Samedi de lire
Chaque semaine, Amélie Boivin Handfield reçoit un auteur.
Entrevue, coup de coeur, chronique littéraire et beaucoup de plaisir.
Samedi de lire
Samedi de lire avec Gabrielle Maurais - 2026
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Chronique littéraire avec Suzanne Dion
Pour la prochaine heure, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_05Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Bienvenue à l'émission Samedi de lire et aujourd'hui, j'ai le grand bonheur de recevoir Gabrielle Morin. Bonjour, comment tu vas? Bonjour Amélie, ça va bien toi? Très bien, très contente de te recevoir à mon micro. Alors, je vais te présenter aux auditeurs. Alors, tu es née en 2001 à Montréal, tu as étudié en création littéraire, en linguistique et en psychologie et là, tu étudies en enseignement pour enseigner au primaire, je crois. Oui. Et ta passion pour l'écriture est venue lors d'un projet scolaire au primaire et depuis, tu n'as jamais s'intéressé essaie d'écrire. C'est quoi ce fameux projet-là au primaire?
SPEAKER_06En fait, c'est en troisième année, mon enseignante nous avait donné comme projet d'écrire un livre, faire les illustrations, puis vraiment de le relier comme un vrai livre. Donc, à la fin, j'ai le produit encore chez moi cartonné comme un vrai livre. Puis, c'est comme ça que ça a commencé. En fait, j'étais vraiment fière parce que j'étais l'élève qui avait fait le plus de pages dans ma classe. Puis, donc, on l'a fait en troisième année, puis on a eu la chance de le répéter en quatrième année. Puis, c'est vraiment à partir de là que j'ai commencé à écrire. J'avais mis un petit cahier du Dolorama à spirale. Donc, j'écrivais dans des cahiers à ce moment-là. Puis après ça, ça l'a toujours continué. J'écris plus dans des cahiers, par exemple. Et c'est un rêve que tu caressais d'un jour publier un livre? Oui, j'espérais, mais en même temps, je me disais, c'est pas pour moi, mais il y en a tellement, puis ça sera pas moi. Puis finalement, à un moment donné, je me suis dit, je vais essayer quand même. Puis c'est ça.
SPEAKER_05Ça l'a bien tombé. T'as envoyé ton manuscrit à Michel Quintin, puis c'est comme ça que tu t'es retrouvée à publier. Oui, c'est
SPEAKER_06ça.
SPEAKER_05Et en 2004, tu as publié justement ce premier roman, Parfois les plantes meurent, qui a été finaliste au prix Cécile Gagnon. En 2025, tu as publié 360 degrés du soleil. Et là, tu viens de publier ton troisième roman, Les arcs-en-ciel se dessinent mieux à deux. Ça raconte l'histoire de Marianne et Simon, deux étudiants universitaires unis par une même épreuve, le deuil d'un être cher. Marianne quitte Bromont pour s'installer à Montréal et entreprend des études en journalisme, tandis que Simon termine son baccalauréat en cinéma. Leur rencontre à l'occasion d'un projet de court-métrage les amène à reconnaître leur douleur commune et au fil de leur amitié, ils apprennent à s'épauler, à affronter leur souffrance et avancer, chacun à son rythme, sur le chemin de la guérison. Avec sensibilité et douceur, le roman explore le deuil, la reconstruction de soi, la santé mentale et le pouvoir des liens humains. Et comme tes deux premiers romans, Les Arc-en-Ciel se dessinent mieux à deux, dépeignent la vie de jeunes adultes. En quoi cette période de la vie était-elle un terreau fertile pour
SPEAKER_06ton écriture? Bien, je pense que c'est parce que, premièrement, c'est la plus rapprochée de moi. Tu sais, ça serait difficile d'écrire sur une personne de 50 ans. J'aurais peur que ce ne soit pas réaliste, que les thèmes qui soient abordés ne soient pas… Véridiques. Oui, ne soient pas véridiques. Je veux dire, ne soient pas bons, mais ne soient pas véridiques. Donc, c'est sûr que, vu que je suis en train de le vivre ou je l'ai vécu… Récemment, dans les dernières années, par exemple, si on prend parfois les Plantes-Meures, il était au cégep. Donc, c'est plus facile pour moi, c'est sûr, d'aller chercher des thèmes qui se rapprochent plus de
SPEAKER_05ce que je vis. Et quel regard portes-tu sur ton évolution depuis ton premier roman?
SPEAKER_06Bonne question. J'avoue que ça a tellement été rapproché que je n'ai pas... Pour moi, c'est comme un peu les trois sont ensemble que je ne repense pas vraiment à... C'est le premier. Qu'est-ce qu'il y a de différent? avec le troisième.
SPEAKER_05– Mais est-ce que tu as l'impression que ta plume a changé ou a gagné en maturité d'un livre à
SPEAKER_06l'autre? – Bien, j'ai eu la chance, en fait. J'ai écrit parfois « Les plantes meures ». J'avais quand même... Je pense que j'étais à le début d'université. Donc, quand j'ai commencé à le retravailler, c'est sûr que là, il y a eu un retravail qui a été fait. C'était quand même quelques années plus tard. Donc, c'est sûr qu'au niveau de la réécriture, je trouve que ça a changé quand je regarde mes premières versions. Mais... Est-ce
SPEAKER_05que c'est plus
SPEAKER_06facile pour toi
SPEAKER_05d'écrire, mettons, le premier comparativement au troisième? Est-ce que t'as pris de l'assurance, de la maturité? Non. Non. Je trouve que... Non. Des fois, c'est même plus difficile, je pense. OK. Et qu'est-ce que t'as appris sur toi-même à travers l'écriture, justement, de ces trois
SPEAKER_06romans-là? Que c'est pas parce que c'est difficile que ça va pas être bon ou que je vais pas aimer ça au final. Quand j'ai écrit... Quand j'ai écrit... Pardon. Marianne et Simon... Bien, Marianne et Simon, les arc-en-ciel se dessinent mis à deux, que j'appelle Marianne et Simon parce que c'est plus court. La première réécriture a été parfois plus difficile, puis j'ai vraiment eu du plaisir à la réécriture. Fait que c'est là que j'ai fait « Ah, bien là, peut-être qu'il y a du potentiel. » Donc, voilà.
