Samedi de lire
Chaque semaine, Amélie Boivin Handfield reçoit un auteur.
Entrevue, coup de coeur, chronique littéraire et beaucoup de plaisir.
Samedi de lire
Samedi de lire avec Isabelle Artus - 2026
Use Left/Right to seek, Home/End to jump to start or end. Hold shift to jump forward or backward.
Chronique littéraire avec Diane Côté
Merci à tous.
SPEAKER_00Pour la prochaine heure, vous écoutez « Samedi de lire » avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_03Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission « Samedi de lire » et aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Isabelle Artus. Bonjour, ça va bien? Ça va bien. Bonjour Amélie. Très contente de te recevoir à mon micro et je veux te présenter mes auditeurs. Alors, tu as été journaliste spécialisée dans la presse féminine, ensuite rédactrice en chef de Psychologie magazine et directrice de la communication dans le domaine de l'art de vivre et du luxe français. Ton premier roman « La petite boutique japonaise » a connu un succès international et Je t'ai entendu dire souvent en entrevue que tu as commencé à écrire sur le tard. Tu avais 45 ans quand tu as publié ton premier roman. Avec le recul, penses-tu qu'il fallait avoir vécu toutes ces expériences professionnelles-là avant de devenir romancière?
SPEAKER_05Je pense que oui. En tout cas, en ce qui me concerne. Mais c'est grâce au Québec, en fait, que j'ai réussi à être publié. Tu veux que je te raconte pourquoi? Mais oui, grâce à Guy Cournot, je crois. Mais oui, mais tu sais tout. Tu es hyper enseigné. Exactement. Les Français ne voulaient pas de la petite boutique japonaise parce que c'était peut-être trop perché, un peu très différent de ce qui se faisait. Et j'ai reçu plein de refus. Et puis, quand j'étais à Psychologie Magazine, j'animais une croisière avec les lecteurs et Guy Corneau. Et Guy Corneau a lu mon manuscrit. Il m'a dit, mais j'adore, je suis tombée en amour de cette histoire. Je vais te présenter à mon ami éditeur au Canada. Je lui ai dit, oui, mais je ne veux pas que tu te fâches avec ton ami quand il va te dire non. Et en fait, son ami, c'est devenu mon éditeur au Canada, c'est Erwann Le Seul, et il m'a dit oui. Et c'est grâce à lui que c'est reparti en France et que j'ai été publié en France. Donc, sans le Québec, il n'y aurait pas d'Isabelle Artus auteur.
SPEAKER_03Mais est-ce que tu rêvais depuis longtemps d'écrire des livres? Est-ce que c'est un rêve que tu caressais quand tu étais enfant
SPEAKER_05non absolument pas je voulais écrire ça c'est sûr c'est pour ça que je suis devenue journaliste et journaliste en presse écrite donc j'ai toujours aimé raconter des histoires et en fait mon premier roman comme tu parles la petite boutique japonaise c'est parti comme un jeu avec des collègues et j'ai commencé à écrire un début et elles m'ont demandé la suite la suite et moi je savais pas trop comment faire et puis je m'y suis mise et ça a donné la petite boutique japonaise. Voilà.
SPEAKER_03– Mais est-ce qu'il y a eu un certain découragement, un moment, avant que Guy Corneau te suggère de l'envoyer à son ami éditeur?
SPEAKER_05– Ah oui, oui, complètement. Au début, je prenais des refus. Je disais, bon, c'est pas grave. Deuxième, bon, c'est pas grave. Et puis, j'avais mes filles, à l'époque, qui me disaient, c'est pas grave, maman, parce que J.K. Rowling, elle a eu tellement de refus avant Harry Potter. J'étais là, oui, peut-être. Et puis, à un moment, tu vois, t'arrêtes, quoi, parce que t'as le refus qui te fait mal, et tu le mets dans ton tiroir, et je l'ai mis dans mon tiroir pendant, ouais, deux ans, et c'est quand je rencontre Guy Corneau, et je ne suis pas comme ça, on en vient à discuter, et je lui dis, ben oui, j'ai écrit quelque chose, mais ça ne fonctionne pas, en France, ils n'en veulent pas de cette fille qui rêve d'être guichard, etc., et il me dit, oh, c'est rigolo, donne-le-moi, et voilà, et c'est passé comme ça, et trois semaines après, Guy, il m'envoie un mail, et il me dit, mais c'est incroyable, ça ressemble à... Je n'ai jamais lu quelque chose comme ça. Je vais l'envoyer à mon copain Erwann.
SPEAKER_03Il y a peut-être des éditeurs qui se sont mordus les doigts parce que ça a été un succès international, ce roman-là.
SPEAKER_05Écoute, je ne sais pas. En tout cas, moi, je suis très contente.
SPEAKER_03Isabelle, j'ai envie de te demander aujourd'hui, qu'est-ce que tu dirais à la Isabelle de 45 ans qui rangeait justement son manuscrit dans un tiroir? De ne pas lâcher, de ne pas se laisser abattre quand on veut. Il y a des belles choses qui peuvent arriver.
SPEAKER_05Alors ça, tu as raison. En fait, il faut... un petit talent, je crois. beaucoup de travail. Jusque-là, je n'invente rien. Et il faut de la chance. Et à un moment, il te faut le petit coup de pouce. Alors des fois, la chance, elle arrive vite. Donc en fait, tu ne réalises même pas que tu as de la chance. Puis quand tu as eu pas mal d'échecs comme ça et que la chance, elle arrive, là, tu mesures ta chance. Je trouve que c'est encore plus savoureux que quand ça arrive tout de suite. Et c'est vrai que je me suis découragée et je me suis dit, bon, ce n'est pas grave. Je continue à écrire une histoire pour ma mère, mes filles et le tiroir de ma commode. Mais, ouais, j'ai eu des grands moments de découragement.
SPEAKER_03Heureusement, Guy Cournot est arrivé dans le décor. Et j'ai envie de te demander, Isabelle, qu'est-ce que t'as appris justement de Guy Cournot qui t'accompagne encore aujourd'hui?
