était de l'exploration pure. Mais aujourd'hui, maintenant qu'on sait c'est quoi un podcast, je te dirais que dans ce milieu-là, je sens moins d'ouverture à l'exploration. Et c'était dans le but de retrouver cette liberté-là que j'ai changé de médium cette fois-ci. Et l'écriture m'a vraiment permis de retrouver le fun.
SPEAKER_06Ben oui, puis en même temps, c'est que dans l'écriture, t'es toute seule, fait que tu peux faire ce que
SPEAKER_01tu veux. Exact.
SPEAKER_06Et est-ce que ton expérience sonore influence ton écriture? On sent parfois une musicalité, une certaine respiration très particulière dans tes phrases?
SPEAKER_01Des formations professionnelles, j'imagine. Ben oui, Je pense que c'est important. C'est un livre qui a été écrit de la façon que je l'aurais dit. J'ai vraiment fait attention avec le niveau de langage qui change énormément à travers le livre parce que le mien change à tous les jours. Lorsque... je tombe dans l'humour. Généralement, je vais faire un français un petit peu plus châtié, alors que je relâche plus quand j'arrive dans des choses plus personnelles, plus tendres. Puis je pense que ça, ça se reflète dans le livre. Il y a ce niveau de langage-là qui était important pour moi. Et un des plus grands compliments que j'ai, c'est mes chums qui lisent le livre et qui me reconnaissent, qui ont l'impression de passer du temps avec moi. Ça me rapproche de cette espèce de vérité-là que je cherche.
SPEAKER_06Et tu as commencé à avoir des commentaires autour
SPEAKER_01de toi? Oui, effectivement. Dont un qui m'a beaucoup touché, qui était un de mes amis. En revenant du lancement, il est... dans le métro et il a lu les premières pages et il me dit que tout de suite, il s'est mis à faire une recherche à propos d'un truc précis du livre et là, j'ai fait « Ah! Ça fonctionne! » Oui, des beaux commentaires J'aime ça quand on se rend compte que le ton va un petit peu partout. Autant au point de vue de l'humour que des trucs introspectifs. Parce que la vie,
SPEAKER_06c'est ça.
SPEAKER_01Complètement. Je me pardonne le fait que le livre est peut-être moins... moins structuré, moins conséquent, parce que, peut-être parce que c'est mon premier livre, j'ai essayé un peu de tout mettre, ce qui est sûr que c'est une grande erreur, mais je me suis payé
SPEAKER_06ça. Bien, tu as bien fait.
UNKNOWNOui.
SPEAKER_06Si tu me permets, Michel, on s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.
SPEAKER_00Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_06C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Cathy Boyer-Gaborio et cette semaine, on commence avec En attendant, journal d'un papa impatient de Jean-Charles Andrieux de Lévis, publié chez Mécanique Générale.
SPEAKER_05Oui, donc on commence par une bande dessinée. La conjointe de Jean-Charles est enceinte de leur premier enfant et pour la fête des pères, elle lui offre une boîte à papa. Une boîte à papa, c'est un kit de survie pour le séjour à la maternité. Des petites douceurs, la BD Le Guide du mauvais père de Guy Delisle, mais surtout un carnet à dessins dans lequel il pourra faire des esquisses de l'accouchement. Mais Jean-Charles est incapable d'attendre jusque-là. Il décide que ce carnet deviendra un récit de grossesse pour son fils Isaac, dans lequel il lui expliquera comment ils ont vécu l'attente de sa naissance. L'auteur nous invite dans leur intimité, sans pudeur, de la première fois où ils ont entendu le cœur du bébé jusqu'au retour à la maison après l'accouchement. À certains moments, on rit avec eux de leur naïveté, alors qu'à d'autres on s'inquiète quand, par exemple, la maman ne sent plus le bébé bouger. On est témoin de leur joie, de leurs doutes, de leur impatience et surtout de leur amour. Le format de la bande dessinée ne s'embarrasse pas des codes. Il y a des pages complètes de narration quand l'inquiétude est trop grande, comme si le dessinateur laissait la place complète au père qui a peur pour sa femme et son enfant. C'est sûr qu'il y a des moments plus lourds que d'autres, mais il y a aussi beaucoup d'humour. J'ai beaucoup ri quand Jean-Charles se découvre lui aussi une petite bédaine et qu'il se demande le plus sérieusement du monde si lui aussi va la perdre à l'accouchement. L'auteur varie beaucoup les styles de ses dessins selon les émotions ou l'intimité de la scène présentée. Il y a aussi un court extrait d'un style plus comics, mode d'emploi pour préparer la chambre de bébé, qui apporte une belle fraîcheur avant les pages plus costaudes des dernières semaines de grossesse et d'accouchement. C'est une première publication au Québec pour Andrieux de Lévis. J'espère que ce ne sera pas sa dernière. J'ai beaucoup aimé son style et sa sensibilité.