SPEAKER_05D'où est venue l'inspiration de cette histoire-là de Marianne et Simon?
SPEAKER_06Il y a deux raisons. En fait, je voulais que ça soit vraiment des personnages opposés qui se rencontrent. Donc, Marianne est très solaire, on va dire. Simon est plus renfermé. Mais je voulais que ce soit deux personnes vraiment d'univers différents. Donc, Marianne vient de la campagne, Simon vient de la ville. Ils n'ont pas le même âge. Ils ne sont pas dans le même programme non plus. Puis, je cherchais un peu le thème ou le sujet qu'ils fassent, qu'ils se rencontrent. Donc, je trouvais que le deuil, c'était vraiment universel, comme tout le monde peut vivre un deuil dans sa vie. Donc, j'ai choisi ce sujet-là. Puis, en même temps, pendant que j'écrivais la première version, j'étais en création littéraire à l'UQAM. Donc, c'est sûr que ça m'a un peu inspirée parce qu'on parlait de... Moi, j'étais en création littéraire, mais on parlait aussi parfois de tout ce qui était connexe, donc le cinéma, le journalisme. Donc, je trouvais que c'était une bonne manière de faire qu'il se rencontre, dans le fond, parce qu'il se rencontre avec le co-métrage de Simon pour son projet final. Donc, c'est un peu comme ça. J'ai jumelé les deux idées-là.
SPEAKER_05Et pourquoi avais-tu envie, justement, d'aborder le thème du deuil qui est une étape importante dans un parcours?
SPEAKER_06Bien, je pense que c'est quand même quelque chose qui est assez... qui est assez universelle, mais qu'on peut vivre de tellement de façons que c'est un sujet qui est assez riche. C'est un peu comme l'amitié, comme l'amour, que c'est des sujets qui reviennent souvent, mais qui peuvent tellement être exploités sous différentes formes qu'on finit jamais d'écrire sur ces
SPEAKER_05sujets-là. Puis le deuxième, c'est un sujet qui est délicat. Avais-tu certaines craintes en l'abordant dans un roman qui était destiné justement à des jeunes adultes?
SPEAKER_06Pas vraiment, parce que quand j'ai écrit la première version, je pensais pas le publier. Quand j'ai écrit la première version, en fait... Parfois, les plantements n'étaient même pas sortis. Donc, il était... Oui, c'est ça. Il n'était pas encore publié. Donc, je n'avais pas... Je ne m'étais pas dit, un jour, je vais le publier. Fait que c'est finalement après que je l'ai retravaillé. Fait que tu es vraiment d'avance dans tes livres?
SPEAKER_05Oui. OK. C'est intéressant, c'est bien. Et quel a été le plus grand défi dans l'écriture de cette histoire-là?
SPEAKER_06La réécriture. La réécriture. Dans le fond, il y a vraiment une partie du roman que, quand j'avais écrit la première version, j'étais comme, OK, c'est bon, ça fonctionne. Puis je l'ai relu, puis j'ai fait, OK, mais cette partie-là, ça ne fonctionne pas avec le personnage. Donc, en fait, la deuxième moitié du roman a complètement été modifiée. Il y a comme 20 000 mots qui ont été coupés.
SPEAKER_05Et le titre est particulièrement évocateur. Les arcs-en-ciel se dessinent mieux à deux. Est-ce que ça s'est imposé dès le départ, ce titre-là? Oui. Pour celui-là,
SPEAKER_06oui.
SPEAKER_05Pas mal. Parce que tu le disais, justement, Marianne est plus solaire, tandis que Simon est plus ténébreux.
SPEAKER_06Oui. En fait, on apprend pourquoi ce titre-là à la fin seulement. Donc, c'est étrange que je l'ai eu pas mal dès le début. Mais oui, non, c'est venu spontanément. Il n'y a pas d'histoire de pourquoi c'est ça. Mais oui. C'est un beau titre. Oui, je me le
SPEAKER_05fais. Oui, je suis contente. Et Marianne et Simon vivent des deuils différents, mais se comprennent profondément. Comment tu construis justement cette
SPEAKER_06dynamique-là? Je pense que c'est vraiment la volonté d'être là l'un pour l'autre. Puis je pense que ça les aide en même temps que le deuil ne soit pas pareil parce Parce qu'ils ne se voient pas nécessairement l'un dans l'autre. Par exemple, Simon souhaite aider Marianne, puis il vit très difficilement avec son propre deuil. Donc, le fait que celui de Marianne soit différent, c'est plus facile pour lui de l'aider. Parce qu'il y a un certain détachement. Puis inversement pour Marianne, c'est pas mal la même
SPEAKER_05chose. Et ça va évoluer au cours du roman. Et tu prends le temps de faire évoluer justement la relation avec beaucoup de douceur. Est-ce que c'est important pour toi d'éviter certaines conventions romantiques qu'on retrouve dans beaucoup de livres?
SPEAKER_06Je pense que oui. À moins que ce soit vraiment le thème du roman, que ce soit qu'ils tombent en amour dès la première seconde. Mais je pense que la relation se bâtit vraiment au fil du temps. En plus, pour Marianne et Simon, je ne trouve pas que ça aurait été logique, vu leur situation. On les trouve au début du livre, qu'ils tombent directement en amour. Ça se prend quand même un petit moment.
SPEAKER_05Et tu accords beaucoup d'importance à la psychologie de tes personnages. On l'a dit, tu es étudiante en psycho. Comment tu as Travailles-tu justement la profondeur émotionnelle de tes personnages?
SPEAKER_06C'est bizarre à dire, mais je les vois vraiment comme des vraies personnes. Surtout pour Marianne et Simon, ça a été vraiment facile. Il y a des personnages, c'est plus facile que d'autres, mais quand je me mets dans leur point de vue, c'est facile de dire qu'ils ont leurs personnalités distinctes. C'était facile parce que Marianne et Simon ont vraiment des personnalités très distinctes. J'ai vu que je les vois comme des personnes à part entière, on va dire. C'est facile qu'il ne reste pas juste en surface.