SPEAKER_05Alors, ce que j'ai pris de Guy, c'est surtout pour après, un autre livre que j'ai écrit, mais qui n'est pas sorti au Québec, qui s'appelle Donnez-moi de mes nouvelles. Et C'est l'histoire d'un garçon qui se réveille et qui ne sait pas qui il est. Il a eu un accident, évidemment loufoque. Il est rentré dans un camion poubelle à vélo alors qu'il déteste le vélo. Et puis petit à petit, plus il va retrouver la mémoire et moins il va comprendre qui il est. Donc en fait, c'est le puzzle à l'envers. Et j'ai des heures de discussion avec Guy. Il y en a que j'ai enregistré aussi, donc c'est précieux. Où en fait, il m'explique la psychologie des personnages. Et c'est vrai que souvent, en France, on me dit que même si mes histoires sont très légères, très loufoques, la psychologie de mes personnages est extrêmement travaillée et crédible. Et ça, je le dois à Guy Corneau. Ah ben, merci Guy
UNKNOWN! Ben oui, merci Guy !
SPEAKER_03Et c'est ta première fois au Québec, Isabelle. Est-ce que tu as l'impression, justement, de revenir aux sources de où ta carrière de romancière a commencé?
SPEAKER_05C'est ma première fois au Québec. Donc, moi, je suis émerveillée. Je suis arrivée il y a 36 heures. Je suis sur mon nuage.
UNKNOWNTout...
SPEAKER_05Voilà, tous mes merveilles. Et ouais, c'est un clin d'œil à Guy. C'est un retour à la source. J'ai eu pas mal de rendez-vous manqués, en fait, avec le Québec. Voilà, j'aurais dû venir plus tôt. Ça s'est pas fait. C'est la vie. Et là, ça s'est fait. Et je suis hyper contente. Et je savais que je serais... Je savais que ce serait très fort et c'est très fort. As-tu commencé à rencontrer des lecteurs et des lectrices? Alors, je vais les rencontrer tout à l'heure. Je ne les ai pas encore rencontrés. Ça doit être excitant, ça. Oui, mais surtout, maintenant, grâce au réseau, ils ont commencé à m'écrire sur les réseaux et on a déjà commencé un peu à échanger et à communiquer et ça, ça fait vraiment plaisir. Mais là, je vais les voir en
SPEAKER_03personne. Isabelle, tu es rendue à quatre romans et tu viens tout juste de publier Odette et le mystère de l'île de Pâques. Odette qu'on avait découverte dans un précédent roman, Odette et le taxi jaune. Une suite qui n'était pas prévue. Je pense que c'est ton éditrice qui a insisté pour que tu fasses une suite.
SPEAKER_05Exactement. En fait, j'invente cette histoire d'Odette et le taxi jaune pendant le COVID, en 2020. Moi, j'habite à Paris et je dis souvent, je n'ai pas de chien. Et donc, je n'avais même pas une heure autorisée. C'était très, très dur le shutdown à Paris, enfin en France et particulièrement à Paris. Donc, j'étais très enfermée dans mon appartement. Et j'avais besoin de m'évader. Donc, j'ai avant... Enfin, c'est comme ça aussi qu'est venue cette idée de Odette.
SPEAKER_03Cette octogénaire qui est assez singulière, merci.
SPEAKER_05Oui, assez extravagante. Elle aurait pu être québécoise. En vrai, elle aurait pu être
SPEAKER_03québécoise. C'est l'incarnation de la femme libre, je trouve, Odette. Parce qu'elle a vraiment une couleur bien à elle.
SPEAKER_05Elle est très libre. Et ce que j'aime bien, c'est qu'en fait, c'est une octogénaire, mais ce n'est pas la mamie gâteau. On est très, très loin du personnage de la grand-mère réconfortante qui fait la cuisine et qui est là. Odette, c'est un ancien mannequin cabine. Elle est très élégante. Elle fume comme un pompier. Elle passe des heures à se faire les ongles, à se maquiller. Elle aime ça se costumer aussi. Alors, elle adore se costumer parce que c'est une ancienne couturière et une ancienne costumière de théâtre. Et Et voilà, elle se rendait à Roissy pour s'inventer des voyages. Et c'est vraiment le COVID qui m'a donné envie d'écrire. Je pense que c'est parce qu'on avait tous envie de bouger et de partir. Et c'est comme ça que c'est venu. Et c'est un petit peu inspiré de ma grand-mère, même si ma grand-mère n'a jamais disparu dans un aéroport comme Odette.
SPEAKER_03Et Odette refuse les clichés associés au vieillissement. Est-ce que c'est une façon de contester justement le regard de notre société qu'on pose sur les femmes âgées?
SPEAKER_05Je pense que une partie, enfin, on m'a souvent demandé comment j'expliquais le succès d'Audette en France. Je pense que c'est une nouvelle façon d'aborder l'âge sans renoncer. Elle lutte pas contre son âge, elle l'accepte complètement, mais ça veut pas dire qu'elle va renoncer à sa féminité, qu'elle va renoncer à séduire, qu'elle va renoncer à plaire. Et c'est mon sens, c'est pour ça qu'elle est très libre. Elle fait ce qu'elle veut. Et même si elle a 80 ans et qu'elle a bien vécu, bien sûr, elle a de la sagesse et de l'expérience, mais elle a quand même cette folie, cette curiosité, cette audace. Comme si l'âge, en fait, ne marquait pas la fin de l'audace et la fin de l'envie d'aventure, de séduire et de découvrir les choses.
SPEAKER_03Et tu le dis, Isabelle, Odette est inspirée de ta grand-mère. Qu'est-ce qu'elle t'a transmis, ta grand-mère, que tu as compris seulement sur le tard?
SPEAKER_05C'est une excellente question. Parce qu'en fait, c'est en écrivant Odette. Ah oui? A posteriori, c'est pas que j'ai pensé à quelque chose et que je l'ai écrit, c'est que j'ai écrit et qu'ensuite, en relisant, je me disais, wow! Et toujours pendant le COVID, moi, j'ai échangé avec ma soeur, j'ai échangé avec mes cousines, avec ma tante, et ça a été très joyeux. Et il y a plein de... Donc, Marie-Soleil, la petite fille d'Odette, c'est une espèce de mélange de ce que moi j'ai pu ressentir mais de ce que ma soeur est née, de ma cousine qui est née, de celle qui est plus petite. Voilà, c'est une espèce de mélange de sensations et de tout ce qu'Odette nous a appris. C'est-à-dire une certaine forme de se tenir droite en fait et de regarder devant et de ne pas sacrifier qui on est. Donc ça, c'est
SPEAKER_03important. Et Marisol et Odette dans les romans semble se construire mutuellement. Est-ce que c'est une définition, justement, d'une relation réussie entre une petite fille et une grand-maman?