SPEAKER_06Tu me donnes vraiment envie de le lire. Ça s'intitule « En t'attendant, journal d'un papa impatient » de Jean-Charles Andrieux de Lévis, publié chez mécanique générale. Et là, on y va maintenant avec Vida, journal de la peur de Nicolas Dassune, publié aux éditions du Remis Ménage.
SPEAKER_05Oui, Nicolas Dassune nous invite par son écriture à assister au dernier mois de la vie de sa soeur Caroline. Connue entre autres pour son roman « Là où je me terre », elle est décédée le 19 mai 2024 à l'âge de 44 ans d'un cancer des os. Caroline était devenue une figure assez importante dans les médias littéraires et elle avait choisi de vivre sa maladie de façon publique, allant jusqu'à annoncer être en fin de vie après une récidive sur les ondes de la radio de Radio-Canada. Nicolas commence son journal de la peur au moment où il apprend la récidive et le termine le jour des funérailles de Caroline. Au début, il nous avoue que ses écrits ne sont pas destinés à être lus. C'est seulement le moyen qu'il a trouvé pour extérioriser ses émotions. Mais plus le journal avance, plus il dit soigner son écriture, réécrire, se rapprochant presque malgré lui du récit plus que du journal intime. Il écrit sur la maladie et la fin prochaine de Caroline, mais pas seulement. Il aborde des enjeux sa situation familiale marquée par l'exil et bien sûr la littérature. N'est pas tendre ni complaisant envers personne, ni les membres de sa famille, incluant Caroline, ni ses amis et surtout pas envers lui-même. Ses émotions sont brutes et vraies et c'est ce qui fait que ce livre est aussi bouleversant. Je crois que ce récit est important et on n'a pas besoin de connaître Caroline Dawson ou son histoire pour se sentir interpellé. Par sa réflexion approfondie et sa grande honnêteté, Nicolone aide le lecteur à légitimiser les émotions contradictoires qu'on peut ressentir Wow! Et moi, j'étais une amie de Caroline, alors j'ai bien, bien hâte de lire ce livre-là de Nicolas Dawson. Ça s'intitule
SPEAKER_06« Vida, journal de la part » publié aux éditions du Remus Ménage. Et moi, j'étais une amie de Caroline, Et là, on y va avec Kétamine de Gabriel Chevrier, publié chez l'OMÉAC.