SPEAKER_05Est-ce que tu te fais un genre de storyboard avec des images et des caractéristiques physiques, psychologiques des
SPEAKER_06personnages? Non, souvent, il faut que j'aille vérifier. Est-ce qu'elle avait les cheveux bruns, les cheveux châtains? Oui. Avant, je faisais ça quand j'étais plus jeune, au primaire. J'avais ma fiche avec la taille, le poids, les cheveux, tout. Mais là, non, je ne fais plus ça. J'ai envie de te demander à qui tu t'identifies le plus, Simon ou Marianne? Ça dépend du moment, je dirais. C'est vraiment un mélange
SPEAKER_05des deux, je pense. Et ce qui frappe dans le roman, c'est la douceur avec laquelle tu abordes le d'un. Pourquoi tu as choisi ce ton-là? Parce que c'est tout en douceur, comment c'est présenté dans le
SPEAKER_06roman. Je pense que c'est peut-être aussi parce que j'aimerais ça que tout le monde soit capable de le vivre comme ça. Ça peut être très difficile, mais je pense qu'il y a quand même certaines zones de lumière que tu peux vivre, soit parce que les gens ne sont pas plus attentionner, mais plus proche que tu peux aller avoir des beaux moments de bonheur, malgré que... En fait, c'est un peu ça. Le but, c'était de dire que le deuil, c'est pas toujours linéaire non plus, puis c'est correct comme ça. Est-ce que c'est lié, toi, à une épreuve que t'as vécue, que t'as eu envie d'aborder ça dans un roman? C'était pas le but quand j'ai commencé à l'écrire, mais oui, j'ai vécu un deuil plus jeune, donc j'ai pu me servir un peu de ça aussi.
SPEAKER_05Parce que souvent, dans ta tranche d'âge, dans la vingtaine, souvent, c'est l'âge de la où on va vivre un premier deuil.
SPEAKER_06Non, moi, c'était déjà fait.
SPEAKER_05Non, non, mais je trouvais ça intéressant que tu abordes ça dans le ouvrage parce que souvent, on va retrouver ça dans des livres où les personnages sont beaucoup plus âgés.
SPEAKER_06Oui, effectivement, il n'y en a pas beaucoup qui me viennent en tête, mais oui.
SPEAKER_05Et il y a plein de lumière dans ce roman-là. C'est important
SPEAKER_06pour toi? Oui, oui, oui. Je ne voulais pas que ce soit un roman sombre. Puis c'est ça, je voulais vraiment que ce soit l'histoire de deux personnages qui s'entraident à aller mieux. Donc, c'était ça.
SPEAKER_05C'est ça. Si je me permets, Gabrielle, on s'arrête et au retour, je veux qu'on continue de parler de les arcs-en-ciel. Se dessiner mieux à deux.
UNKNOWNParfait.
SPEAKER_02Ici Audrey Willenmy, vous écoutez «Samedi de lire» avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_05J'étais toujours en compagnie de mon autrice invitée de la semaine, Gabrielle Morin, pour parler de son troisième roman, «Les Arc-en-ciel se dessinent mieux à deux». Et le roman met aussi en lumière l'importance du soutien professionnel en santé mentale. C'est un aspect qui était essentiel pour toi à représenter dans le roman? Oui, parce que je
SPEAKER_06trouve qu'on n'en parle pas beaucoup. Je pense aux romans que j'ai lus. Souvent, il y a des personnages qui vont mal, puis ils se font aider justement par des proches. Mais il y a quand même... cette option-là d'aller chercher de l'aide externe, de professionnelle. Donc, oui, c'est un beau moyen aussi pour faire avancer leur deuil respectif, mais seul,
SPEAKER_05dans le fond. Et quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes lecteurs qui traversent une période difficile en ce
SPEAKER_06moment? Je dirais, ça va passer. Ça va peut-être être long, ça va peut-être être un peu difficile parfois, mais ça va passer. Et penses-tu que la littérature peut jouer un rôle dans la processus de guérison? Oui. Oui? Oui, oui. Je pense que c'est un moyen que tu ailles mal ou que tu ailles bien. C'est vraiment un moyen de s'évader. Autant à l'écriture qu'à la lecture. Oui, 100%.
SPEAKER_05Et dans tes romans, on retrouve souvent des personnages qui cherchent leur place, qui évoluent à travers leurs relations. Est-ce que c'est un thème qui t'habite personnellement?
SPEAKER_06Oui. Surtout quand... Parce qu'on parlait de mes études tantôt au début. J'ai longtemps hésité sur ce que j'allais faire, sur ce que je voulais faire. Ça a été long, puis je me comparais beaucoup. Donc, c'est sûr que, bien là, en termes plus professionnels, mais dans ma... C'est sûr qu'aussi, ça m'arrive de me comparer dans ma vie plus personnelle, dans ma vie avec mes amis. Donc, je pense que c'est normal aussi. Oui, c'est ça. Je pense que c'est normal aussi d'avoir ces questionnements-là à cet âge-là. Et
SPEAKER_05tes histoires de beaucoup de place à l'espoir sans tomber dans la facilité. Comment tu trouves cet équilibre-là dans ton écriture?
SPEAKER_06Je vais être plate, mais je pense que c'est naturel. Je ne me dis pas que je vais écrire quelque chose qui est que tout finisse bien ou que tout aille bien ou qu'au contraire, tout aille mal. Je me dis, qu'est-ce qui est le plus réaliste en ce moment pour cette situation-là? Des fois, ce n'est pas exactement tout ce qui va bien ou tout ce qui va mal. C'est comme l'entre-deux. Et ton inspiration, tu la prends où pour l'écriture de tes romans? Autour de toi? Oui. Souvent, c'est des idées qui me viennent. Souvent, c'est comme « Ah, j'aimerais ça écrire justement, par exemple, Marie-Anne et Simon sur deux personnes qui, dans un autre contexte, n'auraient jamais été ensemble ou n'auraient jamais lié cette relation-là. » Donc, ça vient un peu de n'importe où. Soit de ce que je vis ou d'un thème que je me dis « Ah, ça peut être intéressant de l'aborder.