SPEAKER_05Alors, je pense que c'est une relation réussie parce qu'elle est réciproque. Donc, on n'est pas dans du top-down. On n'est pas la grand-mère qui infuse à sa petite-fille. C'est-à-dire que, bien sûr, Odette a transmis énormément de choses à sa petite-fille Marie-Soleil, mais Marie-Soleil, je pense qu'elle éduque aussi sa grand-mère et qu'elle lui apprend certaines choses. Donc, c'est Elle s'enseigne l'une et l'autre. Exactement. C'est cette réciprocité que j'ai trouvée intéressante, en fait. Il n'y a pas de... L'âge n'est pas forcément dépositaire de savoir absolu et la jeunesse n'est pas dépositaire d'une insouciance, d'une non-connaissance. C'est cet équilibre et que je trouve qui est de plus en plus juste aujourd'hui et qui est un peu plus moderne que les rapports qu'on a pu lire jusqu'à présent.
SPEAKER_03Est-ce que tu me permets, Isabelle, on s'arrête et au retour, je veux qu'on continue de parler du nouveau roman Odette et le mystère de l'île de Pâques.
SPEAKER_05Avec plaisir.
SPEAKER_02Ici Audrey Willenmy, vous écoutez «Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_03Je suis toujours en compagnie de mon autrice invitée de la semaine, Isabelle Artus, pour parler de son plus récent roman «Odette et le mystère de l'île de Pâques». Si tu me permets, Isabelle, je vais faire un petit résumé aux auditeurs pour les mettre en contexte. Alors, Odette s'envole vers la Patagonie où Marie-Soleil, sa petite-fille, a décidé d'accepter la succession de son grand-père tout juste retrouvé et de s'installer à la tête de son cheptel d'exception. Mais bien vite, une épidémie va se propager parmi les moutons et dégrader leur laine. Dans ce pays isolé du bout du monde où cohabitent les ramifications secrètes de l'ancienne dictature militaire et les croyances ancestrales autochtones mapuches. Odette et Marie-Soleil mettent tout en œuvre pour comprendre l'origine de cette étrange maladie. Pourquoi avoir choisi, Isabelle, de camper ce roman-là dans ce pays, la Patagonie? Alors,
SPEAKER_05la Patagonie, ça a été une découverte parce que j'ai une de mes filles qui a fait un échange au Chili et je suis allée la retrouver parce que pendant trois semaines et j'ai, voilà, je suis tombée aussi en amour de ce pays et pour la petite anecdote, mon autre grand-mère, pas Odette, mon autre grand-mère est née au Chili et c'était très mystérieux et j'avais envie de, un, d'aller dans ce pays et ensuite, deux, je me suis dit, mon histoire, elle va se passer là.
SPEAKER_03Et est-ce que tu as dû faire, justement, d'importantes recherches et documentations sur les cultures mapuches, les traditions de l'île de Pâques pour écrire J'ai
SPEAKER_05fait énormément de recherches sur le Chili en général. La culture mapuche que je trouve absolument fascinante, qui couvre la Patagonie, donc c'est à la fois la Patagonie du Chili et l'Argentine, et alors l'île de Pâques, mon Dieu. Est-ce que tu es allée
UNKNOWN?
SPEAKER_05Non, je ne suis pas allée sur l'île de Pâques parce que c'est vraiment au bout du bout du bout du monde. C'est-à-dire que c'est au moins à 4000 kilomètres, si je ne dis pas de bêtises, de la côte chilienne au niveau de Valparaiso. Et c'est à peu près à 3600 kilomètres de Tahiti. Donc c'est vraiment une île perdue au milieu de l'océan qui n'est pas très pacifique à cet endroit-là. Et il y a plein de mystères encore sur cette île. Et j'aime l'idée en fait euh... qu'il y ait des énigmes scientifiques qui ne soient pas résolues par les scientifiques du monde entier sur les moailles, sur certaines choses qu'on a retrouvées dans cette île et les personnes ne savent exactement ce qui s'est passé.
SPEAKER_03Et comment t'es venue l'idée justement de se promener parce que à un moment donné on se retrouve dans les années 80, un autre moment dans les années 1999, comment t'es venue l'idée justement de se promener dans ces deux temporalités-là?
SPEAKER_05Alors l'année 99 c'était pour Pour suivre très exactement Odette et Taxi Jaune, on est vraiment dans la continuité du temps, il n'y a pas d'ellipse. On est en 99. Pour les années 80, sans dévoiler l'intrigue, ça correspond à la temporalité d'un mystère qui se déroule sur l'île de Pâques mais qui est lié à Odette et à sa famille. Donc, le timing faisait qu'on était dans les années 80. Et il y a très peu d'informations sur l'île de Pâques dans ces années-là. Ah oui? Très peu. J'ai vraiment téléphoné là-bas, j'ai des amis au Chili qui m'ont aidé, etc. C'est pas facile de savoir comment vivaient les gens sur l'île de Pâques dans les années 80. Ça paraît fou, et pourtant c'est vrai.
SPEAKER_03C'est quand même assez récent, les années 80, c'est ça qui est surprenant. Vous
SPEAKER_05savez, je ne sais pas si tes auditeurs le savent, il y avait un bateau par rang qui reliait le Chili. à l'île de Pâques, jusque dans les années 50. Wow! Un bateau par an. Donc, pour vous dire que c'est...
SPEAKER_03Il était isolé pas mal. Très, très isolé. Et j'ai envie de te demander, Isabelle, pourquoi, justement, les années 1999, le premier et le deuxième Odette, est-ce que c'est pour éviter toute la technologie qu'on a aujourd'hui? Je crois
SPEAKER_05que j'ai... Alors, je crois que j'ai une vraie nostalgie de ces années-là. 98, là où ça commence, on est encore... En Europe, on est... On est encore en franc pour la France. On a le droit de fumer, Odette fume. On a le droit de fumer dans les aéroports. Il y a une certaine forme de liberté. Je pense que j'ai une nostalgie de cette liberté qu'on avait à ce moment-là, en ignorant qu'on l'avait. Parce qu'évidemment, il faut qu'on l'ait moins, qu'on en soit privé pour s'en rendre compte. Et ça allait bien avec le personnage d'Odette, de cette liberté-là. Tout simplement. C'est à la fois ancien et finalement assez récent. Et on se rend compte, moi je me rends compte de l'évolution. Un
SPEAKER_03quart de siècle qui a
SPEAKER_05changé beaucoup de choses. Incroyable. Ça me paraît, c'était pas il y a si longtemps, mais ça me paraît très très lointain pourtant.