SPEAKER_05On reste dans le thème de la maladie et de la souffrance avec ce récit de Gabriel Chevrier. Elle a subi deux chirurgies dans le passé pour soigner une scoliose et continue de vivre avec des douleurs chroniques, ce qui l'empêche de vivre une vie normale, une vie souhaitée. Après avoir essayé une tonne de traitements et de médicaments, son médecin lui offre d'essayer un nouveau traitement, la Kétamine, une drogue très puissante qui a entre autres des effets anesthésiques et dissociatifs. C'est un médicament utilisée dans le monde vétérinaire, les chercheurs commencent à lui trouver des particularités intéressantes pour le traitement des humains. L'autrice poétise six des traitements de kétamine qu'elle a reçus dans un environnement bien contrôlé et sous bonne garde, précisons-le. On essaie de suivre sa pensée qui vagabonde. Elle met en mots l'effet de la drogue et ce que ça ouvre dans son esprit. Pour ma part, je dirais que ce n'est pas ces moments-là qui m'ont le plus parlé. C'est sa réflexion autour de la maladie et de la douleur. Comment elle vit avec des douleurs chroniques? Comment c'est difficile de décrire son état, que ce soit à des médecins ou à des proches. Elle en vient, elle peut être convaincue que sa douleur est légitime. Elle se demande comment une autre personne réagirait face à ses douleurs. Comment c'est d'avoir mal pour quelqu'un d'autre? Son écriture est très sensible. C'est très touchant. L'espoir qui se glisse un peu partout dans le récit. Elle nous partage la projection qu'elle fait alors que la souffrance l'oblige à être en arrêt de maladie. L'année prochaine, ça va aller mieux. Je vais pouvoir faire ça, ça, puis ça. On veut y croire autant qu'elle. Elle ouvre une discussion essentielle sur la place qu'on fait à ceux qui ont des douleurs et des maladies chroniques dans la société et sur le regard qu'on porte sur
SPEAKER_06eux. Intéressant, ça s'intitule « Kétamine » de Gabriel Chevarier, publié chez l'OMÉAC. Et là, on y va avec « L'amour et la faim » de Jules Clara, publié à La Mèche.
SPEAKER_05Et là, on va dans un sujet complètement différent, la crise des passeports. Oh! Fanchant pour les gens qui étaient coincés, mais quand même plus léger comme toile de fond. Je ne sais pas si tu te souviens, Amélie, en 2022, il y a eu un méga cafouillage avec les demandes de passeports canadiens. Les gens devaient faire la file pendant des heures en espérant espérant pouvoir recevoir leur passeport à temps pour leur voyage. Et c'est ce qui arrive à la narratrice, Héloïse, qui doit prendre l'avion dans une semaine pour retourner passer quelques temps en Suisse, où elle a habité pendant deux ans. Elle traverse une période difficile, prisonnière d'une espèce d'apathie causée par la pandémie, par les confinements et le décès de son père. Sa relation de couple est aussi un peu moyenne. Son chum, Christophe, n'a pas une grande empathie pour ce qui est de lui. Elle, de son côté, a l'impression de juste vivre dans le regard de son chum. Elle a besoin de lui faire un rapport de ses moindres faits et gestes, sans qu'on comprendre comment elle est devenue aussi dépendante et obsessive. Avoir son passeport, ce n'est plus juste une nécessité, ça devient un projet. Elle saute dans la spirale infernale des démarches administratives après des appels répétés qui ne lui permettent même pas d'atteindre la salle d'attente virtuelle. Elle décide de se joindre à la file interminable qui n'avance jamais devant les bureaux de passeport Canada à Montréal, jusqu'à ce qu'une employée lui conseille d'aller au bureau des passeports de Chicoutimi pour espérer être servie plus rapidement. Mais tout ça, c'est un prétexte pour l'autrice de se questionner sur une notre apathie collective et notre habitude de nous laisser faire sans nous rebeller. Et c'est justement un tout petit geste de rébellion, une attaque somme toute inoffensive qui mène Héloïse à se questionner sur sa vie et ses choix et que la pousse à rebrasser les cartes, sortir de son arasme et se lancer dans l'inconnu. Héloïse est autrice, alors qu'on se retrouve plongée dans son processus de création. À certains moments, elle ne vit pas l'instant présent, elle analyse, cherche le mot exact, la tournure de phrase la plus représentative pour décrire une situation. Ça peut permet au lecteur de voir comment ça se passe dans la tête d'un auteur. C'est un beau petit plus dans ce roman bien
SPEAKER_06sympathique. On rappelle le titre L'amour et la fête de Jules Clara, publié à La Mèche. Et là, on termine avec un verglas nommé Simone de Léo Jacob, publié chez VLB Éditeur.