SPEAKER_05» Et l'idée d'écrire des livres, justement, un peu dans la veine un peu romantique d'histoires de jeunes adultes, est-ce que c'est parce que tu as une grande conscience somatrice de ça et que tu as eu envie d'écrire ça? Oui, j'en consomme quand
SPEAKER_06même beaucoup. Mais je consomme quand même beaucoup de littérature en général. Mais je pense que vu que c'est du jeune adulte contemporain, c'est quand même ce qui est le plus proche de moi, ce qui est le plus facile à écrire aussi. Donc, je ne peux pas me casser la tête et me dire, là, ils vivent dans tel royaume. C'est vraiment comme, ils vont à l'école, ils ont une job. Ça ressemble à ma vie. À ta
SPEAKER_05réalité à toi. Oui, exact. Et au fil Quel des chapitres Marianne et Simon se racontent tour à tour? Pourquoi tu choisis de présenter justement cette histoire par le biais de deux voix?
SPEAKER_06Parce que ça permet de mieux connaître chacun des personnages. Je pense que si on avait juste soit une des deux voix, qu'il manquerait une trop grosse partie au roman pour bien cerner et peut-être aimer ces personnages-là. Parce qu'il y a quand même beaucoup de non-dits. Si je pense qu'on avait juste par exemple la voix de Marianne, on comprendrait moins Simon, on comprendrait moins ses actions. Et inversement.
SPEAKER_05Est-ce que c'est dur pour toi d'écrire de cette manière-là? Non. Parce qu'il faut que tu revisites presque les événements, mais d'un regard différent?
SPEAKER_06Non, puis même que là, je suis rendue tellement habituée que je me dis si jamais je passe à une voix, c'est là que ça va être difficile de ne pas changer puis de ne pas avoir accès aux pensées des autres personnages.
SPEAKER_05Et est-ce que c'est plus dur pour toi d'écrire, justement, les personnages masculins, comme dans le cas de
SPEAKER_06Simon? Non. Simon, c'est quand même bien
SPEAKER_05écrit, honnêtement. Oui? Oui. Est-ce que tu as un comité de lecteurs, justement,
SPEAKER_06peut-être des garçons autour de toi. Non, j'ai pas de comité de lecteurs garçons. J'aimerais bien. Mais non. J'ai quelques amis qui acceptent de lire quand même mes premiers gils pour me dire « Ah, ça, c'est bon. Continue. Ça, c'est... Ah, pas sûr. » Mais non, c'est vraiment le fun aussi d'avoir du feedback pendant l'écriture. Fait qu'en cours d'écriture, il y a des gens qui te lisent. Oui. Moi, je suis pas patiente dans la vie. Fait que quand je commence, souvent, j'envoie mes chapitres au fur et à mesure. C'est vraiment la première version. Fait que rendu au produit final, ils relisent pis disent « Mais je crois Je ne connais quasiment plus l'histoire parfois. Tu l'envoies à
SPEAKER_05des gens autour
SPEAKER_06de toi ou à ton éditeur? Non, quand je l'envoie à mon éditrice, je ne peux plus l'avancer toute seule. C'est comme le produit final pour ce moment-là. Tu le travailles beaucoup avant de l'envoyer
SPEAKER_05à ton éditeur? Oui, je le travaille beaucoup. Ça ressemble à quoi justement ton processus créatif quand tu
SPEAKER_06écris? C'est sûr que moi, j'ai eu la chance quand même, quand j'ai publié parfois les plans de marque, le premier, j'avais je l'avais écrit vraiment avant donc j'ai la chance de relire quand même souvent mes textes je le relis au moins deux fois avant de l'envoyer fait que j'ai le temps de faire de l'écriture ça a le temps justement des fois il y a comme un an qui passe entre la fin de mon écriture puis le début de ma réécriture fait que j'ai le temps de vieillir et de repenser à l'histoire pour faire vraiment des modifications plus que si je faisais juste la correction orthographique on va dire Je suis moins collée sur l'histoire quand je la reprends. Mais sinon, en termes d'écriture simple, c'est vraiment quand j'ai le temps. Est-ce que tu écris chaque jour? Non, je n'ai pas le temps. J'aimerais beaucoup, mais souvent, c'est plus une fois par semaine parce que je suis encore aux études, puis
SPEAKER_05je travaille. Est-ce que ça te prend une grande plage horaire pour être capable d'entrer dans l'histoire ou tu es capable de prendre
SPEAKER_06une petite heure? Souvent, je me dis, le dimanche après-midi, c'est ça parce que je ne suis pas bonne pour faire ma « Ah, j'ai 30 minutes, je vais écrire. » Parce que souvent, je me dis qu'il faut que je finisse le chapitre. Il faut qu'au moins que je finisse à un moment du chapitre ou que ce n'est pas en plein milieu d'une phrase. Donc, c'est ça. Souvent, c'est des longues plages horaires. Mais des fois, ça n'a pas lieu. Des fois, il y a deux semaines qui passent. J'ai envie d'écrire. J'ai hâte d'écrire.
SPEAKER_05Mais là, tu es rendue à combien de manuscrits qui n'ont pas encore été publiés?
UNKNOWNEuh...
SPEAKER_06Mettons qu'ils n'ont pas encore été publiés. Au moins, j'en ai trois autres.