SPEAKER_03Mais c'était le fun de retourner dans cette
SPEAKER_05époque-là. J'ai adoré retourner dans cette époque-là. En plus, la France avait gagné la Coupe du Monde en 98. L'année précédente En fait, je me suis rappelé que c'était le décès de Lady Diana à Paris. Et ça nous paraît à la fois historique et très proche. Et c'est ça que j'avais envie de montrer dans cette histoire-là.
SPEAKER_03Et le roman mêle en quinte familiale, aventure, histoire d'amour et quinte identitaire. Comment parviens-tu justement à équilibrer ces différents fils narratifs-là dans le roman?
SPEAKER_05Alors, comment j'arrive à l'équilibre? Déjà, merci. Franchement, je ne sais pas. c'est vraiment... Est-ce que tu fais un plan quand tu crées un roman? Alors, quand j'ai écrit Odette et Taxi Jaune, je n'avais aucun plan. Je ne pensais vraiment pas que ce serait édité. Encore une fois, c'est vraiment quelque chose que j'ai fait pendant le COVID pour ne pas devenir dingue chez moi. Il fallait que je m'évade. Et c'est venu petit à petit. Comme tu le disais tout à l'heure, je ne pensais pas du tout écrire la suite. Donc, je n'avais pas de projet, je n'avais pas de plan. Et puis, quand vraiment Vraiment, mon éditeur à Paris, il a insisté, insisté, parce qu'en plus, le Taxi Jaune, il avait bien rencontré ses lecteurs.
SPEAKER_03Les lecteurs, on voulait une suite avec Odette. Ils
SPEAKER_05l'ont beaucoup aimée. Et pendant deux ans, j'étais là, mais il n'y a pas de suite, il n'y a pas de suite. Je ne vais pas faire un truc artificiel. Ça n'a pas de sens. Et puis, j'ai réfléchi, réfléchi, puis j'ai trouvé une suite. Donc là, je me suis un peu plus disciplinée et j'ai un peu plus cadré l'histoire. Mais j'ai toujours une grosse... part d'imprévus. Et il y a des personnages, et en particulier pour Odette et le mystère de l'île de Pâques, le personnage du bagagiste, Pablo, il n'existe pas dans mon synopsis que j'ai remis à mon éditeur. Il est né comme ça, et je ne sais pas, j'ai une sorte d'intuition, et du coup, je lui ai donné de la place, mais en lui donnant de la place, il fallait que je lui donne un passé, que je lui donne une histoire, etc. Donc, on va dire que je cadre à peu près à 70%. parce que c'est rassurant pour mon éditeur, c'est rassurant pour moi, mais j'ai 30 %. Ça vient ou ça ne vient pas d'ailleurs, mais ce n'est pas prévu.
SPEAKER_03Mais est-ce que la fin est restée la même que ce que tu avais fait dans ton synopsis, dans ton
SPEAKER_05plan?
UNKNOWNNon.
SPEAKER_03C'est une fin qui est quand même
SPEAKER_05surprenante. Je me suis surprise moi-même en fait.
UNKNOWNAh oui?
SPEAKER_05Je pense que c'est pour ça que ça fonctionne aussi. C'est parce que je ne l'avais pas prévu, je ne l'avais pas vu venir. Donc, je pense que la surprise, elle est aussi authentique parce que moi-même, je ne l'avais pas vu venir. Et c'est comme le personnage de Pablo. On me dit c'est formidable parce que on ne sait pas si c'est un gentil ou un méchant. Ou si c'est un gentil méchant ou un méchant gentil. Et jusqu'au bout, on ne sait pas. Comment tu as réussi à faire ça
UNKNOWN?
SPEAKER_05En fait, c'est parce que moi-même, je ne savais pas. Je me laissais l'opportunité jusqu'à ce que ça s'impose à moi. Et quand ça s'est imposé à moi, Voilà, j'ai écrit.
SPEAKER_03Et après l'île de Pank, où Odette rêve-t-elle secrètement d'aller? Est-ce qu'il y aura une
SPEAKER_05suite? Il y a... Oui, je ne sais pas s'il y aura une suite. En tout cas, j'ai ouvert. J'aimerais bien. Mais c'est sûr qu'elle va venir au Québec, Odette. C'est évident. On aimerait ça. Ah oui, oui, oui. Je ne sais pas où je vais l'emmener. Je ne sais pas à quel mystère elle va être confrontée. Mais oui, ça, c'est sûr qu'Odette, elle va passer par le Québec.
SPEAKER_03Et ça va t'obliger à revenir faire de la recherche pour revenir nous voir?
SPEAKER_05Oh, quel plaisir. En fait, tu sais quoi? Je crois que c'est pour pour pouvoir revenir nous voir. Exactement.
SPEAKER_03Isabelle, l'humour est très présent dans tes romans. Dans une époque souvent très anxieuse dans laquelle on est, considères-tu que la légèreté est comme une responsabilité d'autrice ou simplement un ton que toi, tu donnes dans tes romans? Est-ce que je suis drôle quand je
SPEAKER_05n'écris pas? Je ne sais pas. Ce sera à toi de me dire. Mais c'est vrai que pour en venir à la question que tu me posais tantôt, je suis drôle d'avoir travaillé à Psychologie Magazine, d'avoir abordé aussi des thématiques qu'on ne pourrait pas du tout qualifier de légère et pouvoir transmettre un certain nombre de notions au lecteur j'ai souvent opté pour une certaine forme de légèreté pour aborder les sujets un peu difficiles et je pense que ça m'est resté en fait et Odette elle est elle a traversé des moments assez difficiles à travers les Les deux tomes, qui d'ailleurs, je le précise, peuvent se lire totalement indépendamment l'un de l'autre. Complètement. On n'est pas obligé d'avoir lu le premier pour lire le second. Mais oui, je pense qu'elle a aussi cette légèreté dans l'existence. Elle a traversé des moments un peu sombres. Et cette légèreté, oui, lui a permis certainement de traverser... Les épreuves. Les épreuves et de s'en sortir grandie. et c'est vrai que peut-être inconsciemment, je tiens ça de ma grand-mère et que j'ai remis cette légèreté dans l'écriture.
SPEAKER_03Ça fait du bien à lire. Moi, j'ai beaucoup aimé ça. J'ai rigolé à quelques moments en te lisant.