SPEAKER_05Dans ce premier roman de Léo Jacob, on est catapulté dans un monde apocalyptique dans lequel une région du Québec est plongée dans une importante tempête de verglas. Pendant des jours, la météo se déchaîne à grands coups de pluie verglaçante, de grésilles, de grêles. Il n'y a plus d'électricité les maisons sont détruites, des épiceries sont pillées, bref, il n'y a plus de loi, c'est chacun pour soi. C'est dans ce Far West hivernal qu'on rencontre Alaric, qui vient de sortir de prison. Alaric, tout ce qu'il veut, c'est rejoindre son village natal pour tourner vivre avec sa tante Rachel et juste avoir la paix. Mais alors qu'il cherche des vêtements chauds dans une poubelle, deux hommes l'invitent à venir se réchauffer dans leur voiture. Il ne le sait pas encore, mais c'est à partir de là que ses plans vont changer de façon arrissée et radicale. Après une visite chez des gens un peu louches, il se retrouve responsable de Simone, un bébé qui l'a kidnappé parce qu'il trouvait qu'il n'avait pas l'air d'être bien traité. Ce qui n'est pas faux si on prend en considération que personne n'avait pris le temps de lui donner un prénom. C'est Alaric lui-même qui décide de la nommer Simone. Donc, il se sauve avec Simone dans la tempête et bien sûr poursuivi par la mère de l'enfant et ses amis. En cavale, il se trouve des abris, des véhicules et surtout des comparses qui l'aident dans son but ultime, atteindre la maison de sa tante Rachel, vivre en toute tranquillité avec elle et Simone. Il y a une panne de pli de personnages tous plus croches les uns que les autres. On suit la quête de chacun dans un monde où les règles du jeu ont changé. C'est la loi du plus fort qui prime. La météo est bien sûr aussi un personnage très important et ça tombe bien parce que nous, au Québec, on aime ça chialer contre la météo. Donc, c'est un livre de fuite où il n'y a pas de temps mort.
SPEAKER_06C'est un bon moment de lecture. On rappelle le titre, un verglas nommé Simone de Léo Jacob, publié chez VLB Éditeur. Merci beaucoup, Cathy, pour les belles
SPEAKER_03suggestions.
UNKNOWNMerci, Amélie.
SPEAKER_03Et si Audrey vous l'ennuie, vous écoutez samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_06On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon auteur invité de la semaine, Michel Montreuil. Et j'ai envie de te demander quel genre de conversation espères-tu provoquer chez le lecteur après la lecture de Louis-Émond
SPEAKER_01Rosemère?
UNKNOWNEuh...
SPEAKER_01Conversation avec lui-même, en fait. On me dit souvent que ça a été une porte pour certaines personnes pour entrer dans leurs propres souvenirs, et pourquoi pas. Je pense qu'il y a un dialogue très... Très le fun et très instructif à avoir avec soi-même sur c'était quoi nos attentes à propos de nous. Est-ce qu'on serait fiers de ce qu'on est aujourd'hui? Est-ce que Kid de 6 ans se reconnaîtrait?
SPEAKER_06Puis le roman, c'est parfait pour ça parce qu'après la lecture, souvent, ça nous oblige à faire une introspection. Et j'ai envie de te demander, as-tu envie d'écrire autre chose après avoir écrit ce premier
SPEAKER_01roman-là? J'ai une ou deux suites va falloir voir si je réussis à traverser les mêmes frontières et à vaincre les mêmes craintes pour écrire ça. Mais j'ai plein de notes de ce qui serait une suite ou peut-être même deux.
SPEAKER_06Et qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les prochains
SPEAKER_01mois? Je travaille principalement en ce moment en balado. L'année dernière, j'ai fait un... avec... avec le journaliste Simon Coutu, un truc sur le fentanyl. Et cette année, on revient avec un truc sur OnlyFans. Donc, un autre monde... comme Simon aime les fréquenter. Donc, du doc pour l'instant, je n'ai pas de projet de fiction en lice, mais je suis toujours ouvert aux beaux projets qui s'en viennent.
SPEAKER_06D'accord. Bien, on surveille ça. Ça sort quand, le documentaire avec
SPEAKER_01Simon? Ça sort à l'automne
SPEAKER_06seulement. OK. On va l'attendre avec
SPEAKER_01impatience. Super.
SPEAKER_06Merci beaucoup, Michel, d'être dans l'émission. Merci à vous. Et j'ai une copie de Louis-Émond Rosard à faire tirer à l'enjeu de m'être à vous rendre sur le site Internet de l'émission samedi-lire.com. dans l'onglet concours. Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.