SPEAKER_05OK, quand même. Justement, tu dis que l'école, tout ça prend beaucoup de place. Là, au moins, on est presque assuré d'avoir d'autres romans dans les prochaines années. Oui, je trouve ça
SPEAKER_06moins stressant. Des fois, je vois des auteurs qui sont comme « Ah oui, il faut que je finisse mon roman, j'ai ma deadline. » Je suis comme « Je ne serai jamais capable de faire ça. » J'ai des deadlines dans le sens quand je suis en processus éditorial avec mon éditrice qui est entièrement correcte, c'est normal. Mais autrement, avoir des deadlines pour finir le texte, je serais comme « Non, ça serait trop
SPEAKER_05stressant. » Toi, signer un contrat en avance. Ah non, non, non. le stress. Et qu'espère-tu justement, Gabriel, que les lecteurs retiennent après avoir tourné la dernière page de Les Arc-en-Ciel se dessinent mieux à deux? Ça dépend s'ils ont aimé la fin ou pas. Oui, parce que tu me disais hors micro que la fin amène beaucoup de questionnements. Il y a des gens qui sont contents et d'autres qui sont un peu déçus.
SPEAKER_06Oui, c'est ça. Mais je pense que c'est une bonne chose dans le sens parce que ça veut dire que ça va peut-être rester dans la tête des gens et ils vont y repenser et ils vont dire « Ah, mais là, qu'est-ce qu'il y aurait pu arriver ou qu'est-ce qu'ils auraient aimé qu'ils vont un peu modifier la fin selon ce qu'ils aimeraient qu'ils auraient aimé qu'il arrive. Fait que je pense que c'est ça, tu sais, pas que qu'ils continuent à y penser.
SPEAKER_05Moi, je l'ai beaucoup aimé la fin. Je trouve que t'es allée ailleurs que des clichés qu'on a l'habitude de lire.
UNKNOWNOuais.
SPEAKER_05Et quel type de commentaire, justement, de lecteur te touche le plus depuis les trois
SPEAKER_06premiers ouvrages? Puis, qui m'avait dit que j'avais bien représenté ces personnes-là. Puis, premièrement, ça m'avait vraiment touchée qu'elles m'écrivent. Puis, j'étais contente aussi que cette clientèle-là soit bien représentée. Donc, voilà. C'est un des...
SPEAKER_05C'est peut-être pour ça que le livre s'est retrouvé en liste pour le prix Cécile Gagnon.
SPEAKER_06Ça se peut, mais en tout cas, j'étais vraiment contente d'être en liste pour ce prix-là. C'est un beau prix. Oui, mais c'était une belle surprise inattendue. Premier roman, puis j'ai eu cette chance-là.
SPEAKER_05Bien, bravo. Et justement, dans le troisième roman, les arc-en-ciel se dessinent mieux à deux. On a dit que ça aborde le deuil, mais ça aborde aussi par la bande le suicide. Oui. Qui est un sujet qui est très d'actualité, dont on ne parle pas Donc, ça, je trouve, dans les romans, pour cette
SPEAKER_06clientèle-là. Oui. Donc, dans le fond, c'est ça. C'est plus du côté de Simon, dans le fond, qui a vécu... Dans le fond, qui a une personne dans son entourage qui est décédée, qui part suicide. Puis, je trouvais ça intéressant parce que c'est vraiment un sujet, justement, qui est peu abordé, qui est quand même tabou parce qu'il y a quand même beaucoup de colère aussi, des fois, qui est reliée à ça. De culpabilité aussi. Oui, aussi. énormément. Puis, je trouvais ça que c'était différent de Marianne qui est vraiment plus, en fait, littéralement un accident versus Simon qui est qui aurait pu le voir arriver. En fait, c'est un peu son dilemme qui est qu'il est coupable de ça, qui se dit « Ben là, pourquoi je ne l'ai pas vu? Pourquoi? Qu'est-ce que j'aurais pu faire à Marianne dans ce cas-là?
SPEAKER_05» Mais les deux vivent la culpabilité parce que Marianne va vivre la culpabilité. Je ne dirais pas pourquoi, mais elle va en vivre.
SPEAKER_06Oui, c'est ça. En fait, ça se rejoint à un certain niveau. Mais oui, voilà. Je ne sais pas si ça répond à
SPEAKER_05ta question. Oui, ça répond à ma question. Si tu me permets, Gabrielle, on s'arrête au retour. Je veux qu'on parle de ton coup de cœur
SPEAKER_06littéraire.
UNKNOWNParfait! Musique ...
SPEAKER_01Vous écoutez « Samedi de lire » avec l'auteur invité d'Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_05On est maintenant rendu au segment des coups de cœur littéraires de mon autrice invitée de la semaine, Gabrielle Morin. Et qu'est-ce que t'as envie de présenter comme coup de cœur aux
SPEAKER_06auditeurs? Donc, je suis pas mal dans ma lecture, ma période de lecture d'été, comme l'été va arriver bientôt. Donc, j'avais deux lectures de jeunesse. Une pour plus jeunesse secondaire que j'ai adoré lire, puis une autre un peu après, un peu plus vieux, en fait. La première, c'est C'était le deuxième tome de Smash d'Alexandra Larochelle qui est, dans le fond, pour résumer rapidement le premier tome, pour mettre en contexte, qui est l'histoire de Coralie qui est actrice dans une série télévisée très populaire. Puis, elle est en amour avec Greg, un garçon de son école secondaire. Puis, dans le fond, le tome 2 recommence. C'est les vacances d'été. Donc, Coralie a fini l'école. Elle est comme entre le tournage et l'école. Donc, elle a une semaine en camping avec l'équipe de Smash, la série télévisée. Puis, j'ai vraiment aimé ce roman-là. Donc, ça se lit super rapidement. C'est pour vraiment les jeunes secondaires, mais j'ai vraiment pris plaisir à lire ce livre-là. Donc, toutes les vibes de camping d'été étaient là. Puis, ça aborde aussi vraiment des sujets super intéressants. Donc, soit la perception des gens sur les réseaux sociaux, La célébrité, cet homme-là, alterne entre des chapitres de Coralie et de Miguel, qui est son collègue acteur sur la série. Puis, ça parlait aussi de la sexualisation des garçons à cet âge-là, parce que Miguel n'est pas très vieux. À