SPEAKER_05Ça, ça fait plaisir. Surtout, je suis quand même dans la capitale mondiale de l'humour, donc on ne peut pas dire qu'à Paris, ça soit le temple de la rigolade. Donc, ça me touche beaucoup que tu me dises
SPEAKER_03ça. Ça me fait plaisir. Et qu'est-ce que tu espères, justement, que les lecteurs canadiens vont comprendre d'Odette que les lecteurs français ne voient pas forcément.
SPEAKER_05Qu'est-ce que les lecteurs canadiens vont comprendre? Je pense que, franchement, ici, vous... On se parle plus de cœur à cœur. Et que du coup, il y aura plus une immédiateté qu'en France où il faut qu'ils conceptualisent, qu'ils analysent, qu'ils décortiquent, qu'ils dissèquent, qu'ils justifient. Je pense qu'il y a une spontanéité dans ce beau pays que je connais très très bien. Ça fait 36 heures que je suis là, donc je peux vous expliquer tout. Je pense que c'est ça, en fait. Ça va être vraiment... J'en suis certaine, d'ailleurs, quelque chose de cœur à cœur, de cette gentillesse, de cette authenticité.
UNKNOWNEuh...
SPEAKER_05Odette, elle ne juge pas. Elle prend les gens comme ils sont. Je pense que c'est aussi pour ça que les gens l'aiment bien. On l'aime beaucoup, Odette. Parce qu'elle n'est pas dans le jugement. Et je pense qu'ici, vraiment, au Canada, moi, c'est ce que je ressens, c'est qu'on n'est pas dans le jugement. Donc, je pense que ça peut être une rencontre assez évidente.
SPEAKER_03Bien, j'invite les gens, justement, à lire Odette et le mystère de l'île de Pâques. Si tu me permets, Isabelle, on s'arrête et au retour, je compare le Técou de coeur littéraire.
SPEAKER_00Vous écoutez Samedi de lire avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_03On est maintenant rendu au segment des coups de cœur littéraires de mon autrice invitée de la semaine, Isabelle Artus. Isabelle, qu'est-ce que tu as envie de présenter comme coup de cœur aux auditeurs?
SPEAKER_05Alors, je vais vous parler du dernier livre qui m'a vraiment... bouleversée. Je ne sais pas comment décrire. Une espèce de déambulation poétique. Ça s'appelle « Ma gloire » de Florent Oiseau. C'est chez Gallimard. Et pareil, c'est...
SPEAKER_03Ça raconte quoi, cette histoire-là, Magloire
UNKNOWN?
SPEAKER_05Alors, Magloire, c'est un homme qui est marié, qui a une petite fille de 7-8 ans, parisien, et qui, en fait, boit énormément, mais énormément. Donc, il y a des pages magnifiques sur son rapport à l'alcool. Quand je dis magnifique, c'est vraiment extrêmement poétique, c'est très sensoriel. Et il se voit, en fait, couler. Il est très admiratif de de sa femme, de sa compagne qui reste là. Il est désespéré de voir sa fille de 8 ans qu'il regarde à la fois avec amour, avec pitié, etc. Donc on peut se dire que c'est un peu tragique. Et en fait, il va partir à la recherche de... Il est à côté d'un cimetière dans le 20ème arrondissement et il va partir à la recherche des raisons du décès de Magloire qui était secrétaire de Voltaire En fait, l'histoire n'a pas énormément d'importance. Ce serait assez compliqué à décrire. Mais fondamentalement, c'est cette déambulation, cette descente, cette prise de conscience et cette jolie remontée de cet homme dans les rues de Paris. À la recherche de ma gloire. Alors évidemment, ma gloire, ça s'écrivait M-A-G-L-O-I-R-E attaché et ma gloire, là, c'est détaché et c'est sa femme et sa fille parce que c'est ce qu'il a réussi de mieux. C'est d'une poésie, c'est d'une justesse, c'est merveilleux comme écriture. Vraiment, lisez-le. Florent Oiseau, il a 32 ans, 33 ans, c'est magnifique.
SPEAKER_03Tu me donnes vraiment envie de le lire. Et j'ai l'impression tantôt que tu parlais beaucoup de toi, de la psychologie des personnages, que tu travaille beaucoup, j'ai l'impression que cet auteur-là, c'est le cas aussi, là, la manière que tu le décris.
SPEAKER_05Il aborde, oui, il aborde ses personnages, comment dire, avec une douceur et une profondeur, mais qui n'est pas, qui n'est pas du tout pesante, en fait. Il ne nous assène pas. C'est comme un, comme le 45 tours d'autrefois, ça repasse, le sillon, ça repasse et on descend un peu plus et on descend un peu plus, on remonte, on redescend, il y a une sorte de mouvement comme ça de Un peu en spirale. Et ce qui se dessine, c'est merveilleux. C'est d'une simplicité. C'est pour ça qu'il ne faut pas le résumer à l'histoire. La langue française est magnifique, magistrale. Vraiment, encore une fois, laissez-vous porter par la poésie de Florent Oiseau.
SPEAKER_03C'est sûr que je vais le lire. Tu me donnes trop envie de le lire. Isabelle, est-ce qu'il y a un livre qui t'a donné envie, toi, d'écrire à ton tour des romans?
SPEAKER_05Alors, c'est un auteur qui s'appelle Daniel Pénac. Ah oui, voilà. Et c'était la trilogie des Malossènes. Je ne sais pas si vous vous souvenez. C'était Au bonheur des ogres. Après, il y avait La fée carabine. Et ensuite, il y avait La petite marchande de prose. Bon, après, il a continué, mais c'est vraiment ces trois-là. Et en fait... Daniel Pénac, il est vraiment à l'origine de ma vocation. Il a tout ce que j'aime, c'est-à-dire une histoire qui est qui est forte, qui est totalement loufoque, totalement perchée, mais qui est construite impeccablement comme un roman policier, comme une enquête, et une foultitude de personnages ultra attachants. Et une langue qui est très originale, qui est la sienne, mais qui est populaire. Et en fait, c'est tout ce que j'aime. Et je me suis dit, si un jour je dois écrire, j'avais envie d'écrire, c'est c'est mon modèle absolu. Une histoire, parce que sinon, on s'ennuie. Des personnages attachants, parce que je trouve ça génial. Et une espèce de... Oui, d'univers à soi. Et c'est cet auteur et ces livres-là qui ont fait que je devais avoir 18 ans et je me suis dit, un jour, je voudrais écrire comme ça. En tout cas, j'essaie de me rapprocher.
SPEAKER_03Mais c'est beau, mais oui, on peut faire quelques liens entre ton écriture et celle de Daniel Penac. Et est-ce que la lecture occupe une grande place dans ta vie
SPEAKER_05Énormément. Pour moi, c'est impossible d'écrire si on ne lit pas. Parfois, je rencontre des gens qui écrivent et qui ont plus le goût de l'écriture que de la lecture. D'ailleurs, si je devais choisir entre les deux, ce serait la lecture sans hésiter. Si je devais renoncer à la lecture au profit de l'écriture ou inversement, non, je garderais la lecture. C'est indispensable pour Euh... pour apprendre, pour apprendre des autres, pour s'évader, parce que c'est à ça que sert la lecture, pour se cultiver, pour se détendre, et pour apprendre, apprendre,
SPEAKER_03apprendre.
SPEAKER_05Et comment tu choisis tes lectures, Isabelle? Alors, il y a plein de façons pour moi de choisir mes lectures. D'abord, j'ai la chance de connaître maintenant pas mal d'auteurs, donc je lis leurs livres. Je suis très branchée coup de cœur des libraires. Moi, j'ai une... J'adore les libraires. Je ne sais pas trop comment c'est chez vous au Québec, mais en France, essentiellement à Paris, je suis terriblement parisienne, dans les librairies, il y a souvent sur les tables les ouvrages qui sont présentés et puis il y a un petit post-it comme ça. Vous avez ça, le coup de cœur des libraires. En fait, je marche au coup de cœur des coups de cœur des libraires. Ça marche très bien sur moi.
SPEAKER_03Mais c'est le fun. aussi de se rendre dans une librairie et de demander à notre libraire qui commence à nous connaître, qu'est-ce que tu me suggères aujourd'hui? Parce qu'à force d'aller régulièrement dans les librairies, ils connaissent un peu plus nos goûts.
SPEAKER_05Tu as complètement raison. Tu as complètement raison. C'est une histoire avec le libraire. Il y a aussi des émissions que j'écoute, évidemment, à la radio. Et la manière dont on parle des auteurs, moi, ça me donne énormément envie de les lire. Est-ce que c'est surtout du roman que tu vas lire? Je vais lire beaucoup de romans. J'aime beaucoup les romans ou des essais. Mais ça, c'est parce que j'étais journaliste pendant 20 ans. Donc, j'ai toujours ce réflexe de me dire, tiens, il y a ce sujet qui m'intéresse. Donc, tu vas lire cet essai. Mais maintenant que je suis plus journaliste... je me donne à mon péché mignon, qui est la littérature de romans.
SPEAKER_03– Mais est-ce qu'un jour, tu pourrais écrire un essai ou vraiment pas?
SPEAKER_05– Je crois pas. – Ah non? – Je sais pas. Qu'est-ce que t'en penses?
SPEAKER_03– Mais je sais pas. Je pense que ça pourrait peut-être être intéressant avec tout le parcours que t'as
SPEAKER_05eu. – Ah, je sais pas. Tu sais, moi, je... J'aime bien les personnages, en fait. J'aime pas trop, voilà, raconter... Tout le monde est expert de tout. Moi, je n'ai pas trop envie de... On reste dans la fiction. D'abord, je préfère la fiction et je trouve qu'on peut faire passer énormément de choses et à mon sens, beaucoup plus de choses. L'essai, ça t'oblige à être vraiment sérieux tout le temps et ça, je n'aime pas ça. Non, mais c'est vrai. C'est pour ça que j'écris aussi. C'est pour être un peu léger et comme tu l'as dit tantôt, pas forcément très sérieux. Non, pour répondre à... Maintenant que je réfléchis Non,
SPEAKER_03je n'ai pas envie. Merci pour les belles suggestions, Isabelle. On s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.
SPEAKER_01Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_03C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Diane Côté. Bonjour, ça va bien? Ça va très bien, merci. Et toi, Amélie? Très bien. Et on commence ce mois-ci avec le casse ultime de Don Winslow, publié chez HarperCollins Noir. Alors,
SPEAKER_04celui qu'on qualifie souvent comme le maître du polar américain, Don Winslow, cette fois-ci, il nous offre un recueil de six nouvelles. Moi, j'avoue que je ne suis pas spontanément fan des nouvelles. Je préfère faire les longs romans où on vit dans l'atmosphère pendant longtemps, mais j'ai quand même bien fait de m'attaquer à ce recueil-là parce que j'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir l'univers de Don Winslow, les gangsters, la mafia, les casseurs en tout genre, les prisonniers. Dès la première nouvelle qui donne son titre au livre, on entre dans le monde vraiment musclé des voleurs de haut niveau. Un voleur tente un dernier coup avant de retourner en prison. Il n'a rien à perdre et il monte une stratégie et pousse tout flambe pour braquer un casino réputé inattaquable et diriger... rien de moins que par la mafia. Alors, c'est un gros suspense, mais toutes les nouvelles sont un peu comme ça. On retrouve ensuite un jeune policier qui veut aider son cousin délinquant et qui se retrouve très mal récompensé de ses efforts. Ou encore des jeunes surfers appelés à surveiller une actrice insupportable, un directeur d'hôtel dont la vie bascule lorsqu'il se retrouve en prison. Toutes ces histoires brèves condensent les thèmes qui parcourent l'univers de Winslow comme la rédemption, les choix difficiles, la dignité de ceux qui sont malmenés, un milieu marginal décrit de façon très, très réaliste. Chaque nouvelle devient aussi une forme de méditation sur la société, les problèmes d'injustice, la répercussion de la cruauté sur l'ensemble des gens. Mais les voleurs, prisonniers cruels ou bandits sans morale possèdent un grand cœur. Ils deviennent presque des résistants d'une grande profondeur, des personnages attachants, malgré leurs crimes, des humains qu'on juge trop souvent rapidement. Ce recueil de nouvelles est très agréable à lire et vous fera passer vraiment un beau moment pendant l'été. C'est une belle suggestion.