mon souvenir, il a 18 ou 19 ans, au début... juste passer la majorité. Donc, les commentaires, il y a des situations qui font que les commentaires sont un peu parfois déplacés à son égard. Puis je trouvais que c'était intéressant parce que souvent, c'est à propos des filles, mais là, c'est un garçon. Puis il y a aussi toutes les questions d'orientation sexuelle aussi dans ce roman-là. Donc, c'est un roman d'été, donc c'est léger, c'est super agréable à lire. Les personnages sont attachants, sont très réalistes. Mais il y a ces sujets-là qui sont probablement plus important et pas tant abordé dans la littérature jeunesse de ce que j'ai vu de mon côté. J'ai trouvé ça super intéressant. Est-ce qu'il y aura un tome 3? J'imagine. De la façon que ça finit, j'espère qu'il va y avoir un troisième tome. Parce que ça finit sur un punch. Je ne connais pas cette série-là, mais tu m'intrigues. Et ton deuxième coup de coeur, c'est quoi? Mon deuxième coup de coeur, ce n'est pas un roman qui est sorti, je pense que ça fait deux qui est sorti. C'est Poussière d'été de Joannie Boutin. Encore un roman d'été. J'étais dans ma pile de lecture de romans d'été. Donc, dans le fond, c'est l'histoire de Maëlie qui a vécu un drame dans sa vie. Donc, elle a eu un accident d'auto. Sa meilleure amie est décédée. C'est pas un spoiler. C'est dit dès le début. Le départ. Donc, elle va passer ses vacances chez sa grand-mère dans le Maine. Un peu pour se reconstruire. Elle est vraiment perdue. Elle est... traumatisé, elle vit très mal avec ce deuil-là. Puis elle rencontre une gang de garçons qui vraiment lui fait découvrir les plaisirs de l'été, puis lui fait un peu reprendre goût à la vie. J'ai trouvé ça super touchant, j'ai vraiment aimé. Joanie installe une ambiance d'été super agréable, puis t'as le goût de te retrouver au bord de la mer, puis de manger des s'mores en faisant ta lecture. Donc c'est ça, puis c'est pas non non plus un roman qui est tout rose. Ça finit un peu... Tu sais, tout n'est pas réglé. Mais tu vois qu'il y a quand même une super belle évolution du personnage principal. Puis c'est... Au-delà des thèmes très... plus lourds, ça reste très léger, là. Fait que tu dis Poussière d'été, c'est ça? Exact, oui. De Joannie... Joannie Boutin. Parfait. Et ton dernier? Donc, le troisième roman que je voulais présenter, c'était « Désenchanté » de Marie Vareille, qui est une auteure, une autrice française. Donc, ça raconte l'histoire d'un groupe d'amis qui, dans le fond, a été vraiment secoué par la disparition d'une d'entre elles il y a une trentaine d'années. Donc, le roman alterne entre présent et passé. Puis, il y a un événement qui fait en sorte qu'elles doivent revivre ces événements-là. On voit que le groupe d'amis est cache des choses, que tout n'est pas dit. Il y a eu... Dans le fond, le corps de Sarah, c'est pas un spoiler, n'a jamais été retrouvé. Donc, il y a quelqu'un qui a été arrêté pour... Ils ont considéré ça comme un meurtre qu'il y a quelqu'un qui a été arrêté pour. Mais là, on comprend que les amis cachent des choses. Donc, il y a quelqu'un qui mène une enquête proche de ce groupe d'amis-là. Donc, il y a vraiment des allers-retours entre le passé et le présent pour comprendre ce qui s'est passé. Puis, ce qui est vraiment plaisant dans ce roman-là, c'est que tu peux savoir, tout savoir. Il y aurait peut-être 50 pages avant la fin, tu te dis, ah, c'est correct, c'est fini. Puis finalement, finalement, non, il y a un revirement de situation. Puis c'est, j'ai vraiment apprécié, là, ça se lit vraiment vite, ça se lit vraiment bien. Fait qu'il y a un autre, ça se passe en France, là, près de la mer, donc, qui a d'ailleurs une place assez importante dans le roman. Donc, un autre bon roman d'été, là.
SPEAKER_05Et comment tu fais le choix des livres que tu vas lire? Est-ce que tu vas en bibliothèque, en librairie? Je
SPEAKER_06vais à un peu... Oui, je vais beaucoup en bibliothèque ou en librairie aussi. Là, j'essaie d'écouler ma pile à lire avant le 12 août. C'est mon défi. Est-ce
SPEAKER_05que c'est la page couverture
SPEAKER_06de titres
SPEAKER_05qui t'accroche à un auteur en particulier? Tu dis « Ah, j'ai aimé les précédents ».
SPEAKER_06Souvent, c'est ça. Souvent, j'ai comme ma liste d'auteurs chouchous. Puis là, je dis « Ah, il a sorti un nouveau roman, donc je vais aller voir ». Sinon, c'est soit des critiques que je lis soit sur Goodreads, sur Instagram ou des amis qui me parlent de romans qu'ils ont lus. Puis si Non, je fais mon choix un peu comme ça. La couverture, les titres, c'est toujours accrocheur. Est-ce que la lecture occupe une grande place dans ta vie? Surtout dans les transports en commun. C'est souvent mon moment de lecture. Mais oui, j'essaie de lire quand même. Je lis pas mal à toutes les semaines. Faut pas dire à tous les jours, mais quand même plusieurs fois par semaine.
SPEAKER_05Et on l'a dit tantôt, t'es en train de faire des études pour enseigner au primaire. Est-ce que tu lis beaucoup de livres pour les enfants?
SPEAKER_06J'en
SPEAKER_05lis
SPEAKER_06pas assez, mais j'en lis quand même quelques-uns, surtout pour en discuter avec mes élèves. J'ai beaucoup d'élèves du premier cycle. Surtout des albums à cet âge-là. Je fais vraiment des belles découvertes.
SPEAKER_05Je présume que quand tu vas être enseignante, tu vas utiliser beaucoup les livres pour enseigner à tes élèves. Oui,
SPEAKER_06j'aimerais
SPEAKER_05ça. On sent ta passion. Si tu me permets, Gabrielle, on s'arrête pour la chronique littéraire et on se retrouve pour la conclusion de l'émission.
UNKNOWNMerci. ... Musique
SPEAKER_03Ici Mélissa Perron, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield.
SPEAKER_05C'est maintenant le temps de la chronique littéraire en compagnie de Suzanne Dion. Bonjour, vous allez bien? Oui, très bien. Et on commence ce mois-ci avec Le Bien ne fait pas de bruit de Monique Proulx, publiée chez Boréal.
SPEAKER_00C'est le plus beau livre que j'ai lu cette année. De mon point de vue, c'est un chef-d'oeuvre. Pour l'écriture, qui est magnifique, pour le récit, où de petits événements qui font avancer l'histoire portent et pour le sujet qui n'est pas souvent touché, la bonté. L'histoire est inspirée de la vie de Berthe Simard, une voisine devenue amie de Gabriel Roy, qui passait ses étés à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix. Alors, cette Berthe Simard était une femme humble, dédiée à sa famille. Elle prenait soin de ses parents, de ses frères, soeurs, neveux, et elle prendrait soin de Gabriel Roy pendant 30 ans. Elle-même est morte à 99 ans en 2015. Gabrielle Leroy n'était pas ce qu'on pourrait appeler une femme de maison. C'était une femme complètement dédiée à son œuvre, qui demandait beaucoup à son entourage, comme une grande partie des grands créateurs. Une véritable amitié va se développer entre ces deux femmes. Gabrielle Leroy en parle d'ailleurs dans La détresse et l'enchantement. Monique Proulx ne fait pas la biographie de Bertimar. Elle nous donne à voir son âme. Elle nomme son église héroïne Flora et la grande romancière qui arrive dans son milieu se nomme Margaret. Et elle situe l'action dans les Laurentides, non pas dans Charlevoix. Elle change aussi l'époque. Alors, c'est un roman, ce n'est pas une biographie. On y trouve des faits réels, des vies de Berthe et de Gabriel, mais elle en invente aussi pour nous communiquer le destin de cette Berthe Flora. Le roman, ici, nous en dit plus qu'une biographie. On verra comment cette femme devra faire deuil sur deuil. Tout ce qui lui est donné, en fait, lui est retiré. À première vue, on pourrait penser que Margaret Gabriel profite de cette bonne pâte de Berthe Flora, mais on comprend que la romancière vaut un grand respect à sa voisine amie et lui apporte une dignité que sa vie de générosité n'aurait pas eu sans elle. Elle la reconnaît complètement dans ce qu'elle est. Monique Proulx a rencontré contre hébertissement pendant plusieurs années et à lire ce roman, on a l'impression de la connaître et de s'y attacher.
SPEAKER_05Ça donne vraiment envie de le lire. Ça s'intitule « Le bien ne fait pas de bruit » de Monique Proulx, publié chez Boréal. On y va maintenant avec « Le sanctuaire des crabes, une enquête de Bonneau et Lamouche » de Gilles Blanchard, publié chez Fides.
SPEAKER_00Voilà la cinquième histoire de Blanchard mettant en scène Bonneau et Lamouche. Je les ai toutes ou presque proposées à cette chronique. Il y a toujours ce béné de Bonneau et son adjoint, cette fine mouche de la mouche. Dans la présente histoire, je pense que Bonneau ne prononce pas une seule phrase ou question intelligente qui pourrait faire avancer l'enquête, mais c'est lui qui en récoltera les honneurs comme d'habitude. Le grand patron se rend bien compte que c'est la mouche qui est le véritable enquêteur, mais c'est Bonneau qui reste en poste. L'histoire du sanctuaire des crabes commence avec le meurtre d'un journaliste, établi à terrasse de son restaurant habituel. Une voiture passe et un bras s'allonge pour tirer sur le journaliste. Rapidement, on suppose que ce journaliste travaillait sur des sujets qui pouvaient nuire à une mafia ou un gang de rue quelconque. Alors, plusieurs disparitions ou meurtres, d'ailleurs, vont suivre dans le milieu criminel après ce meurtre-là. Bien sûr, le drame s'élargira et on suivra des péripéties d'un certain identifié comme ayant participé à ce premier meurtre et responsable d'un deuxième, celui d'un policier. Mais il ne peut être responsable de tout ce qui suivra. C'est ce que pense la mouche, mais tous ne partagent pas son analyse. L'intrigue est bien menée, avec ce sens de l'humour caractéristique de cet auteur. L'inculture et les manières brutes de Bonneau en sont souvent la source. Tous les fils se rattachent, aucun n'est laissé en suspens. C'est un bon polar à lire au soleil cet été.
SPEAKER_05On rappelle le titre Le sanctuaire des crabes, une enquête de Bono et la mouche de Gilles Blanchard, publié chez Fides. On y va maintenant avec Mes yeux vus de Kiev Renaud, publié chez Le Meac.
SPEAKER_00C'est une autrice qui a quelques titres à son actif. Moi, je ne la connaissais pas. Elle enseigne la création littéraire à l'Université de Sherbrooke. C'est une jeune femme qui raconte ici une histoire de très jeune femme qui part de chez elle à 18-19 ans. Elle quitte une banlieue ou une petite ville pour la grande ville où elle va faire ses études. Alors, une amie de longue date vient la visiter régulièrement en ville et elles sortent ensemble, ce qui lui permet de s'acclimater parce que ses collègues en histoire de l'art sont assez différents d'elle. Un soir, alors qu'elles reviennent d'un bar, elle a l'impression de recevoir un coup. Elle tombe et lorsqu'elle se réveille, son amie a disparu. Alors, c'est une histoire sur les doutes, la recherche d'identité, les difficultés et les amitiés de cette période de la vie. La forme m'a beaucoup plu. C'est une succession de petits éclairages sur la vie de cette jeune étudiante qui craint de perdre pied et plusieurs personnes peuvent s'y reconnaître.