SPEAKER_03On rappelle le titre Le casse ultime de Don Winslow, publié chez HarperCollins Noir. Et là, on y va avec Ici tout le monde, mort de Thomas Enger et Joanna Gustanson. C'est publié chez Calment-Lévis Noir. Là
SPEAKER_04aussi, c'est un roman policier vraiment intéressant. C'est deux auteurs de romans policiers scandinaves qui ont travaillé ensemble pour produire ce thriller psychologique totalement captivant qui met en scène une enquêtrice de la police d'Oslo, Carrie Voss, qui est une spécialiste du langage corporel. Alors, l'histoire, c'est que deux jeunes filles de bonne famille, blondes, jolies, populaires, sont assassinées la veille de l'Halloween alors qu'elles préparaient une fête du lendemain au chalet des parents de l'une d'entre elles. En consultant les messages sur leur téléphone, les policiers comprennent qu'elles ont appelé un de leurs amis, qui s'appelle Jasper, qui est aussi un vendeur de drogue et parce qu'elles veulent essayer des nouvelles substances et s'amuser. Jasper est arrêté chez lui le lendemain matin, les vêtements couverts de sang. Après de nombreux interrogatoires, Jasper avoue être l'auteur des meurtres. Mais Carrie Voss est convaincue que Jasper n'est pas le meurtrier et seule contre tous, elle va chercher le vrai responsable. Il faut dire que autant les deux jeunes filles retrouvées mortes que l'assassin sont des Les amis du fils de Carrie qui a disparu il y a sept ans. Bouleversée par la disparition de son enfant, Carrie s'est investie dans sa vie professionnelle et elle est devenue ce que ses collègues et les médias appellent un détecteur de mensonges humains avec son étude du langage corporel. Elle a participé à la résolution de plusieurs enquêtes et là, elle rencontre les parents et les amis des deux victimes et elle comprend que tous cachent de lourds secrets. La brillante comportementaliste interprète les gestes, les attitudes et les contradictions pour défier les certitudes de la police. Ce roman exploite aussi habilement le décor nordique, le froid, le silence, la neige, ce qui crée une atmosphère vraiment claustrophobe qui ajoute à l'attention à une intrigue déjà captivante. Il s'agit d'une lecture vraiment passionnante, un très bon suspense impossible à lâcher.
SPEAKER_03On rappelle le titre « Ici, tout le monde nous ment » de Joanna Gustavsson, et Thomas Enger, publié chez Calment Lévis Noir. On y va maintenant avec « Je suis Romane Monnier » de Delphine de Vigan, publié chez Gallimard.
SPEAKER_04Moi, le dernier roman de Delphine de Vigan que j'avais lu, c'est « Les enfants sont rois ». Ça racontait la vie d'enfants surexposés aux réseaux sociaux. Avec « Je suis Romane Monnier », elle poursuit un peu dans le même univers, celui de vie qui tourne autour d'outils numériques. Cette fois-ci, il s'agit d'une jeune femme, Romane Monnier, qui volontairement, lors d'une soirée dans un bar, échange son téléphone avec celui de Thomas, un homme qu'elle ne connaît pas. Lorsqu'il réussit finalement à la joindre, elle lui redonne son appareil, mais insiste pour qu'il conserve le sien. Elle lui donne même les codes d'accès. Thomas, c'est un père qui a élevé seul sa fille, aujourd'hui âgée de 23 ans, et il va chercher à comprendre pourquoi Romane a abandonné son téléphone. Il va devenir obsédé par tout ce qui se trouve dans l'appareil, les courriels, les textos, les messages et même des enregistrements de ses séances chez le psychologue. Plus il va fouiller dans le téléphone, plus il va découvrir des aspects intimes, évidemment, de la vie de Romane et les raisons de son insatisfaction face à la vie qu'elle mène. Le voyage dans le téléphone va l'amener dans sa propre mémoire et dans ses souvenirs, son enfance malheureuse, l'apparition non désirée de sa fille qui a toutefois rempli sa vie et qui vient de partir de la maison, son existence vide et le peu de perspective d'avenir qui lui reste. Les longues heures passées dans le téléphone de l'autre vont lui faire prendre conscience de son propre désœuvrement et le remettre en mouvement. Ce roman est finalement le récit de deux solitudes qui se rencontrent, deux êtres fragiles dont on suit le parcours dans un monde où le numérique cache
SPEAKER_03parfois la vérité. Ça a l'air intriguant, tout ça, ça s'intitule « Je suis Romane Monnier » de Delphine Devillon, publié chez Gallimard. On y va avec Cumul I de Kev Lambert, publié chez Eliotrope.
SPEAKER_04Oui, dans ce nouveau roman, l'écrivaine met en scène une professeure d'histoire de l'art qui s'appelle Alice, qui a accepté un peu à contrecoeur de diriger la thèse de doctorat d'un étudiant qui porte sur l'artiste Louise Bourgeois et plus spécifiquement sur sa sculpture intitulée Cumul I. Cette sculpture, faite de marbre blanc et de bois, présente des formes qui évoquent des phallus ou des saints. Pour bien comprendre l'œuvre de l'artiste, Alice doit se rendre à Paris à la demande de son étudiant. Tout au long de son voyage, Alice est rongée par des pensées obsessionnelles qui surgissent et se transforment en provoquant chez elle un terrible sentiment de culpabilité. Elle regrette d'avoir donné la note B au travail de son étudiant. Elle se questionne aussi sur les raisons qui ont amené cet étudiant à la choisir comme directrice de thèse alors que l'artiste contemporain c'est très très loin de sa spécialité elle se demande aussi pourquoi elle a accepté alors et elle analyse sous tous les angles les rapports qu'elle entretient avec lui elle est épuisée par ses pensées qui la maintiennent dans un état d'anxiété souffrant et surtout très contre-productif. Elle est très inquiète des déclarations aussi que font certains scientifiques et membres du Parlement à l'effet que les hormones qu'elle doit prendre pour poursuivre son traitement de transformation de genre soient dangereuses pour la santé et éventuellement interdites. Devant l'œuvre de Louise Bourgeois, Alice ressent de très grande colère, mais aussi du regret et de la honte en analysant ses pensées et ses gestes. Ce très court récit d'une centaine de pages a été produit en réponse à une invitation du Centre Pompidou en France à dix écrivains qui sont appelés à faire vivre autrement des œuvres non accessibles pendant les cinq ans que dureront les travaux de rénovation du musée. Kev Lambert a brillamment tiré profit de cette invitation et nous a donné ce court récit très dense, mais qui laisse voir sa belle vulnérabilité.