SPEAKER_05On rappelle le titre « Mes yeux vus » de Kiev Renaud, publié chez l'OMÉAC. Et là, on termine avec « Juste après Dieu, il n'y a pas pas » de Éric-Emmanuel Schmitt, publié chez Albain Michel.
SPEAKER_00L'écriture très habile et la culture musicale d'Éric-Emmanuel Schmitt nous racontent ici la relation entre Wolfgang Amadeus Mozart et son père Léopold, qui lui a offert sa première formation musicale. Wolfgang idolâtre son père et celui-ci, qui se rend compte très vite que son fils a des dons exceptionnels, bien plus grands que les siens, va faire tout ce qu'il peut et même au-delà pour lui donner toutes les occasions de développer ses talents et de les faire connaître. Toute son enfance, le fils fera le ravissement du père. Alors Quand j'adulte, le père veut que son fils trouve une charge, comme la sienne, auprès d'un prince ou de quelques nobles pour assurer son bien-être, sa sécurité, puis celui d'une éventuelle famille. Mais Fulgain n'accepte pas de dépendre de quelqu'un qui connaît peu la musique et lui commande des pièces en dessous de son talent. Il voit la situation de son père comme un servage. Le père aime tellement son fils qu'il continue à l'âge adulte à lui prodiguer des conseils comme s'il n'était pas capable de faire ses choix, ce qui est vrai dans certains domaines. Mais Volgang a besoin de devenir Mozart. Pour se réaliser, il doit s'éloigner du père et cette émancipation est tragique pour les deux. C'est un très beau récit sur la vie d'un génie, mais où on peut retrouver les enjeux jeu de toutes les relations père-fils qui ne préservent pas toujours l'amour filial et paternel.
SPEAKER_05On rappelle le titre juste après Dieu, Il n'y a pas pas de Éric-Emmanuel Schmitt, publié chez Albain-Michel. Merci beaucoup, Suzanne, pour les belles suggestions.
SPEAKER_00À la prochaine.
SPEAKER_02Ici
SPEAKER_05Sophie Lorrain, vous écoutez Samedi de lire avec Amélie Boivin-Enfield. On est déjà rendu à la conclusion de l'émission en compagnie de mon autre très invité de la semaine, Gabrielle Moret. Et Gabrielle, tes romans parlent souvent de ce qui nous transforme, les pertes, les rencontres, les amitiés, l'amour. Quelle rencontre ou quelle expérience a le plus transformé la Gabrielle Moret d'aujourd'hui?
SPEAKER_06Ce qui m'est venu spontanément, je pense, c'est vraiment mon entrée au secondaire, le groupe d'amis que je me suis fait au secondaire. J'ai la chance de... Ça fait quand même plusieurs années que j'ai fini mon secondaire Et puis, j'ai quand même la chance d'avoir encore ce groupe d'amis-là vraiment soudés. Donc, je pense que ça nourrit aussi beaucoup mon écriture au quotidien, d'avoir ce groupe d'amis-là fort, dont je peux un peu m'inspirer
SPEAKER_05aussi parfois. Et si on parle à ce groupe d'amis-là, est-ce qu'ils ont été surpris que tu publies des romans ou ils voyaient ça
SPEAKER_06arriver depuis longtemps? Probablement qu'elles le voyaient plus que moi. Ah oui? Non, mais c'est... Je pense qu'elles sont fières de moi, mais que c'est pas tant une surprise. Est-ce que tu les utilises un peu des fois
SPEAKER_05pour créer certains personnages?
SPEAKER_06Non. Ça, j'ai jamais
SPEAKER_05fait ça encore. Peut-être un jour. Ça viendra peut-être. Et tantôt, tu me disais qu'il y avait beaucoup de manuscrits qui étaient en attente. Alors, je présume que l'année prochaine, on aura un autre roman de toi. Peut-être. Peut-être. Peut-être. Le contrat n'est pas signé encore? Oui. Il est signé? Oui. OK. Il y aura un nouveau roman. Probablement. On peut dire ça. On ne peut pas savoir de quoi ça va parler non plus. Non. Est-ce que tu vas continuer d'avoir des romans comme ça avec deux voix? Le prochain, oui. OK. Parfait. Et là, qu'est-ce qui s'en vient pour toi dans les
SPEAKER_06cinq mois? La vie. Il n'y a pas de... Au niveau de l'écriture, je vais continuer d'écrire. Sinon, c'est vraiment le travail à part ça. J'ai une petite vie plate, quand même.
SPEAKER_05Non, mais est-ce que, comme dans le milieu de l'enseignement, les études, ça prend une pause pendant l'été? Est-ce que tu vas écrire davantage? Oui,
SPEAKER_06je vais essayer d'écrire plus. J'ai quand même un emploi à temps partiel pendant l'été. Oui, c'est sûr que l'été, c'est vraiment ma période où j'écris le plus, où je J'essaie d'écrire le plus parce que j'ai un horaire moins
SPEAKER_05chargé. Est-ce qu'à l'automne, tu as l'intention de faire des salons du livre pour aller à la rencontre des lecteurs?
SPEAKER_06J'aimerais ça, oui. Je pense que Montréal, habituellement, j'habite à Montréal, donc je le fais pas mal toujours. Puis, possiblement l'Estrie, je ne suis plus certaine.
SPEAKER_05Ok, d'accord. Tu es active sur les réseaux sociaux? Oui,
SPEAKER_06sur
SPEAKER_05Instagram. C'est Gabrielle Morin? Oui, je pense, oui. Je ne suis pas compliquée, c'est mon nom. On invite justement les lecteurs à aller t'écrire, te faire des commentaires suite à la lecture de leur ouvrage. Et moi, j'invite les gens à se procurer ton petit dernier, Les Arc-en-Ciel se dessine mieux à deux. Merci beaucoup, Gabrielle, d'être dans l'émission. Merci à toi. Merci à vous à la maison. Passez une excellente semaine. Je vous retrouve la semaine prochaine pour une autre émission. Et entre-temps, vous pouvez nous suivre via Facebook, Instagram et sur toutes les plateformes de podcast. Bonne semaine. À la semaine prochaine.