SPEAKER_03On rappelle le titre à sa pile « Cumul I » de Kev Lambert, publié chez Heliotrope. Et l'on termine avec la disparition de Rose Sinclair de Céline Baudet, publiée chez Québec Amérique.
SPEAKER_04Alors, cette histoire se passe en 1912, lorsque Rose Sinclair disparaît, laissant sa riche famille dans une grande inquiétude. Rose, c'est une jeune étudiante, pensionnaire au Collège de Sainte-Anne-de-Bellevue, qui, normalement, revient chez elle dans son chic quartier du centre-ville de Montréal tous les vendredis après-midi. Mais un vendredi, elle n'apparaît pas et son père mandate le détective Édouard Laveigne pour la retrouver. Le détective évidemment se rend au collège et il remonte une piste troublante mettant en cause un professeur de biologie qui effectue des recherches sur les champignons. Il est assisté de Rose et de son amie Euphémie qui a elle aussi disparu la même fin de semaine. Et en parallèle à cette enquête, nous suivons une autre jeune fille, Jeanne McKenzie, originaire du Bas-Saint-Laurent, qui rêve de faire carrière Sous-titrage Société Radio-Canada L'enquête pour retrouver Rose Sinclair est le fil conducteur de ce roman qui est assez bien construit. Elle est toutefois un prétexte pour tracer le portrait du Québec de 1912. J'avais déjà entendu l'expression « un roman pédagogique ». Je crois un peu que c'est ce que représente bien la nature du récit de Claire Baudet.
SPEAKER_03On rappelle le titre, c'est « La disparition de Rose Sinclair » de Céline Baudet, publié chez Québec Amérique. Merci beaucoup, Diane, pour les belles suggestions. Merci. Merci Amélie, à bientôt. Ici Sophie Lorrain, vous écoutez « Samedi de lire » avec Amélie Boivin-Enfield. On est déjà rendu à la conclusion de l'émission avec mon autrice invitée de la semaine, Isabelle Artus. Isabelle, avant de te laisser partir, je veux qu'on continue de parler brièvement de Odette et le mystère de l'île de Pâques. Et c'est à un attaché de presse, en en discutant avec elle, on se posait la question, Marie-Soleil, ça vient d'où? Pourquoi ce nom-là? Parce que je ne savais pas, mais en France, c'est un prénom qui n'est pas commun, mais ici au Québec, quand même, c'est assez commun.
SPEAKER_05Je viens de l'apprendre, en fait, que Marie-Soleil est un prénom... qui est commun, c'est ça que tu dis, ou courant, en tout cas, fréquemment utilisé au Québec. Absolument pas en France. Je ne connais aucune Marie-Soleil en France. C'est simplement... Enfin, si, j'en ai rencontré une, mais elle était suisse. Et elle est décédée aujourd'hui dans mon petit village où j'ai mes habitudes dans le sud de la France. Et quand je cherchais un prénom pour la petite fille d'Odette... En fait, Marie-Soleil s'est imposée. Et cette femme, elle avait une maison dans ce village. Elle s'appelait Marie-Soleil et elle avait appelé sa maison Villa Marie-Soleil. Et je me suis dit, comme Sherlock, bon sang, mais c'est bien sûr, la petite fille d'Odette s'appellera et ne peut que s'appeler Marie-Soleil. Mais j'ignorais jusqu'à il y a cinq minutes que c'était un prénom courant au Québec.
SPEAKER_03Et je pense que les prénoms sont très importants dans ton écriture en tant que romancière. Il faut que tu trouves le bon prénom pour pouvoir bien évoluer dans l'histoire.
SPEAKER_05C'est la base. Il y a des auteurs qui commencent par les personnages ou qui commencent par les histoires ou par les paysages, les endroits, moi ce sont les personnages et il faut que je trouve le nom, ça m'est arrivé d'avancer sur un roman avec pas le bon nom je sais pas ce qui cloche et puis tout d'un coup il y a le bon nom qui s'impose et là je sais que c'est bon et avec le nom du personnage vient son caractère et avec son caractère vient sa psychologie et pour le coup les prénoms sont extrêmement importants dans toutes les histoires que j'écris.
SPEAKER_03Très intéressant. Merci de l'explication. Et est-ce que tu as commencé à travailler sur un prochain roman? Oui. Est-ce que ça va être encore avec Odette ou c'est un autre roman qui sort un peu du cadre?
SPEAKER_05Pour l'instant, je mets Odette sur pause. Et je reprends un projet que j'avais mis en attente. Ça va être saga sur des savoir-faire et des savoir-faire patrimoniaux français. Évidemment, le premier, c'est le champagne. Donc, je reprends un livre qui se passe en champagne qui va parler du champagne avec une enquête, des mystères, etc.
SPEAKER_03– Oh, intrigant! Est-ce que tu sais à peu près quand ça pourrait sortir?
SPEAKER_05– Déjà, il faut que je termine
SPEAKER_03de l'écrire! – Et ça ressemble à À quoi ton processus créatif, Isabelle?
SPEAKER_05Alors, là, j'innove à chaque fois. Je n'ai pas un processus. Et puis, donc là, pour le champagne, ça va être une série. Donc, c'est le premier tome. Donc, il faut que je présente mes nouveaux personnages, mon nouveau trio. Finalement, j'aime bien les trios. Qui va enquêter. Et bon, mon processus, là... C'est de raconter à la fois comment on fabrique le champagne, mais sans être en mode Wikipédia. « Je vais vous raconter, je vais vous faire l'encyclopédie, etc. » Donc il y a une histoire de contrefaçon de champagne. On va remonter des filières. Il y a plein de pays qui vont être impliqués. Et on est à la veille du réveillon de l'an 2000. parce que c'est l'année où a explosé la contrefaçon de Champagne, et voilà, et c'est... Ah, j'ai hâte, j'ai hâte, j'ai hâte. Je vous en dis pas plus, parce que là, franchement, je profite du Québec, mais quand je rentre, je replonge dans le Champagne. Franchement, j'ai une belle vie quand même.
SPEAKER_03Oui, quand même. Merci beaucoup d'être venue me visiter, Isabelle. Ça a été une charmante rencontre, et j'invite les auditeurs à se procurer Odette et le mystère de l'île de Pâques. On a même une copie à faire tirer. Alors, je vous invite à vous rendre sur le site internet de l'émission, samedi-lire.com, dans l'onglet concours. Merci beaucoup,
SPEAKER_05Isabelle. Merci à toi,
SPEAKER_03Amélie. Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.